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Retour au parti comme si vous y étiez : un après-midi à la fédération du PCF des Bouches du Rhône

24 Mar

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Nous avons vécu hier un moment disons compliqué à la fédé des Bouches du Rhône. Ce qui m’interdit d’alimenter mon blog aujourd’hui…  De l’art bureaucratique de perdre son temps…

Il nous fallait obtenir la signature du responsable financier quant à notre mise à jour des cotisations. Les signatures de soutien au texte pour être prises en compte nécessitent en effet cette confirmation de la fédé. Le précédent congrès dont le titre prometteur était « rallumez les étoiles » (celle du drapeau européen?) s’était contenté de faire vérifier les noms par les fédés. Il suffisait de 200.
Mais le dit Congrès dont on ignore quelle étoile il a rallumé, vu que la nouvelle base commune – qui se contente de promouvoir un communisme de nouvelle génération (comme les centrales nucléaires) – ne fait aucun bilan des réussites et des échecs de la direction sortante, mais passons;..  Donc le précédent congrès a raffiné dans les exigences bureaucratiques. Ainsi, nous devons avoir désormais 300 signatures de soutien au texte alternatif et ce à la fin du mois de mars. Mais comme vous le savez déjà, il faut désormais que ces 300 signatures soient réparties dans 24 fédérations et aucune fédération ne devra apporter un nombre excédant 30 signatures.

Ce qui fait que notre texte alternatif, qui avec trois fédérations atteint largement le nombre global exigé, désormais a dû diversifier son implantation. Ça a été facile et nous avons rapidement atteint le total de 25 fédérations. Mais il reste à avoir un plus grand nombre de signataires pour compenser le fait que nous n’avons pas droit à plus de 30 dans d’autres. Ce qui est en passe de se réaliser et vu le nombre de soutien par exemple dans les Bouches du Rhône nous sommes une vingtaine et nous serions une centaine si un certain nombre de camarades n’avaient quitté le parti. Mais c’est là que l’on mesure le cocasse de la situation, un certain nombre d’entre eux sont allés à la pêche aux signatures. Entre nous c’est plutôt sympa, cela permet de se retrouver, de discuter et de refaire le monde. Les journées sont trop courtes, mais j’aime ça.

Mais il reste à les faire valider par la trésorerie… Dans notre innocence nous pensions qu’il serait plus simple pour tout le monde que quelques camarades retraités centralisent les attestations de signatures pour notre texte et réclament en leur nom les attestations de mise à jour des finances.

Vous suivez… mais ce n’est pas tout…

C’est là que ça se corse… Nous décidons de nous retrouver mercredi à la fédé avec les camarades d’Aubagne. Chacun avec notre liste de noms et les attestations des camarades.

Séquence émotion, cela me fait plaisir de revoir la fédé, d’y retrouver de vieux camarades. Nous nous embrassons, nous rions… Seul Lucien, le trésorier refuse les embrassades générales en prétextant une grippe… Cela aurait dû m’alerter… mais je suis d’un indécrottable optimisme, Aragon me disait « Être optimiste, voyons ce n’est pas un métier! »

Je regarde autour de moi, il n’y a pas que nous qui avons vieilli. On voit que la classe ouvrière a déserté les lieux, jamais les copains de jadis n’auraient laissé les murs se dégrader, ils auraient réparé, repeint… Ceux du port auraient peut-être même trouvé la peinture avec la clé d’une cambuse … Ça ne fait rien, je suis contente de les retrouver…

Olga, Bernard et Jacques étaient venus avec de nombreux noms de camarades désireux de signer pour notre texte alternatif, Olga s’était même chargée d’un autre texte alternatif, celui de Patrice Cohen Seat pour un camarade malade de sa section. Moi j’avais trois attestations de signatures plus la mienne.

Et là le trésorier fédéral, Lucien Martinez nous oppose une fin de non recevoir, il fallait que les camarades soient présents et même Bernard n’était pas considéré comme à jour même s’il exhibait un mot de la trésorière de la section, le chèque n’était pas arrivé à la fédé…

Je vous passe la suite, Olga était déchaînée, je n’étais pas mal non plus… Lucien Martinez était ce qui se rapproche de plus du marmoréen quant on a 20 kilos de trop et qu’on ne fait plus de sport. Une vraie mule, il prend une attestation écrite à la main et me dit : « qu’est-ce qui me prouve que c’est lui qui l’a écrit?  » Olga hurle depuis dix minutes qu’elle va quitter le parti, elle et Bernard et qu’après ils pourront toujours se brosser pour la vente du journal, pour les cotisations… Avec eux ils ont des permanents gratos et ils osent refuser de leur donner les attestations de la section? Je joins mes hurlements aux siens après qu’il ait douté de la véracité de la signature de mes attestations et je crie indignée : « Qu’est-ce qui te prouve que c’est lui… Mais tu es malade, tu crois que j’irais faire un faux?  » « Il me dit « tais-toi, ton heure de gloire est passée! » je  lui réponds: « Ma gloire ce serait d’être dirigeante de ce gourbi, que vous ne tenez même plus correctement! »

J’étais très en colère mais une part de moi ne pouvait s’empêcher de rire attendrie… C’était pagnolesque… A un moment Lucien toujours en proie à Olga, qui dardait ses yeux bleus faïence sur lui en le maudissant et en le menant de mille maux.. se retourne vers l’assistance, les protestataires et deux gentils camarades venus calmer les antagonistes et il déclare: « Sortez tous! Il me désigne du doigt, »j’ai quelque chose à lui dire et comme c’est désagréable, je ne veux pas de témoin… Tout le monde sort malgré mes protestations et je me retrouve en tête à tête avec Lucien de plus en plus rouge. Je me dis, il va m’insulter, je vais lui flanquer une baffe et comment ça va se terminer? Et il me dit: « Danielle toi qui est si intelligente, si cultivée, pourquoi tu me parles comme ça! » Je me dis qu’un gros bisou arrangerait tout…

Mais quelle absurde logique, Lucien qui a probablement voté tout ce que les diverses directions ont exigé de lui, donc il a voté la possibilité de textes alternatifs alors que moi j’ai voté contre. Et le voici qui me considère comme une traîtresse parce que je m’occupe d’un texte alternatif…
Lui et moi, nous sommes bien d’accord, ces textes multiples sont une absurdité. C’est bon pour les trotskistes ou les socialistes… Alors pourquoi il les a votés en m’obligeant à protester sur un texte alternatif qu’il veut m’empêcher de valider…

Nos mœurs de communistes c’est la haine des tendances, des divisions. Ce qui pousse Olga pour aider un camarade trop vieux et fatigué à prendre son attestation pour un autre texte… Elle a raison… Nous n’avons rien à voir avec un tel cirque… La plupart de ceux qui signent notre texte sont contre les textes alternatifs et ils rêvent d’un parti où nous dirons ce que nous pensons à des gens que nous estimons et qui ont comme nous notre idéal chevillé au corps, qu’ils soient en train de jouer les bureaucrates dans une fédé qui mérite un coup de peinture, qu’ils soient en train d’exiger la prise en compte de leur opinion ou qu’écœurés ils aient fini par partir… Nous avons les mêmes valeurs…

Nous aboutissons à un chef d’oeuvre courtelinesque, le triomphe du rond de cuir derrière son guichet. Soit les camarades signataires viendront eux mêmes chercher leur attestation de cotisation, soit ils donnent une procuration rédigée de la manière suivante : je donne procuration à Danielle Bleitrach ou à un autre camarade et ils joignent une photocopie de leur carte d’identité ou passeport.

Bon la semaine prochaine je remets ça. Il y a un gentil camarade de Roquevaire qui assure la permanence… Je vais tenter d’éviter Lucien… C’est pas qu’il soit méchant mais j’ai épuisé les joies de la découverte de ce que la mutation et diverses autres initiatives « démocratiques » ont fait de ce camarade pour lequel j’éprouve néanmoins toujours la même amitié…

Je repars en voiture avec Olga, Bernard et Jacques et nous rions beaucoup à l’idée de cette scène homérique, avec  deux femmes déchaînées sous le regard songeur des hommes qui nous affirment qu’ils vont se charger de tout, Olga chante a capela kalinka, elle participe de mutitples chorales…Quand tout cela sera terminé c’est sûr nous organiserons une conférence au cercle d’harmonie autour de notre livre avec Marianne et Olga partira avec nous à Kazan…  je dois reconnaître que j’ai une qualité de dirigeante insoupçonnée, je suis l’individu le moins apte à me dépatouiller en matière d’organisation administrative… Et je provoque une autogestion généralisée parce que tout le monde s’emploie rapidement à m’arracher la moindre responsabilité de gestion au quotidien, je génère les vocations…Et là ça n’a pas raté, Olga est non seulement explosive mais elle est une excellente secrétaire de direction et elle s’est emparé de tous les dossiers y compris le mien et c’est elle qui les transmettra à Marie Christine… Je la regarde admirative et soulagée… Je rentre, je téléphone à Nicolas, il comprend tout de suite et déclare qu’il va en moto aller récupérer procurations et attestations… Je reçois un coup de téléphone d’un camarade cégétiste qui a quitté le parti mais qui ne rêve que d’y retourner et qui m’apporte trois noms de soutien…

Nous sommes prêts à affronter le capital et ses valets, en particulier le 31 mars, pourvu que Lucien ne nous trouve pas une quelconque démarche absurde pour nous faire perdre notre temps et je n’ose hélas dire « ma belle jeunesse »… Mais je retrouve ce parti où chacun se met à agir pour que l’on réussisse…même si notre heure de gloire est passée ou si nous ne l’avons jamais connue…

Danielle Bleitrach

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1 commentaire

Publié par le mars 24, 2016 dans Uncategorized

 

Une réponse à “Retour au parti comme si vous y étiez : un après-midi à la fédération du PCF des Bouches du Rhône

  1. pedrito

    mars 24, 2016 at 7:45

    Tu vois, Danièle, pourquoi mon rêve me parait impossible! Vous êtes, dans une grande ville, plusieurs à pouvoir faire front ….. »On » vous accuse de faux, alors qu’ici nos votes truqués, « ils » connaissent. Depuis des années je ne vois plus les quelques copains qui avaient réagi après des choix dont on était sûrs qu’ils n’étaient pas les nôtres.
    Je vous suis avec gourmandise, mais surtout l’inquiétude qui m’avait même abandonné

     

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