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Un congrès pour une stratégie électorale renouvelée

22 Mar

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Pierre Alain Millet dit PAM, élu de la municipalité de Vénissieux

des élus communistes pour relever le défi du parti communiste

Samedi 19 mars 2016, par pam

37eme congrès 2016 |

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Pour les élus communistes, il est crucial que le prochain congrès du parti fasse un vrai bilan des stratégies électorales et reconstruisent une orientation nationale claire et mobilisatrice pour les aider dans les situations difficiles auxquels ils font face, bien sûr souvent dans l’opposition, mais aussi dans les communes conservées contre des alliances PS Droite comme à Vénissieux ou Gardanne, comme dans celles conservées avec le parti socialiste, toutes soumises à l’austérité et à la toute puissance des communautés et métropoles.

 

C’est essentiel pour travailler dans la durée aux campagnes électorales futures, au-delà de 2017, en pensant aux municipales de 2020 qui seront une épreuve de vérité pour l’ancrage local du parti communiste, et dont nous devons avoir l’ambition de regagner des dizaines de villes perdues, ce qui impliquera souvent de les gagner contre le parti socialiste.

 

Car les élus communistes savent à quel point les coups ont été durs contre ce qui constitue encore une des forces principales du parti, son ancrage local et ses élus qui conservent un lien populaire réel, et qui, dans des situations très diverses, tentent de faire vivre une expression communiste. Depuis les années 1990, nous avons perdu des centaines d’élus, avec une visibilité nationale toujours plus faible de nos campagnes électorales comme de l’action de nos élus. Les dernières élections départementales et régionales ont renforcées une double difficulté
- les communistes se présentaient dans chaque cas différemment, dans l’incapacité de porter un message national fort, alors même que tout indiquait que le vote serait un vote de politique national
- l’incroyable méli-mélo des alliances et des comportements électoralistes des autres forces dites de la gauche de la gauche, transforme la préparation d’une campagne électorale en marché aux places où les revendications mobilisatrices disparaissent dans les compromis contradictoires, et où les décisions des communistes sont bafouées par des accords de sommet.

Or, dans ce bilan difficile et qui reste à évaluer rigoureusement au plan national, il y a des signes de capacité de résistance, des victoires qui éclairent un autre possible
- le bon résultat des cantonales de 2008 avec un progrès en voix (nous ne perdons que 12 élus sur 234, dont 3 en Seine-Saint-Denis dont nous perdons la présidence) et de 2011 ou nous perdons 13 élus en en gagnant 14, dont 2 en Seine-Saint-Denis contre le PS. On peut constater des tendances régionales marquées par des progrès dans le centre mais des pertes dans le sud-est, une situation renforcée dans le Val de Marne un affaiblissement marqué dans l’Essonne…
- les victoires renouvelées après annulation à Vénissieux et Gardanne qui ont fait la une des médias ont démontré la capacité de résistance communiste face à des batailles conjointes FN, Droite, PS contre le communisme municipal. Pour Vénissieux, plus grand ville communiste hors région parisienne, dans le contexte de la première euro-métropole, face à la détermination de son président Collomb, dirigeant socialiste très « macroniste », de la faire tomber, cette victoire est un point d’appui pour tous les communistes. Elle a été obtenue avec un parti communiste affirmé jouant tout son rôle, ce qui se traduit par le deuxième plus grand groupe communiste de France.

 

Le résultat des élections départementales 2015, sont bien sur marquées par la réforme institutionnelle. Mais elles sont surtout difficiles à analyser tellement les situations politiques étaient hétérogènes, avec des candidatures communistes avec le PS, les verts, le PG, selon des logiques locales qui interdisent toute analyse politique nationale des rapports de force. En tout cas,le solde pour l’ANECR est terrible, avec une nouvelle perte de dizaines d’élus !

 

La contradiction que les élus communistes vivent au quotidien et qui pèse sur les conditions des campagnes électorales est pourtant connue.
- Les élus peuvent être de puissants repères politiques, des points d’appui pour les luttes, éclaireurs des politiques publiques d’austérité et de mise en cause des services publics, éclaireurs aussi des propositions qui démontrent qu’une autre politique est possible…
- Mais la gauche et la république enferment notre peuple dans une impasse terrible qu’il comprend et désormais refuse, et nos élus peuvent se retrouver au contraire associés dans la défiance des institutions.

 

En 2002, il y avait un vrai courant populaire pour refuser le FN, et tant pis s’il fallait pour cela voter Chirac, même si beaucoup de communistes tentaient de montrer que c’était une impasse. Mais en 2015, c’est la décision politicienne du PS de retirer ces listes qui a offert deux régions à a droite et nous a fait perdre nos élus. Et le piège Miterrandien de « tout sauf le FN se referme sur un peuple « de gauche » qui rejette désormais massivement le parti socialiste.

 

Nous ne pouvons plus nous satisfaire de demi-mesures, de stratégies électoralistes fluctuant selon les décisions de nos « partenaires ». Nous ne pouvons plus faire le grand écart entre la dénonciation du parti socialiste au gouvernement et des alliances locales qui ne dénonceraient pas l’austérité. Nous ne pouvons plus taire les contradictions avec des verts pro-européens et anti-service publics comme aux régionales en Languedoc Roussillon-Midi-Pyrénées. Nous ne pouvons pas taire que la victoire « communiste » de Montreuil se fait en perdant des élus communistes !

 

Nous avons dans toute la France constaté la dérive de candidats « socialistes » parfaitement en phase avec la politique réactionnaire du gouvernement, profondément anti-communistes, et cherchant dans le communautarisme et le populisme à utiliser la crise sociale contre nos élus. Ce sera pire en 2020, et le pourrissement de la vie politique exigera une bataille nationale forte pour défendre une conception républicaine et citoyenne de l’élection. D’autant que personne ne sait d’ici là à quel point le système pourra jouer des extrémismes et de la violence.

 

Nous avons tout de suite besoin de porter une politique nationale claire qui fait en permanence le lien entre mouvement populaire et élection, entre forces sociales et élus, entre résistance et proposition, dans une affirmation du rôle et des propositions du parti communiste et de ses élus, mise en oeuvre au plan local dans des alliances nécessaires, mais qui n’en sont que l’outil, et non pas l’objectif. Dans toute la diversité des situations locales, la bataille électorale communiste doit faire connaitre et grandir une stratégie nationale du PCF autonome dans son rapport aux institutions.

 

J’avais proposé dans une contribution au 36eme congrès une analyse des rapports entre le parti communiste et ses élus, soulignant que :

 

Le parti confronté à l’échec des stratégies précédentes de mutation, métamorphose, transformation doit inventer une stratégie de rupture avec le capitalisme qui interpelle les communistes sur la nature des luttes de classes aujourd’hui, l’importance de l’organisation dans le monde du travail, le rapport entre engagement déterminé dans le renforcement du parti et urgence de rassemblements toujours plus larges, capables de porter des majorités populaires.

 

Elle reste d’actualité, mais suppose d’approfondir l’analyse du capitalisme mondialisé, des conditions de ruptures politiques dans la perspective d’un changement de société, le besoin d’une organisation communiste populaire ancrée dans les luttes de classe, et capable de porter le changement de société dans les institutions, dans la dialectique nécessaire du parti et du rassemblement. Ce sont d’anciennes mais très actuelles questions théoriques et stratégiques pour les communistes.

 

La base commune proposée par le conseil national ne propose ni bilan sérieux des stratégies électorales suivies depuis deux décennies, ni analyse de ce qu’il faut bien appeler « l’impasse de la gauche » avec un PS clairement à droite et un Front de Gauche explosé, ni stratégie électorale claire pour porter partout un point de vue communiste dans le rassemblement populaire nécessaire. Elle ne crée pas les conditions d’une stratégie électorale claire, nationale, et autonome du parti communiste dans une perspective de reconquête en 2020.

 

C’est pourquoi je propose particulièrement aux élus communistes de prendre connaissance du projet de base commune alternative, « Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF ». Ce projet repose sur la demande d’un vrai bilan des stratégies suivies, propose une analyse critique de « l’impasse de la gauche », en la situant dans la longue durée de la stratégie d’union de la gauche initiée dans les années 60, et esquisse une conception ouverte du rassemblement populaire affirmant l’effort d’organisation communiste nécessaire.

 

C’est essentiel pour rompre définitivement avec les discours qui nous place pour les électeurs comme un parti radical bis, une annexe du parti socialiste. Et l’acceptation des primaires est de ce point de vue une faute politique majeure, qui nous enferme dans la présidentialisation, et dans le pourtant impossible soutien au PS dès le premier tour.

 

C’est essentiel aussi pour refuser le sectarisme gauchiste qui enfermerait les militants communistes dans l’idéalisme, dans la dénonciation populiste de toutes les institutions, sans voir par exemple que les communes ou la sécurité sociale, malgré ce qu’en font les politiques réactionnaires accumulées, restent des conquêtes populaires à réinventer, sans voir que le « communisme municipal », malgré ses limites, reste une des meilleures démonstrations concrètes qu’il est possible de faire autrement.

 

Mon expérience d’élu Vénissian, pendant trois mandats dans la démarche des conseils de quartiers et la relation aux habitants, puis comme adjoint depuis 2008, cherchant comment associer enjeu politique de l’énergie et gestion d’un grand réseau de chaleur, comment faire du service public de la propreté un atout pour le droit au cadre de vie des habitants les plus pauvres face aux incivilités, et depuis 2014, cherchant comment mobiliser les habitants pour le logement social dans les contradictions des tensions avec les bailleurs, et de l’insuffisance de l’offre, me confirme qu’il y a bien un chemin pour des élus utilisant leurs rôles dans les institutions au service du mouvement social.

 

C’est encore plus frappant dans cette communauté urbaine devenue métropole du Grand Lyon. Depuis 2008, la position du groupe communiste a évolué d’une situation d’effacement devant la domination de l’institution par le parti socialiste, à l’affirmation en 2014 d’un groupe qui ne participe pas à l’exécutif, et porte un point de vue communiste ouvrant la perspective d’un rassemblement de gauche. J’ai pu porter des positions opposées à Gérard Collomb pour le logement social, pour les droits des quartiers populaires, pour la défense de l’industrie en zone urbaine, pour le refus des politiques d’accompagnement des restructurations capitalistes avec les pôles de compétitivité, contre les réformes universitaires, jusqu’à la mise en place de la métropole dans laquelle le groupe communiste a fait vivre le refus de la mise en cause des communes… tout en jouant tout mon rôle d’élu avec les services, construisant une relation de confiance et de respect, discutant les conditions de mise en oeuvre des politiques publiques, défendant les intérêts des communes.

 

Mon expérience de délégué syndical CGT pendant 15 ans, dans le rapport de forces très défavorable d’un prestataire de conseil informatique, a joué un grand rôle pour m’aider à construire ce chemin entre gestion et résistance. Je crois que le choix d’élus qui ont eu précédemment des responsabilités militantes, notamment dans le monde du travail, dans l’industrie et les services privés, est essentielle.

 

L’espace politique est ouvert pour une autre stratégie électorale du PCF, pour des élus qui fasse le lien entre services et objectifs politiques, entre services et habitants, pour refuser autant la dilution dans les institutions que l’isolement populiste anti-institutions.

 

C’est avec l’ambition d’une reconquête électorale en 2020 et donc d’une bataille communiste en 2017, que les élus communistes peuvent contribuer au prochain congrès à relever le défi du PCF.

 

Pierre-Alain Millet
Adjoint au maire de Vénissieux
Conseiller métropolitain du Grand Lyon
Délégué syndical CGT de 1991 à 2008 
Militant communiste de la cellule Bourdarias aux Minguettes

 
1 commentaire

Publié par le mars 22, 2016 dans Uncategorized

 

Une réponse à “Un congrès pour une stratégie électorale renouvelée

  1. Martin Pierre

    mars 22, 2016 at 9:36

    Voici une réponse polémique à PAM que j’ai placée sur mon site Débat Communiste Ouvrier

    Elle traite de la réalité de la lutte des classes qui traverse aussi la fonction publique et dans ce texte plus précisément la fonction publique territoriale.

    Je rappelle les conditions de mon intervention. J’ai choisi aujourd’hui de pratiquer un rapport à la politique qui « tord le bâton » (Métaphore d’Althusser) pour redresser une ligne atteinte d’une profonde déviation de droite. PAM peut considérer que c’est du « gauchisme ». Il a en partie raison, mais c’est du gauchisme parce que ce à quoi fait référence PAM et à quoi il veut faire retour, l’actualisation du positionnement communistes des années 70, autrement dit « l’analyse concrète de la situation concrète » nous enferme dans le pur positionnement du Front Populaire (alliance des masses démocratiques) et en sont sein du Front -Unique (alliance des masses salariées). Autrement dit dans la seule figure du sujet de droit (affectation-répartition) et du combat pour le plein exercice de sa souveraineté pour la reproduction de sa force de travail (familiale et non individuelle). Je considère que cette phase : la production d’un sujet de droit « républicano-social), parce qu’elle n’est pas reliée au point de vue communiste, ne nous aide pas à conduire de façon efficace, la résolution de la contradiction qui est de sortir aujourd’hui de l’unique objet de produire une phase de transition efficace. Nous continuons de stagner dans l’idée de construire le socialisme. Or, le socialisme a été miné par des contradictions qui l’ont empêché d’évoluer vers le communisme, et à l’opposé il y a eu restauration du capitalisme privé.

    Aujourd’hui, la seule façon de « sauver » l’idéal communiste c’est de le dégager de sa gangue « républicano-social-démocrate »et donc de la phase de transition comme unique construction d’un Etat Socialiste.

    L’analyse « concrète de la situation concrète » par l’immédiateté qu’elle présuppose à l’avantage de chercher le rassemblement large « le sujet de droit démocratique antimonopoliste » qui fait le rassemblement majoritaire, elle débouche naturellement sur le sujet de droit prolétarien du Front-Unique (Le sujet de droit publique propriétaire de l’ensemble des moyens de production, par nationalisations) , mais elle ne résout ni la question des conditions de production ,ni la question de la division du travail.

    En ce sens, elle présente l’inconvénient de ne pas aider à résoudre la question de la division du travail et les antagonismes qui en découlent au sein même du salariat. Elle rabat le communisme sur un pur problème de circulation et d’affectation, elle détache la production d’un surplus de ses conditions de répartition, elle réduit donc le capitalisme à une pure production de profit en effaçant les conditions de son existence, la plus-value. La dérive droitière (présente dans le mouvementisme) d’un tel positionnement est de faire du profit et de la marchandisation, l’alpha et l’oméga de la libération d’un sujet aliéné. Cette analyse nie l’effet de libération des sociétés de classes par les conditions réelles de production d’un surplus. Cette idéologie réformo-gauchiste, pense produire un univers d’entreprises sans salariés ou l’affectation peut avoir lieu sans tenir compte de ses conditions de production

    Je pose donc historiquement la question de la réévaluation de la période 24-34, autrement dit de l’ouvriérisation du parti communiste, à travers sa bolchévisation et l’imposition de sa phase « Classe contre classe » en réponse au Front-Unique et au Front-Populaire. L’effet immédiat d’un tel positionnement, est d’affirmer que le communisme n’est pas le produit d’une disparition sous le socialisme de toutes les classes sociales, mais au contraire fusion de tout le corps actif dans le corps productif, dans une unique classe sociale, la classe ouvrière comme classe productive du surproduit et donc de la disparition du fonctionnariat, de la disparition de l’Etat, et non de la généralisation du statut de fonctionnaire détaché de toute problématique de valorisation.

    J’estime donc que la question du léninisme dans ses limites doit être posée au regard de nos fins, au regard du communisme.

    Mais j’affirme que le socialisme est bien la pleine réalisation de ces objectifs, en ce sens qu’il est imposition généralisé du « capitalisme d’Etat » revendiqué comme tel par Lénine. Seul la prolétarisation généralisée et l’ouvriérisation absolue (i.e : production de la classe productive), peut produire au sein d’une même nation, une formation sociale historique sans Etat.

    En ce sens je m’oppose totalement à la Gauche Communiste Historique qui voit dans le Capitalisme d’Etat l’horreur absolue, un fascisme « rouge », en préconisant une trans-nationalisation des forces productives et donc une absolutisation du point de vue social-démocrate, au nom de la modernité du capital de monopole impérialiste. Point de vue repris par Trotski dans sa fameuse maxime : « L’internationalisation des forces productives fait voler en éclat les Etats-Nations ». Je choisi donc la révolution ininterrompue au sein de l’Etat-Nation contre le point de vue de la révolution permanente « transnationale ».

    En conséquence de quoi j’appelle à voter pour la plate forme « Unir les communistes » qui en cherchant à mettre en œuvre la ligne léniniste dans la formation sociale française, travaille objectivement à l’instauration du capitalisme d’Etat (ou PAMisme), mais en développant une critique de la ligne gauchiste de la Gauche Communiste Historique, je souligne la nécessité du combat ultime qui opposera la classe ouvrière à la bourgeoisie. D’abord le prolétariat contre les capitalistes privés, puis au sein du capitalisme d’Etat, classe ouvrière (les productifs) contre la bourgeoisie (les improductifs, dont le fonctionnariat). C’est cela la révolution ininterrompue et ce en quoi elle constitue la meilleure réponse à la révolution permanente.
    Crise des Collectivités de l’ Appareil d’Etat
    et crise du PCF
    Au sein du système capitaliste l’Appareil d’Etat régional, départemental et communal constitue un bon exemple de ce que produit une ligne progressiste réformiste quand elle s’ampute de son apport communiste. Car on ne peut certainement pas parler de gestion « communiste » pour rendre compte de la gestion républicaine et social-démocrate, portée par 90 ans de présence « communiste » au sein de ces institutions en France.

    Prenons pour exemple la crise de la gestion de la force de travail capitaliste (capitalisme d’Etat) des personnels.

    La mise en œuvre de la division capitaliste du travail dans la catégorie des agents de la fonction publique territoriale a entrainé une définition des postes sur une ligne tayloro-fordiste qui n’a rien à envier à celle de la hiérarchie des catégories productives au sein d’une entreprise classique. L’importance des postes est liée aux contenus qui les définissent et les assujettissent à une ligne d’ancienneté et de concours. Chaque catégorie : cadres, employés, techniciens, ouvriers se voit rattachée à des lettres A, B, C, D et à des marges hautes : hors cadres, ou basses : non-titulaires, qui constituent un véritable maquis et en même temps une véritable ligne de fracture entre ces catégories.

    L’apport de la gestion républicaine et social-démocrate du PCF, aura été notamment via la réforme « Le Pors » de stabiliser ces personnels en essayant de les rapprocher des catégories des agents de la fonction publique nationale, en s’inspirant des principes de leur division technique et sociale du travail. La grande faiblesse de cette réforme est, à l’opposé, d’avoir dépolitisée cette même question et donc la question du procès de production, dans le seul lieu où une contre-culture pouvait intervenir par présence d’une autre politique « communiste », ceci pour en faire un archétype applicable à toutes les collectivités territoriales et donc d’avoir fait disparaître l’apport communiste, pour lui substituer le consensus de la gestion républicaine et social-démocrate des droits, une simple politique de « gauche » fruit d’un compromis technico-administratif.

    En réalité dès sa création cette réforme a été contournée et détournée par tous ceux (élus) qui souhaitaient garder la haute main sur la gestion « politique » de cette main d’œuvre. Dans toute les communes, les passe-droits ont été mis en œuvre à travers le recours à l’utilisation d’une ligne de travail hors-statuts y compris dans les mairies « communistes ». Le groupe des élus a eu recours au recrutement d’une première ligne de commandement hors-cadres (chef de cabinet, secrétaire général, ingénieur, directeur des services techniques etc.), ce micro-marché du travail, jugé très politique, justifiant dans le cadre de la division capitaliste du travail, des rémunérations sans commune mesure avec ce que perçoit le reste du personnel, mais reconnaissons que ce sont des postes « politiques » tenus par le secret de gestion. De façon non paradoxale, parce que ces Appareils d’Etats capitalistes n’échappent à la mise en « valeur » du secteur public, la gestion managériale américaine de ce segment de force de travail, s’est imposée. Aujourd’hui quand suite à une défaite électorale, l’équipe politique change, ce type de personnel change avec elle.

    En dessous nous avons la catégorie « A », et celle qui lui est liée par concours, la catégorie « B ». Ce sont ces deux catégories qui ont le plus gagné à la réforme « Le Pors », elles ont pu s’identifier à celles de la fonction publique nationale. Politiquement le petit-bourgeois du A et B veut l’indépendance « idéologique » vis-à-vis de la collectivité où il travaille, car il veut la « neutralité » qui favorise la carrière. Il cherche donc à s’émanciper de tout engagement qui clive, de tout risque de confrontation au profit ou au dépend d’une partie des habitants qu’il administre. Aujourd’hui le fonctionnaire de la territoriale veut pouvoir faire carrière, quelque soit la ligne politique appliquée, par choix électoral. Donc, l’immense majorité de ces deux catégories, choisit la ligne gestionnaire du politiquement correcte. L’alliance objective du social-libéralisme et de la droite, qui fait que des choix similaires de gestion et de rapports aux administrés sont faits quelque soit la couleur politique de la commune. En ce domaine très rares sont les mairies « communistes » qui compte-tenu des possibilités de choix de gestion vont à contre-courant, aucune ne se distingue par une remise en cause frontale de cette réalité. Il n’y a donc aucune surprise à ce que les personnels concernés, préfèrent un marché du travail inter-collectivités le plus homogène possible qui favorise ainsi le passage d’un lieu à un autre, plutôt que de choisir une stratégie de défense et de contestation. Aujourd’hui pour cette fraction « protégée » du salariat, le mécontentement se traduit par la solution unique du changement d’affectation, mais certainement plus par un désir de bouleversement politique y compris dans le procès de travail.

    les catégories les plus impactées par la non transformation des modes de gestion de la force de travail, réduit à une pure gestion social-démocrate et social-libérale commencent avec la catégories C jusqu’aux non-titulaires « bouche-trous » des budgets peaux de chagrin et des politiques de relances « piège à cons » gouvernementales, qui créent des cohortes de non-titulaires, qui font le pendant aux catégories « stagiaires » et C.D.D des entreprises capitalistes du privé.

    Avec les « C » on est au cœur de la résistance et de la conflictualité vis-à-vis des politiques municipales et de la lutte des classes qui traversent ces différentes catégories entre-elles.

    Cependant dans toutes les mairies quelque soit la couleur politique, le petit jeux du procès de surqualification-déqualification capitaliste se traduit par la mise en place d’un système qui élève la pyramide hyérarchique tout en réduisant et coupant le nombres de cadres intermédiaires, les « C » font le boulot des « B » et les « B » ceux des « A » , tout en n’ ayant pas les mêmes reconnaissances statutaires et les mêmes pouvoirs de délégation, d’où la mise en danger de ces personnels sur la responsabilité de gestion et de mise en oeuvre. Cette politique discriminante de réductions de postes, se traduisant par des primes de rentabilité à la « gueule » du client, des surrémunérations pour les hors-cadres, qui se voient récompensés pour ces politiques managériales de réduction des coûts et des personnels.

    Qui veut savoir quel est l’état d’esprit du personnel vis-à-vis de l’équipe municipale en place « interroge » les catégories moins bénéficiaires de ce mode de gestion. Qui veut comprendre comment une mairie communiste se perd, regarde ce qui se passe dans sa gestion de la force de travail et son plus ou moins grand respect vis-à-vis de ces catégories. Plus que le choix d’alliance politique, c’est le choix de gestion et le choix de mise en œuvre d’une politique différente qui traduit aujourd’hui la rupture dans les lignes consensuelles de gestion. La perte du soutien idéologique des personnels des collectivités est un excellent thermomètre du degré de confiance de la population locale sur les discours politiques prétendant mettre en œuvre une autre politique de gestion au niveau national. Et la question de la division sociale et la division technique est au cœur de cette contradiction.

    Or mettre en œuvre une autre politique, c’est aujourd’hui clairement s’affronter aux institutions et à leur mode de gestion et de gouvernance. S’il y a un quelconque intérêt à se dire encore aujourd’hui « communiste » c’est précisément parce que nous avions mis historiquement cette question au centre de notre problématique, voir qu’elle ne nous vient même plus à l’esprit indique le haut degré de dérive réformiste à laquelle nous sommes aujourd’hui parvenus.

    Cette approche est la meilleure réponse à ceux qui après les avoir abandonnés, prétendent faire retour auprès des salariés des entreprises. Pourquoi le PCF n’est pas ou plus présent dans un grand nombre d’entreprises privées?

    – Tout simplement parce qu’il ne l’est déjà plus au sein des salariés des collectivités qu’il gère.

    Si les salariés du privé ne sont pas en « manque » de PCF, c’est que là où les communistes gèrent de la main d’oeuvre, ils ne voient plus de différences significativent avec une gestion capitaliste.

    Des cellules d’entreprises pourquoi faire?

    Si c’est pour informer les salariés des choix nationaux du PCF, une distribution de tracts devant l’entreprise suffit, si c’est pour représenter les salariés, il faut encore que le PCF est une politique à proposer à cette unité de production, or en dehors de la nationalisation à laquelle le PCF ne croit plus, quelle autre type de gestion voulons nous imposer ? La cogestion , la gestion partagée avec les patrons comme en Allemagne? C’est ce que nous ne cessions de dénoncer dans les années 70, face à la droite et aux sociaux-démocrates, et c’est encore ce type de représentation qui court derrière le projet « sécurité emploi-formation ».

    Quant à la division capitaliste du travail, comme nous n’avons aucune analyse de cette question, ceci depuis les années 30, que nous laissons à l’action des syndicats, là aussi les salariés ne voient aucuns intérêts à la présence proprement dite de cellules communistes.

    Encore une fois, tant que nous resterons englués dans la gestion et la répartition républicano-social-démocrate aucune politique de rupture communiste ne naîtra d’une telle politique, et si nous voulons réimplanter une politique communiste à l’entreprise, il va falloir accepter qu’elle clive en faisant des choix et en réintroduisant une lutte de classes au profit des plus exploités.

    Le salariat attend des communistes des politiques de lutte des classes qui confrontent et non qui réalisent des consensus mous au nom d’une unité qui se tourne toujours au profit des plus protégés et des plus nantis.

     

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