RSS

La réflexion du jour : Poutine et l’Orient complexe, que devraient faire les Français?

16 Mar

Afficher l'image d'origine

L’annonce de Poutine a provoqué un bouleversement tant à Washington qu’à Genève où se déroulent sous l’égide de l’ONU des discussions entre Bachar El Assad et l’opposition syrienne. Outre le fait que Poutine, dont Obama affirmait récemment qu’il s’était enlisé en Syri,e a démontré comment une grande puissance pouvait intervenir à la demande d’un Etat souverain et pas comme un envahisseur, et repartir quand il estimait sa mission accomplie, il y a sans doute d’autres paramètres à considérer. Un jeu de billard à plusieurs bandes dans lesquelles on retrouve l’excellence de la diplomatie soviétique, celle d’un Primakov, autant que les capacités tant vantées de joueur d’échec de Poutine.

  1. Mission accomplie
    L’explication la plus simple et la plus logique est que le déploiement militaire en Syrie a toujours été annoncé comme une courte opération, pas de promesses à l’Américaine, mais réduire l’Etat islamique et aider l’Etat syrien à retrouver la maîtrise sur son territoire. Le fait est que la mission a été accomplie alors que l’on annonçait la chute imminente d’Assad. Six mois plus tard, en mars 2016, personne ne parle de la façon dont Assad est sur le point de tomber ; les forces gouvernementales syriennes et leurs divers alliés de la milice iraniennes et du Hezbollah ont repris l’initiative sur le champ de bataille, reprenant les principaux villages qui renforcent leur capacité de garder le contrôle des parties de la Syrie qu’ils occupent tout en mettant à mal les forces d’opposition. Les conditions politiques ont parallèlement évolué puisque le départ d’Assad n’est plus un préalable. En outre la Russie apparait comme un allié loyal à l’inverse des américains et des occidentaux en général. L’image de la Russie est redevenue celle d’une grande puissance fiable. Alors que l’intervention en Libye l’avait affaiblie puisque les Américains avaient imposé à la Russie et à la Chine impuissantes leur intervention qui violait y compris la mission du conseil de sécurité. C’est une incontestable revanche et un signal lancé à l’ancienne ministre des affaires étrangères de l’époque, à ses amis néocons qui ont provoqué la crise ukrainienne, à la probable victorieuse présidente Hillary Clinton. Et c’est peut-être là un des paramètres essentiel de la décision : donner un signal fort à la future présidente et à son entourage.

2)  LA TURQUIE mais au delà l’OTAN et le prochain gouvernement américain !

 L’ennemi des Russes est désormais la Turquie d’Erdogan, celle qui rêve d’une hégémonie non seulement sur la bassin méditerranéen mais sur ce qui fonde l’Etat russe, le lien entre les tatars et les slaves. Erdogan ne se contente pas d’abattre des avions russes, il tente de soulever les Tatars de Crimée, il s’active en Tchétchénie, dans le Caucase, il a été le lieu de recrutement pour Daech et Al Qaida. Il représente l’OTAN sous sa forme la plus explosive. De surcroît les élections américaines ont toutes chances de voir la belliqueuse Hillary Clinton reprendre et poursuivre la stratégie des néoconservateurs de partition de la Russie et de soutien accru à la Turquie dans ses manœuvres. Elle l’utilisera sans état d’âme aussi bien que les nations de l’ancienne Union soviétique devenues des bastions de l’OTAN, y compris en favorisant comme en Ukraine les forces d’extrême-droite. Comme elle s’apprête à poursuivre l’encerclement chinois en Asie. La Turquie a abattu un avion russe et n’a pas craint de multiplier les menaces de guerre.

Et pourtant les rares critiques à l’énoncé de ce retrait sont venues de la Turquie : peut-être la seule puissance qui ait exprimé son mécontentement clair, était la Turquie. Le représentant permanent de la Turquie auprès de l’UE, Selim Enel a noté que le retrait de l’armée russe n’affecterait pas le conflit syrien. « La guerre continuera, les flux migratoires continueront, et les gens vont continuer à fuir le régime », – a-t-il dit. Et il a jouté qu’il partageait un souci des russes, c’était bien la seule chose qu’il partageait avec eux, le départ de Bachar El Assad ne réglerait rien… Pourquoi un tel manque d’enthousiasme ? Sinon parce que le retrait est destiné à peut-être imposer à l’Iran et aux Américains la fin de la fiction d’un Etat unifié au profit d’une fédération dans laquelle les Kurdes auraient leur autonomie.

Le choix de la paix avec l’Iran tenté par Obama, peut être  poursuivi par Hillary Clinton et ses amis néoconservateurs  dans le cadre de ce vaste projet qui installe la guerre avec l’Eurasie. Les Russes doivent donc impérativement aboutir à une situation de paix au Moyen Orient.
.

3) UNE SOLUTION DE COMPROMIS AVEC LES ACTEURS REGIONAUX

Poutine aurait-il  compris que l’Etat syrien n’était plus en mesure, sans se donner entièrement à l’Iran de se maintenir et il a fait le choix d’un Etat confédéré. Il faut prendre acte de la partition dans les faits de la Syrie avec un secteur Kurde autonome. D’autres secteurs alaouites, druzes pourraient aussi conquérir leur autonomie et pourraient selon ce plan être mieux à même de lutter contre Daech et les fascistes fondamentalistes. Il préserve l’unité syrienne tout en tablant sur un compromis dans la décentralisation. Pour Moscou, le problème n’est pas de soutenir ou de renverser Bachar El Assad mais d’aboutir à une situation de paix permettant d’endiguer les menaces fascistes du type de l’Etat islamique. Et cette paix ne peut s’obtenir sans compromis avec tous les acteurs régionaux.  Peut-être que le Kremlin veut rappeler à Assad qu’il n’a pas un chèque en blanc de la Russie. Encore une fois, les Russes semblent établir des comparaisons avec les expériences récentes que les administrations Bush et Obama ont eues avec les dirigeants irakiens et afghans, qui ont toujours voulu compter sur le soutien des États-Unis, même quand ils étaient peu enthousiastes à suivre les diktats américains ou prendre les mesures de Washington. Moscou ne cesse d’intervenir pour réclamer que les Kurdes soient présents dans la négociation de paix. Peser sur les conditions de la paix, passer de la guerre à la diplomatie exige aussi un constat lucide de l’état réel de la Syrie. Il s’agit d’éviter qu’ici comme dans tout le bassin méditerranéen, la stratégie du chaos qui est celle d’Hillary Clinton et ses amis ne donne son maximum. Cette stratégie mollement retenue par Obama est déjà à l’oeuvre en Libye où la mèche du détonateur est allumée vers le Maghreb, la Tunisie, l’Algérie où Lavrov est venu tester la résistance du pays à l’opération de déstabilisation généralisée

 

 

4) MEME LES ISRAELIENS ET LES SAOUDIENS

Le paradoxe de la situation, est l’appui israélien à la vision russe. Entre Netanayoun et Obama, les relations sont de plus en plus tendues, comme elles le sont d’ailleurs entre Obama et le monde sunnite, l’Arabie saoudite. En revanche, elles sont bonnes avec Poutine et avec les Chinois. Mais ce n’est pas une nouveauté pour qui connait non seulement Poutine mais son allié chinois, qui tout en défendant la nécessité d’un Etat Palestinien ont d’excellent rapports avec les Israéliens pour de multiples raisons. Là aussi la réaction à la déclaration russe est surprenante. Le Ministre de la défense israélienne Moshe Booguy Ya’alon qui était à Washington a appuyé le plan russe, et ce n’est pas la première fois qu’il soutient l’hypothèse d’un Kurdistan autonome et alors qu’Israël s’était jusqu’ici ostensiblement tenu à l’écart du conflit syrien, il a soutenu hier par la bouche de son ministère de la défense à Washington, le plan russe. Au cours d’une apparition qu’il a faite au Centre d’Etudes Internationales Woodrow Wilson, il a stipulé que les Etats-Unis et d’autres puissances sont engagés par un « vœu pieux » à vouloir poursuivre une stratégie où on se représente la Syrie comme une nation unie, ainsi qu’elle était avant que la guerre n’éclate en 2011.

Mais le paradoxe existe également dans les relations avec les Saoudiens. Moscou vise à la paix avec comme avec toutes les puissances pétrolières décisives. En effet, la Russie souhaite parvenir à un accord plus pressant avec Riyad sur la stabilisation des marchés mondiaux de l’énergie afin que les prix puissent se stabiliser. Etant donné que les ministres du pétrole doivent se réunir en avril pour voir si un gel de la production viable est possible. Un retrait russe de la Syrie signale aux Saoudiens que, si Bachar n’est pas renversé, il y a pourtant la porte ouverte aux négociations. Moscou reste ouvert à un règlement négocié basé sur un certain degré de décentralisation et la création d’un gouvernement que l’unité serait répondre à certaines des préoccupations et des intérêts de l’Arabie Saoudite.  Les conditions d’un règlement de compromis sont créées.

Donc il faut imposer aux négociateurs, essentiellement à l’Iran cet Etat fédéral, ultime moyen de conserver à la Syrie son unité nationale et ne pas poursuivre la fiction américaine et française d’un Etat syrien dont serait chassé Bachar El Assad pour y installer un pouvoir favorable à l’occident.

Le souverain du Maroc était également hier à Moscou. Dans son intervention en Syrie, Moscou a repris son rôle de grande puissance, mais la Russie n’a jamais caché à quel point cette intervention armée n’avait de sens que dans une intense activité diplomatique que Lavrov n’a cessé de mener et qui a sans doute été à l’origine de cette décision de retrait. L’élection probable d’Hillary Clinton à la présidence des Etats-Unis a toutes chances de coïncider avec une période d’intervention  belliciste avec comme ennemis désignés la Russie et la Chine, la mise à feu et à sang de vastes territoires y compris européens. L’hégémonie à n’importe quel prix.

IL SERAIT TANT POUR LA FRANCE DE CHANGER TOTALEMENT DE STRATEGIE

Si ce sont les Turcs qui ont le mieux réussi leur chantage auprès des Européens, Allemands en particulier, concernant les migrants et la guerre de Syrie (un lot de consolation pour le grand perdant), l’intervention russe a également insisté sur la nécessité d’une solution de paix, la fin d’un mode d’intervention contre les souverainetés nationales si les pays européens ne voulaient pas en faire les frais en matière de terrorisme et d’accueil des migrants. Que restera-t-il de cette pédagogie russe face à la nouvelle administration américaine ?

Ce qui peut nous préoccuper à nous Français en priorité c’est la position de notre gouvernement et son rôle présent et futur en matière de paix et de guerre. Nous ne pouvons pas déléguer à un hypothétique mouvement de la paix européen le soin d’exiger la sortie de l’OTAN. En ce qui concerne le parti communiste qui aurait un rôle essentiel à jouer dans ce domaine, il est clair que lui fait défaut une absence totale de perspective dans cet échiquier complexe où notre pays est pourtant intéressé au premier chef.

Si nous ne pouvons en aucun cas identifier l’actuel russie avec l’Union soviétique et si Poutine est l’homme des oligarques, tout autant que De Gaulle fut celui des monopoles, il n’en demeure pas moins que dans le contexte actuel, Poutine reprend à son compte une partie de la politique de l’ex-URSS, au profit exclusif de la Russie, sans la volonté de penser l’anti-impérialisme en fonction d’un projet socialiste d’émancipation humaine. Pour des rasons qui ont trait à la dangerosité de l’impérialisme américain et ses alliés, le choix de Poutine comme celui de la Chine est d’imposer la paix, un monde multipolaire où les acteurs régionaux retrouveraient leur capacité d’intervention. POur le moment, il parait donc important d’appuyer sur ce qui va dans ce sens sans se faire d’illusion sur les motifs et les buts.

je me permets de vous rappeler la partie du texte UNIR LES COMMUNISTES consacrée à la sortie de l’OTAN , sans avoir la capacité héritée de la grande diplomatie soviétique ou celle de joueur d’échec, nous devrions au moins avoir à coeur d’intervenir par rapport à notre propre gouvernement qui de Sarkozy à Hollande s’avère le plus atlantiste qui se puisse imaginer donc le plus belliciste… Notre allégeance probable à Hillary Clinton n’arrangera rien surtout que notre système politico-médiatique dominé par les marchands d’armes risque de poursuivre dans la lancée analysée par notre texte alternatif:

La sortie de l’OTAN est nécessaire pour agir pour la paix !

Les horreurs des guerres impérialistes, leurs conséquences humaines et économiques, sans compter l’impact environnemental et patrimonial, font de la paix une exigence première des forces progressistes.

Dans la mobilisation contre la première guerre d’Irak, l’émotion était forte dans le peuple français et les communistes actifs. Mais depuis que nous avons participé au gouvernement qui a bombardé la Yougoslavie, nous avons repris trop souvent le vocabulaire dominant dénonçant les “dictateurs” et célébrant les “révolutions orange” ! La guerre idéologique et médiatique destinée à justifier les guerres tout court, a marqué notre peuple qui regarde avec effarement ce monde violent sans comprendre qui il faut défendre, qui il faut dénoncer.

Le PCF doit reprendre avec énergie la bataille pour la paix avec deux idées fortes :

  • L’OTAN est une alliance militaire agressive au service de la domination US. C’est le principal facteur de guerre, de prolifération des armements et désormais des mercenaires et des armées privées. La France, quatrième productrice mondiale d’armements, doit prendre des initiatives, y compris unilatérales, visant aux désarmements atomiques et conventionnels négociés.
  • Respecter les indépendances nationales et le cadre de l’ONU. Ni la démocratie, ni le socialisme, ni le développement ne s’imposent par des armes étrangères, et le bilan des interventions “humanitaires” occidentales est terrible. Le « droit d’ingérence » est un droit impérialiste qu’il faut combattre en affirmant le « droit à l’indépendance nationale ». La solidarité avec les peuples en butte à des dictatures est utile aux forces progressistes, dans des actions de boycott économique, dans la diplomatie et la communauté internationale. Elle se fourvoie toujours dans l’acceptation de la guerre étrangère.

Danielle Bleitrach

Advertisements
 
Poster un commentaire

Publié par le mars 16, 2016 dans Uncategorized

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :