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La Russie en Syrie: fin de l’opération militaire, déploiement du front diplomatique par Karine Bechet-Golovko

15 Mar

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Hier, à la surprise générale, le Président russe V. Poutine a annoncé la fin de l’opération militaire russe en Syrie. Certes, après en avoir discuté avec le Président syrien B. Assad et en avoir informé le Président américain Obama. Le fait que le retrait doive commencer le 15 mars, jour du début officiel des pourparlers avec l’opposition syrienne est un signal fort lancé à l’occident. Un signal de paix et de force tranquille. Mais la situation est-elle suffisamment stabilisée pour permettre un réel engagement du processus de paix? Si la mission militaire est sans aucun doute remplie, l’évaluation de la stabilité politique ne peut se faire qu’en ayant connaissance du contenu des accords tripartites avec Obama et Assad. Donc voyons les faits.

Le 14 mars, V. Poutine, entouré du ministre des affaires étrangères et du ministre de la défense, fait une annonce qui surprend les chancelleries occidentales. La Russie, après avoir rempli sa mission, retire ses forces militaires spécialement envoyées pour lutter contre le terrorisme et doit renforcer son action diplomatique:

« La mission confiée au ministère de la Défense et aux Forces armées a été accomplie. J’ordonne au ministre de la Défense de commencer le retrait de la plus grande partie de notre groupe militaire de Syrie à partir de mardi (…). J’espère que cela sera un bon signal à toutes les parties en conflit et augmentera le niveau de confiance entre tous les participants aux processus de paix. Je demande au ministère des Affaires étrangères d’intensifier la participation de la Fédération de Russie à l’organisation du processus de paix en Syrie. »

Voici la vidéo de son intervention:

Le retrait des forces
Le retrait des forces militaires russes ne signifie leur disparition totale du territoire syrien. La présence russe était antérieure au conflit, elle perdurera. La base navale de Tartous et l’aérodrome de Hmeimim continueront à fonctionner comme par le passé. Leur sécurité devant être assurée, il semblerait que les S-400 soient maintenus, ce qui garantit un contrôle du ciel, notamment contre la Turquie.
Cette décision, prise en accord avec Damas, s’accompagne d’une collaboration russo-syrienne renforcée. La Russie fournira la Syrie en armes comme elle s’y était engagée, les instructeurs continueront à former les spécialistes de l’armée régulière. Et elle gardera sa place dans la régulation du cessez-le-feu et de l’aide humanitaire.
Pour autant, certains analystes, soulignent que, de cette manière, elle laisse place libre pour les Etats Unis. Or, la manière dont les Etats Unis ont jusqu’à alors combattu – officiellement – l’état islamique ne laisse supposer aucune victoire décisive à court ou moyen terme sur ce front. Et l’intégrité territoriale de la Syrie peut être, à terme, en danger. Rappelons que, par ailleurs, de nombreuses armes américaines livrées à l’opposition dite modérée, se sont retrouvées entre les mains de l’état islamique ou du Front Al-Nosra pour lutter contre le régime d’Assad.
Les institutionnels russes estiment que Assad sera en mesure de faire reculer ce qui reste de l’état islamique. A ce sujet, justement, les experts sont partagés. Il est également possible que sa position soit affaiblie. Sauf si l’état islamique est une force virtuelle. Ce qui sera clair sous peu.
D’une manière unanime, cette annonce a été prise avec surprise, mais positivement. Elle est interprétée comme un signal fort donné en faveur du processus de paix.
Mission accomplie
Commencer une guerre est toujours plus aisé que de la terminer. Les buts que la Russie s’était fixée en intervenant, sur la demande de Assad, sont remplis, les forces spécialement déployées à cet effet peuvent rentrer. Et finalement, la question qui était sur toutes les lèvres, à savoir, justement quels sont ces buts, trouve un début de réponse.
Affirmer un statut de puissance internationale
Avec la chute de l’Union soviétique, la Russie avait perdu son statut de puissance internationale. En se reconstruisant, elle a pu s’affirmer régionalement, mais c’est réellement l’intervention en Syrie dans la lutte contre le terrorisme qui lui a permis de revenir sur le devant de la scène.
L’intervention en elle-même n’est pas suffisante pour acquérir ce statut, encore a-t-il fallu être incontournable. Et les Etats Unis furent bien obligés de le reconnaître.
Destabiliser les forces terroristes
L’intervention militaire russe a été décisive dans le combat contre les groupes terroristes en Syrie, n’en plaise à la propagande occidentale, réduite à attribuer aux forces de la coalition américaine, empêtrée dans des alliances contre-nature, des faits d’armes russes.
Les résultats sont clairs:
« Pendant son opération en Syrie, la Russie a réussi à couper la voie principale du trafic d’hydrocarbures entre la Syrie et la Turquie (…). Les frappes aériennes russes ont permis de priver les terroristes de leurs sources de ravitaillement. L’aviation russe a détruit 209 sites de production et de transformation de pétrole et 2.912 camions-citernes en Syrie, a précisé M.Choïgou.(…) Les avions russes ont effectué plus de 9.000 sorties et porté des frappes contre les positions des terroristes de l’Etat islamique (EI ou Daech) et du Front al-Nosra en Syrie depuis le début de l’opération aérienne russe le 30 septembre 2015. »
Pour autant, tout n’a pas été accompli, les forces terroristes tiennent encore des régions importantes et des villes.

« Nos actions ont permis de déloger les terroristes de Lattaquié, de rétablir la communication avec Alep. Palmyre est toujours bloquée, des combats sont en cours en vue d’en chasser les formations illégales. Nos actions ont aussi persmis de libérer la plus grande partie des provinces de Hama et de Homs, de débloquer base aérienne de Kuweires qui était bloquée depuis plus de trois ans, de rétablir le contrôle des champs pétrolifères près de Palmyre », a indiqué le ministre Choïgou.

Permettre un processus politique
A la différence des Etats Unis, la Russie ne cherche pas à prendre le contrôle du pays, en contre partie de son intervention. Ce qui est conforme à sa doctrine d’un monde multipolaire. Son but est de permettre la mise en place du processus politique et le message ici ne prête pas au doute. Le fait que justement, le jour des négociations avec l’opposition, l’ordre soit donné de retirer les forces, est un message fort lancé à la communauté internationale et à l’opposition syrienne. La Russie se veut un exemple à suivre. Le sera-t-elle? C’est une autre question. Qui va dépendre tout autant de la forces de dissuasion des éléments militaires qu’elle laisse sur place et du poids de sa diplomatie.
Certaines forces mettent tout en jeu pour utiliser ces tentatives de paix pour destabiliser politiquement la situation, et plus conrètement Assad. A peine le cessez-le-feu a-t-il été mis en place, que des groupes d’opposition ont recommencé à organiser des manifestations anti-Assad dans le centre de Damas. Il est vrai que face au danger que représente Al-Nosra et l’état islamique, il est urgent de lutter contre Assad, pour destabiliser la situation et permettre l’établissement d’un Califat. A chacun ses ennemis. A chacun sa vision politique.
Les pourparlers de Genève
C’est donc dans ce contexte, à la fois tendu et plein d’espoirs, que reprennent les négociations syriennes. Le représentant spécial de l’ONU a rappelé qu’aucunes conditions préalables au dialogue ne devaient être avancées par l’opposition. Or, celle-ci, arrive plus combative que conciliante.

« Nous considérons que la période de transition doit débuter avec la chute ou la mort de Bachar Al-Assad », a fait valoir auprès de deux agences de presse, le négociateur en chef de l’opposition, le chef rebelle salafiste Mohamed Allouche. Cette transition « ne peut pas commencer avec la présence de ce régime ou avec le chef de ce régime encore en place ».

Cette déclaration n’entre pas tout à fait dans le cadre d’un processus consensuel, mais elle donne le ton: rien n’est réglé. Car la Russie tient toujours sa position: le sort d’Assad doit résulter de la volonté populaire. Pas de la volonté d’un groupe ou d’une intervention étrangère. De la même manière, la Russie s’oppose à une fédéralisation du pays pour l’instant. L’important étant d’abord de stabliser les forces, ensuite les syriens pourront décider eux-mêmes de la forme de leur gouvernement.
C’est en ce sens que le Président V. Poutine, parallèlement au retrait des forces militaires, intime au ministre des affaires étrangères de renforcer la pression russe dans le processus de paix. Cela sera-t-il suffisant pour mettre un terme au conflit en Syrie? Impossible à dire sans avoir connaissance des négociations entre Poutine, Obama et Assad. Donc, à suivre.
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Publié par le mars 15, 2016 dans Uncategorized

 

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