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L’URSS à l’assaut du Kremlin par Alexandre Sitnikov

10 Mar

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Les experts occidentaux craignent que les sanctions ne renvoient la Russie au socialisme

 

 

Traduction Marianne Dunlop pour histoireetsociete

Photo: Tass

Alors que la confrontation politique avec l’Occident global ne fait que s’accentuer, l’intérêt pour l’histoire soviétique grandit en Russie, y compris du côté de la jeune génération. La célébration du 70e anniversaire de la défaite du fascisme a été marquée non seulement par des défilés, mais aussi un large travail d’information de la part des historiens et des journalistes. Pour beaucoup de nos jeunes compatriotes, ce fut une surprise totale de découvrir la supériorité de l’économie de notre pays au cours de la Seconde Guerre mondiale par rapport à la « machine allemande » tant vantée. Au lieu du point de vue cynique, répandu jusqu’à récemment, consistant à dire «nous avons bombardé l’ennemi avec nos cadavres», les jeunes d’aujourd’hui remercient les anciens combattants: « Merci à mon grand-père pour la victoire ». Et dans l’après-guerre, on découvre que la vie n’a pas été aussi mauvaise que ce que l’on racontait précédemment. « Je viens d’apprendre qu’en Union soviétique, presque tous les étudiants recevaient une bourse assez substantielle, qui suffisait pour louer un logement modeste et se nourrir. C’est tout simplement fantastique, « – s’exclame Maxime Denissov, 18 ans. Dans le même temps, les Russes n’idéalisent pas le passé soviétique.

Ces faits ne sont pas passés inaperçus en Occident. Charles Sullivan, chercheur en science politique à l’Université George Washington, estime que les États-Unis ne devraient pas ignorer cette tendance, dont le développement peut bouleverser le monde entier. « La nostalgie soviétique est plus fréquente chez les personnes âgées et pauvres en Russie – remarque Charles Sullivan. – Par exemple, le différentiel important pour les charges locatives en URSS et en Russie aujourd’hui renforce les opinions négatives dans la société. Bien que le retour vers le passé dans un avenir proche ne soit guère possible, une augmentation significative de l’intérêt pour les réalisations de l’empire soviétique pourrait « remettre en cause la continuité du régime en Russie. »

C’est également le thème de l’ouvrage « la nostalgie soviétique et les politiciens russes », du journaliste bien connu Stephen White, qui a aussi noté une corrélation entre le niveau de vie et la nostalgie pour le communisme. Cependant, selon lui, même dans l’establishment moscovite on trouve des partisans de l’URSS. « L’évaluation positive de l’ère soviétique est en augmentation », – remarque le sociologue Fred Davis. Le politologue Roderick Peters appelle à ne pas rejeter le facteur patriotique, puisque « à l’époque de l’Union soviétique les gens étaient fiers de leur pays. »

Tout cela, selon ces auteurs et d’autres qui travaillent dans le domaine de la transformation soviéto-russe, est une puissante base pour la croissance de la base électorale des communistes russes d’aujourd’hui. En d’autres termes, en renforçant les sanctions contre Moscou, Washington contribue au retour du socialisme dans notre pays, concluent les analystes occidentaux.

« L’augmentation des problèmes économiques et les tensions avec l’Occident donnent un nouveau lustre politique aux années communistes –  dit le correspondant à Moscou de la publication The Christian ScienceMonitor, Fred Weir. Il semble que le pouvoir auparavant silencieux commence à accompagner le mouvement en sourdine. » Curieusement, il ne voit rien de mal à cela – « C’est comme revenir à la maison d’un parent bien-aimé, où le décorum est plus pauvre que dans vos appartements. » En même temps, il remarque que la nostalgie de l’URSS a de fervents adversaires.

« Qui aurait pensé avant, que les gens allaient commencer à idéaliser le passé? –se lamente Oleg Orlov, président de «Memorial» – cité par Fred Weir. Mais le pendule est allé dans la direction opposée, et maintenant nous voyons beaucoup de gens qui croient que les Soviétiques avaient une vie fabuleuse, disparue maintenant.  »

Charles Sullivan appelle à sauvegarder la classe moyenne en Russie, qui, bien que pas prédominante, offre un point de référence pour les gens entreprenants. D’autre part, l’un des plus grands obstacles à la dé-capitalisation en Russie est l’échec des révolutions dites «colorées». Les événements en Ukraine et leurs conséquences économiques inquiètent les Russes. Les gens craignent très sincèrement que «cela [une révolution] ne ferait qu’empirer les choses. » Combien de temps cet équilibre va se maintenir, cela ne dépend pas seulement de l’efficacité du Kremlin. Le «bon sens» de la Maison Blanche a aussi son rôle à jouer, et elle doit réfléchir à ce qui est le plus important pour elle : « une petit Ukraine comme partenaire » ou  » l’énorme Russie en tant que pays avec une institution de libre entreprise. »

Si, avant 2013, l’intérêt pour l’histoire de l’Union soviétique avait logiquement sombré dans le monde entier, y compris aux USA, au cours des dernières années, même aux États-Unis on s’essaye à comparer le socialisme et le capitalisme sur la base de l’expérience historique. Voici quelques exemples parmi les plus typiques :

Rudra Singh, historien.

« Si vous regardez ce qu’était la vie des gens ordinaires avant la révolution socialiste russe, elle est peu différente de ce qu’était la vie des Américaine au « pays de la liberté ». Il suffit de rappeler les enfants qui travaillaient dans les usines des États-Unis au début du 20ème siècle, ou les voyous engagés par Henry Ford pour battre les travailleurs. Les patrons utilisaient régulièrement des voyous pour forcer les gens à travailler aux conditions du business. Les avantages que possèdent maintenant les citoyens des Etats-Unis sont le résultat de la compétition politique entre l’Amérique et l’Union soviétique. Après l’effondrement de l’Union soviétique, le niveau de vie de l’Américain moyen a chuté. C’est un fait.  »

Timothy Kay, Université de génie chimique :

«Je ne suis pas russe, mais au cours des dernières années, j’ai été curieux d’apprendre des faits sur l’URSS. Je pense qu’il est juste d’envisager l’Union soviétique selon les périodes. Celle de Lénine, de Staline, de Khrouchtchev, et ainsi de suite. Bien que les critiques bien connues soient justifiées, mais … la culture (la musique, le cinéma, la littérature et l’art) et l’économie (industrie manufacturière et agriculture) ne sont pas si mauvaises dans l’ère Khrouchtchev. Les réalisations scientifiques (programme spatial, toutes sortes de recherches civiles, militaires ou médicales) sont énormes et incontestables dans l’ère Brejnev. Bien que ce pays ait été appelé totalitaire par beaucoup de gens, les citoyens soviétiques pouvaient profiter d’une éducation de qualité, de soins médicaux gratuits et de l’emploi presque garanti. Je pense personnellement que Brejnev a fait un excellent travail jusqu’en 68 – jusqu’à l’invasion de la République tchèque. Après cela, la direction soviétique est devenue fortement conservatrice et opposée à toute réforme. Mais beaucoup de soviétiques se souviennent de cette époque comme le moment le plus pacifique et stable de leur vie. Brejnev (jeune) est reconnu comme le meilleur chef du pays au 20e siècle, bien qu’il puisse y avoir une variété de points de vue. Par conséquent, les gens qui se souviennent de cet «âge d’or» soviétique ont une impression très positive du socialisme ».

En général, pour résumer le thème de la « nostalgie russe envers l’Union soviétique, » tel qu’il est traité dans les médias américains, nous pouvons voir la peur croissante de l’Occident devant la dé-capitalisation de notre pays. « Prédire l’avenir politique de Moscou devient de plus en plus difficile, » – pense Charles Sullivan. Selon lui, si survient une « révolution de couleur » en Russie, il est très probable qu’elle prenne une tournure socialiste. «C’est non seulement l’orchestre, mais aussi le chef d’orchestre qui sera changé », et l’expérience historique permettra rapidement et sans effusion de sang de restaurer les institutions détruites. Par ailleurs, le républicain Donald Trump estime qu’il est important de lever les sanctions pour ces raisons, car « c’est dans l’intérêt de l’Amérique. »

Il est important d’ajouter que l’ère soviétique est perçue positivement non seulement en Russie mais aussi en Allemagne. Cela prive d’arguments beaucoup de critiques, qui affirment que les Russes sont mus par des sentiments impérialistes. Le Professeur Klaus Schroeder, sociologue à l’Université libre de Berlin, dit qu’ « il était plus facile de vivre en RDA et plus compréhensible. » C’est exactement la cause de la célèbre Ostalgie -le regret de l’époque de la RDA. Frank Kochdu Centre for Social Research de Berlin dit que les Allemands de l’Est sont déçus du capitalisme réel et de la réunification avec les Bavarois ou Saxons. Et dans le  magazine « Stern », une enquête de 2009 chez les anciens habitants de l’Allemagne de l’Est a rapporté que 57% des personnes interrogées ont déclaré que la vie dans la république socialiste était plus intéressante que dans l’Allemagne de l’Ouest capitaliste.

Ainsi, le socialisme soviétique, qui semblait déjà radié de l’histoire, commence à avoir un impact sur la vie politique contemporaine.

 

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Publié par le mars 10, 2016 dans Uncategorized

 

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