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Travail des femmes : ce qui va mieux, ce qui stagne par Marie Viennot

08 Mar
20 http://www.franceculture.fr/emissions/le-billet-economique/travail-des-femmes-ce-qui-va-mieux-ce-qui-stagne


L’Organisation Internationale du Travail publie un rapport sur les femmes et le travail. Les inégalités perdurent alors que les femmes sont mieux éduquées. Elles consacrent deux fois plus de temps que les hommes au travail domestique non rémunéré, or s’il l’était le PIB bondirait de 30% en France.

Quel que soit le niveau de développement du pays, c’est la même chose. Selon le dernier rapport de l’Organisation Internationale du Travail (ici, un résumé en France, ici le rapport complet en anglais), les femmes représentent 40% de l’emploi total, mais 57% des postes à temps partiel. En Europe du Nord, c’est un record, une femme sur trois est à temps partiel.

Au niveau mondial, elles gagnent en moyenne un quart de moins que les hommes, et sont sur-représentées dans les emplois informels, non rémunérés légalement et donc non couverts par les systèmes de protection sociale quand ils existent. Résultat, à l’échelle mondiale, la proportion de femmes qui ont l’âge de la retraite et touchent une pension est en moyenne de 10 points inférieure à celle des hommes

Sur le type de travail effectué, les femmes occupent en majorité des emplois dans les services. C’est une évolution récente. Il y a 20 ans, elles étaient encore majoritairement dans l’agriculture, c’est encore le cas en Afrique Subsaharienne, et en Asie du sud, (Afghanistan, Inde, Pakistan). Partout, le fait d’être mère pèse sur les salaires. En Chine et au Mexique, une femme avec enfant peut gagner un tiers de moins qu’une femme sans enfant.

Ce qui va mieux, la création d’entreprise

La prise en charge des enfants s’est améliorée ces 20 dernières années (voir page 71 du rapport en anglais). Entre 1999 et 2012, la proportion de pays assurant une prise en charge des enfants à partir de 3 ans est passée de 33 à 51%. Les progrès les plus grands ont été le fait du Chili, Irlande, Mexique, Pologne et Turquie. Mais souvent les heures de prises en charge sont inférieures aux heures de travail, la qualité est médiocre (au Portugal il y a un encadrant pour 11 enfants de moins de 3 ans), et le coût élevé.

Un domaine dans lequel les droits des femmes progresse, c’est pour la création d’entreprise, officiellement reconnues, car pour le moment encore les femmes quand elles créent leur activité ne la déclarent pas. Pourquoi? Selon une étude de la Banque Mondiale (ici en anglais) cité par ce rapport, sur 173 économies étudiées, 155 ont au moins une loi qui limite les femmes. Cela peut être l’interdiction de voyager en dehors du pays, de signer un contrat, l’interdiction d’être propriétaire, d’avoir un compte en banque ou même tout simplement d’enregistrer une entreprise.

Obligée de rester dans l’économie informelle, les femmes sont à la merci du harcèlement des fonctionnaires véreux, n’ont pas accès au crédit classique et ont 0 couverture sociale. On part de loin donc, mais la situation évolue en mieux dans quelques pays.

  • le Lesotho, la Namibie, et l’Afrique du Sud ont supprimé les lois qui reconnaissaient l’homme comme propriétaire unique des biens de la famille
  • le Mexique, le Nicaragua et le Paraguay ont ciblé les femmes dans les programmes d’accès à la terre.
  • en 2009, le Brésil a offert une couverture sociale aux micro-entrepreneurs, réduit les coûts d’enregistrement, résultat, sur les deux millions d’entreprises créées, la moitié l’ont été par des femmes.

Ce qui stagne : le travail domestique

Les femmes consacrent deux fois plus de temps que les hommes aux « tâches domestiques et de prestations de soins non rémunérés », c’est comme cela qu’on dit dans le jargon de l’OIT, pour désigner le ménage, la cuisine, le fait de s’occuper des enfants, ou des grands parents d’ailleurs, de les soigner etc…

En moyenne, le travail domestique non rémunéré leur prend 4h30 par jour en moyenne, 2h15 pour les hommes dans les pays développés, et une heure 20 dans les pays en développement.

La conséquence, c’est que les femmes ont moins de temps pour le travail rémunéré. C’est pourquoi elles sont plus souvent à temps partiel. Une tendance mondiale, encore une fois, que l’on soit un pays riche, pauvre, émergent avec un secrétariat du droit des femmes, ou pas.

Le palmarès des pays les plus « machos »

Tous les pays ne mesurent pas la participation des femmes et des hommes aux tâches domestiques. Ce palmarès n’est donc possible que pour les pays qui ont fait l’objet d’études, études que l’OIT met en avant dans son rapport.

Ce déséquilibre sur les taches ménagères commence très tôt, selon une étude menée dans 33 pays. Entre 7 et 14 ans, déjà, les petites filles participent plus aux travaux domestiques, qu’il s’agisse de faire la cuisine, la vaisselle, de s’occuper d’un nouveau né, d’un grand parent ou d’aller chercher de l’eau au puits dans les pays où il n’y a pas d’infrastructure. La palme revient au Sénégal, où les filles y consacrent 4 fois plus de temps que leur frère, le Portugal arrive 2ème, 2 fois et demi, puis le Brésil 2 fois plus (voir page 68).  Quand ça commence aussi tôt, difficile de faire changer les mentalités.

« Vivre dans un pays dit riche et avancé, ne dispense pas les femmes d’assumer la majorité des taches ménagères, relève l’OIT »

Une étude de la commission européenne de 2015 a montré qu’en Italie, en Hongrie et en Bulgarie, plus de 66% des gens pensent que les hommes sont moins compétents que les femmes pour tout ce qui relève de l’entretien de la maisonnée.

Les partisans de la soft law affirment que la pratique du « name and shame », « nommer pour faire honte » peut aider à lutter contre l’exil fiscal, le blanchiment d’argent ou la corruption, alors ne craignons pas de donner des noms! On peut citer l’Estonie, l’Inde, le Japon, le Mexique, le Portugal, la Corée et la Turquie : des pays où les femmes consacrent trois fois plus de temps à ce que l’OIT nomme un travail « non rémunéré ».

Le travail domestique = 1/3 du PIB!

Et si on le rémunérait, justement? Ou du moins si on l’appréciait à sa juste valeur en le comptabilisant dans le PIB? L’Insee a mené ce calcul pour la France, je vous passe les détails, vous pourrez le retrouver ici.

Au final, en 2010, entre 42 et 77 milliards d’heures de travail domestiques ont été effectuées en France, selon le périmètre que l’on retient pour la définition de ce travail domestique, qui va de faire la cuisine à jouer avec les enfants. C’est plus que le temps de travail rémunéré (38 milliards en 2010). Si on imagine qu’on rémunère ces heures au SMIC, la valeur du travail domestique atteint 292 milliards d’euros, 15% du PIB si on prend le périmètre restreint (faire la cuisine, le ménage, la vaisselle, ranger). On atteint un tiers du PIB si on prend le périmètre élargi c’est à dire les activités qui sont à la frontière du loisir (comme les courses nous dit l’Insee ou le jardinage).

Le rapport effectué par Joseph Stiglitz pour la mesure du bien être sous la présidence de Sarkozy suggérait de faire ce calcul pour pouvoir comparer le niveau de vie des pays entre eux. Imaginez, d’un seul coup, blam, 30% de croissance du PIB. Voilà, qui arrangerait bien nos affaires (juste la première année où on met cela en place), sauf que, sauf que les féministes craignent ce calcul car il pourrait ouvrir la porte de pandore, justifier un jour un salaire maternel, et consacrer les femmes dans ce rôle domestique.

En guise de conclusion non sérieuse, pour des solutions je vous recommande la lecture du livre dont voici la couverture et la 4ème de couv. « Qui a dit que l’homme n’était pas fait pour le ménage: petit manuel à l’attention des hommes qui souhaitent parvenir à l’épanouissement ménager ». Des études récentes l’ont confirmé, dit ce livre,

« Il y a en chaque homme un immense désir de ménage, et un potentiel ménager encore inexploré ».

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Publié par le mars 8, 2016 dans Uncategorized

 

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