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Hilary Clinton se trompe sur la Syrie par Max Reibman

29 Fév

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La candidate démocrate se trompe sur le rôle de l’Iran dans le pays déchiré par la guerre.
Max Reibman
28 février 2016

Si on peut tabler avec une certaine vraisemblance sur l’élection d’Hillary Clinton, cette élection au moins sur le plan international ne paraît pas plus rassurante que celle de Donald Trump, peut-être encore moins, belliciste et incompétente telle la décrivent les analystes. Ici l’auteur de l’article met en cause une vision doublement erronée du rôle de l’Iran et du conflit syrien. Il en appelle à une realpolitik… (note de Danielle Bleitrach)

http://nationalinterest.org/feature/hillary-clinton-wrong-syria-15339, traduit pour Histoireetsociete par Danielle Bleitrach
L’affirmation d’Hillary Clinton sur le fait que les troupes iraniennes doivent être contenues hors de la Syrie est doublement fausse. Le fait est que des intervenants spéciaux iraniens sont en Syrie et ce depuis le début de la guerre civile. A côté du Hezbollah, les  Gardiens de la Révolution iraniens ont été déployés pour renforcer le régime d’Assad contre Al-Qaïda et plus récemment ISIS. Pour quelqu’un qui prétend prendre conseil auprès d’Henry Kissinger, la politique de Clinton sur la Syrie est loin de sa version de Realpolitik.

Le contexte est important ici. Et pour tous ceux qui, ayant un minimum de perspicacité sur l’histoire complexe de l’Iran au Levant, les plus récents commentaires de Clinton font au mieux grincer les dents en silence. Au pire, ils soulignent qu’elle et son équipe sont soit ignorants de l’histoire de base du Moyen-Orient soit trop idéologisés pour le reconnaître.

L’Iran est présent en Syrie et au Liban depuis le début des années 1980. Au milieu de la guerre civile alors en cours au Liban, l’Iran a déployé des unités de gardiens de la révolution dans la  Vallée de la Bekaa au Liban. Principalement en appui des milices-chiites qui régulièrement  fusionnaient dans ce que nous savons maintenant être le Hezbollah. Mais ce fut la Syrie sous Hafez al-Assad qui a servi de voie clé pour l’arrivée de conseillers iraniens. Les officiers iraniens depuis l’aéroport de Damas en route vers le sud du Liban où ils ont soutenu les troupes syriennes dans la répression de la guérilla palestinienne.

En 2012, les agents iraniens, parmi eux Qassem Suleimani-commandant des gardiens de la Révolution iranienne ont à nouveau été  fréquemment vus en train d’atterrir sur l’aéroport de Damas. Cette fois, il s’agissait de fournir des conseils et de se coordonner avec le gouvernement de Bachar al-Assad et ses services de sécurité.

L’intervention iranienne en Syrie s’est  matérialisée avec  le plus d’acuité au cours de la bataille sur Qusayr en Avril 2013. Longtemps lieu d’échange commercial important à la frontière de la Syrie avec le Liban, Qusayr était devenu un théâtre stratégique essentiel dans les efforts du régime pour consolider le territoire dans l’ouest de la Syrie sur la route de Homs et Hama. En Juin, le Hezbollah, en coordination avec les gardes révolutionnaires iraniens, avait encerclé Qusayr et expulsé un certain nombre de milices rebelles, notamment la filiale locale d’Al-Qaïda en Syrie, Jebhat al-Nusra.

La prise de Qusayr par le  régime Assad dissipe deux mythes propagés par Clinton. D’abord, il montre que les troupes iraniennes sont actives en Syrie et se sont avérées essentielles à la confrontation du régime contre Al-Qaïda. La campagne pour reprendre Qusayr a été largement orchestrée par Qassem Suleimani. Deuxièmement, elle met à mal l’idée qu’il y ait une opposition « modérée » en Syrie capable de consolider le territoire et de faire la guerre sur deux fronts, contre le régime d’une part et les djihadistes de l’autre. S’il y avait une opposition « modérée » depuis à Qusayr c’est Al-Qaïda, elle a été battue dune manière totale par le régime et le Hezbollah et ses  patrons iraniens.

Les deux candidat démocrate Bernie Sanders et les républicains devraient contre-interroger Clinton et lui demander qu’elle explique en détail la composition de la soi-disant opposition syrienne « modérée ». Les historiens et autres spécialistes de la guerre reconnaissent que la nature du conflit en Syrie a chassé toute personne qui pourrait être en quoi que ce soit considérée comme «modérée». Syriens modérés ont depuis longtemps fui vers  Beyrouth, Paris, Londres et Dubaï. Considérant que dans les camps de réfugiés sont bondés des moins fortunés en Jordanie, ils ont rempli les emplois de service de bas niveau en Egypte ou se sont  embarqués dans un voyage prolongé et incertain vers l’Europe.

Dans la guerre civile syrienne, comme dans tous les conflits, les non-idéologues ont cherché refuge ailleurs. Ce qui reste de la Syrie est un champ de bataille entre les fascistes islamiques nihilistes et le régime, soutenu par leur noyau alaouite, druze et partisans chrétiens.

En l’absence d’une opposition «modérée», il est temps pour Clinton de reconnaître que la seule véritable façon de vaincre ISIS et de parvenir à la stabilisation de la Syrie est de travailler avec l’Iran, la Russie et le régime. Il n’existe aucune alternative. ISIS est une menace existentielle pour les États-Unis. Les assaillants de Paris avaient fait allégeance à ISIS comme les tireurs à San Bernardino. Ils étaient les disiciples d’ISIS, pas ceux des Ayatollas, de la Garde révolutionnaire ou du président Rouhani qui aurait armé les tireurs de San Bernardino à abattre leurs collègues sans défense.

Clinton représente un fatras de contradictions. D’une part, elle soutient l’accord nucléaire avec l’ Iran, c’est-à-dire qu’elle a rejeté l’idée que l’accord présente une menace réelle pour Israël. D’autre part, elle reste incapable d’admettre une réalité-que les troupes iraniennes sont déjà à l’oeuvre en  Syrie et-maladroitement joue  la carte Israël pour ajouter de la crédibilité à son argument vicié. Hillary a affirmé que « inviter les troupes iraniennes en Syrie » les mettrait à « la porte. » d’Israël. Si Hillary était vraiment préoccupée par la sécurité israélienne, sûrement elle se soucierait plus d’un Iran nucléaire plutôt que des troupes iraniennes en Syrie avec un mandat d’en finir avec ISIS.

En l’absence de soutien des États-Unis, le régime et ses alliés iraniens (et russe) ont réussi à consolider les acquis récents et sont en mesure d’avancer vers le califat auto-proclamé. Le cessez-le-feu récemment négocié suggère que le Département d’Etat reconnaît au moins tacitement le régime au pouvoir et la multitude de forces d’appui sur le terrain, y compris les troupes iraniennes. John Kerry est un praticien de la  Realpolitik alors qu’Hillary continue à jouer à faire de la politique.

Une politique étrangère efficace implique  maintenant que les États-Unis commencent à se coordonner avec le régime et ses alliés. Hillary-ainsi que les autres candidats devraient soutenir cette initiative et renoncer à toutes les illusions sur la suppression d’Assad. Alors seulement nous pouvons commencer à parler sérieusement de vaincre ISIS et répondre aux besoins humanitaires catastrophiques de la région.

Max Reibman est un analyste de la politique et des affaires du Moyen – Orient basé à Washington DC. Il est titulaire d’ un doctorat en Moyen – Orient moderne Histoire de l’Université de Cambridge où il a été Gates, Cambridge Scholar. Suivez – le sur Twitter @maxyreibman

Image: Flickr / Gage Skidmore.

 
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Publié par le février 29, 2016 dans Uncategorized

 

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