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Chère camarade Danielle,

27 Fév

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nos ennemis sont des tigres de papier.

 

A la lecture de ta lettre ouverte, j’observe que nous partageons nombre de valeurs et d’objectifs dans le domaine politique.
Comme toi je pense que cette Europe construite par le Capital et pour le Capital n’est pas réformable de l’intérieur; il faut en sortir, de même pour l’Euro et l’OTAN.
Comme toi je refuse cette  »primaire » à gauche qui n’a rien de démocratique et qui élimine la raison d’être d’un Parti Politique quel qu’il soit.
Comme toi je veux en finir avec cette Monarchie Présidentielle qui pourrit la vie politique française.
Comme toi je regrette l’abandon du centralisme démocratique qui donnait une cohérence à notre parti; centralisme que nous ne voulions pas appliquer à la nation française mais à notre seule organisation politique. Cependant je me permets de te rappeler que cette notion allait de  »la base au sommet » avec un retour  »du sommet à la base » et que ce sont nos  »dirigeants » qui discutent avec les dirigeants d’autres partis et non  »tous nos militants avec les autres militants », source d’une pagaille destructrice. Il faut donc, à un moment donné, un  »accord de sommet » !
Ces analyses sont partagées par nombre de structures dans notre parti ou parallèles à celui-ci :

–  »Vive le PCF » avec 2 élus au Comité National (Négri et Dang Tran) – PRCF (Pôle de Renaissance Communiste en France) animé par G. Gastaud et V. Flament ; 2 structures qui appellent à être  »adhérent » au PCF

– M’PEP – Coordination Communiste qui militent en dehors du PCF . . . et certainement d’autres moins connues !
Leur point commun est : le peu d’influence sur l’actuelle direction de notre parti malgré des publications de périodiques (Cahiers Communistes / Initiative Communiste).

Alors attendre le prochain Congrès, pour construire un nouveau PC, me semble une illusion perdue d’avance !
Il faudrait déjà qu’ils discutent entre eux pour construire une force qui compte; et pour cela ranger dans les tiroirs nombre  »d’égos » qui se revendiquent de refuser un sauveur suprême !

La situation politique, aujourd’hui, est marquée par l’annonce de J-L Mélenchon se portant candidat à la présidence pour 2017.
Est-ce trop tôt ?
Pour la présidentielle de 2012, J-L M s’était déclaré le 21 janvier 2011 alors qu’André Chassaigne s’était déclaré candidat le 10 septembre 2010 à la fête de l’Humanité. Le 5 juin 2011 une conférence nationale du PCF composée de 800 délégué(e)s faisait de J-L M son candidat à 64 % et quelques semaines après les adhérents du PCF votaient à 60 % pour J-L M, 36 % pour Chassaigne et 4 % pour Dang Tran.
A l’élection de 2012, J-L M faisait 11,1 % . . . alors que les derniers sondages lui accordaient entre 14 et 16 %, ce qui entraîna une certaine amertume dans son électorat.Je suis de ceux qui pensent qu’  »on » lui avait savonné la planche au moment du dernier saut !
Alors que ses plus mauvais résultats (comme candidat à la candidature en juin 2011) étaient dans le Pas de Calais . . . ce sont les dirigeants de cette fédération, impressionnés par la campagne présidentielle de J-L M, qui faisaient appel à lui pour affronter le FN à Hénin-Beaumont.
5 ans après nous devons (hélas) préparer la prochaine élection à laquelle Le Pen s’est déjà déclarée. L’équipe actuelle du Président a tout intérêt à retarder toute décision à gauche pour rendre sa candidature incontournable.
Son bilan, plus que honteux, nécessite une campagne vive, offensive et de profondeur de la  »vraie gauche » . . . et, bien sûr, un candidat !
Les possibles sont nombreux, surtout en fonction d’une primaire à gauche : Montebourg, Hamon, Hulot, Cohn-Bendit, Duflot, Taubira . . . et, depuis hier Aubry, ont mis le nez à la fenêtre, d’autres sont en réserve. Quel espoir peut-on placer en eux ?!
Notre secrétaire général, Pierre Laurent, a fait son tour de France mais les résultats catastrophiques des dernières Régionales ont mis sur la touche tout candidat communiste. Ce n’est pas la personne qui est en cause mais la politique européenne de notre parti qui est à la source de nos difficultés ; notre électorat ne veut plus de cette Europe . . . et notre direction ne change rien , n’écoute pas !
Alors, tout naturellement, celui qui fut notre candidat il y a 5 ans, que les communistes avaient choisi à 60 %, se pose en candidat incontournable; et toute ambiguïté à son égard réduira son score, notre score, en 2017, que nous souhaitons le plus élevé; mais sans être naïfs : il nous faut rendre espoir au peuple de gauche pour affronter les graves difficultés qui s’accumulent.
Je ne partage pas toutes les propositions de J-L M, en particulier son abandon du nucléaire pacifique. Je note une évolution de sa position face à l’Europe qu’il se dit prêt à quitter si … Oui, ce n’est pas le marxiste-léniniste que je souhaite à la direction de la France ! Mais ce sera mon candidat car il aidera la Gauche à se relever en France et en Europe.

N.B : n’étant pas sur Facebook ou Twitter, j’espère que l’un des contacts de la lettre ouverte de Danielle pourra lui transmettre ce message. Merci d’avance.

MA REPONSE

Cette lettre écrite par un camarade à la suite de ma propre lettre ouverte à Mélenchon est assez exemplaire des nouvelles relations qui se sont instaurées entre communistes. Un véritable dialogue est désormais possible et je m’en réjouis bien que cela intervienne aussi dans une situation d’inquiétude sur l’avenir du PCF et une crise de confiance dans la politique menée par ses dirigeants.

 

Sur le fond, j’ai deux choses essentielles à dire à ce camarade.

La première est que je partage son analyse et même son mépris pour ceux qui ont été incapables de s’unir. Le parti communiste aura été détruit de l’extérieur, mais cette destruction aura trouvé des alliés à l’intérieur, D’abord ceux qui ont détruit toute l’organisation du PCF, la formation des militants et qui n’ont cessé de mener des entreprises électorales hasardeuses pour mieux attaquer les fondamentaux, en particulier la perspective socialiste et les liens avec les exploités. La Constitution de la V e République et l’élection présidentielle autant que les élections majoritaires à deux tours ont été créées pour affaiblir le PCF. Et tous de De Gaulle à Mitterrand ont usé du coup d’état permanent qu’est cette Constitution pour détruire le PCF. Face à cette situation, le parti en Congrès alors que Georges Marchais était secrétaire avait décidé qu’il fallait un candidat communiste et dénoncé l’erreur consistant à se mettre derrière qui que ce soit parce que cela revenait à ne plus défendre l’idée même du socialisme mais à nous intégrer à des choix bourgeois. Nous y sommes. Et c’est pour cela que personnellement j’ai été toujours contre la candidature de Mélenchon et encore plus l’acceptation des primaires aujourd’hui. Ceux donc qui acceptent de se placer derrière d’autres forces et individus qui n’ont pas un projet socialiste détruisent de fait le parti. Mais je suis bien d’accord pour dire que face à cette situation, il y a d’autres responsables qui vont vider aussi notre parti de toute possibilité stratégique en momifiant souvent sous des formes sectaires cette exigence de socialisme et en refusant toute unité de communistes. 

 il y a d’autres responsables, ceux qui refusent systématiquement les rassemblements de l’opposition et jouent les gourous de leur groupuscule pour mieux aider au maintien de la direction. Il y a toute chance effectivement qu’ils se conduisent de la même manière à ce congrès, sans parler des fractions trotskistes qui sont rentrés avec la mutation en groupes officiels. C’est à cause de ces gens-là, alliés objectifs de la direction du PCF que la désillusion s’est emparée des militants, que beaucoup ont déserté, qu’il y a désormais plus de communistes à l’extérieur du parti qu’à l’intérieur. Il n’y a pas un prétexte dont ils ne se soient emparés pour refuser l’unité et ils vont continuer. Alors que faire, considérer que parce que la désunion jouera son jeu, il ne faut pas mener ce combat? 

On ne peut pas déserter une bataille comme celle de ce Congrès parce que se joue la survie du PCF. Et on doit le faire sur le terrain tel qu’il a été créé depuis de nombreuses années, tout en tentant de voir comment on peut faire évoluer. Le Congrès est une étape importante mais cela ne sera pas la dernière surtout si le mouvement populaire s’amplifie. 

C’est d’ailleurs pour cela que personnellement je choisirais d’appuyer un texte alternatif, celui qui pose le mieux la question de la nécessité du parti communiste. Et j’inviterai les autres communistes à le faire puisqu’il s’agit de respecter l’organisation actuelle que je réprouve, j’ai toujours été en désaccord avec ces textes alternatifs et comme je l’ai écrit en signant l’un d’entre eux : il n’a pas dépendu de moi que ces textes existent. Mais j’imaginais déjà que la direction trouverait toujours à diviser pour garder le pouvoir avec la complicité avérée de certains.

Le deuxième point de ta lettre concerne Mélenchon, et là je ne te dirai qu’une chose, si tu estimes , comme la direction du PCF que la seule finalité que nous puissions nous donner est l’élection présidentielle et les grandes manoeuvres pour trouver le « bon » socialiste, je crois qu’effectivement face au panel proposé je préfère Mélenchon. J’ai dit dans ma lettre ce que j’appréciais dans son combat.

Mais je n’ai pas été d’accord avec sa candidature pour les raisons exposées plus haut, à savoir la nécessité d’un candidat communiste. Je l’ai encore moins été  quand il est allé à Hénin Baumont dans le mépris de la fédération du Pas de Calais. Pour faire un coup politique, à savoir être l’adversaire privilégié de Marine le Pen. Ce qui va a contrario de ce que j’estime nécessaire et qui est typique de la pensée socialiste, de Mitterrand nous envoyant Tapie à Hollande la faisant monter pour espérer diviser la droite. Si Marine le Pen monte c’est parce que le parti surtout dans le nord a déserté le terrain qui a toujours été le sien.

Mais l’essentiel n’est même pas là. Etre communiste c’est ne pas borner son horizon à la prochaine élection pour récolter quelques places dans un effondrement de plus en plus programmé, c’est construire une stratégie pour aller vers le socialisme (le vrai). C’est considérer chacun de ses choix dans cette perspective, celle d’un changement de société. Un individu charismatique peut être utile, mais il faut un parti, un collectif capable de rassembler, d’apporter une  idéologie qui va a contrario des idées dominantes. En ce moment où la colère monte, regarde comment la parole des goodyear se présente comme collective, celle d’une classe sociale…

Il faut un parti et celui-ci est à construire. Honnêtement je crois que le vote pour Mélenchon, même s’il est plus honorable que les manoeuvres politiciennes derrière madame Aubry et Cambadelis, ne nous fait pas avancer d’un iota dans ce sens, au contraire.

Alors que faire? Se préoccuper du renforcement du parti. En tenant compte de ce que j’ai dit plus haut concernant les manoeuvres de division du Congrès et le fait qu’il faut se plier à cette loi née de la mutation concernant les textes alternatifs, je pense q’il faut être très attentif à un phénomène duquel ta lettre participe d’ailleurs : actuellement dans le parti, dans beaucoup de sections on assiste à l’élaboration de ce que j’appelle un cahier de doléances. Souvent provoqué par la manière dont la direction sans consulter personne s’est lancée dans l’aventure des primaires en liaison visible avec le PS, plus l’échec et l’absence totale de visibilité du PCF aux dernières régionales, des motions sont votées et disent leur désaccord. Il y a incontestablement un courant pro-mélenchon qui me parait inspiré par l’automatisme dans lequel est pétrifiée la vie politique française, à savoir un horizon qui va d’élection en élection et fait de la monarchie présidentielle la clé de voute de tout. Et il y a un courant qui aspire à une autre manière de faire de la politique, de retrouver collectivement la souveraineté populaire et l’initiative, celui-là je le vois surgir dans les comités goodyear, dans la pétition contre le code du travail, mais aussi dans ces cahiers de doléances qui apparaissent dans toutes les sections. Le courant qui se reconnait dans Mélenchon, nous avons déjà fait l’expérience des ses mérites et de ses limites.

La candidature de Mélenchon a fait un bon score, mais s’est tout de suite effondrée aux législatives Le PCF s’est retrouvé face à une série de groupuscules dont certains tenaient dans une cabine téléphonique mais qui prétendaient défendre tout ce contre quoi se hérissait une vision de classe, capable de n’importe quelle errance bobo… Parfois violemment anticommunistes… Et finissant par nous imposer cette extraordinaire situation des régionales où le PCF s’est retrouvé dans des conglomérats non identifiables… Mais pire encore, le parti communiste s’est affaibli sans qu’aucune organisation qu’il ne porte pas à bout de bras surgisse, même pas un Syriza dont on mesure mieux aujourd’hui les illusions.

 

Amicalement

Danielle Bleitrach

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2 Commentaires

Publié par le février 27, 2016 dans Uncategorized

 

2 réponses à “Chère camarade Danielle,

  1. Xuan

    février 28, 2016 at 11:17

    Naturellement et même avec toutes les contraintes qu’on lui oppose, le vote populaire est un indicateur. Mais il ne faut pas rêver, encore moins renoncer à nos buts pour pousser le premier tribun venu.

    « en finir avec cette Monarchie Présidentielle qui pourrit la vie politique française »
    Ce n’est pas le but.
    Un mot sur cette étiquette de « monarchie » qui ne devrait pas dépasser le registre du chansonnier parce que politiquement elle ne vaut rien, à moins de prétendre recommencer la révolution de la bourgeoisie sur le féodalisme. Laissons ces confusions au ‘Canard Enchaîné’, à ‘Marianne’ et Cie.

    En 1958, le PCF a soutenu Mitterrand contre De Gaulle parce que le premier s’opposait à cette « monarchie présidentielle » instaurée par le second.
    Aux présidentielles, le PCF a renoncé à présenter son propre candidat (rapport de Waldeck Rochet du 23 septembre 1965) et a soutenu Mitterrand contre le « pouvoir personnel », ce qui n’avait aucun sens puisqu’il s’agissait du pouvoir des monopoles.
    Finalement Mitterrand a été élu et s’est installé dans la « monarchie » sans état d’âme.

    Je ne fais pas de procès d’intention à Mélenchon, quoique je n’aie pas oublié sa responsabilité dans la division du mouvement anti monopoliste des bonnets rouges, où syndicalistes et communistes devaient être présents avec leur drapeau et leurs revendications. Mais ses ambitions personnelles ne sont pas en cause.

    Le pouvoir bourgeois n’est pas présidentiel par la volonté d’un homme, voire d’un parti. C’est la forme nécessaire de la démocratie et de la dictature bourgeoises, depuis l’échec historique de la IVe république. On ne reviendra pas plus à ce régime qu’au capitalisme familial.
    Et le régime présidentiel, renforcé par la simultanéité des législatives, n’est pas encore suffisant puisque le jeu à somme nulle de la majorité et de l’opposition entrave systématiquement l’Union Nationale autour du capital. La bourgeoisie monopoliste se trouve dans une situation instable à l’intérieur et à l’extérieur et cherche une forme politique plus efficace et encore moins « démocratique ».

    Dans ces conditions, notre but n’est pas de rafistoler la République avec une Constitution C+1, des garanties et des prérogatives pour les parlementaires, etc.
    La défense des libertés et des droits n’est pas une fin en soi mais juste un outil pour renverser l’Etat bourgeois. C’est ce qui différencie au fond les communistes de Mélenchon.

    Notre but est de constituer une nouvelle république, socialiste, avec une Constitution Socialiste.
    C’est-à-dire donner un cadre légal au nouveau pouvoir de la classe ouvrière et des masses, et définir le droit d’expression, entre autres et sous certaines conditions celui des anciens exploiteurs.
    Maintenant si Mélenchon veut défendre un tel programme…

     
  2. simione alain

    février 29, 2016 at 5:31

    bien d’accord. Mais il faut un parti de classe et une philosophie , une pensée ayant fait son expérience, son efficacité; le marxisme, le léninisme et l’étude plus large de bien d’autres…mais sans cela …l’expérience c’est le néant. Le parti doit débattre mais agir. Il n’agit plus! Pour agir son fonctionnement doit pousser à l’unité. Il ne peut être uni qu’en fonction de règles claires . De mon expérience le centralisme démocratique sans rigidités.
    Les orientations de base dans notre époque ne peuvent que nous inscrire contre l’Euro, l’UE , l’OTAN et les lois dictatoriales internes et externes que des dirigeants PS et LR veulent imposer aux travailleurs .

     

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