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A la veille d’une troisième guerre mondiale ? par Léonid Kalachnikov

22 Fév

На пороге третьей мировой

(Interview réalisée par le media en ligne »Svobodnaia Pressa », reprise sur le site du Parti communiste russe)

Traduction Marianne Dunlop

http://kprf.ru/dep/gosduma/activities/152010.html

http://svpressa.ru/politic/article/142780/

Les programmes de nouvelles en Russie sont dans une large mesure consacrés aux crises, conflits et guerres dans le monde. Et d’ailleurs pas seulement en Russie, mais aussi dans de nombreux pays. Chez nous, on réfléchit aux moyens de réduire l’impact des sanctions, comment protéger nos intérêts nationaux. En Europe, la propagande atteint un tel niveau qu’on se croirait en période d’avant-guerre. Aux États-Unis, l’un des principaux thèmes de la campagne électorale, ce sont les relations avec notre pays.

Tout cela suggère que le monde est en train de changer, et pas dans le bon sens. Les relations sur la scène internationale sont exacerbées, il y a toujours de nouveaux facteurs, qui ne font qu’ajouter à l’incertitude. Par conséquent, il est impératif que notre politique étrangère soit équilibrée, raisonnable.

Mais est-ce vraiment le cas? Nos chaînes publiques disent que la Russie a obtenu de grands succès dans différents domaines. L’un de ceux qui ne partagent pas ce point de vue optimiste est le premier vice-président en charge des affaires internationales à la Douma, Leonid Kalachnikov. Et nous avons décidé de demander à ce dernier quelle devrait être notre politique étrangère.

« SP »: – Leonid Ivanovitch, à votre avis, dans quelle mesure la politique étrangère de la Russie aujourd’hui est-elle adaptée?

– Je pense que la Russie commence enfin à comprendre quelles doivent être ses priorités en matière de politique étrangère, à faire ce à quoi nous appelions depuis de nombreuses années. Je puis vous parler de mon expérience personnelle : je suis le premier adjoint du Président du Comité de la Douma pour les affaires internationales. A l’époque où Medvedev était président, le seul groupe parlementaire qui s’est prononcé, par exemple, contre l’invasion de la Libye c’étaient les communistes.Tous les autres qui ont honte aujourd’hui d’en parler, y compris « Russie unie», ils ont tous voté la décision sur la Libye. Je suis intervenu à la tribune de la Douma d’Etat, en disant: « Que faites-vous, M. Medvedev? On ne peut pas faire une chose pareille. « J’étais contre, et notre groupe aussi était contre le traité START 2 sur la réduction des armes stratégiques. Non pas parce que je ne veux pas d’une réduction des armes en tant que telle. Mais parce que pour la première fois Medvedev a renoncé à lier la défense antimissile et START. Ce qui inévitablement, comme nous l’avons dit, devait conduire à l’installation en Europe de systèmes anti-missiles. Et c’est ce qui est arrivé, grâce à Obama. Bush ne l’a pas fait, personne ne l’a fait même pas Bush, qui est sorti du traité anti-missile. Et c’est Obama qui l’a fait, parce que nous lui avons laissé la voie libre.

C’est aussi Medvedev qui a ouvert la boîte de Pandore des problèmes territoriaux avec la Norvège. Pendant 40 ans,  l’Union soviétique a partagé millimètre par millimètre la zone des espaces maritimes du pôle Nord à Mourmansk. Mais Medvedev s’est rendu en Norvège pour une visite et a signé le traité. Au détriment de la Russie. Nous étions contre, c’est un pays de l’OTAN, nous avons là Severomorsk, où nous construisons des sous-marins. Nous, nous appelions à mener une véritable politique. En fin de compte, enlevez-vous ces œillères, personne ne souhaite en face de lui un adversaire fort, même dans les sports, nulle part la vie n’est faite comme ça. Toutes ces histoires de partenariat se terminent en duperie.

« SP »: – Et la Russie, c’est un ennemi, et non un partenaire de l’Occident?

– Bien sûr, un ennemi. A propos de partenaires, j’ai raconté une fable depuis la tribune de la Douma, ce n’est pas dans les habitudes, mais il fallait que je le dise, c’était encore à la précédente Douma. Des loups se sont rassemblés pour la chasse, ils ont faim, et puis arrive un lièvre. Ils prennent ce lièvre, l’attrapent et disent :  » Nous allons te manger maintenant. « Il dit: « Ne me mangez pas, je vous amènerai à un troupeau de moutons. »Ils sont d’accord, il les amène au troupeau de moutons, ils commencent à faire un vrai carnage, et dans la foulée dévorent aussi le lièvre.Voilà les loups repus, satisfaits, et ils se disent qu’ils devraient tout de même enterrer la dépouille du lièvre, qui les a bien aidés. Ils l’enterrent. Et décident de quoi écrire sur sa tombe : ici est enterré notre ami le lièvre. Mais est-il vraiment notre ami? Il nous a aidés, mais cela n’en fait pas un ami.Écrivons ennemi, mais non, il n’était pas non plus notre ennemi.Et ils décident à l’unanimité: ici est enterré notre partenaire lièvre.Voilà la façon dont nous sommes partenaires de l’Occident, et ça a toujours été comme ça.

En ce sens, M. Medvedev a continué cette politique de complaisance avec l’Occident. Maintenant c’est fini. Nous avons réalisé qu’elle nous conduisait à une impasse. Poutine s’est exprimé en ce sens dès la Conférence de Munich en 2007. Cela nous a conduit à créer notre propre association territoriale, d’abord  l’Union douanière, aujourd’hui Union eurasiatique.

Mais que s’en est-il suivi? Une riposte immédiate de l’Occident, Clinton a alors dit ‘ nous ne vous permettrons pas de recréer l’Union soviétique’. Et pour finir il y a eu l’aggravation de la situation en Ukraine. Ils nous ont créé là-bas des problèmes, beaucoup de gens ne comprennent tout simplement pas cela, ils pensent que c’est venu tout seul. Non, c’est arrivé  après que Clinton a déclaré : « Nous ne permettrons pas. »

Sur nos frontières maintenant il y a non seulement nos alliés ou partenaires de l’OTAN, comme certains de nos politiciens aiment les appeler jusqu’à présent, mais une guerre qui fait rage.

« SP »: – La Turquie, l’Arabie saoudite se préparent à une invasion de la Syrie, au moins elles le disent. Les Etats-Unis ont versé un milliard de dollars pour le développement de la démocratie dans les pays riverains de la Fédération de Russie, y compris, apparemment, des membres de l’Union eurasienne. C’est la stratégie. Dans ces conditions, la Russie pourra-t-elle maintenir sa politique étrangère, ou ne va-t-elle pas reculer au prétexte de la réconciliation avec l’Occident?

– Je pense que ça ne marchera pas. Si cela arrive, c’est que les Américains auront brisé notre élite, pour en mettre une autre à la place, qu’ils auront brisé toute notre politique publique. Les gens en ont tellement soupé des promesses des années 90 du mode de vie occidental, que je pense qu’ils ne supporteront désormais pas longtemps toute clique ou junte, peu importe par qui elle soit amenée. Mais en même temps, l’Ukraine a montré que c’était possible.Ils peuvent organiser, faire descendre les gens dans la rue, se cacher derrière les slogans de la démocratisation, et, finalement, dévorer la Russie de la même manière que l’Union soviétique a été mise en pièces.

« SP »: – Vous vous êtes exprimé en faveur des accords de Minsk. Pourquoi?

– Parce que personne ne leur a jamais donné d’autre choix.L’alternative à la guerre, c’est la paix ou la capitulation. Mais puisque personne ne veut se rendre, il est nécessaire de négocier ou continuer à se battre. Alors, moi, bien sûr, je suis pour les accords de Minsk. Bien entendu, étant réaliste, je comprends que les appliquer en plein sera très difficile. Mais ceci est un autre problème, ce sont les parties contractantes qui doivent le résoudre. Les parties contractantes –ce sont le Donbass et Kiev.Nous ne sommes pas une partie contractante, nous observons d’en haut avec les Allemands et les Français, et sommes avec eux garants de leur mise en œuvre, et eux sont les parties contractantes. Alors, pourquoi devrais-je être contre? J’ai au contraire exhorté Ziouganov d’aller voir Loukachenko, et il a été le premier qui a offert à Loukachenko d’initier ce processus de paix. Et Loukachenko a appelé Poutine et Porochenko.

« SP »: – Ces accords de Minsk contribueront-ils à la réconciliation avec l’Union européenne? Et en général, croyez-vous en la possibilité d’un tel rapprochement?

– Je crois que nos relations avec l’Union européenne vont se normaliser progressivement, ne serait-ce que parce que nous dépendons d’eux, et ils dépendent de nous. Avec les Etats-Unis la normalisation est toujours longue, mais avec l’Europe c’est plus rapide. Et même si cela ne se fait pas, je ne suis pas particulièrement inquiet. Nous ne risquons pas le sort de la Somali ou d’un autre Etat que des sanctions peuvent mettre à bas. Nous avons tout, à la différence de l’Irak, qui a pourtant résisté aux sanctions, à la différence même de Cuba, où il y avait un blocus complet de la part de l’Amérique. Mais les gens ont tenu bon. Cependant nous avons tout, du nickel au blé, et les bananes nous en achèterons certainement quelque part – alors pourquoi devrions-nous avoir peur? Il faut juste veiller à nous développer nous-mêmes, le reste nous l’achèterons. Peut-être manquera-t-il de quelques technologies quelque part, il manquera un peu d’argent, nous en imprimerons et tout ira bien.

Mais si nous abandonnons, si, pour les beaux yeux de l’Occident nous faisons des concessions, il faut nous attendre à revivre une période comme nous avons déjà vécu – 25 ans de stagnation. Parce que personne n’a besoin de nous, ils veulent seulement le pétrole et le gaz.

« SP »: – Cela signifie que, en tant que puissance industrielle, personne n’a besoin de la Russie sauf elle-même?

– Comme l’ont montré les 25 dernières années. Par conséquent, il y a une seule voie. Bien sûr, il faut faire agir la diplomatie et les relations internationales, tenir des conversations, des entretiens, même des négociations de paix. Mais nous devons savoir clairement où sont nos intérêts et agir en fonction. Et comprendre qu’il n’y a rien de bon à attendre de leur part.

« SP »: – Vous avez dit qu’avec l’Ukraine, nous avons vu comment l’Occident peut travailler efficacement, et comment la politique russe a été inefficace. Et nous savons qu’aucune des organisations stipendiaires de la Russie n’a joué son rôle, elles se sont cachées quand il y a eu le « Maidan », et quand il y a eu le mouvement de protestation dans le Sud-Est. Alors quand la Russie apprendra-t-elle à travailler avec les sociétés civiles des autres pays?

– La Russie toutes ces années a travaillé avec l’Ukraine, mais il faut voir comment elle a travaillé, étant elle-même un pays capitaliste.La Russie a donné des crédits et la fourniture en gaz à prix réduit à des gens comme Kolomoisky ou Tarouta.Voilà comment la Russie capitaliste a travaillé avec l’Ukraine. Et quand à la société civile, aux millions de Russes vivant en Ukraine, sans parler du fait que l’Ukraine c’est aussi la Russie, eh bien il ne s’agissait que de très petites sommes.

Voici un exemple: j’ai plusieurs fois soulevé la question à la Douma devant Siluanov [Ministre des finances]. Des plans et des programmes de soutien aux compatriotes à l’étranger ont été approuvés. Pas grand-chose, l’attribution de 3 à 3,5 milliards de roubles pour trois ans. Ce programme est approuvé par le gouvernement, le Conseil de sécurité, le président et la Douma.Imaginez. Siluanov vient et dit:  » Voilà, je bloque cet argent. »C’était avant les événements d’Ukraine.Voilà, nous supprimons cet argent. Je dis: « Mais qui êtes-vous? Vous êtes le président du Conseil de sécurité de l’Ukraine, vous êtes le chef de l’Etat, pourquoi avez-vous décidé cela?  »

C’était un programme de soutien aux compatriotes.Cet argent devait servir à embaucher un instituteur qui enseignera aux enfants la langue russe, un professeur qui enseignera la littérature russe, qui mènera dans les centres culturels russes des politiques comme, par exemple, l’Angleterre, qui détient à travers le monde un réseau de centres britanniques.Voici ce qui a été liquidé. Mais des centaines de milliards de roubles sont tombés dans les poches de Tarouta et Kolomoisky.Voilà quelle était la véritable politique de l’Etat, et, malheureusement, cela continue.Maintenant, si on avait travaillé, appuyé les ONG, donné de l’argent aux enseignants de langue russe, pour soutenir la société civile, les Russes se seraient unis quelque part avec les mêmes intérêts, quelque part sur les motos, quelque part sur les vélos, il aurait été plus difficile de manœuvrer, mais personne ne s’en est occupé. Ne serait-ce que parce que le libéral Siluanov n’a pas donné l’argent.

« SP »: – Comment évolue aujourd’hui la philosophie des relations internationales? Le monde change, les gens regardent la télévision, ils sentent les changements, mais ne peuvent pas toujours les exprimer. Dans les relations étrangères, comment définiriez-vous ces changements?

– Le monde a connu deux grandes guerres, la Première Guerre mondiale et la Seconde Guerre mondiale, et des millions de victimes. Selon tous les paramètres que nous voyons aujourd’hui –c’est une crise comme celle qui a précédé les guerres mondiales – une crise énorme. Il y a un grand nombre de brutes nationales type Hitler, qui sont nécessaires pour la mise en œuvre des guerres.Tout cela nous l’avons maintenant, malheureusement.Il y a la crise économique qui a frappé le monde entier, qui nous est venue principalement des États-Unis.I l existe des mécanismes de déstabilisation. Que ce soit la Syrie, la Libye, l’Irak et même la Yougoslavie –l’Occident a poursuivi sa politique partout par l’entremise des nationalistes.Ils n’utilisent pas les libéraux, parce que les libéraux sont amollis, ils ne savent que parler dans leurs bureaux. Alors quand il s’agit d’amener les gens dans la rue, quand il est nécessaire de tuer, ils ont besoin de voyous. Ils les ont utilisés partout, en Yougoslavie aussi. Puis ils les dégagent de la scène et commencent leurs affaires.

Donc tout cela nous l’avons maintenant dans le monde, malheureusement. Même l’ordre international est brisé. Plus de Conseil de sécurité, ses décisions ne sont pas suivies, qui veut se battre se bat.Vous dites que la Turquie et l’Arabie Saoudite ont pris leur décision et appellent cela opération de maintien de la paix. Mais enfin, vous êtes fous? C’est une guerre contre un Etat voisin. Une intervention. Si la Russie était entrée sans y être invitée par Assad, ce serait aussi une guerre contre Assad, par exemple.Vous faites entrer vos troupes sur un territoire étranger. Permettez-moi alors de bombarder les Etats baltes ou d’y faire entrer mes troupes, que dira l’Europe? Ils diront que ceci est une guerre, et ils auront raison. Mais ici, paraît-il, c’est une opération de maintien de la paix. Quelqu’un les a invités, le Conseil de sécurité a donné un mandat? Non.Tous répètent, à la suite des journalistes, que c’est une opération terrestre. Quelle opération si c’est une intervention. Et forcément qu’Assad va les mitrailler, il est obligé de le faire.

Nous devons survivre dans cette situation, parce que se jeter dans l’abîme de la guerre – cela signifie pour la Russie aller au devant de grandes souffrances. Bien entendu, d’une façon ou d’une autre, je l’espère, nous ne tomberons pas dans ces pièges, car c’est encore plus terrible pour nous. Parce que depuis mille ans déjà le monde entier s’est essayé les dents sur la Russie et tenté de la mettre en pièces. En partie, ils ont réussi –à démanteler l’Empire russe, l’Union soviétique. Maintenant, ils peuvent s’en prendre au trognon qui reste de la Russie. Un gros trognon, très riche par son contenu interne, depuis le pétrole et le gaz jusqu’aux ressources humaines. Donc, nous allons lutter pour elle, mais comment ne pas tomber dans une troisième guerre mondiale, ou un autre piège, nous les politiciens avons besoin d’y penser et d’y prendre garde chaque jour. Et nous continuerons de le faire.

Titre original : На пороге третьей мировой. Интервью Л.И. Калашникова « Свободной Прессе »

 
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Publié par le février 22, 2016 dans Uncategorized

 

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