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« L’EI peut être brisé si la Russie et les États-Unis soutiennent les Kurdes » par Le président de l’Assemblée nationale des Kurdes, Sherkoh Abbas

16 Fév

 http://www.lecourrierderussie.com/international/2016/02/syrie-ei-russie-etats-unis-kurdes/

« Malheureusement, les États-Unis n’aident pas ceux qu’il faudrait aider – en pratique, ils soutiennent aujourd’hui les groupes islamistes. »

Les Unités de protection du peuple (kurde : Yekîneyên Parastina Gel, abrégé YPG) forment la branche armée du Parti de l'union démocratique kurde syrien (PYD). Crédits : Kurdishstruggle/Flickr

Les Unités de protection du peuple forment la branche armée du Parti de l’union démocratique kurde syrien (PYD). Crédits : Kurdishstruggle/Flickr

Kommersant : Docteur Sherko, quelle est actuellement la situation sur le front kurde ? Pour les Kurdes de Syrie, qui sont les ennemis, et qui sont les alliés ?

Sherkoh Abbas : Dans cette guerre, nous n’avons pas un seul front mais plusieurs. Et pour comprendre comment et contre qui nous nous battons, il faut se représenter la situation réelle dans la région.

Les islamistes radicaux de l’État islamique (EI) sont une des lignes de front. Beaucoup d’entre eux ne sont absolument pas syriens, ils sont venus d’ailleurs combattre dans le camp des islamistes. Mais il y a aussi des Syriens de souche dans les rangs de l’EI, dont certains faisaient autrefois partie du régime d’Assad et étaient déjà contre les Kurdes, ils portaient atteinte à nos droits.

Une deuxième ligne de front nous oppose aux groupes radicaux tels Al-Qaïda, Al Nosra et toute une série d’autres. Ils sont très liés les uns aux autres, et – à propos – sont soutenus par la Turquie et les États-Unis. Ils sont peut-être un peu moins pires que l’EI, mais en même temps, comment dire qu’un assassin est meilleur qu’un autre ? En termes de puissance militaire, ces groupes sont à peu près comparables les uns avec les autres, et aussi avec l’EI.

Mais ces derniers temps, beaucoup de combattants de ces groupes passent à l’EI et continuent de se battre. Et au fond, nous nous retrouvons, nous les Kurdes, mais aussi les chrétiens, les Arméniens, les Syriens et les alaouites [origine de la famille Assad, ndlr], obligés de se défendre sur tous ces fronts en même temps.

Enfin, il y a le régime d’Assad, qui s’efforce aussi de survivre. Et je vous rappelle que pour les Kurdes, Assad n’est pas un cadeau non plus. Au final, pour nous, aucun des camps en guerre n’est un allié. Malheureusement.

K : Et qu’est-ce que l’armée kurde ? Quelle est sa capacité de combat ?

S.A. : Nous avons trois grands groupes de combat. D’abord, il y a les détachements de l’autodéfense populaire, liés à l’Union démocratique et au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Comme vous le savez, le PKK est historiquement lié à l’Iran et à Assad. Et le mouvement a aussi de bonnes relations avec la Russie.

Le deuxième groupe, c’est le Conseil national kurde, qui est une union de plusieurs partis politiques de Syrie. Ils sont en contact avec l’ancien président irakien Jalal Talabani, ainsi qu’avec le Gouvernement régional du Kurdistan, dans l’alliance irakienne.

Les guérilleros kurdes du PKK. Crédits : PKK/Flickr

Les guérilleros kurdes du PKK. Crédits : PKK/Flickr

Le troisième groupe, enfin, ce sont les nationalistes kurdes, étroitement liés avec la jeunesse et avec l’élite tribale civile et religieuse. Ils essaient de créer un District fédéral kurde dans cette région, sur le modèle du Kurdistan irakien.

L’Union démocratique et les détachements de l’autodéfense populaire sont bien armés, vu qu’ils sont soutenus par l’Iran et par Assad. L’Union démocratique insiste pour affirmer qu’elle se bat non seulement pour les droits des Kurdes, mais aussi pour le droit de toute la société à la démocratie, et qu’elle n’aspire pas seulement à l’autonomie kurde.

Pourtant, malgré les différences et les divergences, le peuple kurde dans son ensemble exige au minimum le fédéralisme, sinon l’autonomie. La Syrie comme État unitaire est clairement en train de s’effondrer, et dans ces conditions, nous n’avons tout simplement pas d’autre option.

K : De quelles données disposez-vous concernant les victimes causées par la guerre en Syrie ?

S.A. : Les statistiques officielles font état de 250 000 morts et plus de 800 000 disparus. Mais je pense que les chiffres réels sont au moins deux fois supérieurs. La moitié de la Syrie a fui, plus de 12 millions de Syriens ont émigré. Sans oublier les 300 000 Kurdes du Kurdistan irakien, dont personne ne parle. Beaucoup ont fui en Europe, au Liban et dans d’autres pays voisins.

Dans l’ensemble, cette situation est évidemment une catastrophe, et une catastrophe qui engendrera de plus en plus de radicaux et de terroristes. Malheureusement, les États-Unis n’aident pas ceux qu’il faudrait aider – en pratique, ils soutiennent aujourd’hui les groupes islamistes.

Washington ferait mieux de soutenir les Kurdes, les autres minorités, les chrétiens – tous ceux qui peuvent construire une Syrie au système plus démocratique. La Syrie doit être un pays libre, avec un système fédéral centralisé et garantissant la protection autant des alaouites, qui dirigent [actuellement, ndlr], que des Kurdes, des chrétiens, des sunnites. Mais les États-Unis se contentent aujourd’hui de veiller à la protection des intérêts des sunnites radicaux, des États arabes et aussi de la Turquie. Ça ne règle pas tous les problèmes. Et les gens vont continuer de mourir.

K : Les avis sont très partagés à propos de l’opération militaire russe en Syrie. La situation a-t-elle changé pour vous, depuis le début des frappes aériennes de l’armée russe ?

S.A. : Je dirais oui et non. Nous savions que la Syrie allait s’effondrer, que ça nous plaise ou non, et qu’Assad concentre ses forces autour de Damas et le long de la frontière libanaise. Malheureusement, les Kurdes [séparés entre plusieurs États,ndlr] ont tenté de satisfaire à la fois la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie, au détriment de l’unité et de la concorde qui auraient dû les rassembler.

Des réfugiés kurdes syriens dans le camp de Kawrgosk, près d'Erbil, attendent les camions de vivres. Crédits : Flickr

Des réfugiés kurdes syriens dans le camp de Kawrgosk, près d’Erbil au Kurdistan irakien, attendent les camions d’aide humanitaire. Crédits : Flickr

Sachant que chacun ne joue que dans ses intérêts propres. La Russie est intervenue pour empêcher l’effondrement du régime d’Assad. L’Iran soutient les actions de la Russie, parce que si la Syrie tombe, l’Irak aussi s’écroulera, et cela pourrait entraîner l’effondrement aussi de l’Iran lui-même. Enfin, la Turquie a peur de perdre la partie du Kurdistan située sur son territoire, et c’est pour cette raison qu’Ankara et l’Iran interagissent en coulisses pour empêcher l’effondrement de leurs États.

Et voilà que les Russes sont intervenus et ont redistribué toutes les cartes. Mais ça nous offre une nouvelle chance, à nous. Je pense qu’à partir de maintenant, les Kurdes, les Syriens chrétiens et les autres minorités doivent se soutenir et faire front commun…

K : L’EI peut-il être vaincu sans la participation à des opérations terrestres d’armées de puissances étrangères ?

S.A. : Il existe deux superpuissances qui en seraient capables : la Russie et les États-Unis. Mais le fait que ces superpuissances n’aient jusqu’à présent pas réussi à vaincre l’EI entame la confiance dans leurs capacités. À mon sens, l’EI peut être brisé à condition que la Russie et les États-Unis, ensemble et de toutes les forces, soutiennent les Kurdes et les autres minorités.

Malheureusement, les Kurdes sont très peu soutenus, en grande partie parce que certains pays ne veulent pas se brouiller avec la Turquie. Cependant, rendez-vous compte que les frontières de la Turquie sont ouvertes pour l’EI. Ankara ne se plaindra pas si c’est l’EI qui contrôle sa frontière, mais elle le fera si ce sont les Kurdes.

K : Comment voyez-vous l’avenir de la région ? Pouvez-vous prédire le cours des événements ?

S.A. : À court terme, nous devons nous attendre à vivre des heures difficiles. Tout ce qui se passe n’est que le début du conflit syrien. C’est seulement le début de la tragédie, à moins, évidemment, que la communauté internationale ne commence d’agir de façon concertée.

Mais pour parler franchement, ce n’est pas le cas aujourd’hui – du moins, ce n’est pas l’impression que ça donne. Par exemple, les États-Unis s’efforcent de conserver l’Irak chiite et en même temps, de transformer la Syrie en un État d’islamistes sunnites. Mais ce n’est clairement pas la solution au problème.

Toute la carte du Proche-Orient doit être revue et remaniée. Et il ne faut pas oublier qu’il existe une autre source de tension dans la région : aujourd’hui, la Turquie réfléchit dans les termes d’une forme d’empire ottoman. Et c’est extrêmement dangereux.

Source : Figaro
 
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Publié par le février 16, 2016 dans Uncategorized

 

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