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Odessa en flammes : reconstitution

14 Fév

Vous pouvez également consulter notre livre Marianne Dunlop et moi: URSS vingt ans après, retour de l’Ukraine en Guerre (Delga 2015) où les mêmes événements sont décrits avec des interviews, nous avons fait venir les mères d’Odessa, un secrétaire du parti communiste ukrainien. Nous nous sommes heurtés à l’omerta de la presse. Est-ce un hasard quand on sait que 95% de la presse française est aux mains de marchand d’armes et de milliardaires dont les centres d’intérêt n’ont rien à voir avec la presse. Si il y a eu une porte entrouverte avec canal +, un journaliste auquel on a laissé faire son métier c »est peut-être parce que le gouvernement français (avec l’assentiment des USA) s’interroge sur le bien fondé des sanctions contre la Russie (Macron. Le Foll) . Pendant ce temps vous êtes  gavés de mensonges flagrants. (note de Danielle Bleitrach)

 

42 personhttp://www.lecourrierderussie.com/international/2016/02/odessa-flammes-reconstitution/nes sont mortes dans l’incendie, dont 34 d’intoxication à l’oxyde de carbone et de brûlures. En tout, 48 personnes sont mortes le 2 mai.


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 Avec la sortie du documentaire de Paul Moreira Ukraine : Les Masques de la révolution, la tragédie d’Odessa sort des oubliettes et refait parler d’elle. Le journaliste ukrainien Alexandre Sibirtsev s’est retrouvé à l’épicentre des événements, le 2 mai 2014. Il a assisté aux affrontements entre militants pro-russes et pro-Maïdan, et participé au sauvetage des Odessites coincés dans l’incendie de la Maison des syndicats. Un an plus tard, il restitue l’horreur, minute par minute, pour la revue ukrainienne Reporter.

Incendie de la Maison des Syndicats à Odessa, le 2 mai 2014. Crédits : ITAR-TASS/ Andrei Borovsky Украина. Одесса. 3 мая. Пожар в здании областного совета профсоюзов. Фото ИТАР-ТАСС/ Андрей Боровский

Incendie de la Maison des syndicats à Odessa, le 2 mai 2014. Crédits : TASS/ Andrei Borovsky

L’affrontement entre partisans de l’Euromaïdan et de l’Antimaïdan à Odessa a commencé bien avant le 2 mai. Dès le 22 janvier 2014, des jeunes gens venant des régions voisines et de Kiev ont commencé d’arriver en ville. Nos sources au sein de la sécurité ukrainienne et du Comité d’autodéfense de Maïdan ont alors expliqué que la décision de les envoyer avait été prise à l’état-major de Maïdan à Kiev.

Les 23 et 26 janvier, ces « euro-combattants » ont essayé de prendre d’assaut le bâtiment de l’administration régionale d’Odessa. Ils ont échoué, mais le gouverneur, Nikolaï Skorik, a décidé de renforcer la sécurité et de barricader les entrées du bâtiment à l’aide de blocs de béton. Les autorités régionales ont également créé leurs propres détachements de sécurité : les Droujines (« brigades ») populaires.

Les deux droujines

Le premier détachement de volontaires de l’Antimaïdan d’Odessa était dirigé par Anton Davidtchenko, diplômé en histoire, et son frère Artiom, secondés par le communiste Rostislav Barda. La droujine a été formée sur la base de plusieurs organisations civiles antimaïdan de la ville. Les jeunes gens opposés à Maïdan ne manquaient pas.

Parallèlement à cette droujine populaire, un autre détachement de combat est apparu au printemps 2014 : la droujine odessite. À sa tête se tenait le leader de l’organisation prorusse Unité slave, l’Odessite Dmitri Odinov.

Incendie de la Maison des Syndicats à Odessa, le 2 mai 2014. Crédits : ITAR-TASS/ Andrei Borovsky Украина. Одесса. 3 мая. Пожар в здании областного совета профсоюзов. Фото ИТАР-ТАСС/ Андрей Боровский

Les partisans de la fédéralisation à Odessa, manifestations du 30 Mars 2014. Crédits : Wikipédia

Les partisans de la fédéralisation à Odessa lors d’une manifestations le 30 mars 2014. Crédits : Wikipédia

Peu à peu, la droujine odessite a écarté la droujine populaire du devant de la scène, occupant une position plus radicale. Et au printemps, elle comptait plus d’une centaine de combattants venus de clubs de sport, équipés de matraques, de boucliers et de casques.

Premières étincelles

La première bagarre entre les partisans de l’Euromaïdan et de l’Antimaïdan a eu lieu le 2 février 2014 et s’est terminée par quelques bleus et des vêtements déchirés.

Deux semaines plus tard, le 19 février, le piquet de protestation des partisans de l’Euromaïdan a été dispersé par l’attaque d’une centaine de combattants armés de battes. Plusieurs journalistes ont alors reçu des coups.

Après le changement de pouvoir à Kiev, les Antimaïdan sont passés du côté de l’opposition, et les Euromaïdan sont devenus le pouvoir. À partir du 24 février, les Antimaïdan se sont rassemblés sur Koulikovo Pole, cette grande place qui s’étend entre la gare ferroviaire et la Maison des syndicats. Les dimanches, les Odessites opposés à Maïdan s’y rejoignaient pour des meetings.

En mars et avril, de petits affrontements entre camps opposés avaient lieu quasiment un jour sur deux lors des meetings, mais les choses n’en sont jamais arrivées à des émeutes de masse.

Négociations

Les leaders des deux camps ont essayé de négocier à plusieurs reprises. Ils ont tous affirmé régulièrement leur aspiration au maintien de la paix, et même organisé des actions communes, du type ramassage des déchets dans le parc. La police d’Odessa n’a pas cessé non plus de tenter de réconcilier les deux parties. Des « tables rondes » sous l’égide des forces de l’ordre étaient organisées quasiment chaque semaine.

Partisans du camp de fédéralisation près de la Maison des syndicats au début du mois d'avril 2014. Crédits : Wikipédia

Partisans du camp de la fédéralisation près de la Maison des syndicats au début du mois d’avril 2014. Crédits : Wikipédia

Mais ni d’un côté ni de l’autre, les responsables ne sont parvenus à contrôler l’activité des militants les plus radicaux. Le 30 mars, l’attachée de presse du mouvement Euromaïdan, Aliona Balaba, a brûlé deux rubans de Saint-Georges à la flamme du monument au Marin inconnu. Les leaders de l’Euromaïdan d’Odessa se sont publiquement désolidarisés de l’action de la militante, la qualifiant d’initiative personnelle. Mais l’action de Balaba est immédiatement devenue l’objet de débats sur les réseaux sociaux, et a notablement tendu la situation en ville.

Accalmie avant la tempête

Le soir du 2 mai, Odessa devait accueillir un match de football entre le Metalist Kharkov et le Tchernomorets Odessa. Parallèlement, les leaders de l’Euromaïdan avaient annoncé leur intention d’organiser, le même jour, une marche « Pour l’unité de l’Ukraine » dans le centre-ville.

Trois jours avant les événements tragiques, le secrétaire du Comité ukrainien de sécurité nationale et de défense, Andreï Paroubiï, est venu à Odessa. Un plan de prévention des désordres de masse a été adopté. Les check-points autour d’Odessa ont été renforcés par une centaine de combattants du Comité d’autodéfense. Les détachements des forces spéciales ont été mis sur le pied de guerre. Mais les leaders des deux camps ont assuré que, le 2 mai, tout se déroulerait de façon pacifique.

« Fin avril, des gens du camp de l’Euromaïdan sont venus voir les commandants de nos droujines. Ils ont proposé que nous démontions notre campement en face de la Maison des syndicats pour le déplacer près du musée de la 411e Batterie [musée mémorial à ciel ouvert à Odessa, Reporter]. La proposition a été acceptée, vu que nous savions tous que le campement serait de toute façon démonté un jour ou l’autre. Au cours de cette rencontre, la droujine odessite a également annoncé qu’elle organiserait une marche en ville. Les représentants de l’Euromaïdan n’ont pas protesté. Nous nous sommes mis d’accord sur le fait que le tout se limiterait à une petite bagarre. Je peux vous affirmer une chose avec certitude : de notre côté comme de l’autre, tous savaient à l’avance qu’il y aurait bagarre, mais personne ne se doutait de comment elle finirait… », se souvient Andreï K, membre de la droujine odessite, qui a rejoint, après le 2 mai, les rangs des « Milices populaires » de la République populaire de Donetsk (RPD).

Le 30 avril, la droujine odessite a déplacé ses tentes vers le parc de la 411e Batterie. Toutefois, la droujine populaire ne soutenait pas l’initiative de ses camarades, et quelques tentes sont demeurées devant la Maison des syndicats.

Le 1er mai 2014, après avoir manifesté dans le parc de la 411e Batterie, les commandants de la droujine odessite ont organisé un pique-nique avec barbecue et vodka, invitant plusieurs représentants de l’Euromaïdan. Sans cesser de dialoguer avec leurs adversaires idéologiques, les commandants de la droujine odessite ont annoncé sur Internet un rassemblement pour le lendemain, sur le prospekt Alexandrovski, invitant ceux qui le souhaitaient à venir avec des matraques et des casques.

L’embrasement

Le 2 mai au matin, la gare ferroviaire. Les supporters du Metalist Kharkov arrivent à Odessa, ils sont un peu plus de 400. Les fans les plus radicaux, venus avec l’envie d’en découdre, ne sont pas plus d’une cinquantaine. Les supporters se dispersent dans la ville, et la « cinquantaine combattante » se rend sur la place Sobornaïa.

11h30. Les participants de la marche de l’Euromaïdan se rassemblent sur la place Sobornaïa. La majorité d’entre eux sont des supporters du Tchernomorets. Eux aussi sont certains qu’une grosse bagarre se prépare pour le jour même. Mais personne n’imagine que des armes à feu prendront la place des poings.

11h45 – 14h45. Tous les chefs de la police d’Odessa assistent à une réunion sur la résistance au séparatisme dans la région d’Odessa. La séance est dirigée par le procureur général, Nikolaï Bantchouk. Il ordonne que les participants mettent leurs téléphones mobiles sur silencieux. Toutefois, les agents sont tenus au courant de la situation dans les rues de la ville par leurs subordonnés, qui leur envoient des SMS.

13h10 – 14h30. La colonne des partisans de l’Antimaïdan se forme à l’angle du prospekt Alexandrovski et de la rue Joukov. Parmi eux, les membres de la droujine odessite ne sont pas plus d’une cinquantaine ; ils se connaissent presque tous, jouant ensemble à l’Airsoft.

Les autres ont répondu à l’appel lancé sur les réseaux sociaux. Presque 200 personnes sont rassemblées en tout. La colonne est dirigée par les leaders de la droujine odessite Denis Iatsiouk, Dmitri Maïdaniouk et Sergueï Doljenkov, connus respectivement, pour les deux derniers, sous les surnoms d’Odinov et de Capitaine Cacao.

Les combattants se nouent à la manche un brassard de ruban adhésif rouge : le signe traditionnel d’appartenance à la même équipe lors des parties d’Airsoft. Tous les combattants de la colonne sont armés de battes ou de matraques et portent des casques, dont des casques de moto, et des boucliers en bois. Très peu de gilets pare-balles : de nouveau, personne ne se doute que, dans quelques heures, des armes à feu entreront dans la bagarre.

La colonne est encadrée par un cordon de plusieurs policiers. Au cours des négociations, les combattants de la droujine odessite assurent aux policiers qu’ils n’ont pas l’intention d’aller à la confrontation avec les membres de l’Euromaïdan, et qu’ils se contenteront d’avancer parallèlement à la marche de ces derniers sur la rue de Grèce.

Soudain, quelqu’un tire au pistolet à air comprimé sur la colonne des Antimaïdan. Mais bien que le « kamikaze » ait tiré à une distance de seulement quelques pas, personne n’est blessé. Le tireur est attrapé par les combattants de la droujine, ligoté et remis aux miliciens.

14h50 – 15h10, place Sobornaïa. 1 500 personnes environ sont rassemblées sur la place, arborant des drapeaux ukrainiens. Près d’une centaine de combattants du Comité d’autodéfense d’Odessa ont rejoint la marche depuis les check-points installés autour de la ville. Ils sont équipés de boucliers métalliques, de casques et de battes. Apprenant qu’une colonne de l’Antimaïdan défile sur le prospekt Alexandrovski, la foule s’excite. Les policiers forment un cordon : leur objectif est d’empêcher la colonne des Antimaïdan de rejoindre la place de Grèce.

15h10 – 15h20. La colonne des Antimaïdan, dirigée par Capitaine Cacao, décide de changer d’itinéraire et prend la direction de la rue Bounine, puis tourne à droite et marche sur la rue Ekaterina, en direction de la rue Deribassovskaïa.

Là, le cordon de police commet une erreur : les agents se précipitent en avant afin d’empêcher la colonne d’entrer dans la rue Deribassovskaïa, où elle risque de se trouver face à celle de l’Euromaïdan. Mais sur ordre du Capitaine Cacao, la colonne s’arrête et repart en courant en sens inverse, puis tourne à droite et remonte la rue de Grèce à la rencontre des adversaires, qui continuent de s’amasser sur la place Sobornaïa. Les policiers, restés loin derrière, sont incapables d’arrêter les militants…

15h22 – 17h45. La colonne des Antimaïdan arrive sur la place de Grèce, puis continue de remonter vers la place Sobornaïa. Les premiers affrontements et bagarres ont lieu sur la place. Les policiers rattrapent la colonne des Antimaïdan et forment un cordon. Les adversaires se retrouvent séparés d’une distance d’environ 50 mètres. Des pierres volent au-dessus des têtes de policiers, les ultras de la place Sobornaïa jettent sur les Antimaïdan des pétards, des morceaux d’asphalte et des pierres arrachées aux bordures des trottoirs.

Les deux camps se tirent dessus à coups de pistolets à air comprimé, de revolvers Flobert et de lance-pierres. Les premiers cocktails Molotov sont jetés depuis la place Sobornaïa vers les rangs des Antimaïdan : des assistants volontaires du côté de l’Euromaïdan rechargent les bouteilles de mélange explosif. Les Antimaïdan érigent des barricades à l’aide de poubelles.

50 policiers environ empêchent les adversaires d’en venir au corps-à-corps. La bagarre se déroule à distance. Quelque 200 militants Antimaïdan sont concentrés sur la place de Grèce. De l’autre côté, près de 2 000 partisans de l’Euromaïdan leur font face.

Seulement une heure plus tard, toutes les voies vers la place de Grèce, où les Antimaïdan tiennent leur défense, sont envahies d’une foule de sympathisants de l’Euromaïdan arrivés de tous les quartiers d’Odessa. On notera que la majorité d’entre eux ont répondu à des appels, envoyés par SMS ou sur les réseaux sociaux, les invitant à venir « aider les [leurs] ».

Mais la poche dans laquelle les Antimaïdan se sont retrouvés coincés n’est pas « hermétique ». Des deux côtés, des journalistes et des badauds se faufilent sans cesse à travers le cordon. Certains de ces « visiteurs », pour une raison étrange, commencent à s’activer tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, allant jusqu’à jeter des pierres vers le lieu même où ils se trouvaient encore peu de temps avant.

En outre, une poignée de mystérieux personnages essayent de diriger les opérations tantôt depuis un camp, tantôt depuis l’autre, faisant des allers-retours entre les adversaires. À noter : les policiers appliquent sans discuter les conseils et ordres de ces « visiteurs ». On a peu à peu l’impression que beaucoup de ce qui se passe ici se déroule selon un scénario établi à l’avance.

Des balles au lieu de pierres

Depuis le début des combats de rue, beaucoup de militants des deux camps utilisent des pistolets traumatiques. La police est peu nombreuse, et aucun policier ne semble désireux de confisquer les armes des hooligans. Rapidement, on voit apparaître dans les mains des combattants des armes à feu. Au coin des rues Deribassovskaïa et Joukov, Botsman, un membre de la droujine odessite, ouvre notamment le feu, de derrière le dos du cordon des forces spéciales, à partir d’un analogue civil du AKS-74U.

Igor Ivanov, lieutenant de Pravy sektor âgé de 28 ans, est mortellement blessé. Rapidement, on compte une deuxième victime : Andreï Birioukov, mort sur place d’une blessure par balle. On distingue difficilement le bruit des tirs réels dans la cacophonie générale : partout, des pétards explosent, des pierres volent, tout le monde hurle.

Les combats font des victimes rue de Grèce : depuis un balcon, des inconnus ouvrent le feu avec un fusil de chasse. Le tir blesse Oleg Konstantinov, rédacteur en chef du site d’informations Dumskaya.net, plusieurs combattants de la droujine odessite s’écroulent.

On fera les comptes par la suite : quatre militants de l’Antimaïdan et deux du camp adverse sont morts de blessures par balles dans les rues d’Odessa. En tout, les affrontements de rue ont fait 250 blessés, dont 18 policiers. On sait que Botsman a fui le pays le lendemain. Mais Sergueï K, qui avait tiré au fusil depuis le balcon du Centre culturel bulgare, a été d’abord arrêté, un temps assigné à résidence, puis renvoyé chez lui par les enquêteurs pour « manque de preuves ».

Tous à Koulikovo Pole !

16h. La droujine odessite, encerclée sur la place de Grèce, attend du renfort depuis Koulikovo Pole. Les membres de la Droujine populaire, qui n’ont pas participé à la marche, ont en effet décidé d’aller aider leurs camarades en apprenant qu’ils étaient tombés dans une « poche ». Mais seul un minibus parvient à entrer sur la place. Les groupes de combattants venus de Koulikovo Pole sont arrêtés et mis en fuite dans les rues du centre par les Euromaïdan.

Vers 17h, la Droujine odessite tient une défense. Le cordon des agents des forces spéciales ne sépare plus les adversaires, se contentant de se tenir sur quelques rangs, avec des boucliers, en essayant de protéger la Droujine odessite.

On voit apparaître sur les manches des policiers des brassards de ruban adhésif rouge, ce qui engendrera par la suite des dizaines de théories conspiratrices sur une prétendue « entente entre la police et les Antimaïdan ».

En réalité, m’ont expliqué certaines de mes connaissances au sein des forces spéciales, ce scotch s’est retrouvé aux mains des forces de l’ordre par hasard : « Nous devions nous fixer au bras nos boucliers, qui tombaient en permanence, parce que les attaches ne fermaient plus. Les Antimaïdan qui se tenaient derrière nous avaient du scotch rouge, ils ont partagé avec nous. À ce moment-là, ils auraient fait n’importe quoi pour nous aider : sans notre cordon, ils auraient été tout simplement écrasés ; leur petite centaine d’hommes faisait face à mille supporters enragés ! »

Parallèlement, le camp de l’Euromaïdan se dote d’« arsenaux » guerriers : des volontaires, jeunes hommes et jeunes femmes, remplissent des bouteilles d’essence à partir de bidons qu’ils ont apportés, brisent le pavé de la place et font passer les pierres, en chaîne, à l’équipe d’« avant-garde ». Les partisans de l’Euromaïdan dominent de façon écrasante.

18h – 18h45. L’affrontement dans le centre d’Odessa approche de son terme. Une partie de la Droujine odessite se barricade dans le centre commercial de la place de Grèce, l’autre moitié se disperse, des combattants isolés tentent de se frayer un passage pour fuir le champ de bataille, mais sont rattrapés et battus par des groupes de l’Euromaïdan.

Vers 19h, tout est terminé dans le centre-ville : les militants barricadés dans le centre commercial se rendent à la police, et les leaders de l’Euromaïdan appellent tous leurs partisans à se rendre sur Koulikovo Pole pour y démonter le campement de tentes adverse.

Nous brûlons à mort !

« Quand on a appris, sur le campement, que la Droujine avait été défaite sur la place de Grèce, la moitié des nôtres a proposé de se disperser, et l’autre moitié, de rester. D’ailleurs, c’est majoritairement les femmes qui étaient pour la deuxième option.

Finalement, nous avons décidé de nous retrancher dans la Maison des syndicats, de construire une barricade à l’entrée et de cacher toutes les femmes à l’intérieur pour les protéger des partisans de Maïdan. 400 personnes en tout se sont réfugiées dans la Maison des syndicats, majoritairement des femmes âgées, des retraités et des adolescents. Nous avons vite compris que nous ne pourrions pas tenir la barricade de l’entrée : les cocktails Molotov et les pierres nous pleuvaient dessus.

Nous nous sommes retranchés à l’intérieur et avons bloqué la porte d’entrée avec tout ce qui nous tombait sous la main, type tables et armoires. Mais ensuite, le feu a pris. L’incendie a été provoqué par les cocktails Molotov jetés à travers plusieurs fenêtres. Dans les pièces des premier et deuxième étages, le revêtement plastique des murs a brûlé et fondu.

Ensuite, la porte a pris feu de l’extérieur. Les gens ont commencé à paniquer et à courir dans tous les sens, une fumée verdâtre s’est répandue à l’intérieur du bâtiment. Certains tombaient immédiatement sans connaissance. La majorité a réussi à se sauver.

Les gens sortaient en courant par la porte arrière de la Maison des syndicats. Côté façade, on ne pouvait plus sortir : des foules de partisans de Maïdan se tenaient devant avec des battes », a raconté, après les événements, un membre de la Droujine populaire. Selon les informations recueillies par le groupe ukrainien d’enquête indépendant « 2 mai », 380 Odessites ont réussi à se sauver de la Maison des syndicats.

Un peu avant l’arrivée de la foule sur Koulikovo Pole, le leader de la Droujine populaire, Artiom Davidtchenko, a abandonné le campement de tentes.

Les députés du conseil régional, Alexeï Albou et Viatcheslav Markine, présents dans la Maison des syndicats, ont tenté de prendre la direction des opérations à l’intérieur du bâtiment. Le premier est parvenu à se sauver (et a quitté l’Ukraine par la suite), mais le deuxième est mort à l’hôpital de ses blessures, après avoir sauté par la fenêtre pour fuir le bâtiment en flammes.

19h45 – 21h. Quelques minutes après être arrivée sur Koulikovo Pole, la foule venue de la place de Grèce a détruit le campement des Antimaïdan. Les tentes ont été incendiées, et des pierres et des bouteilles de mélange explosif ont commencé de voler vers les fenêtres de la Maison des syndicats. En même temps, depuis le toit du bâtiment, des personnes jetaient sur la foule des morceaux d’asphalte et des cocktails Molotov.

Le feu a pris du côté extérieur de la porte d’entrée de la Maison des syndicats, une épaisse fumée s’est répandue depuis les fenêtres de plusieurs bureaux, on a commencé à voir sortir des langues de flammes. Les gens s’accrochaient en grappes aux corniches des fenêtres des bureaux.

Les pièces en feu du bâtiment sont devenues des pièges mortels. Beaucoup ont sauté depuis les fenêtres des deuxième et troisième étages en tentant de fuir. La plupart d’entre eux sont morts, mais certains sont parvenus à s’en sortir, avec de nombreuses factures. Les rescapés du bâtiment en flammes ont été violemment rossés par la foule excitée.

Beaucoup ont dit qu’ils avaient été frappés avec des battes, ce que les partisans de Maïdan ont nié. En ce qui nous concerne, nous ne pouvons parler que de ce que notre reporter a vu : les gens sortis de la Maison des syndicats ont effectivement été battus à coups de gourdins. Mais par deux ou trois personnes seulement. L’un d’entre eux est Vsevolod G, juriste, avocat et un des leaders de l’Euromaïdan. Il ne s’en est d’ailleurs pas caché par la suite (et on le voit très bien sur les vidéos tournées sur place).

D’autres partisans de l’Euromaïdan ont tenté d’arrêter ce déchaînement et aidé les rescapés à échapper à la vindicte populaire.

20h50. La première voiture de pompiers n’est arrivée que 38 minutes après l’appel téléphonique prévenant les secours que le feu avait pris sur Koulikovo Pole. Et durant dix minutes encore, les pompiers sont restés sans rien faire, ne tentant même pas d’éteindre les flammes.

Plus tard, le ministère des situations d’urgence a tenté de se justifier en affirmant qu’ils avaient eu peur de lancer leurs pompiers au milieu de ces désordres de masse. Les policiers n’ont rien fait non plus. Aucun d’entre eux n’a tenté d’arrêter les hooligans, ni même de leur prendre leurs bouteilles de mélange explosif…

Les uns sont libres, les autres sont jugés

L’enquête du ministère ukrainien de l’intérieur a conclu que l’incendie dans la Maison des syndicats avait été causé par « un feu introduit depuis l’extérieur ».

42 personnes sont mortes dans l’incendie, dont 34 d’intoxication à l’oxyde de carbone et de brûlures. En tout, 48 personnes sont mortes le 2 mai.

Cérémonie devant la Maison des syndicats, au 9ème jour de la mort des victimes des affrontements d'Odessa. Crédits : Wikipédia

Cérémonie devant la Maison des syndicats, le 9e jour de la mort des victimes des affrontements d’Odessa. Crédits : Wikipédia

Dans de nombreux cas, les causes exactes des décès lors des émeutes n’ont pas été indiquées : une partie importante des preuves matérielles ont mystérieusement disparu du bureau des enquêteurs.

Après les événements du 2 mai, le chef adjoint de la police régionale d’Odessa, Dmitri Foutchedji a été arrêté, puis relâché. Il a ensuite fui en Transnistrie. « On a fait de moi un bouc émissaire pour ce qui s’est passé. Tout ce que je peux dire pour ma défense est désormais utilisé contre moi. En tout cas, j’ai fait absolument tout ce que j’ai pu et j’ai tenté de toutes mes forces d’empêcher ces désordres », a déclaré le policier au téléphone à Reporter après les événements.

La majorité des leaders et des participants actifs des émeutes issus du camp antimaïdan ont fui l’enquête et se trouvent aujourd’hui en Crimée et à Donetsk.

L’enquête pénale contre Vsevolod G, suspecté d’avoir achevé des blessés devant la Maison des syndicats, a été close pour insuffisance de preuves.

Sergueï K, qui avait tiré au fusil depuis le Centre culturel bulgare, a été libéré. Les procès des activistes antimaïdan arrêtés se poursuivent.

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1 commentaire

Publié par le février 14, 2016 dans Uncategorized

 

Une réponse à “Odessa en flammes : reconstitution

  1. Karl Martel

    février 14, 2016 at 12:40

    A reblogué ceci sur Reconstruction communiste Comité Québecet a ajouté:
    Avec la sortie du documentaire de Paul Moreira Ukraine : Les Masques de la révolution, la tragédie d’Odessa sort des oubliettes et refait parler d’elle. Le journaliste ukrainien Alexandre Sibirtsev s’est retrouvé à l’épicentre des événements, le 2 mai 2014. Il a assisté aux affrontements entre militants pro-russes et pro-Maïdan, et participé au sauvetage des Odessites coincés dans l’incendie de la Maison des syndicats. Un an plus tard, il restitue l’horreur, minute par minute, pour la revue ukrainienne Reporter.

     

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