RSS

Chose promise, quelques idées suite à deux rencontres informelles avec les communistes…

11 Fév

12

Je vous avais promis de rendre compte des diverses rencontres parisiennes… Le lundi soir ce fut le lundi communiste… Nous nous sommes retrouvés à huit dans un café que l’on aurait cru sorti de l’univers de Simenon… Comment vous dire ce que fut cette rencontre sans dévoiler l’identité des camarades à qui j’ai oublié de demander l’autorisation…  D’abord des camarades venus de tous les coins de la planète, des Comores, de Haïti, mais aussi du Pas-de-Calais, un enfant de républicain espagnol installé dans le Vaucluse, un franco-écossais et un camarade portugais… Une dominante ouvrier artisan et de la trentaine à la cinquantaine, sauf Hervé, sa cousine et moi, septuagénaires sur la mauvaise pente. Un tour de table bilan de la situation. Un thème revient sans cesse, il faut retourner à nos fondamentaux comme cela a été dit dans la dernière réunion de section. On ne parle ni du communisme, ni du socialisme, le parti a perdu ce qui le caractérise et pourtant il n’y a pas d’autre solution que de continuer à y militer, de se battre pour que les cellules existent, qu’elles soient au contact de la population, il n’y a pas d’autre issue, tout le reste n’a aucune issue...

Une camarade raconte son arrivée de l’exil haïtien en 1983, elle a aussitôt adhéré au parti, elle s’interroge, elle ne comprend pas on dirait qu’on a honte d’être communiste. Nous avons perdu cet outil essentiel qu’est l’Humanité. Aussitôt Hervé embraye : l’autre jour il y avait un article sur un sujet que je connais bien, dans le fond une dépêche de l’AFP. C’est l’opinion de qui? Du journaliste, du parti? On ne sait pas… Il dit l’insuffisance de la référence « aux fondamentaux »… il faut des contenus, une stratégie (1)… Si les djihadistes sont capables de recruter sur le web, ce qui nous manque pour convaincre ce sont des contenus réellement communistes c’est-à-dire qui conduisent au communisme. 

Gilles qui est professeur d’Histoire et qui vient d’adhérer à l’ANC tout en restant au parti, déclare: « j’ai adhéré à un parti qui n’existait plus… Je me suis retrouvé dans l’opposition simplement à cause de l’Europe et de l’OTAN… Depuis j’ai plus été formé par mes rancœurs qu’au positif où c’est souvent le vide. Le mythe est qu’il existerait un espace de gauche et que ce serait ça l’essentiel. Un jeune ouvrier intervient, il explique qu’il est fils de communiste, que lorsqu’il préparait un BTS, il a voulu adhérer à l’UEC, on lui a répondu qu’il n’était pas un étudiant, les étudiants ce sont les doctorants qui semblent avoir tous les pouvoirs dans le parti aujourd’hui. Il s’est dit « c’est bizarre ce parti qui suit les catégories de la société qu’il veut abolir ». Il se plaint de ne pas être entendu, ils ont même inventé « le double consensus », c’est-à-dire que les idées qui forment consensus à la base ne sont retenues que si le niveau supérieur les retient.

 Je pense un retour complètement tronqué au centralisme démocratique, si les idées de la base sont filtrées par le sommet, fini le mandat impératif, celui qui est censé vous représenter en fait dit n’importe quoi, il n’est pas tenu de répéter le résultat de vos discussions… donc le centralisme démocratique en pire, mâtiné de « démocratie » bourgeoise, « cause toujours »…  il me dit « oui on vit une verticalité féroce, au profit des idées qu’on entend tous les jours à la télé… Il a fini par quitter le parti et aller au PG, mais là c’est pareil, pire peut-être à part certains exercices de commentaires sur des citations de Lénine. Pourtant il a des choses à dire, ça parle chez les ouvriers… Un autre camarade artisan qui rit tout le temps explique qu’il vient du Pas de Calais, que le mal vient de 1983, le PCF était au gouvernement et la classe ouvrière a subi la plus terrible des offensives, licenciements, à quoi servent donc les communistes? Ils ont quitté le gouvernement mais ce n’était pas suffisant… Il explique que si l’on veut être écouté des autres communistes, il ne faut surtout pas se marginaliser, il faut être sympa et surtout il faut avoir une assise de masse. Lui il organise les artisans que la mairie veut chasser en leur parlant de mixité sociale…

Il n’ont pas envie de s’intégrer à une groupe dissident, de toute manière ils sont toujours en train de se disputer entre eux, incapables de s’unir, ils s’isolent et peu à peu disparaissent.

C’est un peu ce que j’avais subodoré, les communistes tels que je les vois là n’ont pas beaucoup changé, ils détestent les divisions et ils sont incroyablement attachés à leur parti… D’ailleurs à la fin le jeune ouvrier réadhérera au parti, il est dans la cellule de l’ouvrier comorien qui nous a raconté comment adolescent il a dû fuir les Comores parce qu’il avait voulu lutter contre Bob Dénard, le mercenaire français. Lui aussi bichonne sa cellule et pense qu’il n’y a rien en dehors du parti, il donne le manifeste de Marx au nouveaux adhérents et des textes qui lui paraissent proches de l’idéal communiste parce que lui il a connu un professeur aux Comores qui l’initiait plus à Marx et à Mao qu’à autre chose et il est venu au PCF en croyant que c’était aussi ça…

Le résumé ne dit pas la richesse des débats, comment expliquer: ces gens là pensent, ils confrontent leur vie à la politique qui pourrait être menée, sans gauchisme mais en écoutant un peu ce qui se dit à l’atelier… Ils attendent que le parti change mais ils sont prêts à aider aux changements, mais sans tendance, ni divisions… Ils ont compris que je suis venue pour les écouter et pas pour les enrôler… Néanmoins je leur dis que pour moi le parti ce n’est pas seulement l’analyse de la situation mais sa transformation. Il s’agit d’agir, il faudrait y réfléchir… Comment faire? 

Le mardi soir, le lendemain autre décor, la librairie Tropique est pleine pour écouter jean Salem qui parle de l’état autoritaire. Il dénonce le constat du pouvoir « nous sommes en guerre » et il fait effectivement le récit de la guerre menée depuis tant d’années contre des pays que l’on détruit. Il termine en regrettant que le parti pour lequel il dit « ce sont les miens, j’éprouve pour eux fraternité, de la tendresse même, mais pourquoi écouter les intellectuels qui sont déjà dans les médias, n’ont strictement rien à dire et négliger le potentiel de ceux qui sont restés fidèles aux luttes anti-impérialistes et qui refusent le discours de stigmatisation de l’ennemi intérieur? Les interventions fusent: « comment peut-on encore croire à ce parti? » Mais ce n’est pas la majorité, ce qui domine c’est l’inquiétude …

Si je devais résumer l’impression générale de ces deux rencontres, elle est positive, alors que le PCF donne parfois l’impression d’être en coma dépassé, il y a là des gens qui pensent, qui ont besoin d’échanger même s’ils n’attendent plus rien de ce parti… Je suis un peu confortée dans ce qu’on pourrait appeler ma « tactique »: refuser les divisions, respecter les choix de chacun, et inviter tout le monde où qu’il soit à poursuivre réflexion et action… Dans le parti éviter les polémiques inutiles concernant les dirigeants et rester sur le fond de ce qu’on attend du parti communiste…

Voilà, il y a malgré tout une énorme réserve de capacité, de volonté, ce contre quoi il faut lutter c’est peut-être l’idée énoncée par un camarade: « dans le fond on y croit pas réellement, on ne croit pas que l’on a le pouvoir de changer quoique ce soit, si on y croyait on se bougerait un peu plus! » Il est vrai qu »il y a un grand nombre de communistes, que ces communistes là sont prêts à se battre et qu’ils le font d »ailleurs tous les jours, et que malgré tous les efforts à l’extérieur comme à l’intérieur personne n’a réussi à les convaincre qu’ils avaient tort, mais il faut construire une perspective, des contenus et c’est plus essentiel que de mener des querelles internes… Celui qui gagnera sera celui qui accomplira cette tâche … 

Encore un mot, Gilles qui a adhéré à l’ANC m’a demandé « pourquoi tu n’adhères pas à l’ANC?  » Effectivement maintenant que j’ai ré-adhéré au parti, je peux adhérer à l’ANC, mais alors il faudrait aussi que j’adhère au PRCF, à la coordination communiste, pour citer ceux qui me viennent à l’esprit, je me ruinerai en cotisation, mais mon geste veut bien dire ce que je pense: à vous tous vous formez un puzzle, celui du parti que j’ai connu dans sa diversité mais aussi son unité… A propos j’ai ma première réunion de section le 18 février…

Danielle Bleitrach

(1) le lendemain, à la librairie tropique j’ai demandé à Hervé de me préciser ce qu’il entendait par programme maximum et programme minimum, aujourd’hui il développe:par E-mail

Je voulais dire que je souhaite voir le PCF élaborer précisément et ensuite expliquer clairement :

1) quelle sorte de société socialiste il a à l’esprit pour remplacer la société capitaliste et comment il propose d’y parvenir (programme maximum)
2) quelles sortes d’alliance il est prêt à conclure, sur quel programme, et avec qui (programme minimum)
3) et l’interaction et transition entre les deux programmes;

https://fr.wikipedia.org/wiki/Maximalisme

et j’ajoute comme vieux souvenir un accès à la Great Soviet Encyclopedia (article « communism »)
 
1 commentaire

Publié par le février 11, 2016 dans Uncategorized

 

Une réponse à “Chose promise, quelques idées suite à deux rencontres informelles avec les communistes…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :