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Hervé Fuyet : Comment situer « La France en Commun » dans « un monde en commun » (Première partie)

03 Fév

Contribution au débat autour du projet du PCF « La France en Commun »

Le débat du Congrès a débuté, voici une contribution qui nous parait importante, elle émane d’un ancien dirigeant canadien, fondateur d’une Humanité en ligne en anglais et qui a une expérience des questions internationales, non seulement sur le continent américain mais dans le Tiers monde et aujourd’hui en Chine. Le parti communiste a perdu pied dans les questions internationales avec la chute de l’URSS. Pourtant il faut bien mesurer que bien des questions auxquelles nous sommes confrontés ont cette dimension internationale, de la paix à l’immigration, en passant par les délocalisations et les stratégies des grands monopoles financiarisés qui jouent avec nos emplois. Et bien sûr l’Europe qui conditionne toutes nos perspectives de lutte contre l’austérité. Un monde multipolaire tente d’émerger, comment nous situons-nous? Il ne faut pas que se reproduisent les retards dans la réaction en tant que communistes que nous constatons par exemple sur la situation ukrainienne. D’où l’importance de cette réflexion qui a ouvert les débats du Congrès. (Danielle Bleitrach)

Comment situer « La France en Commun » dans « un monde en commun » (Première partie)

Mardi 30 juin 2015, par  Hervé Fuyet ,

Ce petit article sans prétention a pour objectif de participer, de façon constructive, à un échange de réflexions sur diverses analyses de la conjoncture économique et politique française.

En effet, en mai-juin 2015, le Parti Communiste Français (PCF) a publié un projet élaboré sous la direction de Pierre Laurent, son secrétaire général, et intitulé « La France en Commun – Invitation à écrire un projet d’émancipation humaine » (http://www.pcf.fr/71363). Le PCF précise : « Ce texte est une invitation au débat. Il a été rédigé par le Comité national du projet du Parti Communiste Français et rendu public le 20 mai à l’occasion du lancement d’une « Convention nationale de projet » que le PCF tiendra au printemps 2016. Ce n’est pas un document exhaustif ou définitif. C’est un point de départ et non un point d’arrivée. Les réflexions pour des nouveaux chemins d’émancipation comme les chantiers d’action prioritaires ou les mesures d’urgence qu’il propose sont ouverts à toutes les contributions et destinés à s’enrichir et se redéfinir tout au long de l’année à venir. Un site internet sera bientôt ouvert pour recueillir les contributions ».

A l’occasion du lancement de la « Convention sur le Projet », Marc Brynhole disait encore plus clairement (http://www.pcf.fr/71364) que : « Toute cette démarche est une invitation. Invitation à débattre, invitation à confronter, invitation à coécrire, invitation aussi à se saisir de ce travail pour montrer aux adhérents du PCF et à tous le chemin que souhaite tracer notre parti, les pistes qu’il veut ouvrir ».

Je souhaite que les quelques lignes simples de ma réponse à cette invitation généreront des réactions me permettant de bénéficier de vos critiques et de vos suggestions afin d’enrichir mon travail. Je verserai alors mon travail enrichi par vos critiques et commentaires sur le site internet prévu à cet effet quand il sera ouvert.

En ce qui concerne la méthode, j’ai choisi dans une première partie d’aborder le sujet à partir d’une réflexion sur la conjoncture mondiale pour situer ensuite son interaction avec la conjoncture française , plutôt que d’aborder la question principalement à partir de l’hexagone français pour élargir marginalement la perspective ensuite au niveau international. Il m’a semblé que cela orientait nos réflexions différemment, et nous permettait d’aborder l’analyse de la conjoncture française de façon plus réaliste.

Le 70e anniversaire de la victoire contre le nazisme a été célébré le 9 mai 2015 à Moscou. Il me semble que cet événement historique est une sorte de révélateur de la situation internationale qui a été commentée en France de façons très diverses. C’est pourquoi, en deuxième partie, je tente de discerner quelle est la mouvance progressiste et quelle est la mouvance impérialiste en 2015. Il s’agit donc de distinguer qui sont nos amis et qui sont nos adversaires.

En France, la gauche communiste en général et le Parti Communiste Français en particulier régresse dangereusement, tandis que le populisme fascisant du Front National (FN) et du Rassemblement Bleu Marine (RBM) qui lui est associé, progresse énormément dans les urnes et dans les esprits. C’est pourquoi, en troisième partie, je tente d’évaluer si une évaluation plus réaliste de la situation mondiale pourrait enrichir un programme de transition vers le socialisme et vers le communisme du PCF.

Pouvons-nous enrichir le Projet du PCF de façon à contribuer à son redressement, afin, entre autres, qu’il puisse mieux contribuer à empêcher le populisme fascisant du Front National (FN) et du Rassemblement Bleu Marine (RBM) ? Serons-nous en mesure d’empêcher ces derniers de prendre le pouvoir lors des élections présidentielles de 2017 ?

1) Première partie

Cette première partie peut sembler hors sujet ! Pourquoi parler des pays socialistes réellement existant ou ayant réellement existé dans un texte concernant la France ?

Comme dit le dicton populaire , trop de sel peut gâter la meilleure soupe du monde. Il me semble qu’un tel déni de réalité, soit la négation de l’existence de pays socialistes, ôte toute crédibilité à ceux qui sont mi victimes mi complices de ce déni. Un tel déni me semble relever d’une sorte de névrose politique assez répandue, une sorte de maladie infantile en Europe, dont il faut éviter la contagion. Selon moi, le projet « La France en Commun » risque d’avoir très peu de crédibilité si cette question préalable n’est pas réglée. Si au moins la question faisait clairement l’objet d’un débat constructif, ce serait déjà un très grand progrès. Et la partie n’est pas gagnée ! Elle est jouable si « la toile rouge rallume l’étoile rouge ! », si un débat libre sur le web alimente le débat « officiel » !

« Les faits sont têtus » comme disait Lénine, et il est périlleux de vouloir ignorer que la Chine socialiste fascine le monde entier !

a) Curieux déni de l’existence de la Chine socialiste

Le PCF a la noble ambition de vouloir « écrire un projet d’émancipation humaine » avec nous « pour ouvrir une autre voie que celle de l’enfoncement de la France, de l’Europe et du monde dans la crise sans fin où nous conduit le capitalisme mondialisé. Nous ne sommes pas impuissants à changer le monde, à sortir la France et l’Europe de la crise contrairement à ce que nous répètent à longueur d’antenne ceux qui monopolisent la parole et les pouvoirs. Les forces existent, elles sont nombreuses à gauche mais elles sont trop souvent isolées, étouffées, déstabilisées. Nous voulons les rassembler, car unies elles sont l’avenir ».

Le PCF ne semble pas avoir remarqué que la voie est ouverte depuis longtemps et que les forces se rassemblent déjà. Le PCF pourrait s’y joindre plus clairement au lieu de faire semblant qu’elles n’existent pas ! Le capitalisme, celui des USA par exemple, recule dans le monde. La Chine socialiste, dirigée par un parti communiste d’environ 85 millions de membres, est en passe de devenir la première puissance mondiale, tout en sortant la plus grande population du monde de la pauvreté et en aidant les pays en voie de développement à progresser. Ce n’est pourtant pas un secret !
Ainsi, le célèbre journaliste Timothy Garton Ash intitule sa rubrique dans dans le Guardian du 2 juin 2015 « La Chine de Xi Ji Xinping est la plus grande expérience politique sur terre » (« Xi Jinping’s China is the greatest political experiment on Earth » http://www.theguardian.com/commentisfree/2015/jun/01/war-peace-depend-china-domestic-success)

En Afrique, où la Françafrique est honnie, la Chine est bien perçue, comme le montre les rares sondages d’opinion. Ainsi le réseau Afrobaromètre* a remédié à cette lacune en interrogeant près de 20 000 personnes dans 20 pays d’Afrique subsaharienne, 13 anglophones, 5 francophones et 2 lusophones, au cours de l’année 2008 (http://afrobarometer.org/sites/default/files/publications/Working%20paper/AfropaperNo117.pdf)

Premier constat. La perception des Africains est loin d’être négative, comme cela peut transparaître dans les articles consacrés aux manifestations contre des commerçants chinois ou aux effets pervers de l’aide de Pékin, notamment les fameux package deal (BTP contre matières premières (http://www.jeuneafrique.com/197276/archives-thematique/du-cl-en-main-la-mode-chinoise). Quelque 36,4 % des personnes interrogées considèrent que la Chine aide beaucoup leurs pays, 30,6 % pensent qu’elle les soutient modérément, 22,6 % un peu seulement et 12,4 % croient qu’elle ne fait absolument rien.
À y regarder de plus près, on ne voit pas de différence de perception notable entre les pays francophones, anglophones et lusophones. L’empire du Milieu recueille là les fruits de son retour en force sur le continent opéré au milieu des années 1990.

Ce n’est pas un secret non plus qu’en Chine, la lutte idéologique du marxisme contre les idées occidentales telles que le libéralisme et le conservatisme est intense. Ainsi dans le « Global Times » du 1 juin 2015, Zhou Yu écrit à propos de l’ambition de l’Université de Beijing en ce qui concerne la recherche marxiste « Le centre mondial de la recherche marxiste doit être en Chine, et le centre de la Chine doit être à l’Université de Beijing (« The center of research of world Marxism should be in China. China’s center should be at Peking University » http://www.globaltimes.cn/content/924726.shtml)

En parcourant le Web, on se rend compte que beaucoup de sections ou de membres du PCF suivent avec attention et sympathie les progrès de la Chine communiste, comme le montre cet article sur le Socialisme aux caractéristiques de la Chine publié le 7 juillet 2014 sur le site « Faire Vivre et Renforcer le PCF » (http://lepcf.fr/Le-Socialisme-aux-caracteristiques). Toutefois cela ne se reflète pas encore au niveau national ni dans le document « La France en Commun ». Or, il serait, je crois, opportun de le compléter dans cet esprit, de façon à le rendre crédible et à permettre un débat sur une base réaliste. Le slogan « une toile rouge pour rallumer l’étoile rouge » fait son chemin (« Il est grand temps de rallumer l’Etoile Rouge par Hervé Fuyet » congres.pcf.fr/30816) et tout cela devrait permettre un échange fructueux entre la base et la direction du PCF.
Non seulement la Chine socialiste ne suscite pas l’intérêt du PCF, mais le Parti Communiste Chinois (86 millions de membres tout de même !) qui dirige la seconde puissance économique mondiale et le plus important pays socialiste en 2015, ne semble pas non plus retenir son attention. Le PCF veut réinventer le communisme selon le fameux document la « France en commun ».

Le PCC a récemment publié une série de cinq ouvrages importants pour aider les « Occidentaux » à comprendre la Chine. Souhaitons que cela contribue à améliorer la situation en France où le PCC est mal compris et où le PCF ne joue pas, du moins pour le moment, le rôle nécessaire de diffusion de la connaissance sur ce sujet. Voici ce que dit l’article « Le Parti communiste chinois s’efforce d’atteindre les Occidentaux » (http://french.china.org.cn/china/txt/2015-05/30/content_35698779.htm) : « Le Parti communiste chinois s’efforce d’atteindre les Occidentaux afin d’aider le public occidental à comprendre pourquoi il reste le plus grand parti unique au pouvoir dans un pays de 1,3 milliard d’habitants, le Parti communiste chinois a publié une série de cinq livres sur lui dont les versions anglaises ont été lancées à la BookExpo America à New York, récemment.

La série « China Today : Understanding the CPC » (Chine d’aujourd’hui : Comprendre le PCC), publiée par la Party Building Books Publishing House de Beijing, est censée représenter la première tentative du PCC, qui compte 86 millions de membres et dont l’histoire remonte à 94 ans, de diffuser une image « authentique et compréhensible » de lui pour le monde extérieur.
« Nous avons publié cette série de livres pour répondre aux besoins à la fois du Parti lui-même et à ceux du monde extérieur », a déclaré aux journalistes Zhao Fan, président de l’éditeur, lors du lancement.

Les livres offrent un rare aperçu du plus grand parti politique au pouvoir dans le monde, a-t-il affirmé.
- Le premier livre de la série, « Exploring The Miracle » (Explorer le miracle), explique l’essentiel du soi-disant miracle chinois, ou l’étonnant essor économique du pays après 36 ans de réforme et d’ouverture.
- Trois autres titres – « Serving The People », « Governing China » et « China and the CPC » (« Servir le peuple », « Gouverner la Chine » et « La Chine et le PCC ») – mettent l’accent sur les objectifs fondamentaux du Parti et sur la façon dont il conçoit la structure de sa gouvernance, ses stratégies et ses systèmes.
- Le dernier de la série « The Good Fight » ( La bonne lutte) met l’accent sur la campagne anticorruption qui est en cours et qui est devenue l’une des grandes priorités de la direction actuelle du Parti.

On dit que ces livres évitent les slogans vides qui étaient courants autrefois dans les publications chinoises sur la politique. Au contraire, ils sont remplis d’anecdotes historiques, de données importantes et d’histoires sur les membres du Parti réputés être des modèles ou sur ceux tournés en dérision parce qu’ils sont corrompus et ont abusé de leur pouvoir.
Robert Lawrence Kuhn, président de la Kuhn Foundation qui se consacre à la promotion des relations sino-américaines, a déclaré que la décision du Parti de s’ouvrir était une mesure importante pour la Chine et le monde. « La Chine participe à toutes les questions d’importance internationale, mais elle est encore mal comprise à bien des égards », a déclaré M. Kuhn.
« Aujourd’hui, les gens sont plus informés sur la Chine, mais pas si bien informés que cela sur le Parti ; voilà pourquoi il est essentiel pour le Parti lui-même de sensibiliser le monde d’une manière détaillée ». La Chine désire coopérer avec le reste du monde à promouvoir la paix et la prospérité dans le monde, mais cela ne peut se produire que si le monde comprend la Chine et le PCC d’une manière appropriée, a-t-il ajouté.

Ryan Allen, doctorant à la Columbia University de New York, a déclaré que les livres offrent une occasion au public occidental de comprendre un parti politique qui a fait passer la Chine de la pauvreté à l’excellence économique et politique.
« C’est toujours une bonne chose d’offrir aux personnes de l’information à lire et à analyser. Cela montre que le Parti tente de laisser les gens comprendre, y compris ceux qui pourraient être hostiles ou qui ne sont pas prêts à recevoir cette information, a affirmé M. Allen. Maintenant, l’étape est déjà franchie, les Américains n’ont qu’à s’ouvrir et à prendre cette information ».
Il y a plusieurs décennies, lorsque le maccarthysme a prévalu aux États-Unis, au milieu d’une soi-disant peur du communisme, même la simple mention de communisme semblait tabou.
M. Zhao a indiqué que cette publication aurait été impossible sans le « vif soutien et l’aide pleine et entière » de divers départements du Parti, en particulier du département de l’organisation du Comité central du Parti.
M. Kuhn a ajouté : « Nous avons vu le Parti se développer et nous avons eu un Parti qui s’est construit de différentes manières qui sont très importantes. Maintenant, je crois donc que la confiance d’aller dans le monde est bien là. Comme ce processus se poursuit, et comme la Chine continue à se développer, j’espère que le Parti va devenir de plus en plus confiant et de plus en plus ouvert » ». http://french.china.org.cn/china/txt/2015-05/30/content_35698779.htm

Souhaitons qu’une version française du livre soit bientôt publiée, car tous nos camarades francophones ne maîtrisent pas forcément l’anglais.

b) Aimé Césaire et Frantz Fanon nous donnent quelques indices sur la racine de ce déni de réalité.

Comment expliquer ce curieux déni ? Les causes sont sans doute multiples, mais il y en une qui me semble être la contradiction principale dans cette affaire. Aimé Césaire, député communiste de la Martinique en 1956, a écrit à Maurice Thorez, alors secrétaire général du PCF, une lettre célèbre et très complexe dont je ne partage pas toutes les idées exprimées (« Lettre à Maurice Thorez » http://www.combatenligne.fr/article/?id=2543). Entre autres, on sait aujourd’hui, grâce à l’ouverture des archives soviétiques, que le rapport Kroutchev au 20e Congrès du Parti Communiste de l’Union Soviétique en 1956, attribuait très souvent à tort des crimes à Staline (http://www.legrandsoir.info/khrouchtchev-a-menti.html)

Même dans les idées exprimées par Césaire que je partage, il « y va fort » . Parlant des pays colonisés, il dit :

« Inventons le mot : c’est du « fraternalisme ».
Car il s’agit bel et bien d’un frère, d’un grand frère qui, imbu de sa supériorité et sûr de son expérience, vous prend la main (d’une main hélas ! parfois rude) pour vous conduire sur la route où il sait se trouver la Raison et le Progrès.
Or c’est très exactement ce dont nous ne voulons pas. Ce dont nous ne voulons plus.
Nous voulons que nos sociétés s’élèvent à un degré supérieur de développement, mais d’elles-mêmes, par croissance interne, par nécessité intérieure, par progrès organique, sans que rien d’extérieur vienne gauchir cette croissance, ou l’altérer ou la compromettre.
Dans ces conditions on comprend que nous ne puissions donner à personne délégation pour penser pour nous ; délégation pour chercher pour nous ; que nous ne puissions désormais accepter que qui que ce soit, fût-ce le meilleur de nos amis, se porte fort pour nous. Si le but de toute politique progressiste est de rendre un jour leur liberté aux peuples colonisés, au moins faut-il que l’action quotidienne des partis progressistes n’entre pas en contradiction avec la fin recherchée et ne détruise pas tous les jours les bases mêmes, les bases organisationnelles comme les bases psychologiques de cette future liberté, lesquelles se ramènent à un seul postulat : le droit à l’initiative.

Je crois en avoir assez dit pour faire comprendre que ce n’est ni le marxisme ni le communisme que je renie, que c’est l’usage que certains ont fait du marxisme et du communisme que je réprouve. Que ce que je veux, c’est que marxisme et communisme soient mis au service des peuples noirs, et non les peuples noirs au service du marxisme et du communisme. Que la doctrine et le mouvement soient faits pour les hommes, non les hommes pour la doctrine ou pour le mouvement. Et bien entendu cela n’est pas valable pour les seuls communistes. Et si j’étais chrétien ou musulman, je dirais la même chose. Qu’aucune doctrine ne vaut que repensée par nous, que repensée pour nous, que convertie à nous. Cela a l’air d’aller de soi. Et pourtant dans les faits cela ne va pas de soi.

Et c’est ici une véritable révolution copernicienne qu’il faut imposer, tant est enracinée en Europe, et dans tous les partis, et dans tous les domaines, de l’extrême droite à l’extrême gauche, l’habitude de faire pour nous, l’habitude de disposer pour nous, l’habitude de penser pour nous, bref l’habitude de nous contester ce droit à l’initiative dont je parlais tout à l’heure et qui est, en définitive, le droit à la personnalité.

C’est sans doute là l’essentiel de l’affaire.
Il existe un communisme chinois. Sans très bien le connaître, j’ai à son égard un préjugé des plus favorables. Et j’attends de lui qu’il ne verse pas dans les monstrueuses erreurs qui ont défiguré le communisme européen. Mais il m’intéresserait aussi et plus encore, de voir éclore et s’épanouir la variété africaine du communisme. Il nous proposerait sans doute des variantes utiles, précieuses, originales et nos vieilles sagesses nuanceraient, j’en suis sûr, ou compléteraient bien des points de la doctrine.

Mais je dis qu’il n’y aura jamais de variante africaine, ou malgache, ou antillaise du communisme, parce que le communisme français trouve plus commode de nous imposer la sienne. Qu’il n’y aura jamais de communisme africain, malgache ou antillais, parce que le Parti Communiste Français pense ses devoirs envers les peuples coloniaux en termes de magistère à exercer, et que l’anticolonialisme même des communistes français porte encore les stigmates de ce colonialisme qu’il combat. »

Il y a évidemment progrès de Ernest Renan en 1878, à Léon Blum du Front Populaire en 1936, et au Conseil national de la Résistance en 1945, comme tendent à le montrer les courtes citations suivantes (Ces dernières ne montrent d’ailleurs pas l’évolution de leur auteur, dans le cas de Jean Jaurès en particulier) :

Ernest Renan (Membre de l’Académie Française élu en 1878, 1871) :

« La conquête d’un pays de race inférieure, par une race supérieure, qui s’y établit pour le gouverner, n’a rien de choquant… Autant les conquêtes entre races égales doivent être blâmées, autant la régénération des races inférieures par les races supérieures est dans l’ordre providentiel de l’humanité. L’homme du peuple est presque toujours chez nous un noble déclassé ; sa lourde main est mieux faite pour manier l’épée que l’outil servile… Versez cette dévorante activité sur des pays qui comme la Chine, appellent la conquête étrangère… chacun sera dans son rôle. La nature a fait une race d’ouvriers ; c’est la race chinoise, d’une dextérité de main merveilleuse sans presque aucun sentiment de l’honneur… gouvernez-la avec justice… elle sera satisfaite ; – une race de travailleurs de la terre, c’est le nègre, soyez bon pour lui et humain et tout sera dans l’ordre ; – une race de maîtres et de soldats, c’est la race européenne. » ( http://www.anticolonial.net/spip.php?article4 )

Léon Blum (Chambre des députés, 1925)

« Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d’attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture. » (http://www.anticolonial.net/spip.php?article4)

Jean Jaurès (Chambre des députés, 1903) :

« La France a d’autant le droit de prolonger au Maroc son action économique et morale que (…) la civilisation qu’elle représente en Afrique auprès des indigènes est certainement supérieure à l’état présent du régime marocain. » (http://www.anticolonial.net/spip.php?article4 )

« La charte du Conseil National de la Résistance demandait une extension des droits politiques pour les indigènes des colonies, la démocratisation de l’enseignement permettant l’émergence d’une « élite véritable, non de naissance, mais de mérite » ; elle préconisait aussi des mesures d’épuration ».
(http://www.universalis.fr/encyclopedie/conseil-national-de-la-resistance/)

En 1950, Césaire publie le Discours sur le colonialisme, où il met en exergue l’étroite parenté qui existe selon lui entre nazisme et colonialisme. Il y écrit, entre autres, que :

« Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère, c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation contre l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique […] »
(http://fr.wikipedia.org/wiki/Aimé_Césaire ; 12/06/2015 à 13:06)

Le Discours sur le colonialisme est un essai anticolonialiste d’Aimé Césaire publié pour la première fois par Réclame, maison d’édition liée au Parti communiste français, le 7 juin 1950, avec une préface deJacques Duclos.

Aimé Césaire, dans cette édition, avait choisi de mettre en exergue, cette phrase du dirigeant communiste :

« Le colonialisme, cette honte du XXe siècle ». Il oppose des actions violentes et criminelles commises dans les colonies, l’exploitation des peuples et le pillage des ressources.
Dans une perspective communiste, Césaire critique la position de la classe bourgeoise qu’il qualifie de décadente, car ne connaissant plus de limites dans le mal qu’elle commet au travers du système économique capitaliste dont elle est complice car elle en profite ».


(http://fr.wikipedia.org/wiki/Discours_sur_le_colonialisme ; 12/06/2015 à 13:14)

Césaire « y va fort » parce qu’il ne mâche pas ses mots. Il soulève une question importante quand il dénonce le fraternalisme, le dogmatisme et quand il nous dit que « l’anticolonialisme des communistes français porte encore les stigmates du colonialisme qu’il combat », il nous parle de la mentalité coloniale qui imprègne la psyché de la plupart des progressistes de race blanche. Question cruciale à considérer pour qui souhaite l’éradication du racisme et la paix sociale en France.

c) Lénine avait abordé ce problème dans une perspective de classe

Curieusement, Lénine, avait déja pressenti en 1920 l’actuel problème du PCF (La citation est un ​peu longue, mais si bien écrite !) :

« La perspective du partage de la Chine provoque chez Hobson l’appréciation économique que voici : Une grande partie de l’Europe occidentale pourrait alors prendre l’apparence et le caractère qu’ont maintenant certaines parties des pays qui la composent : le Sud de l’Angleterre, la Riviera, les régions d’Italie et de Suisse les plus fréquentées des touristes et peuplées de gens riches – à savoir : de petits groupes de riches aristocrates recevant des dividendes et des pensions du lointain Orient, avec un groupe un peu plus nombreux d’employés professionnels et de commerçants et un nombre plus important de domestiques et d’ouvriers occupés dans les transports et dans l’industrie travaillant à la finition des produits manufacturés. Quant aux principales branches d’industrie, elles disparaîtraient, et la grande masse des produits alimentaires et semi-ouvrés affluerait d’Asie et d’Afrique comme un tribut ».
« Telles sont les possibilités que nous offre une plus large alliance des Etats d’Occident, une fédération européenne des grandes puissances : loin de faire avancer la civilisation universelle, elle pourrait signifier un immense danger de parasitisme occidental aboutissant à constituer un groupe à part de nations industrielles avancées, dont les classes supérieures recevraient un énorme tribut de l’Asie et de l’Afrique et entretiendraient, à l’aide de ce tribut, de grandes masses domestiquées d’employés et de serviteurs, non plus occupées à produire en grandes quantités des produits agricoles et industriels, mais rendant des services privés ou accomplissant, sous le contrôle de la nouvelle aristocratie financière, des travaux industriels de second ordre. Que ceux qui sont prêts à tourner le dos à cette théorie » (il aurait fallu dire : a cette perspective) « comme ne méritant pas d’être examinée, méditent sur les conditions économiques et sociales des régions de l’Angleterre méridionale actuelle, qui en sont déjà arrivées à cette situation. Qu’ils réfléchissent à l’extension considérable que pourrait prendre ce système si la Chine était soumise au contrôle économique de semblables groupes de financiers, de « placeurs de capitaux » (les rentiers), de leurs fonctionnaires politiques et de leurs employés de commerce et d’industrie, qui drainent les profits du plus grand réservoir potentiel que le monde ait jamais connu, afin de les consommer en Europe. Certes, la situation est trop complexe et le jeu des forces mondiales trop difficile à escompter pour que ladite ou quelque autre prévision de l’avenir dans une seule direction puisse être considérée comme la plus probable. Mais les influences qui régissent à l’heure actuelle l’impérialisme de l’Europe occidentale s’orientent dans cette direction, et si elles ne rencontrent pas de résistance, si elles ne sont pas détournées d’un autre côté, c’est dans ce sens qu’elles joueront. »

L’auteur a parfaitement raison : si les forces de l’impérialisme ne rencontraient pas de résistance, elles aboutiraient précisément à ce résultat. La signification des « Etats-Unis d’Europe » dans la situation actuelle, impérialiste, a été ici très justement caractérisée. Il eût fallu seulement ajouter que, à l’intérieur du mouvement ouvrier également, les opportunistes momentanément vainqueurs dans la plupart des pays, « jouent » avec système et continuité, précisément dans ce sens. L’impérialisme, qui signifie le partage du monde et une exploitation ne s’étendant pas uniquement à la Chine, et qui procure des profits de monopole élevés à une poignée de pays très riches, crée la possibilité économique de corrompre les couches supérieures du prolétariat ; par là même il alimente l’opportunisme, lui donne corps et le consolide. Mais ce qu’il ne faut pas oublier, ce sont les forces dressées contre l’impérialisme en général et l’opportunisme en particulier, forces que le social-libéral Hobson n’est évidemment pas en mesure de discerner. »


(V. Lénine L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, Editions sociales/Editions du Progrès, Paris, Moscou 1973, p. 301-302.)

De son côté, Sartre, dans son introduction aux Damnés de la Terre écrit ceci :

« Très concrètement l’Europe s’est enflée de façon démesurée de l’or et des matières premières des pays coloniaux : Amérique latine, Chine, Afrique. De tous ces continents, en face desquels l’Europe aujourd’hui dresse sa tour opulente, partent depuis des siècles en direction de cette même Europe les diamants et le pétrole, la soie et le coton, les bois et les produits exotiques. L’Europe est littéralement la création du tiers monde. Les richesses qui l’étouffent [100] sont celles qui ont été volées aux peuples sous-développés. Les ports de la Hollande, Liverpool, les docks de Bordeaux et de Liverpool spécialisés dans la traite des nègres doivent leur renommée aux millions d’esclaves déportés. Et quand nous entendons un chef d’État européen déclarer la main sur le cœur qu’il lui faut venir en aide aux malheureux peuples sous-développés, nous ne tremblons pas de reconnaissance. Bien au contraire nous nous disons « c’est une juste réparation qui va nous être faite ». Aussi n’accepterons-nous pas que l’aide aux pays sous-développés soit un programme de « sœurs de charité ». Cette aide doit être la consécration d’une double prise de conscience, prise de conscience par les colonisés que cela leur est dû et par les puissances capitalistes qu’effectivement elles doivent payer 1. Que si, par inintelligence – ne parlons pas d’ingratitude –, les pays capitalistes refusaient de payer, alors la dialectique implacable de leur propre système se chargerait de les asphyxier. Les jeunes nations, c’est un fait, attirent peu les capitaux privés. De multiples raisons légitiment et expliquent cette réserve des monopoles. Dès que les capitalistes savent, et ils sont évidemment les premiers à le savoir, que leur gouvernement s’apprête à décoloniser, ils se dépêchent de retirer de la colonie la totalité de leurs capitaux. La fuite spectaculaire des capitaux est l’un des phénomènes les plus constants de la décolonisation.

Les compagnies privées, pour investir dans les pays indépendants, exigent des conditions qui se révèlent à l’expérience inacceptables ou irréalisables. Fidèles au principe de rentabilité immédiate qui est le leur dès qu’ils vont « outre-mer », les capitalistes se montrent réticents à l’égard de tout investissement à long terme. Ils sont rebelles et souvent ouvertement hostiles aux prétendus programmes de planification des jeunes équipes au pouvoir. À la rigueur ils accepteraient volontiers de prêter de l’argent aux jeunes États mais à la condition que cet argent serve à acheter des produits manufacturés, des machines, donc à faire tourner les usines de la métropole.

1 « Distinguer radicalement l’édification du socialisme en Europe des » rapports avec le tiers monde » (comme si nous n’avions avec celui-ci que des relations d’extériorité), c’est, consciemment ou non, donner le pas à l’aménagement de l’héritage colonial sur la libération des pays sous-développés, c’est vouloir construire un socialisme de luxe sur les fruits de la rapine impériale – comme, à l’intérieur d’un gang, on se répartirait plus ou moins équitablement le butin, quitte à en distribuer un peu aux pauvres sous forme de bonnes œuvres, en oubliant que c’est à eux qu’on l’a volé ».

(Marcel Péju, « Mourir pour de Gaulle ? », Les Temps modernes, n.175-176, octobre-novembre 1960.)

d) Xi jinping s’inscrit dans la lignée de Lénine, Césaire, Fanon et Sartre

Les relations entre l’Afrique et la Chine socialiste suscitent de nombreux commentaires partout dans le monde. Le discours du président de la Chine Xi Jinping me semble offrir une bonne base de discussion sur cette question si importante pour l’avenir de l’humanité. Ne vaut-il pas mieux, en effet, aller à la source pour commencer ? Comme le dit un proverbe africain : « La rivière est profonde parce qu’elle provient d’une source ». J’aurais sans doute dû choisir des extraits du texte et mettre un lien vers le texte complet. Comme je ne suis pas certain que cela fonctionne toujours bien, j’ai mis ici le texte au complet, tellement il me semble significatif. Le numérique est plus tolérant que le papier en ce qui concerne la longueur d’un article !!!

​Voici donc ce que Xi Jinping a dit le 25 mars 2013 au Centre de conférence internationale Nyerere en Tanzanie :

« Monsieur le président,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Habari ![1] Habari ! Je suis ravi de rencontrer mes amis ici au Centre de conférence internationale Julius Nyerere, en Tanzanie.
Depuis que j’assume les fonctions de président, c’est ma première visite en Afrique et c’est aussi ma sixième visite sur ce continent. A mon arrivée dans ce beau pays, j’ai aussitôt ressenti de l’amitié du peuple tanzanien envers le peuple chinois. Le gouvernement et le peuple tanzaniens ont organisé une solennelle cérémonie d’accueil, montrant ainsi l’attention qui nous était portée, à moi-même et à la délégation chinoise, mais aussi une profonde amitié traditionnelle entre nos deux pays et nos deux peuples.

Tout d’abord, au nom du gouvernement et du peuple chinois ainsi qu’en mon nom personne, je voudrais adresser mes salutations cordiales et mes meilleurs vœux aux amis ici présents ainsi qu’aux peuples tanzanien et africains ! Je voudrais aussi remercier le président Kikwete et le gouvernement tanzanien pour les arrangements minutieux et l’accueil chaleureux lors de ma présente visite !
La Tanzanie est l’un des berceaux de l’humanité. Le peuple tanzanien à la tradition glorieuse a apporté d’importantes contributions à l’indépendance nationale des peuples africains et à la victoire de la lutte contre l’apartheid.
Ces dernières années, sous la direction du président Kikwete, la Tanzanie, qui connaît une situation politique stable et un développement vigoureux, a joué un rôle considérable dans les affaires africaines et internationales. Le peuple chinois se réjouit de tout cœur des progrès enregistrés par votre pays. Nous souhaitons sincèrement que le peuple frère tanzanien réalise de nouveaux grands progrès.
J’ai été impressionné par deux phénomènes à mon arrivée sur le sol africain. Premièrement, les changements. Je me réjouis de remarquer, lors de chacune de mes visites, de nouveaux progrès et changements sur ce continent. Deuxièmement, la passion. L’amitié du fond du cœur du peuple africain envers les Chinois est pareille au soleil africain plein de chaleur. C’est inoubliable pour nous.

Un proverbe africain dit : « La rivière est profonde parce qu’elle provient d’une source. » Les échanges amicaux entre la Chine et l’Afrique s’enracinent dans la profondeur des âges. Dans les années 1950 et 1960, les premiers dirigeants d’Etat de la République populaire de Chine, dont Mao Zedong et Zhou Enlai[2], ont inauguré avec les hommes politiques africains une nouvelle ère des relations sino-africaines. Dès lors, le peuple chinois et les peuples africains se sont soutenus mutuellement et ont sincèrement coopéré dans la lutte contre le colonialisme et l’impérialisme ainsi que dans celle pour l’indépendance et la libération nationales. Ils ont contracté une amitié fraternelle caractérisée par la communauté d’idées, de destin et de cœur.
Aujourd’hui, grâce aux efforts communs des deux parties, les relations sino-africaines ont connu un développement rapide et global. Nous avons mis sur pied le Forum sur la coopération sino-africaine[3], établi un partenariat stratégique de type nouveau, et la coopération dans tous les domaines a porté des fruits remarquables. En 2012, le montant du commerce entre la Chine et l’Afrique a presque atteint les 200 milliards USD et les échanges humains ont dépassé 1,5 million de personnes. Fin 2013, les investissements chinois en Afrique ont dépassé les 15 milliards USD. L’année 2014 marque le 50e anniversaire de l’envoi d’équipes médicales chinoises en Afrique. Les 18 000 personnes médicales envoyées pendant ces 50 années ont traité 250 millions de malades africains.

Les peuples africains ont également proposé un ferme soutien et une aide désintéressée au peuple chinois. En 2008, au cours du relais de la Torche olympique à Dar es Salam, les habitants tanzaniens ont accueilli la torche en chantant et en dansant, comme s’ils célébraient leur propre fête. La scène joyeuse est ancrée dans la mémoire du peuple chinois !

Après le tremblement de terre de Wenchuan en Chine, les pays africains nous ont apporté leurs aides. L’un d’eux, loin d’être riche, a fait don de 2 millions d’euros aux régions sinistrées, soit 1 euro par habitant. Leurs sentiments d’amitié ont profondément touché les Chinois.

Les deux parties ont sans cesse renforcé la coordination et la concertation dans les affaires internationales et régionales tout en sauvegardant les intérêts communs des pays en voie de développement. L’amitié et la coopération entre le peuple chinois et les peuples africains constituent un symbole dans les relations sino-africaines et une belle anecdote dans la communauté internationale.
Les efforts communs et les riches fruits réalisés pendant un demi-siècle ont jeté un fondement à la promotion continue des relations sino-africaines et accumulé des expériences précieuses.

– L’histoire nous montre que les relations sino-africaines ne se sont pas développées d’un seul coup, ni ont été créées par une certaine personne, mais ont été établies pas à pas lors que ces deux parties partageaient le même sort dans le péril. On n’oublie pas celui qui a creusé le puits qui nous donne de l’eau. Nous gardons à jamais gravés dans le cœur le souvenir de ceux qui se sont consacrés corps et âme au développement des relations sino-africaines, et nous nous en inspirons pour aller de l’avant.

– L’histoire nous montre que la Chine et l’Afrique partagent toujours le même destin. Un même passé, la même tâche de développement et des intérêts stratégiques communs les ont étroitement reliées. Nous portons mutuellement attention au développement de l’autre partie que nous considérons comme nos propres opportunités, et nous nous efforçons de promouvoir le développement et la prospérité communs à travers le renforcement de la coopération.

– L’histoire nous montre que les relations sino-africaines sont caractérisées par la sincérité, l’amitié, le respect mutuel, l’égalité, les bénéfices réciproques et le développement commun. Nous nous entendons bien et nous nous croyons égaux. La Chine n’impose pas son opinion à l’Afrique et celle-ci n’impose pas la sienne à la Chine. Les Chinois ont aidé autant que possible le développement africain, et la Chine remercie les pays et les peuples africains pour leur soutien énergique et leur aide désintéressée depuis longtemps. Les deux parties adoptent une position nette et se soutiennent mutuellement sans marquer aucune hésitation pour les questions touchant aux intérêts essentiels de l’autre partie.

– L’histoire nous montre que, pour maintenir la vitalité des relations sino-africaines, il faut progresser avec son époque et poursuivre l’innovation dans un esprit pionnier. Depuis un demi-siècle, dans chaque période importante du développement des relations sino-africaines, les deux parties ont pu trouver de nouveaux points communs et pôles de croissance dans la coopération sino-africaine en visant haut et en voyant loin, afin de promouvoir la réalisation de nouveaux caps dans ces relations. Cet esprit pionnier est notre atout important pour élever sans cesse le niveau de coopération entre la Chine et l’Afrique.

Mesdames et Messieurs,
Actuellement, les relations sino-africaines se positionnent à un nouveau point de départ, avec des avantages naturels, géographiques et humains. En tant que « continent d’espoir » et « terrain de développement », l’Afrique d’aujourd’hui est devenue l’une des régions à la croissance la plus rapide du monde. Ce continent accélère son développement tandis que la Chine maintient son développement dynamique. La coopération sino-africaine jouit d’un fondement plus solide, d’une aspiration plus forte, d’un mécanisme perfectionné. La promotion de la coopération sino-africaine est l’aspiration commune et la tendance générale des deux peuples.
Je voudrais préciser que dans le nouveau contexte, l’importance des relations sino-africaines s’est renforcée au lieu d’être affaiblie. Les intérêts communs entre les deux parties se sont multipliés et non réduits. La Chine intensifiera le développement de ses relations avec l’Afrique.

1. Nous privilégions le mot « sincérité » à l’égard de nos amis africains. C’est la sincérité qui rend l’amitié hautement précieuse et l’amitié traditionnelle entre la Chine et l’Afrique l’est particulièrement. Nous considérons depuis toujours comme fondement important de notre politique étrangère l’intensification de la solidarité et de la coopération avec les pays africains, et cette politique ne saurait jamais être changée en raison du développement chinois et de l’élévation de sa position internationale. La Chine insiste sur l’égalité entre tous les pays, grands ou petits, forts ou faibles, riches ou pauvres. Elle fait respecter la justice et encourage la loyauté, s’oppose à ce qu’un grand pays malmène un petit pays, qu’un pays fort maltraite un pays faible et qu’un pays riche humilie un pays pauvre, elle se dresse contre l’intervention dans les affaires intérieures d’un autre pays. Elle renforcera un soutien mutuel avec l’Afrique pour les questions touchant aux intérêts essentiels et aux préoccupations importantes de l’autre partie. Elle soutiendra fermement la position juste des pays africains dans les affaires internationales et régionales, et sauvegardera les intérêts communs des pays en voie de développement. Elle accordera son appui aux efforts déployés par l’Afrique dans la solution des questions régionales de manière indépendante tout en apportant davantage de contributions à la paix et à la sécurité en Afrique.
Il n’existe pas de mode de développement universellement valable dans le monde. Tout pays doit respecter la diversité de civilisations mondiales et de modes de développement. La Chine soutiendra les pays africains dans leur recherche d’une voie de développement correspondant à leurs propres réalités. Elle renforcera les échanges des expériences dans la gouvernance avec les pays africains, afin de s’inspirer, l’un de l’autre, des anciennes civilisations et des expériences obtenues à travers le développement, et de promouvoir le développement et la prospérité communs de la Chine et de l’Afrique.

La bonne entente dans la famille est le garant de sa prospérité. Les pays africains composent une famille qui partage le même sort. Cette année est le 50e anniversaire de l’Organisation de l’Unité africaine, marquant un jalon important pour les pays africains qui cherchent à s’unir pour accroître leur puissance. La Chine souhaite ses meilleurs vœux à l’Afrique en lui accordant son ferme soutien et espère que l’Afrique accomplira davantage de progrès sur sa voie de l’union pour accroître sa puissance. Elle œuvrera pour que l’Afrique accède à de nouveaux paliers dans sa cause de la paix et du développement.

La Chine espère de meilleures relations avec l’Afrique et également de meilleures relations entre les autres pays et l’Afrique. L’Afrique appartient aux Africains. Tous les pays doivent respecter la dignité et l’indépendance de l’Afrique dans le développement de leurs relations avec ce continent.

2. En ce qui concerne le développement de la coopération sino-africaine, nous insistons sur le mot « pragmatisme ». La Chine est non seulement l’initiatrice de la coopération mutuellement avantageuse mais elle la pratique également activement. Elle œuvre à relier étroitement son propre développement avec celui de l’Afrique, les intérêts de son peuple avec ceux des peuples africains, et à converger les opportunités du développement chinois avec celles du développement africain. Nous espérons de tout notre cœur que les pays africains connaîtront un développement plus rapide et que la vie des peuples africains s’améliorera. Tout en œuvrant pour son propre développement, la Chine fournit depuis toujours à ses amis africains des soutiens et des aides au niveau de ses moyens. Ces dernières années, plus particulièrement, la Chine a renforcé ses aides à l’Afrique et sa coopération avec celle-ci. Ce pragmatisme signifie que toute promesse faite par la Chine sera tenue à la lettre et deviendra une réalité.

La Chine multipliera sa coopération avec l’Afrique dans l’investissement et le financement. Elle respectera sa promesse ayant trait au prêt de 20 milliards USD en trois ans à l’Afrique, mettra en application le partenariat dans la construction des infrastructures aussi bien transnationales que régionales en Afrique, renforcera la coopération mutuellement bénéfique avec les pays africains dans l’agriculture et l’industrie manufacturière, aidera ces derniers à transformer leurs avantages en ressources en avantages de développement afin de réaliser un développement indépendant et durable.
Il est appréciable de donner à quelqu’un du poisson, mais il est préférable de lui apprendre à pêcher. La Chine mettra en application le Programme de formation des talents africains, selon lequel elle formera en trois ans 30 000 talents de différents domaines des pays africains, fournira des bourses à 18 000 étudiants africains et renforcera le transfert technologique à l’égard de l’Afrique et le partage de ses expériences avec elle.
Grâce à l’amélioration de son potentiel économique et de sa puissance générale, la Chine proposera sans discontinuer des aides adéquates sans aucune condition politique en faveur du développement africain.

3. Quant au renforcement de l’amitié sino-africaine, nous chérissons le mot « fraternité ». En effet, une fraternité naturelle unit les Chinois et les Africains. Et cette « communion de cœurs » est, comme le dit un adage, une « source de joie constante dans la vie ». Comment devenir intimes ? D’après moi, l’important, c’est de se faire écho à travers des dialogues approfondis et des actions concrètes.
Le fondement des relations sino-africaines réside dans les peuples, qui sont au premier plan de nos préoccupations dans le développement de ces relations. Ces dernières années, avec le développement des relations sino-africaines, les peuples chinois et africains se sont davantage rapprochés. Certains Africains sont devenus des vedettes connues en Chine en jouant sur la scène artistique chinoise. Grâce à la série télévisée chinoise Doudou et ses belles-mères, en Tanzanie, les spectateurs tanzaniens ont pu découvrir la vraie vie quotidienne des Chinois.
On m’a raconté une histoire : un jeune couple chinois a connu l’Afrique à travers des programmes télévisés quand ils étaient petits. Ils aspiraient ardemment à venir sur ce continent. Plus tard, après leur mariage, ils ont choisi la Tanzanie comme destination de voyage de noces. Ils se sont rendus en Tanzanie lors de leur première Saint-Valentin pour admirer les us et coutumes tanzaniens et la beauté du Parc national de Serengeti. Après leur retour en Chine, ils ont publié leur expérience en Tanzanie sur un blog et ont enregistré des dizaines de milliers de visites et plusieurs centaines de réponses. Le couple a dit : « Nous sommes tombés amoureux de l’Afrique, nos cœurs ne peuvent plus s’éloigner de cette terre magique. » Cette histoire prouve qu’une fraternité naturelle unit les Chinois et les Africains. L’arbre de l’amitié sino-africaine s’épanouira si nous renforçons sans cesse les échanges entre les peuples.
Nous devons accorder davantage d’importance aux échanges humains et culturels entre la Chine et l’Afrique, renforcer la compréhension et la connaissance mutuelles entre les Chinois et les Africains, consolider le fondement social de la cause de l’amitié sino-africaine. Les relations sino-africaines marquent une œuvre s’orientant vers l’avenir, œuvre qui a besoin des efforts inlassables des jeunes aux nobles aspirations de génération en génération. Les deux parties doivent pousser en avant les échanges entre les jeunes pour qu’ils ne manquent pas de successeurs dans l’œuvre éternelle de l’amitié sino-africaine.

4. En ce qui concerne les problèmes surgis dans la coopération, nous mettons à l’honneur le mot « franchise ». La Chine et l’Afrique se trouvent dans une période de développement rapide ; elles ont besoin de se connaître avec le temps. La franchise guide la Chine dans son approche des situations et des nouveaux problèmes apparus dans les relations sino-africaines, et elle l’amène à les résoudre de façon appropriée, dans un esprit de respect mutuel et de coopération gagnant-gagnant.
Je crois que les opportunités sont certainement plus nombreuses que les défis et que les solutions sont plus importantes que les difficultés. La Chine a adopté et adoptera des mesures concrètes, ensemble avec les pays africains, afin de résoudre de manière appropriée les problèmes surgis dans la coopération économique et commerciale sino-africaine, pour que davantage de pays africains en bénéficient.

Parallèlement, nous espérons sincèrement que les pays africains accorderont des facilités aux entreprises et aux citoyens chinois dans leur coopération avec l’Afrique.
Mesdames et Messieurs,
Depuis la fondation de la Chine nouvelle il y a une soixantaine d’années, notamment depuis la réforme et l’ouverture il y a plus de 30 ans, le peuple chinois a réussi, sous la direction du Parti communiste chinois, à se frayer une voie socialiste à la chinoise. Le développement chinois a abouti à des progrès historiques, hissant l’économie du pays au deuxième rang mondial. La puissance générale a été considérablement renforcée, et la vie des Chinois, améliorée. En tant que pays à une population de 1,3 milliard d’habitants, la Chine a connu des vicissitudes et des difficultés pour réaliser en quelques dizaines d’années un développement que les pays développés ont accompli pendant plusieurs centaines d’années.
Actuellement, la Chine se caractérise encore et toujours par sa très nombreuse population, une base économique faible, un développement déséquilibré. Pour elle, malgré ses agrégats économiques importants, avec ses 1,3 milliard d’habitants, son PIB par habitant occupe la 90e place dans le monde. Selon la norme des Nations unies, 128 millions de Chinois vivent en-dessous du seuil de la pauvreté. Nous avons un long chemin à parcourir pour que tous les 1,3 milliard d’habitants mènent une vie aisée et nous devons fournir des efforts pendant une longue période. Avec le développement inlassable de la Chine, le niveau de vie de son peuple s’améliorera sans cesse. Elle considère pour toujours les pays africains comme amis à toute épreuve quel que soit son niveau de développement.
Mesdames et Messieurs,
Le développement de la Chine est inséparable de celui du monde et de celui de l’Afrique, tandis que le monde et l’Afrique ont besoin de la Chine pour leur prospérité et leur stabilité. Malgré la grande distance les séparant, la Chine et l’Afrique sont en communion d’esprit. Ce qui nous relie, c’est non seulement l’amitié traditionnelle profonde, les intérêts, mais également nos rêves respectifs.
Les 1,3 milliard de Chinois s’efforcent de réaliser le rêve chinois du grand renouveau de la nation ; le milliard d’Africains œuvrent à réaliser le rêve africain du développement solidaire. Les peuples chinois et africains doivent renforcer la solidarité et la coopération, le soutien et l’aide mutuels afin de réaliser leurs rêves respectifs. Nous devons également promouvoir ensemble avec la communauté internationale la réalisation du rêve mondial de la paix durable et de la prospérité commune, tout en apportant davantage de contributions à l’œuvre humaine pour la paix et le développement.
Asntenisana ![4]

Notes :
[1] Du swahili, « bonjour » en français.
[2] Zhou Enlai (1898-1976), né à Huai’an du Jiangsu, est marxiste, révolutionnaire prolétarien, homme politique, stratège et diplomate chinois, ainsi que l’un des principaux dirigeants du PCC et de la RPC, l’un des principaux fondateurs de l’Armée populaire de libération de Chine.
[3] Le Forum sur la coopération sino-africaine est une nouvelle plate-forme du dialogue et de la coopération entre la Chine et les pays africains, et un mécanisme efficace pour promouvoir la coopération Sud-Sud. La première conférence ministérielle du Forum a eu lieu en octobre 2000 à Beijing. En novembre 2006, a eu lieu à Beijing la troisième conférence ministérielle, lors de laquelle se sont réunis les dirigeants d’Etat chinois ainsi que les chefs d’Etat ou de gouvernement et les représentants de 48 pays africains. Le Sommet de Beijing a établi un nouveau partenariat stratégique sino-africain à travers la publication de deux documents : la Déclaration du Sommet de Beijing et le Plan d’action de Beijing (2007-2009).
[4] Du swahili, « merci » en français. »
(« Restons amis fiables et partenaires sincères pour toujours (Xi Jinping) »
http://www.frantzfanoninternational.org/spip.php?article395)

Conclusion de la première partie

En conclusion de cette première partie un peu « touffue » de mon article, les lecteurs pourront se faire leur propre idée, mais il me semble qu’il faudrait enrichir le Projet « La France en Commun » du PCF avant même la Convention prévue pour 2016 et son Congrès suivant afin d’enrichir la base de discussion.
Il serait intéressant de voir si ce « déni de la Chine » est propre à l’Union Européenne, ou si il s’étend au mouvement communiste international et aux autres forces progressistes dans la monde. Dans ce but, j’ai choisi de regarder le déroulement à Moscou du 70e anniversaire de la victoire sur le nazisme en 2015.

Deuxième partie et troisième partie à suivre…
Les questions suivantes y sont abordées :

2) Deuxième Partie

Célébration Du 70e Anniversaire de La Grande Guerre Patriotique À Moscou En 2015
Un Grand Chantier de L’Espoir dans Le Monde

Pour Une FranceExit de L’Union Européenne (UE) néocoloniale
vers une FranBRICS + CELAC anticoloniales et antifascistes

3e Partie

Le Programme de Transition vers le Socialisme et vers Le Communisme du PCF

Où se trouve le Programme de Transition vers le Socialisme et vers le Communisme du PCF

A Propos des Chantiers de l’Espoir

Syriza et Podemos, la Solution !

Quelques Remarques sur la théorie de Podemos et Syryriza

Tsipras et Georges Marchais

Quelques remarques sur la Pratique de Syriza et Podemos

Le “Penser l’Après” de Jacques Fath

Pete Seeger Which Side Are You On – YouTube

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Publié par le février 3, 2016 dans Uncategorized

 

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