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Sortir du noir Georges Didi-Huberman

01 Nov
 Georges Didi-Huberman  sort un livre simultanément à la sortie du film, le fils de Saul, une longue lettre écrite à son réalisateur…
Sortir du noir
Georges Didi-Huberman
Sortir du noir
2015
Un volume 11,5 x 18, 64 p., 13 illustrations in-texte
6 €
ISBN : 9782707329462
« … il crée de toutes pièces, à contre –courant du monde et de sa cruauté, une situation dans laquelle un enfant existe, fût-il déjà mort. Pour que nous-mêmes sortions du noir de cette atroce histoire, de ce “ trou noir ” de l’histoire. »

Ce texte de Georges Didi-Huberman est une longue lettre au réalisateur László Nemes dont le film, Le Fils de Saul, grand prix du Festival de Cannes, sortira en salle le 4 novembre.

Les premières pages

Paris, le 24 août 2015,
Cher László Nemes,
Votre film, Le Fils de Saul, est un monstre.  Un monstre nécessaire, cohérent, bénéfique,           innocent. Le résultat d’un pari esthétique et narratif extraordinairement risqué.
Comment un film ayant pour objet le Béhémoth1  bien réel que fut la machine d’extermination  nazie dans l’enclos d’Auschwitz-Birkenau en 1944 ne serait-il pas un monstre au regard des histoires que nous  sommes habitués, chaque semaine, à découvrir dans les cinémas sous le nom de  « fictions » ? Votre film est-il autre chose qu’une fiction ? Non, bien sûr. Mais c’est une fiction aussi modestement qu’audacieusement accordée au réel historique très particulier dont elle traite. D’où l’épreuve à la découvrir. Depuis la salle obscure, pendant la projection, j’ai eu quelquefois envie,
non pas de fermer les yeux, mais que tout ce que vous mettiez en lumière dans ce film retourne, pour un temps si bref soit-il, au noir. Que le film lui-même baisse un instant ses paupières (ce qui arrive quelquefois). Comme si le noir pouvait m’offrir, au milieu de cette monstruosité, un espace ou
un temps pour respirer, pour souffler un peu dans ce qui me laissait, d’un plan à l’autre, le souffle si court. Quelle épreuve, en effet, que cette mise en lumière ! Quelle  épreuve que cette foule d’images et que cet enfer de sons rythmant inlassablement votre récit ! Mais quelle épreuve nécessaire
et féconde !
Comme bien d’autres, je suis entré dans la salle obscure armé d’une certaine connaissance
préalable – une connaissance lacunaire, bien sûr : c’est le lot de tout un chacun – concernant l’histoire (historique) dont traite votre histoire (filmique), à savoir

(1)1. Très tôt le nazisme fut comparé à ce monstre bibliquesymétrique du Léviathan. Cf. F. Neumann, Béhémoth. Structure  et pratique du national-socialisme (1942), trad. G. Dauvé et J.-L. Boireau, Paris, Payot, 1987.

 
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Publié par le novembre 1, 2015 dans CINEMA, HISTOIRE

 

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