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A CHAUD, IL FAUT SE SITUER DANS CE PROCESSUS DYNAMISE PAR LE NON GREC

05 Juil

Photo de Danielle Bleitrach.

Le NON l’emporte en Grèce à plus de 60%… De multiples perspectives sont ouvertes, ce qui est important c’est le processus… autant que le dévoilement de ce que sont les institutions européennes. Il faut partir de là… il fallait que le NON l’emporte parce que la conduite incroyable des dirigeants européens à l’égard d’un social démocrate des plus classiques témoigne clairement de la nature de la guerre contre les peuples menée par l’UE, le FMI… Mais la suite reste problématique même si le vote grec met tout le monde au pied du mur.

Premier constat à rebours des idées reçues : les Grecs ont bien de la chance d’avoir un parti communiste, un vrai, un syndicalisme de masse et de classe qui n’ait pas été laminé (comme dans le cas de Podemos), mais continue à « muscler » la société grecque. Oui le KKE passe pour le mauvais coucheur de l’Histoire et pourtant quel est son rôle dans la résistance grecque?  Imaginez ce que serait la société française avec un parti communiste pratiquant la politique des années soixante-dix y compris sur l’Europe, Quoiqu’il en dise Hollande lui-même serait obligé de renvoyer Macron dans les couloirs de sa banque d’affaire. En ce qui concerne la Grèce, la position du KKE a eu de l’écho y compris chez une partie de ceux qui ont voté NON. Il faut affiner, mais d’une part il y a une forte abstention plus de 40% et 5,7% de votes nuls qui paraissent marquer le refus de choisir entre l’austérité et l’austérité prôné par le KKE, 5,7% ce n’est pas rien dans un tel contexte. Des gens qui légitimement ont des doutes sur ce qu’on peut attendre de l’Europe. De l’autre il y a un vote massif des banlieues et villes populaires en faveur du NON (le cas cité est celui du vote à plus de 92% d’un bastion ouvrier du port d’Athènes), une bonne partie de ces gens-là n’a pas plus d’illusions, depuis des années ils payent le prix fort de sa connaissance de ce qu’est l’UE, la base matérielle de toutes les dignités…

Il y a de la réserve pour la résistance populaire et parmi ceux qui ont voté déjà une grande partie semble prête à la sortie de l’euro. C’est pourquoi au-delà du vote on peut parler de processus.

Parce que celui qui doit être embêté c’est Draghi. Dès ce soir le gouvernement grec a sollicité la fin du blocage instauré par la BCE contre les banques grecques. Un tel blocage devait immanquablement produire de la panique, de la colère contre le gouvernement, il n’en a rien été, la leçon de démocratie commence là. C’était de fait un coup d’Etat que l’UE opérait contre une consultation démocratique, un viol de toutes les règles démocratiques, les siennes et celles du peuple grec, un viol relayé par tous les médias, tous les politiciens européens, une pression incroyable traquant le citoyen grec jusque dans l’isoloir. Alors la question est là : ou la BCE poursuit dans son soutien aux créanciers et à leurs absurdes exigences visant à renvoyer Syriza, ou elle cède dans ce cas on s’apercevra des limites de la politique de Syriza par rapport à l’espoir des Grecs… Blocage féroce des allemands et autres finlandais, slovaques ou accord reddition qui décevra le peuple.

Il n’y aura pas d’autres issues que la sortie de l’euro, céder devant les exigences et poursuivre de fait la même politique que celle qu’ont refusée les Grecs, c’est de la folie. La Grèce est dans la situation d’un homme chaussé de brodequins de fer qui se noie et que l’on entretient dans l’illusion qu’il pourra nager avec les brodequins.  Et c’est face à la déception d’un peuple que le choix du KKE peut aider à ne pas subir une « ukrainisation », l’assaut des bandes d’Aube dorée lancées par le capital.

Nous sommes au niveau mondial dans de très grands bouleversements qui exigent de la part de nos responsables politiques une capacité d’innovation et de sortie des cadres imposés, seul un peuple en résistance contre le néolibéralisme et l’austérité peut produire de tels dirigeants. Nous sommes devant le possible effondrement d’une hégémonie unipolaire née de la seconde guerre mondiale. Quand on sait qu’au même moment du pari grec, une très importante réunion des Brics a lieu à Oufa en Russie, on ne peut s’empêcher de penser qu’Obama invitant l’UE et les créanciers à la modération mesure les effets sismiques de la situation européenne. Nous sommes dans une situation qui impose un changement profond, le seul obstacle est l’absence de perspective et la non mobilisation de ce fait des peuples. Toujours est-il que dans de multiples endroits ils sont contraints à la résistance, on ne leur laisse plus d’autre choix. Je ne croix pas que le peuple grec se soit fait duper sur la non sortie de l’euro, pas quand le vote est proche des 60% en faveur du NON.

Nous gauche, communistes français ne pouvons pas continuer à jouer la partie par procuration, nous devons en tirer leçon. Il ne faut pas renouveler l’erreur de notre incapacité à faire fructifier le NON au traité constitutionnel. Si la droite et le PS ont pu l’anéantir c’est parce qu’il n’y a pas eu des communistes et même une gauche capable d’organiser notre peuple dans sa résistance. Ce NON était un vote de classe, il a été tiré vers des manœuvres de sommet dans lesquelles le peuple français ne s’est pas reconnu et la complaisance des pouvoirs face au FN a fait le reste. Serons-nous toujours aussi médiocres? C’est à craindre au vu de certaines premières réactions: aujourd’hui dans son discours au parti de Gauche, Melenchon offrant sa personne à l’élection présidentielle m’a étrangement rappelé Mitterrand en mai 68 faisant la même offre et cassant un mouvement déjà fortement endommagé par les pseudorévolutionnaire de Charletty. Quant à Chassaigne il atteint un sommet en proposant que la France mette son veto à la sortie de la Grèce de l’euro, sans même laisser le temps aux Grecs de faire leur choix face aux négociations. Pierre Laurent lui est inquiétant, la dépendance au PS et la peur de l’isolement aux  Régionales est mauvaise conseillère dans un moment de choix historique.Tout cela est dérisoire.

Reprenez-vous et réfléchissez au contenu réel de ce qui peut aujourd’hui mobiliser le peuple français, ce peuple français devenant nettement plus europhobes que les Grecs eux-mêmes.
Cela dit ne boudons pas notre plaisir. C’est tout de même extraordinaire de voir la gueule de certains vendus politiciens ou journalistes,  celui qui tire une tronche pas possible c’est Woerth et qui se prétend le représentant de tous les autres gouvernements et il ajoute : « eux aussi ils sont élus, on dirait qu’il y a seulement la Grèce qui soit une démocratie »…

Au fait monsieur Woerth je ne vous le fais pas dire, souvenez-vous du vote des Français pour le traité constitutionnel et la manière dont il a été étouffé à Lisbonne.
Danielle Bleitrach

 
4 Commentaires

Publié par le juillet 5, 2015 dans Uncategorized

 

4 réponses à “A CHAUD, IL FAUT SE SITUER DANS CE PROCESSUS DYNAMISE PAR LE NON GREC

  1. Jeanne Labaigt

    juillet 5, 2015 at 9:11

    Réjouissons nous tout de même, pas fâchée de voir les politiques déconfits.
    Mais ils restent féroces.
    Pourvu qu’ils n’appellent pas Saakatchvili, le naturalisent grec et le mettent à la place de Tsipras !!!

     
  2. Bernard Gilleron

    juillet 6, 2015 at 12:42

    A reblogué ceci sur Bernard Gilleronet a ajouté:
    Analyse politique du NON grec à chaud, par Danielle Bleitrach

     
  3. histoireetsociete

    juillet 6, 2015 at 6:03

    nous ne sommes ou plutôt nous n’étions pas si loin de l’appel à Saakatchvili avec l’appel à un gouvernement de « technocrates »… Parce que leurs « technocrates » sont des vendus qu’ils ont élevé dans le sérail financier pour mieux les filer aux peuples, il y a aussi Lagarde, Macron, mais Saakatchvili c’est quand ils en sont à l’étape de la guerre civile et des bandes fascistes…
    Celui qui me laisse plus que dubitative c’est Pierre Laurent, la dépendance au PS et la peur de l’isolement au Régionales est réellement mauvaise conseillère. Et cela ne date pas d’aujourd’hui, il a jugé l’attitude de Hollande « trop molle », ce qui est une litote… C’est un peu comme lors de la controverse autour de la phrase de Hollande relative à la proximité de discours entre le PCF des années 70 et le FN actuel.
    Tout ce que Pierre Laurent avait trouvé à rétorquer, c’était: « Non, dans les années 70, le PCF était déjà européen et s’était désoviétisé… »… stupéfiant… Résultat hier il a laissé Philipot rafler la mise…
    Et ce matin dans l’Huma, Mélenchon est nettement plus offensif que lui: « Il y a une fétichisation de l’euro: nous pouvons avoir une monnaie unique qui soit d’une autre nature. Je plaide pour un autre euro. Si on ne peut pas, je plaide pour que l’on s’en passe. »
    Autant je suis convaincue que la Résistance proviendra du PCF, de ses militants, autant je me demande jusqu’à quand la direction du PCF pourra les faire marcher dans cette voie?

     
  4. Yvette Genestal

    juillet 6, 2015 at 1:46

    Bonjour,
    Merci pour ce texte. J’ai reposté cette analyse sur le blog d’Action Communiste. C’est effectivement dans le mouvement qu’il faut appréhender ce qui se passe en Grèce. Syriza va faire l’amère expérience du carcan européen. Il l’a déjà faite. Mais j’ai l’impression que cela n’est rien encore à côté de ce qu’ils vont tenter contre la Grèce à chaque instant. Ceux qui ont construit l’UE telle qu’elle est aujourd’hui sont prêts à tout pour ne pas revenir en arrière, pour ne pas remettre en cause les traités qu’ils ont voulu graver dans le marbre. Les réactions de la droite européenne et du chien de garde Hollande le montrent bien.
    Y.Genestal

     

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