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Bernd Alois Zimmerman : un requiem plein de vies par Gilles Macassar…

14 Juin

L’humanité et sa langue dit l’univers, la cacophonie et l’harmonie… Hier j’ai vu le film de Paradjanov, Sayat Nova, un vers du poète m’a expliqué pourquoi les êtres humains momifiaient, enveloppaient dans des linceuls et la terre, le mort : le poète qui n’est que tourment dit  « en te mettant dans un cocon, nous espérons que tu t’envoleras comme un papillon vers ta nouvelle vie… » l’art est toujours funéraire mais il célèbre la vie… les vies leur multiplicité…   (Danielle Bleitrach)

Photo : Olivier Roller / Divergen 

Dirigée par Michel Tabachnik, le “Requiem pour un jeune poète”, œuvre-monde du compositeur allemand, provoque un véritable choc tellurique.

Comme il y a des « hommes océans » (dixit Victor Hugo), il existe des œuvres mondes. Des continents entiers y dérivent, avec leurs terres de feu et leurs calottes glacières, leurs luxuriances amazoniennes et leurs Sahels arides. Composé entre 1967 et 1969, créé à la fin de cette même année, le Requiem pour un jeune poète, de l’Allemand ­Bernd Alois Zimmermann, appartient, comme son opéra Die Soldaten, à cette catégorie de chefs-d’œuvre démesurés, qui phagocytent le temps et l’espace, dans la veine ­lointaine du ­Requiem de Berlioz, au XIXe siècle, ou de celui de Ligeti, au XXe.

En le programmant vingt ans après sa dernière exécution à Paris, le festival ManiFeste de l’Ircam a réussi son lancement. La nouvelle salle de la Philharmonie offre un espace idéal pour déployer sur scène un orchestre symphonique aux cuivres surabondants et une formation de jazz ; pour répartir dans les hauteurs trois chœurs et huit haut-parleurs, qui diffusent une bande magnétique proliférante, que Zimmermann lui-même avait réalisée dans les studios de la radio de Cologne.

Enregistrée en analogique, restaurée aujourd’hui en digital, elle déploie une Babel de citations — discours politiques, poèmes — dans toutes les langues — du latin de Jean XXIII au chinois de Mao Zedong, de l’anglais de James Joyce au russe de Maïakovski. Impossible, à l’écoute, de démêler cet écheveau linguistique, qui lasse parfois. Hospitalisé au moment de la création, Zimmermann n’a jamais entendu son œuvre (ce catholique s’est suicidé l’année suivante, à 52 ans). L’aurait-il modifiée ? Le chef Michel Tabachnik la dirige sans concession, d’une battue orthogonale qui coordonne clarté et cohérence, ne surjoue ni noirceur ni catastrophisme. La plénitude rutilante de l’ultime accord du Dona nobis pacem laisse même le dernier mot à l’énergie victorieuse du son, au rayonnement vital et roboratif du timbre. La foi propose, la musique ­dispose.

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Une réponse à “Bernd Alois Zimmerman : un requiem plein de vies par Gilles Macassar…

  1. Lionel Brard

    novembre 17, 2015 at 6:32

    C’est un pur chef d’oeuvre ! J’ai eu la chance de l’entendre à la Philharmonie et c’était un moment inoubliable. Merci d’en parler si bien !

     

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