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Mon utopie : le communisme jamais réalisé, surtout pas…

15 Mai

 

Puisque nous sommes en vacances et pour oublier ma tristesse je vais vous raconter l’histoire de mon utopie… Souvent je fais référence à mon judaïsme, d’abord parce que les temps sont au racisme identitaire imbécile et je prétends au contraire qu’il faut non pas renoncer à ce que l’on est mais le défendre d’une manière ouverte comme un destin collectif…

Être né dans une  famille c’est l’appartenance à un peuple qui ne doit pas être concurrente ni se confondre avec la nationalité que vous partagez politiquement avec d’autres qui ont d’autres traditions culturelles (le religieux pour moi est la magie donc le culturel)… Vous avez une cuisine, des chansons, des plaisanteries, des rites, un art de vivre, mais à l’école tout cela s’est fondu dans une nation, le partage d’une patrie, pas la fusion, surtout pas ! Non la reconnaissance des hétérogénéités, des intérêts divergents, y compris de classe, le politique mais aussi une souveraineté collective, un territoire, une langue… Dans le fond c’est cela la double citoyenneté de l’Union soviétique, l’expression la plus réalisée de l’idéal du yiddishland… Relisez Marc Bloch, l’étrange défaite, vous voyez ce qu’est être français et pourtant cela débute par une référence au père juif. L’URSS, être juif et Russe pleinement, un dépassement des pogromes cruels et idiots.. . Je crois que beaucoup de musulmans, de gens venus d’Algérie construisent leur appartenance à la nation française avec la même reconnaissance de leur incapacité à être autre chose qu’un citoyen français… Aucun retour en arrière n’est possible, d’où la violence devant le refus qui leur est parfois opposé…  On en fait les juifs des temps actuels. C’est mal comprendre  leur impossibilité de retour. Pas de communautarisme mais célébrer ensemble les fêtes, découvrir que la France s’est enrichie…

C’est pour cela que je n’ai jamais été sioniste parce que cela ne correspond en rien à ma filiation largement imaginaire, le contraire du chauvinisme, être française mais en perpétuel voyage, un voyage dans les livres, un voyage autour de la terre, être des passeurs qui franchissent toutes les frontières, espèrent le messie sans trop y croire…  Mes voyages je les vis sur le mode cocasse de Babel, de Sholem Aleichem, en croyant dur comme fer à l’humanité réconciliée… et surtout que cela reste une espérance à construire ensemble et pas la croyance mortifère en quelque chose de déjà réalisé, un paradis fictif qui exclut les autres… Simplement cela vous rend parfois plus humain, cela anime vos luttes contre l’injustice, la cruauté… Cela vous pousse vers les autres alors même que vous vous interrogez parfois sur leur santé mentale… Un peu comme Einstein qui ne supportait plus l’imbécilité humaine dans l’infiniment petit (les relations familiales) et l’infiniment grand (les guerres mondiales), qui s’est rapproché le plus près de l’univers comme destin de l’humanité, un spinoziste et qui dans le même temps ne supportait plus ses contemporains… Nous en sommes tous là même si nous l’ignorons. Alors il faut faire comme lui s’engager… ne serait-ce que pour la paix, la survie…

Comment vous expliquer, je pense à Asimov, dans le cycle Fondation, il trouve une planète appelée Gaya, elle est le produit d’une évolution miraculeuse, chaque être, chaque plante vibre de la même vie, ressent le plaisir de l’existence unifié et démultiplié… Le héros choisit alors ce destin pour l’humanité mais lui échappe en s’enfuyant sur son navire spatial, parce qu’il ne peut pas tel qu’il est renoncer à son individualité… Le messie c’est le choix de Gaya mais pour un horizon que l’on n’atteint pas aujourd’hui tel que l’on est mais on a le principe d’espérance d’être autre, on se dépasse, on crie au soldat allemand qui vous tue « imbécile c’est pour toi que je meurs » ou plus prosaïquement on rêve du droit à la paresse pour le patron du MEDEF ou le goulag en Lozère pour les exploiteurs… L’utopie  de l’unification avec l’univers, quand chacun d’entre nous vibrera de sa musique, quand plantes, animaux, être humains et grands espaces infinis ne formeront plus qu’un… Mais surtout pas imaginer que les écologistes tels qu’ils sont Cecile Duflot, Cohn Bendit ou Vincent Placé ont quelque chose à voir avec ça… Non il faut se dépasser, créer les conditions du collectif… alors même qu’on ne le supporte plus… C’est cela ce que veut dire la phrase prononcée depuis 2000 ans : « l’an prochain à Jérusalem »… Mais la folie est de croire que les temps sont venus… pour les uns comme pour les autres… Et cela tels que nous sommes aujourd’hui ne veut qu’engendrer le malheur et l’injustice… Le communisme est un processus par lequel se réalise l’émancipation humaine mais surtout pas un modèle qu’il faudrait copier, un lit de Procuste auquel on devrait être soumis… Mais sans cette espérance c’est l’horreur… Comme à Auschwitz ou Hiroshima…  ou toute cette humanité qui s’est mise en marche et qui se noie… Je ne veux pas copier l’URSS, je veux simplement que l’on reconnaisse que le chemin reste pour ceux qui l’ont emprunté le moins pire des choix aujourd’hui possibles parce qu’il a frôlé l’égalité, l’amitié entre les peuples, parce qu’il faut bien admettre que pour un certain nombre d’entre nous ça urge le changement alors on accélère quitte à frôler la catastrophe… ..(1).

C’est la dialectique…

Alors il ne me reste plus qu’à partir en voyage à la rencontre d’autres, et de retrouver dans un train le cher Sholem Aleichem (l’équivalent Yidddish de salam aleykoum en arabe)…

illustration by David Labovski

« Aujourd’hui, Pan Sholem Aleichem, nous nous sommes rencontrés dans le train, mais demain peut nous nous retrouverons à Yehupetz et l’année prochaine à Odessa, à Varsovie ou peut-être même en Amérique… à moins que, c’est-à-dire, si  le tout-puissant pose son regard en bas sur nous et dit : » devinez quoi, mes enfants ! J’ai décidé de vous envoyer mon Messie! » Je ne m’inquiète pas même s’il le fait juste pour nous, bien qu’il y mette un certain temps, c’est un Dieu très ancien que la nôtre ! Et pendant ce temps, nous serons bien et ferons un bon voyage. Dites Bonjour pour moi à tous nos Juifs et dites leur où qu’ils soient, ne pas s’inquiéter : l’ancien Dieu d’Israël vit encore!… « – Sholem Aleichem, »Tevye le laitier » illustration par David Labovski.
 
Photo de Yiddishkayt.
 (1) Dans le fond toute ma réflexion revient à retourner à la définition de Marx dans l’Idéologie allemande:

Pour nous, le communisme n’est pas un état de choses qu’il convient d’établir, un idéal auquel la réalité devra se conformer. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l’état actuel des choses. Les conditions de ce mouvement résultent des données préalables telles qu’elles existent actuellement.

  • L’Idéologie allemande, Karl Marx, éd. La Pléiade, Œuvres tome 3, 1845, p. 1067

Mais il faut bien voir que l’expérience de l’URSS, de la Chine, et même de Cuba donne un nouveau contenu à l’idée de processus… En suivant l’exemple des Chinois, le parti communiste de la fédération de Russie pense que leur erreur a été de croire que l’on pouvait réduire l’étape du socialisme et qu’ils étaient déjà le modèle proche du communisme, influence du christianisme? … Question comment ne pas faire comme les socialistes européens qui sont tout sauf socialiste et qui ont tellement repoussé le changement nécessaire qu’ils sont devenus les gérants loyaux du capitalisme ou ne pas croire que par la violence on réalise immédiatement le paradis sur terre ? …

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Publié par le mai 15, 2015 dans Uncategorized

 

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