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Valentina Lisitsa, la pianiste qui valait 80 millions de vues sur YouTube et qui est interdite à Toronto

08 Avr

voici un article de la pianiste qui a été interdite au festival de Toronto à cause de ses opinions sur ce qui se passe en Ukraine

Publié le 01/12/2014 à 14H24, mis à jour le 02/12/2014 à 10H48

Valentina Lisitsa dans les locaux d'Universal à Paris</p>
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Valentina Lisitsa dans les locaux d’Universal à Paris

© LCA/Culturebox

CULTUREBOXCette pianiste ukrainienne installée aux Etats-Unis s’est fait un nom grâce aux dizaines de millions de vues recueillies sur sa chaîne YouTube. Véritable phénomène, elle a fini par signer avec le label Decca, grâce auquel elle se produit désormais dans les plus grandes salles de par le monde. Elle publie un nouveau disque d’études de Chopin et de Schumann. Rencontre.

Un conte de fées, celui de Valentina Lisitsa ? Pas vraiment, au moins si l’on considère que la pianiste ukrainienne, aujourd’hui âgée de 41 ans, a dû attendre près de vingt ans pour se produire dans une salle digne de ce nom. Sa biographie évoque une formation au conservatoire de Kiev et le premier prix, à l’âge de 18 ans, en 1991, du concours « Murray, Dranoff Two Pïano Competition » avec Alexei Zuznetsoff. Installée aux Etats-Unis, dans l’Etat de Caroline du Nord, c’est sur YouTube qu’elle joue ses morceaux à partir de 2007, après avoir auto-édité un DVD d’études de Chopin, aussitôt piraté.Ce n’est qu’après un flamboyant succès de ses vidéos postées sur YouTube qu’elle est enfin invitée à se produire dans de prestigieuses salles comme le Carnegie Hall et l’Avery Fischer Hall de New York, ainsi que le Musikverein de Vienne. Et, en mai 2011, elle se produit pour la première fois avec l’Orquestra Sinfonica Brasileira sous la direction de Lorin Maazel. En juin 2012, son concert au Royal Albert Hall de Londres est capté et diffusé en direct sur YouTube, pour la première fois.Que représente le succès que vous a apporté internet ?
On peut mesurer le succès à deux niveaux. A celui de la musicienne que je suis, c’est simple : j’ai trouvé sur internet le public que je n’avais pas. Parce qu’une partie des gens qui m’ont découverte sur YouTube, surtout les jeunes, viennent maintenant à mes concerts. En revanche, au niveau des dirigeants des maisons discographiques, l’appréciation est différente. J’avais 30 millions de vues et je n’étais personne. Puis j’en ai eu 40 millions, ils ont commencé à me considérer. A 50 millions, ils ont eu un réel intérêt et à 80 millions, que j’ai dépassés, c’est le succès. En réalité le nombre ne veut pas dire grand-chose. Je peux jouer les « Nocturnes » de Chopin, la « Sonate au clair de lune » de Beethoven et j’aurai 10 millions de vues, mais quelqu’un mettra une vidéo de chat et obtiendra autant de vues sinon plus. Le succès en nombre est relatif… Donc pour l’industrie musicale, la signification est autre : ils se disent que parmi les 80 millions, il y en aura certains pour acheter des disques et donc ce n’est pas important de savoir pourquoi j’ai obtenu autant de vues. Je suis un nom, une célébrité. Quand j’ai réussi à sortir du cadre de l’écran de l’ordinateur pour jouer en concert, j’ai eu droit à un gros concert à Londres, au Royal Albert Hall. On ne m’a pas mis là pour mon talent ou pour ce que j’allais interpréter, mais parce que j’étais une célébrité sur internet. Si j’avais sauté sur mon piano ou si j’avais fait d’autres pitreries, ça aurait tout aussi bien fait l’affaire !

Disque Valentina Lisitsa
© Universal Music

Quelle est votre plus grande satisfaction : le fait d’avoir su emmener certains internautes dans une salle de concert ou d’avoir attiré un public différent qui vous écoute mais sur la toile ?
Un mot d’abord pour rappeler comment est née ma relation à YouTube : je ne pensais pas, en y mettant mes vidéos, rencontrer un public. Je n’avais évidemment pas de « plan » : je serai célèbre puis j’aurai des concerts ! J’habitais loin de tout dans la campagne en Caroline du Nord, aux Etats-Unis, et n’ayant personne à qui montrer ce que je jouais, j’ai utilisé Youtube. Mais idéalement, le seul réceptacle pour la musique est le concert, le jeu « en live ». C’est là qu’advient la magie. Rien ne peut l’égaler, ni le CD, ni la haute définition et  encore moins YouTube, qui est de moins bonne qualité. Mais ces instruments peuvent inciter les gens à se déplacer à un concert. Or, souvent, une fois qu’ils ont goûté à la qualité du concert, ces gens, surtout des jeunes, paraissent étonnés de la supériorité de ce type d’écoute. Le contraire m’aurait horrifié ! Mais ce n’est pas si étonnant car ils sont attirés par ce qui est « retravaillé », comme les images sur papier glacé passées par photoshop. En musique, l’industrie discographique a vanté la « perfection » qu’offre la technologie car elle permet de nettoyer chaque note jouée ou chantée ! Ces jeunes sont encore très influencés par ça et ils s’attendent à cette même « perfection » dans une salle de concert alors que c’est de l’émotion qu’on trouve.

 https://www.youtube.com/watch?v=w-Zcc-OvzA8&feature=player_embedded

Vous semblez bien connaître votre public…
Internet offre ses statistiques ! On sait que la majorité de ceux qui écoutent sur YouTube ont entre 25 et 35 ans. Au dessus de 60 ans, c’est 7%. Alors que j’ai entendu que la moyenne d’âge du public en concert classique à Paris est de 61 ans ! Aujourd’hui, même si je joue quasiment tous les jours partout dans le monde, je sais qu’il restera beaucoup de ces gens tombés amoureux de la musique classique en partie à cause de moi que je ne peux pas aller voir. Je ne peux pas être partout et c’est évidemment frustrant.

Pour eux, il y a toujours internet et YouTube…
Oui, évidemment, mais pas un vrai concert et c’est celui qui compte.

Jouez-vous toujours vos morceaux sur internet ?
Oui, je le fais toujours, car je joue pour les gens. Je suis devenue le porte drapeau de ces auditeurs sur YouTube bien malgré moi, mais je pense que je dois plus que jamais continuer à le faire.

Est-ce vrai que vous laissez le choix de votre programmation de concert aux internautes ?
C’est une idée que j’ai eue au départ pour un seul concert, celui au Royal Albert Hall, et ça a fonctionné, parce que c’était une nouveauté. Le programme, très hétéroclite, avait été choisi parmi des vidéos YouTube. Mais, évidemment, quand une idée marche on veut la reproduire à l’envie et c’est là qu’intervient encore le business de la musique classique. On m’a demandé de le refaire encore et encore et c’est devenu comme un « gimmick ».

En quoi cela vous dérange ?
Parce que ça devient prévisible… et populiste ! Les gens choisiront ce qui est le plus connu ! Donc maintenant j’ai arrêté.

Vous pouvez toujours profiter d’internet pour promouvoir des morceaux moins connus…
Je n’ai pas mis que des vidéos avec des morceaux connus sur YouTube ! J’ai toujours fait un mélange. Et je vais plus loin : je propose maintenant de longues séquences YouTube d’une demi-heure environ, ce qui me permet de faire de la pédagogie auprès du public qui vient et me fait confiance. Donc j’accompagne toujours des mélodies connues de morceaux de découverte.

Quels sont les morceaux qui marchent le plus ?
« La danse macabre » de Liszt est le morceau le plus connu que j’ai joué : une « chanson » comme ils disent, qu’ils aiment passer en boucle… J’ai fini par l’enlever de mon répertoire parce que j’ai envie qu’ils connaissent autre chose ! En ce moment, je suis complètement immergée dans Brahms, qui est le compositeur anti-YouTube par excellence. Car YouTube est visuel, donc il privilégie des morceaux mettant en avant la virtuosité du jeu de doigté plutôt que ce qui est lent et triste. Dans mon nouveau programme, je propose donc 50 minutes de Brahms, avec Beethoven, Schuman et Rachmaninov.  De ce dernier, le public de ma chaîne YouTube est très friand, mais cette fois il s’agit d’une nouvelle sonate. De Beethoven, ce n’est pas « Le clair de lune » (qui est un must sur internet), mais « La Tempête »…  Ça reste du Beethoven, qui marche toujours. Schumann est moins connu, mais mon dernier CD lui est en partie consacré. Mais Brahms ? Je me demande comment un garçon ou une jeune fille de 13 ans vont recevoir Brahms…

On a pu vous voir souvent participer aux opérations « Des pianos dans la ville », notamment à Paris, et donc jouer longtemps au milieu de la foule. C’est quelque chose que vous aimez…
Ce n’est pas que j’aime jouer dans la rue, j’aime jouer tout court, où que ce soit !  J’ai été amenée à jouer sur YouTube quand j’habitais loin de tout, mais je me sens plus à l’aise encore au milieu de la Gare de Lyon ! Je joue où que ce soit, sur de bons ou de mauvais pianos, peu importe… Et puis je joue pour tous ceux qui ne peuvent pas nécessairement  s’offrir l’entrée à Pleyel, ou dans d’autres grandes salles…

Avez-vous le sentiment d’avoir changé votre public ?
Je suis en train de changer mon public. Il y a 80 millions de personnes qui m’écoutent sur YouTube, mais il n’y en a pas autant qui peuvent se permettre de venir à mes concerts pour diverses raisons : trop jeunes, pas assez riches, souvent sans travail… Mais tous ces gens à l’avenir auront un bon travail, feront partie de la middle class, ils arriveront à cette catégorie des 61 ans dont on parlait (!) et viendront à mes concerts. De mon côté, j’ai besoin de les accompagner dans leur évolution avec ma musique qui, elle aussi, change. Il y a dix ans, je n’aurais pas pensé jouer du Brahms : il me paraissait étrange et un peu ennuyeux. Je préférais jouer du Liszt. Mais j’ai mûri et ai fait mûrir mon public fidèle avec moi.

Est-ce important d’être sur internet pour exister culturellement ?
Oui absolument. Il faut y être sinon on n’existe pas. Mais avec quel degré d’implication personnelle, ça c’est une autre histoire…

 
 

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