RSS

Guerre contre l’Etat islamique : la même histoire avec d’autres comédiens

28 Sep

http://www.cubadebate.cu/noticias/2014/09/27/guerra-contra-el-estado-islamico-la-misma-historia-con-otro-reparto/#.VCefDMtO7L8

27 septembre 2014 | + |

banderasPar Iñigo Sáenz de Ugarte

.Le Pentagone ne le cache pas. La lutte contre l’Etat islamique en Syrie et Irak durera des années (guerre à la Terreur II, la suite)  Comme en  principe,  le gouvernement a exclu l’utilisation de forces terrestres, il y a là des nouvelles idéales pour les fabricants de missiles Tomahawk. Ils devront compléter le stock très bientôt. Et les généraux seront omniprésents sur les écrans de télévision américains, comme c’est déjà le cas.

En Irak tout va de travers, il n’est pas surprenant qu’il y ait une différence marquée entre la rhétorique et la réalité. Selon la première, l’État islamique est la plus grande menace à laquelle doit faire face l’Ouest actuellement. C’est une autre incarnation du mal absolu. Mais ensuite dans le monde réel il n’y pas une telle urgence. Les frappes aériennes américaines n’atteignent pas seulement  les djihadistes, a déclaré John Kerry, 24 heures après qu’ils aillent vers la Syrie. L’on ne saurait penser qu’il se produira un grand retrait dans les deux prochaines semaines, a déclaré le secrétaire d’Etat à CNN.

Nous le savions déjà. Avec les  bombardements, on peut arrêter une force militaire en mouvement et empêcher l’avance des djihadistes sur le Kurdistan irakien. Ce à quoi ils sont inopérants, par exemple, est d’expulser l’État islamique de Mossoul, à moins que l’on ne soit prêt à détruire la moitié de la ville.

Toute analyse des conséquences réelles de la première attaque américaine en Syrie devrait être faite en fonction de ce qui se passe en Irak. Comme le dit le New York Times, six semaines après que les drones et les avions aient commencé à attaquer l’État islamique, l’armée irakienne n’a pas réussi à tirer partie de ces bombardements pour récupérer des positions  Au contraire, se succèdent les exemple spectaculaires de l’incompétence militaire.

Comme dans ce dernier cas : il y a dans la province d’Anbar des centaines de soldats dans une position encerclée par l’ennemi, sur lesquels on n’a pas d’informations depuis  plusieurs jours  : ils pourraient résister encore dans ce site,  ils sont morts ou ils se sont rendus.

Parmi les cibles attaquées en Syrie, on trouve un groupe mystérieux nommé Khorasan, qui jusqu’à ces dernières semaines était très peu connu pour être  présumé responsable de l’organisation d’une attaque « imminente » sur les  Etats-Unis. Que des membres d’Al Qaeda se soient réfugiés en Syrie n’est pas surprenant. Que leurs cibles ne soit pas la guerre avec la Syrie, mais de reprendre  l’idée de Ben Laden de directement attaquer les pays occidentaux est quelque chose de très différent, et que seuls peuvent savoir les services de renseignement qui sont rarement explicites sur les preuves de ce qu’ils avancent.

[Il y a aussi les sources anonymes, évidement,  elles avancent que ce plan n’est pas imminent.] Ils n’ avaient pas choisi  un objectif d’attentat, ou le moment ou la méthode de mise en pratique.]

Dans un article il se manifeste certains doutes quant à ce groupe, y compris son nom. La conclusion est que ce n’est pas une organisation en tant que telle, alors que les gros titres semblent le dire. L’hypothèse la plus probable est qu’ils répondent devant  Al  Zauahiri –  qui est censé se cacher au Pakistan – et ils ont reçu un soutien du Front  Al Nusra, groupe d’insurgés syrien hostile à l’État islamique et qui manifeste sa  loyauté à Al Qaeda.

La coïncidence des informations sur  Khorasan  et les débats qui ont eu lieu en septembre aux Etats-Unis et en Europe sur ce qu’il faut faire avec ISIS est, à tout le moins, suspect. C’est un excellent moyen de vendre à l’opinion publique réticente l’idée de s’engager militairement dans la guerre de Syrie pour l’administration américaine. C’est aussi un moyen de justifier juridiquement des attaques dans ce pays.

Portada de The Economist.

Les opérations en Irak sont couvertes par le fait que le gouvernement de Bagdad a demandé assistance. Il n’y avait aucune  demande  de ce type de Damas. Mais attaquer un groupe faisant partie d’Al-Qaïda en Syrie a l’avantage de permettre d’utiliser l’argument que le Congrès a déjà donné l’autorisation après le 9/11. Cette approbation est un chewing-gum qui s’est étiré au cours des 13 dernières années à viser des cibles liées d’une manière ou d’une autre avec Al Qaeda dans le monde entier. Ils sont l’assurance que la guerre ne finira jamais.

L’Ambassadeur des États-Unis aux Nations Unies a donné à M. Ban Ki-moon une autre justification légale, les attaques en Syrie sont nécessaires pour défendre le gouvernement irakien, car l’État islamique opère sur les deux côtés de la frontière et le gouvernement syrien est incapable d’empêcher son activité.

Parce que ce qui est important  n’est pas tellement une couverture légale aux États-Unis (il ne semble pas que le Congrès soit très intéressé par le questionnement des motivations d’Obama dans cette offensive), mais leurs chances de succès et les conséquences dans toutes les crises qui se développent au Moyen-Orient. En ce qui concerne le second point, nous ne pouvons déjà oublier le printemps arabe et tout effort visant à promouvoir la défense de la liberté et les droits de l’homme dans la région.

Les drapeaux de la photo ci-dessus laisse peu de doutes sur les alliés de l’Occident dans la dernière opération militaire : l’Arabie saoudite, le Bahreïn, les Émirats, le Qatar et la Jordanie. Les quatre premiers pays sont des monarchies du Golfe qui imposent un régime théocratique, dans lequel les libertés n’ont pas leur place. Le Qatar est la source de la plus importante aide probablement reçue des groupes insurgés syriens, et les aides ont été versées à l’État islamique et à Nusra, le même groupe qui soutient Khorasan.

Les images horribles de la décapitation d’otages ont leur pendant  dans des dizaines d’exécutions qui ont eu lieu avec la même méthode en Arabie saoudite en août (dans l’une d’entre elles, la victime avait été reconnue coupable de « sorcellerie »). Les circonstances ne sont pas les mêmes, mais c’est seulement si on considère que le système judiciaire saoudien est similaire à celui de l’Espagne ou de la France  peut soutenir que  la comparaison est absurde.

Comme en 1990, suite à l’invasion du Koweït, les U.S.A  essaient de démontrer que ce n’est pas une croisade particulière contre un ennemi déclaré, mais une coalition internationale formée par des dizaines de pays contre un exemple paradigmatique de la barbarie. Envahir un pays, c’est bien sûr une action qui mérite que l’on y réponde. Intervenir dans un autre  pays en guerre civile, en revanche,  peut être qualifié d’une guerre choisie. Et pour le spectacle de l’ intervention (quelque chose que nous devrions avoir à l’esprit depuis ce qui est arrivé en Irak depuis 2003), le résultat ne dépendra pas du nombre de divisions ou d’avion utilisées, mais de la situation intérieure de ce pays (la relation des forces, la capacité d’un état à imposer son autorité sans déclencher un bain de sang (etc..)

En Irak il n’y a aucun avion étranger qui pourrait remplacer les fonctions d’un État en déliquescence. L’État islamique ne sera pas expulsé de Mossoul et Falloujah à moins que l’armée irakienne puisse intervenir sans être considérée comme une force d’occupation par la population locale.

Par exemple, 31 civils  (dont 24 enfants) ont été tués dans un bombardement de l’aviation irakienne sur une école près de Tikrit le 1er septembre qui abritait des réfugiés. L’alternative est ne pas de détruire toutes les villes pour être en mesure de les « libérer ».

Le nouveau gouvernement irakien a ordonné que ne soient pas répétées ces frappes aériennes dans des zones civiles, mais qui fera que sa contre-offensive sera lente et incertaine. Le mieux qu’on peut s’attendre à l’heure actuelle, est qu’elle soit en capacité de   défendre ses propres positions. Tant que les généraux et les colonels continuent à s’enfuir et les soldats sont abandonnés à leur sort, il n’y aura aucune chance de faire face avec les djihadistes.

L’État islamique a prospéré grâce à l’absence de légitimité du gouvernement de Bagdad et la corruption de ses forces militaires et de sécurité. Sans que soient résolus  ces problèmes, il n’y aura pas d’ options pour changer la situation sur le terrain.

libe En Syrie, il y a une autre possibilité. Les États-Unis et l’ Europe devraient faire  tous leurs efforts afin que la Syrie emporte la victoire sur leurs ennemis. Le reste  est une chimère : affaiblir mois après mois l’État islamique en attendant l’arrivée du  « cavalier blanc» renaissant de ses cendres et infligeant la première défaite aux  djihadistes, puis à Assad. C’est la thèse de ceux qui cherchent à découvrir les « rebelles modérés », qui est l’équivalent de la promesse de Dieu à Abraham qu’il ne détruirait pas Sodome s’il pouvait trouver une cinquantaine de « justes ». Bonne chance, Abraham.

Une guerre se fait avec du sang et de l’argent. Si vous voulez vaincre, le sang, il faut le prendre à d’autres et vous avez besoin d’avoir accès à l’argent pour acheter des armes, du matériel et de la nourriture pour vos troupes. Tant que les insurgés de la FSA (qui s’appelle modéré et qui a presque disparu de la plupart des zones non contrôlées par Damas) donne  environ 50 dollars par mois et les membres de l’État islamique reçoivent 300, 600 ou jusqu’à  mille dollars par mois (parce que tous ces chiffres sont en transaction), il n’y n’aura aucun doute quant à l’issue de ce conflit.

Son implantation dans les grandes régions de l’Irak et la Syrie a permis à ce que l’Etat islamique contrôle des puits de pétrole dans les deux pays. Extraire le pétrole ne fera rien si vous ne pouvez pas le vendre. Les gens seraient surpris de savoir combien  il est facile de le faire dans les zones frontalières de l’Irak, la Syrie, la Turquie et l’Iran depuis plusieurs décennies, surtout depuis qu’ont débuté  les sanctions contre l’Irak en 1990.

Parmi tous les articles que j’ai lu, le plus révélateur est celui de FT qui met en évidence la collaboration (et il s’agit d’un nouveau paradoxe) d’un des plus grands ennemis de l’État islamique, précisément parce qu’il est très proche : le gouvernement du Kurdistan irakien.

Depuis près de 25 ans, des dizaines de milliers de barils de pétrole irakien sont passés en contrebande en Turquie, pour la plupart et dans d’autres pays. Dans les années 90,  le trafic est venu causer une mini guerre civile entre les tribus de grands partis/kurde. Les avantages ont été et sont immenses. Quand on dit que le Kurdistan irakien a réussi à maintenir un niveau élevé de prospérité depuis 2003, c’est parce que cette contrebande de pétrole a rempli les poches de tout le monde.

Comme l’a expliqué dans un article, un professeur à l’Université de Souleimaniyeh, ce réseau est possible grâce à plusieurs petites raffineries au Kurdistan. Le gouvernement ne peut pas les fermer parce qu’une grande partie du carburant utilisé par la population vient de là. Si vous les fermez, le prix de l’essence va augmenter. C’est impossible, car ils ont  besoin de ce  revenu pour payer les salaires de leurs employés, qui profitent également du combustible bon marché. On ne peut peut pas payer les salaires, parce que le gouvernement de Bagdad n’a pas versé des fonds au budget depuis huit mois.

Et nous revenons au point de départ. L’ Irak ne fonctionne pas comme un état normal, autant pour son haut niveau de corruption, que pour les mauvaises relations entre Bagdad et tous ces centres de pouvoir qui ne sont pas contrôlés par les chiites. Dit en termes familiers, les Kurdes voulaient la vie telle qu’elle est depuis décennies et cela ne les dérange pas trop parce que  tout ce qui n’est pas tributaire de Bagdad leur est bénéfique sur le plan politique.

Au milieu de ce chaos, l’État islamique est utilisé pour faire des affaires. Et c’est une affaire qui porte entre un et deux millions de dollars par jour. Avec cela, vous pouvez financer une assez grande armée .

Dans le discours, dans lequel il a dévoilé sa nouvelle politique, Obama a défini le  Yémen comme un exemple d’intervention permanente des États-Unis contre les groupes terroristes. Et qu’est-il arrivé au Yémen?: Des années d’attaques avec des drones, en éliminant les chefs des insurgés, mais dans le même temps  il y a eu un renforcement de la puissance de ces  groupes précisément grâce à ces attaques, une affaiblissement progressif du gouvernement.

Oui, le Pentagone n’a pas tort. Cela va durer des années. Une autre  dizaine d’années de guerre sans fin.

16 h 30

Je vois maintenant que la nuit dernière s’est produite une attaque américaine contre six raffineries  contrôlée par l’Etat islamique dans la région à l’est de la Syrie (le Pentagone affirme  que cela en a nécessité 12 avec le lancement de 41 missiles et l’attaque de 16 avions). Logiquement, il n’y avait pas à attendre longtemps avant l’ordre d’une opération de cette nature.

Gráfico del Financial Times.

 
1 commentaire

Publié par le septembre 28, 2014 dans Uncategorized

 

Une réponse à “Guerre contre l’Etat islamique : la même histoire avec d’autres comédiens

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

 
<span>%d</span> blogueurs aiment cette page :