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Rappel sur l’origine de la crise ukrainienne : une conversation téléphonique à la fin janvier 2014

21 Sep

Conversation entre la sous-secrétaire d’Etat des Etats-Unis et l’ambassadeur américain en Ukraine

Victoria Nuland and Viktor Yanukovych

Victoria Nuland, rencontre avec l’ex-président ukrainien  Viktor Yanukovych, à Kiev. Photograph: Markiv Mykhailo/Itar-Tass Photo/Corbis

hd. Entre le 22 et le 25 janvier 2014, une source inconnue a intercepté une conversation téléphonique entre Victoria Nuland, sous-secrétaire d’Etat des Etats-Unis, et Geoffrey R. Pyatt, ambassadeur des Etats-Unis en Ukraine.

Victoria Nuland est une diplomate néo-conservatrice, épouse de l’historien Robert Kagan. Elle fut la principale conseillère en politique étrangère du vice-président Dick Cheney, avant d’être nommée par George W. Bush, ambassadrice auprès de l’OTAN. Hillary Clinton en fit sa porte-parole au secrétariat d’Etat, puis John Kerry son assistante pour l’Europe et l’Eurasie.

Dans cette conversation avec l’ambassadeur américain à Kiev, elle donne des  instruction pour répondre à la proposition faite par le président Ianoukovytch de laisser l’opposition constituer un gouvernement. Il faut, selon elle, placer Arseni Yatseniouk, maintenir Vitaly Klitchko hors jeu, et écarter le leader nazi Oleh Tyahnybok qui devient encombrant.

Dans cet entretien, il est également question de l’ancien diplomate états-unien Jeffrey Feltman, aujourd’hui secrétaire général adjoint des Nations Unies, et du Néerlandais Robert Serry, ancien responsable des «opérations» de l’OTAN. Les deux ont actuellement la mission d’imposer les positions américaines au sein de l’ONU.

*?*?*
Victoria Nuland: Que pensez-vous?
Geoffrey R. Pyatt: Je pense que nous jouons. La pièce Klitchko est évidemment l’électron le plus compliqué ici, en particulier le fait qu’on l’ait annoncé comme vice-Premier ministre. Vous avez vu mes notes sur la difficulté du mariage en ce moment, nous essayons d’obtenir une lecture très rapide pour savoir s’il fait partie de l’équipe. Mais je pense que votre raisonnement à son sujet, que vous aurez besoin de lui dire – je pense que c’est le prochain coup de téléphone que vous souhaitez organiser – est exactement celui que vous avez fait à Yats [surnom de Yatseniouk]. Je suis heureux que vous l’ayez mis sur la sellette […]. Il s’inscrit dans ce scénario. Et je suis très heureux qu’il ait dit ce qu’il a dit.
Victoria Nuland: Bon. Je ne pense pas que Klitsch [surnom de Klitchko] devrait être dans le gouvernement. Je ne pense pas qu’il soit nécessaire, je ne pense pas que ce soit une bonne idée.
Geoffrey R. Pyatt: Oui, je veux dire … je suppose … Pour ce qui est de sa non-participation au gouvernement, je serais d’avis de le laisser en dehors pour qu’il se consacre à ses obligations politiques. Je ne fais que réfléchir, pour trier les options pour avancer, nous voulons garder ensemble les démocrates modérés. Le problème sera avec Tyahnybok et ses gars. Et, vous savez, je suis sûr que cela fait partie du calcul de Ianoukovytch.
Victoria Nuland: Je pense Yats, c’est le gars. Il a de l’expérience économique et de l’expérience de gouverner. C’est le gars. Vous savez, ce qu’il a besoin, c’est que Klitsch et Tyahnybok restent à l’extérieur. Nous aurons besoin de leur parler quatre fois par semaine. Vous savez, je pense juste que si Klitchko entre, il va devoir travailler à ce niveau avec Yatseniouk, c’est juste que ça ne va pas marcher …
Geoffrey R. Pyatt: Ouais, ouais, je pense que c’est vrai. Ok, bon. Souhaitez-vous que nous organisions un appel avec lui comme prochaine étape?
Victoria Nuland: Ma conception de l’appel dont vous parlez, c’est que les trois grands participent à leur propre réunion et que Yats leur propose dans ce contexte. Vous le savez, une conversation «trois plus un» ou «trois plus deux» si vous participez. C’est ainsi que vous le comprenez?
Geoffrey R. Pyatt: Non, je pense que c’est ce qu’il a proposé, mais connaissant leur dynamique interne lorsque Klitchko était le chien dominant, il va prendre son temps avant de se pointer à une de leurs réunions et doit déjà être en train de parler à ses gars. Donc, je pense que si vous vous adressiez directement à lui, cela aiderait à faire de la gestion de personnalités parmi les trois. Cela vous donne également une chance d’agir vite sur tout cela et nous permettra d’être derrière avant qu’ils s’assoient et qu’il explique pourquoi il n’est pas d’accord.
Victoria Nuland: Ok. Bon. Je suis heureuse. Pourquoi ne le contacteriez-vous pas pour voir s’il veut parler avant ou après.
Geoffrey R. Pyatt: Ok, je vais le faire. Merci.
Victoria Nuland: Je ne me souviens pas si je vous ai dit ou si je n’en ai parlé qu’à Washington: quand j’ai parlé à Jeff Feltman ce matin, il avait un nouveau nom pour le type de l’ONU: Robert Serry. Je vous ai écrit à ce sujet ce matin.
Geoffrey R. Pyatt: Oui, j’ai vu cela.
Victoria Nuland: Ok. Il a obtenu aujourd’hui, à la fois de Serry et de Ban Ki-moon, que Serry vienne lundi ou mardi. Ce serait formidable, je pense, ça aiderait à souder ce projet et d’avoir l’aide de l’ONU pour le souder et, vous savez quoi, d’enculer l’Union européenne.
Geoffrey R. Pyatt: Non, exactement. Et je pense que nous devons faire quelque chose pour le faire coller à nous, parce que vous pouvez être sûre que s’il commence à prendre de l’altitude, les Russes vont travailler dans les coulisses pour essayer de torpiller. Et encore une fois le fait que c’est sur la place publique en ce moment, dans ma tête, je suis encore à essayer de comprendre pourquoi Ianoukovytch […] ça. En attendant, il y a actuellement une réunion d’un courant du Parti des Régions et je suis sûr qu’il y a un débat très animé dans ce groupe à ce sujet. Mais de toute façon, nous pourrions faire tomber la crêpe du bon côté si nous agissons rapidement. Alors laissez-moi travailler sur Klitchko et si vous pouvez juste conserver … Je pense que nous devrions juste chercher à trouver quelqu’un avec une personnalité internationale pour accoucher de notre projet. L’autre question concerne Ianoukovytch, mais nous en reparlerons demain, nous verrons comment les choses commencent à se mettre en place.
Victoria Nuland: Donc, sur ce point, Jeff, quand j’ai écrit la note, Sullivan1 m’a répondu d’une manière très formelle, en disant que j’avais besoin de Biden et j’ai dit probablement demain pour les bravos et pour réussir à faire coller les détails. Donc, Biden est prêt.
Geoffrey R. Pyatt: Ok. Très bien, merci.

Source: ?Oriental Review/www.voltairenet.org/article182063.html, 7/2/14
1    Jacob Sullivan, qui avait été conseiller de Joe Biden, est un des négociateurs du Conseil de sécurité nationale des Etats-Unis.

 
4 Commentaires

Publié par le septembre 21, 2014 dans Uncategorized

 

4 réponses à “Rappel sur l’origine de la crise ukrainienne : une conversation téléphonique à la fin janvier 2014

  1. René Fabri

    septembre 21, 2014 at 11:47

    « Nous aurons besoin de leur parler quatre fois par semaine. » dit Mme Victoria Nuland.

    Quelle ingérence ! Je ne savais pas que c’était à ce point-là.
    Les USA considèrent donc les hommes politiques ukrainiens comme des enfants à qui il faut rappeler sans cesse de faire leurs devoirs, ou des animaux à dresser avec des exercices réguliers qui se terminent sans doute par des friandises ou des réprimandes, ou tout simplement comme des pions en bois qu’ils manipulent. Les peuples n’ont aucune importance pour eux.

    La cause de la défiance envers Klitchko n’est pas expliquée. On se moque volontiers de lui parce que son frère et lui sont des boxeurs, ayant des muscles mais n’étant pas très cultivés et s’exprimant avec difficulté. Mais il y a deux autres facteurs plus gênants pour les Américains. D’abord, il est populaire, et les publicitaires l’ont bien compris en se payant ses services à prix d’or, notamment pour vendre les abonnements téléphoniques de la principale entreprise MTS (ou MTC en cyrilliques). Et ensuite, il est à la fois ukrainophone et russophone, et donc il n’a pas une attitude hostile vis-à-vis de la Russie et du Donbass.

    Pour Robert Serry, j’ai raté un épisode, parce que je ne sais pas qui il est, ni pourquoi il jouerait un rôle intéressant.

     
  2. René Fabri

    septembre 21, 2014 at 12:34

    Merci Nihil. Je vais consulter cette page.

    Par ailleurs, je me suis trompé sur Klitchko. C’était un autre boxeur, Valuev, que j’ai vu sur les affiches de MTS et dans les spots télévisés.

     
  3. Astrolabe

    septembre 21, 2014 at 6:33

    Bien sûr, les EU font ça en permanence. Mais ce qui m’échappe, c’est pourquoi ceux qui interviennent misent sur des gens un peu douteux: Vitali Klitchko est une caricature, toutes ses interviews sont truffées d’absurdités (il répond à une question sur Vladimir, qui EST son frère, par « Vladimir est comme un frère pour moi » qu’est-ce que ça veut dire ?) et à chaque intervention de sa part, il y a une ânerie. Pourquoi les allemands et la CDU sont-ils allés chercher ce type pour fonder son parti « Patrie », et le financer ? Certes, il a un passeport allemand, mais quand même.
    C’était la même chose avec les EU et Saakachvili, dont les réformes en Géorgie ont été conduites avec brutalité et d’une façon absurde. La guerre entreprise contre l’Ossétie du sud était totalement absurde et menée en dépit du bon sens (heureusement !).
    A croire que l’objectif N°1, c’est juste de semer la zizanie, sans prendre en considération la suite des événements et les conséquences (bon, ça ressemble à l’Irak, à la Lybie, etc). Triste.

     

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