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Le milicien rouge « Artem  » : « Nous n’avons pas choisi la guerre, c’est la guerre qui est venue à nous!  »

19 Août

4atLe milicien rouge « Artem  » : « Nous n’avons pas choisi la guerre, c’est la guerre qui est venue à nous!  »

Le milicien au nom de code « Artem » est un vieux pote à moi de « Borotba. » Avant la guerre, il a organisé la jeunesse ouvrière du Donbass dans la lutte contre le fascisme et le capitalisme,  et monté une cellule locale de  l’organisation. Lorsque la guerre a commencé, il ne pouvait pas rester à l’écart et s’est retrouvé dans les rangs de la milice. Maintenant « Artem » est à l’hôpital pour une blessure et j’ai pu lui parler.

– Camarade, dis-moi comment tu t’es retrouvé dans la milice?

– Dès le début des événements sur la Place de l’Indépendance, j’ai eu le pressentiment que cette fois la lutte entre les forces en présence allait atteindre un stade plus dangereux. Par rapport à la révolution « orange » en 2004, en 2014 il y avait déjà beaucoup plus de jeunesse nationaliste organisée, préparée, avec de gros financements. Les groupes ultras avaient grandi et mûri. Par conséquent, c’était un sentiment que cette fois, ils iraient jusqu’au bout et on aurait la guerre civile. La division de la société existait avant, mais c’était, pour ainsi dire, une guerre civile morale, alors que maintenant les nationalistes avaient une vraie occasion de battre, mutiler et tuer les dissidents, et de le faire sous le couvert de l’Etat. Quand j’ai vu la mort de civils innocents, en particulier l’approbation des rares patriotes « pro-ukrainiens » locaux, j’ai réalisé que le temps nous avait tous choisi. Il dépendait seulement de nous de décider comment faire face à la situation. Dans cette situation, je suis venu et j’ai commencé à aider la milice.

– Dans quelle formation de la milice tu te bats?

– l’Armée Unie du Sud-Est.

– Quel genre de tâches de combat as-tu effectuées?

– Diverses. Que cela reste pour le moment un secret militaire.

– Etait-il difficile de passer de la vie pacifique de militant de gauche à celle de combattant?

– Il était difficile de prendre conscience de ce qui se passait et de construire un système qui pourrait expliquer (pour moi) la nature de la guerre. C’est devenu très facile quand directement à Lougansk, j’ai rencontré des communistes, qui refusaient d’obéir aux décisions du Parti communiste et se sont hardiment engagés sur la voie de la lutte. Et quand chez certains des soldats j’ai senti l’esprit du Donbass, qui a toujours eu une attirance pour la lutte contre les riches, et aspirait au socialisme. A Lougansk, c’est très sensible. Et puis la vie pacifique n’était en fait pas tout à fait pacifique. Les menaces des nationalistes (alias « ultras » de football), qui parcouraient les rues de Donetsk et de Lougansk, les pensées douloureuses – comment ouvrir les yeux des gens à la menace de la mise en place du régime nationaliste. C’était la guerre déjà à l’époque, le prologue de la guerre, si vous voulez. J’ai terriblement envie de passer à une vie paisible, de prendre notre destin en mains pour créer un nouveau pays.

– Comment as-tu été blessé?

– Pendant le bombardement de la ville-héros de Lougansk par l’artillerie lourde. Le fait est que la milice non seulement combat sur la ligne de front, mais sur elle repose la responsabilité de protéger la population civile autant que possible lors des bombardements, même au prix de sa propre vie. Les gens sont déjà largement habitués, mais il y a encore de la confusion, de la désorganisation. Auparavant, nous ne pensions pas que les salves punitives dans les quartiers résidentiels n’étaient pas le fait du hasard, maintenant, cela ne fait aucun doute. Par conséquent les habitants de Lougansk sont devenus plus disciplinés.

– Comment évalues-tu les perspectives des opérations militaires dans le Donbass?

– Si on regarde la chronologie des combats depuis le début, on constate comment s’est développée et renforcée la milice. Cependant, les forces sont inégales jusqu’à présent. Mais nous avons un autre allié. Non moins important et dangereux pour l’ennemi. Un vrai  bolchevique comprendra l’importance de celui-ci. Cet allié est l’agitation des soldats ukrainiens contre la guerre. Ainsi, les bolcheviks ont fait campagne contre la guerre impérialiste, il y a exactement 100 ans. Si de plus en plus d’Ukrainiens, qui se battent pour les intérêts des capitalistes ukrainiens et occidentaux commencent également à refuser de se battre ou organisent des comités de soldats contre la guerre, l’affaire est réglée. Et cette tendance existe, c’est déjà évident. Des perspectives, il peut y en avoir deux. Ou les troupes ukrainiennes rasent complètement le Donbass et l’inondent de sang, ou un changement radical se produira, et nous rejetterons l’expédition punitive au-delà des jeunes républiques. Vous comprenez, la paix n’est plus possible au Donbass sous l’autorité de la junte. Parce que en cas de défaite de la milice commencera une période de réaction, de génocide direct et de terreur contre la population. Et les « mouchards » locaux dans ce cas seront très utiles. Pouvez-vous imaginer la Yougoslavie comme un seul Etat, après qu’il a eu lieu une guerre totale? C’est impossible. Seulement en comparaison avec le carnage yougoslave, nous n’avons la haine par rapport à une nation en particulier, comme entre les Serbes, les Croates et les Bosniaques. Si les punisseurs contrôlaient le Donbass, ils auraient à se tenir constamment prêts avec leurs unités militaires et dormir avec une arme à feu. Parce que ce n’est pas une guerre contre les Ukrainiens. Cette une guerre civile, où la junte lutte contre les anti-fascistes.

– L’armée ukrainienne n’est pas aussi faible qu’au le début de la guerre. Comment vois-tu cela de « l’intérieur » – la milice saura-t-elle faire face? Les Républiques populaires pourront-elles résister?

– La milice tiendra, parce que maintenant la milice – ce n’est pas seulement les combattants, mais le peuple entier. Inconsciemment, presque tous se sont mobilisés pour la lutte. La moindre petite chose peut être une aide précieuse, chaque détail – c’est une lutte commune des peuples. Sans soutien populaire rien ne se serait passé. Les gens ne veulent plus vivre à l’ancienne. Les gens veulent vraiment la paix et la tranquillité, mais ils commencent à comprendre que le gouvernement ukrainien engendrera la terreur et la pauvreté.

– Est-il possible de passer à l’offensive?

– Il y aura une contre-attaque, mais pas aussi vite que tout le monde voudrait. Nous le voulons aussi. La tactique de la défense en irrite beaucoup. On a besoin de plus de temps.

– Vous étiez un participant actif de l’Antimaydan, membre de l’organisation de gauche « Borotba » qui de facto est interdite par les autorités ukrainiennes. Aujourd’hui ta ville, où tu vivais avec ta famille, est occupée par les troupes de la junte de Kiev. Y a-t-il un danger pour tes parents et amis? Ils y sont restés ou sont-ils partis?

– Bien sûr, j’ai fait sortir mes parents plus tôt. Mon oncle est également resté et aide la lutte commune. Certains camarades sont partis, mais il en reste beaucoup.

– Dans les médias il y a beaucoup d’informations disant que les gens dans le Donbass s’engagent peu dans la milice, ne la soutiennent pas. Soi-disant, la plupart des miliciens sont des combattants étrangers en provenance de Russie, des Tchétchènes, des Ossètes, etc. Qu’en penses-tu, ces informations sont-elles fondées?

– Sur ce sujet, je voudrais apporter une réponse plus détaillée. Tout d’abord, les habitants du Donbass il y en a de toutes sortes. C’est une guerre civile. La grande majorité, bien sûr, ou bien offre toute l’aide possible, ou tout simplement soutient passivement. A titre d’exemple, la réaction de la population à l’apparition de colonnes de la RPL dans une ville. Les gens agitent leurs mains et crient des mots de gratitude pour les hommes, et ainsi de suite. Beaucoup de grand-mères bénissent au passage les milices. En général, on sent partout l’unité avec le peuple. Nous sommes tous les uns des autres sur notre propre terre. Mais il y a un petit pourcentage de ceux qui n’attendent qu’une occasion pour dénoncer leur voisin à la police secrète ukrainienne, comme ils l’ont fait à Marioupol. Il y a aussi un petit pourcentage de ceux qui s’en foutent complètement, du moment que quelqu’un ouvre un distributeur automatique dans la localité. L’humeur générale des habitants du Donbass s’est radicalisée. Les gens cherchent de plus en plus à régler leur compte aux mouchards. Mais la milice, bien sûr, interdit de se faire justice soi-même.

A propos des « internationaux » dans la milice. Dans la milice oui, il y a des gens différents. Des Ossètes, des Tchétchènes, des Russes et des Ukrainiens. Nous sommes tous des internationalistes et nous en sommes très fiers. Parce que si, à Dieu ne plaise, l’un des frères avait un problème à la maison, même en Russie, les Ukrainiens, les Serbes et les Ossètes, par exemple, viendraient l’aider. C’est l’essence même de l’internationalisme. L’épine dorsale de la milice sont des garçons et des hommes locaux. Il y en a en permanence qui se proposent, mais tous ne sont pas pris. Même un grand-père, un vétéran de la guerre, voulait nous rejoindre. C’est arrivé. Nous avons toujours été des gens très pacifiques dans le Donbass. Dans le cours de cette guerre, beaucoup sont devenus des guerriers, qui savent défendre leurs terres et leurs idées. Par conséquent le Donbass ne peut pas être vaincu, même si les villes sont prises. La lutte ne s’arrêtera pas tant que le Donbass n’aura pas acquis l’indépendance.

Oui, il y a des internationalistes, mais pas des mercenaires. Ils sont chez eux. Comment cela? – demandez-vous. C’est très simple. Le Donbass est un creuset de nations. Il y a beaucoup de nationalités. Les Serbes ont ici plusieurs zones historiques de peuplement . Quiconque  vient ici dans un esprit de paix trouvera une maison ici. Après cela, il ne sera jamais capable d’oublier le Donbass. Nous sommes tous du Donbass. Comme nous le disons parfois – nous sommes tous différents, nous sommes tous rouges (il sourit).

– Qu’est ce qui empêche les gens du Donbass de rejoindre en masse la milice et de protéger leurs terres?

– A mon avis, il manque d’une ligne idéologique claire que les gens comprennent. C’est aussi la crainte de perdre une bonne chope de bière dans les soirées ou de périr sous le feu des « Grad ». Mais s’il y avait une idée claire, comme chez les bolcheviks, par exemple, ce serait différent. Et puis les gens ont pris l’habitude de vivre d’élection en élection, de choisir entre les oligarques de l’Est et de l’Ouest. Personne ne s’attendait à la guerre, et il n’y avait pas d’organisations du type de comités de combat dans chaque village qui seraient prêtes à affronter une telle situation. Nous ne vivons pas au début du XXe mais au début du XXIe siècle. Par conséquent, pour répondre aux défis du temps, nous devons nous y prendre autrement. Il est important de trouver une réponse, une bonne réponse. Les déclarations récentes d’un « volontaire-communiste » répondent pleinement à de nombreuses questions et, je crois, reflètent les opinions de la majorité des combattants des milices. Oui, dès le début, nous nous battons contre l’ « ukrainisme enragé » et le néo-nazisme. En outre, sous le terme  d’ « ukrainisme enragé »  je comprends l’idéologie d’une certaine partie de la population, qui s’est laissée manipuler par des marionnettistes, et non les Ukrainiens ordinaires – nos frères. Les Ukrainiens opposés à la junte sont nombreux, mais ils ont peur et ils n’ont pas d’auto-organisation. Les événements effroyables à Odessa le 2 mai, où sont morts plusieurs de mes camarades, ont « aidé » la junte à étouffer pour un temps les manifestations en dehors du Donbass. Je conclurai par ces mots du «volontaire-communiste »: « Si nous brandissons le drapeau rouge – nous gagnerons cette guerre. » Et j’ajouterai. Et nous aiderons nos frères Ukrainiens à étrangler la vermine fasciste, et leur permettrons de reconstruire eux-mêmes l’Ukraine sans le fascisme. Ayant compris que nous pouvons nous battre contre la machine de guerre, nous comprenons maintenant non seulement contre quoi nous nous battons, mais aussi pour quoi. C’est la clé qui ouvrira les esprits de beaucoup de nos compatriotes, qui se lèveront pour se battre, j’en suis sûr.

– Comment vois-tu l’avenir de l’Ukraine et du Donbass en cas de victoire?

– Je crois que l’Ukraine devrait arriver au socialisme sans le Donbass. Nous pouvons être de puissants alliés. Mais les Ukrainiens ne pourront éradiquer le Banderisme et trouver la voie du socialisme que quand on cessera d’utiliser le Donbass comme un «monstre soviétique » qui « a occupé l’ensemble du pays. » L’hystérie Banderiste est toujours entretenue par l’incitation à la haine entre l’Est et l’Ouest. Sans le Donbass, le Banderisme se résorbera rapidement, car il ne pourra rien faire pour la « prospérité de la nation», et n’aura plus personne à blâmer. Alors, en Ukraine occidentale pourra apparaître un mouvement progressiste. Le droit à l’autodétermination est un droit naturel des peuples, c’est le même que le droit de choisir l’une ou l’autre ville pour vivre.

– Beaucoup de gens disent que la RPD et la RPL sont un projet « blanc», dirigé par des monarchistes, des nationalistes russes et un public similaire. Toi, en tant que communiste et internationaliste, tu soutiens les Républiques Populaires. A ton avis,  la gauche a-t-elle raison de soutenir la Nouvelle Russie? La gauche est-elle en bonne  position dans les organes dirigeants de la République? Y a-t-il beaucoup de gens à gauche dans la milice – parmi les soldats ordinaires et les commandants?

– Cette question est probablement centrale. Au début, les hommes allaient défendre leurs maisons et leurs familles, sans penser sérieusement à l’idéologie. En outre, rassembler les gens à l’époque sur la lutte du peuple pour le pouvoir des Soviets, était pratiquement impossible. Bien que la quasi-totalité des gens, au fond d’eux-mêmes, sont au moins socialistes. Je veux parler d’un certain «idéal», que voudraient réaliser les habitants ordinaires du Donbass. Ne serait-ce qu’au niveau de la conversation sur un banc au pied de l’immeuble.

Des miliciens combattants qui se considèrent comme communistes et internationalistes, il y en a beaucoup. Je note aussi le rôle du « Front des travailleurs de Lougansk » (anciennement le comité régional du Parti communiste), dont les membres ont refusé d’obéir à la « direction officielle du Parti » et ont opté ouvertement pour la République. D’où le changement de nom. Il y a des anarco-communistes qui étaient mécontents que leurs «frères» à Kiev se soient entendus avec le néo-nazis et aient commencé avec enthousiasme à aider à tuer nos compatriotes. Beaucoup ne sont pas dans des organisations, mais simplement se positionnent en tant que communistes et internationalistes. C’est un tel melting pot que personne ne se demande même qui est de quelle organisation. On est communiste – et puis voilà. Il n’y a aucun nationalisme à Lougansk. Les Cosaques du Don s’entendent parfaitement avec les communistes. La plupart des Cosaques que j’ai rencontrés ressemblent plus aux cosaques qui ont combattu pour la République soviétique du Don. Il suffit d’évoquer ce drapeau tricolore russe, avec l’inscription « Antifa » (sourire). Cet épisode explique beaucoup de choses. Les gens se sont élevés contre la menace du nationalisme ukrainien, ont cherché des alliés contre les radicaux armés. La Russie a toujours été une «mère» ici, de toute façon. Par conséquent on a levé le drapeau de la Russie. Mais l’inscription anti-fasciste symbolise un second côté, l’essence intérieure des peuples du Donbass – contre toute forme de nationalisme, pour l’internationalisme et l’anti-fascisme.

À propos de commandants, aucun d’entre eux ne se déclare ouvertement communiste. Mais tous ont évoqué leurs convictions internationalistes, leurs opinions anti-fascistes. Par exemple, Alexander Mozgovoï, le commandant du bataillon, « Prizrak », a maintes fois parlé ouvertement de la lutte contre les oligarques pour les intérêts du peuple, et prouvé ses paroles par des actes. Il n’y a pas de projet « blanc ».  Non, car il serait complètement désastreux pour le Donbass. Historiquement, les travailleurs ont combattu ici les Blancs, ils ont soutenu pleinement le pouvoir soviétique. Mentalement, tous sont « rouges » et pas « blancs ». La guerre consolide les gens, éveille en eux une mémoire historique, puis une conscience de classe.

En conclusion, je voudrais dire que ce n’est pas le sectarisme, mais la dialectique qui aide les internationalistes à comprendre l’essence de la situation, à voir au-delà des formes bizarres le vrai contenu, et à faire le juste choix, même si c’est un choix difficile. Et j’ajoute. Mes compatriotes, mes frères. Rappelez-vous que vos ancêtres ont versé leur sang sur cette terre pour la victoire du prolétariat, n’oubliez pas que le Donbass moderne a été construit par les efforts incroyables de la classe ouvrière, la victoire sur les nazis. Le Donbass est un véritable monument de la construction socialiste. N’oubliez pas qui vous êtes. Ne devenez pas des mutants, restez vous-mêmes. Gloire au Donbass et à la solidarité internationale des travailleurs!

Interview réalisée par Victor Chapinov

 
4 Commentaires

Publié par le août 19, 2014 dans Uncategorized

 

4 réponses à “Le milicien rouge « Artem  » : « Nous n’avons pas choisi la guerre, c’est la guerre qui est venue à nous!  »

  1. liodefrance

    août 19, 2014 at 8:15

    A reblogué ceci sur Histoires de Franceet a ajouté:
    Quel est l’état d’esprit des miliciens du Dombass ?

     

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