RSS

MH17 par Jacques sapir

20 Juil

1-crimee-1980-urss-otan-cassini19 juillet 2014
Par Jacques Sapir

La destruction du vol MH17 de la Malaysian Airlines le 17 juillet a suscité une intense et justifiée émotion. Les revendications et accusations contradictoires se sont succédées. Les informations disponibles pour le grand public sont extrêmement fragmentaires. On peut, cependant remarquer certaines incohérences dans la mise en cause, du côté des gouvernements de l’OTAN et de la presse de ces pays des insurgés ukrainiens.

Un chose semble (mas nous verrons qu’elle n’est pas certaine) acquise, c’est que la destruction du Boeing 777 de la Malaysian Airlines est due à un missile Sol-Air. Il faut alors rappeler quelques faits de base concernant ces missiles. Leur portée et l’altitude qu’ils peuvent atteindre dépendent de l’énergie contenue dans le combustible de leur moteur fusée. Mais, cette portée et cette altitude dépendent aussi des caractéristiques de leur cible potentielle. Face à un avion rapide la portée sera plus faible que face à un avion lent. A contrario, un avion lent sera plus vulnérable à une certaine altitude qu’un avion rapide.

I. De quelles armes disposent les insurgés des région Est de l’Ukraine ?

Jusqu’à maintenant ces insurgés ont fiat usage de missiles portables, et tirables à l’épaulé. Ces missiles sont des descendants du SAM-7 « Strela » utilisé par les forces soviétiques. Il s’agit très probablement du SAM-18 (code OTAN « Grouse »). Ce missile atteint une vitesse maximale de 800 m/sec. Il est capable d’intercepter un appareil volant à 450 m/sec à 3500 m d’altitude. Mais, si la vitesse de l’appareil visé est inférieure, il peut être atteint bien plus haut. Néanmoins, il est exclu qu’il puisse atteindre un avion volant à 10 000 m et 250 m/sec (900 km/h) comme le Boeing 777 du vol MH17. Les caractéristiques de cet appareil impliquent un missile plus lourd, et l’un des « coupables » présumés est le système d’arme SAM-17 ou un SAM-11 plus ancien, ces deux missiles étant appelé « Buk » par les Russes.

Cependant, des informations concordantes, provenant de la presse ukrainienne et du site du ministère de la défense d’Ukraine, établissent que les insurgés n’auraient pas eu à leur disposition le système d’arme Sol-Air « Buk » (SAM-17 pour l’OTAN)[1]. Bien entendu, la déclaration du ministère de la défense date du 29 juin. Il n’est pas complètement impossible que les insurgés aient pu se procurer ce type d’équipement entre le 29 juin et le 17 juillet ou le remettre en état. De même, il n’est pas complètement impossible que l’armée russe soit entrée dans les deux provinces insurgées. Mais, cela aurait provoqué une très forte réaction internationale, car ce type de mouvement ne peut rester secret, compte tenu de l’ampleur des moyens de surveillance électronique déployés dans la régions ( avion AWACS de l’OTAN S-3 Sentry volant au-dessus du territoire roumain). Or, l’OTAN n’a nullement réagi.

II. Procédures de tir

Un point important concernant le SAM-11/17 est qu’il nécessite l’emploi de deux radars. Contrairement aux missiles portables comme le SAM-18, son guidage n’est pas à infra-rouge mais fait appel à ce qui est appelé un « radar semi-actif ». Le missile se guide sur les ondes qui sont envoyés par un radar à terre, sur son véhicule de tir (le TELAR) qui doit donc éclairer en permanence la cible. Mais, il nécessite aussi un radar de contrôle de l’espace aérien et d’acquisition pour que cette cible soit désignée. Le radar d’éclairage et d’écartométrie est le système « Kupol » (code OTAN « Snow Drift ») qui travaille en bande H/I. Le radar de contrôle et d’acquisition est le modèle 9S35 (code OTAN « Fire Dome »). La portée de ce radar est de 85 km. Par ailleurs, les batteries de missiles sont souvent intégrées dans des ensembles (brigades de défense anti-aérienne) dotés de radar de détection à plus longue portée (250 km).

Le tir implique une première acquisition par le « Fire Dome » avant que le radar « Snow drift » puisse entrer en action et guider le missile. Le SAM-11/17 est un système complexe qui exige un personnel bien entraîné et dont la formation est longue.

III. Incohérences du lieu du crash.

Le lieu du crash se trouve entre les villes de Snezhnoye et de Torez. Mais, l’appareil, dont la trajectoire était nord-ouest / sud-est, a du être touché bien plus à l’ouest. En effet, compte tenu de sa vitesse (900 km/h) et de son altitude (10 000m), même s’il s’est partiellement désintégré, il a nécessairement continué sur sa trajectoire. L’explosion au sol montrée sur les différentes vidéo du crash indique qu’une partie substantielle de l’appareil (dont le poids au décollage est de 300 tonnes) s’est écrasée. Un calcul simple indique que l’avion a été touché à 30 km du lieu où il s’est écrasé. Compte tenu des délais d’acquisition du missile et de la batterie qui le sert, cela veut dire que l’acquisition elle-même a dû se faire probablement 50 km à l’ouest (sur la trajectoire de l’avion) du point d’impact. Cela porte à 80 km la distance du lieu du crash. Cela impliquerait que le radar « Fire Dome » se trouverait bien plus à l’Ouest que ce qui est affirmé aujourd’hui tant par les sources américaines qu’ukrainiennes. Il est en effet quasi impossible, sans radar de détection à longue distance, de commencer une procédure de tir en limite de portée. Si l’avion MH17 de la Malaysian Airlines avait été touché par un missile provenant d’une batterie située là où l’affirment les sources américaines et ukrainiennes, l’avion aurait dû s’écraser 20 à 30 km à l’est de son point d’impact. Autrement dit, le lieu du crash n’est pas cohérent avec l’hypothèse d’un missile tiré depuis là où l’on prétend qu’il l’a été. Pour s’écraser sur le lieu du crash, si l’avion a bien été abattu par un missile « Buk », il a du être atteint par un missile tiré depuis le territoire contrôlé par les forces ukrainiennes.

IV. Les précédents.

Il convient alors de se rappeler les incidents précédents de ce type. Nous avons la destruction d’un Tupolev-154 en 2001 par les forces ukrainiennes[2] et la tragédie du vol KAL-007 dans les années 1980. Dans ce cas, il est établi que les forces soviétiques ont confondu l’avion coréen avec un avion de reconnaissance électronique américain dont la trajectoire était quasi-identique. Quand l’avion de reconnaissance a fait demi-tour, il a été confondu avec un ravitailleur en vol et l’avion coréen pris pour l’avion de reconnaissance. L’incident du Tupolev-154 a eu lieu au-dessus de la Mer Noire, et il est vraisemblablement dû à un tir d’entraînement.

Les insurgés ont aussi abattu, début janvier, un Antonov-26, qui volait à 6500m. Mais, cet avion a une vitesse de croisière bien plus basse que celle du Boeing du vol MH17. Il ne dépasse pas 500 km/h. Il est parfaitement possible qu’il ait été abattu par un SAM-18. Le fait que les deux pilotes aient survécu (et se soient parachutés) alors qu’il n’y a eu aucun survivant du vol MH17 confirme que la charge militaire du missile qui a touché l’Antonov était de faible puissance, ce qui indirectement confirme l’hypothèse du SAM-18.

V. Un tir russe ?

Il faut maintenant revenir sur l’hypothèse d’un tir russe. Cette hypothèse implique que des unités de défense aériennes de la Russie opèrent au profit des insurgés. C’est possible, mais politiquement et militairement incohérent. Les insurgés ont eu a souffrir d’attaques aériennes à basse altitude (hélicoptères et avions d’assaut SU-25) et surtout de l’artillerie ukrainienne qui n’hésite pas à bombarder des cibles civiles. Si la Russie voulait aider les insurgés, c’était bien plus en fournissant des moyens de contre-batterie (dans l’artillerie) ou une défense anti-aérienne locale (avec le système « Tunguska ») qu’elle l’aurait fait. On ne peut pas exclure cette hypothèse, mais elle est très peu probable.

VI. Un tir ukrainien ?

On a déjà dit pourquoi, si l’avion a été abattu par un missile (ce qui n’est pas encore complètement acquis), il est plus que probable que ce missile ait été tiré du côté ukrainien. Mais, on peut se demander pourquoi l’armée ukrainienne aurait-elle déployé ce type de système alors que les insurgés n’ont pas d’aviation. Seulement, il faut se souvenir que l’artillerie ukrainienne a bombardé une ville russe sur la frontière au début du mois de juillet, et que le gouvernement russe a menacé l’Ukraine de frappes ciblées. Ces frappes auraient visé les moyens de l’artillerie ukrainienne qui sont aujourd’hui la principale menace pour les insurgés. Il est alors logique que l’armée ukrainienne ait déployé des moyens de défense anti-aérienne. Compte tenu des précédents, on peut s’interroger sur le fait que l’Armée ukrainienne ait pu confondre le vol MH17 avec un vol militaire russe, en provenance du Belarus et cherchant à prendre « de dos » les forces déployées contre les insurgés. Ce n’est, certes, qu’une hypothèse, mais elle serait cohérente avec le lieu du crash.

[1] http://www.pravda.com.ua/rus/news/2014/07/18/7032278/ et http://www.mil.gov.ua/news/2014/06/30/teroristi-ne-zahoplyuvali-bojovu-tehniku-chastin-protipovitryanoi-oboroni-zbrojnih-sil-ukraini-v-doneczku/

[2] http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/europe/ukraine/1359353/Ukraine-admits-it-shot-down-Russian-airliner.html

 
5 Commentaires

Publié par le juillet 20, 2014 dans Uncategorized

 

5 réponses à “MH17 par Jacques sapir

  1. Cool

    juillet 20, 2014 at 12:11

    Enfin, heureusement qu’il y a des gens pour prendre le temps d’opérer un véritable travail de réflexion et d’analyse loin de la gesticulation ridicule des médias dominants !

     
  2. pascal grandjean

    juillet 20, 2014 at 2:58

    Je rejoins le commentaire précédent, ici on a des éléments dans le sens de ce que je tendais à penser hier sur la distance de chute et le point d’impact de l’avion au sol même si les débris sont dispersés sur 15 à 30 km.

    Pour le reste gardons nous de nous précipiter pour imputer à l’un ou l’autre la responsabilité, une longue enquête si elle est impartiale le démontrera peut être…

    Les américains avancent des accusations en ce début d’après midi en affirmant que c’est du matériel russe alors que jusqu’à plus ample informé aucun rapport d’analyse sur les débris n’a pu être débuté.

    S’il est probable que ce soit le fait d’un missile , aucune preuve ne l’atteste, et a fortiori cela pourrait être aussi un missile air air donc en provenance d’un autre avion et pourquoi écarter si vite la présence d’un explosif à bord au seul motif que l’avion survolait une zone de combat ?

    A méditer et ne pas s’emporter dans un sens ou l’autre.

     
  3. fred

    juillet 20, 2014 at 3:16

    Oui enfin la portée dépend pas mal de la trajectoire de la cible aussi hein !
    un avion à 10 nm se rapprochant à 900km/h est virtuellement plus proche qu’un avion à 10 nm s’éloignant à 150 km/h
    Pour le reste franchement ces querelles de pseudos experts sont ridicules, la région est en guerre cette avion civile n’avait rien à faire là et arrétons avec ces arguments de controleurs aérien de bureau il avait un transpondeur! La ruse fait partie de l’art de la guerre, les types ont autre chose à foutre que d’interroger le who’s who et ne sont probablement pas équipés pour.
    La seule question valable est : comment peut-on autoriser le survol de ce territoire? N’est ce pas une incitation à la bavure ?

     
  4. Scharapow Vladimir

    juillet 20, 2014 at 7:41

    J ‘ avais beaucoup d ‘ estime pour Mr. Sapir , mais là tout vient de s ‘ écrouler . Il part de l ‘ hypothèse que la détection de l ‘ avion fut effectuée à la verticale de la batterie du missile , ce qui explique les distance d ‘ acquisition , puis de poursuite des radars . Or les radars détectent un mouvement aérien des centaines de KM avant que les aéronefs ne soient à leur verticale . Le scénario le plus probable , et le plus plausible , est que , les pro-russes , voyant approcher une menace estimée , aient pris les mesures nécessaires pour l ‘ abattre , et ce bien avant que l ‘ avion ne les ait encore survolé . Deux cas de figures se posent : soit le tir fut très précoce , et le missile frappa de FRONT l ‘ avion , soit il fut plus tardif et il frappa par l ‘ ARRIÈRE . C ‘ est ce que les analyses devront déterminer . C ‘ est très bien de donner des informations techniques à foison , mais trop d ‘ information tue l ‘ information . Ça peut émouvoir un péquenot de base , mais vous n ‘ êtes pas le seul à posséder des bases techniques aussi fouillées . C ‘ est dommage , mais je vais devoir jeter tous vos livres au feu !!!

     
    • Réginald

      juillet 22, 2014 at 12:59

      « le plus plausible, est que, les pro-russes » ; désolé à mon tour je vais devoir jeter vos commentaires vous partez de l’hypothèse que ce sont des pro-russes qui ont fait le coup.

      Or les « pro-russes » (les milices résistantes d’auto-défense du Donbass…) ne sont pas, jusqu’à plus informé équipées de tels systèmes (systèmes qui supposent une équipe de spécialistes pour la mise en oeuvre. Donc poubelle le commentaire ! Il n’y a pas de raisons que Sapir soit le seul puni.

      Le plus possible est que ce soient les nazillons de parracha & Co qui aient fait le coup. D’ailleurs, que faisaient ces 27 rampes de missiles sam autour des zones de combat. C’est tout de même pas pour se défendre de l’aviation inexistante de DNR ? Et si c’est pour protéger Kiev, des attaques aériennes, alors, faudrait que Tourchinov fulmine et que Lyachko s’en mêle pour punir les incapables car à cette distance, un BUK, même en rut, ne couvrira pas Kiev.

      En fait, l’hypothèse d’un avion tueur semble de plus en plus crédible. Pas de panache (10 km de trajectoire, ça laisse des traces !) de missile vu par les divers témoins du drame. En revanche, les Russes ont détecté des signaux d’objets volants traficotant à proximité du Boeing.

      Les pilotes de la chasse ukrainienne n’ont, semble-t-il, aucun état d’âme pour bombarder et tirer sur des civils depuis des semaines. Un Boeing, ce n’est jamais qu’un village circulant dans les airs. Donc pas d’états d’âme non plus (question théologique à deux griven pour le clergé uniate de Lvov : les pilotes de la junte putschiste ont-ils une âme ?).

       

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :