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Perspectives communistes dans l’ex-Union soviétique par Danielle Bleitrach

07 Juin

images La démocratie, oui mais pas celle-là…

puisque j’ai pris quelques jours pour murir la somme d’expériences et de rencontres faites ici, je voudrais dégager ce qui me paraît aujourd’hui tout à fait essentiel dans l’ensemble de ces contacts. Dans la confrontation impressionniste, sur le terrain, avec des gens très différents mais qui ont contribué chacun à leur manière à désignerr une réalité qui nous concerne sans que nous en ayons tout à fait conscience. Donc quelques hypothèses…

le handicap des partis communistes: avoir laissé s’effondrer l’Union Soviétique…

Yéfim Zaïdman dont j’ai fait la connaissance à Yalta, est un homme à paradoxes plutôt qu’à préjugés. Au point qu’ on a parfois du mal à suivre ses prises de position<; ainsi il est convaincu que les Ukrainiens ne tiennent plus les rènes de leur pays et ce depuis pas mal de temps. Il affirme que l'Ukraine à laquelle il n'appartient plus puisqu'il est de Yalta, était bel et bien démocratique et il ajoute "trop" puisque les Etats-Unis en ont profité selon lui pour totalement infiltrer le pays.Ce contre quoi il se bat parce que Russes, biélorusses et Ukrainiens sont un seul et même peuple et qu'on imposé de longue date ce qui aujourd'hui détruit ce pays, les agents américains qui ont tout infiltré à Kiev ont tout fait pour qu'il en soit ainsi.

En France, on penserait qu'il est "complotiste", mais son discours alors qu'il n'est pas membre du parti communiste et s'est retrouvé à plusieurs reprises brisé dans sa carrière d'ingénieur en informatique parce qu'il a été considéré comme "sioniste", résonne étrangement avec celui de ce dirigeant du Parti Communiste d'Ukraine que nous avons rencontré. Il admet une culpabilité historique, nous nous sommes laissés avoir, nous avons cru à la peretroiska et le temps de se réveiller il était trop tard. Il reconnaît qu'ils n'ont rien vu venir et que c'est là leur grande faute. Il nous raconte cette rencontre avec des dirigeants du parti communiste chinois à qui il a demandé :"Mais comment vous êtes vous maintenus à la tête de l'Etat chinois? ", le dirigeant chinois lui a répondu d'abord qu'ils avaient regardé les erreurs du parti communistes d'Union soviétique, et la première leçon qu'ils en avaient tiré c'était de ne jamais dire à personne, même pas au parti communiste d'Ukraine, leur méthode de gouvernance en tant que communistes pour que l'ennemi n'en sache rien. A personne même pas vous."

Ces deux réflexions, mais aussi le silence du jeune patriote russe rencontré dans l'avion et qui, comme la majorité des Russes, voit dans l'Union Soviétique une grande période de l'Histoire de la Russie, nous donne tout à coup une autre vision du handicap réel pour le monde Russe et même anciennement soviétique dont souffrent ici les communistes.


Deux interprétation de l’Histoire et donc de l’avenir

Dans une certaine mesure ce qui partage l'Ukraine est moins le fait de parler Russe ou non, en fait la majeure partie de la population est russophone y compris à Kiev, mais la manière dont ils jugent l'expérience de l'Union Soviétique. A l'Ouest, comme dans certains pays socialistes comme la Pologne, l'Union Soviétique est considérée comme une parenthèse désastreuse qu'il faut très vite fermer et surtout empêcher le retour. Pour cela on table sur l'intégration européenne mais plus encore sur des liens privilégiés avec les Etats-Unis, ceux-ci étant considérés comme du temps de la guerre froide comme le vrai bouclier face à l'expansionnisme soviétique. Du point de vue idéologique, cela peut d'ailleurs s'appuyer comme en Ukraine, dans les pays Baltes avec une reconstitution de l'Histoire qui fait la part belle aux anciens nazis. Ce qui d'ailleurs offre à ces derniers un champ inespéré puisqu'il y a réellement des avancées démocratiques, des réformes institutionnelles mais qui débouchent sur des coalitions impuissantes autour d'intérêts individuels et surtout se combinent avec la montée des inégalités, le chômage et la misère.


Les deux fers au feu du capitalisme

Dans un tel contexte, les Etats-Unis favorisent et financent à la fois des révolutions de couleur avec des jeunes gens épris de modernité et des groupes d'extrême-droite. Les Etats-Unis ont un double fer au feu: une petite bourgeoisie rêvant de libération, d'un mai 68 permanent, de consumérisme, mais le financement est également distribués aux secteurs les plus conservateurs, ceux qui voient dans la démocratie, la chienlit et rêvent d'un pouvoir fort. Terminer la fête par une solution à la chilienne avec un pouvoir fasciste faisant rentrer tout le monde à la niche. On finance à la fois la gay pride et pravy sektor.

La démocratie qui conduit au fascisme et à la vassalité n’est pas la bonne

A l'inverse, toute une partie de l'ex-Union soviétique et en particulier les peuples russes ne voient pas du tout les choses de cette manière. Et au risque de faire subir un choc à la majorité de mes lecteurs, je suis à peu près convaincue que le plus gros handicap qu'aient à affronter alors les communistes c'est d'avoir par leur incapacité à gouverner entraîné la chute de l'Union soviétique. Dans les pays qui ont cette vision historiquement positive de l'Union soviétique, voir du socialisme, comme une importante partie des peuples yougoslave, de la Bulgarie, de la Moldavie et d'autres, voir de petites enclaves qui aspirent à l'autonomie ci et là, les communistes, enfin le parti communiste, doivent au meilleur des cas faire leurs preuves ou pire ils sont totalement déconsidérés de n'avoir pas su préserver l'Union soviétique. Le mépris qui s'attache au dernier Secrétaire de l'Union soviétique, Gorbatchev, plus encore qu'à Eltsine c'est d'avoir été stupide, de s'être laissé berner et d'avoir entraîné tout le monde dans ses imbécilités type peretroiska.
Une telle vision sous estime incontestablement les facteurs objectifs de crise du socialisme, la nécessité du changement autant que les effets de la crise du capitalisme; l’effort de guerre permanent. la principale erreur a été sans doute le caractère tardif et erroné des mesures prises et c’est là-dessus qu’a pu jouer l’emprise de la CIA, l’infiltration qui a donné son maximum dans les privatisations, l’abaissement des résistances institutionnelles. Il reste encore à faire une véritable analyse, mais la vision d’un Gorbatchev qui s’est fait manipuler comme un imbécile est forte comme la manière dont d’anciens cadres se sont rués sur le partage des richesses.
Et de surcroit il y a ce que cette révolte du Donbass a fait percevoir à des communistes « occidentaux » comme moi, le fait qu’effectivement la fin de l’Union Soviétique a été le résultat de manoeuvres de sommet; que jamais le peuple n’a été consulté et que quand il l’a été lors du référendum de 1991, à l’exception des pays baltes, il a voté pour le maintien de l’Union soviétique… Que son avis n’a jamais été respecté et qu’au bout de 23 ans d’expérience, ils disent ça suffit.


Ca ne peut plus durer !

D'où une vision que certains qualifieraient de "complotiste", mais que l'on retrouve chez la plupart des gens qui en ont assez des désordres du Maïdan, de la vie tous les jours plus difficile, des pensions qui ne sont pas payées et de la démocratie devenue foire d'empoigne entre oligarques véreux, arbitrés par des rébellions financées par les Etats-Unis et qui se reproduisent à échéances fixes comme les crises à propos du gaz ou les jeux autour des privatisations. C'est-à-dire l'immense majorité de la population, simplement les uns voient la solution dans l'Europe, les autres à cause de leur histoire, mais aussi tout bêtement du fait que leurs liens en particulier économiques se font avec la CEI et la Russie regardent du côté de nouvelles formes d'intégration voisines de l'ex-URSS.

Il serait trop facile d'en déduire que ces derniers ne veulent pas de la démocratie, là encore nous serions en plein contresens si nous imaginions cela. Ils ressemblent en cela à Yéfim Zaïdman, dont j'ai dit que c'était un homme à paradoxes plutôt qu'à préjugés. De la démocratie, ils revendiquent la base, la défense de leur souveraineté. Charbonnier est maître chez soi et il n'est pas question que des marionnettes dont les fils sont tirés par les Etats-Unis viennent les provoquer y compris en prétendant abattre les statues de Lénine ou imposant à la maternelle l'apprentissage de poèmes de Pouchkine traduits en Ukrainien ou pire encore la réhabilitation de Bandera.
Et pour cela il ne faut pas être na<îf. Nous aurons l'occasion de revenir sur l'analyse qu'il fait de l'existence d'un complot en utilisant une partie de Tatars de Crimée et qui aurait répandu le sang dans toute la presque île si les autorités de la République autonome et l'armée russe n'avaient pas anticipé. Ne croyez pas qu'il s'agisse d'un racisme anti-tatar, en son temps, il s'est battu pour leur réhabilitation en tant que peuple tout en décrivant sans complaisance le rôle joué durant l'occupation par une grande partie d'entre eux. Comme il a voté pour Timochenko, enfin son parti, parce que le parti des régions était pour lui la corruption incarnée et elle était en prison, ce avec quoi il n'était pas d'accord.
Non ils cherchent une autre démocratie et le font non sans pragmatisme. C'est par rapport à cette exigence que le parti communiste qu'il s'agisse de celui de Russie ou celui d'Ukraine doivent faire leur preuve. On ne comprend rien à ce qui se passe en Crimée, dans le Donbass si on ne mesure pas que la nostalgie soviétique s'accompagne d'un grand scepticisme et d'une volonté de contrôle démocratique. Ils sont même prêts à mourir pour cette démocratie là…
La manière dont nos médias passent avec une extraordinaire rapidité aux conclusions concernant ces peuples, leurs combats, leurs révoltes leurs aspirations et leur capacité à joindre l'action et la parole me parait non seulement partisane mais totalement ignare. Il n'y a pas des identités tranchées, des communautés qui s'opposent les unes aux autres à cause de leur origines, mais une interpénétration, un mixage en devenir et c'est tant mieux.

Conclusion: lutte internationale contre le fascisme

Enfin en matière de conclusion provisoire, je voudrais souligner chez la plupart de mes interlocuteurs qui se reconnaissent dans cette expérience historique est la conscience forte d’un danger de fascisation du capital. Ils sont frappés par la manière dont les Etats-Unis et leurs alliés utilisent de plus en plus ouvertement que ce soit ici ou dans les pays arabes des forces fascistes quitte à subir jusque chez eux les effets de telles alliances… A ce titre l’inquiétude manifestée par rapport à Pravy Sektor fait partie de cette fascisation face à laquelle une réponse internationale des communistes et des forces progressistes s’impose. J’ai été très heureuse de constater leur méfiance à l’égard de Marine Le pen et d’autres fascistes qui semblent faire la cour aux Russes, à Poutine. Ils craignent comme la peste ce genre de confusion pour attirer la jeunesse. Dans le fond pour revenir à lui, c’est ce qui hérisse le poil de Yéfim Zaïdman, il est entré en tant que juif patriote russe dans un Front antifasciste.

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3 Commentaires

Publié par le juin 7, 2014 dans Uncategorized

 

3 réponses à “Perspectives communistes dans l’ex-Union soviétique par Danielle Bleitrach

  1. adryana88

    juin 7, 2014 at 8:34

    A reblogué ceci sur adryana88.

     
  2. adryana88

    juin 7, 2014 at 10:00

    Bonsoir Danielle, merci d’abord pour le travail de terrain de vos derniers billets qui nous permettent de faire abstraction de la distance géographique qui nous sépare de la Crimée et de nous rendre les gens qui y habitent si proches. Il y a tellement de choses à dire !

    Sur Gorbatchev, j’ai lu il y a quelques jours un texte qui apparemment était de lui, et qui m’a beaucoup surpris, mais je dois le retrouver.
    Je mets ci-dessous deux articles qui sont annexes je crois au sujet développé ici, et il me semble que l’argumentation des deux lus ensemble, tient une cohérence, rejoignant ce que vous dites à propos de fascisation du capital.

    Sergio Cararo : L’Union Européenne devant elle-même

    07 JUIN 2014

    http://blogs.mediapart.fr/blog/segesta3756/070614/sergio-cararo-lunion-europeenne-devant-elle-meme

    L’Ukraine comme le Chili. Forbes : « Kiev a besoin d’un Pinochet »

    de Marco Santopadre

    Contropiano.org

    mercredi, 28 mai 2014

    « L’Ukraine d’aujourd’hui, de la même manière que le Chili de 1973, est en train de vivre des changements historiques. Le processus n’est pas facile et il semble que le pays ne pourra pas le traverser sans ‘un Pinochet’ ukrainien. Sans celui-ci, il se peut qu’il n’y aura pas de réformes. » A tracer un parangon aussi explicite entre le putch fasciste au Chili de 1973 et la situation qui s’est déterminée à Kiev par le putch nationaliste de février dernier, est l’analyste Ivan Kompan, sur le dernier numéro de l’édition locale de la revue internationale ‘Forbes’. Le message est clair : l’Ukraine a besoin d’ ‘un Pinochet’. Parce que, explique le même Kompan, « ce fut Pinochet qui permit de convertir le pays sous-développé en une des économies qui eurent le plus de succès en Amérique Latine (…) C’est démontré soit par la note ‘A’ de l’Agence S&P, soit la vingtième place atteinte par Santiago dans la liste des pays les moins corrompus du monde » argumente l’analyste de Forbes. Tout en recommandant la même recette à Kiev, bien que sans mentionner ouvertement la répression sauvage qui accompagna pendant des décennies le soi-disant ‘miracle chilien’. Mais Kompan admet les homicides et la torture de dizaines de milliers de personnes, la négation des libertés démocratiques les plus basiques, politiques et syndicales, tout en commentant uniquement que « la figure de Pinochet est ambigüe » (!)

    Une économie détruite, pauvreté, défiance et conflits entre les différentes parties du pays sont des traits communs entre l’Ukraine d’aujourd’hui et le Chili de 1973, affirme Kompan, qui s’arrête ensuite sur une vraie exaltation des arguments typiques du fascisme : « il y a 40 ans au Chili apparut un stratège qui promit peu mais fit beaucoup. C’est ce dont nécessite l’Ukraine, envahie par les ‘mouches’, des personnages politiques dont les seules différences sont les noms des partis politiques respectifs ».

    « Le grand mérite du général Pinochet a été de ne pas craindre de miser sur un groupe de citoyens chiliens formés à l’Université de Chicago et dans d’autres facultés états-uniennes : jeunes, éduqués et formés dans l’esprit du libéralisme classique. Les ‘Chicago Boys’ furent la source de beaucoup d’idées qui permirent les réformes économiques et furent en mesure de les mettre en pratique. Il y a plus : le général a donné au pays la possibilité d’engager des réformes à long terme et mit ainsi fin au ‘populisme au regard court’, une arme fréquente des politiciens ukrainiens » explique le journaliste. Qui ajoute : « le programme qui établit les objectifs des réformes économiques radicales du marché libre – appelé ‘la brique’ à cause de l’épaisseur du document final – réussit à convertir le Chili en un pays moderne et à transformer complètement la société. (…) C’est impossible de dire que le programme chilien pourrait changer l’Ukraine, chaque état a de nombreuses spécificités nationales, sociales et démographiques. La leçon principale de l’histoire du Chili n’est pas le contenu des réformes, mais les caractéristiques des auteurs et de ceux qui les accomplirent. Il nous reste à espérer que enfin, l’Ukraine puisse avoir ses ‘Chicago Boys’ afin qu’ils transforment un Etat féodal et oligarchique en un pays capitaliste et démocratique.’ conclut Kompan non sans avertir que, étant donné que le défi est compliqué, il ne pourra avoir du succès sans un ‘Pinochet ukrainien’.

    L’éloge de la voie fasciste au capitalisme – qui décrit bien les événements en cours à Kiev et contredit les lectures de ceux qui parlent d’un choc entre puissances à l’intérieur desquelles ce n’est pas le cas de prendre position – pourrait représenter le délire d’un inconnu et non influent journaliste local. Mais ce n’est pas ainsi, étant donné que la revue ‘Forbes’ – connue pour le classement annuel des hommes les plus riches et puissants du monde – est l’un des plus influents et importants instruments d’affirmation de l’idéologie états-unienne et des intérêts de Washington sur la planète.

    http://contropiano.org/internazionale/item/24290-l-ucraina-come-il-cile-forbes-kiev-ha-bisogno-di-un-pinochet

     

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