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Mais qui sont les véritables alliés des nazis en Amérique latine ? par Danielle Bleitrach

13 Avr

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Barbie agent secret en Bolivie

On sait qu’outre les conseils éclairés des anciens de l’Armée française en matière de torture et la formation irremplaçable dans ce domaine de l’Ecole des Amériques sous la houlette des Etats Unis, bien des dictatures d’Amérique latine ont bénéficié des services empressés d’anciens nazis, le cas Barbie en Bolivie en est un parmi d’autres, Un livre récent, publié en Allemagne,  s’interroge sur ce qu’il advenu des  » centaines de meurtriers de masse nazis qui, après la capitulation de l’Allemagne, ont fui en Amérique du sud, une poignée seulement ont été traînés  devant les tribunaux (1). Comment tant de criminels, dont la culpabilité n’était pas douteuse, ont-ils pu bénéficier d’une telle impunité? » s’est interrogé Felix Bohr dans le Spiegel dans son compte-rendu.  Ce livre qui vient de  sortir est celui de l’historien Daniel Stahl et il apporte de nouvelles pièces à un phénomène bien connu qui est l’exfiltration des anciens nazis et l’aide apportée par les gouvernements et organisation internationale pour qu’ils mènent la lutte anticommuniste dans la remuante Amérique latine. Stahl  écrit que les nazis ont bénéficié d’une « coalition des mauvaises volonté ». Parmi cell-ci  on trouve des policiers français qui craignaient que l’on découvre leur passé collaborationniste. Mais il est clair qu’il n’y a pas que les policiers français et que les mêmes, qui regardent avec amour les Etats-Unis et n’ont de cesse de dénoncer une pseudo collusion entre les forces progressistes et des antisémites vrais ou supposés, semblent ignorer tout de l’Amérique latine, de ses dictatures et de ses souffrances Mais cette fois, pour ce que je connais de ce continent, de son histoire, des forces en présence, je puis subodorer que  pas mal de descendants des victimes des nazis sont peu ou prou devenus les amis de leurs amis. Etrange retoutnement de l’histoire avec  pour adversaires les révolutionnaires, les communistes.

Le cas Barbie : récupéré pour la lutte anticommuniste, un parmi d’autres

C’est bien sûr le plus connu mais il n’est pas le seul et le Chili dans lequel il y a eu une grosse émigration allemande, comme l’Argentine ou le Paraguay ont été des terres d’asiles pour ces gens-là. Et si Klaus Barbie a fini par être jugé pour les crimes commis en France, la torture de jean Moulin et de bien d’autres, la traque des enfants juifs on connaît moins le « travail » effectué en Bolivie au profit des propriétaires terriens contre les indiens sous rémunération de la CIA.

Dans les ruines d’une Allemagne écrasée sous les bombardements alliés, K. Barbie est repéré par le commandement britannique de la région militaire du nord-ouest, en 1946. Celui-ci l’emmène à Kassel, ville située à la lisière des zones d’occupation soviétique, britannique et américaine. Il commence alors ses premières missions d’espionnage anti-communiste. Il croise un ancien compagnon de route, Reinhard Gehlen, ex-commandant en chef des troupes de la Wehrmacht sur le front de l’est… et futur premier directeur des services de renseignement de l’Allemagne fédérale. Originaire d’Augsbourg, il permet à la famille Barbie de s’installer dans les environs de cette ville, en 1947. Comme le montrent les archives déclassifiées de la CIA, c’est là que Klaus Barbie se fait recruter par les services américains du contre-espionnage (CIC) et du renseignement (OSS). Et, bien qu’il apparaisse dès 1950 sur les listes de criminels de guerre recherchés par la police allemande, ces services secrets continuent à lui garantir l’immunité. Mais le jour où sa couverture est éventée il part en Bolivie où il sévira sous le nom de Klaus Altman.

En Bolivie, il entraîne les assassins du Che Guevara

Dans ses découvertes faites entre 2008 et 2010, l’historien Peter Hammerschmidt va même plus loin. Plusieurs documents des services secrets allemands (Bundesnachrichtendienst, BND) montrent clairement que Klaus Barbie a travaillé depuis sa résidence de La Paz pour le BDN de Bonn, entre 1966 et 1967. Sous le nom de code Adler (« l’aigle »), il rédige environ trente-cinq rapports et perçoit une solde de 500 Deutsch-Mark par mois pour ses activités.

Tout au long des années 1960, il poursuit également son travail pour la CIA et le Secret Service britannique. Le nom de Klaus Altmann apapraît régulièrement sur des bulletins de salaires émanant des services secrets américain et, dans une moindre mesure, britannique. Grâce à l’argent ainsi gagné, il continue sa « lutte idéologique » : comme l’explique l’historien britannique David Smith en 2007, Barbie est probablement à l’origine des entraînements de commandos spéciaux boliviens, comme ceux qui participèrent à l’arrestation et à l’exécution d’Ernesto « Che » Guevara en 1967. Lors du coup d’État de 1971, il décide d’appuyer le nouveau régime autoritaire d’Hugo Banzer, notamment avec la mise en place des « fiancés de la mort », une organisation paramilitaire d’extrême droite. Au même moment, il reprend aussi contact avec l’extrême droite européenne, notamment avec Licio Gelli, l’ancien militant fasciste et Grand maître de la loge maçonnique P2, et avec les cercles néofascistes autour de Stefano Della Chiaie et de l’Ordine Nuovo, en Italie.

Organisateur du fascisme mais aussi du trafic de drogue

Mais ce n’est pas avec ces travaux « idéologiques et anti-communistes », comme il les qualifia lui-même lors de son procès, qu’il fait fortune. Barbie doit l’essentiel de sa richesse à son poste de conseiller spécial du régime bolivien obtenu après le coup d’État du général Barrientos, en 1964. Au même moment, il est nommé p-dg de la Transmaritima Boliviana, une compagnie officiellement spécialisée dans l’équipement naval. Une curieuse activité dans un pays qui, comme la Bolivie, n’a pas d’accès à la mer… En réalité, la Transmaritima sert d’intermédiaire entre les industries de l’armement autrichienne et allemande et les dictatures d’Amérique latine. À cette époque, les succursales de l’entreprise de Barbie font aussi des affaires avec l’industrie de l’armement française, comme l’a révélé le général Aussaresses dans ses « Confessions », en 2008. Entre outre, « Klaus Altmann » commence à s’intéresser au trafic de la cocaïne, au début des années 1980, en coopérant avec « le roi de la drogue » Roberto Suarez, selon la déposition que ce dernier a faite lors de son incarcération, en 1988.

La postérité d’un Klaus Barbie

On la retrouve dans les forces qui ont tenté d’assassiner Evo Morales, un des dirigeants progressistes, proche de Chavez, de Cuba et d’autres… L’organisation mise en place par Klaus Barbie est celle des grands propriétaires fonciers qui intimident les partisans d’Evo Morales et qui sont présentés en Europe comme quasiment une opposition crédible tant sur le plan économique que politique.Alors qu’ ils ne craignent pas d’afficher leurs orientations, leur racisme en particulier et  qu’ils torturent les paysans qui résistent. leurs liens avec l’Ambassade des Etats-Unis est si manifeste qu’Evo Morales est contraint de renvoyer les fonctionnaires nord-américains.

Je me souviens avoir vu de terribles videos, dans les premières années de l’élection d’Evo Morales.  il ne s’y passait pas grand chose apparement, simplement ces hommes à genoux contemplant impuissants leurs drapeaux qu’on les force à brûler, il y a eu des coups y compris sur des vieillards, des femmes, des enfants. Ils étaient venus recevoir des aides en grande cérémonie avec leurs drapeaux, leurs beaux habits, le jour de la libération et des brutes qu’ils ne connaissent que trop les ont encerclés, dirigés à coup de baton, de pierre, comme du bétail. On les a forcés à s’excuser d’être ce qu’ils sont. Songez que ce jour là à Sucre certains d’entre eux ont été contraints de manger des excréments de poulet. Leurs tortionnaires étaient les hommes de main des grands propriétaires fonciers, il fallait les empêcher par la peur à se rallier à Evo Morales? Des méthodes, une organisation qui avait été l »oeuvre de Klaus Barbie en Bolivie.

La morale des vainqueurs

Dans l’article que le Spiegel consacre au livre  de daniel Sthal, il est souligné que l’influence des policiers français collaborationnistes  fit qu’interpol, basé en France se montra particulièrement récalcitrant dans la traque des anciens nazis. Ce qui ne nous étonne pas quand on sait que papon fut Préfet de police et qu’à ce titre il fut celui qui initia le massacre des Algériens à Paris et organisa la censure de l’information. Sthal est tombé sur un document accablant: le compte -rendu d’une réunion du comité exécutif d’interpol en mai 1962. Le Spiegel rapporte les faits de la manière suivante: peu auparavant le Congrès juif mondial avait invité interpol à participer à la traque des criminels de guerre nazis. Le compte-rendu montre que le secrétaire général de l’organisation, Marcel Sicot, réagit avec humeur: « Pourquoi les criminels de guerre devaient-ils être poursuivis en justice, puisque  de toute façon c’était toujours le vainqueur qui imposait sa loi? Aucune instance internationale ne définissait le concept de criminel de guerre » . Sicot ne voyait là qu’une justice des vainqueurs ». Le résultat d’une telle attitude? Lorsque des bruits soururent que le docteur Mengele se cachait au Brésil ou au Chili, le ministère de la justice allemande préféra se passer des services d’interpol. Mengele ne fut jamais retrouvé.

Une aide multinationale y compris le Vatican

Des filières conduisaient essentiellement vers des abris sûrs situés en Amérique latine, en particulier en Argentine, au Paraguay, au Brésil, au Chili et également au Moyen-Orient, principalement en Égypte. D’autres destinations peuvent avoir inclus les États-Unis et le Canada.   le rôle du Vatican est cité de manière récurrente, un nom est attaché à ces accusations. L’évêque catholique Alois Hudal était le recteur du Pontifico Instituto Teutonico Santa Maria dell’Anima à Rome, un séminaire pour prêtres autrichiens et allemands, et le Directeur Spirituel des Allemands résidant en Italie.En décembre 1944, le Secrétariat d’État du Vatican reçut la permission de désigner un représentant pour « visiter les internés civils germanophones en Italie », une tâche qui fut assignée à Hudal.Hudal se servit de cette position pour aider des criminels de guerre nazis à s’échapper. Parmi ces derniers figuraient Franz Stangl, commandant de Treblinka, Gustav Wagner, commandant de Sobibor, Alois Brunner, responsable du camp d’internement de Drancy près de Paris et chargé des déportations en Slovaquie à destination des camps de concentration allemands, et Adolf Eichmann.

Jean  Ziegler dans son livre « la haine de l’occident » donne des détails sur les financements. « L’historien ‘Jorge Camarasa’ raconte comment, dès la fin de l’année 1944, des sous-marins allemands arrivaient de nuit à l’embouchure du Rio de la Plata. Ces bâtiments étaient remplis de caisses d’or, d’argent et de diamants, escortés par des agents allemands en armes. Du Rio de la Plata, la cargaison était déchargée, avant d’être embarquée sur des barques remontant le rio Paraguay jusqu’à Puerto Suarez, le port fluvial de Santa Cruz.  Le 12 décembre 1996, le gouvernement américain a publié un document resté secret pendant cinquante et un ans, et qui, pour la première fois, fournit une estimation du butin nazi transféré dans le triangle. Durant le seul mois d’avril 1945, c’est environ un milliard de dollars (valeur 1945) qui fut ainsi reçu par les compagnies d’assurances, les banques, les sociétés fiduciaires, les administrateurs de biens et les maisons de commerce de Bolivie et d’Argentine.  Dans les départements boliviens de Santa Cruz, du Beni et de Pando, des agents allemands achetèrent ainsi, dès la fin de l’année 1944, de gigantesques domaines, des entreprises agro-industrielles, des élevages et des compagnies de transport.  La réalisation du second objectif de la conférence de Strasbourg exigeait des efforts considérables. L’organisation structurée, efficace, destinée à assurer l’évacuation clandestine des assassins vers l’Amérique latine fut mise en œuvre sous le nom de code d’ « Odessa » (Organisation der chermaligen SS-Angerhörigen, Organisation des anciens membres des SS). Grâce à elle, ‘Joseph Mengelé’, médecin à Auschwitz, parvint à se cacher pendant plusieurs décennies entre le rio Paraguay et le département de Santa Cruz. ‘Eduard Roschmann’, surnommé le « boucher de Riga », le chef de la Gestapo ‘Heinrich Müller’ et bien d’autres tueurs nazis ont coulé une retraite paisible dans le triangle. Mis à part ‘Adolf Eichmann’, responsable des affaires juives à l’Office de sécurité du Reich, enlevé à Buenos Aires en 1960, et ‘Klaus Barbie’, aucun de ces criminels n’a été arrêté. Dans sa fuite, ‘Eichmann’ lui-même était passé par Santa Cruz. »…

Israêl dans ses contradictions

Si le rôle joué par des juifs et par le mossad dans la traque des anciens nazis est difficilement contestable même si comme on le voit ses résultats furent limités, Israël se trouve aujourd’hui de fait l’allié de ceux qui ont toujours poursuivie en alliance avec la CIA la traque des forces communistes et révolutionnaires. Ainsi on retrouve l’armée israélienne non seulement dans l’approvisionnement en arme des contrerévolutionnaires mais y compris dans des opérations menées par les colombiens, dans des interventions que les Etats Unis ne peuvent mener directement. Et ils sont alors nécessairement alliés à ceux qui ont caché, soutenu des anciens nazis.

Désormais nous sommes face à un rôle de propagande encore plus insidieux. On retrouve des interventions parallèles, des aventuriers d’extrême-droite s’infiltrent ou tentent de s’inflitrer dans les régimes progressistes, affichent un soutien à ces régimes et donnent caution de ce fait à une propagande venue d’une partie de la communauté israélite qui dénonce l’antisémitisme des dirigeants progressistes sans jamais bien sûr mettre à jour ce qui est pourtant un secret de polichinelle, à savoir le caractère fasciste de l’opposition des oligarchies en Amérique latine.

Danielle Bleitrach

(1) daniel Stahl, Nazi-jagd. Südamerikas Diktaturen und die Andhung von NS-Verbrechen (la chasse au nazis. les dictatures sud-américaines et la traque des criminels de guerre nazis) Wllstein Verlag, 2013

 
1 commentaire

Publié par le avril 13, 2013 dans COMPTE-RENDU de LIVRE

 

Une réponse à “Mais qui sont les véritables alliés des nazis en Amérique latine ? par Danielle Bleitrach

  1. Zapa

    août 7, 2014 at 3:40

    Merci 😉

     

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