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Dress Code feminin, la version tadjike

10 Avr

1642353_3_10f3_des-femmes-portant-l-habit-traditionnel_d07134ae3e7778892a0995b8e8e9f819[1]En 1987,j’ai fait un voyage de sept semaines au Tadjikistan pour écrire un article sur la condition féminine, ce fut une expérience inouïe, d’abord parce que nous étions trois femmes, une russe, une tadjik et moi, toutes trois amies très rapidemment et grâce à elles j’ai découvert ce pays où existait encore un idéal communiste, en particulier chez les femmes… Celles-ci étaient superbe, libres dans leur robe de soie zébrée… Des chevelures aussi brillantes et vivantes que des crinières de chevaux… Une vieille femme m’avait raconté combien sa propre émancipation avait correspondu à la naissance de la nation tafjik, longtemps dominée par l’emir de Boukhara… Il y avait dans ce pays surnommé le Cuba de l’Asie centrale une véritable adhésion au communisme qui se confondait avec la naissance d’une nation et elle-même avec l’évolution de la condition féminine. OUi mais la chute de l’union soviétique, l’apparition de courants islamistes et la guerre civile ont vu une formidable régression.Plus de 25.000 femmes ont perdu leurs maris dans cette guerre.Voici ce que déclarait la journaliste tadjike Amina Murodova dans un entretien Lejla Medanhodzic, de l’AWID, sur la situation des femmes dans ce pays dont la population dépasse à peine les 7 millions d’habitants.
« Même si l’on constate une paix relative actuellement, le pays est loin d’être devenu stable. Nous sommes confrontés à des épidémies (telles que la typhoïde, la malaria, la tuberculose et la polio), des catastrophes naturelles (plusieurs inondations, sécheresses et des hivers excessivement froids) ainsi qu’à une activité criminelle en hausse. Par exemple, en août de cette année, 25 membres d’un groupe terroriste international se sont échappés de la prison de Douchanbé, notre capitale, et opèrent maintenant en toute liberté.
L’économie du Tadjikistan a été dévastée durant deux décennies, depuis la désintégration soviétique. Le manque d’emplois et la faible demande d’emploi à l’échelon interne ont poussé plus d’un million de tadjiks à émigrer vers la Russie, le Kazakhstan et d’autres républiques de l’ancienne Union soviétique en quête de travail. Environ 80% des ménages ont une femme pour chef de famille en raison du nombre de veuves et de femmes dont les maris sont partis chercher du travail à l’étranger. »La vie est souvent dramatique pour les femmes du Tadjikistan, le plus pauvre des Etats nés des décombres de l’Union soviétique, à la lisière entre Orient et Occident, modernisme et traditions ancestrales. A l’époque soviétique, le Parti communiste avait imposé un semblant d’égalité entre hommes et femmes. Quinze ans et une guerre plus tard (de 1992 à 1997, le Tadjikistan a été ravagé par une guerre civile entre communistes et islamistes qui a fait plus de 50 000 morts), les vieilles traditions de polygamie et de soumission totale de la femme à l’homme reviennent en force, sur fond de misère généralisée.Plusieurs centaines de femmes tenteraient chaque année de se suicider, le plus souvent en s’immolant par le feu. «C’est souvent le seul moyen qu’elles ont à leur portée, explique Davron Mukhamadiev, l’un des rares psychiatres du pays à s’être intéressé à la question. Peut-être aussi le feu exprime-t-il l’intensité de leur désespoir. On dit bien, chez nous aussi, que les coeurs « brûlent ». Mais le phénomène est très caché.» (danielle Bleitrach)

Avril 2013

Le Recteur de l’Université d’Etat de Douchanbé,  Rakhmonov Abdujabbor a annoncé la semaine dernière la mise en place dans son établissement d’un dress code féminin inhabituel : talons aiguilles d’au moins 10 cm et vêtements unicolores, sans dessins ni fioritures. Le recteur a ajouté que les étudiantes refusant cette mesure se verraient refuser l’accès de l’université. Une journaliste d’Asia Plus a été envoyée sur le terrain le 1er avril afin d’étudier la mise en place de ce face control. Cette dernière a bien confirmé l’application de la mesure souhaitée par le recteur : la plupart des étudiantes portaient bel et bien habits uniformes et talons hauts.

La direction de l’université s’est justifiée en affirmant que les étudiants

«ne doivent pas se distinguer par leur richesse, et doivent donc tous porter des vêtements simples».

Cette volonté de mettre en place un uniforme souple, car acceptant uniquement des légères variantes de couleurs, ne plait pas aux élèves concernées. En effet :

« les tissus unicolores de bonne qualité sont chers et délicats alors que les variantes en tissus synthétiques sont irritantes et inconfortables»  proteste une première étudiante. « J’ai des problèmes aux chevilles et j’ai du mal à marcher avec ces chaussures hautes » affirme une autre.

C’est à l’angle d’une rue devant l’université que nombre d’étudiantes changent leurs souliers de ville pour enfiler les talons réglementaires. L’opération terminée, elles vont en cours avec leurs chaussures à la main dans un sac en plastique : personne n’ose discuter la décision du recteur.

Radzhabmo Kosimova , la présidente du Conseil des femmes de l’Université a déclaré dans une interview à la radio « Ozodi » que la décision a vraiment été appliquée afin de faire de leurs élèves : «un modèle pour les autres ». Mme Kosimova a poursuivit en affirmant que « les mocassins gâchent l’apparence des filles. Nous pensons que les talons aident les femmes à se sentir plus féminines, plus sûres d’elles, et que cela rend leurs interlocuteurs plus à l’aise ».

Le recteur de l’université interpelant la journaliste d’Asia Plus. Crédits Asia Plus

Le recteur de l’université a fait son apparition alors même que la journaliste prenait des photos des étudiantes qu’elle avait interviewé. Le recteur est alors accidentellement tombé dans le cadre des clichés. Ce dernier a alors aussitôt saisi et confisqué l’appareil photo et le dictaphone de la journaliste, puis a appelé la police afin que soient mis en examen les « actions non règlementaires et interdites menées par la reporter ». La journaliste a été retenue au poste de police local pendant trois jours pour n’être relâchée que le 4 avril.

Ce n’est pas la première fois que de telles mesures sont imposées au Tadjikistan. Alors qu’il était ministre de l’Education, Rakhmonov Abdujabbor avait mis en place des tenues vestimentaires dans les écoles. Il était alors allé encore plus loin et avait licencié des enseignants fortement pratiquant qui refusaient de raser leur barbe.

La rédaction de Bichkek de Francekoul

 
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Publié par le avril 10, 2013 dans Asie, civilisation

 

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