RSS

une page méconnue et dont mon compagnon Pascal Fieschi fut un des héros… Eysses…

05 Mar

mon compagnon Pascal Fieschi est celui qui a déclenché la révolte de la centrale d’Eysses en ceinturant le milicien sous le préau… Il a fait partie des 24 condamnés à mort (seul douze ont été exécutés) et de là il a été déporté à Dachau dans le train de la mort. Nous avons vécu 25 ans ensemble et s’il m’a bien souvent raconté cette glorieuse histoire, ce fut un autre déporté qui m’a expliqué que le déclenchement dela révolte devait être fait par un autre qui n’a pas osé. Mon compagnon, torturé par la Gestapo, me disait toujours « unis comme à Eysses » et il disait que s’il n’avait pas parlé c’était par hasard, c’était un communiste…

1558[1]

Villeneuve-sur-Lot (47) : L’abbaye d’Eysses libérée pourrait devenir un musée

Un projet existe pour réhabiliter ce lieu chargé d’histoires. Reste à trouver l’argent.

La réhabilitation de l’abbaye serait l’occasion de mettre à sa vraie place dans l’Histoire, l’insurrection d’Eysses. (Photo archives « Sud Ouest »)

Derrière les barreaux depuis 1803, l’abbaye d’Eysses devrait par la grâce de Christiane Taubira, garde des Sceaux, être libérée de ses 300 détenus en 2016. Ceux-là seront transférés dans de nouveaux bâtiments construits sur une emprise foncière voisine pour la bagatelle de 40 millions d’euros. Mais après une si longue peine, pour l’abbaye comme pour ses pensionnaires, se pose déjà la question de la réinsertion. Que faire de cet immense bâtiment ? L’avenir de l’abbaye se trouve probablement quelque part dans son passé.

En est convaincue, en tous les cas, l’Association nationale pour la mémoire des résistants et patriotes emprisonnés à Eysses qui, depuis déjà un an, fait du lobbying auprès des élus et des ministères pour les convaincre de la pertinence du projet de musée qu’elle mûrit depuis déjà quelque temps. Avec l’espoir de voir enfin un lieu de mémoire être implanté à l’endroit même de ce haut lieu de la Résistance, épopée héroïque et tragique de la Seconde Guerre mondiale, qui avait vu, rappelons-le, l’insurrection et la tentative d’évasion en 1944 de 1 200 résistants détenus, qui seront au terme des combats déportés à Dachau.

« Cette tentative d’évasion née à la suite de la création d’un collectif unitaire qui rassemblait des résistants de toutes obédiences, des gaullistes aux communistes, est un fait unique et pourtant relativement peu connu » indique Gérard Michaut secrétaire général de l’association, fils de Victor Michaut, un des Résistants d’Eysses. Il est, en effet, curieux que ce haut fait d’armes n’a jusqu’ici pas trouvé la place qu’il méritait dans l’Histoire partagée de la Résistance au même titre par exemple que la tragédie du Vercors. Les hauts murs et les verrous de la prison y sont sans doute pour beaucoup.

La restructuration du centre de détention est donc l’occasion de corriger cette injustice. Pour cela, les porteurs du projet comptent s’appuyer sur l’important fonds, des centaines de documents relatifs à l’événement (messages et journaux clandestins, courriers et objets des détenus, photographies, papiers administratifs) que détient le musée de la Résistance à Champigny. Mais pas simplement.

« On ne veut pas faire un musée de l’exaltation mais plutôt un lieu tourné vers l’avenir axé autour des valeurs de la Résistance », explique Gérard Michaut. « L’objet de ce musée sera de donner à voir et à comprendre la spécificité de cette “République d’Eysses” évoquée par les historiens, et comment, au-delà des actions menées à l’intérieur de la Centrale, ces Résistants ont su faire de leur prison, un lieu de culture et de solidarité, de leur diversité, un collectif uni, de leurs souffrances, un fabuleux espoir de liberté et de justice », explique l’association dans un mémo. Cette dernière souhaiterait en outre associer cet espace muséal à d’autres également liés à l’histoire de l’abbaye bénédictine.

Un musée de l’archéologie pourrait revenir sur le berceau originel de la ville de Villeneuve, Excisum la ville antique, sur les restes de laquelle a été érigée l’enceinte sacrée. Un autre espace pourrait, lui, être consacré à l’histoire pénitentiaire au motif du long passé d’Eysses en la matière. Les pistes ne manquent pas donc pas pour une réhabilitation. C’est plutôt l’argent. Une réhabilitation selon les normes d’accueil est une nécessité et la Ville de Villeneuve, seule, ne pourra à l’évidence assumer son financement. « D’ici 2016, il faut que des décisions soient prises et des solutions apportées », estime Gérard Michaut.

Pascal Fieschi

Né le 13 octobre 1908 à Ajaccio (Corse), Pascal Fieschi  adhère au PCF en 1937. Employé municipal en 1939, il figure sur la liste des militants communistes aixois suspects dès la déclaration de guerre. A partir de 1941, Pascal Fieschi dirige le secteur clandestin d’Aix et du bassin minier de Fuveau-Gardanne.

Arrêté en 1943, torturé par la gestapo, j’ai raconté dans le livre de mémoires écrit à sa mort (un bouquet d’orties) comment il m’expliquait que l’on ne pouvait pas résister à la torture, le tout était de tenir suffisamment longtemps pour laisser le temps au réseau de se recomposer.. Il me disait que s’il n’avait pas parlé c’était pur hasard, ses tortionnaires le croyaient évanoui, ils se sont dit « celui-là ne parlera pas, on le travaille encore un peu et on le laisse ».. Cela lui a donné la force de tenir.  Puis il a été condamné à 5 ans de réclusion par le tribunal d’Aix-en-Provence, incarcéré à la prison Chave de Marseille, il est transféré à la centrale d’Eysses le 15 octobre 1943. C’est lui, qui, le 19 février 1944 donne le signal de l’insurrection, s’emparant du directeur Schivo. Suite à l’échec de cette tentative d’évasion collective, un interrogatoire, mené dans l’après-midi du 20 février auprès de l’ensemble du personnel présent dans l’établissement la veille, en particulier les otages et les surveillants agressés, permet de désigner les prétendus meneurs de la mutinerie. Parmi les quatorze résistants mis en cause « comme meneurs actifs et armés de la mutinerie » figure Pascal Fieschi. Accusé d’avoir capturé le directeur, il est amené à comparaître devant la cour martiale car il a été formellement reconnu par ce dernier comme son assaillant. Après délibération à huis clos, douze détenus sur quatorze sont condamnés à mort ; Fieschi y échappe et doit être présenté devant la section spéciale de la cour d’appel d’Agen ainsi qu’une trentaine d’autres détenus suspectés d’avoir participé aux événements du 19 février. Incarcéré au quartier cellulaire, il est finalement livré aux Allemands avec ses co-détenus le 30 mai 1944 puis déporté à Dachau et Allach d’où il sera libéré le 30 avril 1945.

Il faudrait encore que je raconte ce qu’il m’expliquait du train de la mort pour Dachau, comment les déportés devenus fous de soif déliraient, étouffaient et comment eux qui étaient des « politiques » ont tenu dans leur wagon en s’occupant des plus faibles… Il m’expliquait comment à un moment il y a eu un orage, comment étant le plus grand il a tendu sa chemise par le trou en haut du wagon à bestiau et il adonné sa chemise humide pour les plus faibles sans songer même à se mouiller les lèvres. la leçon qu’il tirait de Eysses, du camp de concentration était « si tu veux survivre il faut savoir t’oublier »…

Dès son retour, il reprend ses activités syndicales à la CGT et politiques au PCF dont il devient, pendant de longues années, le leader incontesté à Aix. Conseiller municipal d’Aix en 1945 puis 1947, il se présente à plusieurs reprises aux législatives (1945, 1958, 1962, 1967). C’est en 1958 que je le rencontre, j’avais trente ans de moins que lui,j’avais un jeune mari,  il était superbe, notre histoire fit un scandale… Le secrétaire de section de l’époque exprima le réprobation gténérale en disant « dans une France socialiste on ne volera pas la femme des autres » ce à quoi il répondit: « dans une France socialiste les femmes choisiront elles-mêmes »…

Pascal Fieschi a aussi présidé l’Union des déportés, internés et familles de fusillés du pays d’Aix. Il fut vice-président de l’Union française des Anciens combattants, membre du bureau national de la FNDIRP. Il eut aussi une activité à l’ANACR et à l’ARAC. En 1950, Pascal Fieschi siégeait aussi au bureau des combattants de la paix d’Aix.

Pascal Fieschi est décédé le 16 septembre 1985, ce fut le lendemain de la fête de l’huma. Il eut une longue maladie, un cancer au poumon et j’ai raconté dans un livre ce moment où nous fûmes lui et moi plus proches que jamais… Son enterrement fut un moment terrible, j’étais hagarde au bras de Guy Hermier, Il y avait sa fille et notre fils, la circulation s’était arrêtée dans la ville pour laisser passer son corbillard et l’immense foule qui l’accompagnait.

Danielle Bleitrach

Publicités
 
1 commentaire

Publié par le mars 5, 2013 dans HISTOIRE

 

Une réponse à “une page méconnue et dont mon compagnon Pascal Fieschi fut un des héros… Eysses…

  1. LEGER

    décembre 5, 2015 at 9:00

    J’ai connu Pascal Fieschi à l’Agence d’Urbanisme de la Région Aixoise au début des années 70. Il en fut un des directeurs.
    Je savais qu’il était communiste. Je ne l’étais pas. Mais il avait été résistant… Et c’était une personne souriante, ouverte, qui ne me faisait pas grief d’être jeune. Deux ans après 1968, ce n’était pas anodin !
    Je pris prétexte de la parution d’un livre sur le « capitalisme monopoliste d’État », l’œuvre trônait bien en vue sur une étagère de l’agence, pour le mettre en difficulté sur cette fameuse « dialectique » qui serait en œuvre dans la société et expliquerait à elle-seule l’évolution du monde, selon les communistes.
    L’occasion m’était donc donnée de « contester », comme on disait à l’époque.
    Ex abrupto, il coupa gentiment court à mon raisonnement (scientifique, bien sûr… il remontait jusqu’au big bang !) qui réfutait cette fichue dialectique qui, pour moi, ne cassait pas des briques. Il m’affirma gentiment que l’évolution était en fait l’œuvre… du « Saint-Esprit » !
    Sa réponse m’avait stupéfait et médusé. Je n’ai donc rien répondu. Nous sommes passés à un autre sujet, me faisant un devoir d’approfondir la réponse surprenante d’un homme que je percevais comme sincère, honnête et loyal. Pas du tout moqueur. De plus, je connaissais son passé de résistant. Il m’avait d’ailleurs commenté certaines photos de camps de concentration.
    Plus de 40 ans ont passé et, aujourd’hui, je commence à comprendre sa réponse et la partage.
    La remarque du communiste Pascal Fieschi, à l’engagement exemplaire et sans concession dans la résistance française, aux souffrances sans nombre rencontrées sans jamais abdiquer, est confortée à mes yeux par la connaissance dévoilée dans l’Évangile apocryphe de Philippe dont on a retrouvé des fragments : « Voici donc pourquoi toute chose se tient, autant le bien que le mal, la gauche et la droite : l’Esprit Saint les fait toutes paître et commande 3à [toutes] les puissances, celles qui sont soumises et celles qui sont i[nsoumi]ses et solitaires . . . [ . . . . ] . . . .  »
    Partout, j’ai recueilli les meilleurs témoignages sur Pascal Fieschi, qui a exercé plusieurs activités dans sa vie. Celui que vous apportez dans votre blog renforce ma considération pour cet homme exceptionnel que j’ai eu l’honneur de croiser dans cette existence.

     

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :