RSS

Pourquoi aller s’enfermer dans ce réduit ? « Ami, ne néglige pas de vivre car elles fuient les années et le suc de la vie ne nous embrasera pas autant ».

23 Fév
chagall-au-dessus-de-la-ville[1]

(…) Les nomades ont inventé une machine de guerre, contre l’appareil d’Etat. Jamais l’histoire n’a compris le nomadisme, jamais le livre n’a compris le dehors. Au cours d’une longue histoire, l’Etat a été le modèle du livre et de la pensée …: le logos, le philosophe-roi, la transcendance de l’Idée, l’intériorité du concept, la république des esprits, le tribunal de la raison, les fonctionnaires de la pensée, l’homme législateur et sujet. Prétention de l’Etat à être l’image intériorisée d’un ordre du monde, et à enraciner l’homme. Mais le rapport d’une machine de guerre avec le dehors, ce n’est pas un autre “modèle”, c’est un agencement qui fait que la pensée devient elle-même nomade, le livre une pièce pour toutes les machines mobiles, une tige pour un rhizome (Kleist et Kafka contre Goethe). Gilles Deleuze et Félix Guattari Mille Plateaux – Capitalisme et schizophrénie 2 Les éditions de Minuit (coll. « Critique »), Paris, 1980

Le suc de la vie et la fin de l’embrasement

Oui Kleist et Kafka contre Goethe… Comme aussi une incitation à la vie, le refus de l’enfermement et aux enracinements derrière des murs, des tribunaux… Les mots d’Emmanuelle Riva pour dire le sens d’un film intitulé « Amour » :  « Ami, ne néglige pas de vivre car elles fuient les années et le suc de la vie ne nous embrasera pas autant ».

La citation de Kleist énoncée par Emmanuelle Riva,  m’a profondément touchée parce que cette longue grippe m’a fait vivre exactement et pour la première fois la perte du suc de la vie. Je pensais que j’allais mourir non à cause de la gravité du mal mais parce que la vie s’effaçait goutte à goutte, un épuisement infini… Ce n’était pas douloureux mais la vie m’était ôtée, une sorte de répétition de la fin de ce magnifique embrasement… J’ai appris cela et ça a changé beaucoup de choses dans l’ordre de mes priorités et intérêts… je sais que l’essentiel va être ce printemps, l’éclosion des genêts et des lilas d’Espagne, les pousses vertes et cet air limpide de ma Provence… Ma provence non comme mon pays mais comme un chemin…

Je n’ai pas changé…

Dans le fond, je n’ai pas changé du temps où je disais à mon père: « Papa nous avons toute la planète pour nous pourquoi aller s’enfermer dans ce réduit ? « Je nous voyais comme dans un tableau de Chagal flottant au-dessus de tous les toits en jouant du violon… j’ai toujours détesté l’idée du génie paria et regretté que l’on ne tire pas leçon de ce nomadisme millénaire… Comme le revendiquent Deleuze et Guattari, la revendication de la vie…

Et la situation était idéale puisqu’en matière de Nation et d’Etat j’avais avec la France le modèle le plus achevé, quelque chose comme une tenue de soirée que j’adoptais volontiers quand je voulais respecter les autres et pourtant déguiser mes hardes naturelles. J’étais française à la manière d’un Marc Bloch, j’étais du côté de son peuple rebelle et trahi…. Je montrais papiers et passeport avec fierté, la France m’apparaissait le plus beau pays du monde, le plus raffiné, sa langue la plus subtile, j’étais heureuse qu’elle m’ait adoptée mais au fond de moi je restais la nomade dont la patrie était un livre incompréhensible et apocryphe…

J’étais la vie même, vagabonde sans limites, un ami m’appelait « la juive errante »… et j’ai senti un jour que ce suc ne serait pas éternel…

La seule chose qui m’a toujours indignée est que des êtres humains s’inventent supérieurs aux autres, méprisent les pauvres, la seule patrie que je reconnaissais était la leur… Elle avait nom l’internationale…

Danielle Bleitrach

Publicités
 
Poster un commentaire

Publié par le février 23, 2013 dans mon journal

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :