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Ziouganov et l’Asie (traduction en français)

26 Nov

texte traduit du russe par Marianne Dunlop pour Histoireetsociete

Ziouganov à la septième assemblée générale de la conférence des partis politiques des pays d’Asie : la Russie est prête à remplir sa mission historique, servir de relais entre les principaux centres de civilisation du monde contemporain.

http://kprf.ru/international/new-world/112738.html

Depuis le 21 novembre à Bakou se trouve une délégation du parti communiste de la fédération de Russie emmenée par Ziouganov, le président du comité central du parti, pour participer à la septième assemblée générale de la conférence internationale des partis politiques des pays d’Asie, qui se tient dans la capitale de la république d’Azerbaïdjan.

Une rencontre à la fondation Nobel à Bakou.

Le jour de son arrivée, Ziouganov et les membres de la délégation ont visité la fondation Nobel et le musée des frères Nobel, la Villa Petrolea, le premier musée de la famille Nobel hors des frontières suédoises. Le nom des Nobel est étroitement lié à l’histoire du pétrole en Azerbaïdjan. Ils ont été les pionniers dans la mise en valeur des ressources pétrolières du pays. Fondée à la fin du XIXe siècle, la compagnie par action « Société des frères Nobel » fut la première qui introduisit dans cette branche d’industrie des technologies innovantes et a réfléchi à une économie orientée sur les besoins sociaux, consacrant 40 % des bénéfices aux salaires et aux besoins sociaux des travailleurs.

Au cours de sa visite, Ziouganov s’est vu remettre une médaille de la fondation Nobel internationale.

Entretien avec le secrétaire du comité central du parti communiste chinois Du Qingling

Avant l’ouverture de la septième assemblée générale s’est tenue une rencontre de Ziouganov avec le secrétaire du comité central du parti communiste de Chine, vice président de la Conférence consultative politique du peuple chinois Du Qinglin. Le camarade Du Qinglin a informé en détail Ziouganov au sujet du XVIIIe congrès du parti communiste de Chine qui vient de s’achever, des décisions qui ont été prises et des voies de développement de la Chine dans les années à venir.

À son tour, Ziouganov a parlé de la préparation du parti en vue du 15e congrès du parti communiste de la fédération de Russie qui se tiendra en février et a invité une délégation du parti communiste chinois à participer à ses travaux.

Ils ont échangé leurs points de vue sur un large éventail de questions présentant de l’intérêt pour les deux parties.

L’Asie est la locomotive de l’histoire contemporaine. Intervention de Ziouganov à la session plénière de l’assemblée

A la session plénière de la septième assemblée générale, après le rapport d’ouverture, le premier à prendre la parole fut le président du comité central du parti communiste russe Ziouganov, accueilli très chaleureusement par les participants au forum.

Comme chacun sait, la Russie historique est le centre de l’Eurasie, c’est par notre pays que durant des millénaires a passé ce « pont » géopolitique qui reliait deux mondes, deux civilisations, l’européenne et l’asiatique. C’était un lieu de passage pour la coopération économique ainsi que les échanges culturels entre des pays éloignés de plusieurs milliers de kilomètres. C’était aussi la route empruntée par les vagues de conquérants qui souvent ont soumis des foyers anciens de civilisation et parfois même les ont détruits. Le dialogue eurasiatique a pris de nombreuses formes. Cependant pour nous il a toujours été extrêmement important. Aujourd’hui alors que nous nous préparons à célébrer le 90e anniversaire de l’union des républiques socialistes soviétiques, il n’est pas inutile de rappeler que notre État fédéral a failli s’appeler, et dans certains documents importants est appelé l’union des républiques soviétiques d’Europe et d’Asie. C’est pourquoi nous suivons toujours avec intérêt le travail des conférences internationales des partis politiques asiatiques, et que nous nous y préparons très sérieusement.

Le thème de la conférence «paix, sécurité, réconciliation » est plus que jamais actuel dans les conditions de la nouvelle situation géopolitique.

Les symptômes du pourrissement du système capitaliste sont évidents. Sont Touchées toutes les sphères de ce système : la production, les finances, la politique, la culture et la morale. Plusieurs pays de la zone euro se trouvent au bord de la banqueroute. Aux USA la dette d’État a dépassé les 16 trillions de dollars.

La crise générale du système socio-économique bourgeois dure déjà depuis un siècle, traversant des phases plus aiguës et d’autres de rémission. Une phase aiguë se déroule actuellement sous nos yeux. Ceux qui mettent en avant les théories néomodernistes de mondialisation cherchent par là à occulter la théorie léniniste de l’impérialisme comme stade suprême du capitalisme, la condamner à l’oubli. Mais pour nous, communistes, c’est elle qui nous sert de guide dans l’analyse et l’appréciation de l’économie capitaliste contemporaine.

Dès l’année 2002 nous avons défini la mondialisation comme le stade contemporain du développement de l’impérialisme. Voici les traits caractéristiques de l’impérialisme à l’époque de la mondialisation :

1. Assujettissement total du capital productif, industriel par le capital financier, spéculatif.

2. Transformation des rapports marchands en un mécanisme artificiel de coercition,

d’échanges inégaux et de pillages de pays et de peuples entiers.

3. Établissement d’un modèle global de « division internationale du travail », établissant une injustice sociale criante à l’échelle planétaire.

4. Croissance rapide de l’influence politique des multinationales et des groupes industriels et financiers. Renforcement de leur prétention à une souveraineté limitée.

5. Perte de contrôle de la part des gouvernements nationaux sur le processus économique dans le monde et dans leur propre pays. Des normes fondamentales du droit international création de structures de pouvoir global.

6. Expansionnisme culturel et informationnel comme forme d’agression. L’uniformisation spirituelle au niveau le plus primitif. Éradication des caractères nationaux authentiques des pays et des peuples.

7. Parasitisme du capital transnational. Accaparement désavantage – de l’introduction de haute technologie dans un contexte de misère générale. Pourrissement et le ralentissement exécutif du progrès scientifique et technique.

Après la destruction de l’Union soviétique, vivre un sur notre planète Terre est devenu beaucoup plus difficile et dangereux. De nombreux conflits sont exacerbés. Au cours des dernières années ont été déstabilisés presque tous les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Après les massacres en Afghanistan, en Irak et en Libye on cherche à attiser la guerre civile en Syrie. La pression s’accentue sur l’Iran et la Corée du Nord. La stratégie colonialiste des États-Unis et des pays occidentaux qui leur sont inféodés met à nouveau l’humanité devant la menace d’une guerre mondiale. La théorie réactionnaire de « guerre des civilisations » est activement mise en oeuvre. L’Occident se proclame le défenseur de la « liberté », de la « démocratie » et des « droits de l’homme » pour le monde entier.

Le capital financier mondial, étape après étape, oeuvre à obtenir d’abord la dépendance économique puis la soumission politique des pays. Elaborant un système de gouvernance mondiale, l’impérialisme a créé des institutions spéciales. Parmi elles la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et l’Organisation mondiale du commerce. Et pour ceux qui résistent à la conquête « pacifique » des globalisateurs existe l’OTAN, institution de violence militaire.

Tout cela provoque des résistances. C’est pour cette raison que l’édifice de l’union européenne se fissure, et que Mme Merkel à Athènes est reçue de manière si hostile par les masses de Grecs en colère. C’est pour cette raison que les rues des villes espagnoles se transforment en arènes de lutte de classes enragées, évoquant le souvenir des combats de la guerre civile. Le peuple travailleur proteste de plus en plus activement, il ne veut plus vivre comme autrefois.

Dans le monde mûrit le rejet de la globalisation à l’américaine. De plus en plus de gens et de mouvements sociaux exigent des changements : un développement harmonieux des forces productives, une consommation raisonnable, une approche respectueuse de la nature. Même les tenants du capitalisme appellent de plus en plus souvent à le soigner par le socialisme. Les démocrates-chrétiens et ex-président de la RFA a parlé de la faillite du « capitalisme anglo-saxon » des joueurs de hasard et des aventuriers. François Hollande a institué un impôt spécial pour les riches. Dans les deux années à venir, tous les citoyens de France qui reçoivent plus d’un million d’euros par an redonneront à l’État 75 % de leurs revenus. À la suite des leaders européens, le président des États-Unis Obama cherche à réfréner les chats gras qui prospèrent sur le pic de la crise. Il devient de plus en plus difficile pour la bourgeoisie de gouverner « à l’ancienne ».

L’une des tendances fondamentales aujourd’hui est le déplacement du centre de l’économie mondiale vers la région Asie-Pacifique, soulignant par contraste la crise interminable en Europe et en Amérique du Nord.

D’après les experts, la crise globale est loin de son achèvement. De ce point de vue, on doit noter l’exemple remarquable de notre voisin, la Chine, qui fait la preuve que l’on ne peut maintenir un rythme élevé de croissance économique que grâce à des investissements à grande échelle dans les infrastructures.

Dans ces conditions, l’utilisation maximale de l’énorme potentiel économique, scientifique et culturel des pays d’Asie ouvre, à notre avis, des perspectives de solutions durables et stables de problèmes aussi importants que la garantie de la sécurité alimentaire, énergétique, militaire et écologique.

La présente conférence internationale, c’est le dialogue de plus de 300 partis politiques : des partis au pouvoir et des partis d’opposition, conservateurs, libéraux et communistes, de plus de 50 pays de la région, une possibilité unique pour la discussion de tous les problèmes actuels.  Et j’ajouterais une précision importante, sans « conseils » de la part de personnes « bien intentionnées » hors des frontières de notre région. L’élaboration commune de propositions pour la solution des problèmes par les forces politiques influentes des pays membres peut devenir le gage de leur réalisation pratique par les moyens de la politique gouvernementale.

Je m’arrêterai brièvement sur notre vision de quelques-uns de ses problèmes.

1. La question de l’aménagement des infrastructures, de l’énergie et du transport dans la région asiatique est l’une des pierres angulaires de la sécurité régionale. Sa mise en oeuvre réduirait la symétrie socio-économique entre les pays voisins et élargirait les régions de contact entre les acteurs du projet.

La Russie oeuvre déjà dans cette direction. Des chaînons de cette infrastructure euro-asiatique à venir pourraient être constitués par des aménagements déjà existants : le transsibérien, l’oléoduc Sibérie Pacifique, le gazoduc Sakhaline-Khabarovsk-Vladivostok, GLONASS (le GPS russe), etc. En tant qu’instruments appelés à inscrire plus profondément l’Eurasie dans le paysage économique de la région Pacifique et la relier d’une nouvelle manière à l’Europe on peut citer la route maritime du Nord, le système de câbles transarctique, le BAM (Magistrale Baïkal-Amour ) etc. S’y ajouteraient la voie de chemin de fer transcoréenne et le gazoduc trancoréen. Dans l’ensemble il pourrait s’agir d’un mégaprojet économique collectif qui dans la communauté des experts russes a reçu le nom de « initiative Asie-Pacifique pour l’accroissement des investissements ».

2. La question de l’insécurité alimentaire deviendra cruciale au XXIe siècle. Dans de nombreux pays et régions de l’Asie et du Pacifique la croissance de la population dépasse la croissance des ressources alimentaires. Par exemple, en 2010, sur les 925 millions de personnes sous-alimentées dans le monde, 578 millions appartiennent à ces pays.

Parmi les orientations prometteuses de collaboration dans ce domaine, on pourrait citer :

– la formation d’un système régional de monitoring et de prospective de la situation alimentaire ;

– une plus grande coordination des actions pour l’aide alimentaire dans les situations exceptionnelles ;

– l’initialisation et la réalisation de projets communs, liés à la production de biocarburants. On peut espérer que la mise en oeuvre pratique de ces projets permettra non seulement de créer de nouveaux postes de travail, mais aussi de diminuer les rejets de gaz carbonique dans l’atmosphère.

Dans le cadre du renforcement de la sécurité alimentaire dans la région, le potentiel de la Russie se définit par la présence d’un immense territoire propice à la mise en valeur des terres, et d’énormes réserves d’eau douce. Ainsi en Sibérie orientale et en Extrême-Orient près de 50 % des terres arables ne sont pas cultivées. À cet égard, on pourrait envisager la création avec la participation de la Russie d’un fonds céréalier régional (sur le modèle du fonds rizier d’Asie orientale).

3. La question de l’utilisation commune des ressources en eau reste une « pierre de touche » dans les relations entre plusieurs pays de la région. Cette situation est constamment exploitée par des forces contre-productives pour le déclenchement de conflits de divers niveaux et la déstabilisation de la région dans son ensemble. Dans ce domaine aussi nos pays ont des perspectives prometteuses.

4. Plusieurs pays de la région ont été entraînés dans la spirale de la drogue. La culture des plantes, leur transformation et leur transport ne sont assurés que par des moyens militaires, formant sur le territoire des pays concernés des foyers d’instabilité. Les gouvernements sont incapables de faire face à ces « points chauds » avec leurs seules forces, c’est pourquoi la lutte contre la drogue exige la coordination la plus étroite entre tous les pays concernés.

5. Nous pensons, comme l’ont suggéré nos collègues du parti « Yeni Azerbaïdjan », que la création d’une union parlementaire des pays de l’Asie donnerait une impulsion supplémentaire au développement de la coopération multilatérale dans la région. Cette structure interparlementaire pourrait confirmer au niveau politique le potentiel économique croissant de l’Asie et de venir l’une des expressions collectives de la volonté politique de ses peuples.

Pour résumer, nous proposons de recréer un « pont euro-asiatique » rénové de coopération étroite et efficace de nos peuples, pays et continents. La Russie, qui au cours des millénaires a participé de manière très active à la vie aussi bien de l’Europe que de l’Asie, est prête à remplir sa mission historique, être le lien entre les principaux centres de civilisation du monde contemporain dans ce moment actuel, crucial de son développement.

 

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