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Espagne : « Ils veulent revenir au temps de Franco » dénonce le premier syndicat de policiers

26 Sep

cet article date du 12 juillet 2012, il mérite d’être relu…

Espagne : « Ils veulent revenir au temps de Franco » dénonce le premier syndicat de policiers

 

Suppressions de droits syndicaux, quotas d’arrestations illégales à respecter, protocoles et uniformes inspirés de l’armée… Le premier syndicat de policiers espagnols – le Syndicat unifié de la police – dénonce une tentative de militarisation de leurs missions et de leur corporation. Son secrétaire général exprime également son soutien au mouvement des indignés.

« Ils veulent revenir au temps de Franco. Et ça, on ne va jamais l’accepter. […] La réforme de la Loi du personnel de la police nous ôte maintenant des droits que nous avions jusque là. » José Manuel Sánchez Fornet est le secrétaire général du premier syndicat de policiers en Espagne (Sindicato Unificado de la Policía, SUP), connu pour son franc-parler. Ce qui le rend furieux, ce sont les derniers amendements de deux lois en discussion à l’Assemblée, concernant la police.

« Attirail nazi »

D’abord, l’entrée en vigueur de nouvelles règles protocolaires. Elles sont selon lui inspirées de l’armée et de la Guardia Civil (à statut militaire) : obligation des policiers de défiler au pas, de chanter l’hymne militaire « la muerte no es el final » (la mort n’est pas la fin), l’obligation pour les femmes policiers enceintes d’obtenir une prescription médicale pour pouvoir porter des vêtements civils avant les trois premiers mois de grossesse, imposition d’une longueur règlementaire pour les coupes de cheveux féminines… Le SUP qualifie même le nouvel uniforme – bâton de commandement, casquettes, gabardine – « d’attirail nazi » ! Et dénonce une militarisation esthétique de leur uniforme.

Mais c’est surtout la suppression, dans la « Loi du personnel de la police », de tout un chapitre consacré au droit d’information et de négociation collective qui a déclenché la sonnette d’alarme. Et pas seulement au sein du SUP mais aussi d’autres syndicats comme la Confédération espagnole de la police (CEP), deuxième syndicat de policier, traditionnellement en faveur des décisions prises par l’actuel gouvernement de droite.

Violations de droits civiques

José Manuel Sánchez Fornet évoque même pour son syndicat la possibilité de « retourner dans la clandestinité ». Fondé en 1978, alors que débute la transition démocratique après la fin de la dictature franquiste, le SUP a été « hors la loi » jusqu’en 1984 à cause de son activité syndicale au sein d’une police militarisée et très politique. « Nous défendions la démocratisation, la Déclaration universelle des droits de l’Homme, la Constitution espagnole… Enfin : une police civile au service des citoyens et respectueuse de leurs droits. »

Pendant le gouvernement socialiste de José Luis Zapatero, le SUP a combattu la politique du chiffre, cause de nombreuses violations des droits civiques. En 2010, la Police espagnole a comptabilisé 10 millions de contrôles d’identité, dont un million d’immigrés et 8 millions de jeunes, effectués de façon arbitraire et abusive. Le SUP a récemment porté plainte contre une inspectrice et un agent de police de Benidorm qui avaient fait le pari de contrôler l’identité du plus grand nombre de personnes en une nuit, se postant à la gare de trains et à la gare routière… Un syndicat de policiers portant plainte contre des policiers au nom de la déontologie, ce n’est pas de ce côté des Pyrénées que cela se produirait !

Des policiers soutiennent les « indignés »

D’après José Manuel, ces violations des droits et abus d’autorité explique aussi l’émergence du mouvement des indignés (appelé 15M) : « Si, dans un pays qui compte 5 millions de chômeurs [dont 40% sont des jeunes, ndlr], la police contrôle systématiquement l’identité des jeunes et distribue des amendes de 300 euros chaque fois qu’elle en interpelle un ou plusieurs avec une boulette de hachich, tout ce qu’elle réussi à faire c’est alimenter un sentiment d’animosité envers la police. » En mai dernier, une circulaire de la Direction générale de la police remontait jusqu’au ministre de l’Intérieur pour dénoncer « une restriction illicite des droits et libertés des immigrés » et demander que soient interdits les quotas de contrôles d’identité ou les détentions d’étrangers « basées uniquement sur des critères ethniques ». Un débat qui fait échos en France… Et devrait intéresser Manuel Valls.

En septembre 2011, Javier Roca Sierra, un policier de Madrid, était sanctionné avec cinq jours de « mise à pied » assortie d’une suspension de salaire pour avoir exprimé publiquement son soutien au mouvement du 15M. « Eh bien moi je suis d’accord avec lui et avec ce mouvement social, lance José Manuel Sánchez Fornet qui s’est fendu d’un de ses fameux communiqués pour manifester l’accord d’une partie du collectif policier avec les principes du mouvement social. « Il est bien [le mouvement du 15-M], il est légal, il défend plus d’honnêteté, plus de décence, plus de droits pour tous. Il faut donc le soutenir. »

Entre maintien de l’ordre et contestation

Des images et des vidéos montrant des violences policières sur des manifestants et des journalistes ont pourtant été largement diffusées sur les réseaux sociaux… Le dirigeant syndical, également prompt à défendre sa corporation, évoque une manipulation médiatique de la part des « indignés ». En mai dernier, des policiers madrilènes accusés d’agressions par les manifestants de la Puerta del Sol ont ainsi exigé des sanctions contre les « indignés » pour « fausses dénonciations ».

José Manuel Sánchez Fornet reconnaît cependant qu’il y a aussi une minorité de policiers fauteurs de troubles : « Si c’est le cas, ils seront sanctionnés comme tout policier qui commet un délit. Parce que provoquer la violence est un délit. Et je le dénoncerais comme j’ai déjà dénoncé l’abus des contrôles d’identité, n’en déplaise à certains… ». Assurer le maintien de l’ordre tout en partageant les valeurs d’un mouvement social que l’on a ordre de réprimer, un difficile exercice d’équilibriste.

Nathalie Pédestarres Photo : © EFE/Fernando Villar

Source : Bastamag

 
5 Commentaires

Publié par le septembre 26, 2012 dans Uncategorized

 

5 réponses à “Espagne : « Ils veulent revenir au temps de Franco » dénonce le premier syndicat de policiers

  1. Cols Maude Aîda

    septembre 27, 2012 at 8:13

    En Grèce et en Espagne, la révolte crie et la violence bat son plein.
    Mais les forces réactionnaires ont écrasés dans la violence ceux qui souffrent et se battent pour leur dignité, et ceux-là n’ont malheureusement pas fini de sentir des représailles dont ont ne peut encore mesurer l’ampleur… Il y a une odeur de guerre civile sur fond de Guerre Mondiale. Oui, quoiqu’on en aie, l’Histoire a fait son retour. Et les populations, elles, je veux dire nous, nous ne sommes pas prêts ! Nous ne nous battons pas d’égal à égal. C’est une question de stratégie simple, qu’il faut tenter de mener uniquement les batailles qui nous préservent. Et toutes celles que nous sommes sûr de gagner. Les autres, il faut tant que possible, les éviter ou du moins les postposer à un moment plus propice. Le risque doit être mesuré entre ce que nous pouvons gagner et ce que nous sommes sûr de perdre. Nous devons nous préparer. C’est un préliminaire.
    Nous avons des exemples de luttes populaires qui ont fonctionnées : L’intifada a gagné beaucoup, c’est une stratégie populaire payante. La « non-violence » de Gandhi, fut payante. Les résistants sauvaient des vies, nourrissaient les réseaux de résistances et menaient des actions de sabotages ponctuels. Les stratégies de patiences et de protections des populations nippones en lutte contre l’aéroport de Nagasaki furent payantes. La cible géante vue du ciel que les populations de Belgrade ont exposée pour signifier au monde qu’elles étaient faibles et inermes devant les bombardements fut une stratégie ponctuelle populaire payante. L’insurrection et la violence de la rue pour légitime qu’elles soient, sont encore trop souvent des stratégies écrasées dans le sang.
    Mais ces luttes reprises ici en exemples se sont construites dans la désagréable mais obligatoire DISCIPLINE. Avec des Etats Majors, organisés et regroupés par conviction, et qui se coordonnent pour le même objectif. La capacité d’alliance, même avec des ennemis pourvu qu’ils aient les mêmes objectifs, de prudence et de discipline est décisive.
    Actuellement, en Espagne, il se présente une alliance entre les IndignéEs et le syndicat de la police, SUP, c’est aussi une opportunité pour s’organiser en Etats Majors distincts mais coordonnés, d’échanger sur la les méthodes et pratiques afin de mettre en place des actions efficaces et gagnantes. Cette alliance n’est possible que si elle est consciente et choisie et que les vieux antagonismes sont laissés pour le moment au vestiaire.
    Enfin il ne faut jamais mener une bataille qu’on est sûr de perdre : c’est idiot et ça déforce encore. Autrement dit il ne faut pas nécéssairement se battre lorsqu’on nous provoque, mais lorsque nous sommes prêt pour gagner. Il arrive qu’il faille des retraits stratégiques. Ce n’est pas une honte. C’est de bonne guerre. Tout dépend du contexte, des alliances et des forces respectives. Il arrive que la victoire d’un combat ne soit ni dans le Courage, ni dans la Gloire, mais simplement dans la dénonciation inlassable pour que le monde sache, en attendant d’autres changements, géostratégiques, et de nouvelles alliances…
    Une citoyenne

     
    • JL Z

      septembre 30, 2012 at 10:25

      Un seul mot : bravo !

       

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