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L’histoire de la femme cruelle damnée… le désir féminin nié…

20 Juin
L’histoire de la femme cruelle damnée… le désir féminin nié…

L’histoire de ce personnage du nom d’Onesti est empruntée au Décameron. L’histoire  a l’air banale, mais elle est aussi terrifiante qu’une nouvelle de Hoffmann.  Onesti est un jeune homme bien honnête qui n’a en rien démérité  et il se promène hors de la ville, tout marri parce que sa fiancée a refusé de l’épouser. Fou de désespoir, il est allé se perdre dans la forêt. A un moment il  entend un galop de cheval. Il voit une femme nue paraître devant lui, poursuivie par une meute de chiens et  par un chevalier en armure hurlant avec férocité tout en  la menaçant de son épée…

Nous avons alors une suite de tableaux :

Onesti plongé dans sa méditation amoureuse  sous le coup de la surprise  devant la découverte du caractère cruel de cette chasse. Cette femme nue, chair tendre offerte  traverse  le plan vers la gauche en tentant d’échapper à la morsure d’un chien et à l’épée du chevalier. On remarquera ce qui confère à la série une part de son inquiétante étrangeté esthétique dont parle Freud comme si le mystère de ce qui nous fascine relevait de la castration:  l’opposition entre la furie du couple, la femme proie et le chevalier bourreau en armure et avec sa meute de chiens déchaînant  la furie contre  la peur, alors que l’ensemble du paysage écrin respire  une paix absolue y compris avec l’image assez fabuleuse du mouton paissant

Mais dans les tableaux suivants l’histoire est encore pire que ce que l’on pouvait craindre . La femme finit par tomber, mordue par les chiens, touchée par l’épée. Alors le chevalier descend de son cheval, lui fend le dos et lui arrache le coeur qu’il donne à manger à ses chiens.  Onesti est toujours là affolé, la femme dont le dos est fendu, le chevalier fouillant de ses  mains  la chair ivoirine et les chiens qui mangent le coeur de la jeune fille. Ce serait simplement un fait divers atroce, mais à peine les chiens ont-ils fini le coeur, que la jeune femme se redresse, se remet à courir, les chiens, le cheval la poursuivent,  Onesti se rend compte qu’il assiste à une chasse fantôme qui concrétise une malédiction.

Jusqu’à la fin des temps, cette femme devra courir, cet homme devra la tuer, lui fendre le dos, lui arracher le coeur, le donner aux chiens pour repartir et repartir sans cesse. Ce projet cinématographique digne de Pasolini était un cadeau de mariage pour l’édification de l’épousée.

Pourquoi cette malédiction? Parce que lui l’adorait, elle s’est refusée à lui, ils ont été damnés et pour cette raison-là, il doit la tuer et lui voler le coeur jusqu’à la fin des temps.  Détails: la jeune femme à qui on arrache le coeur, le groupe des chiens mangeant ce coeur et l’admirable figure du cheval à droite, le nouveau départ de la chasse qui part dans l’autre sens. Naturellement cette vision qui hante cette forêt donne à de Onesti une idée géniale : il invite à un pique-nique la famille de sa fiancée dans cette forêt…

Et c’est là l’atroce morale de l’histoire, la femme cruelle, celle qui se refuse à l’amour doit savoir qu’elle se condamne à la damnation, elle et son amant malheureux…   et là nous avons le tableau que j’ai mis en ouverture, la famille de la fiancée assiste une fois de plus au meurtre; à la chasse fantôme et au coeur arraché et donné aux chiens…

J’avais 20 ans quand j’ai découvert au Prado cette suite de tableaux terribles comme d’ailleurs dans la même salle les jérome Bosh et dans une autre les Goya  des sabbats de sorcière… Un ogre en train d’avaler une petite femme nue… J’étais prête pour apprécier à sa juste valeur le chef d’oeuvre des chef d’oeuvre: les ménines de Velasquez. Pour la petite histoire, la mienne, c’était mon voyage de noce, j’avais épousé pour fuir ma famille un beau jeune homme que je n’aimais pas… Je le savais et quand exaltée devant tant de chef d’oeuvre je l’ai retrouvé, il était assis dans la salle des nains de Velasquez et s’ennuyait ferme. Nous étions partis dans l’Espagne franquiste avec sa soeur et un ami… A un moment sur la côte encore sauvage, je me suis mise à compter et j’ai pensé cela fait 25 fois qu’ils répètent « comme c’est joli! » s’ils le disent 35 fois je me tue. Et quand ils arrivèrent au chiffre fatidique, j’ai ouvert la portière et j’ai voulu me balancer du haut de la route vers la mer, mon mari a eu juste le temps de me rattraper et ils étaient tous effrayés. En rentrant de ce voyage je suis partie avec le reponsable du parti aixois qui avait trente ans de plus que moi. Ce fut un scandale, mais l’année suivante nous franchissions un col des Pyrénées en portant des mundo obrero aux camarades clandestins…Mon nouveau compagnon n’aimait pas plus les musées que le premier et il me l’a prouvé à Florence, mais il avait d’autres qualités qui correspondaient à mon désir émancipé… Nous étions une génération de rebelles…

A cette époque là, on  écoutait un chanson tout aussi culpabilisatrice, repousser un homme qui n’avait pas démérité…  bref le désir féminin n’avait pas droit de cité…Il a fallu le conquérir, rien n’est jamais donné surtout ça…

http://youtu.be/C6D8SKxPZNg

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