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Stalinienne « pur sucre » ? je ne le pense pas par danielle Bleitrach

05 Mai
Stalinienne « pur sucre » ? je ne le pense pas par danielle Bleitrach

légende: photo de la salle de bain de Frida Kahlo par Iturbe…

En attendant les résultats de dimanche soit, quelques réflexions jetées comme ça sur un clavier de plus en plus défaillant et sur lequel je tape au petit bonheur la chance. Sur ce  blog, je vois un lien avec l’aricle que j’ai récemment écrit à propos du débat entre Hollande et Sarkozy. De qui s’agit-il? Le site est anarchiste et  j’y tombe sur le commentaire suivant: « un article d’une stalinienne pur sucre qui pour une fois ne dit pas que des conneries »… Gloup !!!

Honnêtement je crois que le qualificatif stalinien ne me convient pas. Non seulement parce que je n’ai pas de sympathie pour Staline mais parce que je suis au contraire convaincue qu’avec mon esprit de contradiction et ma langue bien pendue j’aurais terminé vite fait bien fait dans un goulag quelconque voir pire… Les véritables staliniens sont ceux qui sont du côté du manche et approuvent toujours, ils font carrière et aujourd’hui il y en a peu qui soient au PCF mais s’il en reste ils sont les plus fidèles soutiens de la direction quoiqu’elle dise ou fasse, ce qui n’est vraiment pas mon cas… Si je suis une stalinienne je suis la plus incapable de la catégorie, frappée de censure par tous de la presse bourgeoise à l’humanité qui pourtant n’est pas trés regardante ces derniers temps, même chose pour la plupart des sites, je combat le négationnisme de ceux qui se prétendent d’extrême-gauche autant que l’alignement sur les idées reçues des autres dont je continue à estimer qu’elles ne sont souvent que ragots liés à l’ignorance… Bref je suis arrivée à être la seule de mon avis ce qui est aux antipodes de la pratique stalinienne autant que la preuve que je n’ai aucun sens politique.

Autre chose et le fait que j’ai la passion de l’Histoire plus encore que de la politique et que rien ne ménerve plus que la manière dont on trafique le rôle de l’URSS. La notion de totalitarisme me donne des boutons et je ne suis pas la seule, de nombreux historiens considèrent qu’il y a dans cette notion idéologique un empêchement à étudier la spécificité de la société soviétique  par rapport à des dictatures fascistes qui se sont ingéniées pour tromper les masses à copier la dite expérience socialiste. je considère qu’il faut étudier cette expérience socialiste en Union soviétique et ailleurs, en faire une analyse sans complaisance mais sans suivre les propagandes qui ne cessent de se développer pour nous faire considérer qu’il s’agit de la fin de l’Histoire.

Maintenant si le « stalinien » c’est l’individu désintéressé capable d’attendre la mort dans l’obscurité d’un cachot en sachant qu’il n’y a pas d’au-delà et qui n’attend aucune reconnaissance de son héroïsme et pourtant se bat jusqu’au bout avec obstination et discipline, je ne sais pas si je suis de cette trempe mais j’aimerais bien. Si être stalinien c’est être du côté des humbles, de penser que c’est à partir d’eux et de la justice sociale que hier comme aujourd’hui on doit définir tout programme de gouvernement et de lutte alors je suis stalinienne mais je crains qu’il y ait eu des sorties de cette orbite là au profit du primat du pouvoir que confèrent les appareils… Oui mais le stalinisme a utilisé cette foi modeste et généreuse, ce don total pour rendre plus âpre les luttes de factions et de ce point de vue il y a une lourde responsabilité dont il faudra bien analyser les tares… En tenant compte du fait que si en Union Soviétique et dans les pays socialistes ils flanquaient les coups nous ici on en recevait ce qui change un peu la perspective. Il n’en demeure pas moins que tant que la génération capable de ces sacrifices demeure au pouvoir elle reste auréolée de cette capacité de sacrifice mais il est clair que trés rapidement une génération d’arrivistes qui ici se presse dans les antichambres de l’UMP et du PS lui succède. Entre la répulsion qu’inspiraient ces gens-là,  la destructuration de toute force de résistance dans la société civile et le sentiment que les acquis du socialisme faisaient partie du « naturel » des droits humains, ce socialisme là n’a pas été défendu ou peu.

Si la contrerévolution néo-libérale en tant qu’espérance libératrice n’a pas duré plus de dix ans son influence se poursuit comme l’erre d’un bateau pourtant arrêté et jetant sa marée noire autour de lui. Les victimes de cette pollution d’un capitalisme sénile contemplent impuissant le désastre, semblables à des oiseaux englués dans la nappe noire. La force d’inertie dépend de l’absence de perspective politique à la hauteur de enjeux, cela  pese sur nous non seulement en,accentuant le poids de la crise mais en menaçant de nous entraîner vers un maeleström, le fascisme si le capital doit recourir à cette solution pour nous imposer ce dont nous ne voulons pas. un certain nombre d’entre nous commencent à le percevoir. Il y en a même qui se demandent s’il ne vaut pas mieux s’abstenir puisque les dés sont pipés et que la Constitution ni le système électoral ne laisseront le moindre espace à un candidat qui romprait le consensus de l’espace « légitime ». Mais ce serait selon moi ne pas voir à quel point Sarkozy a plus fait pour légitimer et renforcer l’extrême-droite que n’importe qui et qu’il a toute chance s’il est élu d’amplifier la tendance. Mais quels que soient les résultats le danger est là. Nous sommes entrés dans « cette carrière-là » et le chemin menace d’être plus dramatique que ce que nous ne le voulons. Donc il nous faut impérativement démonter l’idée que l’on peut changer « un petit quelque chose » pour que tout aille mieux, la déception qui s’en suivra sera terrible et fera encore avancer « la bête immonde ». Si c’est prévoir cela que d’être stalinienne, alors j’accepte le qualificatif mais si cela signifie que j’adhère à un quelconque despotisme c’est tout à fait le contraire.Je propose au contraire que l’on fasse porter toute notre réflexion sur ce qui peut renforcer cette intervention populaire et lui donner un poids de résistance et de transformation. Cette force là ne peut pas être une simple machine électorale, un spectateur actif de temps en temps, elle a besoin d’idées forces matérielles autant que d’organisations.

Si affirmer cela c’est être stalinien alors je suis  stalinienne mais je ne le crois pas, le stalinisme – la fin de l’Union soviétique l’a prouvé- multiplie les appareils inertes et les bureaucrates aptes à se retourner pour prendre leur part du gâteau tandis que les autres qu’on a habitué à la légitimité des directions et la croyance dans l’infaillibilité du dogme dirigeant sont frappés de paralysie. Pour autant je ne crois pas que l’UNion Soviétique n’ait pas eu un caractère socialiste, il a fallu la détruire pour imposer le retour au capitalisme. je pense avec les historiens de l’Ecole de cambridge que nous avions à faire avec une réalité trés contradictoire qu’il faut étudier non comme un objet sacré de propagande mais comme un objet historique. Et il faut combattre la caricature qui est faite pour nous interdire de penser toute révolution au point que ce sont désormais les acquis de l’école historique française sur notre révolution qui sont tronqués.

La ridicule utilisation du drapeau rouge par Sarkozy pour transformer Hollande en Joukov fonçant sur l’épargne des français à la tête de tanks de la deuxième guerre mondiale prouve à quel point il y a ignorance de l’Histoire de France et du caractère autochtone de ce drapeau. L’histoire des vaincus, celle des révolutionnaires doit être ignorée comme dans toutes contrerévolution.

Nous sommes à cause de cela enfoncés dans une vision réactionnaire qui ne relève pas de l’Histoire mais bien d’un enjeu politique immédiat et qui engendre des perceptions de ce qu’est la dite Histoire complètement absurde, jamais nous n’avons été depuis le siécle des lumières ballotés ainsi entre un fatalisme sur une nature humaine éternelle qui comme par hasard correspond à l’avidité capitaliste et une vision irrationnelle des processus sociaux commandés par une petit nombre d’acteurs malfaisants en complot permanent. Je pense que certes les complots existent sans eux on imagine mal la fin d’Allende et celle de Mossadegh, mais les complots n’ont sur’une incidence secondaire sur le cours de l’histoire et leur réussite dépend de contradictions sociales à l’oeuvre. Tout voir en terme d’acteurs malfaisants et conscients est simplement le pendant du fatalisme des masses. Si penser cela est être stalinien alors je le suis mais je ne le crois pas parce que justement je crois que l’acceptation du despote ne peut être limité à cette caricature d’un maître tout puissant… Il faut réfléchir aussi et c’est urgent sur ce que La Boétie appelait « la servitude volontaire » et là c’est urgent parce que nous sommes en plein dedans…

Le fatalisme, l’acceptation s’ancrent sur des visions politiques de l’histoire dans lesquelle nous baignons;  il y a ceux qui ne voient que dans le retour au passé, la peur de tout développement scientifique considéré comme porteur de destruction de l’âme humaine la seule issue face à la crise du capitalisme. Il y a ceux qui veulent bien convenir que la société démocratique, les aspirations égalitaires sont issues de la Révolution française, qu’il n’y a eu de progrès dans le monde que comme le résultat d’une intervention populaire, ce que dans d’autres temps ils auraient appelé la lutte des classes oui mais ceci est bon pour le passé, voir pour les sociétés du Moyen Orient mais certainement pas pour la France. Là le produit de la Révolution doit être momifié dans des procédures archaïques. Bref le progrés, l’amélioration de la condition humaine dans la crise que nous traversons est devenue une lutte a-historique, l’histoire s’arrêtant à un antagonisme éternel entre la raison humaniste et l’irrationnel feodalo-absolutiste. Et ce sont les plus « progressistes » ce qui les conduit non seulement à toutes les compromissions mais encore à lire le mouvement du monde avec ces lunettes là.Et on les retrouve de ce fait en train d’appuyer toutes les expéditions impérialistes au nom d’une conception momifiée de « la révolution ». Comme d’ailleurs ici en proie à la fatalité de la domination des marchés et du capital, tentant simplement de dégager un peu de justice…

Alors oui je crois qu’il y a là une vision de l’histoire à repenser et je suis tellement peu « stalinienne » que je souhaite une véritable analyse du stalinisme pas de caricature mais une reflexion sur ce que serait une véritable révolution, pas une aventure sanglante qui est en général celle de la contre-révolution et de l’affrontement mais bien une réflexion de fond sur la nécessité d’une intervention populaire pour changer radicalement cette société qui en a bien besoin.

Danielle Bleitrach

 
1 commentaire

Publié par le mai 5, 2012 dans HISTOIRE, mon journal, POLITIQUE

 

Une réponse à “Stalinienne « pur sucre » ? je ne le pense pas par danielle Bleitrach

  1. GQ

    mai 5, 2012 at 6:31

    Un anarchiste qui n’est pas lui même une connerie dans son être même (par exemple un fonctionnaire qui veut abolir l’État), c’est dur à trouver.

    Remarquez que l’utopie anar est tellement creuse qu’elle n’a pratiquement jamais connu de début de mise en pratique. Mais lorsque les anars ont été conséquents (en Espagne en 36), ils se sont mis à réprimer et à fusiller sans entrave, curés gendarmes et bourgeois, dans un joyeux désordre, mais pires que la tchéka.

     

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