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Une société française composée de victimes et de bourreaux faute de politique par danielle bleitrach

30 Mar
Une société française composée de victimes et de bourreaux faute de politique par danielle bleitrach

Longtemps j’ai cru aux incantations du Che sur la nécessité d’aimer l’humanité pour être un révolutionnaire. Foutaise. Plus le temps passe, plus je partage ce cri de Diderot : « Je hais, je fuis l’espèce humaine, composée de victimes et de bourreaux ; et si elle ne doit pas devenir meilleure, puisse-t-elle s’anéantir ! »  L’avantage, c’est qu’elle y travaille désormais sans relâche par haine rance et par imbécilité qui prend en ce moment là forme d’une débilité politique, en l’occurence l’impossibilité de donner aux contradictions sociales une forme politique.

Le politique est l’affirmation d’un dialogue entre des opinions, des forces, des classes hétérogènes, ce dialogue prend la forme d’un affrontement, d’une lutte qui quand les conditions n’en sont pas respectées doit retourner à l’insurrection fondatrice de toute légalité. Comme ces fondations sont ébranlées nous sommes en pleine tentative d’identification, il n’y a plus d’hétérogénité mais la recherche de la fusion avec l’identique, femmes entre elles, musulmans, juifs, entre eux et comme la fusion est impossible, qu’aucun groupe ne coïncide avec lui-même et qu’il n’y a plus alors qu’une identité négative pour lui donner corps nous sommes dans la haine de l’autre, un pur fantasme auquel la nation est à son tour soumise. C’est même ça le fascisme, une classe dominante qui pour maintenir son pouvoir en crise offre un simulacre révomutionnaire à l’imaginaire d’une nation-fusion et une identité négative, perverse et narcissique qui traque le bouc émissaire, l’obstacle à la solidarité, à l’égalité. Violence, tuerie,faute d’insurrection, fusion du même faute d’expression de l’hétérogénéité des intérêts, nous avons-là l’image du terroriste.

Et comme solution, je reviens sans cesse à ce qu’a esquissé Judith butler la construction de l’universel, un processus, pas un a-priori, le retour au politique mais aussi à une éthique.

Une autre conception de la nation est peut-être possible

C’est brecht encore qui disait de l’Allemagne « nous sommes une nation de penseurs et de bourreaux » en se demandant avec toute l’Europe comment une nation qui avait porté aussi haut la pensée, l’art pouvait engendre des imbéciles sadiques. Comment la France qui a porté aussi haut l’art politique au point comme le disait marx qu’en France kant devient Robespierre, c’est-à-dire que la france choisit l’action et la clarté dans des circonstances historiques de crise, comment la France est-elle en train de devenir un chaudron de sorcière où bourreaux et victimes sont indiscernables les uns des autres?

En matière d’expérience de la confusion entre bourreaux et de victimes, nul n’a une expérience plus ancienne, plus complète que  mon peuple, le peuple juif. Hitler m’a un jour désigné dans cette appartenance ce qui pour moi est totalement conciliable avec la nation française, mon pays, ma patrie est la France. Je suis en train de tenter d’écrire un texte sur l’existence d’un peuple à partir d’une réflexion sur les tziganes mais sans entrer dans cette analyse anthropologique, je renvoie ceux qui y voient contradiction aux textes de marc bloch, en particulier sur la défaite organisée, le fait qu’il n’y a pas de contradtiction entre l’appartenance à la nation française et au peuple juif, ceci justement à cause de la révolution française et de l’abbé grégoire, malgré les anti-dreyfusards et les pétainistes alors que jamais un juif ne s’est senti polonais, les juifs allemands et français sont devenus des patriotes, peut-être faudrait-il réfléchir à tout cela, à la manière dont le fait d’être juif est une des dimensions du patriotisme. relisez l’histoire du père de marc Bloch. C’est aussi pour cela que j’ai considéré que la création de l’Etat d’israêl n’était pas la solution, mais désormais israêl existe et  je me suis prononcée pour la seule condition de sa survie: la paix et comme l’affirmait le prophète isaïe il y a 2700 ans, il n’y a pas de paix sans justice. mais ceci est une autre histoire. Quand je dis que la france est en train de ressembler à un chaudron de sorcière où bourreaux et victimes se confondent, il y a un paroxysme de cett idéologisation de l’impossibilité de résoudre les contradictions de l’impérialisme et du capitalisme, la manière dont se pose aujourd’hui en France et pas ailleurs « la question juive ». Victime et bourreaux, l’un justifiant l’autre est en train d’empêcher une vision politique.

L’expérience ancestrale visiblement ne constitue aucune garantie, il semble parfois même que ce soit le contraire.

La specificité fantasmée crée la division interne et empêche la résolution des problèmes

Je viens de lire en effet un article qui m’a mis hors de moi tant il m’a confronté à l’imbécilité intégrale de ceux parmi les miens croient défendre Israël et l’identité juive. Il s’agit d’un débat qui avait lieu à Sciences Po sur la tuerie de Toulouse et qui était censé trouver les voies d’une entente aussi bien en France qu’en Israêl, voici ce que dit le journaliste :  « Cela a dérapé d’un coup. Pas à cause d’un désaccord entre juifs et Arabes, mais à propos d’un sujet qui divise, depuis plus de dix ans, des juifs français.   Ce mercredi soir, se tenait à Sciences-Po une conférence en réaction à la tuerie de Toulouse, pour réconcilier les communautés, « Juifs et Arabes en France, dépasser le conflit du Proche-Orient ». A quelques minutes de la fin, l’affaire al-Dura a bruyamment divisé la salle, entre cris et applaudissements.   En France, la communauté juive est divisée : une bonne partie pense que le journaliste Charles Enderlin a truqué un reportage sur la mort d’un enfant palestinien de 12 ans, Mohamed al-Dura, devenue un symbole. »

La description de ce qui s’est passé est affligeant surtout que la plupart des tenants du « bidonnage » du reportage qui ressemblent de plus en plus aux cinglés complotistes du 11 septembre sont prêts à reconnaître qu’il y a eu à Gaza d’autres morts d’enfants.

Donc voici le récit du débat qui a suivi la conférence:   Puis, il ne reste plus que quinze minutes pour interroger les invités et il n’est plus question que de l’affaire al-Dura. Par e-mail, le candidat aux législatives et plus grand détracteur de Charles Enderlin, Philippe Karsenty, avait appelé ses partisans à aller « questionner poliment le journaliste sur l’état de sa conscience ». Quelques personnes avaient visiblement répondu à cet appel.   Une dame : « Enderlin assassin ! »   Un architecte se lève le premier. L’homme a déjà alpagué Charles Enderlin, avant le début de la conférence. Le journaliste sait donc à quoi s’attendre, il a l’habitude. Enderlin se cale dans son siège attendant l’assaut, il essaye de sourire, même si c’est à chaque fois une épreuve.   Le vieil homme dénonce un « bourrage de crâne » des médias sur la mort d’un enfant palestinien. Une dame au premier rang crie : « Enderlin assassin ! »   D’autres prennent la défense du journaliste :

« Ça suffit ! Nous ne sommes pas là pour reparler de cette histoire. »   La journaliste Véronique Chemla prend ensuite le micro pour demander à Charles Enderlin pourquoi France Télévisions n’a pas un traitement « neutre » du conflit. Pourquoi lui, dans ses sujets, utilise l’expression « territoires occupés » et non « territoires disputés ». Elle aimerait qu’il appelle la Cisjordanie par son nom : « Judée-Samarie ». Enderlin répond qu’il dit « territoires occupés », parce que ce sont les mots que toute la communauté internationale utilise.   « Ils s’appelaient tous les deux Mohamed »   Emmanuel, 24 ans, « étudiant à Normal Sup Cachan et Dauphine », qui dit n’avoir aucun lien avec les thèses de Karsenty, s’énerve alors :« Ils s’appelaient tous les deux Mohamed. Mohamed Merah avait 12 ans quand la mort de Mohamed al-Dura a été diffusée sur France 2. Il regardait France 2, comme moi. La tuerie de Toulouse en est le résultat direct. »   Alors Enderlin répète, comme il l’a fait mille fois, que son caméraman Talal Abu Ramah est une personne de confiance, que si les services secrets israéliens avaient le moindre doute sur lui, il ne le laisserait pas circuler aussi librement. Ils n’ont aucun doute sur l’innocence de son caméraman, explique-t-il.   Charles Enderlin renvoie aussi au livre qu’il a consacré à toute cette histoire, « Un enfant est mort » (éd. Don Quichotte). Il dit enfin que pour avoir affirmé que le reportage était une imposture, Philippe Karsenty a été attaqué en diffamation par France 2 et qu’un nouveau procès se tiendra bientôt.

Retour au politique: est-ce possible ?

Chacun sait à quel point l’antisémitisme m’est insupportable comme toute forme de racisme et j’ai rompu avec bien des gens à commencer par les Cubains parce qu’ils pratiquaient par opportunisme le négationnisme fut-ce par relativisme ou en diffusant systématiquement les textes de l’extrême-droite et des théoriciens du complot comme Thierry Meyssan. J’ai rompu de la même manière avec des webmasters comme ceux de Grand Soir qui soutiennent le négationnisme et accordent leur confiance à des passeurs de l’extrême-droite comme Bricmont. Pour les mêmes raisons je n’adhérerai jamais à une organisation de soutien aux Palestiniens tant que le dit Bricmont siegera au Tribunal Russel.

J’ai dénoncé dernièrement l’insensibilité et la fièvre politicienne qui s’était emparée des militants de l’extrême-gauche face aux événements de Toulouse et qui a culminé pour moi dans la déclaration imbécile (c’est peut-être un pléonasme) de Pierre Laurent déclarant qu’il fallait comprendre « la détresse du père du tueur » alors même que tous la communauté maghrébine et tous les gens d’origine algérienne repoussaient le dit individu comme une patate brûlante. Il faut ne rien connaître au martyre subi par l’Algérie face aux tueurs fondamentalistes et fascistes et mépriser totalement des gens aussi fiers que le peuple algérien pour oser comprendre l’inhumanité, je pèse mes mots c’est une conception colonialiste. Malheureusement la tolérance est française et c’est elle qui fait qu’aujourd’hui dans les écoles marseillaises il y a des enfants qui se revendiquent proches du tueur et affirment qu’ils iront tuer des juifs. Les Algériens écoeurés par le discours du père faisant publicité et espérance de fric du meurtre ont réagi normalement en nous renvoyant le cadavre et en disant « c’est vous qui l’avez pourri ». Tant que l’on ne comprendra pas cela on fera de la terre de France le champ clos de querelles qui sont nées ici et qui deviennent des obstacles au traitement politique des problèmes.

Le contexte électoral , la campagne présidentielle à propos de laquelle certains médias internationaux parlent de « futilité » refuse d’aborder les questions de fond aux quelles nous sommes confrontés et de la même manière nos politicards véreux, les « communautés » exaspérées par des « chefs » irresponsables créent des querelles factices qui servent selon moi simplement à traduire le creusement des inégalités, la paranoïa généralisée qui s’est emparée de la société française. le sarkozysme a  créé les conditions de la recherche du bouc émissaire; « à qui la faute si la france ne travaille pas assez? » alors même que la productivité française est trés élevée, que le harcélement au travail est devenu insupportable, à qui la faute si on a démoli l’industrie française, si le capitalisme y est devenu un des plus usuraire du monde ? A qui la faute si le budget de la France a un gouffre militaire dont il n’est jamais question parce que c’est aussi un des rares secteurs de compensation du déséquilibre commercial. J’en passe et des meilleures, alors la haine du juif pour moi est purement celle du gang des barbares: les juifs sont tous riches et solidaires entre eux. Alors même qu’on laisse se désagréger  ls familles, les mères seules assumer l’éducation de fils en échec scolaire… Ce n’est pas le conflit israélo-palestinien, Charles Ederlin ou qui que ce soit qui a tué et l’autorité palestienienne comme l’Algérie ne nous l’ont pas envoyé dire « c’est une affaire franco-française et arrêtez de nous prendre en otage ».

Qui parle de la guerre d’Afghanistan? Du fait que l’armée française y est engagée ?

Partir des contradictions françaises non pour justifier l’injustifiable mais pour agir…

On a tout vu , tout entendu à propos des tueries de Toulouse et Montauban. Il y a eu les juifs devenus nombril du monde et d’un racisme intolérable ne considérer que les morts juives si atroces soient-elles parce qu’elles étaient génocidaires. Il y a eu à l’autre bout du spectre les folies de l’UJFP qui ont prétendu excuser le meurtrier en  attribuant à la politique israëlienne la responsabilité des assassinats. Justifier en quoique ce soit une telle horreur est inimaginable et il faut être arrivé à la folie partisane pour atteindre un tel niveau… Et désormais il y a ce spectacle incroyable et indécent de cette dispute dans une conférence à Sciences-Po où les disciples d’un excité viennent empêcher la tenue d’un débat pour attribuer aux médias français l’origine de la tuerie comme pourraient le faire d’ailleurs les complotistes pseudo-anti-impérialistes et vraies rouge-bruns mais en sens inverse. Il y a ceux qui voient dans les palestiniens des « robots-lotomisés » tous comparables au tueur de Montauban et Toulouse et leur répondant en choeur ceux qui voient dans chaque juif un assassin de palestinien. Où cela mène-t-il : il n’y a que la solution finale, l’extermination d’un peuple pour répondre à ce niveau de fantasme.

Quand j’affirme être française cela veut dire que le seul lieu où je puisse intervenir sur la situation telle que je l’ai décrite est la France. Mais pour cela il faut regarder en face les problèmes qui sont les notres, non pas pour justifier l’acte d’un tueur ou ceux d’un père avide et imbécile : il n’y a rien à comprendre, il y a à condamner, juger, inviter au silence au moins. Non le véritable problème est la manière dont cette société est en train de produire une nation composée de victimes et de bourreaux et dans laquelle chaque différence donne lieu à un double positionnement que l’on confond avec les choix politiques dont nous sommes dépossédés.

Danielle Bleitrach

 
1 commentaire

Publié par le mars 30, 2012 dans actualités, POLITIQUE

 

Une réponse à “Une société française composée de victimes et de bourreaux faute de politique par danielle bleitrach

  1. Jacques-François Bonaldi

    avril 6, 2012 at 8:57

    « Chacun sait à quel point l’antisémitisme m’est insupportable comme toute forme de racisme et j’ai rompu avec bien des gens à commencer par les Cubains parce qu’ils pratiquaient par opportunisme le négationnisme fut-ce par relativisme ou en diffusant systématiquement les textes de l’extrême-droite et des théoriciens du complot comme Thierry Meyssan. »

    Je n’arrive pas à croire qu’une femme aussi intelligente et lucide que toi sur tant de points puisse se livre à des amalgames et raccourcis si débiles. Ainsi donc LES CUBAINS sont négationnistes et se font les porte-parole de l’extrême-droite! Je n’aurais jamais pensé lire une telle contre-vérité sous ta plume!

     

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