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Chez Kusturica, au coeur des montagnes de Serbie

01 Fév
Autour d'une statue représentant Johnny Depp, à Mokra Gora, l'acteur lui-même (à gauche) et le réalisateur Emir Kusturica (à droite).

Autour d’une statue représentant Johnny Depp, à Mokra Gora, l’acteur lui-même (à gauche) et le réalisateur Emir Kusturica (à droite).AFP/MILOS CVETKOVIC

En voilà un autre qui dans le genre est pas mal non plus :enfin il y a au moins deux ou trois bonnes choses dans cette histoire: 1) il est anticapitaliste, encore que je me méfie désormais  quand je vois des photos de Fidel Castro, celle de  Maradonna et quelques calices, crucifix,  chapelets et objets du culte orthodoxe en fond… 2) Mais sur le plan cinématographique ce goût du montages et des objets hétéroclites peut donner d’excellents résultats, le tout est qu’il limite ses interventions politiques à son art et à son utopie de la cité idéale yougoslave, Viva Tito. Et puis on peut dire ce qu’on veut sur la rudesse serbe en tout cas c’est pas des racistes et bientôt il n’y aura plus que chez eux que les roms vivront en paix…  3) Mokra Gora est couvert de champs de framboises… Bref j’ai décidé d’aller y faire un tour pour le prochain festival… avec ma copine Serbe Savizsa qui me traduira…(Danielle Bleitrach)..;

Mokra Gora (Serbie) Envoyé spécial – A Mokra Gora, localité perdue au milieu des montagnes à cinq heures de bus de Belgrade, aux confins de la Bosnie-Herzégovine, le paysage présente son lot de pentes abruptes, de forêts sombres et de routes tortueuses. L’été, il fait chaud, et l’hiver y est glacial. L’endroit n’est pas considéré par l’office serbe de tourisme comme une étape indispensable. Et, pourtant, la majorité des Serbes connaissent, ne serait-ce que de nom, la petite cité idéale que le réalisateur Emir Kusturica a reconstituée, à proximité du lieu où fut tourné son film La vie est un miracle, diffusé en 2004.

Le cinéaste a baptisé sa création Küstendorf , en associant une partie de son patronyme avec « Dorf », le mot allemand pour village. Les Serbes préfèrent dire « Drvengrad », littéralement « la ville en bois ». De fait, à Küstendorf, le bois est partout, des murs soutenant les petites maisons aux tuiles qui recouvrent les toits en passant par les volets peints. Même le revêtement des places, ruelles et escaliers de ce village entièrement piétonnier provient de traverses de chemin de fer de récupération.

Le domaine, acquis par Emir Kusturica au début des années 2000 et dûment clôturé, constitue à la fois la résidence principale du réalisateur, un petit parc d’attractions consacré au cinéma, un lieu de villégiature et un centre de conférence. Chaque année, à la mi-janvier, Küstendorf accueille, sous la neige, un festival international de cinéma et de musique. De temps en temps, les pavés de bois se transforment même en décor mélancolique pour le tournage d’un court-métrage, tel qu’Alice au pays s’émerveille, de la réalisatrice française Marie-Eve Signeyrole, tourné à l’hiver 2009.

Après s’être acquittés du ticket d’entrée, 200 dinars serbes (un peu moins de 2 euros) par adulte et 100 dinars par enfant, les visiteurs se retrouvent face à une chapelle orthodoxe garnie d’icônes et plongent dans l’ambiance d’un village balkanique traditionnel. On respire, les jours de beau temps, la senteur du bois qui chauffe au soleil et, lorsqu’il fait froid, l’odeur des feux de cheminée.

A L’OPPOSÉ DU CAPITALISME

Chacun des quelque trente chalets, dispersés sur une petite colline, a été acheté à un paysan pauvre des environs puis démonté pièce par pièce avant d’être réassemblé. La plupart d’entre eux sont habitables, « confortables », explique une cliente, et sont loués comme chambres d’hôtel. L’originalité de la réalisation n’a pas échappé au jury de la Fondation Philippe Rotthier pour l’architecture, une institution bruxelloise qui a accordé en 2005 à Emir Kusturica le Prix européen pour la reconstruction d’une ville.

Le réalisateur a voué le lieu à l’univers du cinéma. Dans une salle en sous-sol sont diffusés des films qui ont marqué l’histoire du septième art. Chaque jour est présentée une oeuvre du maître, précédée d’un documentaire sur la protection de la nature en Serbie.

Küstendorf reflète la conception du monde du cinéaste, à l’opposé du capitalisme, qu’il dit honnir, et des institutions européennes et internationales, coupables, selon lui, d’avoir bombardé la Serbie en 1999 lors de la guerre du Kosovo. La toponymie reflète ce double tropisme : politique et cinéma. Les rues ont été baptisées d’après les cinéastes qui l’ont inspiré, Jim Jarmusch, Federico Fellini ou Bruce Lee. Plusieurs personnalités qui partagent une partie des idéaux de Kusturica, telles que le footballeur argentin Diego Maradona, connu pour son antiaméricanisme, ou le champion de tennis serbe Novak Djokovic, qui ne cache pas son nationalisme, sont également honorées.

La bibliothèque, située dans le salon de l’Hôtel Dolce Vita, participe à ce melting-pot idéologique. Dans un joyeux mélange de religiosité et d’adoration gauchiste, on trouve un ensemble de calices, de crucifix et d’images pieuses, des photographies en noir et blanc représentant Fidel Castro ou Che Guevara et un livre de cuisine en italien signé par Gérard Depardieu.

Emir Kusturica, né dans une famille musulmane à Sarajevo et converti au christianisme orthodoxe en 2005, n’est pas à une contradiction près. L’univers de Küstendorf, qui se présente comme un îlot de résistance à la mondialisation libérale, ne dédaigne pas l’économie de marché.

« YOUGOSLAVIE IDÉALE »

C’est même une affaire qui marche. L’été, le lieu accueille une centaine de visiteurs par jour. Igor Latinovic et Marie Tauzia, rencontrés à l’heure du café, travaillent tous deux dans le cinéma à Paris. « Nous découvrons l’imaginaire de Kusturica, la petite Yougoslavie idéale qu’il a recréée », expliquent les touristes.

L’hiver, Küstendorf se transforme en station de ski. A quelques encablures au-dessus du village ont été tracées deux pistes agrémentées de remontées mécaniques. Et, le reste de l’année, « nous hébergeons des séminaires professionnels, organisés par l’ordre des médecins ou des entreprises telles que Fujitsu, Siemens ou Lenovo », raconte Vladimir Stanisic, responsable de la gestion du domaine.

Là encore, les responsables ne craignent pas les paradoxes. Le Coca-Cola est banni des restaurants du village au profit du jus de mûre, de myrtille ou de framboise provenant des montagnes environnantes. Pour autant, Emir Kusturica n’hésite pas à vendre son lieu aux cadres de la firme américaine, contraints, le temps d’une conférence, de se passer de leur soda à bulles.

Olivier Razemon

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Publié par le février 1, 2012 dans CINEMA, Europe, humour

 

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