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Casapound : le nouveau fascisme à l’italienne par Myriam Lemétayer

31 Jan
 2 800 adhérents, mais des « dizaines de milliers de sympathisants ». Grâce à une communication efficace, en particulier sur le web, les néofascistes italiens de Casapound sont devenus une référence pour de nombreux mouvements d’extrême droite en Europe.
Le siège de Casapound est situé dans l’Esquilin, un quartier de Rome où vivent de nombreux migrants asiatiques. Au rez-de-chaussée de l’édifice, des boutiques de colifichets made in China. (photo Myriam Lemétayer)

En 2003, des militants d’extrême droite occupent un bâtiment administratif abandonné du centre de Rome. Ils ouvrent un « centre social de droite » sur le modèle des maisons de gauche, qui fleurissent dans la capitale. L’immeuble de six étages deviendra le siège de Casapound Italia (CPI).

L’association, officiellement créée en 2008, est présidée par Gianluca Iannone, leader du groupe de rock identitaire Zetazeroalfa. En quelques années, des militants de groupuscules ou partis d’inspiration fasciste se sont regroupés autour du chanteur, séduits par ses appels au non-conformisme.

« Ils adhèrent à un fascisme dépolitisé, sans idéologie. »

« Fascinés par tout ce qui est en marge de l’univers des bien-pensants, ils adhèrent à un fascisme dépolitisé, sans idéologie », explique le politologue Alessandro Campi.

Dans le hall d’entrée de Casapound, les noms des auteurs qui influencent le mouvement. Un fourre-tout, des pères du fascisme italien à Saint-Éxupéry, de Nietzsche à Ezra Pound. Le poète américain, qui a soutenu l’expérience mussolinienne, a d’ailleurs donné son nom à l’association.

« Casapound reprend le langage et les symboles de la culture d’extrême gauche pour dérouter les gens. »

Casapound revendique son éclectisme, organisant pèle-mêle des conférences sur l’héritage de Che Guevara ou invitant Valerio Morucci, ancien terroriste des Brigades rouges et ennemi juré des fascistes italiens jusque dans les années 1970. « Casapound reprend le langage et les symboles de la culture d’extrême gauche pour dérouter les gens », constate Marco, libraire anarchiste.

Cette récupération ne se fait pas sans heurts. Casapound voulait rendre hommage à l’indépendantiste irlandais Bobby Sands à l’occasion du vingtième anniversaire de sa mort. En réaction, dans un communiqué publié fin décembre, la société chargée de préserver la mémoire de l’activiste a demandé aux néofascistes d’arrêter d’exploiter le combat des « patriotes irlandais ».

En signe de dévouement, des militants (ici, Davide di Stefano, leader du syndicat étudiant) se font tatouer le symbole de Casapound sur le bras. (photo M.L.)

Auto-mythification

Casapound veut fasciner. En 2010, l’avocat de l’organisation, Domenico di Tullio (voir son interview sur le blog d’extrême droite Zentropa), publie « Nessun dolore », un roman sur l’engagement de deux militants au sein de CPI. Avec ce livre, le mouvement alimente son propre mythe et réécrit son histoire.

C’est également l’objectif d’un clip de propagande publié en avril dernier. Au son de l’obsédante musique du film Requiem for a dream, la vidéo montre Casapound sous son jour le plus désirable.

D’abord axée sur les actions emblématiques du mouvement (pendaison de mannequins à Rome pour dénoncer le coût de la vie, aide aux sinistrés du tremblement de terre des Abruzzes…), la vidéo glisse vers des scènes violentes. À la fin du film, des personnes s’affrontent à coups de ceintures. C’est la cinghiamattanza, un « jeu » viril, célébré par une chanson de Zetazeroalfa.

« Des dizaines de milliers de sympathisants. »

Avec cette vidéo, Casapound s’efforce de susciter toujours plus de sympathie chez les jeunes de 14 à 20 ans, le gros des troupes de l’organisation. Aujourd’hui, CPI recense 2 800 adhérents, dont près de 35 % de femmes. « Et des dizaines de milliers de sympathisants », insiste Sébastien, responsable des relations extérieures.

Ambition internationale

La méthode Casapound fait des émules à l’étranger. De plus en plus de mouvements nationalistes se revendiquent des néofascistes italiens, comme le groupuscule français d’extrême droite MAS (Mouvement d’action sociale), ou Opstaan, dans la métropole lilloise. Le leader d’Opstaan, Édouard Maillet (voir son portrait sur TEE), n’hésite d’ailleurs pas à décrire Casapound comme « le cœur de l’altermondialisme de droite, la référence que tout le monde essaie plus ou moins de copier ».

Des dortoirs ont été installés au siège de Casapound pour accueillir les militants nationalistes étrangers. Ils viennent d’Europe, mais aussi de Birmanie ou du Kenya. (photo M.L.)

L’association a des dortoirs pour accueillir des militants étrangers. Au moment de chiffrer les visites, Sébastien reste évasif : « Au moins une centaine. Ils sont de plus en plus nombreux en tout cas. »

Le cadre de Casapound est à la tête de Zentropa, un site de référence dans les milieux nationalistes et fascistes. Sans surprise, les communiqués de CPI – rédigés en italien, anglais et français- sont relayés par Zentropa. En France, ils sont largement repris par Novopress, le site d’informations du Bloc identitaire.

Décidément omniprésent, Sébastien préside aussi l’association Solidarité-Identités, une émanation de Casapound basée à Paris. L’association prétend entre autres défendre la « minorité serbe » du Kosovo, qu’elle dit « réduite à la réclusion dans des enclaves miséreuses et isolées par l’Etat islamo-maffieux albanais »

Sébastien, responsable des relations extérieures de Casapound. (photo M.L.)

« Plus on travaille, moins on correspond aux préjugés que les gens ont de nous. »

Les militants de Casapound se voient comme des avant-gardistes. Et, comme tous les précurseurs, ils seraient incompris, voire persécutés. Surtout par les antifascistes. Que ce soit à Rome ou à Naples, la chronique des violences entre membres de CPI et militants d’extrême gauche s’allonge sans cesse.

Des événements qui sapent la communication du mouvement. Souriante et à l’aise avec la langue de bois, Maria, épouse de Gianluca Iannone, le répète pourtant à l’envi : « Plus on travaille, moins on correspond aux préjugés que les gens ont de nous. »

Mais rien n’y fait, les néofascistes ne parviennent pas à passer pour des révolutionnaires respectables. Les Italiens disent à leur sujet : « On ne parle d’eux que quand il y a des problèmes. » On en parle donc de plus en plus souvent.

Pour en savoir plus :

Sur Casapound : voir le travail impressionnant du photographe Alessandro Cosmelli (publié dans le livre-reportage Oltrenero, d’Alessandro Cosmelli et Marco Mathieu, éditions Contrasto)

 
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Publié par le janvier 31, 2012 dans extrême-droite

 

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