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Un anniversaire tragique: Rosa et Karl, tellement d’actualité par Danielle Bleitrach

16 Jan
Un anniversaire tragique: Rosa et Karl, tellement d’actualité par Danielle Bleitrach

j’ai pensé vous faire en ce jour anniversaire de la mort des deux dirigeants spartakistes ce compte-rendu mais c’est un travail énorme tant aujourd’hui on semble tout ignorer de cette histoire sanglante et qui selon moi se poursuit. Quelques textes essentiels, ceux de Rosa Luxembourg mais aussi l’histoire des spartakistes racontée par Gilbert Badia ou encore l’extraordinaire roman d’Alfred Döblin publié chez Agone.

« Voici l’heure du discours de Rosa, son chant du cygne.
Mais qu’a-t-elle donc ? Tous regardent ce petit bout de femme. Ils la regardent avec amour et émotion, même ceux qui ne sont pas d’accord avec elle. Ils savent qu’elle est la flamme qui brûle pour eux depuis des décennies. Elle est à présent épuisée, fragile. La prison l’a affaiblie. Elle parle, elle est dans son élément. Elle dit toute la vérité. Karl Liebknecht est assis parmi les délégués. La voix de Rosa Luxemburg résonne, claire et précise. » (1)

Anniversaire tragique : Dans la nuit du 15 au 16 janvier 1919, à l’issue du soulèvement spartakiste, elle est enlevée, avec Liebknecht, par des soldats de la cavalerie de la garde du social-démocrate Noske, puis frappée et assassinée, son corps jeté dans la Spree. Résolument pacifiste et liant le militarisme à l’impérialisme et au colonialisme, elle défend comme Karl Liebknecht un socialisme radical et une République des Conseils. De janvier 1904 à novembre 1918 elle a été plusieurs fois arrêtée et mise en forteresse pour insulte « à sa majesté » et « incitation « à la haine de classe », « appel au refus de servir l’armée » et « haute trahison ».

En souvenir écoutez:

www.youtube.com

(musique de Hans Eisler et paroles de Brecht)

L’actualité de cette histoire tragique

D’abord l’actualité de ces deux juifs qui n’eurent dans leur coeur comme le dit Rosa « la moindre place pour le ghetto » et qui crurent à en mourir à l’internationalisme prolétarien, quelle tragédie serait la leur aujourd’hui? (2)

Le livre que j’écris, « le nazisme n’a jamais été éradiqué » part de l’idée que nous sommes encore est toujours dans le contexte de ce qu’avait décrit Lénine,  l’impérialisme (stade suprême du capitalisme) et Rosa luxembourg en plein accord avec son analyse avait insisté sur le bellicisme inhérent à ce stade.  Nous y sommes encore et non seulement le nazisme n’a pas été éradiqué comme nous l’avions cru mais la phase de notre crise actuelle qui est comme le dit Rosa non seulement économique mais politique, débute par ce moment sanglant qu’est la guerre de 14-18, l’union sacrée du parti du mouvement ouvrier et l’emprisonnement de Rosa et Karl pour pacifisme puis la manière dont on livre l’Allemagne aux forces conservatrices.

L’assassinat dans la nuit du 15 au 16 janvier de Karl et Rosa par les corps francs de la social démocratie qui vont fournir les troupes du nazisme, l’alliance avec la wermacht les barons de la Rhur, Hitler… Est donc plus que jamais d’actualité et comme le dit Brecht les tambours continuent à battre dans la nuit…

Ce que je vois avec désespoir c’est encore et toujours l’aveuglement social démocrate en particulier son accord avec le bellicisme impérialiste, des communistes encore plus affaiblis et la montée au sein de l’anti-impérialisme du fascisme, de la haine raciale et de l’extrême-droite, un leurre offert aux peuples désespérés.

Oui le nazisme n’a jamais été éradiqué et comme l’indique très bien Fidel dans son texte récent « la paix ne tient qu’à un fil » le signe en a été Hiroshima, la poursuite de l’horreur… Parce que comme il le souligne alors qu’on aurait dû après la victoire sur l’Allemagne nazie détruire tout le potentiel d’armement nucléaire, l’impérialisme l’a développé, a osé l’utiliser contre des peuples, des femmes, des vieillards et des enfants… Auschwitz avait trouvé un relais et ce qui a été utilisé hier le sera demain… La paix ne tient qu’à un fil… Et désormais la haine fasciste ressurgit… L’Europe en crise est ce ventre immonde…

Voici un texte de Rosa tellement prémonitoire

: « Cependant, ce rapprochement international des partis ouvriers apparaît urgent, non seulement du point de vue du combat quotidien contre le militarisme, mais aussi au regard du but final poursuivi par le socialisme. Il devient de plus en plus vraisemblable que l’effondrement de l’ordre capitaliste ne sera pas le résultat d’une crise économique, mais d’une crise politique, d’une crise causée par la politique mondiale. La domination de l’ordre capitaliste durera peut-être encore longtemps. Mais tôt ou tard, l’heure sonnera et il est nécessaire que nous soyons prêts à assumer notre rôle au moment décisif, que le prolétariat de tous les pays se prépare à ce moment par une action internationale. Puisse ce congrès donner le mot d’ordre dans cette optique, puisse-t-il lancer au prolétariat international l’appel « Prolétaires de tous les pays, en attendant le combat décisif commun, unissez-vous pour le combat quotidien commun contre les forces militaristes, soutien de la politique mondiale »! »

Danielle Bleitrach

(1) En dehors de Berlin Alexanderplatz, toute l’oeuvre d’Alfred Döblin reste pratiquement à découvrir. Écrit en 1942 depuis un exil dont l’auteur ne peut espérer la fin tant le nazisme semble triompher, Karl et Rosa donne le dernier acte de l’évanouissement d’un espoir : que l’ordre ancien disparaisse avec la fin de la Grande Guerre. Personnages historiques et de fiction se croisent ici pour rendre le drame de l’écrasement de la révolution spartakiste, prélude funeste au siècle qui commençait.

(2) Si je n’ai pas le moindre doute sur la manière dont Rosa et Karl réagiraient à la politique d’extrême-droite de l’Etat d’Israël, je m’interroge en interrogeant mon propre coeur et mes propres engagements quand je lis ce commentaire d’un camarade – je partage – sur la poignée de main d’un Fidel Castro au dirigeant fasciste d’Iran :

« Ahmanidejad représente tout ce que nous combattons: l’obscurantisme religieux, la répression des femmes, l’antisémitisme, le négationnisme, l’homophobie, le conservatisme social. Il est à mille lieues d’un Khadafi ou d’un Assad pourtant pas si faciles à soutenir. Les communistes et tous les progressistes Iraniens massacrés par les amis d’Ahmanidejad doivent apprécier le soutien des Cubains. Les photos de Fidel et d’Ugo aux cotés de ce réactionnaire sont révoltantes. Fidel parle des gardiens de la Révolution (quelle révolution ?) et des talibans comme s ‘il s’agissait de camarades. Cuba qui ne ménage pas ses efforts pour recueillir un maximum de sympathie internationale  (à juste titre) se diabolise à peu de frais. Nous avons de nouveaux amis. Voilà ce que déclaraient hier les nazis de Lyon: A l’arrivée, après qu’Alexandre Gabriac eut qualifié le maréchal Pétain de « plus grand mili­taire fran­çais », Yvan Benedetti prend la parole, traite Israël de « verrue » qui « doit disparaître ». Et rend hommage au Hamas, au Hezbollah, et à Hugo Chavez, Fidel Castro et Mahmoud Ahmaninedjad.  »

Au camarade qui écrit cela je ne puis que répéter que personnellement je suis l’exemple de Rosa Luxembourg. Elle manifeste son refus de l’impérialisme et de son bellicisme au nom des peuples, c’est ce que j’ai choisi pour le peuple iranien. Elle n’est pas d’accord avec tous les choix de Lénine et le dit, elle insiste sur la démocratie mais dans le même temps elle est à ses côtés et celui de la Révolution russe. C’est ce que j’ai choisi y compris avec Fidel Castro. Et comme j’ai tendance à sentir les dérives potentielles très vite je suis intervenue pour dénoncer les « soutiens dangereux » dès que j’ai vu Fidel Castro faire un triomphe à un illuminé fasciste du nom de Daniel Estulin et en arriver à raconter n’importe quoi en le suivant sur le philosophe Adorno et les Beattles. Comme je regrette que des sites pourris comme le Réseau Voltaire ou mondialisation ca soient le lieu où les plumes officielles cubaines croient devoir s’étaler quitte à se retrouver piégé comme Jean Guy Allard aux côtés du gratin de l’extrême-droite et même de Robert Ménard, voir en France Egalité et réconciliation de Soral place Fidel Castro, Chavez, le Che dans son panthéon. Mais le dernier texte de Fidel Castro sur la paix ne tient qu’à un fil est au contraire tout à fait pensé et mérite d’être analysé pour la manière dont il replace les faits d’une manière politique.

A la limite c’est une bonne chose que tout en éprouvant un très grand respect pour Fidel Castro et n’importe quel dirigeant, les communistes dans un esprit constructif disent ce qu’ils ont à dire: le respect, la volonté constructive sont de mise mais l’infaillibilité à la Staline, non! Ce ne sont que courtisaneries…

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1 commentaire

Publié par le janvier 16, 2012 dans Europe, femmes, guerre et paix, histoire

 

Une réponse à “Un anniversaire tragique: Rosa et Karl, tellement d’actualité par Danielle Bleitrach

  1. Pierre M. Boriliens

    janvier 16, 2012 at 2:02

    Bonjour,

    Bel hommage (et inattendu) à Rosa Luxemburg ici : http://www.lesauterhin.eu/?p=961

     

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