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Une classe politique qui ne représente plus qu’elle même, quelle démocratie ? par danielle Bleitrach

09 Nov
Une classe politique qui ne représente plus qu’elle même, quelle démocratie ? par danielle Bleitrach

 Légende: la décadence romaine de Tomas Couture (musée d’orsay)

Pour mesurer le discrédit de cette classe politique peut-être faut-il partir de deux faits récents .

Deux faits anodins et symboliques

Pour dire le contexte, il faut mesurer qu’à l’Assemblée on  ne discutera pas de la croissance des dépenses militaires encore aggravées par les expéditions de l’OTAN, pas plus que le cadeau récent fait à ceux qui sont censés payer l’impôt sur la fortune, on ne s’interrogera pas sur le fond de ce qu’est l’Europe et l’euro. Alors même que l’on discute d’un plan qui mène le pays vers la récession et va lourdement peser sur nos conditions de vie.

C’est dans ce contexte qu’intervient la proposition du député UMP Lionnel Luca de baisser de 10 % les indemnités parlementaires. Le député UMP des Alpes-Maritimes a proposé à tous ses collègues, de la majorité comme de l’opposition, de signer un amendement prévoyant de réduire leurs indemnités de 10% : soit 4500 € net par mois, au lieu de 5200 € actuellement. « Cela permettra une économie de 5 millions » explique- t-il. La proposition est répoussée et provoque un tollé d’abord dans les rangs de la majorité. Bernard Accoyer (UMP) est contre, et Christian Jacob, président du groupe UMP, parlerait même d’une « connerie ».

Broutille certes mais il y a là aussi un symbole : l’austérité pas pour moi pour les autres.

Deuxième  fait   :la sortie outragée des députés de gauche quand François Baroin parle de « l’effraction ». La représentatio nationale, si préoccupée des médias, ne paraît pas mesurer à quel point la télévision, médium d’intimité, grossit le trait et rend certaines indignations complètement grotesques alors que ce qui est exigé des français est insupportable. Un moment de dérision. Des députés qui refusent pour eux-mêmes la moindre ponction et dans le même temps se livrent à une gestuelle théâtralisée sur le mode de la tragédie des années 1900, quand il fallait forcer l’effet parce que justement on ignorait tout de la capacité de la caméra à fouiller les visages et à individualiser l’action. Qui croît à cette comédie ?

Deuxième symbole, ce qui les indigne c’est quand il est question d’eux.

Tous les sondages montrent que les Français s’intéressent à la  politique mais qu’ils sont féroces quand ils jugent des politiciens professionnels. Le fond de l’affaire n’est-il pas dans cette situation décrite par le secours catholique: 1 jeune sur 5 est désormais au-dessous du seuil de pauvreté et il ne s’agit pas seulement de ceux qui ont raté leurs études mais aussi de diplômés. Ce qui est détruit et ça les Français en ont conscience c’est l’avenir de leurs enfants et celui du pays

Ce que certains démagogues comme Montebourg, qui a le défaut d’être lui-même une caricature de l’indignation, vont transformer en affrontement jeune- vieux. Faites attention Arnaud Montebourg, l’affrontement jeune-vieux était déjà la réponse des nazis à la crise. Sans remonter aussi loin, lee jeunisme a été dans la période contrerévolutionnaire de l’offensive néolibérale des années 1990 à nos jours, la méthode grâce à laquelle on a débarrassé la vie politique de ceux qui avaient une expérience et une formation. Et de fait aussi une manière de vider les partis de gauche des couches populaires. Et l’on voit bien que les jeunes  sont aujourd’hui les victimes de cette destruction des organisations pour imposer le néo-libéralisme.

 Le thème du « place aux jeunes » fort heureusement ne fonctionne pas encore chez Montebourg avec le racisme mais avec celui du cumul des mandats, une offensive interne à l’appareil PS.  Le vice d’un système en décadence  est parfois sa dernière vertu, le cumul des mandats n’est pas une bonne chose mais la non représentation populaire ne concerne pas que les vieux et les jeunes, mais aussi la parité sexuelle et surtout le fait que de plus en plus ouvriers et employés sont exclus des assemblées. L’âge et le cumul des mandats sont parfois la dernière forme de représentation populaire face à une domination accrue des « élites » technocratiques.

La formation du personnel politique et la convivialité mondaine consensus sur la répression féroce du peuple
 
Pourquoi en sommes-nous là ?… Certe ce personnel politique est médiocre mais surtout il n’y a pas de solution à cette crise dans le sytème tel qu’il est. Et ce personnel, les forces politiques dont il est issu sont des produits d’un champ politique qui ne doit rien remettre en cause de fondamental: ni l’Europe, ni le complexe industrialo-militaire et les expéditions de l’OTAN, ni le nucléaire militaire, ni la nécessité de l’austérité. On ne se dispute qu’à la marge et le caractère outré des réactions est destiné à masquer le consensus sur l’essentiel.

Traîtrise de l’électorat populaire, de la nation? Certes mais il n’est nul besoin d’accuser les individus, il est plus important de comprendre la sélection dont ils sont le produit. Par exemple  la création de fausses compétences pour gouverner. Il y a non seulement des Ecoles chargées de fabriquer ces compétences comme l’ENA mais il y a aussi une technicisation de la politique à travers le jargon économique et ceux qui sont considérés comme compétents en la matière.

Ce qui est supprimé est le débat public, l’intervention citoyenne. Tous les partis son touchés, le militant est devenu simple exécutant de campagne électorale comme aux Etats-Unis et les primaires ne font qu’accentuer le phénomène.  Y compris dans le parti qui fut longtemps celui des classes populaires, le parti communiste où le candidat « présidentiel » peut dire « dégage » à un militant qui l’interroge à la fête de l’huma. Le cas est encore plus patent au PS dont les directions sont non seulement issues de grandes écoles mais cotisent à l’impôt sur la fortune. Il y a bien sûr le système de propagande, des médias entièrement inféodés au niveau de la direction des rédactions à des propriétaires qui appartiennent à une caste y compris en France celle des marchands d’armes.

 Il y a des consciences achetées mais elles ont surtout été formées à ce consensus de pseudos compétences. Et comme désormais la représentation nationale parle plus aux médias qu’à l’électeur on ne sort pas du champ consensuel.Et celui-ci fait passer les mesures les plus féroces d’exploitation comme des nécessités techniques décidées par des gens compétents le tout sur le ton de la convivialité mondaine destinée à masquer l’exploitation féroce dont le peuple est victime, le mépris subi.

Le traitement de la haute fonction publique par la Commune de Paris

Partons des faits qui ont inspiré cet article et en particulier l’abaissement des retributions des parlementaires.

Lénine expliquait « Particulièrement remarquable à cet égard, est une des mesures prises par la Commune, et que marx fait ressortir: suppression de tous frais de représentation, de tous les privilèges pécuniaires attachés aux fonctionnaires, réduction des traitements de  tous les fonctionnaires au niveau du salaire d’ouvrier. »

J’ai connu le temps où en tant qu’élue c’était le trésorier du parti qui allait chercher la rétribution qui était la mienne et comme j’étais universitaire il ne me reversait rien. Il faut noter que l’élargissement à des non membres du parti en particulier au niveau des régions et de l’Europe s’est accompagné d’une modification de cette pratique. Le PCf fait élire des gens parfois totalement inconnus ou ne représentant qu’eux-mêmes qui exigent émoluments et jetons de présence. Le passage du PCF au front de gauche élargit l’abandon de ce principe et on conçoit qu’il reçoive le soutien des élus de toutes obédiences.

Lénine note que loin d’être quelque chose de marginal cette suppression des privilèges de représentation qui excède les députés puisqu’elle concerne la haute fonction publique est fondamentale, il ne s’agit pas de la somme obtenue par cette suppression mais bien du nouvel apparaile d’Etat, de la passerelle vers le socialisme :  c’est là où « apparait avec le plus de relief le tournant qui s’opère de la démocratie bourgeoise à la démocratie prolétarienne, de la démocratie des oppresseurs à la démocratie ds classes opprimées, de l’Etat comme force spéciale destinée à  réprimer une classe déterminée, à la répression des oppresseurs par la force générale de la majorité du peuple, des ouvriers et des paysans« .

Est-ce un hasard si c’est l’institution la plus consensuelle, celle qui est la plus soumise aux intérêts financiers privés et où la politique est devenue plus que jamais une technique inféodée aux exigences néolibérale à savoir l’Union Européenne où le député, dénué de pouvoir réel est le plus grassement rétribué.

Traitement mensuel : 7 956,87 € bruts par mois.Après déduction de l’impôt européen et de la cotisation d’assurance accidents, il s’établit à 6 200,72 €. Il est ensuite intégralement imposé par les États membres.Indemnité de frais généraux : 4 299 € par mois. Elle couvre les frais de bureau du député dans son Etat d’élection, de téléphone, d’équipements informatiques et de déplacement. L’indemnité est réduite de moitié pour les députés qui, sans justification valable, n’assistent pas à la moitié des séances plénières d’une année parlementaire.

 Un député consciencieux gagnera donc 12 255,87 € bruts par mois.

Avantages : le coût réel des titres de transport pour assister aux réunions leur est remboursé sur présentation des pièces justificatives. Il dispose d’une indemnité annuelle de voyage de 4 243 euros. Enfin le Parlement verse une indemnité forfaitaire de 304 euros pour chaque jour de présence aux réunions des organes du Parlement.

Quelle expérience tire-t-on du parti léniniste ?

Ce que Lénine propose en suivant l’exemple de la Commune de Paris  c’est « Eligibilité et révocabilité complètes à tout moment, de tous les fonctionnaires sans exception, réduction de leur traitement au niveau normal du salaire d’un ouvrier« . Est-ce que cela peut subsister au-delà d’une génération. Est-ce qu’un parti révolutionnaire peut remplacer ce rôle d’une génération révolutionnaire ?

Il est clair qu’une critique radicale doit être menée sur la manière dont l’expérience soviétique a peu à peu glacé l’intiative populaire et créé une couche de « fonctionnaires » privilégiés liés au parti communiste et de ce fait a bloqué l’initiative populaire y compris quand cette couche a pris le pouvoir, a brisé l’appareil d’Etat socialiste et l’Union soviétique pour mener une accumulation primitive accélérée qui a démantélé tous les acquis sociaux et constitué une caste d’oligarques qui a trouvé après la déchéance thermidorienne d’Elstine son Napoléon avec Poutine.

Loin d’être l’instrument de l’intiative populaire qui brise l’appareil d’Etat bourgeois, le parti s’est avéré le lieu même à travers lequel cet appareil d’Etat bourgeois pouvait se reconstituer et ce à travers ce que Lukacs analysait comme la dogmatisation stalinienne. Mais dans le même temps il serait erroné d’aboutir à cette conclusion sans mesurer que pour en finir avec l’Union soviétique il a fallu briser l’appareil d’Etat socialiste et le parti. Donc nous devons procéder à une critique de l’expérience socialiste telle qu’elle a eu lieu mais dans le but de construire, de surmonter les fautes et les erreurs et pas d’inventer une fin de l’histoire, une impossibilité à faire la Révolution.

Que faire?  développer les solidarités et aller à la rencontre des expériences

Une autre caractéristique du fonctionnement de l’actuelle classe politique est l’abandon de toute référence politique au contexte internationale, la politique internationale est laissée aux compétences de la classe dominante et de ce fait la nation française devient sa « chose ». La politique de la droite se confond en ce domaine avec l’intérêt général, la représentation démocratique, alors même qu’il s’agit d’une offensive et d’une répression du capital et de l’impérialisme face auxquelles  l’absence d’adversaire confère sa véritable légitimité.

Le parti communiste n’a plus de politique internationale sous le fallacieux prétexte que cela n’intéresserait pas les travailleurs mais dans les faits parce que cette politique est délégué au PS qui la mène en accord avec la droite. Nous sommes là au sommet (c’est le cas de le dire) de la technicisation du politique et de la mise à l’écart de la souveraineté nationale.

L’exemple de cette démission est donnée par l’absence de soutien au combat exemplaire du peuple grec et l’impulsion, le formidable courage de son parti communiste. le pays où est née la démocratie est plus grand que son Produit intérieur Brut, plus grand que ses médiocres politiciens. Il l’a prouvé à divers moments de son histoire et tous les grands écrivains de Hugo à Eluard en passant par Lord Byron ont célébré la volonté de liberté de la Grèce. De la lutte contre la domination turque en passant pas le renversement des Colonels et l’héroisme de la résistance antinazi, nous sommes et devons être à leur côtés, les Grecs ne se battent jamais pour eux seuls, ils se battent pour nous, pour une véritable Europe.

Et aujourd’hui organiser la résistance collective y compris au niveau de l’Europe, soutenir le combat des peuples menacés fait partie intégrante de la reconquête de notre citoyenneté que nous soyons Français, italiens ou Espagnols, nous qui savons ce qu’est la démocratie autour de notre mer fondatrice, la méditerranée, celle qui unit l’Europe à l’Afrique et à l’Asie réclamant un autre monde.

Souvenez-vous du poète Eluard s’adressant à la Grèce, « sa rose de raison » :

Honneur à vous aigles captifs, étoiles enchaônées! C’est à vous d’allumer à la flamme de votre coeur, Le flambeau jeune et sans pareil de la liberté, dans le ciel de l’homme.

C’est là votre destin glorieux.

Celui de toujours recréer en nous l’exigence de Démocratie, la vraie par et pour le peuple.

Danielle bleitrach

 
2 Commentaires

Publié par le novembre 9, 2011 dans Europe, GUERRE et PAIX, POLITIQUE

 

2 réponses à “Une classe politique qui ne représente plus qu’elle même, quelle démocratie ? par danielle Bleitrach

  1. Marianne

    novembre 9, 2011 at 8:35

    Si le système soviétique a pu être détruit en URSS dans les années 90, c’est grâce au travail de sape de Gorbatchev depuis 1984. Il promettait plus de socialisme, mais par ses réformes n’a amené que le chaos économique et politique.
    Résultat : la population était épuisée par des conditions matérielles insupportables, et démoralisée par la trahison du parti communiste.
    Cependant, au référendum du 17 mars 1991, l’immense majorité de la population s’est déclarée pour le maintien de l’URSS (à 75 %, avec une participation de 75 % en moyenne selon les républiques), et en octobre 1993, Eltsine a dû violer la Constitution et faire tirer sur le Parlement et les manifestants (1.500 morts) pour maintenir son pouvoir. Il aura donc fallu près de 10 ans d’efforts pour déstabiliser le pays (comme pour l’ex-Yougoslavie).
    Enfin, la dissolution de l’URSS composée de 15 républiques a été décrétée de façon totalement arbitraire par les dirigeants de seulement 3 de ces républiques (Russie, Ukraine, Biélorussie), réunis dans un relai de chasse de la forêt de Biélovezh en Biélorussie le 8 décembre 1991. Les républiques d’Asie Centrale, par exemple, n’ont pas du tout apprécié la façon de faire.
    On pourra rétorquer que ces retournements de veste n’ont été possibles que par la bureaucratisation du pouvoir et le manque de participation des masses. Oui et non. Une critique du système doit être faite, mais ce serait également une faute grave que de négliger les facteurs extérieurs au pays.
    Enfin, pour avoir vécu des années dans le pays ou en contact avec des Soviétiques, j’ai pu constater que c’était dans la vie quotidienne un peuple plus habitué que nous aux prises de décisions collectives suite à un débat ouvert et démocratique. Curieux, non ?

     
    • histoireetsociete

      novembre 11, 2011 at 9:17

      chère Marianne, tu sais à quel point je partage ton analyse, je t’ai plusieurs fois proposé un travail commun sur ce qui s’est passé en Union Soviétique et je te renouvelle ma proposition. l’école de Cambridge a commencé un travail mais je crois qu’il faudrait y contribuer dans la mesure de nos moyens, ta connaissance des langues, de la société et mes propres études sur le post-soviétisme nous permettrait peut-être un travail utile à nos engagements mais en affrontant la réalité.
      Danielle Bleitrach

       

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