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Lucrèce, pour une autre vision du devenir… rien ne se perd, rien ne se crée…

23 Oct
Lucrèce, pour une autre vision du devenir… rien ne se perd, rien ne se crée…
 j’en profite pour vous montrer quelques photos de Constance, toujours aussi belles, aussi pleines d’espoir…
 

 Rien ne retourne au néant. La nature forme les corps, les uns avec l’aide des autres [1,215-264] 

[1,215] Ajoutons que la nature brise les corps, et les réduit à leurs simples germes, au lieu de les anéantir. En effet, si les corps n’avaient rien d’impérissable, tout ce que nous cesserions de voir cesserait d’être, et il n’y aurait besoin d’aucun effort pour entraîner la dissolution des parties et rompre l’assemblage. Mais comme tous les êtres, au contraire, sont formés d’éléments éternels, [1,220] la nature ne consent à leur ruine que quand une force vient les heurter et les rompre sous le choc, ou pénètre leurs vides et les dissout.D’ailleurs, si les corps que le temps et la vieillesse font disparaître périssent tout entiers, et que leur substance soit anéantie, comment Vénus peut-elle renouveler toutes les espèces qui s’épuisent? comment la terre peut-elle les nourrir, et les accroître quand elles sont reproduites? [1,230] Avec quoi les sources inépuisables alimentent-elles les mers et les fleuves au cours lointain ? et de quoi se repaît le feu des astres? Car si tout était périssable, tant de siècles écoulés jusqu’à nous devraient avoir tout dévoré; mais puisque dans l’immense durée des âges, il y a toujours eu de quoi réparer les pertes de la nature, il faut que la matière soit immortelle, et que rien ne tombe dans le néant.

Enfin, la même cause détruirait tous les corps, si des éléments indestructibles n’enchaînaient [1,240] plus ou moins étroitement leurs parties, et n’en maintenaient l’assemblage. Le toucher même suffirait pour les frapper de mort, et le moindre choc romprait cet amas de substance périssable. Mais comme les éléments s’entrelacent de mille façons diverses, et que la matière ne périt pas, il en résulte que les êtres subsistent jusqu’à ce qu’ils soient brisés par une secousse plus forte que l’enchaînement de leurs parties. Les corps ne s’anéantissent donc pas quand ils sont dissous, mais ils retournent et s’incorporent à la substance universelle.

[1,250] Ces pluies même que l’air répand à grands flots dans le sein de la terre qu’il féconde, semblent perdues; mais aussitôt s’élèvent de riches moissons, aussitôt les arbres se couvrent de verts feuillages, et ils grandissent et se courbent sous leurs fruits. C’est là ce qui nourrit les animaux et les hommes; c’est là ce qui fait éclore dans nos villes une jeunesse florissante, ce qui fait chanter nos bois, peuplés d’oiseaux naissants. Voilà pourquoi des troupeaux gras et fatigués du poids de leurs membres [1,260] reposent dans les riants pâturages, et que des flots de lait pur s’échappent de leurs mamelles gonflées, tandis que leurs petits encore faibles, et dont ce lait enivre les jeunes têtes, bondissent en jouant sur l’herbe tendre.

Ainsi donc, tout ce qui semble détruit ne l’est pas; car la nature refait un corps avec les débris d’un autre, et la mort seule lui vient en aide pour donner la vie.

La lecture de celui qui nous traduisit (traducere au sens ancien transmettre) Démocrite dont Marx était si admirateur qu’il lui consacra sa thèse de fin d’étude ainsi qu’à Epicure… a toujours été pour moi une leçon d’optimisme et l’éblouissement devant la beauté matérialiste, sa spiritualité… A l’age de Constance je connaissais par coeur des parties entières de ce grand poème de Lucrèce, De rerum naturae…  des choses de la nature… J’imagine mal aujourd’hui Constance et mes jeunes amis en train de réciter face à la mer ce poème ou le rené de Chateaubriand: « l’automne me surprit au milieu de ces incertitudes, j’entrais avec ravissement dans le mois des tempêtes ». Autres temps, autres moeurs, mais je sais qu’il y a dans ce regard un souci de vérité… Quelque chose qui cherche dans le concret des choses ce moment de transcendance qui unit esthétique et éthique…

Voilà dans ces temps des enfants qui voient et qui crient leur joie…

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Publié par le octobre 23, 2011 dans textes importants, THEORIE

 

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