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Quelles sont les origines du 1° mai ? Rosa Luxemburg

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Raymond Lavigne le militant syndicaliste français qui proposa la journée d’arrêt de travail pour les huit heures.

L’heureuse idée d’utiliser la  célébration d’une journée de repos prolétarienne comme un moyen d’obtenir la  journée de travail de 8 heures [1], est née tout d’abord en  Australie. Les travailleurs y décidèrent en  1856 d’organiser une journée d’arrêt total du travail, avec des réunions et des distractions, afin de manifester pour la journée de 8 heures. La date de cette manifestation devait être le 21 avril. Au  début, les travailleurs australiens avaient prévu cela uniquement pour l’année 1856. Mais cette première manifestation eut une telle répercussion sur les masses prolétariennes           d’Australie, les stimulant et les amenant à  de nouvelles campagnes, qu’il fut décidé de renouveler cette manifestation tous les ans.

De fait, qu’est-ce qui pourrait donner aux travailleurs plus de courage et plus de confiance dans  leurs propres forces qu’un blocage du travail massif qu’ils ont décidé eux-mêmes ? Qu’est-ce qui pourrait donner plus de courage aux esclaves éternels des usines et des ateliers que le rassemblement de leurs propres troupes ? Donc l’idée d’une fête prolétarienne fût rapidement acceptée et, d’Australie,commença à se répandre à d’autres  pays jusqu’à conquérir l’ensemble du prolétariat du monde.

Les premiers à suivre l’exemple des australiens furent les états-uniens. En 1886 ils décidèrent que le 1° mai serait une journée universelle d’arrêt du travail. Ce jour-là, 200.000 d’entre eux quittèrent  leur travail et revendiquèrent la journée de 8 heures. Plus tard, la police et le harcèlement légal empêchèrent pendant des années les travailleurs de renouveler des manifestations de cette  ampleur. Cependant, en 1888 ils renouvelèrent leur décision en prévoyant que la prochaine manifestation serait le 1° mai 1890.

Entre temps, le mouvement ouvrier en Europe s’était renforcé et animé. La plus forte expression de ce mouvement intervint au Congrès de l’Internationale Ouvrière en 1889 [2]. A ce Congrès, constitué de 400 délégués, il fût décidé  que la journée de 8 heures devait être la première revendication. Sur ce, le délégué des syndicats français, le travailleur Lavigne [3] de Bordeaux, proposa que cette revendication s’exprime dans tous les pays par un arrêt de travail universel. Le délégué des travailleurs américains attira l’attention sur la décision de ses camarades de faire grève le 1° mai 1890, et le Congrès arrêta pour cette date la  fête prolétarienne universelle.

A cette occasion, comme trente ans plus tôt en Australie, les travailleurs pensaient véritablement à une seule manifestation. Le Congrès décida que les travailleurs de tous les pays manifesteraient ensemble pour la journée de 8 heures le 1°  mai 1890. Personne ne parla de la répétition de la journée sans travail pour les années suivantes. Naturellement, personne ne pouvait prévoir le succès brillant que cette idée allait remporter et la vitesse à laquelle elle serait  adoptée par les classes laborieuses. Cependant, ce fût suffisant de manifester le 1° mai une  seule fois pour que tout le monde comprenne que le 1° mai devait être une institution annuelle et pérenne.

Le 1° mai revendiquait l’instauration de la journée de 8 heures. Mais même après que ce but fût atteint, le 1° mai ne fût pas abandonné. Aussi longtemps que la lutte  des travailleurs contre la bourgeoisie et les classes  dominantes continuera, aussi longtemps que toutes les revendications ne seront pas satisfaites, le 1° mai sera l’expression annuelle de ces revendications.   Et, quand des jours meilleurs se lèveront, quand la classe ouvrière du monde aura gagné sa délivrance, alors aussi l’humanité fêtera probablement le 1° mai, en  l’honneur des luttes acharnées et des nombreuses  souffrances du passé.


Notes

[1] L’usage était alors une               journée de travail d’au moins 10 à  12 heures par jour.

[2] Il s’agit du premier               congrès de la II° internationale.

[3] Raymond Lavigne (1851- ?),               militant politique et syndicaliste.


 
   
 
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Publié par le mai 1, 2013 dans Uncategorized

 

Judith Butler : Sujets du désir

9782130581581FS[1]Réflexions hégéliennes en France au XXe siècle

dimanche 25 septembre 2011, par  Sandrine Alexandre

Dans cet ouvrage de 1987 – Sujets du désir. Réflexions hégéliennes en France au XXe siècle [1], qui constitue une version très révisée ((les analyses du chapitre 4, essentielles au projet de cet ouvrage ne faisaient pas partie du travail initial)) de sa thèse de doctorat soutenue en 1984 – Judith Butler s’intéresse à deux objets : la thématique du rapport entre sujet et désir d’une part et, d’autre part, les lectures françaises de Hegel au XXe siècle. Ces deux aspects s’avèrent étroitement liés dans la mesure où les lectures de Hegel portent essentiellement sur la question du désir et son rapport avec le sujet d’une part et, d’autre part, dans la mesure où les réflexions contemporaines françaises sur le rapport sujet/désir, quoi qu’elles en aient, peinent à se détacher de la pensée hégélienne.

1. L’argument général et sa démonstration

J. Butler analyse, à travers les exégèses et les critiques françaises de la pensée hégélienne, l’évolution du rapport sujet/désir tel qu’il se trouvait élaboré, selon elle, dans la Phénoménologie de l’Esprit. Plus précisément, elle analyse le renversement du rapport sujet/désir et l’étiolement du caractère constructeur et positif du désir conjointement avec une lecture qui ferait du sujet hégélien un sujet autonome et auto-suffisant. Cela se fonde sur la lecture que J. Butler propose de Hegel dans son premier chapitre et qui est, à son tour, une véritable réappropriation philosophique du texte.

1. 1. Réception butlerienne de Hegel

Le premier chapitre intitulé « désir, rhétorique et reconnaissance dans la Phénoménologie de l’Esprit de Hegel » est consacré à l’analyse du désir et plus précisément au lien entre désir et sujet dans la pensée hégélienne. Après avoir envisagé quelle perspective de lecture et quelle méthode de lecture sont susceptibles de servir son projet, J. Butler se livre à une analyse des sections « la vérité de la certitude de soi-même » et « domination et servitude » qui rendent compte du contexte dans lequel émerge le désir, de ses modalités et de ses multiples transformations, ce qui permet de dessiner la relation du désir au sujet caractéristique de la pensée hégélienne.

L’analyse de ces deux sections permet de montrer que le désir assure l’émergence du sujet et sa confirmation dans la reconnaissance, autrement dit que cela implique une dimension d’intersubjectivité et une compréhension riche et historique du sujet.

L’analyse de la section « la vérité de la conscience de soi » insiste sur le contexte dans lequel émerge le désir, ce qui permet d’emblée d’associer désir et constitution du sujet. En effet, le désir intervient comme thème central pour résoudre le dilemme propre à la conscience et au présupposé d’une altérité radicale à l’égard du monde. Le désir réalise le passage de la conscience à la conscience de soi et assure, de ce fait, l’émergence du sujet. En effet,  c’est à travers le désir que le monde sensible devient une expérience pour la conscience de soi. Le désir apparaît à la fois comme intentionnel et comme réflexif : il vise toujours un objet et il est une « manière pour le sujet de se découvrir et de se renforcer à la fois » (p. 48). On passe d’une différence extérieure à des différences internes. « Le désir apparaît comme une synthèse de mouvement d’altérité ». Le sujet se reconnaît comme puissance de nier.

Cette lecture implique d’adopter le principe de lecture envisagé au départ (p. 39-42) et même dès le titre du chapitre, à savoir ce que l’auteure appelle une lecture « rhétorique ». « La rhétorique est (…) la condition d’une déception et d’une illumination, c’est le moyen dont dispose le sujet pour être toujours au-delà de lui-même, signifiant ce qu’il n’a pas nécessairement l’intention de signifier mais extériorise néanmoins, puis lit, et finalement retrouve pour lui-même » (p. 55). Ainsi, « la rencontre  avec la soi-disant disparité ontologique et la découverte de l’interrelation, se trouve effectuées, ici comme ailleurs dans la Phénoménologie, dans le passage d’une lecture littérale à une lecture rhétorique » (p. 54).

L’analyse de « domination et servitude » permet de faire le point sur l’emballement du désir et sur sa sophistication, ce qui revient à comprendre la « suppression » du désir, caractéristique de cette section, comme sa modification profonde. Le désir ne peut pas saisir la vie en générale et il a besoin d’une infinité d’objets pour rester vivant. Mais dans la perspective d’une inclusion plus grande de ses buts intentionnels, c’est l’Autre, autrui, qui apparaît comme l’objet du désir. On passe alors de la conscience de soi comme Désir général à la conscience de soi comme Désir particulier qui trouve sa satisfaction dans la Reconnaissance médiée par le travail du monde. On passe d’un sujet émergent à un sujet historique qui implique l’intersubjectivité.

Le désir est donc le processus qui assure l’émergence et la confirmation du sujet dans la reconnaissance ; elle assure une explication de lui-même comme puissance de nier. Le désir est en outre présenté comme structurant pour l’ensemble du projet de la Phénoménologie même s’il n’intervient qu’à partir de la section intitulée « la vérité et la certitude de soi-même » et qu’il est « supprimé » (aufgehoben) dans « domination et servitude ». « Parce que le désir est le principe de la réflexivité ou de la différence intérieure de soi et parce qu’il a comme but ultime  l’intégrations de toutes les relations extérieures  dans des relations de différence intérieure, le désir forme la base expérimentale de ce projet d’ensemble de la Phénoménologie » (p. 69 ; c’est moi qui souligne) et « la sophistication du désir – l’inclusion de plus en plus large de ses buts intentionnels – constitue le principe du progrès dans la Phénoménologie » (p. 70).

Le lien entre le désir et le négatif est manifeste. Mais, c’est plus généralement la positivité du négatif et de la négation qui se fait jour et sur quoi insiste J. Butler : « le négatif est toujours et seulement utile – il n’est jamais une source d’affaiblissement définitif » (p. 44) ; « le négatif est aussi la liberté humaine, le désir humain, la possibilité de créer de nouveau. (…) Le non-actuel est en même temps le royaume du possible » (p. 89).

1. 2. Lectures critiques de la philosophie française

L’analyse critique des réceptions hégéliennes conduit à distinguer les exégèses proprement dites – Kojève et Hyppolite – des réappropriations – Sartre – et des critiques – Deleuze, Lacan, Derrida, Foucault. J. Butler va donc premièrement montrer que les exégèses et les réappropriations consistent essentiellement en une « révision anthropologique » (P. Sabot, p. 2) du rapport sujet/désir autour de la question de la réalisation concrète du sujet de désir. Elle s’intéresse ensuite aux critiques adressées à la pensée hégélienne par les philosophes français contemporains pour montrer que leur critique fait fonds sur un paradigme hégélien hérité des exégètes, sur une autonomie et une autosuffisance qui n’apparaissent jamais comme telles dans le texte hégélien. « Le premier moment est celui de la spécification du sujet en termes de finitude, de limites corporelles et de temporalité ; le second moment correspond à la « scission » (Lacan), au « déplacement » (Derrida), et éventuellement à la mort (Foucault, Deleuze) du sujet hégélien » (p. 213), toutes ces transformations étant liées à une réévaluation du désir, de ses pouvoirs et de son statut.

Les chapitres 2 et 3 sont consacrés respectivement à Kojève et Hyppolite puis à Sartre. « Mon interrogation, affirme l’auteure, concerne la signification du thème du désir telle qu’elle a été développée à partir de la lecture de la Phénoménologie de l’esprit. Quelles conceptions de la subjectivité et de l’histoire le concept hégélien de désir a-t-il fourni aux penseurs de cette époque ? » (p. 88).  Premièrement, le retour à Hegel s’explique comme un recours salutaire qui permet d’envisager aussi la puissance positive et constructive du négatif. « Le retour à Hegel peut être perçu comme un effort pour attirer l’attention sur l’ambiguïté que recèle l’expérience de la négation » (p. 89). En effet, alors que l’histoire et les circonstances historiques mettaient dramatiquement en lumière le pouvoir destructeur du négatif, Hegel permettait de penser aussi un aspect positif. « Le principe de la négation s’est lui-même fait connaître historiquement durant cette période comme un principe de destruction, et pourtant la Phénoménologie fournissait un moyen de comprendre la négation aussi comme un principe créateur » (p. 89). « Hegel a permis d’apercevoir la raison dans le négatif, c’est à dire de tirer de toute expérience d’échec une puissance transformatrice » (p. 88-89).

En revanche, ou plutôt réciproquement, ce qui motive ce retour à Hegel n’est pas sans incidences sur la forme que prennent les réappropriations. Les réappropriations de la pensée hégélienne se font, selon J. Butler, dans le sens d’une conversion anthropologique et d’un infléchissement existentiel qui pose la question de la satisfaction concrète du désir et de ses modalités. En témoigne notamment ce que l’on pourrait considérer comme une transition (p. 121-129) entre ces deux chapitres mais qui s’avère être au moins autant le lieu d’un bilan anticipé sur le rapport entre ces réappropriations et les développements menés dans le premier chapitre. C’est le problème de la satisfaction du désir qui est au centre et « pour Sartre, comme pour ses prédécesseurs hégéliens, l’idéal d’une satisfaction profane est de plus en plus mis à distance » (p. 123). Par conséquent, c’est une question plus générale à propos du statut de la négation et du négatif : est-il indépassable ? Peut-il être dépassé ou bien fonde-t-il le rapport de l’homme au monde ?

Pour Kojève, c’est une distinction imaginaire entre l’histoire et le temps qui permet d’ « envisager une satisfaction véritable et définitive du désir » (p. 123). Pourtant, c’est au prix d’une transformation radicale : la puissance du négatif apparaît comme un instrument au pouvoir du sujet, agent absolu dans le monde. C’est d’autre part le déni du temps qui lui permet d’envisager une satisfaction définitive du désir. Hyppolite en revanche « rejette la possibilité d’une satisfaction finale et lie la relance perpétuelle du désir à la temporalité humaine » (p. 123). Sartre réalise en quelque sorte une synthèse entre ces deux options dans la mesure où il envisage une réalisation entièrement imaginaire du désir. En ce sens il reprend en le déplaçant le lien, déjà présent dans la Phénoménologie, entre sujet et fiction. « Sartre rend explicite cette dimension imaginaire du désir en décrivant le désir humain comme une manière de se faire, à chaque instant, l’auteure de mondes imaginaires. Le pathos du sujet hégélien reste présent dans l’œuvre de Sartre, et ce dernier souligne que l’échec inévitable de tout voyageur fictif renvoie à la vanité de toutes les passions humaines » (p. 124). En quelque sorte, selon J. Butler, Sartre a « explicité le thème clé du récit hégélien à propos du sujet humain, à savoir le désir métaphysique de nier la différence par construction de mondes faux et partiels qui néanmoins se donnent comme absolus. Dans l’appropriation sartrienne de cette perspective, le désir lui-même devient un effort pour élaborer des fictions, et l’auteur des fictions littéraires réelles devient celui qui, de manière privilégiée, peut dresser la typologie du désir » (p. 126-127).

La tentation et l’ambition de surmonter le négatif caractérise ces réappropriations, mais cela ne se fait toujours que sur le plan de l’imaginaire. En d’autres termes c’est, d’une certaine manière, la doctrine des relations internes, caractéristiques de la pensée hégélienne, qui se trouve réélaborée sur un autre plan. « La notion sartrienne du désir peut ainsi être envisagée comme le résultat d’une doctrine bien dissimulée des relations internes » (p. 127). C’est à partir de cette réélaboration à un autre niveau que vont se fonder les lectures critiques des penseurs ultérieurs abordées dans le dernier chapitre.

Le quatrième chapitre est en effet consacré aux lectures contemporaines de Hegel qui se caractérisent par leur dimension critique. Après avoir envisagé la reprise, par Derrida et par Foucault, de thématiques hégéliennes indépendantes du désir, J. Butler se concentre sur les théories contemporaines du désir – exit donc Derrida qui « s’exclut du discours sur le désir » dans la mesure où « il soutient que le désir renvoie seulement à un discours anthropocentrique sur la présence » (p. 224).

L’auteure montre que, même si c’est de façon très différente, Lacan, Deleuze, Foucault développent des discours similaires à l’endroit du sujet et le désir. Toujours selon l’auteure, ils admettent en effet que « le soi projeté est une construction fausse imposée à une expérience qui évacue complètement la catégorie de l’identité » et que « pris au niveau le plus général, le sujet est postulé dans le but d’imposer une unité fabriquée au désir ». Le désir « est désormais compris comme la multiplicité et la discontinuité d’une expérience affective qui conteste l’intégrité du sujet lui-même » (p. 225).  J. Butler signale, pour le mette en question, le fait que les trois auteurs revendiquent une conceptualisation du désir d’un cadre dialectique tout en revenant systématiquement aux scènes de la Phénoménologie. A travers ces lectures, Hegel devient ce que J. Butler estime qu’il n’a jamais été : le penseur d’un sujet autonome et autosuffisant. « Tout se passe comme si la critique immanente du sujet identique à lui-même était méconnue par Derrida, Deleuze et d’autres, qui se mettent à considérer Hegel comme le champion du « sujet », d’une métaphysique de la clôture ou de la présence qui exclut la différence et qui est également, selon ces critiques nietzschéens, retournée contre la Vie » (p. 215). « On peut trouver curieux, résume l’auteure, que la génération qui suit celle d’Hyppolite (la génération de penseurs qui est passée par son séminaire), répudie Hegel en lui faisant le reproche d’être ce qu’en réalité Kojève et Hyppolite avaient montré qu’il n’était pas » (p. 215).

Réciproquement, l’auteure entend montrer que les théories contemporaines du désir ne se situent pas, quoi qu’elles en aient, « en dehors » de la dialectique. Deleuze et Foucault par exemple « semblent valoriser la vie comme un domaine de pure possibilité où la restriction et la prohibition appartiennent aux forces de l’anti-vie. (…) Cette notion de jouissance, ce que Sartre appelle l’imaginaire et ce que Lacan nomme « Etre », ce que Deleuze et Foucault comprennent comme l’affirmation de la volonté de puissance, semble être ce que Hegel avait à l’esprit lorsqu’il écrivait non seulement que l’infini est autoréflexion, mais que « la conscience de soi est désir » » (p. 274).

C’est à partir des travaux de Foucault, et dans une moindre mesure de ceux de Kristeva, que J. Butler envisage les dépassements de l’hégélianisme. Le projet foucaldien, qui se caractérise notamment par une historicisation des notions et par l’abandon de la thématique du désir au profit d’une histoire des corps, lui semble particulièrement pertinent. Elle affirme en effet que « cette critique du « sujet désirant » et la proposition d’écrire une histoire des corps à sa place constituent une réorientation conceptuelle majeure qui, si elle est couronnée de succès, signalerait la clôture définitive du récit hégélien du désir » (p. 278). A l’aune de la généalogie foucaldienne « le récit de Hegel serait complètement entré dans le domaine du fantastique » (p. 279).

J. Butler s’attache pourtant à montrer que les modalités selon lesquelles cette nouvelle forme d’enquête est menée ne rompent pas totalement avec Hegel et la Phénoménologie et n’échappent pas à certaines difficultés et limites. L’auteure souligne par exemple, pour le déplorer, que Foucault « évite l’analyse des corps concrets dans des situations historiques complexes, au profit d’une simple histoire dans laquelle toute la culture requiert l’assujettissement du corps, un assujettissement qui produit un « sujet » dans son sillage ». Si J. Butler déplore cette restriction qui constitue une grave limite au projet foucaldien, elle l’explique par le schème hégélien de la dialectique du maître et de l’esclave qui sous-tendrait cette perspective. Pour cette raison, « Foucault peut bien rendre compte de la manière dont le « sujet » est engendré, mais il ne peut nous dire quels sujets sont engendrés et aux dépens de qui » (p. 281). Ainsi, paradoxalement, c’est le schème hégélien adopté par Foucault qui empêche de mener complètement à son terme un dépassement du sujet hégélien du désir. Ces « remarques finales » révèlent clairement l’intérêt de J. Butler pour les travaux de Foucault. Elles révèlent aussi son indépendance critique à l’égard de Hegel. Elle nous propose également d’adopter un regard critique sur les lectures critiques elles-mêmes en montrant qu’elles s’appuient beaucoup, de manière plus ou moins implicite, sur ce qu’elles prétendent dépasser et que, paradoxalement, c’est une telle dépendance qui compromet la réussite de leur projet. C’est donc un appel à lire « sans préjugés » les textes et les penseurs, bref, à les lire « en philosophe ». Lire Hegel en philosophe, ce que s’attache à faire J. Butler, c’est d’abord rompre avec un certain héritage – celui qui en ferait le représentant des philosophes de la conscience défendant l’autonomie et l’autosuffisance – pour retrouver le traitement singulier qu’il propose du négatif et la prise en compte de la fragilité intrinsèque du sujet, ce qui constituera la matière de la réflexion future de l’auteure. Lire Hegel en philosophe, cela consiste aussi à prendre en compte la philosophie post-hégélienne et notamment la critique à l’égard des notions de sujet et de désir.

Au terme de ce parcours critique, l’objectif que se donnait J. Butler au départ se trouve rempli : « retracer la dernière étape de la querelle de la philosophie avec l’impulsion vive, avec l’effort philosophique pour domestiquer le désir et en faire un modèle de la situation métaphysique (de l’homme), avec la lutte qui conduit à accepter le désir comme principe de dislocation métaphysique et de dissonance psychique, et l’effort pour déployer le désir en vue de disloquer et de faire échouer la métaphysique de l’identité » (p. 36), ce qui s’avère rigoureusement opposé à la relation constitutive que permettait le désir dans le contexte de la Phénoménologie, sans pour autant défendre une métaphysique de la présence et de l’identité. Le désir hégélien est à la fois destructeur et constructeur, il est constitutif pour un sujet qui s’éprouve aussi dans la fragilité et qui n’a rien de l’autonomie et de l’autosuffisance que les critiques françaises lui ont attribuées. On ne peut que regretter l’absence d’un texte de conclusion qui aurait rassemblé de façon synthétique les acquis de ce parcours et ses enjeux. Les « remarques finales » (p. 272-282) consistent seulement en effet en une lecture critique du projet foucaldien et des déplacements qu’il opère.

2. Un ouvrage « de jeunesse » dont les innovations – par rapport au travail de thèse –, les limites – envisagées en 1999 par rapport à Gender Trouble – et la permanence de certaines de ses problématiques – dans les travaux contemporains – en font un livre important

En 1999, dans la deuxième préface que l’auteure rédige à l’occasion de la réédition de l’ouvrage, celui-ci est expressément présenté comme un ouvrage « de jeunesse » dont l’auteure n’a de cesse de montrer les limites : « J’ai publié ce livre trop tôt, sous la pression du marché du travail, et je le republie maintenant trop tard pour faire des révisions » (préface de 1998, p. 6). Cet ouvrage, les thématiques et les méthodes qui y sont développées en font pourtant un ouvrage important et significatif dans l’œuvre butlerienne, et ce à plus d’un titre.

2. 1. Par rapport à la thèse (1984), l’ouvrage signe la « naissance philosophique » de l’auteure

Cet ouvrage est tout d’abord un ouvrage charnière au sens où il assure le passage de la thèse aux ouvrages ultérieurs. En effet, la thèse avait été rédigée dans un contexte intellectuel peu favorable à la philosophie française alors que le présent ouvrage s’est écrit dans l’engouement pour cette philosophie, ce qui en fait un livre charnière entre la thèse et les futurs travaux et signe en quelque sorte la naissance philosophique de l’auteure.

2. 2. Par rapport à Gender Trouble (1990), un ouvrage précurseur

La revendication des limites de l’ouvrage permet surtout à l’auteure de faire un bilan de ses travaux dans l’intervalle et de prendre ses distances avec les thèses qui y sont – ou plutôt n’y sont pas encore –  défendues. En 1990, Gender Trouble opère en effet des déplacements théoriques qui n’étaient qu’esquissés dans l’ouvrage publié en 1987.

2. 3. Par rapport aux travaux contemporains – notamment Frames of War : When Is Life Grievable ?, Verso Books, 2009 –, un ouvrage fondateur

En 1999, au moment où J. Butler rédige la préface à la seconde édition de l’ouvrage, celui-ci est donc plutôt considéré comme un moment nécessaire mais dépassé de son évolution intellectuelle. Pourtant, cette la préface nous parle de l’ « actualité » de J. Butler il y a douze ans – à ce propos, on ne saurait trop déplorer le retard de l’édition des traductions françaises d’ouvrages étrangers tant qu’ils n’ont pas été adoubés et tant qu’ils ne sont pas devenus des livres qui se « vendront ».  Si l’on prend en compte les travaux récents de l’auteure, l’importance de Sujets du désir est manifeste et l’on aurait sans doute apprécié quelques développements à ce sujet dans la très brève préface que le traducteur P. Sabot – maître de conférence à l’Université de Lille – consacre à l’édition française.  Les derniers travaux de l’auteure, notamment Frames of War : When Is Life Grievable ? (2009), se caractérisent entre autres par un abandon relatif de la question du genre au profit d’un intérêt pour la guerre, mais ils se caractérisent plus fondamentalement par une réévaluation de la notion de « reconnaissance » qui dépasse de façon significative les thèses de Gender Trouble. J. Butler se fait de plus en plus critique à l’endroit de la reconnaissance dans la mesure où celle-ci présuppose des schèmes perceptifs et idéologiques qui déterminent ce qu’est une vie « vivable », digne de ce nom, une vie qui compte et par conséquent une vie reconnue. La notion de « reconnaissabilité » permet précisément de souligner les limites de la « reconnaissance » en s’intéressant aux modalités effectives selon lesquelles une vie est reconnue comme « digne » ((voir à ce propos les pages synthétiques et très éclairantes de H. Gueguen, dans La reconnaissance, Paris, La Découverte)). En fonction de ce déplacement, la « précarité » et la vulnérabilité » permettraient de dépasser les pièges d’une reconnaissance socialement et idéologiquement formatée. Le lien avec Sujets du désir s’avère alors manifeste puisque J. Butler y défend, contre les réappropriations ultérieures, le caractère vulnérable et précaire du sujet hégélien. Le passage de la « reconnaissance » à la « reconnaissabilité » est certes une critique de la reconnaissance hégélienne et des présupposés qu’elle charrie. Pourtant, c’est encore et toujours une thématique hégélienne qui assure un dépassement de cette critique. Paradoxalement, c’est en effet dans sa lecture du texte hégélien que J. Butler forge la notion de vulnérabilité qui est le concept fondateur pour une rénovation de la reconnaissance sur de nouvelles bases. La notion de vulnérabilité, la critique de l’autonomie et de l’autosuffisance prêtées à tort au sujet hégélien fonde les bases d’une critique de la reconnaissance hégélienne et assure l’élaboration de l’un des concepts clé de la pensée butlerienne.

Sujets du désir s’avère un ouvrage important dans la constitution de la pensée butlerienne. S’il apparaît « limité » en 1999, il trouve une dimension fondatrice en regard des derniers travaux. L’œuvre de J. Butler se présente donc comme une incessante relecture de Hegel, comme une évolution incessante à l’égard de cette œuvre. Cet ouvrage nous permet de comprendre comment aujourd’hui encore la lecture et la relecture critique d’un auteur peut fonctionner comme un outil heuristique et constitutif d’une philosophie originale et critique de son actualité.

Notes

[1] Judith Butler, Sujets du désir. Réflexions hégéliennes en France au XXè siècle, (1987-1999), traduction Philippe Sabot, PUF, Paris, 2011

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Je vais porter plainte…

Il y ba un connard qui passe son temps à venir sur mon blog , je ne sais pas pourquoi il a les codes d’entrée mais je vais porter plainte parce qu’il m’efface systématiquement mon travail… J’imagine de qui il s’agit j’ai déjà du porter plainte contre lui… je suis prête à le refaire… il y a un dossier le concernant… Si je dois une seule fois recommencer à recontruire les connexions je porte plainte en demandant une surveillance…

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le avril 7, 2013 dans Uncategorized

 

« Jamais l’individu n’existe sans support ». Entretien avec Robert Castel

5460809-le-sociologue-robert-castel-est-mort[1]Robert Castel, un être délicieux, modeste,  intéressé par les "vaincus", les exclus, vient de mourir, le temps passe mon cher Robert et il nous donne envie de revivre certains instants priviligiés, ton sourire discret, Ici Robert Castel nous parle d’une discipline qui est la mienne et la sienne, la sociologie, une discipline à la morale douteuse, puisqu’elle met en doute la morale et derrière les individus voit les rapports sociaux. Un petit cours de base utile à tous…

En guise d’hommage au sociologue Robert Castel, décédé le 12 mars à l’âge de 79 ans, auteur notamment des Métamorphoses de la question sociale, de L’insécurité sociale et de La discrimination négative, nous republions un entretien paru dans la revue Contretemps en septembre 2004. Il y revient notamment sur sa critique des formes de « désaffiliation » et d’ « individualisme négatif » induites par la grande transformation néolibérale. Mais il y développe également des positions politiques qui, si elles ne correspondent pas à l’anticapitalisme défendu dans ces colonnes, se tiennent pourtant à mille lieues des régressions sociales contenues dans l’accord scélérat (ANI) signé par le MEDEF et quelques confédérations syndicales minoritaires, et que l’actuel gouvernement s’apprête à entériner.

Contretemps : Dans le sillage de Durkheim, à la fois contre la critique néolibérale et une certaine diabolisation anarchiste de l’État, vous avez constaté une concomitance entre l’essor des institutions étatiques et les développements de l’individualisme.

Robert Castel : J’accepte tout à fait la référence à Durkheim qui, à la fin du XIXe siècle, a fait un diagnostic particulièrement lucide de la crise d’une première modernité libérale qui voulait reconstruire la société à partir du contrat. Et Durkheim se rend compte que cette forme de construction laisse en dehors de la société un tas de gens qui ne peuvent pas rentrer dans un rapport contractuel. Ils n’ont pas les supports pour rentrer dans ce type d’échange libéral. Comme il le dit lui-même, « tout n’est pas contractuel dans le contrat ». C’est-à-dire que, derrière, il y a le collectif. Ce qui est fort chez Durkheim, c’est la prise de conscience du caractère essentiel de l’inscription des individus dans des collectifs pour pouvoir exister avec un minimum de consistance et d’indépendance.

CT : Est-ce que vous pouvez préciser ce que dans Propriété privée, propriété sociale, propriété de soi, vous appelez « les supports sociaux » de l’individualité ?

RC : J’y ai pensé en opposition à la conception d’inspiration libérale de l’individu selon laquelle celui-ci serait une entité qui n’attend que d’être libérée des contraintes bureaucratiques ou étatiques pour exprimer ses potentialités. Je crois profondément que l’individu n’est pas une substance ou un électron libre. Je crois au contraire que, pour exister positivement comme individu, il lui faut ce que j’appelle des « supports sociaux », c’est-à-dire un ensemble de ressources. Bourdieu parlerait sans doute de « capitaux ». Moi, j’ai tendance à insister sur des droits et des protections, l’État social étant la clef de voûte de cet édifice. Jamais l’individu n’existe sans support. Historiquement, la propriété privée est un des premiers supports, mais qui laisse en dehors de l’individualité positive la classe des non-propriétaires. La protection sociale et les droits sociaux ont donc incarné, par la suite, un type d’assise élargie, une sorte de socle, qui a donné une consistance à la notion d’individu moderne.

CT : Votre travail apparaît très marqué par la pensée de Durkheim, au sens où il est très attentif au « lien social » et à « l’intégration sociale ». Dans Les métamorphoses de la question sociale, vous avez ainsi mis en évidence les processus de « désaffiliation sociale » générés par les contre-réformes libérales à partir des années 1980 et vous établissez bien le continuum de situations allant de la flexibilité d’entreprise à la condition des SDF. Mais que faites-vous, dans votre analyse historique, de la tradition qui va de Marx à Bourdieu et qui insiste sur les modes de domination et sur la conflictualité qui déchirent le tissu social ? Avez-vous une vision plus « intégrationniste » que « conflictualiste » de la réalité sociale ?

RC : Je ne me sens pas sur une autre planète que Marx ou Bourdieu. Il y a un rôle essentiel du conflit. L’intégration est construite sur la base du conflit. Mais il me semble à propos du conflit dans notre société que l’option « révolutionnaire » et les débouchés alternatifs n’ayant pas abouti, c’est par la négociation conflictuelle et par les luttes que se sont imposées des formes de compromis sociaux, plus ou moins satisfaisantes, plus ou moins instables, d’équilibre relatif entre, disons pour aller vite : les intérêts du marché et un minimum de ressources, de supports, de droits et de protections pour les travailleurs. Je ne pense pas que ce soit défendre une position idéologique que de dire que c’est ce compromis entre le pur libéralisme et le révolutionnarisme, à l’œuvre dans la société salariale jusque dans les années 1970, qui a prévalu. Cette intégration n’est pas donnée, elle est le résultat d’un processus conflictuel.

CT : Comment appréhendez-vous, dans le cadre de votre réflexion générale sur la question sociale et l’État, les notions d’« insécurité civile » et d’« insécurité sociale », qui sont au cœur de votre dernier livre ?

RC : Dans l’inflation sécuritaire actuelle, il y a un amalgame entre deux types très différents d’insécurité : l’insécurité civile, celle qui concerne la sauvegarde de l’intégrité des biens et des personnes dans le cadre d’un État de droit dont les instruments sont la police et la justice, et l’insécurité sociale, liée au fait qu’un nombre croissant de gens n’ont plus ces supports stables qui leur permettaient auparavant de maîtriser l’avenir sur la base d’un présent consolidé et qui sont donc condamnés à vivre « au jour la journée » comme on disait au XIXe siècle. Et cette insécurité sociale ne concerne pas seulement des individus, mais des groupes entiers d’individus, comme des fractions de la classe ouvrière par exemple. Ce n’est pas seulement l’exclusion, mais des phénomènes de déqualification collective qui touchent des parties de classe. La surdétermination actuelle de la problématique de l’insécurité civile provient de l’amalgame entre ces deux types qu’il faut absolument distinguer.

CT : Selon vous l’insécurité n’est pas seulement un manque qu’il suffirait de combler, une privation qu’il suffirait de réparer une fois pour toutes. Vous dites qu’elle est « dans une large mesure l’envers de la médaille d’une société de sécurité »…

RC : On ne peut pas penser la sécurité ou l’insécurité sans les protections. Le sentiment d’insécurité est toujours une relation aux protections. Il faut rappeler que nous sommes dans une société qui est traversée de protections. La sécurité sociale, ça existe encore. Il faut se souvenir de ce qu’était la condition ouvrière il y a à peine cent ans. Notre expérience de l’insécurité se construit à partir du système des protections dans lequel nous sommes, et qui produit à la fois un jugement sur leur insuffisance et la peur de les perdre.

CT : Comment distinguez vous la réalité de l’insécurité du sentiment d’insécurité ?

RC : Quand je parle de sentiment d’insécurité en disant que ce n’est pas mesurable par le manque effectif de protection, ça ne veut pas dire pour autant que ce sentiment n’a pas d’importance, ni même de réalité. La preuve, c’est que ce sentiment se traduit par des effets tout à fait réels. Le Front National en est largement le produit concret. Simplement, par rapport à l’objectivité des protections que nous avons, on pourrait dire que ce n’est pas une vision réaliste. Mais il serait exorbitant et naïf de demander aux gens d’être les sociologues de la condition dans laquelle ils vivent. Les sociologues ont déjà bien du mal à faire leur travail… Les gens sentent sous forme de frustrations affectives, de recherche de bouc émissaire, à rendre compte d’une situation qu’ils éprouvent effectivement sous la forme de la peur et du malaise. Il faut prendre au sérieux ce sentiment mais aussi dégonfler ce qui peut devenir exorbitant et irréaliste au point de produire une politique qui se centre principalement sur la question de délinquance. Là, on voit bien qu’il y a un dérapage, même si cela ne veut pas dire que la délinquance ne soit pas un problème sérieux. Je ne partage pas la représentation selon laquelle l’insécurité est un fantasme produit par les médias et le pouvoir. Ce qu’il faut contester, c’est l’idée qu’il y aurait un choix à faire entre l’État de droit et l’État social. Dans l’idéal, ils doivent fonctionner ensemble. Ce que l’on peut critiquer dans la politique de Sarkozy, ce n’est pas d’être attentif à l’insécurité civile, mais c’est de mettre le paquet exclusivement là-dessus. Comme si le recours à l’État de droit, qui risque d’ailleurs de se transformer en État gendarme, était LA solution. Il y a une contradiction dans les politiques mettant exclusivement l’accent sur l’insécurité civile en ce sens qu’elles sont d’un laxisme parfait à l’égard de ce qui produit l’insécurité sociale. C’est naïf de nier qu’il y a un problème d’insécurité civile et c’est pervers de faire croire qu’il n’y ait que ce problème-là à prendre en compte.

CT : Comment analysez-vous la réponse au thème de l’insécurité sociale par les théoriciens du MEDEF qui assignent une place centrale à la notion de risque et opposent les « risquophobes » et « les risquophiles »?

RC : Leur conception repose sur une vision fausse de l’individu. L’individu n’est pas roi. Il y a des groupes d’individus qui ont suffisamment de ressources pour pouvoir exister positivement comme individus. Il y en a d’autres pour lesquels être rabattu sur la condition de pur atome sans protection collective, c’est être perdu. La réponse du MEDEF à la question de l’insécurité sociale serait peut-être possible si les individus étaient capables par eux-mêmes de s’assurer, mais ce n’est pas le cas. Il y a des gens qui ont besoin de supports collectifs, publics, pour être protégés. Dans la vision libérale, il y a un rapport fort entre une conception de l’individu considéré comme une pure essence, capable d’autonomie par lui-même, et une conception privée des assurances. Pour Seillière, il y aurait des individus qui sont en eux-mêmes des « risquophobes », autrement dit des trouillards, et puis les « risquophiles ». Il croit en être un parfait représentant alors que les risques qu’il prend sont souvent ceux qu’il fait prendre aux autres. Parce que lui, il a les supports pour prendre des risques justement. Il faut réagir vigoureusement contre un discours du risque qui consiste souvent en une apologie du risque que l’on fait prendre aux autres et que l’on n’assume pas soi-même.

CT : Contre la dérive sociale-libérale de la gauche européenne, vous proposez de redonner un coup de barre vers la social-démocratie. Mais il s’agit d’une social-démocratie rénovée, qui réinvente un État social plus adapté à la mobilité. Qu’est-ce que c’est que cet « État social devenu flexible » ? Pourquoi un compromis serait-il nécessaire entre la consolidation de la protection sociale, d’une part, et les valeurs de mobilité et de flexibilité, de l’autre ?

RC : Cette mise en mobilité du travail comporte des caractères irréversibles qui correspondent à la sortie du capitalisme industriel. C’est la mutation du capitalisme qui a imposé cette mobilité. La solution consisterait à défendre les régulations de la société salariale, mais de les redéployer et de les reconfigurer pour tenir compte de cette mobilité. Il faut prendre cette évolution au sérieux sans perdre pour autant sur la force et la consistance des protections à préserver. Contre le social-libéralisme qui prône une adaptation à la nouvelle Modernité, en développant des protections aux marges de la société et en laissant toute la place au marché, je ne crois pas dans un délai prévisible à une sortie du capitalisme. D’où l’idée d’une domestication du marché qui passe par des régulations sociales fortes et des protections qui concernent tout le monde. Le social-libéralisme ne défend pas une citoyenneté sociale mais une assistance aux plus démunis. Or, les protections sociales sont des droits et des garanties qui s’adressent à chacun pour permettre de fonder une société de semblables. Personne ne peut alors être rejeté sur les bords. Chacun, avec des inégalités sans doute, est capable de faire société, dans le sens d’inscrire son autonomie dans une relation d’interdépendance. Voilà ce que l’on peut appeler une social-démocratie rénovée.

CT : Est-ce que l’on n’a pas cette forme de protection en germe dans le statut des intermittents qui est aujourd’hui attaqué : une forme de protection malgré la mobilité?

RC: L’intermittence du spectacle est quelque chose de très sectoriel. L’enjeu est beaucoup plus vaste et sans doute beaucoup plus difficile d’attacher des droits à la  personne du travailleur salarié flexible. Aujourd’hui, beaucoup de gens ne conservent plus leur emploi toute leur vie et perdent donc les droits qui étaient attachés à la stabilité et à la continuité de l’emploi. L’idée d’une généralisation du statut de l’intermittent, pourquoi pas… À condition que cette intermittence ne soit pas source de précarité. Si c’est pour que tout le monde bénéficie de droits et de protections fortes tout en étant mobile, la formule est défendable. Qu’il y ait une certaine mobilité du travail, ce n’est pas condamnable en soi mais que les moments d’intermittence ne soient pas des moments où l’on tombe dans des zones de non-droit, d’absence de protections…

CT : Comment associer, dans une nouvelle social-démocratie, les acquis de l’individualisme sur lesquels vous semblez parfois soupçonneux et les protections sociales ?

RC : Je pense profondément que l’individu avec ce que cela comporte de possibilité d’autonomie et de liberté est la valeur de référence de nos sociétés. Je suis pour une société d’individus, et j’essaie d’être un individu plutôt que d’être une unité d’une collectivité. Le problème, c’est que tout le monde ne peut pas toujours être des individus de ce genre. La dynamique générale d’individualisation qui traverse nos sociétés clive les individus en deux types. Ceux qui tirent bénéfice et qui se libèrent, y compris des carcans collectifs qui pouvaient être très pesants… Et ceux pour qui cette injonction d’être un individu se traduit par la perte de statut et, à la limite, par ce que l’on appelle « l’exclusion ». Mettre l’accent sur le non-dit du discours de la plupart des gens qui défendent l’individualisme, ce n’est pas critiquer la valeur de la notion d’individu. C’est défendre une société où tout le monde peut effectivement l’être. C’est le défi central qu’une nouvelle social-démocratie aurait à relever.

CT : La social-démocratie dont vous parlez a des complaisances avec l’économie de marché, la concevant comme une réalité indépassable. N’y a t-il pas entre la «domestication du marché » et l’objectif d’une suppression totale du marché une place pour une social-démocratie plus radicale, anticapitaliste bien que toujours réformiste? Est-ce qu’il n’est pas souhaitable que le marché, dans l’horizon d’une société non-capitaliste, ne devienne qu’une logique locale, minoritaire, parmi une minorité d’autres ?

RC : Pour le dire naïvement: cette option-là serait la meilleure, seulement je ne vois pas comment elle pourrait se mettre en place d’une façon efficace et réaliste aujourd’hui. Je ne dis pas que ce n’est pas possible… S’il m’a semblé important, dans la conclusion de L’insécurité sociale, de faire une page sur le caractère indépassable du marché, c’est pour susciter une discussion au sein des gens qui se réclament de la gauche. Parce qu’il y a une illusion, avec des gens tout à fait estimables comme André Gorz, par exemple, pour qui le marché et le travail c’est dépassé. Ou alors des gens qui pensent que l’économie solidaire peut être une alternative de réorganisation totale de la production et de la société. Par rapport à cette orientation-là, il me semble que l’on ne peut pas penser la situation qui existe aujourd’hui, et qui persistera vraisemblablement dans un avenir encore assez lointain, si l’on n’admet pas une présence centrale à la fois du marché et du travail, qui me paraissent toujours les deux grandes données fondamentales que nous avons à concilier.

CT : Dans le socialisme français, il y a une tradition de réformisme anticapitaliste, chez Jaurès par exemple. L’horizon anticapitaliste est une sorte de boussole qui aide à faire des réformes radicales. Est-ce que perdre cette boussole, en disant que le marché est un cadre indépassable, ne nous empêcherait pas d’aller jusqu’au bout des réformes et de s’arracher aux évidences de l’ordre établi ?

RC : Il me semble que certaines espérances qu’il pouvait y avoir à la fin du XIXe siècle et qui s’appuyaient par exemple sur des formes d’associationnisme n’ont pas fonctionné. En tout cas, elles ont été marginales. On peut le regretter, parce que c’étaient des réponses très séduisantes et sans doute très satisfaisantes. Mais il y a une chose qu’il faut prendre centralement en compte, c’est la prédominance du salariat dans nos sociétés. Le mouvement de la salarisation, c’est un certain rapport au marché et, à l’échelle de la planète, il n’est pas achevé. La ligne de force dominante du point de vue du travail est le salariat. Il s’agit donc de donner des droits au salariat et de domestiquer le marché. Construire un droit du travail et un droit à la protection sociale, pensés comme une limitation imposée au marché, est une nécessité. Il faut avant tout réfléchir à nouveau sur ce qu’est une réforme. Aujourd’hui tout le monde est réformiste. Même la droite se proclame réformiste alors qu’il s’agit pour elle de démanteler des protections qui avaient été construites dans le cadre d’un État social. Pour les gens de gauche, l’enjeu est de penser des réformes radicales. Il y a des critères. Une réforme de gauche est une réforme qui ne revient pas sur des droits. Ce qui ne veut pas dire qu’elle les conserve dans leur forme, mais qu’elle les redéploie et qu’elle les actualise en fonction de la situation sans céder sur ce qui fonde sa nécessité: une exigence de protection, un droit à un salaire décent, un droit à un logement, etc. Ce n’est pas une sortie de la société actuelle, on reste dans le cadre d’une société capitaliste. Mais faire cela serait déjà beaucoup. Est-ce qu’il est possible de penser au-delà de cette exigence ? Si cela ne conduit pas à des utopies dangereuses, oui, il faut un horizon. Mais il y a de mauvais horizons. Comme celui de « la fin du travail », qui n’a pas permis de penser les réformes et les changements de la société… Aujourd’hui le problème principal, me semble-t-il, est celui qui tient à l’intersection du travail et du marché.

CT : Et la question de la pluralité des logiques sociales et économiques par rapport aux visées hégémoniques du marché?

RC: La question qui se pose porte sur la place de l’hégémonique et de l’interstitiel. Ce n’est pas dire du mal de l’économie solidaire et d’un certain nombre d’expérimentations sociales, qui sont riches et sans doute pour certaines d’entre elles porteuses d’un avenir. Il n’empêche qu’actuellement, elles se développent dans les marges ou dans les interstices du marché et, tout en essayant d’en tirer les enseignements, on ne peut pas – et c’est là où l’utopie se transformerait en illusion – les présenter comme une alternative globale.

CT : Mais on sortirait justement de l’exigence de pluralité si l’on disait posséder la formule unique (l’étatisation hier ou l’économie solidaire aujourd’hui prétendant se substituer, seule, au marché). On abandonnerait ainsi l’idée chère à Proudhon que la meilleure société possible s’efforcerait d’équilibrer de manière infinie les conflits et les tensions, et non pas de réaliser une société parfaite, transparente à elle-même, qui aurait aboli les contradictions majeures (d’où la thématique illusoire du « dépérissement de l’État ») propre à une certaine version de l’utopie marxienne et des utopies « marxistes ».

RC : Mon réformisme social-démocrate appelle précisément une forme de société où la contradiction centrale serait non pas résolue, mais équilibrée. Cela pourrait permettre d’avoir un éventail de possibilités, l’existence d’autres formes d’organisation économico-sociale. Or, si on laisse libre le marché dans un rapport hégémonique, il va tuer ces possibilités. Sauf pour ceux qui parviennent à bricoler leur truc à la marge de la société en abandonnant ce qui me paraît le front principal des luttes, qui se trouve du côté du monde du travail et de l’État.

CT : Diriez vous que votre position – qui s’interdit, pour ne pas tomber dans le piège des utopies dangereuses, de penser une alternative radicale à la société actuelle – est pessimiste ?

RC: Oui, on peut appeler cela un pessimisme. Quoiqu’il y a pire aujourd’hui où le catastrophisme est à la mode. Mais il me semble plutôt que je suis réaliste. Je n’ai pas été « bourdieusien » au sens orthodoxe du mot. Il n’empêche que j’ai une profonde admiration pour lui et notamment parce qu’il me semble avoir su incarner la position originelle de Durkheim. Autrement dit celle de quelqu’un qui a la conscience de la dureté de monde. On est sociologue selon moi lorsque l’on a compris cela: le monde est dur, il ya de la contrainte. Quand on passe par des formes de décollectivisation, on pense avoir dépassé Durkheim. Oui, sans doute, la forme d’orchestration du collectif qui prévalait au temps de Durkheim a disparu. Cela ne veut pas dire que nous sommes dans une société dans laquelle il y a moins de contraintes. Plutôt que d’avoir à choisir au sein de cette opposition entre pessimisme et optimisme, je préfère m’inscrire dans cette tradition qui, de Marx à Durkheim jusqu’à Bourdieu, insiste sur la dureté du monde. Cette conscience de la dureté n’est pas en même temps une résignation. C’est savoir que les contraintes existent et qu’elles ont du poids, ce qui revient à ne pas sous-estimer l’adversaire.

CT : Que pensez-vous du mouvement altermondialiste?

RC : Je pense qu’il est très positif qu’il y ait des initiatives qui se pensent à la fois comme critiques et alternatives à la mondialisation néolibérale. Mais la question qu’il soulève demeure de savoir comment arriver à des instances de régulation générale. Les protections sociales se sont construites dans le cadre de l’État national. Ce n’est plus le cadre principal de l’instance publique qui imposera désormais des régulations. Il faut l’élargir. Comment arriver à produire des institutions qui dépassent ce cadre ? Le néolibéralisme a trouvé le FMI, la Banque mondiale. Quel en est l’équivalent qui pourrait être construit sur la base de cette autre vision de la mondialisation ? C’est une question ouverte.

CT : Dans les mouvements sociaux de ces dernières années, deux éléments coexistent : la défense des grandes institutions de protection (retraite, sécurité sociale, statut salarial) et en même temps une méfiance à l’égard des institutions, une crise de la représentation politique, une importance accordée à l’individualité par rapport aux grands appareils. Est-ce qu’il n’y a pas dans cette tension très paradoxale quelque chose d’intéressant ? On sait que l’institution produit de l’oppression et de la domination et qu’il y a du positif dans l’individualité, mais en même temps on a découvert avec la contre-réforme libérale la nécessité protectrice des institutions collectives.

RC : J’ai souvent une irritation à l’égard de certains mouvements alternatifs concernant leur refus de l’État. Je ne pense pas que l’État est nécessairement un frein ou une limite au développement des individus. On n’a pas trouvé mieux pour assurer les protections de l’individu que le droit. S’il n’y a pas de droit, on est dans des rapports d’exploitation, de domination, impitoyables, ou des formes de paternalisme humiliantes. La garantie du droit est fondamentale, et ce qui garantit le droit, c’est quelque chose de l’ordre d’une instance publique que l’on a jusqu’ici appelé l’État. Quitte à ce que cela paraisse frustrant par rapport à certains affects ou certaines aspirations des individus. Toute construction sociale a un coût. Je préfère comme coût les contre parties d’un ordre juridique qui a toujours quelque chose d’un peu trop bureaucratique et homogénéisant. C’est la raison pour laquelle d’ailleurs je suggère qu’il soit aussi flexible que possible. Simplement, on ne peut pas prendre ses désirs pour des réalités : le souhait d’un État flexible ne pourra jamais être pleinement assouvi. Un État ne peut pas être spontanéiste. Il y a des gens qui pensent autrement, il y Antonio Negri par exemple, mais je suis politiquement contre son idée de la Multitude…

CT : Le mouvement altermondialiste réclame des droits. Le problème, c’est de sortir de la schizophrénie pratique entre une diabolisation de l’État et une demande de droits, sans abandonner la critique libertaire des institutions, de leur bureaucratisation, de leur homogénéisation. Negri est un des théoriciens dont les idées circulent le plus dans le mouvement altermondialiste, mais ses thèses correspondent plus au pôle de la critique libertaire qu’à celui de la revendication de droits adossés à des institutions publiques. Le problème semble justement de mettre en relation les deux pôles, contre les visions unilatérales à la Negri.

RC : L’année dernière j’étais à Buenos Aires. Les gens n’avaient que Negri à la bouche. Et la référence à Negri les entretenait dans leur désarroi. Si l’Argentine a beaucoup de problèmes, c’est un fait que le mépris du politique et la déconfiture de l’État et des services publics entretient les gens dans une sorte de spontanéisme et élude la question centrale liée au fait que l’État est peut-être pourri, mais que sa critique ne peut pas occulter la nécessité d’une instance publique pour sortir les Argentins de leur pétrin. L’utilisation de Negri n’allait pas dans le sens d’une maîtrise des problèmes pratiques et politiques que les Argentins avaient à affronter. Et si l’Argentine va un peu mieux aujourd’hui, ce n’est pas sans rapport avec le fait que l’on vient d’assister à une certaine restauration de l’État.

CT : Quelles instances pour produire ce droit ?

RC : Quels sont les supports qui peuvent imposer une transformation du droit ? Le droit du travail, par exemple, n’a pas été uniquement créé par la classe ouvrière. Néanmoins, il y avait une présence de syndicats assez puissants pour faire pression sur le patronat et le droit du travail est un exemple de compromis social. Actuellement, avec la crise des collectifs et de la collectivisation, il y a un problème réel pour imposer des contrepoids au marché. Il y a là un chantier pour la réflexion et pour l’action qui doit être développé, mais on ne peut pas dire aujourd’hui qu’il existe une réponse alternative par rapport à ce qui constitue encore la forme prépondérante des rapports sociaux fondée sur le travail et régulée par le droit.

Entretien réalisé par Stéphane Bou et Philippe Corcuff.

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              date:

15/03/2013 – 11:19

Robert Castel

 
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Publié par le mars 15, 2013 dans Uncategorized

 

Des hypothèses sur la prise d’otage en Algérie qui ne manquent pas de pertinence…

APA/Agences

Pourquoi le Qatar finance les islamistes radicaux du Mali

A Lire avec un maximum d’esprit critique….

Voici deux articles récents qui reflétent les interrogations algériennes… Je les soumets à la sagacité des lecteurs de ce blog. Le premier article émet l’hypothèse d’une volonté d’internationalisation du conflit dont la cible serait l’Algérie et qui aurait été déjoué par la manière d’intervenir des Algériens. L’article est intéressant mais je lui reproche une seule chose, la référence non prouvée (en dehors de Fabius ce qui serait alors de l’antisémitisme) au "franco-israléien". Si l’on veut dire que  le gouvernement israélien travaillant de concert avec les saoudiens et les qatari (ce ne serait pas la première fois) tenterait d’attirer dans le piège l’Europe et les Etats-Unis (C’est-à-dire l’OTAN), qu’on le dise, mais parler des franco-israélien sans preuve est une fausse démonstration destinée à créer un halo de complot avec une cause unique à peu près comme l’est pour les extrémistes de droite la référence à l’Isalam.  D’autant plus à remettre en question que le gouvernement français est le seul à ne pas avoir dénoncé la gestion de la crise par les algériens et Obama est plutôt réticent devant les manoeuvres du gouvernement d’extrême-droite israélien. Ce genre d’affirmation est du même tonneau que les  discours immondes entendus en France, en particulier du député français UMP des ressortissants français à l’étranger qui mettait en cause les jeunes français d’origine algérienne comme terroristes potentiel et bien sur le Front national s’est enfoncé dans la brèche… C’est assez ignoble tant de la part de cet article que des propos contre les jeunes d’origine algérienne terroristes en puissance… Quand saura-t-on raison garder entre anti-islam et antisémitisme, navrant…

Mais pour le rest l’hypothèse de l’article (il s’agit d’une simple hypothèse n’est pas à négliger). J’ai bien souvent noté que l’attaque de l’Algérie était dans la logique de l’activité de l’OTAN en méditerranée. A ce titre il faut encore noter à quel point, les puissances impérialistes tentent médiatiquement de construire un front, celui qui unirait certains pays arabes comme l’Irak, la Syrie, la Libye et l’Algérie, les vestiges d’un certains nasserisme avec l’URSS. Dans l’affaire des otages algériens, il n’a été cessé de faire le parallèle entre l’Algérie et la brutalité russe. L’aspect dominant est le refus d’un nationalisme prétendant s’approprier ses ressources et les utiliser de manière endogène face à la vague néo-libéale financiarisée impérialiste qui veut en finir avec tout type d’étatisme. Les alliés de ces opérations sont à géométrie variable et ce n’est pas la première fois que le fondamentalisme saoudien, le terrorisme mafieux seraient les vecteurs de cette politique des transnationales monopolistiques.

Le second article apporte encore de l’eau à ce moulin. Il n’y a qu’un problème on voit mal comment les Etats-Unis seraient asez naifs pour être manipulés par les Qataris alors que les intérêts des uns et des autres sont totalement imbriqués. C’est l’éternel discours stupide de la pauvre Amérique manipulé par le judaïsme international versant Islam. S’il y a intervention des Qatari et des Saoudiens, celles-ci ont les limites de la laisse qui les lie aux Etats-unis.

Il faut plus que jamais se méfier des fantasmes en tous genres et voir les véritables intérêts à l’oeuvre, intérêts de classe, d’impérialistes, de despotes sous couvert d’idéologies religieuses.

Donc tout cela révèle d’hypothèses non vérifiées, la seule chose qui le soit est que la guerre est la plus mauvaise des solutions. La paix est la vraie perspective pour les peuples et les haines raciales manipulées au nom de cette paix ne vallent pas mieux que les idéologies religieuses masquant les intérêts monopolistique. Et il regrettable que les appels à la paix soient désormais gérés gérés par des gens de plus en plus suspects de complaisance envers le nouveau fascisme, terrorisme largement manipulé par l’Occident…A ce titre j’en ai particulièrement assez des pseudo-anti-impérialistes qui actuellement disent n’importe quoi et se font les soutiens enthousiastes des terroristes narco-trafiquants qu’ils dénoncent légitimement en Libye et en Syrie… Nous avons affaire à des droits communs qui se vendent à n’importe qui … Comme la mafia sicilienne jadis a trouvé ses bandits dits d’honneur pour lutter contre le communisme avec le total accord des Etats-Unis préparant la guerre froide…

Ma position immédiate est proche de celle de Dominique de Villepin. La guerre n’est en rien la solution et pourtant la situation est telle qu’on ne peut pas laisser s’installer un nouvel afghanistan au sud algérien. Ce que les Algériens ont parfaitement compris tout en se méfiant légitimement de la vertu de l’intervention française et plus encore de l’internationalisation du conflit. Parce que c’est l’internationalisation du conflit sous incidence des fondamentaliste avec une lutte contre le "terrorisme’" qui recréerait l’Afghanistan, l’opération libyenne étant le premier pas. L’opération au Mali est préparée de longue date, peut-être même l’actuel gouvernement a-t-il hérité du "bébé", comme kennedy avait hérité de l’attaque de Cuba. D’où l’enthousiasme de l’UMP et la volonté de pousser à la roue.  Il faut bloquer le front, endiguer l’invasion terroriste jusqu’au relais des forces africaines et surtout ne pas internationaliser le conflit et reprendre les négociations avec les Touareg, les forces africaines.

Les Algériens je ne cesse de le répéter savent à qui ils ont à faire et ils savent qu’ils sont visés autant que l’a été l’Irak, la Syrie, la Libye… Ils savent que le terrorisme est de fait l’allié de nos alliés pour appeler l’occident et l’OTAN sur le terrain qui leur convient pour s’en approprier les richesses et étendre leur propagande fondamentaliste véhiculée par une bande de dangereux criminels et de pauvres enfants perdus en sont les victimes. Le continent africain est d’une richesse inouïe et l’occident ne voit pas sans inquiétude des pays émergents comme la Chine et l’Inde s’approcher de ces ressources. (Danielle Bleitrach)

L’Algérie a surpris les occidentaux par la rapidité et l’extrême secret de son intervention militaire sur le site gazier d’Aïn Amenas. Certaines capitales occidentales se sont empressées depuis d’exprimer leur désaveu à cette opération unilatérale d’Alger sur son propre sol et en sont à réclamer des éclaircissements en lieu et place d’approuver la démarche Algérienne.

Le Japon avait même demandé l’arrêt immédiat des opérations en cours au nom de la sauvegarde de ses ressortissants. Toute la presse avait dans un premier temps insisté sur l’importance du nombre d’étrangers de toutes nationalités travaillant sur ce complexe gazier, ce qui laissait supposer que les autorités Algériennes devaient agir avec doigté et en étroite concertation avec les gouvernements concernés.

La rapide d’action des forces de sécurité Algérienne contre le commando preneur d’otages a contrarié selon certaines sources le timing d’une opération occidentale qui devait s’inscrire dans la durée et permettre l’internationalisation du conflit au sahel en l’étendant au territoire Algérien. Les preneurs d’otages seraient selon cette source des moyen-orientaux accompagnés d’occidentaux et l’opération planifiée par des franco-israeliens dans le but de faire remarquer l’incapacité algérienne à réduire les foyers terroristes. La négociation dans la durée servait en fait à accréditer la thèse de l’incompétence des autorités Algériennes.

Hormis l’accompagnement logistique, toutes les chancelleries occidentales ont refusé d’envoyer des troupes en soutien à la France au Mali alors que celle-ci est membre de l’OTAN dont la charte implique l’intervention automatique de ses alliés en cas de problème, il s’agissait donc d’impliquer par la diversité des otages les autres nations dans le projet de balkanisation du sahel de l’Egypte à la Mauritanie en passant par l’Algérie, pays qui n’a pas connu son printemps au grand dam de ses instigateurs.

La multiplication des actions terroristes contre des sociétés conjointes en Algérie comme annoncé aujourd’hui par le chef d’un groupuscule terroriste ouvre la voie à l’ingérence d’autres forces étrangères afin de sécuriser leur nationaux. La politique armée des petits pas a remplacé celle du pilonnage mais l’objectif reste le même, l’accaparement des toutes les ressources énergétiques et minières de l’Afrique du Nord au bénéfice des multinationales du crime et du désordre via les marionnettes politiciennes.

L’Algérie vient de démontrer qu’elle entend rester souveraine sur son territoire par la non négociation lors de prises d’otages et a fait échec à un plan bien huilé qui devait la faire glisser vers le chaos lentement mais sûrement sans que personne ne s’aperçoive qu’elle est attaquée par les mêmes qui ont oeuvrés en Libye et en Syrie.

MF/APA/Agences

Le tout nouveau ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, n’ignore aucune des mauvaises nouvelles arrivées d’Afrique subsaharienne. Et rien de l’implication de « notre ami du Qatar », formule d’un officier d’état-major, dans la « capture » du Nord-Mali par plusieurs mouvements djihadistes. Le 26 mars, « Le Canard » avait déjà cité les accusations portées par les services français contre ce riche émirat pétrolier. Ce que les analystes de la Direction du renseignement militaire (DRM) confirment, en décrivant cet immense territoire comme « un nouveau sanctuaire terroriste ».

Les droits de l’homme aux Emirats

Personne ne devrait s’en étonner. Depuis plus de trois ans, politiques et militaires sont conscients du danger. Sarkozy le premier, qui, le 26 août 2009, devant les ambassadeurs de France réunis au Quai d’Orsay, avait juré, martial : « La France ne laissera pas Al-Qaida installer un sanctuaire à notre porte, en Afrique. » Et, le 26 janvier 2011, Bernard Bajolet, promu par lui coordonnateur national du Renseignement, évoquait, devant plusieurs députés de la commission des forces armées, « le risque de voir le Sahel se transformer en nouvelle terre du djihad ». On connaît la suite, mais pas sous certains aspects.

Pourquoi le Qatar finance les islamistes radicaux du Mali

Au début de cette année, plusieurs notes de la DGSE ont alerté l’Elysée sur les activités internationales, si l’on ose dire, de l’émirat du Qatar. Et, sans vraiment insister, diplomatie oblige, sur le patron de cet Etat minuscule, le cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani, que Sarko a toujours traité en ami et en allié. Les officiers de la DRM affirment, eux, que la générosité du Qatar est sans pareille et qu’il ne s’est pas contenté d’aider financièrement, parfois en leur livrant des armes, les révolutionnaires de Tunisie, d’Egypte ou de Libye.

Petit Etat taliban

Selon les renseignements recueillis par la DRM, les insurgés touaregs du MNLA (indépendantistes et laïcs), les mouvements Ansar Dine, Aqmi (Al-Qaida au Maghreb islamique) et Mujao (djihad en Afrique de l’Ouest) ont reçu une aide en dollars du Qatar. Les prises d’otages, les trafics de drogue ou de cigarettes ne peuvent donc suffire à ces islamistes très dépensiers.

Leur petit Etat taliban connaît ses premières discordes entre Touareg, plus ou moins religieux, et fanatiques de la charia. Mais ces divers groupes sont désormais présents dans plusieurs agglomérations aux frontières du Niger, du Burkina Faso et de l’Algérie. Autres « touristes » armés dont la présence est remarquée au Nord-Mali : des Nigérians de la secte Boko Haram et des instructeurs pakistanais arrivés de Somalie avec une bonne expérience de la guérilla.

SOS Algérie

Commentaire attristé d’un diplomate français : « On lève les bras au ciel ii un soutient la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), tout en sachant qu’elle cul impuissante. Plusieurs dirigeants de ces pays, inquiets à l’idée que le virus islamiste ne se répande chez eux, envisagent bien une intervention militaire. Mais ni eux ni l’Union africaine ne disposent des forces nécessaires pour « reconquérir » les villes et le désert du Nord Mali. Et ce qu’il reste de l’« Etat malien,» au sud, « n’existe pas vraiment, la guerre civile menace », selon les services français.

Et chacun, tels les Français, qui ne contentent de « surveiller la zone », comme on dit, de se tourner vers l’Algérie, dont l’armée est la seule capable de franchir les 1 300 km de frontière du Nord Mali, puis de ne faire qu’une bouchée de ces islamistes. Mais Bouteflika et ses généraux craignent les retours de bâton. Ils n’ont guère envie, semble-t-il, de « voir de nouveau "fleurir" le terrorisme à domicile », selon le Quai d’Orsay.

Les occupants de ce petit « Afghanistan africain » ignorent d’autant moins cette « torpeur des Algériens », comme disent, méchamment des officiers français, qu’ils détiennent sept de leurs diplomates captures à Gao. Mieux, avant même cet épisode, ils disposaient déjà d’une première réserve de « boucliers humains » : six otages français et sept autres étrangers. Faute d’arguments militaires convaincants – ces islamistes et leurs alliés ne sont que quelques milliers —, c’est leur arme de dissuasion face aux partisans d’une intervention internationale. I In nouvel art de la guerre ?

 

Il n’y a rien à espérer de la situation présente selon Baskin, jusqu’où ira la guerre ?

Baskin dont on se souvient qu’il avait dénoncé l’erreur stratégique que représentait l’exécution du chef militaire du Hamas en réponse au tir de roquette dresse un rapport trés pessimiste de la situation présente.Il semble que les faucons l’aient emporté et l’on peut craindre que le piège fonctionne encore plus dramatiquement que l’entrée dans Gaza et les massacres qui s’en sont suivront, en effet Laurent Fabius a désigné le rôle de l’Iran qui a fourni les fusées longues portées dont dispose le Hamas. Cela a permis incontestablement à assurer à l’allié syrien du répit pour reconquérir du terrain et pour desserrer la pression mais cela peut aussi déboucher plus rapidement que prévu sur une intervention sur l’Iran. C’est la crainte que l’on peut avoir depuis le début de ,l’opération et l’on peut effectivement s’interroger sur la nature du processus que volontairement d’un côté l’Iran et le Hamas et de l’autre le premier ministre israélien ont choisi d’enclencher. Avec les applaudissements enthousiastes de tous les crétins qui n’ont cessé de jeter de l’huile qur le feu. oui le seul espoir est que Baskin se trompe et que l’on continue malgré le tir des roquettes et les bombardements à Gaza, la voie pacifique soit encore recherchée… L’attentat semble avoir été revendiqué par le Fatah (le bras armé du Fatah) dont le but serait de retourner sur le devant de la scène…(note et traduction rapide de danielle Bleitrach pour histoire et société)

Je regrette de ne pas avoir à votre disposition quelques paroles inspirées et optimiste

Le cabinet intérieur d’Israël est actuellement en réunion et je ne pense pas qu’ils discutent une proposition de cessez-le-feu. Il y avait apparemment deux proposition de mise en oeuvre du cessez-le-feu sur la table au Caire. Selon les sources du Hamas et du Jihad , le côté palestinien a rejeté la proposition.

Après l’attentat à la bombe du bus à Tel Aviv et la menace de Jihad- Hamas d’étendre la guerre à partout en Israël, cinq personnes ont été tuées à Gaza. Les  bombardements menés  par Israël contre toutes les sortes de ciblesse poursuivent et le feu des roquettes sur  Israël continue.

Je pense qu’Israël est sur le point de déclencher l’opération terrestre et quelques personnes de la direction du  Hamas et du  Jihad veulent que cela arrive. Ils veulent avoir leur chance de tuer quelques soldats, de faire sauter quelques tanks et si possible enlever un autre soldat israélien.

La secrétaire Clinton ne fera pas pression sur Israël, les EU n’ont aucune force de levier sur le Hamas ou le Jihad. Les EU peuvent faire pression sur l’Égypte pourque ce pays prenne la responsabilité de fermer les tunnels et d’ouvrir  la frontière internationale dans Rafah mais la pression de la rue en Égypte sur le gouvernement est de faire casser le traité de paix israélien-égyptien et ne pas soutenir ce qui est perçu comme un cessez-le-feu pro-israélien. Il n’y  a rien à espérer d’heureux pour le moment.

 
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Publié par le novembre 21, 2012 dans Uncategorized

 

Israël – Gaza : des pacifistes se rencontrent à Jéricho

Dimanche 18 Novembre 2012
Hatem Moussa/AP/SIPA

Hatem Moussa/AP/SIPA

  Alors que la guerre gronde, que la trève lambine, que rouge sang est l’horizon entre les fils de Gaza et d’Israël, nous parvient une info ahurissante sur un événement que chacun sera libre de juger microscopique ou grandiose. 250 pacifistes des deux peuples — dont une centaine de Palestiniens — se sont rencontrés à Jéricho, le mercredi 14 novembre.
Il s’agissait de la conférence annuelle du Forum des associations israélo-palestiniennes pour la paix. Fondé par le palestinien Salman Khoury et l’israélien Ron Pundak, qui fut naguère un des négociateurs majeurs des accords d’Oslo en 1993, ce regroupement des hommes et des femmes de bonne volonté dans les deux camps (60 associations israéliennes, 30 palestiniennes) n’a jamais désespéré de rien. Ce jour-là, pourtant, le pire embrasait le ciel et le sol de la terre promise. Une heure avant la conférence, les participants apprenaient la liquidation d’Ahmed Jabari, le chef de l’aile militaire du Hamas. « Tout autour de l’hôtel, raconte Ron Pundak, les Palestiniens manifestent pour appeler au boycott de la réunion. Pour eux, tout dialogue avec les Israéliens est le signe d’une normalisation qui trahit la cause palestinienne. Pourtant, pas un seul de la centaine de Palestiniens membres du Forum n’annule sa participation ! » Singulier courage, celui de ces militants qui ne cèdent pas aux injonctions de la rue. Le thème  de la conférence— « État Palestinien, plus de temps à perdre » — était à la fois d’une urgence absolue… et d’un décalage complet, compte tenu de l’escalade militaire en cours. Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité Palestinienne, avait délégué son chef de cabinet, Hussein al Araj. « Nous avons entendu un clair et direct message de paix » témoigne Ron Pundak.

Après la conférence, Ron Pundak regagne Tel-Aviv : sirènes d’alerte, roquettes Fajr5 de fabrication iranienne au large de Jaffa et près de Jérusalem, marche à la guerre. Chacun est enfoncé dans l’instantané du cauchemar. En terre d’Israël, en terre de Palestine, pour ceux qui courent aux abris de Tel-Aviv, pour ceux qui enterrent les morts de Kiryat Malakhi, pour les victimes de Gaza qui gémissent sur les brancards de l’hôpital Shifa, s’abat le linceul du « no future ».

Mais l’horizon n’est jamais celui que nous dessine l’heure qui suit. Il se profile au terme d’une route cachée la plupart du temps à ceux qui se trainent sur sa boue, sous un ciel d’orage. Seule la détermination de l’espoir peut arracher ses voiles au brouillard. Pour Ron Pundak, « la bataille Israël-Hamas est dangereuse, mais, dans une perspective plus large, il faut la voir comme un combat tactique entre les adversaires jusqu’au prochain cessez-le-feu ».

Au-delà de ce cessez-le-feu dont discutent aujourd’hui les Égyptiens, presque revenus à leur rôle traditionnel de médiateurs (espérons qu’ils s’y tiendront), le Forum qui s’est réuni si audacieusement à Jéricho, comme détaché de tout, n’admet qu’un seul enjeu majeur : « le concept des deux États pour deux peuples sans lequel nous atteindrons le point de non-retour ». Le Forum considère que le souhait palestinien de siéger comme État non membre à l’ONU « n’est pas un mouvement de destruction d’Israël, mais une action diplomatique qui vise à débloquer la situation actuelle… » Pundak redoute que « l’anéantissement du projet des deux États n’aboutisse au démantèlement de l’Autorité palestinienne, à l’annexion lente par Israël des territoires occupés et, à terme, à un État majoritairement arabe — par la logique de la démographie — qui mettrait fin au projet sioniste et à l’État d’Israël comme État juif et démocratique ».

Les vrais sionistes – et il faut répéter avec force ici que nous refusons la diabolisation de ce mot — ne sont donc pas forcément ceux qu’on croit, ni ceux qui ne croient qu’à la guerre. Les participants israéliens au forum de Jéricho étaient évidemment des citoyens de Sion, de même que les Palestiniens étaient évidemment des citoyens de Palestine, avec plus de ferveur patriotique que les lanceurs de roquettes du Hamas. On leur opposera, à ces 250 hommes et femmes sans colère, au cœur hébreu, au cœur arabe, qu’ils sont peut-être enfants d’Utopie. De ses flancs de rêve, des réalités pourtant n’ont-elles pas jailli ?

À Paris, le mouvement J.Call, le réseau juif européen pour Israël et pour la paix, est conscient, lui, des ravages que le processus de guerre peut infliger aux lendemains des deux peuples. Il exprime, dans son dernier communiqué, sa « totale solidarité avec le peuple israélien et son entier soutien aux familles endeuillées et aux blessés de cette nouvelle vague de violence dont la responsabilité incombe avant tout aux factions extrémistes palestiniennes » et rappelle en même temps « les victimes palestiniennes qui paient le lourd prix d’un affrontement issu de la politique du Hamas exerçant à Gaza un pouvoir sans partage ». J.Call insiste sur « le droit d’Israël à défendre ses populations et son territoire », mais redoute les conséquences pour les civils de Gaza de l’opération menée actuellement par Tsahal. Refusant la fatalité de l’enchainement militaire, David Chemla, le secrétaire général européen de J.Call, qui représente également en France le mouvement israélien « La Paix maintenant », plaide pour une vision à long terme et une reprise des négociations entre le gouvernement israélien et l’Autorité palestinienne : « Les extrémistes ne doivent pas avoir le dernier mot ».

Dans le fracas des bombes et des cris, malgré les surenchères et les larmes, il nous a semblé important de faire entendre ces voix à la fois faibles et fortes.

 
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Publié par le novembre 20, 2012 dans Asie, guerre et paix, Uncategorized

 

HOMOPARENTALITE….

 

BONNE NOUVELLE : L’UMP ADOPTEE PAR DEUX PAPAS

 
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Publié par le novembre 19, 2012 dans Uncategorized

 

du choix de chacun à être désinformé et tous derrière son dieu, son fétiche et son drapeau… Par danielle Bleitrach

ce que je trouve navrant c’est l’habitus de chacun,

il y a d’un côté ceux qui sont des inconditionnels d’Israêl et ils brament comme des veaux qu’israêl a bie  le droit de se défendre contre ces abominables roquettes qui par parenthèse jusqu’ici comme l’explique Baskin ne faisaient jamais de victimes… Ca va changer, c’est abominable, merci Netanaoyoun…

De l’autre il y a les habituelles proclamation de Chomsky que j’ai traduit, alors les anti-impérialistes se jettent dessus comme la vérole sur le bas clergé… alors que ce texte ne prouve rien si ce n’est la position bien connue de Chomky et le fait qu’il a écouté ce que des Palestiniens lui disent.

La véritable information, à savoir celle fournie par Gershon Baskin tout le monde s’en fout.A lors que c’est celle qui démontre la réalité de la politique du gouvernement israélien qui ne veut pas la paix et dont on peut se demander sans crainte de se tromper s’ils n’ont pas volontairement empêché la trève pour cause d’élections.

D’un côté il y a les inconditionnels d’Israêl, de l’autre il y a ceux qui veulent prouver à toute force avec Chomsky que le hamas sont des petits saints et résultat ils se détournent de la vraie information au profit de leur stéréotype en miroir.

Désormais Baskin le dit il va y avoir des morts et vous ne faites rien pour vous y opposer réellement!!!

Honnêtement j’en ai marre d’avoir à faire à des esprits partisans incapables de sortir de leurs ornières. je ne vois pas pourquoi je me fatiguerai pour des crétins pareils, ils ont qu’à s’étriper comme de la volaille au nom de leur idéologie, de leur sainte bannière et de leur drapeaux…

Je suspend ma participation pour quelques temps, vous m’écoeurez…

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le novembre 15, 2012 dans Uncategorized

 

Quand le Figaro Histoire "joue" avec l’Histoire ou Marc Bloch dévoyé…

Mardi 13 novembre 2012213/11/Nov/201207:06

L’oeuvre de Marc Bloch      dévoyée…
Par Suzette Bloch Journaliste, petite-fille de Marc Bloch. Des intellectuels et des historiens ont souhaité approuver ce texte, parmi eux, Roger Grenier,      Dominique Kalifa, Jacques Le Goff, Gérard Noiriel, Antoine Prost, Benjamin Stora, Nicolas Offenstadt… (1)

A la lecture du Figaro Histoire numéro 4, mes cheveux se sont dressés sur la tête. Marc Bloch, le grand historien qui a payé de sa vie son      engagement dans la résistance contre les nazis, y est mis sur le même plan que le maurassien pro-mussolinien et antisémite Jacques Bainville, membre de l’Action française, journal de      l’ultradroite monarchiste.

Ce n’est pas la première fois que l’œuvre à portée universelle et la vie irréprochable de Marc Bloch sont récupérées pour tenter de rendre vertueuse une      idéologie douteuse qui prône le retour à la préférence nationale. Nicolas Sarkozy, épaulé de ses conseillers, le souverainiste Henri Guaino et l’extrême droitiste Patrick Buisson, était un      habitué du genre. En décembre 2009, avec l’historien Nicolas Offenstadt, j’avais tapé du poing sur la table, dans une tribune au Monde intitulée «M. Sarkozy, laissez Marc      Bloch tranquille».

Cela n’a pas suffi. Le dernier numéro du Figaro Histoire met à nouveau en exergue ce passage de l’Etrange Défaite – livre posthume      décrivant le désastre de 1940 – cité, recité et même rabâché dans une version tronquée et sortie de son contexte afin de pouvoir caser Marc Bloch, dans, dixit le FigaroHistoire, le «panthéon des ferments d’unité nationale». Voici cette phrase : «Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France : ceux qui      refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération.» Sauf qu’incluse dans le paragraphe complet, elle a un tout autre      sens. Marc Bloch y évoquait le Front populaire de 1936 et critiquait l’égoïsme du patronat et des élites et leur incapacité à saisir l’élan des luttes ouvrières. Voici le début du      paragraphe : «Surtout, quelles qu’aient pu être les fautes des chefs, il y avait dans cet élan des masses vers l’espoir d’un monde plus juste, une honnêteté touchante à laquelle on s’étonne      qu’aucun cœur bien placé ait pu rester insensible. Mais, combien de patrons, parmi ceux que j’ai rencontrés, ai-je trouvé capables, par exemple, de saisir ce qu’une grève de solidarité, même      peu raisonnable, a de noblesse : passe encore, disent-ils, si les grévistes défendaient leurs propres salaires.»

Mais il y a pire. Voilà ce que l’on peut encore lire à propos de l’Etrange Défaite : «Marc Bloch dresse un tableau éblouissant des faiblesses      récurrentes de la France : luttes des classes, élites coupées du peuple, ouvriers plus préoccupés de l’esprit de jouissance que de celui de sacrifice…» une fin de phrase qui n’apparaît      nulle part dans le livre de Marc Bloch et qui reprend, en fait, presque mot à mot le discours de Philippe Pétain le 20 juin 1940 : «Depuis la victoire, l’esprit de jouissance l’a      emporté sur l’esprit de sacrifice.» Les auteurs de ce dossier cherchent à s’approprier la figure héroïque de Marc Bloch tout en accusant l’école des Annales, fondée par ce même Marc Bloch      avec Lucien Febvre, de tous les maux. Le chapeau d’un article intitulé «Vie et mort du roman national» dit ceci : «L’enseignement de l’histoire à l’école a longtemps visé à entretenir le      patriotisme des jeunes Français. La volonté de le ramener à l’objectivité sous l’influence de l’école des Annales a paradoxalement conduit à conjuguer l’ignorance avec le      communautarisme.»

J’aurais pu traiter par le mépris cette façon de faire mais ce numéro du Figaro Histoire va trop loin. Au fil des pages l’ensemble de ce dossier      consacré à «la vérité sur l’histoire à l’école», décline clichés nostalgiques, positions conservatrices, héros virils et guerriers du roman national, positions réactionnaires,      distillant racisme et xénophobie, utilisant le témoignage d’anonymes comme si nous n’étions pas en démocratie. «Têtes blondes, traite des Noirs, mère maghrébine, la place de l’homme      européen, l’identité française, la France chrétienne» : ces mots sont agencés dans un discours xénophobe appuyé par une iconographie orientée où l’on peut voir des écoliers mis en      contrepoint avec des reproductions de manuels scolaires incriminés, dont l’une avec une étoile de David et le drapeau nord-américain. Dans un dossier détaillé publié par le collectif      Aggiornamento histoire-géographie, des historiens décortiquent les différents articles.

Je lance l’alerte. Il y a tentative répétée de mettre le feu à la démocratie. Ne laissons pas le discours d’une extrême droite continuer à se diffuser      dans le discours public et envahir le champ intellectuel à la faveur des déclarations tonitruantes de la droite décomplexée «pain au chocolat». Plaidoyer d’un côté pour un retour à      «l’histoire-récit» sous forme d’un grand roman national magnifié par les grands héros tels Vercingétorix, Saint-Louis, Jeanne d’Arc ou… Pétain ; occupation de l’autre de la mosquée de Poitiers      par des membres du Bloc identitaire : voilà deux facettes d’une réalité alarmante. Il faut lire et relire Marc Bloch qui, dans ses écrits clandestins, esquissait les contours d’une réforme de      l’enseignement : «Il importe bien davantage à un futur citoyen français de se faire une juste image des civilisations de l’Inde ou de la Chine que de connaître, […] la suite des mesures par      où "l’Empire autoritaire" se mua, dit-on, en "Empire libéral".» «Le passé lointain inspire le sens et le respect des différences entre les hommes, en même temps qu’il affine la      sensibilité à la poésie des destinées humaines», ajoute-t-il. «L’histoire est un effort vers le mieux connaître», affirme-t-il encore dans Apologie pour l’histoire ou métier      d’historien.

(1) Et aussi : Sylvie Aprile, Maurice Aymard, William Blanc, André Burguière, Bernard Chambre, Christophe Charle, Sonia Combe, Christian Delacroix,      Olivier Dumoulin, Patrick Garcia, Pascal Jeanne, Elisabeth Lalou, Christophe Maneuvrier, Massimo Mastrogregori, Vincent Milliot, Joseph Morsel, Didier Panfili, Peter Schöttler, François-Olivier      Touati, Pierre Toubert, Sophie Wahnich.

http://www.liberation.fr/politiques/2012/11/12/l-oeuvre-de-marc-bloch-devoyee_859924

 
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Publié par le novembre 13, 2012 dans histoire, Uncategorized

 
 
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