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« Octobre n’appartient pas au passé,

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le temps est venu de rappeler les engagements de Lénine et de Staline »

Le 7 Novembre à Moscou,  grande manifestation et meeting du Parti communiste pour le 97e anniversaire de la Grande Révolution socialiste d’Octobre

11/07/2014

http://kprf.ru/party-live/cknews/136301.html

Pour le pouvoir des Soviets!

 

En tête de la colonne de manifestants marchaient les dirigeants du Parti communiste et parmi eux le Président du Comité central, GA Ziouganov. Sur un cheval fougueux et vêtu en cosaque, bonnet de fourrure et sabre au clair caracolait le chef des communistes moscovites Valéry Rachkine, suscitant un vif intérêt de la part des journalistes et des manifestants. Comme il  l’a expliqué aux représentants des médias, son geste est un hommage aux héros de la guerre civile qui se sont battus pour le pouvoir soviétique.

 

Au milieu de la colonne de manifestants roulait également une voiture blindée de l’époque de la révolution. Des membres du Komsomol portaient des portraits des héros de l’époque soviétique et les symboles des réalisations de l’URSS. Malgré la pluie torrentielle, les manifestants ont défilé de la place Pouchkine à la Place du Théâtre (Bolchoï), où s’est tenu le meeting.

 

L’ouverture solennelle du meeting a débuté avec l’hymne de l’URSS. Le premier à prendre la parole a été le chef du Parti communiste, GA Ziouganov.

 

«Toute révolution et tout pays n’ont de valeur que s’ils sont capables de se défendre »

 

- Chers amis! Chers camarades, – a dit Gennady Andreyevich à l’assemblée réunie. – Nous ne devons pas seulement célébrer la Journée de la Révolution d’Octobre, mais aussi en tirer les leçons. Sur la Place Rouge a eu lieu un défilé aujourd’hui. En regardant la façon dont il a été réalisé, je me suis souvenu des paroles de Gueorgui Joukov, l’un des généraux les plus brillants, dont les opérations sont étudiées dans les académies militaires du monde entier. On lui a demandé: Quels sont les principaux événements qui ont  le plus influencé le moral et l’humeur du peuple soviétique pendant la guerre? Il a dit qu’il y en avait trois. En tout premier lieu le discours de Staline début Juillet 1941, qui a commencé avec les mots «frères et sœurs», et s’est conclu par : «Notre cause est juste, l’ennemi sera vaincu, la victoire sera la nôtre! ». Le deuxième événement fut le défilé du 7 novembre 1941, à l’issue duquel 30 000 soldats se sont immédiatement rendus au front pour défendre notre capitale. Et le troisième événement le feu d’artifice en l’honneur de la libération d’Orel et Belgorod, quand nous avons brisé les reins  de la bête fasciste.

 

« Mais je tiens à vous rappeler – poursuivit le chef du Parti communiste – que, dix ans avant son discours de 41, Staline a prononcé un autre discours au 31e Congrès des travailleurs de choc. A l’époque, s’adressant à l’ensemble du pays, il a dit que nous étions en retard. Et que plusieurs fois dans l’histoire nous avions été battus à cause de notre retard par les khans mongols et les beys turcs. Et aussi par la noblesse polono-lituanienne et les seigneurs féodaux suédois, par les bourgeois d’Angleterre et de France. Mais que nous n’avions pas le droit de reculer. Que nous étions en retard sur l’Europe de près de 100 ans, et que nous devions couvrir cette distance en 10 ans, sinon ils nous écraseraient. « 

 

« Et à l’époque le pays a entendu – a dit Guennadi Ziouganov – et l’étendard d’Octobre, les plans de Lénine pour l’électrification et la NEP nous ont inspiré de nouvelles victoires. A un rythme accéléré s’est effectuée l’industrialisation, des dizaines d’écoles scientifiques, des centaines d’universités pédagogiques ont été ouvertes. Nous avons en dix ans réussi à éliminer l’arriération et dès 41 avons accompli des progrès gigantesques pour tous les indicateurs techniques majeurs « .

 

«L’an prochain, nous célébrerons le 70e anniversaire de la Victoire – a dit le chef du Parti communiste. – Aujourd’hui, il convient de rappeler à tous ceux qui parlent de réformes que les bases de la victoire ont été posées dans la décennie d’avant-guerre. En 10 ans ont été formés des soldats et des commandants brillants, capables de résoudre les tâches les plus audacieuses et les plus désespérées. C’est à cette époque que notre pays s’est uni sous la bannière de l’amitié des peuples. Nous n’étions pas divisés en Russes, Ukrainiens, Tatars, Moldaves, Juifs. Nous étions le peuple soviétique uni, et nous étions dirigés par le Parti bolchevik, capable de nous inspirer de grandes victoires. « 

 

« Mais nous devons être honnêtes au regard de la Révolution d’Octobre et devant la mémoire de nos ancêtres, nous n’avons pas aujourd’hui dix ans à notre disposition. Nous sommes de nouveau en arrière. Le pays soviétique produisait 20% de la production industrielle mondiale, la Russie d’aujourd’hui  - moins de 3%. Les Américains et l’Union européenne ainsi que les membres de l’OTAN produisent 60%. Nous faisons désormais partie des BRICS, avec la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud. Cela est extrêmement important. Par conséquent, la plupart des initiatives des autorités russes en politique étrangère, nous les soutenons. Nous croyons qu’elles sont correctes, mais il faut encore les développer et les approfondir « , – a souligné GA Ziouganov.

 

« On nous avait promis, – a poursuivi le chef du Parti communiste – que l’OTAN ne serait pas étendue en direction de la Russie. Mais elle est déjà à nosportes. On nous avait promis que nous ne serions pas divisés, mais la mère des villes russes – Kiev a été capturée par les nazis et les Banderistes. On nous avait promis que nous serions sous un ciel paisible, et que nous vivrions comme en Suède et en Suisse. Mais sous la direction de Boris Eltsine et consorts, traîtres au pays, on nous a transformés en un mélange de Colombie et de Bangladesh. Il semble que ces dernières années on ait fini par comprendre une chose : dans ce monde personne sauf nous n’a besoin que notre peuple soit fort, intelligent et instruit. On commence à comprendre que pour les Américains nous ne sommes pas des partenaires mais des clients. On commence à comprendre qu’il est nécessaire de développer notre haute technologie et investir dans la formation des ingénieurs. La conscience est venue que pour regarder avec confiance l’avenir, il est nécessaire d’avoir des arrières solides « .

 

« Aujourd’hui, les Américains – a dit GA Ziouganov – sont le plus grand débiteur du monde. Ils doivent 17 billions de dollars. Brûler la dette et la jeter sur les épaules de quelqu’un d’autre n’est possible qu’en alimentant une guerre d’intensité moyenne, tout en restant à l’écart, et en s’emparant des marchés européens. Tout ce que vous voyez aujourd’hui en Ukraine, qui est devenu un  territoire sous mandat américain, est une réalisation de leur plan perfide et criminel. La signification de cela est de nous pousser dans une confrontation entre la nouvelle Russie et le peuple ukrainien, entretenir un foyer de guerre et conquérir les marchés européens « .

 

«Cette année – continue le chef du Parti communiste – nous commerçons avec l’Europe pour un montant de 450 milliards de dollars, et avec les États-Unis pour un total de 26 milliards. Cela signifie que si la Russie est expulsée du marché européen, en l’état actuel de l’industrie et de l’agriculture, nous courons à l’effondrement total du budget. Si le prix du baril de pétrole tombe en dessous de 80 $, nous ne pouvons pas faire une seule ligne budgétaire. Ainsi nous faisons face aux défis formulés par Lénine et Staline: chaque révolution et chaque pays n’a de valeur que s’ils sont capables de se défendre « .

 

« Pour nous défendre – dit Gennady Andreyevich – il faut une industrie puissante. Le budget actuel ne prévoit rien pour son développement. Pour être intelligents et instruits, nous devons investir dans la recherche et l’éducation. Cependant, ces budgets pour les trois prochaines années sont réduits de presque la moitié. Pour être en bonne santé et forts, il est nécessaire d’avoir un système de santé florissant, mais il est réduit à la portion congrue. Nous devons investir dans la famille et les enfants, mais « les caisses sont vides. » Pour développer la culture et nous devons investir. Et pas seulement dans quelques maestros, et pas seulement un millième du PIB du pays. Par conséquent, la Russie a besoin d’une nouvelle politique économique, d’une nouvelle industrialisation, d’une nouvelle révolution culturelle, axée sur les besoins des travailleurs « .

 

« Ces derniers jours, on a beaucoup parler d’unité – a remarqué le chef du Parti communiste. – Mais je rappelle que l’unité et la force de notre pays ont toujours reposé sur quatre piliers: un Etat fort, une haute spiritualité, le sens de la justice et du collectivisme. Une fois l’un de ces piliers endommagé, le bâtiment tombe en ruine. Sous l’ère Eltsine, cela s’est vu très clairement. Je tiens à dire à ceux qui font aujourd’hui des films d’un genre spécial: répondez-moi, messieurs, qui aimez tant les dernières années du règne de Nicolas II, comment nous avons réussi à perdre trois guerres consécutives – la guerre de Crimée, la guerre russo-japonaise (avec perte de territoire et humiliation terrible) et la Première Guerre mondiale, qui a sonné la fin de l’empire? Nous n’avions aucune raison de nous engager dans cette guerre pour l’argent des banquiers de Londres et de Paris. Je voudrais qu’ils nous expliquent : pourquoi, quand l’armée du tsar s’est effondrée, Lénine a réussi à rassembler sous les armes cinq millions de personnes? Pourquoi tout le pays a entendu ses slogans magnifiques: «La paix  aux peuples! Le pain à ceux qui ont faim! La terre aux paysans! Les usines  aux travailleurs! Le pouvoir aux soviets « !? Pourquoi avons-nous réussi à écraser les armées de l’Entente – quatorze Etats, et à les chasser de tous les ports? Pourquoi le pays avec l’aide de la NEP et du plan d’électrification a pu relever le défi de l’industrialisation et se développé à pas de géant? Quand l’Amérique s’enfonçait dans la «Grande Dépression», nous gagnions de 20 à 25% par an. Telles sont les leçons d’ Octobre, que nous devons assimiler et mettre en pratique « - a déclaré GA Ziouganov.

 

«Nous sommes une opposition constructive. Nous considérons que le gouvernement dans sa composition actuelle ne viendra jamais à bout des difficultés auxquelles il est confronté. Il n’y a pas de gens capables de penser globalement et intelligemment, en développant l’industrie, la science et l’éducation. Et personne ne pense à l’agriculture. On n’y investit qu’un pathétique 1% du budget, quand il faudrait un minimum de 10-12%. Nous avons proposé un budget, un plan pour le développement de l’industrie, une loi sur la science, une sur la protection des «enfants de la guerre ». Ils sont 12 millions, et il suffirait de 125 milliards pour qu’ils reçoivent un complément, en tant que participants à la guerre. « 

 

«Quand vous dites qu’il n’y a pas d’argent, ce n’est pas vrai! – s’insurge Gennady Andreyevich. – Deux fonds étrangers à eux seuls réunissent près de 7 milliards de roubles. L’année prochaine, on s’apprête à nouveau à déposer 700 milliards dans des banques américaines et britanniques pour un taux de 2-3%. Ensuite, ils vont reprendre leur argent à 5-7%, et donner aux affairistes 15-20%. Pour ce genre d’opérations en Amérique on vous met sur la chaise électrique! « 

 

« Le pays a besoin d’un nouveau cours, une nouvelle politique financière et économique, une nouvelle politique sociale, une nouvelle équipe forte, qui regarde vers l’avenir avec confiance. La Grande Révolution d’Octobre et Lénine ont proposé une telle politique. Et Staline l’a mise en œuvre. Son héritage sous la forme d’une nation puissante  nous inspire encore aujourd’hui à accomplir de nouveaux exploits. Sans le socialisme, la justice, sans l’amitié entre les peuples, sans une préoccupation quotidienne pour les travailleurs ordinaires, qu’ils soient ouvriers ou paysans, enseignants ou médecins, ingénieurs, scientifiques ou militaires, on ne résoudra aucun problème. Ce programme est celui de notre parti, et nous allons le mettre en œuvre. Vive le socialisme! Vive la  Révolution d’Octobre! Vive notre grande victoire! Vive le peuple travailleur – auteur de toutes les victoires et réalisations! Félicitations, camarades! »- a conclu le chef du Parti communiste.

 

* * *

Il serait trop long de traduire tous les discours, citons seulement Rachkine « Nous jurons de remettre la Russie égarée sur la voie du socialisme », repris par la foule enthousiaste, avant que le meeting ne s’achève au son de l’Internationale.

 
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Publié par le novembre 13, 2014 dans histoire

 

Anniversaire de la révolution d’Octobre à Odessa

http://www.obkom.odessa.ua/?p=7653#more-7653

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Les événements liés à la célébration du 97e anniversaire de la Grande Révolution socialiste d’Octobre dans la ville-héros d’Odessa, démontrent la lâcheté et le conformisme des autorités de la ville.

Les demandes d’autorisation avaient été déposées à l’avance, mais dès le stade de préparation il est apparu qu’aucune société de location de voitures ne pouvait mettre à disposition un véhicule pouvant servir de tribune. Les chefs de fanfares également ont refusé sous divers prétextes. Enfin, il s’est trouvé quelques âmes courageuses qui ont accepté d’accompagner la colonne de manifestants.

Cependant, dans la matinée du 7 Novembre le Comité régional d’Odessa du Parti communiste a reçu la décision du tribunal administratif régional Odessa d’interdire le défilé et le rassemblement sur le champ de Koulikovo. Par conséquent, lorsque les participants à l’événement se sont rassemblés près de l’Opéra, ils ont été entourés par d’importants cordons de police. Démontrant leur respect des lois, les organisateurs de l’événement ont décidé de maintenir l’événement, mais dans le cadre d’une rencontre de citoyens avec les députés de la Verkhovna Rada et du conseil municipal sur la place du Théâtre.

Le premier secrétaire du Comité régional d’Odessa du Parti communiste de l’Ukraine Tsarkov, d’autres (anciens) députés, des responsables des anciens combattants, vétérans de la guerre, des représentants de la jeunesse communiste ont pris la parole tour à tour. A l’issue de l’événement une résolution a été adoptée à l’unanimité et tous se sont rendus sur le champ de Koulikovo (place de la Révolution d’Octobre), afin de déposer des fleurs en commémoration de la tragédie du 2 mai – le massacre dans la Maison des syndicats.

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«Résolution :

Aujourd’hui, nous célébrons le 97 e anniversaire d’un événement qui a brusquement changé la vie des peuples de l’ancien Empire russe, et pour des siècles a déterminé le cours de l’histoire du monde. Grâce à la Grande Révolution socialiste d’Octobre, le monde a découvert un exemple de construction d’une nouvelle vie – sans l’exploitation du travail humain, avec les meilleures garanties sociales et la confiance des citoyens dans l’avenir. L’Ukraine pour la première fois de son histoire, a constitué un Etat véritable et obtenu l’intégrité territoriale. Sous la direction du Parti communiste les peuples de l’Union soviétique ont vaincu les agresseurs fascistes et construit une société prospère, dont les dirigeants des États post-soviétiques sont incapables d’égaler les réalisations.

En Ukraine contemporaine les autorités tentent de dévaluer le concept de « révolution », appelant de ce nom un simple coup d’Etat qui a abouti au remplacement d’un régime oligarchique par un régime National-oligarchique. En raison de leur politique anti-populaire l’Ukraine a été divisée, il y a eu du sang versé dans un conflit fratricide, les relations bilatérales avec notre partenaire stratégique ont été gâchées irrémédiablement et les conditions de vie des citoyens ordinaires considérablement aggravées.

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En outre, à la suite des élections anticipées à la Verkhovna Rada d’Ukraine les simples travailleurs ont perdu leur représentation dans l’organe législatif suprême du pays. Cela signifie qu’aujourd’hui, les travailleurs d’Ukraine n’ont qu’un moyen pour défendre leurs intérêts – crier haut et fort leurs exigences légitimes aux autorités à tous les niveaux. Par conséquent, les participants à ce meeting, exprimant la volonté de l’écrasante majorité des habitants de la ville héros d’Odessa, exigent:

  1. arrêter immédiatement la confrontation sanglante dans le sud-est du pays et décider du sort de la région par des négociations pacifiques.
  2. Mettre en œuvre la décentralisation du pouvoir, donnant de larges pouvoirs aux régions dans la formation des budgets locaux, la détermination de la direction de l’intégration économique avec l’étranger, la réalisation des programmes sociaux, culturels et éducatifs.
  3. procéder à des réformes économiques, y compris la nationalisation des industries de base, de l’énergie et du transport, un soutien complet aux agriculteurs et l’interdiction de la vente des terres agricoles.

Abandonner l’orientation unilatérale vers l’Ouest, ce qui conduirait à la destruction des restes du potentiel économique de l’Ukraine, et rétablir de bonnes relations de voisinage et mutuellement bénéfiques avec la Fédération de Russie, les pays de l’Union eurasienne.

  1. Arrêter de soutenir les organisations néo-fascistes dont les activités ont compromis l’Ukraine aux yeux de la communauté internationale, abandonner les saluts et les toasts nazis lors d’événements officiels.

Nous comprenons que le gouvernement ne peut ignorer nos demandes, comme le faisait l’ancienne direction de l’Ukraine. Son destin est une leçon pour ceux qui donnent la priorité à leurs «poches». Nous mettons en garde les dirigeants de l’Etat: la poursuite de leur politique actuelle intérieure et étrangère menace la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine. L’abandon de leurs politiques conflictuelles actuelles sera accueilli favorablement par tous les hommes de bonne volonté « .

Après la clôture de la réunion, les participants se sont dirigés en petits groupes vers le champ de Koulikovo, où ils ont déposé des fleurs au monument aux combattants de la révolution et au mémorial aux victimes de la tragédie du 2 mai.

Dans la région d’Odessa des événements dédiés au 97e anniversaire de la Grande Révolution socialiste d’Octobre ont eu lieu partout. En particulier, un rassemblement à Izmaïl devant le monument à Lénine, a été suivi par plus de 150 personnes. Dans la ville de Belgorod – Dniestrovski a eu lieu un défilé avec fanfare du Memorial au parc de la Victoire, suivi d’un rassemblement. A Belyaevka les gens se sont rassembles près du monument aux héros de la guerre civile. A Kodyma l’événement a été suivi par un grand nombre de jeunes sympathisants. A Tarutino tous les citoyens, qui étaient venus faire leurs courses sur le marché local ont exprimé le désir de participer aux célébrations. Le rassemblement a eu lieu avec solennité, l’orchestre jouait de la musique, les gens sont nostalgiques de l’époque soviétique. Au total à la commémoration du 97e anniversaire de la Révolution d’Octobre à Odessa et dans la région ont participé jusqu’à cinq mille personnes.

Comité régional du Parti communiste de l’Ukraine, Service de presse

 
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Publié par le novembre 10, 2014 dans Europe, guerre et paix, histoire

 

Témoignage à visage découvert sur les événements du 2 mai

6701604-afp-mediafax-foto-anatolii-stepanovNous avons rencontré Alexandre Makarenko à Odessa le 3 novembre, deux rencontres, l’après-midi dans un café, le soir dans un restaurant. Cet homme très grand, élancé, calme et souriant a accepté de témoigner à visage découvert sur les événements du 2 mai tels qu’il les a vécus. Ces événements sont de première importance non seulement à cause de la violence et du massacre, mais parce qu’ils sont le signal déclencheur d’une répression de l’Etat qui va culminer dans le Donbass. Son témoignage est précieux parce qu’il est celui d’un citoyen engagé dans la vie d’Odessa, mais aussi parce qu’il montre justement le seuil tel qu’il a été franchi inutilement et qui consacre plus ou moins actuellement la fin de l’Ukraine.

Une autre précision essentielle à apporter, parce que les Français qui ont toujours de la difficulté à regarder autrement le monde qu’à travers leurs propres lunettes, confondant sans doute universalisme et colonialisme, sont persuadé que Alexandre Makarenko appartient à un groupe d’autodéfense… Alors quelques précisions, la droujine est une institution prévue par la Constitution et qui se met en marche en situation de crise avec des citoyens respectés de tous et qui se mobilisent pour défendre la ville contre l’étranger ou pour empêcher la guerre civile. Quelque chose entre les bourgeois du Moyen âge faisant leur ronde et les CDR a Cuba. Les droujines ne sont pas une organisation permanente, elles ont été constituées en février après le coup d’Etat du Maïdan qui a inquiété tout le monde dans l’est et dans le sud par son illégalité, la violence exercée contre des policiers désarmés, le rôle joué par des fascistes ouvertement hostiles aux populations russes et l’illégalité du nouveau gouvernement appuyé par l’étranger. Si dans le même temps sur les champs du Koulikouvo se sont constitués des baraquements antimaïdan, sur le modèle du maïdan, des citoyens de toutes opinions se sont entendus pour empêcher les désordres dans la ville et ceux venus de l’extérieur. On ne comprend rien à ce qui se passe en Ukraine si on ne perçoit pas cette « grande peur » qui a saisi les habitants du sud-est. Nous avions rencontré en Crimée de regroupements de citoyens qui gardaient les statues de Lénine. A Odessa qui revendique toujours plus ou moins un statut de port franc, on a revitalisé les regroupements de prudhommes avec deux droujines la droujine d’Odessa qui correspond à ce que on appelait au Moyen âge le « gros » peuple, les nationalistes, et la droujines populaire ou le petit peuple.
A l’époque Alexandre Makarenko est depuis le mois de février dans la droujine populaire (1). Il y a deux droujines, la droujine populaire et la droujine d’Odessa, plus nationaliste. Il insiste sur le fait que ces droujines sont tout à fait légales. Ce sont des troupes de citoyens formées en conformité avec la loi. Leur reconnaissance juridique, précise-t-il est fondée sur l’article 27 de la Constitution, loi n° 28-63.3. C’est une loi qui porte sur les activités citoyennes pour la défese de l’ordre et des frontières de l’Etat. Sur la base de cette loi, à Odessa, les habitants comme lui, faisaient des patrouilles en collaboration avec la police et à l’intérieur de leurs équipes. Dans la journée, Alexandre travaillait et la nuit il faisait des patrouilles. Leur mission était le maintien de l’ordre et le soutien aux organismes d’Etat.
Ils ont eu ainsi l’occasion de défendre des euromaïdans contre les antimaïdans. En particulier il se souvient d’une journée, le 1O avril. De la même manière, le 2 mai, ils ont défendu les gens contre les nationalistes ukrainiens à la Maison des syndicats.
Les événements qu’il veut d’abord nous décrire se sont passés le 10 avril. A la 11e station de la Grande Fontaine. Il s’agit du nom d’un quartier traversé par une ligne de tramway avec ses stations. Donc quand il sort du travail, il téléphone à son commandant de la droujine populaire. Ce qu’il tient à préciser pour que nous voyions bien le contexte, c’est qu’ils sont en stationnement aux check points avec des gens qui sont pour l’Euromaïdan. Ils travaillent ensemble. Son commandant lui dit d’aller tout de suite au champ de Koulikovo. La foule courait derrière une personne et commençait à le battre. Quand ils sont arrivés, avec les autres membres de la droujines, ils ont sauté hors de la voiture et ont protégé l’homme de leur corps. C’était un activiste de pravy sektor, mais il ne l’a su qu’après, que les gens rassemblés sur koulikovo dans des campements et qui étaient antimaïdan voulaient écharper. Plus tard il a vu sur youtube cette personne qu’il avait sauvée, son pseudonyme est « le sanglier ».
En fait à cette date du 10 avril, ils pouvaient encore discuter entre euromaidan et antimaïdan et ne s’en privaient pas. A Kiev campaient les euromaïdans, à Odessa c’étaient les anti-maIdan, mais il y a eu un parlementaire qui est venu s’expliquer à Koulikouvo. Alexandre était de garde auprès de la tente et il a bien écouté le député expliquant que les gens de l’euromaïdan n’ont aucune part dans le désordre, c’étaient ceux de pravy sektor qui semaient le trouble. Et tous discutaient calmement, affrontaient leurs idées.

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Le 2 mai, ils avaient prévu un rassemblement de leur droujine à 15 heures. Il a téléphoné aux membres de son détachement et il leur a confirmé la rencontre pour 15 heures. C’est à ce moment-là qu’ils ont appris les événements qui étaient en train de se dérouler.
En fait on savait qu’il y avait en ville les ultras du club de foot de Kharkov et nous devions patrouiller pour éviter les désordres. Mais c’est seulement quand nous avons été en face d’eux que nous avons compris à qui nous avions affaire.
Il y avait un groupe de la droujine composé de 70 personnes dirigé par Oleg Musyko qui organise des expositions en Europe Occidentale. Son propre groupe, le second, n’était formé que de 20 personnes dirigé par Rostlav Barda. Ce dernier était un ancien de KPU dont il avait été exclu, il ignore pourquoi.
Ils passaient dans la rue Bounine, c’est là qu’ils sont tombés sur des extrémistes de droite. Il a eu le temps de crier « boucliers en avant ! » mais les autres étaient trop nombreux, plus de 150, alors qu’eux n’étaient qu’une vingtaine. Les membres de la droujine qui avaient un bouclier tentaient de protéger les autres des coups qu’ils leur assénaient. Il leur a commandé de s’enfuir tandis que ceux qui avaient des boucliers  protégeaient leur retraite. En tant que commandant du détachement, il est parti le dernier. Il avait son sac à dos, à présent posé contre les pieds de la table du café et il nous le désigne en souriant. Il avait aussi un bouclier et un casque. Il a réussi à se protéger avec, c’est ce qui l’a sauvé, mais ils l’ont renversé, son bataillon s’était dispersé dans les rues adjacentes. Ils ont exigé qu’il montre ses papiers. Il avait une carte d’officier dans la poche de sa chemise, il l’a montrée et a pu partir.

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Ensuite, il est rentré dans le champ de koulikouvo où les gens affolés construisaient des barricades d’abord sur la chaussée ensuite devant le bâtiment des syndicats. Ils prenaient tout ce qu’ils pouvaient trouver, des tonneaux, des morceaux de fer… C’est alors que les extrémistes environ 2000 personnes venant de la place de Grèce se sont approchés du champ de Koulikouvo. La droujine qui s’était reformée depuis la bagarre de la place de Grèce comprenait à ce moment-là environ une douzaine de membres. Ils ont donné l’ordre d’évacuer la place, les gens paniquaient et ils ont enfoncé les portes de la maison des syndicats. La droujine a réussi à faire partir un certain nombre de gens en les encadrant, donc ils n’étaient plus que 5 pour veiller sur les gens restés sur le champ. Quand la foule des extrémistes a été là, au pied de la maison devant les tentes, l’un d’eux lui a dit : « Sacha qu’est-ce qu’on fait ? » Les gens étaient dans la maison des syndicats, certains aux fenêtres et ils recevaient des jets de pierre et des coktailes Molotov. Il a répondu, « il faut faire descendre les gens ! » Et le petit groupe restant de la droujine a rapproché des fenêtres des échaffaudages qui se trouvaient là et ils ont tenté de sauver une partie de ceux qui commençaient à sauter.
Il faut comprendre qu’ils avaient commencé à se barricader sur le champ et puis devant l’entrée de la maison. Ils ont alors subi l’assaut des 7ème 8ème et 9ème centuries du Maïdan de Kiev.
Je lui demande comment il savait ce détail ?
Officiellement il s’agissait seulement des supporters du club metallist de Kharkov, mais quand Alexandre a été au premier étage pour faire échapper les gens, il a distinctement entendu un ordre à la 8e centurie de Kiev d’avoir à former les rangs. Ils étaient beaucoup mieux équipés qu’eux. Ils portaient des gilets pare-balle et des casques de l’armée sur lesquels il y avait des bandes bleues et jaunes avec le numéro de la centurie.
Les jet de pierre et de coktail molotov avait pris de l’ampleur, une partie des assaillants est entré dans la maison des syndicats par des issues latérales. Sur la place, il y a eu un incident. Un des ballons de gaz qui servaient aux campeurs de l’antimaïdan pour préparer les repas a pris feu. Tout le monde s’est écarté devant les bouteilles de gaz qui commençaient à brûler.
La chaîne de télé 1+1, celle de Kolomojski a prétendu que les gens s’étaient écartés parce qu’on tirait sur eux de la maison des syndicats. C’est faux, ils se sauvaient de crainte de voir exploser la bouteille de gaz, les tuyaux de plastique étaient déjà en flammes. Les gens qui se trouvaient devant l’entrée se défendaient des cocktails Molotov de l’assaillant et ils se sont repliés.
Mais pendant ce temps les extrémistes ont pris les escaliers de secours en rentrant par deux portes latérales. Ils ont incendié le deuxième étage.
Alexander Makarenko nous explique en griffonnant quelques croquis comment lui qui avait tenté de faire descendre des gens par les échaffaudages s’est alors retrouvé bloqué avec 6 autres personnes dans une salle de conférence. Il y avait un enfant de 12 ans, une femme, un homme âgé. Il avait trouvé un casque de chantier qui lui a sauvé la vie. Il a téléphoné à la police en expliquant qu’il fallait faire sortir les civils bloqués là. Il a barricadé la porte de la salle pour les empêcher de venir les trouver comme ils faisaient ailleurs. Seulement 40 minutes après, la police lui a donné le signal. Il nous indique que ce qui prouve que c’était préparé c’est le fait que les militants d’extrême-droite ont bloqué les camions de pompier en cherchant à s’en emparer.
Comme il ne cesse d’insister sur le fait que jusque là euromaïdan et antimaidan s’entendaient plus ou moins, en fait faisaient des patrouilles en commun et qu’ils avaient tous à cœur d’empêcher les bagarres, il décrit une horde venue de l’extérieur sous couvert d’un match de foot et d’un déplacement de supporters, je lui ai dis que nous avons vu des vidéos avec des habitants d’Odessa, un avocat en particulier en train d’achever à coup de massue des blessés à terre.. C’est vrai avoue-t-il il y a une minorité de ces gens là mais ils existent, sans eux les assaillants n’auraient pas pu se diriger avec autant d’aisance dans les rues d’Odessa, aller bloquer les entrées des pompiers, mais la majeure partie de la ville n’en veut pas.
Et c’est là qu’il nous raconte à titre d’exemple comme le mois dernier, à la mi octobre, la municipalité a réuni les représentants des diverses communautés de la ville, lui représentait les Bélarusses. Ils leur ont proposé de faire un clip avec le slogan « Odessa c’est l’Ukraine » et de tous apparaître. Alors en tant que représentant des Belarusses il a refusé, ce cri il l’avait entendu dans la bouche des meurtriers dans le champ de koulikouvo. Le seul clip auquel il pourrait participer serait un clip qui dénoncerait les assassins du 2 mai à cause desquels la ville a perdu son unité, toutes les autres communautés, les Grecs, les Moldaves, les Polonais, les Juifs, etc… l’ont approuvé et ont refusé un tel clip… *
Et puis toujours à titre d’exemple, il nous raconte, la suite des événements : comment la police les a amenés vers 3 heures du matin, les premiers soins ont été donnés aux blessés dans les locaux du commissariat alors qu’on commençait à les interroger pour savoir quel avait été leur rôle. L’endroit était sinon confortable à tout le moins il n’y ont pas subi de mauvais traitements par la police locale qui les plaignait. Sa jambe gauche était blessée, deux femmes ont reçu une piqure elles faisaient une crise d’hypertension. Il décrit la situation : ils n’ont pas été brutaux avec nous, ils nous ont isolés des voleurs et des délinquants… Nous étions très nombreux, il n’y avait plus de place dans les cellules. Chaque cellule contient deux personnes, là nous étions 4, mais la police locale ne nous traitait pas comme des criminels. Nous sommes cependant restés là jusqu’au 4 mai. Le 4, les habitants de la ville et du quartier sont venus les réclamer. La foule a réussi à pénétrer. On était alors au deuxième étage du bâtiment, on entendait en bas le policier en chef du lieu crier « Négociations , négociations ! » la foule a fait une haie et a commencé à les faire sortir et ils ont pu s’échapper sans que personne ne les retienne.
Cette description renvoie une fois de plus au fond de sa pensée : Odessa dans sa diversité et l’immense majorité de la population, la quasi-totalité même qu’ils soient pour ou contre le Maïdan a pratiqué là une sorte d’entente et de compromis jusqu’à ce que les fascistes interviennent pour créer l’irréparable et il nous dit « Pour faire opposer les gens, il fallait faire couler le sang »… et ça a été le signal de la répression totale, de la bride laissée aux fascistes, y compris avec l’intervention dans le Donbass.

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(1)Le terme droujina (družina) est utilisé dans les sources russes les plus anciennes pour désigner la truste du prince (xe-XIIe s.), dont les membres constituaient le noyau de l’armée princière à la Cour de Kiev. Progressivement, ces antrustions (družinniki) furent dotés de propriétés foncières et se confondirent avec l’aristocratie terrienne pour constituer la classe des boyards.

 
 

Qui nous défendra à notre tour?

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Est-il possible déjà de tirer certains enseignements de ce que nous voyons dans cette malheureuse Ukraine? D’abord un état des lieux, le pays est en proie non seulement à la guerre civile,  à la crise économique sociale, mais aussi à la peur face à d’inquiétantes figures. Comment vous dire à quel point cela est palpable ici à Odessa qui parait si tranquille…. On le sent dans le silence des habitants : ce chauffeur de taxi qui se tait ou répond « ça va… un silence… si on peut dire » et dont on ne peut pas tirer un mot de plus… La ville entière paraît en pleine torpeur tandis que des jeunes gens, de la racaille, roulent les mécaniques, fixent des regards qui se baissent… Dans cette ville célèbre pour son impertinence… Le soir, dans la nuit des bandes de fêtards, on entend mal et on devine leur cri: « pour notre victoire! » et ils sautent…   Le fait que des partis fascistes n’aient pas obtenu des voix en masse signifie comme l’abstention un désaveu, mais toutes les listes présentées comme démocratiques, c’est-à-dire « pro-occidentales », ont en tête, éligibles,  des fascistes. Parmi les plus excités, il y a des « héros » de la répression dans le Donbass. Et surtout, les fascistes sont devenus partout les auxiliaires zélés de la politique des oligarques qui ont le pouvoir « à fiction démocratique ». Le bilan du Maïdan tient en ce résultat électoral : sur 250 anciens députés de la Rada, 200 ont été réélus, en revanche ont été exclus les communistes et ceux qui tentaient de combattre le FMI, l’OTAN… Voilà pour la Révolution… Et au quotidien, c’est cette enseignante que ses élèves interrogent sur le Donbass et qui le lendemain est renvoyée sur dénonciation de l’un d’entre eux… La « lustration », la purge, cette liste que l’on sait établie mais qui n’est pas encore diffusée… Ces mères qui ne peuvent obtenir justice et dont nous avons déjà parlé…Cette inquiétude devant ces adolescents, quand un peuple a peur de sa jeunesse …
Ce communiste sans parti nous dit: « c’est de notre faute, nous n’avons rien dit quand on nous a imposé la fin de l’Union Soviétique, puis nous n’avons rien dit quand il y a eu l’attaque contre la Yougoslavie, qui aujourd’hui va descendre dans la rue pour nous défendre ? » L’envie nous prend alors d’interpeller les communistes français, les antifascistes et ceux qui plus largement ont une autre vision de la France, de notre rôle dans le monde : qui nous défendra à notre tour?

Trois pistes de réflexion s’imposent :
LA RESPONSABILITE DE NOTRE GOUVERNEMENT ET DE L’UE
Il y a un fait incontournable, la responsabilité du gouvernement français comme de l’UE dans l’ouverture de cette crise ukrainienne. Incontournable  l’appui à un coup d’Etat, qui n’a pas été toléré par la moitié de la population et a déclenché tous les autres événements, depuis le référendum d’indépendance de la Crimée et le choix du rattachement à la Russie jusqu’à la guerre civile dans le Donbass et le massacre d’Odessa. Une intervention de l’Europe, longtemps préparée en sous main par les Etats-Unis qui ont installé leur procurateur en la personne de madame Nuland et pour qui les dirigeants actuels ne sont que des marionnettes. Des ingérences qui ne se sont traduites par rien d’autre que des milliers de victimes civiles et une crise de plus en plus profonde pour la population. On peut accuser Poutine d’intervention, il reste encore à en faire la preuve, alors que celle des Etats-Unis ne se cache pas.
Ce déni du droit auquel nos gouvernants ont participé n’est pas simplement manifestation de leur incompétence criminelle, mais il a aussi des causes structurelles. Il faut les chercher  dans ce qu’est l’UE et la manière dont désormais la France est ligotée à cette réalité institutionnelle.Il faut les chercher dans l’évolution de l’intervention des Etats-Unis et de ses alliés depuis les années 1990.Encore accélérée par la crise de 2008, qui a engendré une fièvre mercantiliste concurrentielle avec une raréfaction de la demande qui aujourd’hui tend vers la déflation.

L’analyse  léniniste de « l’impérialisme stade suprême du capitalisme » n’est pas dépassée même si des événements nombreux sont intervenus et si il y a eu avec la financiarisation des monopoles une transformation de l’impérialisme. Depuis la première grande boucherie européenne et mondialisée, il y a toujours la même concurrence inter-monopoliste à l’échelle mondiale avec la guerre devenue structurelle dans l’accumulation capitaliste autant que dans le mode d’expression des concurrences inter-capitalistes et dans la forme de tentative de maintien des rapports d’exploitation. L’étape de 2008 et les choix d’austérité, d’exaspération concurrentielle face à la raréfaction de la demande a porté à son plus haut niveau cette dimension structurelle de la concurrence intermonopoliste, de la guerre et de la répression des peuples.

La création d’institutions chargées d’assurer la pérennité de ce système  au lendemain de la deuxième guerre mondiale a représenté une sorte d’équilibre, baptisé celui de la terreur à cause du nucléaire, l’hégémonie des monopoles subsistait mais était obligée de tenir compte de l’existence d’un camp socialiste et de sa capacité de riposte. La Russie continue d’ailleurs plus ou moins à être de ce fait suspecte d’entretenir ledit équilibre alors même que monte le challenge économique de la Chine et des BRICS. L’Ukraine n’ intéresse les monopoles occidentaux, le complexe industrialo-militaire que comme une marche vers cet affrontement-là.

Avec l’effondrement de l’URSS, alors que demeure d’un côté l’obstacle nucléaire, et que le challenge concurrentiel économique monte avec la Chine, de l’autre côté, le système institutionnel de négociation international, le droit international lui-même, a perdu sa relative stabilité antérieure. Une ivresse de toute puissance semble s’être emparée des monopoles, brisant toute résistance au pillage sur leur passage, a succédé à cette période de relatif équilibre. Comme d’ailleurs la même fièvre les a gagné en matière d’exploitation de la force de travail comme de l’environnement, le caractère sénile et destructeur du capital s’accroit.

L’Europe colonialiste sortie exsangue de la première et deuxième guerre mondiale s’était placée dans le sillage de son rejeton sanglant les Etats-Unis, qui lui  avait bénéficié des guerres.  Elle a poursuivi l’allégeance à la chute de l’Union Soviétique. Non parce que les Européens avaient des craintes face aux ennemis caricaturaux – il s’agissait de puissances secondaires, de « terroristes » relevant d’opération de simple police, créatures occidentales et de leurs alliés,  mais pour lesquelles était créées des coalitions sous l’hégémonie des Etats-Unis. L’allégeance n’était donc plus une protection mais parce que l’UE ne pouvait exister autrement qu’en tant que participant à l’impérialisme américain et ses institutions de régulation, le FMI, la banque mondiale, le dollar autant que la puissance militaire à laquelle elle a été annexée. Avec une triple dimension, économique – une politique monétariste régulée par l’austérité – un militarisme qui réclamait la guerre et une mise en concurrence des forces de travail sous la pression des délocalisations et des forces de travail des ex-pays colonisés, puis celle des pays de l’ex-Union soviétique.

Il y a eu une sorte d’illusion gorbatchévienne, qui s’est poursuivie longtemps dans l’ex-Union soviétique et singulièrement en Russie sur la possibilité d’une entente, illusion dont le dernier avatar a été l’idée que l’occident hégémonique accepterait un monde multipolaire, l’Ukraine a fait tomber les masques et montré à quel point la guerre était consubstantielle à ce stade du capitalisme, avec des concurrences n’autorisant aucun développement.
On ne comprend rien à la résurgence du fascisme en Europe si on ne le relie pas à ces caractéristiques capitalistes et impérialistes de l’Europe, pas plus d’ailleurs qu’à l’utilisation de ces forces fascistes comme prétexte à la guerre dans d’autres lieux, l’exemple type étant le Moyen-orient. Le fascisme sert à empêcher par la peur les protestations du monde du travail, les revendications à la souveraineté, le contrôle populaire sur les ressources autant qu’à donner des aliments à la guerre indispensable au profit. C’est ce que vit la malheureuse Ukraine.
Face à ce caractère destructeur , sénile de l’impérialisme, stade suprême du capitalisme à son stade monopoliste financiarisé, il y a donc l’ébranlement des institutions internationales nées de la seconde guerre mondiale, avec le fait que la disparition du contrepoids que constituait l’Union Soviétique a rompu les digues de la négociation, du compromis. La brutalité du plus fort, d’un monde sans loi est devenu la règle comme l’ont prouvé un certain nombre d’interventions depuis 1991.
Incontestablement l’ingérence de notre gouvernement et de l’UE en Ukraine pour y soutenir les seuls intérêts de l’OTAN et des Etats-Unis, relève de ces déséquilibres structurels dans lesquels il n’y a plus aucun respect du droit. Mais pour la première c’est avec un cynisme total en Europe et directement avec la Russie en ligne de mire. Il faut donc bien comprendre ce que nos gouvernants cherchent et savoir intervenir en particulier sur la question essentielle de la paix.
Au-delà de la responsabilité en Ukraine, cela devrait nous inciter à une réflexion en profondeur sur la manière dont le France intervient dans ces institutions internationales avec comme but la recherche de la souveraineté du peuple français sur les dites institutions en faveur de la paix, de la justice et de l’élaboration d’un droit démocratique.
2. LA REMISE EN CAUSE DES DROITS DE L’HOMME
Cette crise du mode de production et l’ébranlement des institutions nées de la seconde guerre mondiale ont également leur dimension morale et individuelle autant qu’environnementale. L’Ukraine est l’illustration la plus caractéristique de ce qui est apparu à la chute de l’Union Soviétique. Face aux appétits déchaînés et sans frein de la classe capitaliste et de toutes les formes de pillage, de corruption qu’elle engendre dans son sillage, la crise profonde des institutions internationales et du droit s’accompagne d’une remise en cause des bases mêmes de ce que l’on peut considérer comme les droits de l’homme dans leur aspect le plus universel.
Ce dont a témoigné et ce dont témoigne la situation ukrainienne, en particulier le répression terrible, le génocide dans le Donbass et les événements du 2 mai à Odessa, c’est à quel point il y a un deux poids deux mesures à partir du moment où les intérêts monopolistes et occidentaux sont menacés ou au contraire préservés.

Nous avions l’habitude d’une partialité de nos médias, de nos «élites » en matière de traitement de l’information et des faits, qu’il s’agisse du Moyen orient, de l’Amérique latine, de l’Asie, de l’Afrique, et dans nos pays, la partialité dans le traitement des faits était la règle, mais là nous avons eu droit à un véritable négationnisme, à l’omerta, le silence sur les faits eux-mêmes pour transformer le mal en bien et vice versa. Jamais nous n’avons assisté à une telle manière de justifier le fascisme, de le présenter sous la figure de la démocratie.
Ce qui surgit là à travers ce deux poids deux mesures, ce silence en appui de génocide c’est une conception de l’humanité avec des droits différents, la reconnaissance d’un surhomme, l’allié de l’occident et le sous-homme, le « pro-russe » ou défini comme tel.
Les complicités dans une telle vision sont nombreuses dans notre pays, comment s’étonner de l’emprise du fascisme quand on utilise les droits de l’homme pour une telle remise en cause de ce qui les fonde.
3- LE RÔLE DES PARTIS COMMUNISTES
Il est frappant de constater qu’au moment où l’on aurait le plus besoin de partis communistes, ceux-ci sont entrés partout et en particulier en France dans une crise profonde faute peut-être d’avoir su repenser à temps la nouveauté de la situation née de la chute de l’Union soviétique. A titre de piste de réflexion, je voudrais suggérer ces quelques  idées :
Non seulement l’analyse faite par les communistes eux-mêmes de l’Union Soviétique et de ce qu’elle avait représentée réellement pour les peuples a été évacuée et on s’est contenté de l’analyse de la bourgeoisie, mais encore la stratégie des communistes n’a pas été repensée.
Ainsi le parti communiste français avait élaboré sa stratégie de passage pacifique au socialisme sous la guerre froide. D’un côté, il y avait encore l’équilibre représenté par l’existence d’un camp socialiste, un point d’appui pour penser une stratégie pacifique. Mais dans le même temps, la déstalinisation, accomplie dans de mauvaises conditions idéologiques et politiques, avait encouragé une vision du rassemblement qui nous soumettait à terme à la social démocratie. A débuté alors le primat de l’alliance sur les contenus du rassemblement et ce défaut s’est encore trouvé aggravé quand il y a eu l’effondrement de l’URSS.
La stratégie de passage pacifique au socialisme n’a pas été revue et au contraire ont été privilégiées les alliances et les positions dans les institutions alors que celles-ci faisaient de plus en plus la preuve de leur inadaptation à permettre l’expression des intérêts populaires. De surcroît sans parti communiste capable de vraiment ancrer à gauche ladite gauche, celle-ci n’a manqué de dériver vers le capital et au niveau international en appui d’une adhésion à l’UE et à l’atlantisme.
Le miracle, qu’il s’agisse des ex-pays soviétiques comme des partis communistes occidentaux, a été de se maintenir dans un état de plus en plus faible, de moins en moins crédible dans une telle situation d’absence de stratégie, autant que d’organisations aptes à favoriser l’intervention populaire.
La réflexion de Simonenko, le secrétaire du parti communiste d’Ukraine dont on ne peut qu’admirer le courage, témoigne d’une prise de conscience importante. Au lendemain des élections où il n’a plus été représenté à la Rada, à la fois parce que ses bases traditionnelles avaient soit rejoint la Russie comme pour la Crimée, étaient en guerre civile comme le Donbass ou s’étaient refugiées dans l’abstention comme Odessa, il a déclaré : « »j’ai un grand plaisir à me réinvestir à plein temps dans la vie du Parti. Avant je devais diviser mon temps en deux, la première moitié de ma journée je la consacrait aux activités parlementaires, et l’après-midi aux affaires du parti. Par conséquent, je vais avoir beaucoup plus de temps pour organiser le travail du Parti ».

« Nous allons maintenant rencontrer le peuple. Le potentiel du Parti est resté, et nous pourrons l’engager renforcer nos idées auprès des citoyens d’Ukraine » conclu Petro Simonenko.
S’il n’est pas question de sous-estimer le rôle des élus, en particulier dans la défense des populations qui en ont plus que jamais besoin, cette prise de conscience de la coupure qui a tendu à se développer entre les partis communistes et les populations menacées par la crise et le fascisme nous parait essentielle non seulement pour l’Ukraine mais pour la France.

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le novembre 1, 2014 dans histoire, société

 

Le voyage : Retour en arrière dans tous les sens du terme par Danielle et Marianne

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Catherine II à Odessa doit-elle être descendue de son piédestal parce que la nouvelle Ukraine fait une crise de russophobie ?… Une fois de plus…

Depuis hier vous savez ou devriez savoir si vous êtes des lecteurs fidèles de ce blog que de Vienne vers Chisinau nous avons été détournées vers Istanbul et que nos bagages n’ont pas immédiatement suivi. Notre premier contact avec la Moldavie se passe donc dans la file d’attente de la perle du Bosphore. C’est fou le nombre de gens qui parlent français et d’autres langues… LE MOLDAVE est peut-être un rural, tendre, naïf, comme diraient les ethnologues amateurs à la recherche de personnalité de base nationale, mais il est aussi spontanément polyglotte. Enfin, LE MOLDAVE de la file d’attente dans un aéroport turc et qui arrive du Quebec pour des vacances, mais aussi peut-être pour élections du 30 novembre.
Tandis que Marianne fraternise avec une Russo-moldave installée au Quebec et qui élève son fils Dimitri dans la vénération de la mère patrie… russe avec la permanence familiale de l’usage de la langue, moi j’ai une grande discussion avec une Moldave de souche bessarabienne francophone, toujours en provenance du Quebec.
Avec elle, je découvre une autre catégorie post-soviétique, j’entame une nouvelle famille. En Crimée, nous avions été confrontées en juin à un regret quasi-unanime –excepté quelques Tatars russophobes- de l’Union Soviétique, une sorte de paradis perdu. Et dans ce bain de nostalgie on pouvait distinguer en gros deux types de réaction. Ceux qui étaient restés ou devenus communistes et vomissaient les oligarques et ceux qui reprochaient aux communistes d’avoir vendu l’URSS.

Dans ce premier contact avec la Moldavie, je découvrais à travers cette femme d’une quarantaine d’années une nouvelle attitude post-soviétique. Elle n’exprimait pas clairement son vote, mais tout tendait à prouver qu’elle se prononcerait pour l’Europe. Mais rien n’est simple dans cette Atlantide immergée dans la mondialisation et l’économie de marché … Elle regrettait amèrement l’Union Soviétique. Elle m’a expliqué, une bonne demie-heure durant, à quel point la vie y était sécurisante, apaisée. Si vous aviez fait de bonnes études vous étiez assurés de trouver une bonne place. Et surtout, elle y tenait, il y avait un excellent système de santé. Ce sujet lui tenait visiblement à cœur et elle semblait très au fait de la sécurité sociale française. Elle avait vu un reportage à la télévision québécoise : le système de santé français était le meilleur du monde, les Canadiens avaient tenté de le copier, mais c’était en vain. Rien ne nous égalait si ce n’est l’ancienne Union Soviétique. Les Moldaves y étaient protégés, heureux.
Mais là où l’affaire se compliquait par rapport à mes homosovieticus du Donbass et de la Crimée, c’est quand je lui ai demandé : « Pourquoi l’Union Soviétique s’est-elle effondrée alors que la situation y était aussi florissante ? » Elle a répliqué : « C’est la faute des Russes ! »
Pas à cause des trois ivrognes, le secrétaire général du parti communiste de la Fédération de Russie, Eltsine, celui de Biélorussie et celui d’Ukraine qui un soir de beuverie ont « constaté » la fin de l’Union Soviétique et qui ont aussitôt téléphoné au secrétaire général du Kazakhstan, puis à Bush pour lui dire que c’était fait. Non ça c’était l’opinion de l’homosovieticus du Donbass et de quelques autres retraités criméens.
Ma nostalgique franco-québecoise était vraiment très en colère contre l’hégémonie russe : les Russes avaient voulu enlever aux Moldaves leur langue, ils leur avaient imposé l’alphabet cyrillique. Ils leur avaient recomposé leur passé, déporté leur élite nationale au goulag. Ils les avaient remplacés par des Russes venus y compris de Sibérie. Faisait-elle référence à la Transnistrie, ce nationalisme moldave était-il de même nature que celui qui était en train de déferler sur l’Ukraine. Les Roumains avaient été des auxiliaires aussi criminels que les bandéristes pour les nazis, qu’en était-il des Moldaves ? Je l’ai alors interrogée sur la collaboration de certains nationalistes locaux avec les nazis. Elle a paru très fâchée. Ça c’était en Galicie, pas en Moldavie où il n’y avait pas et il n’y aurait pas de fascistes. J’ai vite repris le thème des avantages sociaux et je lui ai demandé pourquoi elle ne votait pas communiste ? Elle a dit que c’étaient les vieux qui votaient avec discipline pour les communistes… Elle avait d’autres perspectives et surtout elle ne voulait plus des Russes, de leur domination. Ce qu’elle espérait de l’Europe c’était ne plus avoir à faire à la Russie, mais à des peuples latins et surtout que tous y jouiraient d’une sécurité sociale à la française et que l’Union européenne agirait contre l’insupportable corruption des oligarques, leur pillage incroyable. En fait, il n’y avait personne en Moldavie avec un tel programme et c’était dommage. Ce qui était stupéfiant dans son discours était la manière dont cette Moldave vivant au Québec avait recyclé dans un syncrétisme tout à fait personnel, son expérience soviétique, ses aspirations nationalistes et ses espérances sociales avec la propagande de l’Occident russophobe dominante au Canada comme aux Etats-Unis et en France.
Dans le taxi qui nous ramenait de l’aéroport à l’hôtel Cosmos où nous étions sensées attendre des bagages qui n’arriveront que le surlendemain, avec Marianne, nous interrogeons en russe le jeune chauffeur de taxi, il n’a pas la trentaine. Pour qui pensait-il voter ? Il n’attendait rien de bon ni de l’Europe, ni des Russes. Les vieux allaient sans doute voter massivement pour les communistes parce qu’ils espéraient reconstruire l’Union Soviétique, mais c’était une illusion. Ce temps était passé, il ne reviendrait plus. « Les démocrates » pro-européens s’étaient déconsidérés ces dernières années en pillant plus qu’il n’était raisonnable et tout le monde était perdu. Dans certains villages, un riche venait et offrait des concerts gratuits et le village s’apprêtait à voter pour lui dans l’espoir d’un autre concert. C’était ça désormais la politique, ce n’était pas sérieux. Nous lui avons demandé ce qu’il pensait LUI de l’Union Soviétique ? C’était mieux, il était enfant, mais il sait que c’était mieux. Il y avait de bonnes formations débouchant sur un bon emploi avec des maîtres respectés. Mais on ne pouvait plus se faire d’illusion comme les vieux, ce temps là ne reviendrait plus. Alors il ne savait plus pour qui voter, tout en étant conscient que tout dépendait de gens comme lui, les hésitants, ils feraient la différence pour le mal plutôt que pour le bien.
J’ai ressenti hier quelque chose de semblable face à des amis Odessites qui nous accueillaient. Ils s’affirmaient communistes, c’étaient des intellectuels marxistes à sensibilité stalinienne, enfin c’est peut-être un peu rapide. L’un d’eux nous faisant visiter la ville nous a désigné le boulevard Alexandre II. C’était devenu le boulevard Staline, puis avec la déstalinisation le boulevard de la Paix et c’est redevenu depuis l’indépendance de l’Ukraine le boulevard Alexandre II. La rue perpendiculaire était la rue Juive avant l’Union Soviétique, elle a alors été baptisée rue Bebel, du nom du révolutionnaire allemand et aujourd’hui elle est redevenue rue Juive. Mais les gens ont pris l’habitude de dire les deux noms. Sous l’Union soviétique c’était la rue Bebel juive et maintenant c’est la rue juive-Bebel.
C’est ridicule cette manie d’effacer les deux noms et maintenant cela devient un vrai délire, nous a expliqué notre guide devant le monument à Catherine II. Les Soviétiques avaient détruit le monument et l’avaient remplacé par une statue glorifiant les marins du Potemkine et ils avaient transféré Catherine II au musée de la ville. A la chute de l’Union Soviétique, retour de Catherine II, flanquée à son piédestal de quatre de ses anciens amants qui avaient beaucoup œuvré pour Odessa, dont Potemkine. Des statues modernes. Maintenant il y a une plainte déposée devant les tribunaux demandant la destruction du monument à Catherine II et le refus désormais de la désigner comme la fondatrice de la ville au profit d’une obscure citadelle turque et de son commandant attaqué par les troupes russes. Lénine ne leur suffit plus, ils s’attaquent à Catherine II et à Pouchkine…

Cette manie de refaire le passé pour mieux imposer un présent qui ne convient à personne est désastreuse, onirique, l’histoire revue par Kafka. Et pourtant c’est très concret pour mon interlocuteur odessite. Il a fait des études d’histoire, il était jeune assistant à la fac d’histoire et se spécialisait dans le XVIII e siècle, se consacrant pour son plaisir personnel à Pouchkine. Quand il y a eu « l’indépendance » de l’Ukraine et surtout le retour en force des réactionnaires même des fascistes, il a perdu son poste d’enseignant-chercheur. On n’avait plus besoin de spécialistes de l’Histoire russe et de Pouchkine. D’ailleurs en ce moment, les fascistes parlent de détruire la statue de Pouchkine, l’écrivain russe par excellence. L’enseignant a été jeté à la rue et a dû multiplier les petits boulots, les agences, les expertises… Il n’avait pas été fait pour ça… C’est lui qui refuse de nous faire visiter le grand marché d’Odessa au Kilomètre 7 et qui nous explique que là certains de ses amis, chassés comme lui de l’enseignement, faute de crédits pour leur spécialité et désormais de crédits tout court se sont retrouvés dans ces trafics de contrebande. Pour nous aussi, communistes français, la fin de l’Union Soviétique a été un choc, mais nous mesurons mal ce qu’elle a été à la base pour tous ces gens confrontés concrètement aux conséquences.

Ne nous faisons pas d’illusion en France nous avons aussi cette manière de revoir l’Histoire, les sujets qui n’ont aucune chance d’être agréés par le ministère en ce qui concerne la révision académique ou ce que nous raconte Irina : comment elle est venue à Paris pour faire une conférence sur ce qui s’était passé à Odessa. Dans un grand hôtel, une grande partie de la presse française était là en tous les cas le Monde, Libération et d’autres. On leur a montré des photos sur les événements du 2 mai, le massacre dans la maison des syndicats. Mes amis odessites attendent encore le moindre article. Mieux ou pire, ils ont une exposition itinérante avec des photos, des témoignages, elle est passée dans la plupart des grandes villes d’Europe, elle a donné lieu à des contre-manifestations fascistes au Portugal et en Espagne. Mais à Paris, il a été impossible de trouver où et avec qui la présenter…Comment vaincre ce négationnisme du présent qui s’empare de notre pays, ce trafic de nos mémoires… En rentrant, nous allons tenter de nous battre avec toujours les mêmes amis, mais ce bâillon nous étouffe et nous ne comprenons que trop ce que ressentent nos amis de l’est… Ce présent qui se recompose à chaque instant au gré de jeux politiciens…
Et là, je rejoins les réflexions du chauffeur de taxi moldave et celui de cet universitaire communiste qui continue à se battre avec courage en tentant de faire passer des informations sur la fascisation d’Odessa, alors qu’il voit tous les jours des gens arrêtés, menacés. Quelle est leur relation au vote communiste. Le chauffeur de taxi moldave n’y croit plus et l’historien n’a pas voté à ces élections. C’est une farce, est-ce que l’on peut voter quand le sang est répandu explique-t-il ? Fallait-il voter communiste ? Sa relation au parti communiste ukrainien et à Simonenko est compliquée. Les communistes à la chute de l’Union soviétique étaient en deuxième position, les gens croyaient encore en eux… Mais ils ont mené une mauvaise ligne… Ils se contentaient de discours à la Rada, de proclamations légalistes, mais ils n’ont rien fait pour mobiliser le peuple, lui donner la force d’un combat y compris contre le fascisme qui renaissait. Qu’on le comprenne bien, à la base les communistes sont les meilleurs et témoignent de courage, mais le parti ne sait plus mobiliser. Il est pro-ukrainien, légaliste, dernièrement il a même renvoyé des membres qu’il accusait de séparatisme et de tenter d’agir comme le faisaient les communistes dans le Donbass. C’est actuellement ce qu’il y a de mieux en Ukraine et ils nous laissent démunis devant le fascisme. Nous sommes obligés de nous reconstituer nous-mêmes dans des actions plus symboliques qu’autre chose. Nous sommes isolés, désorganisés et ils n’ont pas eu le courage d’affirmer une position claire de rupture avec l’ordre ou le désordre qui s’installait. Le fascisme est là, il domine, même si au niveau électoral il a des résultats médiocres, si ce sont les USA qui ont placé leur marionnettes à la tête du pays, il y a une armée parallèle qui fait pression, exerce la peur et qui agit quand nécessaire. Il raconte que madame Nuland est venue à Odessa en jeep comme si elle gouvernait la ville, flanquée de Kolomojski lui-même. Ce pouvoir n’a plus à cacher ses racines, et ses sections d’assaut. Il est le cynisme. Le vote n’est qu’une plaisanterie et les communistes ont été éliminés, c’était le but de la manœuvre, non parce qu’ils représentaient en Ukraine une force dangereuse mais parce que c’était un symbole, la victoire du fascisme passe par l’élimination des communistes.
Marianne me dit : « Tu te rends compte, partout ce parti communiste dont on attendait quelque chose au lendemain de la chute de l’Union Soviétique ! En vain, son temps est passé et il faut tout recomposer à la base dans le désordre… dans les pires conditions, dans une confusion généralisée». Nous savons elle et moi qu’il ne s’agit pas seulement du parti communiste moldave et ukrainien. Depuis que j’ai découvert en 2008 que la chute de l’Union Soviétique n’avait pas tout à fait été ce que je croyais, nous avions décidé toutes les deux de partir à la recherche d’une autre vérité. Les peuples avaient subi la fin de l’Union Soviétique comme une trahison et ceux qui l’avaient connue n’en demeuraient pas marqués par pur masochisme comme l’avait inventé l’auteur de l’Homme rouge Svetlana Alexiévitch « qui a souhaité occuper ce créneau à sa manière de peur que l’on découvre ce qu’il en était » commente Marianne, mais bien parce qu’ils en conservaient un souvenir d’amitié, de justice et de paix. A cette nostalgie de la communiste se mêlait chez moi des relents de Yiddishland et là aussi le gâchis était considérable, irréversible peut-être, Israël, Bernard-Henry Levy et l’immonde Kolomojski avaient remplacé Marx, Rosa Luxembourg et même le héros de Babel Benia Krik le roi des mendiants, le brigand qui vole les riches et porte en lui toute l’insolence d’Odessa. On parle ici des juifs banderistes par dérision…
Dans le fond, avec ce jeune chauffeur de taxi moldave et ce professeur d’histoire d’Odessa surgissait la nécessité d’un nouvel espace à construire… Un peu comme à la Restauration, en France, renaît un nouveau mouvement sur le désespoir de la fin de la République et même de l’Empire, quand le héros stendhalien cherche à se repérer sur un champ de bataille incompréhensible ou hésite entre l’arrivisme et l’amour, le rouge de l’armée ou le noir de la prêtrise. Quand j’étudiais l’histoire de Marseille, je suivais la reconstruction du mouvement marseillais, dans les cabarets tenus par des demi-soldes napoléoniens, chez des diplômés qui n’avaient pas de perspective… du désordre, de la confusion…
Il y a la proposition du continent eurasiatique, la manière dont certains partis communistes continuent à penser, ça éviterait de repartir à zéro… il y a cette fascisation avec ses nouveaux boucs émissaires… Comment penser ce monde là ? S’opposer à la brutalité fasciste et à la guerre est la seule solution, défendre la sécurité sociale, l’éducation, les droits, c’est basique, mais il n’y a rien d’autre pour nous rassembler tous même si nous avons incontestablement perdu cette étrange liberté, cette conscience morale qui se donnait des fins universelles au point que nous matérialistes nous avions une transcendance qui nous faisait adhérer à l’Histoire de l’humanité. C’est cela qui a disparu et qui se reconstruira probablement autrement. Parfois il m’arrive de me dire que nous avons tous emporté une pièce du puzzle et qu’il faut la rapporter. C’est là que l’interpellation de Lavrov: « l’Europe ne pourra pas se passer de nous et nous nous ne passerons pas d’elle » me touche, cette première expérience socialiste a été celle de la démesure, de la générosité russe et nous en aurons encore besoin… En attendant organisons le lien de l’information comme nous le pouvons…
Danielle et Marianne

 

Le vaccin contre le nazisme a perdu son efficacité par Danielle Bleitrach

affiche-comment-voter-contre-le-bolchevisme Peut-être que cela va me passer mais je suis écœurée à un point inimaginable par les références obsessionnelles au sionisme qui comme chez The saker masquent à peine l’antisémitisme revendiqué… Je commence à comprendre les juifs qui quittent en masse la France … A la seule différence près que j’aurais encore plus de mal à vivre dans ce ghetto chauvin dans lequel ils se réfugient… Le weekend dernier j’ai vécu quelques traumatismes, cette femme qui une fois de plus dans un débat se croyait autorisée tant son discours suscitait à l’ordinaire l’adhésion de tous, de déclarer « Avec ce qu’ils nous bassinent avec leur Shoah, ils osent faire ce qu’ils font en Israël »…Cette réflexion de quelque côté qu’on la prenne était immonde: d’abord l’extermination des juifs , des communistes, des tziganes concerne l’humanité et son horreur, l’échelle du crime, le meurtre de masse d’êtres humains considérés comme des « nuisibles » n’a qu’un équivalent Hiroshima… Il y eut d’autres massacres, des horreurs comme la traite des noirs, l’extermination des amérindiens, mais là ce fut le seuil de la destruction comme des cafards même pas pour les exploiter dans le travail, non tuer femmes et enfants pour que plus jamais ils n’existent. Le nazisme n’est pas ignoble parce qu’il est antisémite mais c’est parce qu’il est ignoble qu’il est antisémite, il joint la brutalité, la haine, le droit à l’oppression des faibles, l’exaltation de la guerre à la désignation d’un bouc émissaire, coupable de tous ses crimes à lui le bourreau… Qu’une communiste, issue de républicains espagnols, empêtrée dans un nouveau conformisme,  ne voit pas le lien avec ce que peut accomplir le fascisme est intolérable tant cela prouve, comme l’a dit Poutine, que le vaccin contre le nazisme a perdu de son efficacité.

Le prétexte à cela est la politique israélienne, le fantasme de la toute puissance du juif du Mossad à Wall Street, sa culpabilité qui mérite tous les châtiments, pas seulement les dirigeants israéliens mais le mot sioniste désigne désormais l’espèce, même si ce néonazisme,  comme tous les antisémitismes, proclame qu’il a un ami juif.  En général le dit ami juif est appelé à dite n’importe quoi : il est un témoin de l’abomination juive… Il n’existerait pas de peuple juif, mais celui-ci reste maudit au point que l’on ne veut plus lui appartenir… et ses détracteurs ont toutes les excuses… Pour cette femme, il ne s’agit pas seulement de la culpabilité des dirigeants israéliens non celle-ci s’étend aux morts d’Auschwitz, que l’on racole pour témoigner de ce qui est fait à Gaza, sans voir qu’il faudrait des centaines d’années de ce qui se passe à Gaza pour atteindre le seul programme d’Auschwitz…  Cela n’enlève rien au refus de ce qui se passe à Gaza que de dire qu’oser comparer les faits prouve là encore combien le vaccin contre le nazisme a perdu son efficacité.  Et ce fait ne concerne pas que l’antisémitisme, on brûle à nouveau des cinquantaine de communistes et de syndicalistes, à, Odessa, avec les insignes et les drapeaux de ceux qui firent Oradour-sur-Glane et commencèrent l’ignoble shoah par balles. Dans l’indifférence générale en particulier celle des syndicalistes européens .. oui le vaccin contre le nazisme a perdu de son efficacité… par le négationnisme, par l’idée que » l’on nous bassinerait avec ses crimes », le négationnisme est le blanchiment du nazisme par la négation du crime de masse pour mieux faire accepter l’exploitation des travailleurs, la guerre et le massacre de ceux qui s’y opposent. « Avec ce qu’ils nous bassinent avec leur shoah » disait cette brave dame…  Mais il y a son complément la confusion  avec désormais sous couvert d’anti-impérialisme les néonazis se confondant avec les communistes… les temps sont brouillés, la mémoire s’efface et dans le sommeil de la raison surgissent des monstres hybrides;..

Oui le vaccin antinazi a perdu de son efficacité quand un bouffon comme Bernard henry Levy , après nous avoir vendu un coup d’état fasciste parmi bien d’autres, va à Odessa jouer une de ses pantalonnades sur l’âme de l’intellectuel en toute complicité avec un oligarque juif qui se prend pour Hitler et à la tête de sa garde prétorienne nazie est de fait l’auteur de cet Oradour sur Dniepr… Et qu’il se trouve des crétins comme Francis Huster, et tant d’autres pour ne pas hurler à l’usurpateur au nom de tous les martyrs qu’ils aient été juifs ou communistes… La nausée, la tête qui tourne…

En rentrant, je découvre dans une liste marxiste et léniniste où l’on m’a inscrite sans me demander mon avis, un individu qui accuse Valls de s’être acharné sur Dieudonné… Il reconnait quelques failles à ce dernier… Comme s’il n’y avait rien d’autre à reprocher à Valls et à sa politique en faveur du patronat… la tête d’œuf que l’on a placé au ministère de l’économie, ne sera lui aussi accusé en priorité que d’avoir des liens avec Rothschild comme Valls est marié avec une juive… le capital réduit à sa dimension judaïque comme en d’autres temps, ce qui permet de blanchir l’ensemble du capital, en particulier les Krupp et IG Farben qui réclamaient la guerre et l’ont eu… L’analyse de ce qu’est le capital aujourd’hui, l’impérialisme, est occulté au profit du label « sioniste » c’est-à-dire juif… Et la preuve de sa nocivité et celle de ses valets est leur judaïsme supposé… Voilà où nous en sommes au point de trouver quelques excuses à Soral et Dieudonné, au fait qu’ils « disent parfois des vérités »… Imaginez que vos proches soient morts dans les pires souffrances et que d’un geste je les sodomise en hommage au Heil Hitler de leurs bourreaux, comment peut-on vivre cela ?  Assorti parfois d’imbécilités extraordinaires… inhumaines… Au nom de quoi et de qui supporterait-on d’accepter comme participant du nécessaire débat celui qui dit que le gang des barbares est plus ou moins justifié par la politique du CRIF… Le Crif est nuisible, ses interventions racistes dans la société française doivent être combattues, mais rien ne justifie le crime raciste. La banalisation du racisme commence quand on trouve pareille justification chez les bourreaux.

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase est la manière dont vous acceptez de diffuser des ordures comme The Saker sous le prétexte qu’il a des informations, Goebbels aussi avait des informations… The Saker n’est pas une source crédible, il raconte n’importe quoi mais donne l’impression d’avoir une maîtrise géostratégique illusoire, c’est le système internet avec sa fatuité de gens qui ignorent tout de ce dont ils parlent, désormais la référence au sionisme, l’antisémitisme revendiqué par la gauche est devenu un label de vérité sur n’importe quelle stupidité… trop c’est trop… je pars la semaine prochaine en Moldavie, à Odessa avec cette vision désormais dépassée d’aller sur le terrain voir de quoi il est question… maintenant chacun le cul sur sa chaise devant son ordinateur peut diffuser n’importe quoi, il suffira qu’il parle des « sionistes » pour prétendre être de gauche…

Il y a quelque ironie à prétendre défendre les antifascistes en étant soi même un fasciste, c’est pourtant ce à quoi on aboutit en France où il est de plus en plus mal aisé de distinguer un disciple de Marine Le Pen, un identitaire, un Soral et Dieudonné d’un individu qui se prétend de gauche… j’ai toujours combattu en faveur des Palestiniens, dénoncé ceux qui utilisaient l’islam comme une prétention au racisme, mais voici que partout à partir de ces combats, monte la bête immonde et personne ne paraît s’en rendre compte… Je n’ai jamais eu la moindre sympathie pour la politique israélienne c’est peu de le dire, mais j’éprouverais les mêmes sentiments de colère impuissante s’il s’agissait de la diffusion massive d’un racisme qui concernerait les arabes, les africains, les chinois ou tout autre victime de vos catégories abusives. C’est à vomir… J’ai donc décidé d’interrompre mon blog et mes informations, je n’en peux plus de vos relais immondes et de votre racisme politiquement correct… à mon retour peut être…

 
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Publié par le octobre 17, 2014 dans extrême-droite, histoire

 

Une réponse communiste au western américain – Interview de Sergueï Lavrentyev

De la politique, certes, mais par-dessus tout de l’action et de l’aventure !

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Le Russe Sergueï Lavrentyev est critique de cinéma. Avec Ľudmila Cviková, il a eu l’idée de créer une section dédiée aux westerns tournés dans les pays d’Europe de l’Est, idée qu’il a proposée à divers festivals : Rotterdam, Göteborg, Crossing Europe festival de Linz, Era New Horizons festival de Wroclaw et Bratislava. Il a été le principal programmateur de la section « western rouges » à ces cinq festivals.

La section « Red Western » est un projet partagé par plusieurs festivals de cinéma. Tout a commencé à Rotterdam, et c’est à Bratislava que la boucle a été bouclée. Comment ce projet a-t-il vu le jour ?

C’est une longue et belle histoire. Tout a commencé en l’an 2000 à Portorož en Slovénie. Avec Ľudmila Cviková, nous avons rencontré notre ami serbe Miro Vučković pour discuter de nos projets. Je venais de terminer un petit livre sur Clint Eastwood et c’est là que Miro s’est souvenu de ses anecdotes sur Limonade Jo (Limonádový Joe) et les films avec l’acteur yougoslave Gojko Mitić. Et c’est ainsi qu’est née l’idée d’une section dédiée aux westerns rouges. Nous avons contacté le Musée du cinéma d’Amsterdam, mais il n’était pas intéressé, alors nous avons laissé tomber.

J’ai alors commencé à écrire un livre sur les westerns rouges. En 2002, j’ai fait une rétrospective intitulée « Western under the Red Banner » au Festival de Sotchi. J’ai terminé le livre en 2005, mais je ne l’ai pas publié avant 2009. Je I’ai montré à Ľudmila début 2010 et elle a dit qu’on pourrait peut-être en faire une programmation. Elle l’a proposé au Festival de Rotterdam. Ils ont beaucoup aimé et c’est comme ça qu’on a démarré ce travail.

C’était très compliqué, tout particulièrement pour obtenir les copies. Les droits des films tournés en URSS ont été partagés entre les studios. Bien sûr, certains d’entre eux ont disparu et plus personne ne sait où sont les droits. C’était un véritable cauchemar. Mais finalement, nous y sommes arrivés : il y a eu 25 films à l’affiche du festival de Rotterdam. Le succès était au rendez-vous et les gens du musée du cinéma ont dit : Comment avons-nous pu être aussi stupides ? Pourquoi n’avons-nous pas accepté cette programmation il y a 10 ans ?

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Les Loups Blancs. Foto: ZDF / © Progress/Eberhard Borkmann

Pourquoi les western rouges ont-ils été tournés ? Pourquoi a-t-on commencé à réaliser des westerns dans l’Est de l’Europe ?

La brochure du festival de Rotterdam consacrée à la rétrospective explique que ces films étaient « une réponse communistes au western américain ». La propagande soviétique qualifiait le western de genre contre-révolutionnaire faisant l’éloge des colons blancs et l’apologie du massacre des pauvres indiens. Malgré tout, le genre était très populaire et les gens avaient très envie de voir ces films. Les régimes en place ont donc décidé de produire leurs propres westerns en adéquation avec les valeurs communistes. L’intention était avant tout politique. Mais les réalisateurs étaient ravis de tourner ces films d’action et d’aventure.

Comment appelait-on ces films à l’époque ?

En Union soviétique, personne ne parlait de « western », le terme était pour ainsi dire proscrit. Il fallait dire « film héroïque d’aventure ».

Quelle est la principale différence entre un western rouge et un western américain ?

On m’a déjà posé la question  et j’ai répondu laconiquement : dans les westerns US classiques, les bons sont blancs et les méchants rouges, tandis que dans le western rouge, c’est l’inverse.

A l’apogée du western rouge, dans les années 1960 et 1970, certains westerns occidentaux revisitent les mythes de la conquête de l’Ouest. Existe-t-il un lien entre ces films ? Peut-on parler d’une influence réciproque ?

Je ne crois pas, je me souviens de ce critique qui travaillait au New York Times et dont j’ai par ailleurs oublié le nom : quand je lui ai parlé de western rouge, il était très surpris. Il m’a demandé de quoi il s’agissait. Je lui ai dit que ce genre a donné naissance à des dizaines de films. Il m’a répondu qu’il n’en avait jamais entendu parler.

Propos recueillis par Tomáš Hudák

 
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Publié par le octobre 14, 2014 dans cinema, civilisation, histoire

 
 
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