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Bosnie-Herzégovine : une révolution « à deux heures d’avion de Paris ».

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L’Europe paraît avoir atteint les limites de sa stratégie inaugurée à la chute de l’URSS et celle du mur de Berlin. Les événements ukrainiens paraissent un manière de farce (cf. le 18 Brumaire de Louis Napoléon et la réflexion de Marx sur la farce et la tragédie de la répétition historique) répéter à la fois l’effondrement du mur, celle de l’URSS mais aussi de la Yougoslavie avec les fragmentations nationalistes. A ce titre ce qui se passe à Donestk , en Moldavie où demeurent ces vestiges socialistes dans la mémoire des hommes se rejoue l’unité sur la base de la deuxième guerre mondiale et la dénonciation de la trahison des espérances en la démocratie. (note de Danielle Bleitrach)

Dimanche 6 Avril 2014

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Voici un article rédigé par les camarades du MJCF de Toulouse sur la situation en Bosnie-Herzégovine, une révolution passée sous silence par les médias.
».

C’était au printemps 1992, l’Europe découvrait le nom de ce petit pays d’à peine quatre millions d’habitants, issu de l’éclatement de la fédération yougoslave. Comme en Croatie, un an auparavant, les populations serbes de Bosnie-Herzégovine, travaillées au corps depuis 1989 par la propagande nationaliste du président de la Serbie Slobodan Miloševic, proclamaient leur refus de vivre dans un État où elles ne seraient pas majoritaires, revendiquaient leur volonté de réaliser une grande Serbie et prenaient les armes contre le gouvernement de Sarajevo et leurs anciens compatriotes Musulmans (1) et croates (2).

La guerre en Croatie de juin 1991 à janvier 1992 avait déjà dévoilé le programme de « purification ethnique » mis en place par les nationalistes serbes dans les zones où ils étaient majoritaires (Slavonie orientale et Krajina) ainsi que la transformation de l’ancienne armée yougoslave en instrument du projet nationaliste de Miloševic. La guerre en Bosnie-Herzégovine devait plonger ce pays dans les pires atrocités que l’on ait vu en Europe depuis 1945. Crimes de guerre, crime contre l’humanité, génocide, rien ne fut épargné aux habitants de la Bosnie-Herzégovine, des bombardements terroristes des villes de Sarajevo, Goražde, Mostar, Bihać, Tuzla, au massacre des populations non serbes de Brčko, Banja Luka, Višegrad, Zvornik, Zepa, Srebrenica, en passant par les viols systématiques, les camps de concentration et les dizaines de villages rayés de la carte.

Ainsi d’avril 1992 à décembre 1995, cette guerre fit plus de 200 000 morts et près de 900 000 réfugiés.

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Bosnie-Herzégovine : une révolution « à deux heures d’avion de Paris ».

A une guerre atroce la Bosnie-Herzégovine a pu ajouter au nombre de ses malheurs une paix raté. Sous la pression des États-Unis, les belligérants signèrent les accords de Dayton. Cet accord entérinait de fait la partition du pays. Ainsi la Bosnie-Herzégovine est un État séparé en deux entités : la République des Serbes (Republika Srpska) et la Fédération Croato-Musulmane. Hormis le fait que les nationalistes serbes conservaient le contrôle de 49% du territoire, les Croates et les Musulmans étaient contraint de cohabiter alors que les premiers s’étaient entendus avec les Serbes pour faire la guerre aux seconds de mars 1993 à avril 1994 démultipliant les atrocités dans un conflit qui n’en manquait pourtant pas. En faisant de l’appartenance nationale un critère politique, les accords de Dayton ont favorisé le maintien au pouvoir des partis nationalistes, pourtant largement responsables de la guerre, imposant aux Bosniens (3) de déterminer leur vote en fonction de leur communauté d’appartenance. Ainsi, la Bosnie-Herzégovine connaît le système institutionnel parmi les plus complexe au monde combinant deux entités autonomes sous la houlette d’un État dont les prérogatives sont neutralisées par le jeux des partis nationalistes, le tout placé sous le contrôle d’un haut représentant des Nations Unis, véritable proconsul international ayant le dernier mot sur toute décision administrative et politique.

Économiquement, le pays a été mis, avec la complicité active des différents partis nationalistes, en véritable coupe réglée. Les rares industries survivantes du conflit ont été privatisées dans des conditions dignes des pires systèmes mafieux ; l’argent destiné à la reconstruction du pays a été capté par des politiciens corrompus au-delà de l’imaginable ; les activités mafieuses, drogue, prostitution, racket, prospèrent ; le salaire moyen est de 250 euros par mois ; le taux de chômage est de 40% avec des variations locales allant de 25% à 70% ; l’espérance de vie a chuté de dix ans ; l’extrême pauvreté est le lot de plus d’un tiers de la population ; les filets sociaux inexistants et abandonnés aux religieux ; ajoutons à cette liste non exhaustive la corruption, le népotisme, l’ignorance crasse et le nationalisme outrancier des « élites » nées de la guerre.

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Et pourtant, malgré la misère noire, la propagande, la résignation, la peur, la société civile n’a cessé de se battre. Contre les nationalismes, contre les intégristes religieux de tout poil, contre la corruption, pour que la justice soit rendue quant aux horreurs perpétrées durant la guerre, pour l’assistance aux plus démunis, pour la démocratie, pour l’exercice des droits syndicaux, pour une culture indépendante, pour un pays qui soit autre chose qu’un trou noir misérable et mafieux sis au cœur de l’Europe. Dix-neuf ans de luttes avec ses petites victoires et ses grands échecs, dix-neuf ans à se cogner contre les murs du nationalisme et de la peur du voisin, dix-neuf ans à subir les diktats néolibéraux de la communauté internationale, dix-neuf ans à voir les profiteurs de guerre nager dans le luxe quand d’autres font à peine un repas par jour, dix-neuf ans à vivre dans le souvenir du paradis perdu de la Yougoslavie communiste, dix-neuf ans à attendre la goutte d’eau qui ferait enfin déborder le vase.

La goutte est tombé au cours de l’hiver 2012-2013. Une sordide histoire de visa refusé à une fillette de deux ans. Elle devait subir une opération dans un hôpital de Belgrade. Elle est morte d’un visa refusé par une administration incompétente et corrompue. Cette histoire a choqué nombre de citoyens bosniens, elle leur a fait ouvrir les yeux sur leurs conditions de (sur)vie, elle les a fait descendre massivement dans les rues de Sarajevo pour la première fois depuis 1992, elle leur a démontré l’absurdité du nationalisme qu’ils subissent depuis plus de deux décennies. Puis, ce fut au tour des anciens combattants de Republika Srpska de manifester pour le versement de leur maigre pension qui accusait plus de six mois de retard. Dans leur combat ils reçurent le soutien massif des anciens combattants croates et bosniaques qui se sont cotisés sur leurs propres pensions pour venir en aide à leurs anciens ennemis. Mieux, ils décidèrent d’agir ensemble pour faire pression sur le gouvernement central afin d’améliorer collectivement leur sort. Puis, face à l’immobilisme de la classe politique et dans le sillage d’un trop banal scandale de privatisation c’est à Tuzla que la révolte sourde a fini par éclater. Tuzla, unique ville du pays géré par les anciens communistes depuis 1992, cette ville qui, pendant la guerre et au-delà, avait su conserver l’ancienne devise yougoslave « fraternité et unité » (4), cette ville est devenu, depuis le 4 février dernier, l’épicentre d’une véritable révolution qui a enflammé la Bosnie-Herzégovine et pourrait bien se répandre dans tous les Balkans.

La contestation a très vite gagné les autres villes de la Fédération croato-musulmane comme Sarajevo et Mostar, mais aussi celles de la Republika Srpska comme Banja Luka ou Doboj. Le 7 février, les manifestants incendiaient les parlements locaux de Tuzla, Sarajevo, Zenica, provoquant la démission des autorités locales. A Mostar se sont les bureaux des partis nationalistes qui sont partis en flamme. Depuis, les manifestants se sont organisés en plénum citoyen regroupant toute les communautés et se posant en interlocuteur face aux élites politiques. Dans ces plenums (à Tuzla, à Sarajevo, à Mostar et dans six autres villes) les bosniens discutent, argumentent, revendiquent, font de la politique au sens le plus noble du terme. La volonté est forte de se réapproprier un pouvoir dont ils ont été exclus depuis trop longtemps. Ces plenums ont réussi à imposer aux pouvoirs locaux la révision des politiques de privatisation, mais aussi la prise en compte des revendications sociales et démocratiques.

Cependant, la répression et la propagande nationaliste ne désarment pas pour autant. Agitant les vieilles ficelles de la haine et de la peur les partis nationalistes tentent d’enterrer une révolution qui pourrait bien signer leur arrêt de mort. Aidé par un appareil policier pléthorique et à leur botte,ils répriment à tour de bras. Pourtant, confronté aux vieilles méthodes d’étouffement les citoyens de Bosnie-Herzégovine ne désarment pas pour autant, les récentes manifestations d’agriculteurs et d’anciens combattants le démontrent, tout comme la volonté de coordonner les actions des différents plénums citoyens afin de déboucher sur une alternative politique à l’échelle du pays. Le peuple bosnien compte aussi à la solidarité internationale, c’est le sens de l’appel lancé aux partis de gauche européens depuis la fin du mois de février. La gauche bosnienne et balkanique redresse enfin la tête après vingt ans de politiques néolibérale et nationaliste, elle nous demande une aide que nous n’avons pas été capable de lui offrir il y a vingt ans, gageons que cette fois nous ne l’abandonnerons pas.

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Notes :

1 Le terme de Musulman avec un « M » majuscule ne renvoyait pas, en Yougoslavie, tout comme en URSS, à une religion, mais à une nationalité, indépendamment de la pratique religieuse. Reconnue comme telle dans la constitution yougoslave de 1974, la nationalité Musulmane était une façon de reconnaître l’héritage ottoman dans l’histoire de la Yougoslavie.

2 Avant la guerre de 1992 la population de la Bosnie-Herzégovine était constituée de 32% de Serbes, 24% de Croates et 40% de Musulmans, les 4% restant représentait les juifs, les Rroms ainsi que les personnes se déclarant de nationalité yougoslave.

3 Depuis 2000, le terme bosnien, tradution du terme Bozanski, sert a qualifier les habitants de la Bosnie-Herzégovine. Bosniaque, traduction du terme Bošnjak, sert à désigner les Bosniens musulmans.

4 En 1992, la majorité de la population de Tuzla était serbe, pourtant, au nom d’une tradition syndicale solidement enracinée, cette ville fut un des bastions de la résistance aux nationalistes serbes. Refusant d’abandonner à une mort certaine leurs compatriotes Musulmans et croates, les serbes de Tuzla ont pris les armes pour les défendre contre les milices nationalistes qui assiégeaient la ville.

http://31.jeunes-communistes.org/sites/default/files/article_bih_1_0.pdf

 
 

Pays des BRICS : l’avenir est à nous !

15Pays des BRICS : l’avenir est à nous ! ou le défi russe, non seulement le temps du démantèlement est terminé mais en prenant des sanctions vous ne faites qu’accélérer le monde multipolaire que vous craignez tant. Face à l’exclusion du G8, la Russie répond par la force émergente des BRICS. La Russie joue une partie dans laquelle toutes les tentatives pour l’isoler se heurtent en fait à l’existence d’une force pour le moment d’inertie mais aussi de proposition, de nouveaux rapports sud-sud encore embryonnaires mais qui en fait connaissent peut-être dans cette crise un nouvel élan. Cette crise ukrainienne donne le sentiment que se rejouent dans des termes entièrement renouvelés les événements de 1991 et l’effondrement de l’URSS. C’est peut-être ce qu’il y a de plus passionnant, voir à la fois le parallélisme et ce qui s’est profondément transformé.(note de Danielle Bleitrach)

La Voix de la Russie

A l’heure où les pays occidentaux menacent (encore) la Russie de sanctions (bien que de moins en moins ardemment), le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a ouvertement donné le ton lors du sommet sur la sécurité nucléaire à La Haye.

Ce forum a été une occasion supplémentaire de discuter avec le secrétaire d’Etat étasunien John Kerry, ainsi que d’une rencontre avec le ministre ukrainien par intérim des Affaires étrangères Andreï Dechtchitsa (la rencontre a eu lieu à la demande de la partie ukrainienne). Mais nous n’allons pas nous focaliser sur ces deux rencontres, mais bien sur celle qui s’est déroulée en tout premier lieu à La Haye : celle des ministres des Affaires étrangères des pays des BRICS.

D’ailleurs le fait même que la première rencontre de Lavrov à La Haye ait été consacrée aux BRICS est tout un symbole. A l’heure où les leaders occidentaux ne savent plus à quoi s’en tenir, notamment en affirmant que la Russie « ne ferait plus partie du G8 », le ministre russe des Affaires étrangères a une nouvelle fois montré la priorité de la Russie. Sergueï Lavrov a dit une chose importante durant son passage à La Haye, qui concerne justement le G8 : « Le G8 est un club informel, il ne distribue pas de cartes de membre et personne ne peut en exclure qui que ce soit. Si nos partenaires occidentaux estiment que ce format est dépassé, la Russie ne s’y accrochera pas ».

Quant aux pays des BRICS, et c’est effectivement une grande nouvelle, les quatre pays autres que la Russie (à savoir le Brésil, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud) ont condamné dans une déclaration commune les sanctions occidentales contre la Russie en tant qu’instrument de règlement de la situation en Ukraine, rapporte le quotidien canadien The Globe and Mail. Sergueï Lavrov a quant à lui exprimé la reconnaissance de la Russie envers les autres pays membres des BRICS pour leur « compréhension de la position russe au sujet de la Crimée ».

« En ce qui concerne la rencontre des ministres des Affaires étrangères des pays des BRICS ici à La Haye, nous avons entendu la compréhension de la situation, ainsi que la compréhension des aspects historiques de toute cette situation, et nous sommes reconnaissants à cet effet à nos partenaires », a déclaré Sergueï Lavrov durant la conférence de presse qui a suivi ses rencontres à La Haye.

Pour revenir aux BRICS, faut-il rappeler ce qu’ils représentent ? 25% du Produit Intérieur Brut (PIB) mondial, 42% de la population mondiale et plus de 25% du territoire terrestre mondial. Faut-il également rappeler que d’ici 2015, les pays des BRICS devraient assurer 61% de la croissance mondiale (selon le FMI) ? Les BRICS constituent déjà un véritable contrepoids au G7. Ils partagent une vision commune sur la plupart des aspects d’ordre économique, notamment en vue de réformer le système économique du monde. La création décidée par les pays des BRICS d’une nouvelle banque de développement dont le capital devra atteindre 100 milliards de dollars en est une preuve supplémentaire. Un projet il faut le dire grandiose et qui représentera une véritable alternative à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international.

Mis à part l’aspect économique, faut-il rappeler que les BRICS sont de plus en plus unis sur les questions de politique internationale ? L’aspect sur lequel au départ de ce grand projet ambitieux un certain nombre de spécialistes occidentaux doutaient (concernant l’unité politique) aujourd’hui prend véritablement forme et l’on voit un point de vue commun sur la plupart des questions politiques internationales. Politique d’indépendance vis-à-vis des USA et globalement de l’Occident, respect de l’ONU et critique commune du diktat étasunien, non-reconnaissance du Kosovo en tant qu’Etat indépendant, opposition aux interventions armées en Côte d’Ivoire, Libye et Syrie pour ne citer que cela. Et maintenant un soutien pratiquement déclaré à la position russe en Crimée et face à la crise en Ukraine. D’ailleurs les précédents ivoirien et libyen ont permis aux BRICS d’avoir désormais une approche beaucoup plus efficace face aux « partenaires » occidentaux.

Pour finir sur notre projet commun des BRICS, il serait bon de reprendre une citation de Sudhir Vyas, secrétaire aux Affaires économiques du ministère des Affaires étrangères de l’Inde : « Au-delà de leur rôle de moteur de la croissance mondiale, nos cinq pays sont unis dans leur volonté de chercher des solutions durables face aux défis mondiaux. Nous en avons les moyens ».Autre aspect qui pourrait surprendre certains et pourtant, celui de la lutte et résistance face à l’impérialisme occidental tout au long de leurs histoires respectives. En marge donc des réflexions sur les BRICS, il serait également plus qu’intéressant de reprendre un commentaire d’un camarade chinois : « Je suis très heureux du fait que nos pays s’unissent ensemble pour un monde meilleur. D’une manière ou d’une autre tous nos pays ont été la cible de l’impérialisme occidental. Le Brésil a dû se libérer du colonialisme portugais. L’Inde du colonialisme britannique. Qui peut oublier les sacrifices de la Russie, de son peuple et de tous les peuples frères pour abattre la peste brune nazie d’Hitler ? Qui peut oublier la lutte du peuple de l’Afrique du Sud contre le régime raciste antihumain d’apartheid soutenu par les gouvernements occidentaux ? Et enfin en ce qui concerne mon pays, la Chine, nous avons très longtemps dû résister aux interférences néfastes occidentales, que ce soit celles des Britanniques, des Etasuniens ou d’autres pays occidentaux et ayant également perdu des dizaines de millions de vies humaines !". Un résumé pratiquement parfait.

L’avenir est à nous, l’avenir est aux BRICS ! N

 
Un commentaire

Publié par le avril 7, 2014 dans Asie, Economie, Europe, histoire

 

Connaissez vous la Moldavie ? le prochain lieu d’embrouille en Europe?

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pourtant je vous en préviens par avance le prochain candidat à l’embrouille otano-européeno-russe est la Moldavie.

Si l’Ukraine est apparue récemment à la une de nos médias, peu de monde connaît la Moldavie pourtant nous avons là une situation assez comparable de partitions multiples en particulier entre pro-russes et pro-européens et déjà, nous y reviendrons, ont été posés les jalons d’un conflit. Nous avons compris que l’espace et le temps étaient la même notion pour un rendez-vous, alors nous devons également en déduire que l’événement politique n’a de sens que si on le situe à la fois dans le temps et dans l’Histoire. Un des problèmes majeurs de nos médias comme de nos gouvernants est de mépriser totalement ces données au point d’exaspérer des lignes de fractures entre populations qui ne demandent qu’à vivre en paix. La démocratie qui supposerait cette coexistence pacifique est de ce fait devenu un leurre dissimulant les appétits les plus violents et le mépris des faibles. Respecter la souveraineté des peuples et leur laisser gérer au mieux possible leurs propres antagonismes semble la moins mauvaise des solutions en tous les cas, comme l’a analysé Kant, celle sans laquelle il ne peut y avoir de droit international moderne.

UN PANORAM HISTORIQUE

D’abord nous sommes dans les marches européennes (Ukraine veut dire marche). Sans remonter à Hérodote qui demeure la source de nos connaissances sur l’est du bassin méditerranéen disons que la Moldavie est l’ancienne Dacie jamais totalement conquise par l’Empire romain, un de ces pays par lesquels passèrent les invasions et qui se trouvèrent pris dans l’orbite de l’Empire ottoman et les peuples slaves.

Les terres du sud ou Bessarabie sont très liées aux aléas de la Crimée, ce qui fait de cette zone après la lutte contre les Tatars une zone de l’empire tsariste au sud, tandis que le nord et l’ouest sont rattachés à la Roumanie. En 1878, à la suite d’une guerre menée ensemble contre l’empire Ottoman Russes et Roumain, les deux pays se partagent le territoire, la Russie récupère le sud (Bessarabie aujourd’hui Boujak) tandis que lsouveraineté de la Roumanie est reconnue internationalement. En 1917, révolution russe, les grandes puissances en profitent pour donner à la Roumanie les terres russes du sud jusqu’à la mer noire mais l’armée rouge ne l’entend pas de cette oreille et investit ce qu’elle estime du domaine russe. Les roumains dirigés par le général Berthelot et épaulés par un corps de l’armée française affronte la cavalerie rouge. C’est un phénomène mal connu, mais il faut savoir qu’à la fin de la guerre de 1914-18 des armées entières occidentales partirent à l’assaut du bolchevisme en encadrant les blancs et que cet assaut donna la base des fascismes et des forces conservatrices en Europe de l’est. En Roumanie toujours très francophone ce fut donc le général Berthelot et notre vaillante armée française qui mena la danse et jeta les bases d’un fascisme anticommuniste. Nous avons donc une période abominable tant pour ces pays que pour l’Ukraine de dévastation.

En 1924, l’URSS fonde en Ukraine une Région socialiste soviétique autonome moldave (en roumain : Transnistrie) ;
2 août 1940 : alors que le roi Charles II, pro-allié, est encore au pouvoir, l’URSS, en application du Pacte germano-soviétique, envahit au début de la Seconde Guerre mondiale le territoire, que les Roumains évacuent sans combattre. Les Soviétiques rattachent les deux tiers à la RSSAM (le tiers restant va à l’Ukraine) et déportent 110 000 roumanophones pro-occidentaux. En juin 1941, la Roumanie, cette fois dirigée par Ion Antonescu, le « Pétain roumain », attaque l’URSS aux côtés de l’Axe et récupère le territoire : déportation de 140 000 juifs (210 000 autres fuient vers l’URSS : la plupart seront rattrapés par la Wehrmacht ou l’armée roumaine et tués en Ukraine) et de certains Roms ; Bref nous avons une confusion qui perdure entre pro-occidentaux et soutiens du nazisme mais elle est moins marquée qu’en Ukraine sinon dans la zone autonome de Transnitrie qui se revendique de ce glorieux passé de l’armée rouge.
Mars-août 1944 l’URSS récupère à son tour le territoire : déportation de septembre 1944 à mai 1945 de 120 000 roumanophones accusés d’avoir servi la Roumanie.
Sous le régime soviétique, une intense colonisation slave se développe et les roumanophones continuent à être dispersés hors de Moldavie par le jeu des attributions de postes et des déplacements de main-d’œuvre pour les grands travaux (beaucoup se retrouvent au Kazakhstan) : en 1978, 86 % des dirigeants sont des non-Roumains (Russes et Ukrainiens pour la plupart).
1985-91 : sous Gorbatchev qui cherche à instaurer le pluripartisme et qui ici comme ailleurs n’en voit la base que dans les nationalismes locaux en laissant le soin aux ex-dirigeants du PCUS d’en jeter les bases, ce qui va se traduire par un engouement de ces derniers pour les privatisations, base de l’accumulation du capital pour oligarques, la politique de perestroïka se traduit en Moldavie par une revendication de reconnaissance de l’identité roumaine des autochtones et par un retour à l’alphabet latin, le roumain devenant officiel à côté du russe. Ce qui va être avec les difficultés économiques, le passage à un nouveau système la base des divisions politiques.
Lors du référendum concernant le maintien au sein de l’URSS, la Moldavie s’affirme Soviétique, oui mais comme à partir d’Elstine et de la fédération de Russie est décidé la fin de l’URSS. Le 27 août 1991 : la République de Moldavie proclame son indépendance, immédiatement reconnue par la Roumanie, puis par la communauté internationale. Alors que le sud du pays et surtout l’est la Transmitrie ont voté massivement pour le maintien de l’URSS et refusent cette dissolution-indépendance.

Vous remarquerez que la chute de l’ex-URSS et les processus d’autonomie des anciennes républiques se sont toutes passées dans des conditions qui en matière de droit international ne sont pas plus défendables que l’indépendance autoproclamé du Kossovo et de la Crimée. Le jeu de l’Europe attisant les tendances séparatistes en encourageant les illusions d’une partie de la population parfois nettement fascistes est dans un tel contexte très dangereux.

Donc nous avons si vous avez suivi ce bref historique déjà deux zones, l’une au sud à domination russophone assez proche de ce qu’on trouve en Crimée et à Odessa. Mais il y a également une situation totalement originale, celle de la Transnitrie. Il s’avère que ce bassin cosaque du Dniestr déjà depuis toujours opposé à l’influence de l’ouest qu’il s’agisse de la POlogne ou de la Roumanie est russophone. Un petit noyau cosaque mais surtout il y a là la 14 e armée de l’Union soviétique qui est basée à Tiraspol prennent le contrôle de la rive gauche du Dniestr où se trouvent 80 % des industries, l’arsenal de Colbasna et la centrale hydroélectrique de Dubăsari. Un millier de volontaires moldaves armés passent le Dniestr pour en reprendre le contrôle, mais c’est la déroute et les Moldaves se le tiennent pour dit. Les moldaves qui ne cherchent pas la bataille, pas plus que les Ukrainiens d’ailleurs, le fond est que ces peuples ne cherchent pas le conflit entre eux et que donc les situations perdurent tant que personne ne s’en mêle. La Transnitrie jouit d’une totale autonomie et n’est reconnue par personne même pas les Russes. En 2008, ils ont tenté de se faire rattacher en même temps que l’OSSétie et c’est comme ça que je les ai découverts. Eux et l’excellent vin de Moldavie, un bourgogne moins travaillé… enfin je m’égare. Mais pas tant que ça parce que la MOldavie est un lieu rural avec une agriculture qui paraît très arriérée, peu mécanisée mais qui en fait a des productions intéressantes.

Mais ave les événements d’Ukraine de nouvelles zones au sud ont réclamé leur adhésion à la CEI et dénoncé les accords avec l’Europe. Il s’agit sur la carte de la Gagaouzie, une zone qui se partage entre la Moldavie et l’Ukraine. Ce sont des Turcs mais russophones et qui eux aussi se considèrent comme appartenant à l’ex-URSS.

En Moldavie, la vie politique entre 1991 et 2010 est dominée par la lutte d’influence entre d’une part les communistes qui se réfèrent explicitement au modèle soviétique et recueillent les suffrages de la grande majorité des slavophones et d’une partie des roumanophones, notamment en milieu rural, et d’autre part les non-communistes (agrariens, centristes, libéraux, chrétiens-démocrates, socialistes modérés) qui se réfèrent explicitement au modèle européen et roumain, et recueillent les suffrages d’une autre partie des roumanophones, notamment en milieu urbain ; à partir de 1995, mais surtout après 2000, les communistes dominent nettement la scène politique. Majoritaires lors des élections, ils exercent quasiment seuls le pouvoir de 2001 à 2009 sous la présidence de Vladimir Voronin.
Après que l’opposition ait dénoncé la victoire aux élections législatives des communistes, accusés d’intimidation et de corruption, le 7 avril 2009 à Chișinău des manifestations sont violemment réprimées devant le parlement (décès de trois personnes) tandis que de leur côté les communistes accusent l’OTAN et la Roumanie de susciter artificiellement ces incidents ; c’est-à-dire si vous suivez bien l’histoire, il y a eu l’équivalent des événement du Maïdan dans ce pays à la suite de quoi une coalition anti-communiste se forme en 2009 pour les élections législatives, quatre partis d’opposition (Libéral-démocrate, Libéral, social-démocrate, et chrétien-démocrate) s’unissent pour former une Alliance pour l’intégration européenne (AIE) qui remporte 53 sièges contre 48 au Parti communiste, qui reste néanmoins le plus puissant des partis politiques de Moldavie, et en pourcentage de voix, l’un des plus puissants partis communistes d’Europe.

Il va y avoir des élections en Moldavie et tout laise penser que la coalition au pouvoir est en perte de vitesse et que les sentiments pro-européens de la population laissent à désirer vu que les Moldaves ont vu leurs conditions se dégrader sans rien obtenir de l’Europe. Quant à la Transnitrie, profitant des récents événements ukrainiens, elle a renouvelé non pas une intégration à la Russie mais une adhésion à la CEI qui a été acceptée par Moscou. Elle a été rejoint par des petits noyaux de peuplement sur la mer noire dans l’ancienne Bessarabie.

LA SITUATION ACTUELLE ET L’EXTENSION POSSIBLE DE LA CRISE UKRAINIENNE

C’est dans ce contexte que l’Union européenne a levé le régime des visas avec la Moldavie. Cette décision entrera en vigueur à partir du 28 avril. L’annulation du régime de visas lors d’une année électorale en Moldavie n’est pas un hasard. L’UE cherche ainsi à aider le gouvernement pro-occidental à rester au pouvoir pour poursuivre l’intégration européenne. En effet le pire cas de figure pour les visées otanesques et Européennes donc serait celui qui se dessine déjà à la fois l’autoproclamation de zones entières de leur adhésion à la CEI et le retour dans le reste du pays du parti communiste. Le régime sans visas avec l’Union européenne a une importance vitale pour la Coalition pour la gouvernance pro-européenne. Les législatives moldaves sont prévues pour novembre et la coalition devra faire le bilan des promesses réalisées depuis quatre ans. Or ce bilan n’est pas très réjouissant: le gouvernement s’est enlisé dans des scandales de corruption, n’a pas réussi à vaincre la pauvreté et a perdu sa popularité d’antan. Si en 2009, 55% des Moldaves étaient favorables à l’intégration européenne et seulement 30% souhaitaient adhérer à l’Union douanière (Russie-Biélorussie-Kazakhstan), ces indices sont respectivement de 44% et de 40% en 2013. Sans compter la montée en popularité du parti communiste d’opposition, qui prône également l’adhésion à l’Union douanière.

Dans ces circonstances, la levée des visas avec l’UE est l’unique réussite de la coalition au pouvoir en termes d’intégration européenne, dont les avantages pourront être ressentis par toute la population. Ce n’est pas par hasard si Chisinau insistait sur l’instauration du régime sans visas avant les législatives. Et Bruxelles a accepté, craignant un retournement de la Moldavie vers l’est.

l’euroscepticisme et la popularité de l’intégration eurasiatique ont le vent en poupe dans la république. Il n’y a pratiquement de pro-européen que les couches urbaines les plus aisées qui pourront bénéficier des voyages et des familles de travailleurs immigrés.

La décision de lever les visas pour les citoyens moldaves a été signée hier par le président du Parlement européen Martin Schulz et le ministre grec des Affaires étrangères Dimitris Kourkoulas.

Le régime sans visas est instauré pour des séjours de courte durée (il sera possible de se trouver en UE pendant 90 jours en six mois) et n’autorise pas à travailler dans les pays de l’Union européenne. Seuls les détenteurs de passeports biométriques pourront profiter de ce privilège.

La Moldavie sera le premier pays de la CEI à bénéficier d’un régime sans visas avec l’UE. Les négociations sur l’annulation des visas entre l’UE et les autorités moldaves ont duré un peu plus de trois ans. Bruxelles et Chisinau soulignent que c’est un délai record. L’Ukraine et la Géorgie, qui ont entamé les négociations approximativement à la même époque, ont pris du retard sur la Moldavie. La Commission européenne explique que Kiev et Tbilissi doivent encore travailler sur la réforme du système judiciaire, l’éradication de la corruption et le respect des droits de l’homme. En outre, l’Ukraine devra lancer la délivrance de passeports biométriques, une condition obligatoire pour passer au régime sans visas avec l’UE.

Cependant, cela ne garantit aucunement que le prochain gouvernement moldave s’orientera sur l’UE. "Le régime sans visas est une grande réussite de la coalition, et ses critiques devront le reconnaître. Mais il est difficile à dire dans quelle mesure cela contribuera à la popularité du gouvernement", déclare Arcadie Barbarosie, directeur de l’Institut des politiques publiques de Chisinau. Selon lui, il reste suffisamment de temps avant les élections et les habitants pourront apprécier l’avantage des voyages sans visas pendant les vacances d’été. "Mais je ne suis pas convaincu que cela suffira pour remporter les élections. Les problèmes sociaux existants ne concernent pas les visas ou leur absence. Ils sont d’un autre ordre: ce sont les retraites et les salaires des fonctionnaires bas, ainsi que l’image du gouvernement qu’il a lui-même détériorée", a déclaré l’expert.

Ce que l’on découvre et auquel je me suis toujours intéressée, Marianne peut en témoigner puisque notre volonté de collaboration part de cet intérêt commun est de comprendre ce qu’a été réellement l’effondrement de l’UNion soviétique, un phénomène qui ne parait pas partir des peuples mais des luttes d’appareil et surtout que reste-t-il de cette histoire là. sans nostalgie, mais parce que nous sommes françaises et que nous savons à quel point la France se divise encore aujourd’hui autour de Robespierre, il nous paraît important de voir ce qui demeure vivant dans la mémoire des peuples au-delà du théâtre médiatique.

 
Un commentaire

Publié par le avril 6, 2014 dans Europe, histoire

 

Retour sur une escroquerie: La campagne sur la "libération" des FEMMES AFGHANES ?

Quel avenir pour les femmes afghanes ? un texte que j’écrivais en novembre 2001, quand on prétendait justifier l’invasion de l’Afghanistan pour libérer les femmes. je n’ai pas changé une virgule à ce texte que j’écrivais alors pour dénoncer la campagne qui se mnait pour favoriser l’intervention des etats-Unis et de leurs alliés européens dont la France. Souvenez-vous de cette couverture de ELLE, des pétitions sur la libération des femmes afghanes.
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Avant les attentats du 11 septembre, la dénonciation légitime du régime des talibans s’est essentiellement axée en France sur la situation des femmes . S’il s’agissait réellement de la situation des femmes, le seul régime qui a tenté d’améliorer leur condition a été celui pro-soviétique. La guerre contre l’URSS s’est déclanchée pour une part à cause de cette tentative d’amélioration.

Il s’avère que j’étais au Tadjikistan soviétique au début de la guerre des soviétiques contre l’Afghanistan, j’écrivais un article sur les femmes tadjiks. Le problème qui se posait alors était celui de l’instauration de mesures destinées à favoriser la natalité dans l’ex-URSS. Ces mesures avaient été instaurées dans toute l’URSS, dans les états baltes où le taux de natalité était le plus faible comme dans le Tadjikistan où il était le plus haut (10 enfants par femme). Donc j’avais été faire des reportages dans diverses républiques pour étudier ces situations contrastées. Ce qui m’est apparu à l’occasion de ce reportage de deux mois au Tadjikistan était la situation suivante:
- Les Républiques asiatiques comme le Tadjikistan mais aussi l’Ouzbekistan avaient joué un grand rôle dans l’entrée des Russes en Afghanistan. Les dirigeants Tadjiks considéraient que depuis toujours les espions anti-soviétiques (d’abord l’Intelligence Service puis la CIA,et l’ISI pakistanaise) pratiquaient une déstabilisation de l’Asie Centrale à partir de l’Afghanistan. Ils étaient partisans d’une intervention soviétique. Les récentes révélations de l’administration Carter prouvent qu’ils n’avaient pas tort de voir une tentative de déstabilisation mais qu’ils s’illusionnaient sur le caractère conquérant du "modernisme" soviétique. Ils considéraient en effet que la seule solution était l’intégration de l’Afghanistan au bloc soviétique.

- Il y avait dans les grandes villes, Kaboul en particulier, un fort courant communiste sur lequel ils pensaient s’appuyer, comme d’ailleurs sur le peuple tadjik du nord.

- Les femmes communistes que j’ai rencontrées me parlaient toutes de l’évolution du Tadjikistan. Les plus anciennes me racontaient l’histoire de leur pays et celle de leur propre libération. A l’origine le Tadjikistan était une zone dominée par l’Emir de Boukhara (Ouzbekistan) qui traitait d’une manière abominable les Tadjiks. Ceux-ci étaient méprisés, exploités d’une manière féodale. Quand les bolcheviks sont arrivés, ils ont prétendu envoyer les femmes à l’école, les dévoiler. Leur tenue était pire que la boukra, il s’agissait d’un vêtement de feutre avec un masque de crin qu’elles étaient obligées d’enfiler dans leur propre maison car une seule pièce leur était réservée, dans les autres où il y avait des hommes elles devait se cacher. Les premières femmes tadjiks qui ont osé se dévoiler ont été lapidées. pendant des années il y a des révoltes en particulier dans les campagnes contre l’ordre imposé par les bolcheviques, elles étaient fomentées par l’Intelligence Service. La situation a évolué quand, en 1939, a été créée la République du Tadjikistan et dans le même temps la rivière sauvage a été domestiquée pour développer les vergers et la culture du coton.Les Tadjiks ont connu un mieux être et la naissance d’une nation. Leur langage qui est le plus vieux dialecte indo-européen connu est devenu langue nationale, et un alphabet correspondant a été développé. C’est à ce prix seulement que les femmes dévoilées, leur accés à une formation et au travail ont été acceptées au Tadjikistan.

- Les tadjiks, hommes et femmes, que je rencontrais m’expliquaient qu’il fallait agir comme cela en Afghanistan. je me souviens de l’enthousiasme avec lequel ils me racontaient qu’ils transmettaient des émissions de télévision à Kaboul et dans tout l’Afghanistan sur des danses féminines. Ils avaient eux-mêmes interprété leurs propres danses jadis uniquement masculine en y associant des danseuses. Ils me disaient :"Il faut leur montrer à quel point les femmes sont belles!"

- A Kaboul, cela ne posait pas de grands problèmes, mais visiblement il n’en était pas de même dans les campagnes où l’enlèvement des jeunes filles pour les envoyer dans les écoles était mal apprécié et ceci y compris dans les zones Tadjiks. Surtout qu’à l’inverse de ce qui s’était passé en Afghanistan cette fois le sentiment national n’était pas du côté des soviétiques.

- En Afghanistan, comme dans bien d’endroits dans le monde, la lutte des occidentaux contre l’Union Soviétique a été menée en s’appuyant sur les forces les plus rétrogrades et elle a consisté non seulement à détruire les communistes mais y compris des forces nationales progressistes, ne laissant subsister que des forces fanatiques arriérées dont les Talibans ne sont qu’un exemple parmi d’autres.
Il semble donc que le non-respect du sentiment national et de coutumes que l’on peut juger abominablement rétrogrades, plus la pression de la CIA et de l’ISI pakistanaise, aient joué un rôle essentiel dans la déroute de l’URSS en Afghanistan quoiqu’en aient pensé les Tadjiks soviétiques. Cette analyse devrait inspirer des réflexions salutaires aux peuples occidentaux qui croient pouvoir imposer par les armes l’évolution de l’Afghanistan.

Premièrement, quand on détruit Kaboul et les grandes villes on ne peut que renforcer les forces les plus obscurantistes qui s’appuient sur l’arriération des campagnes. Or la destruction de Kaboul a été menée dès la victoire sur l’URSS, et les frappes aériennes US continuent le travail.

Deuxièmement, inventer une alliance du Nord respectueuse des femmes opposée à des Talibans qui les obligent à vivre sous la boukra est un fantasme occidental. Si l’on choisit de s’appuyer sur les forces du nord ce ne sera pas pour les femmes mais pour une tout autre raison et je ne vois pas encore laquelle. Si les forces du nord envahissent l’Afghanistan derrière les USA, on risque d’assister à des luttes internes claniques d’autant plus terribles que le pays aura vu son monde urbain, ses quelques rares équipements détruits et que les pratiques claniques dans un tel contexte ne peuvent que prospérer. Troisiémement, l’évolution de la condition féminine dépend à la fois du niveau de développement matériel d’un pays et de la capacité des femmes à imposer cette évolution. La destruction systématique des équipements d’un pays, de ses zones urbaines va a contrario. Renforcer dans les zones rurales et montagneuses, un monde paysan guerrier n’est pas non plus la solution. Sans parler de l’adhésion des femmes à un modèle occidental qui se veut libérateur alors même qu’il les condamne à voir leurs enfants mourir soit de faim, soit sous les bombes, qui ne voit la folie d’un tel projet.

La seule solution est dans la paix, une telle solution parait difficile est longue mais malgré les apparences c’est la seule qui garantisse une véritable évolution de la condition féminine afghane, toutes les autres condamnent les femmes et les hommes afghans a toujours plus de misère et de meurtres, à plus de fanatisme religieux.

Danielle Bleitrach
1er novembre 2001

 
 

La réanimation du nazisme et l’effet boomerang en Europe

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La Russie vote une loi punissant sévèrement le négationnisme, l’auteur de l’article s’étonne de la politique de l’Europe qui dans certains pays de l’Ouest punit le négationnisme alors qu’elle encourage à l’est la négation des crimes hitlériens pour mieux attaquer la Russie et réhabiliter les anciens nazis. On peut effectivement s’interroger surtout quand cette schizophrénie est portée à la fois par des négationnistes comme Soral et par les organisations juives comme le CRIF. Pour les uns, Soral et autres Thierry Meyssan, la haine du juif conduit à de bien étranges alliances avec le monde arabe et donc à ceux qu’elle estime ses protecteurs, pour les autres le CRIF par exemple, les alliances israéliennes avec les Etats-Unis passent avant toute considération de la réalité. Dans un tel contexte il est clair que ce qui est bafoué est non seulement l’Histoire mais le présent et l’avenir en Europe même où il y a risque de "l’effet boomerang. (note de Danielle Bleitrach)

Par La Voix de la Russie | Responsabilité pénale pour tentatives de réhabilitation du nazisme. Tel est le nom du projet de loi que la Douma a examiné vendredi et qui prévoit de fortes amendes et une peine pouvant aller jusqu’à 5 ans de privation de liberté pour négation des crimes condamnés par le tribunal de Nuremberg. Les auteurs du document font état de l’existence de lois similaires dans plusieurs pays européens. Par contre, en Europe de l’Est on parle de plus en plus souvent de « l’occupation soviétique » et on érige au rang de héros nationaux les complices des hitlériens.

Les auteurs du projet de loi proposent de compléter le Code pénal d’un article qui intitulé « Réhabilitation du nazisme ». Selon eux, nier les faits établis par le Tribunal international de Nuremberg doit être passible d’une amende allant jusqu’à 300.000 roubles (environ 10.000 dollars) ou de 3 ans de prison. Les mêmes actions commises dans l’exercice d’une fonction publique ou par le biais des médias devraient être punies d’une amende de 500.000 roubles ou d’une peine de prison de 5 ans.

Les lois appelées à prévenir la réhabilitation du nazisme sont en vigueur en Autriche, en Allemagne, en Belgique et en France. D’autant plus étrange est la politique généralisée en Union européenne ayant trait aux tentatives de faire renaître le nazisme. Dès 2009 dans sa résolution « Réunification d’une Europe divisée », l’APCE a identifié le nazisme au stalinisme. Selon ses auteurs, l’adoption de ce « document historique » fournirait aux pays de l’ex-URSS les fondements légaux leur permettant de réclamer à la Russie une indemnisation pour « leur occupation ». L’initiative a été accueillie avec enthousiasme au premier chef dans les pays baltes. Dans cet ordre d’idée, la Lettonie a commencé par la glorification des anciens combattants de la division nazie Waffen SS pour se lancer ensuite dans la création de lois punissant la négation de son « occupation soviétique ». Les événements récents en Ukraine, plus particulièrement le soutien et le financement du coup d’Etat, constituent un nouveau témoignage probant des doubles standards de Bruxelles : l’Europe n’a pas besoin de fascisme, cependant ce dernier a droit de cité à la frontière de la Russie. Cette politique n’est pas perspicace car, selon le chef des programmes de recherches du Fonds Mémoire historique Vladimir Simindeï, personne n’a encore annulé l’effet boomerang.

« L’extrême droite en Europe gagne en vigueur. Dans une grande mesure son activité tient aux tentatives pour réviser les résultats de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que l’attitude envers le nazisme et le fascisme. Le tout dans un emballage russophobe. Force est de constater que ces processus se poursuivront, à notre regret. Néanmoins il sera très difficile de parvenir à une révision officielle des résultats de la Seconde Guerre mondiale ».

A l’occasion du 70e anniversaire du début de la Seconde Guerre mondiale une vague d’articles « analytiques » avait déferlé dans la presse occidentale. Des historiens et des politologues se sont acharnés à établir lequel des deux, Hitler ou Staline, avait plus de victimes sur la conscience. Les idéologues occidentaux continuent d’œuvrer sans répit. Selon le directeur général du Centre de l’information politique Alexeï Moukhine, cela veut dire que l’effet du « vaccin contre le fascisme » touche à sa fin dans les pays européens.

« Malheureusement l’Europe n’est pas en mesure de se procurer un antidote contre les justifications de ce genre et tout porte à croire qu’elle est vouée à une radicalisation du processus politique. En l’occurrence, la Russie peut jouer, comme toujours d’ailleurs, le rôle de rempart contre la menace nazie et même plus, elle doit le faire. Les actes législatifs à l’instar de celui dont on parle, interdisant la propagande et la glorification du nazisme et de ses crimes contre l’humanité, sont un remède homéopathique servant à prévenir le développement du mal appelé nazisme et sa transformation en maladie chronique.

Les dirigeants du Vieux continent ne cessent de commettre les mêmes erreurs. Leur principe demeure invariable : débaucher les forces les plus radicales, les aider à bien s’équiper et les envoyer vers l’Est. Cependant l’histoire enseigne (ceux qui veulent en tirer des enseignements) que le Drang nach Osten (poussée vers l’Est) se transforme invariablement en Drang nach Westen (poussée vers l’Ouest). T

Russie, Europe, nazisme, Douma d’Etat, procès de Nuremberg, Politique
Lire la suite: http://french.ruvr.ru/2014_04_04/La-reanimation-du-nazisme-et-leffet-boomerang-3267/

 

histoire: Le ministère russe de la Défense publie des documents confidentiels sur l’activité des nationalistes ukrainiens

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http://fr.ria.ru/society/20140403/200898926.html

Le ministère russe de la Défense a publié jeudi sur son site des documents confidentiels concernant l’activité des nationalistes ukrainiens dans l’ouest de l’Ukraine pendant la Grande Guerre patriotique (1941-1945).

Les documents déclassifiés révélant la coopération des nationalistes ukrainiens avec les troupes hitlériennes ont été publiés un mois plus tôt sur le site du ministère russe des Affaires étrangères.

Comme l’a déclaré le ministère de la Défense, il s’agit de documents historiques originaux qui étaient restés confidentiels jusqu’à présent et étaient accessibles uniquement à un nombre restreint de spécialistes.

Ces documents incluent des comptes-rendus de soldats de l’Armée rouge et de leaders de la résistance ukrainienne faisant la lumière sur la naissance et l’évolution du mouvement nationaliste en Ukraine, sa collaboration avec les nazis et sa participation aux groupuscules armés.

Il y est également possible de lire des informations sur la tactique de lutte armée des nationalistes contre l’Armée rouge et les répressions organisées par les partisans de Stepan Bandera contre la population civile.

Les chercheurs accordent un intérêt particulier au message de Lavrenti Beria, ministre soviétique de l’Intérieur, adressé au général Lev Mekhlis, commissaire politique de l’Armée Rouge, le 19 janvier 1942 "sur les tentatives du commandement allemand de créer sur le territoire de l’Ukraine une "armée ukrainienne" et de constituer des escadrons de la mort avec des "individus de nationalité ukrainienne et des déserteurs".

L’histoire du nationalisme en Ukraine

Stepan Bandera est l’idéologue du nationalisme ukrainien et un des principaux initiateurs de la création en 1942 de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), dont l’objectif proclamé était la lutte pour l’indépendance de l’Ukraine.

L’UPA prônait le combat pour l’indépendance de l’Ukraine aussi bien contre les bolcheviks que contre les Allemands. Néanmoins, le commandement de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) déconseillait d’attaquer des unités allemandes importantes. Les représentants allemands et de l’OUN ont convenu en 1943 que l’UPA protégerait les voies et les ponts ferroviaires contre les résistants russes et soutiendrait les activités des forces d’occupation allemandes. En échange, l’Allemagne a promis de fournir à l’UPA des armes et des munitions, et de permettre la création d’une puissance ukrainienne sous protectorat allemand en cas de victoire des fascistes contre l’URSS

 
 

L’histoire à la découpe par Pierre savy (à propos de Jacques le Goff)

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Dans son dernier essai publié, Jacques Le Goff, qui vient de disparaître, s’interrogeait sur la périodisation en histoire. Il défendait l’hypothèse d’un « long Moyen Âge » et refusait de considérer la Renaissance comme une période spécifique. Une réflexion sur nos cadres chronologiques.

Jacques Le Goff, Faut-il vraiment découper l’histoire en tranches ?, Paris, Le Seuil, « La Librairie du XXIe siècle », 2014, 211 p., 18 €.

Il est sans doute inutile de présenter Jacques Le Goff : médiéviste, né en 1924, auteur d’ouvrages nombreux, très lus et traduits dans le monde entier, il fut l’un des historiens français le plus connus du XXe siècle. En dépit des apparences, le titre de son dernier ouvrage n’est pas une question rhétorique : s’interrogeant sur la nécessité d’un « découpage en tranches » ou, pour utiliser le mot le plus souvent employé, d’une « périodisation » qui veut que de grandes dates fassent soudain changer de période historique, l’auteur juge d’entrée de jeu que « le découpage du temps est nécessaire à l’histoire » (p. 12).

Périodisations

Ce petit livre n’est pas une œuvre théorique qui présenterait une réflexion approfondie sur ce que seraient l’usage de ces « tranches » et leurs vertus pour le travail des historiens. Son auteur examine plutôt deux des points où l’on procède couramment à la « découpe » du temps historique.

Rappelons que l’on considère, dans l’université française notamment, que l’on change d’époque en 476 (chute de l’Empire romain d’Occident, début du Moyen Âge), en 1492 (découverte de l’Amérique, début des temps modernes) et en 1789 (Révolution française, début de l’histoire contemporaine). On passe donc de l’« Antiquité » au « Moyen Âge », de celui-ci à l’époque « moderne » et de cette dernière à l’époque « contemporaine ». De l’époque médiévale, déjà bien longue (plus de mille ans), Le Goff propose de faire une période plus longue encore, en renonçant du même coup à présenter les XVIe-XVIIIe siècles comme une période à part. Les deux idées défendues dans son essai, qui a pour objet « les rapports entre Moyen Âge et Renaissance » (p. 60), sont donc l’« existence d’un long Moyen Âge » et l’« irrecevabilité de la Renaissance comme période spécifique » (p. 42). Cette thèse du « long Moyen Âge » a déjà été exposée à diverses reprises [1].

Après avoir évoqué les « anciennes périodisations », depuis la Bible (Daniel) et la pensée de saint Augustin jusqu’à l’époque moderne, l’auteur insiste sur l’apparition tardive de l’idée de « Moyen Âge ». Elle doit beaucoup à Pétrarque et se développe à partir du XVe siècle et surtout à l’époque moderne, dans une acception négative. La mise en place d’un cadre chronologique intelligible paraît nécessaire dans l’enseignement : or la constitution de l’histoire en discipline et son enseignement sont graduels et tardifs dans l’histoire occidentale, et ce n’est qu’avec cet enseignement que la périodisation est entrée dans la pratique historienne courante.

On en vient ensuite à la « naissance de la Renaissance », à travers les œuvres de Pétrarque, qui, le premier, oppose l’obscurité présente à la lumière antique, et de Michelet, dans son cours au Collège de France dans les années 1840. L’idée de Renaissance progresse avec Jacob Burckhardt et, bien après lui, à travers un certain nombre d’auteurs majeurs du XXe siècle (Paul Oskar Kristeller, Eugenio Garin, Erwin Panofsky, etc.), mis en avant dans une succession de résumés d’œuvres où le volume perd un peu en tension.

À son apparition, l’idée de Renaissance va de pair avec la dévalorisation du Moyen Âge, qui ne serait qu’un âge intermédiaire (c’est le sens de l’adjectif « moyen ») entre l’Antiquité et sa redécouverte par les humanistes. Pourtant, le Moyen Âge connaît l’Antiquité, et il est même plein d’elle, de ses valeurs, de ses modèles, de sa littérature : ainsi les « arts libéraux », base du savoir médiéval, sont-ils d’origine antique, comme l’est la langue-reine du Moyen Âge, le latin (« le Moyen Âge est une période beaucoup plus ‘latine’ que la Renaissance », p. 108).

De plus, contre un préjugé courant, le Moyen Âge porte très haut l’idée de raison — dans la pensée scolastique, bien sûr, mais aussi dans la théologie. Le Moyen Âge fut capable d’innovation et d’inventivité. Pour toutes ces raisons, l’auteur soutient de façon convaincante qu’il ne peut guère être séparé de la Renaissance. D’autant que celle-ci et l’époque moderne tout entière sont a contrario emplies de Moyen Âge.

La meilleure illustration en est la grande « chasse aux sorcières », phénomène renaissant ou « moderne » bien plus que médiéval (Le Marteau des sorcières est de 1486, l’affaire de Loudun de 1632). La chronologie de ce point est complexe. On peut dire que le combat contre la magie commence au début du XIVe siècle, mais la véritable « invention du sorcier » date, elle, plutôt de la première moitié du XVe siècle, et la définition de la sorcellerie et de la lutte contre elle ne s’achève qu’avec la fin du XVe siècle, ce qui ouvre la voie à la grande chasse aux sorcières, qui s’étale entre 1560 et 1630 environ.

L’étalement chronologique des processus

En somme, « il y a coexistence et même parfois affrontement entre un long Moyen Âge, débordant sur le XVIe siècle, et une Renaissance précoce s’affirmant parfois dès le début du XVe siècle » (p. 135). Plus que de rupture, il est donc pertinent de parler d’une « plus ou moins longue », « plus ou moins profonde mutation » (p. 136). Entre le XVIe siècle et le milieu du XVIIIe, il n’y aurait en fait pas de changements de nature à faire basculer dans une autre période : on reste dans « une économie rurale de longue durée » (p. 140), ces deux derniers mots de « longue durée » évoquant bien sûr Fernand Braudel, dont Civilisation matérielle et capitalisme (1967) est amplement cité.

Des processus majeurs (comme la construction de l’État moderne ou la « civilisation des mœurs » étudiée par Norbert Elias [2]) s’étalent de part et d’autre de la césure (entre Moyen Âge et Renaissance pour la première, du XIe au XVIIIe siècle pour la seconde). L’un des ressorts du raisonnement de l’auteur est la prise en compte des points de continuité entre les deux périodes, notamment des aspects « modernes » observés avant 1492 : là où d’autres verraient des éléments de pré-modernité qu’il faudrait comme arracher au Moyen Âge et qualifier de « signes avant-coureurs », il voit des aspects plaidant pour une continuité avec l’époque moderne et donc des preuves du « long Moyen Âge ». Bref, il faut attendre la révolution industrielle et la Révolution française pour qu’on puisse parler de changement de période.

Mais, au fait, ce que ces deux révolutions font cesser (l’économie ancienne, la prévalence du système monarchique) n’était-il pas présent dès avant le Moyen Âge ? Si on ne lui donne pas un début plus ferme, le « long Moyen Âge » ne risque-t-il pas de commencer dans la plus haute Antiquité ? La date choc demeure 476, mais l’auteur rappelle que prévaut aujourd’hui l’idée d’une mutation étalée du IIIe au VIIe siècle (p. 41). Mutation de quoi ? Il doit s’agir de l’imposition du christianisme et de l’effacement de l’empire « gréco-romain », mais ici l’auteur évoque moins cet aspect qu’il ne l’avait fait dans d’autres travaux.

Renaissances

On sera déçu si l’on cherche dans ce livre ce qu’il n’est pas, en dépit du titre accrocheur : ce n’est pas une œuvre théorique sur la périodisation en histoire en général, on l’a dit, mais la défense d’une thèse sur les rapports entre Moyen Âge et Renaissance. On sera déçu aussi si l’on espère y trouver des propos vraiment nouveaux : comme l’auteur le concède dès la première page, il s’agit d’un retour sur un thème qu’il a déjà traité.

La thèse du long Moyen Âge est bien sûr discutable. La pesée de phénomènes aussi lourds et complexes que ceux qui permettent d’affirmer que l’on change d’époque est chose impossible. On peut donc défendre, contre ce livre, qu’au XVIe siècle la féodalité recule sensiblement face aux États, que le christianisme est fissuré par la Réforme, que l’Occident commence à délaisser la Méditerranée pour se tourner vers l’Atlantique, etc., et que, pour toutes ces raisons, le « Moyen Âge » cesse. Chacun jugera des continuités et des discontinuités de part et d’autre des deux césures proposées. Disons simplement que, sur ce point, la thèse de l’auteur nous semble très convaincante.

On peut par ailleurs juger que l’usage des notions relatives au découpage du temps (période et époque, bien sûr, mais encore ère, âge voire civilisation, d’autant que Jacques Le Goff est l’auteur de La Civilisation de l’Occident médiéval, en 1964) aurait dû être mieux assuré. Est ainsi désigné comme la « Renaissance » ce qui, dans la nomenclature courante, correspond à l’époque moderne ou, du moins, à l’essentiel de cette époque. Cela entraîne un certain flottement : la Renaissance est-elle un phénomène culturel ou une période ? Si, quoi qu’en disent les « partisans de la Renaissance comme période » (p. 171), on l’envisage comme « avant tout un fait de culture », selon l’heureuse expression d’Eugenio Garin, alors on peut la voir se déplacer, comme d’autres phénomènes culturels de même nature (Lumières, romantisme, etc.). Telle une onde qui passe, elle affecterait à des périodes différentes des espaces aux rythmes historiques divers.

L’affirmation selon laquelle « la Renaissance, donnée pour époque spécifique par l’histoire contemporaine traditionnelle, n’est en fait qu’une ultime sous-période d’un long Moyen Âge » (p. 187) ne convainc donc qu’à moitié. Il me semble qu’insister sur le fait que la Renaissance n’est pas une période ni une sous-période, mais un phénomène culturel à la chronologie complexe, et non exclusif de phénomènes culturels opposés au même moment, rend mieux intelligible le fait qu’elle soit inventée bien avant la fin du Moyen Âge (début XIVe siècle pour les fourriers, Giotto au premier chef).

Le parfum du Moyen Âge

Certains tiqueront en voyant proposée l’annexion au Moyen Âge de siècles qui n’ont pas ce que, faute de mieux, l’on pourrait appeler le parfum, la couleur et le goût du Moyen Âge (le costume médiéval ? les châteaux forts ? les chevaliers ?). Or on doit reconnaître que ces aspects ne sont pas rien, dans la perception d’une époque, quand même ils n’appartiendraient pas au plan le plus infrastructurel. Pour persuader son lecteur du bien-fondé du « long Moyen Âge », l’auteur se place sur un plan plus profond : il a raison, mais n’est-ce pas pour ainsi dire prendre la notion de Moyen Âge trop au sérieux ? Dès lors que, même pour le médiéviste, le Moyen Âge est affecté par de tels aspects, ce « long Moyen Âge » peut-il s’imposer vraiment, ou n’a-t-il qu’une fonction heuristique ? Et ne faudrait-il pas une appellation différente, d’autant que l’adjectif « long » fait perdre tout sens à l’adjectif « Moyen » ?

Enfin, à qui douterait de la nécessité d’une périodisation non conventionnelle comme celle qui est proposée ici, fondée sur le « contenu » historique des périodes et non sur des bornes léguées par la tradition, par définition contestables, le livre ne répond pas suffisamment. Une périodisation globale, pour tous les domaines de l’histoire, voire pour toutes les régions du monde, est-elle vraiment indispensable en dépit des erreurs qu’elle fait nécessairement commettre ? Et, si oui, pour quoi faire ? Qu’est-ce qui fait une période, et qu’est-ce que l’historien fait de cette notion ?

L’anachronisme « n’est pas la confusion des dates, mais la confusion des époques », écrivait Jacques Rancière. S’il s’agit d’affirmer l’existence de nombreux points communs entre les hommes vivant en ce temps-là, et de poser des époques homogènes et dotées d’une forte altérité, alors le risque est grand de rendre difficile la saisie de la nouveauté et de l’irruption d’un « autre temps » — bref, rien de moins que le changement historique [3]. Quant au thème de la mondialisation, il est évoqué, mais au bout du compte mobilisé de façon trop allusive pour satisfaire notre curiosité. L’auteur ne reviendra hélas pas sur ces aspects, qu’il a moins défrichés que le « long Moyen Âge ». Il défend ici ce dernier avec talent, et laisse ainsi une nouvelle contribution, la dernière sans doute de cette œuvre qui occupe une place centrale dans notre connaissance du Moyen Âge.

par Pierre Savy , le 2 avril

Pour citer cet article :

Pierre Savy, « L’histoire à la découpe », La Vie des idées, 2 avril 2014. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/L-histoire-a-la-decoupe.html

Si vous souhaitez critiquer ou développer cet article, vous êtes invité à proposer un texte au comité de rédaction. Nous vous répondrons dans les meilleurs délais : redaction@laviedesidees.fr.

Notes

[1] D’abord, semble-t-il, dans la préface de Pour un autre Moyen Âge. Temps, travail et culture en Occident : 18 essais, Paris, Gallimard, 1977, p. 9-11. On la trouve ensuite dans divers articles, dont l’un est repris (avec pour titre « Pour un long Moyen Âge ») dans L’Imaginaire médiéval, Paris, Gallimard, 1985, p. 7-13. Enfin et surtout, un recueil d’articles initialement publiés dans le magazine L’Histoire en 1980-2004 est publié comme livre, avec pour titre Un Long Moyen Âge (Paris, Tallandier, 2004).

[2] Norbert Elias, Über den Prozeß der Zivilisation. Soziogenetische und Psychogenetische Untersuchungen, Bâle, Haus zum Falken, 1939, traduction française La Civilisation des mœurs, Paris, Calmann-Lévy, 1973 et La Dynamique de l’Occident, Paris, Calmann-Lévy, 1976.

[3] Voir Jacques Rancière, « Le concept d’anachronisme et la vérité de l’historien », L’Inactuel. Psychanalyse et culture, 6, 1996 (« Mensonges, vérités »), p. 53-68. Je me permets de renvoyer à mon texte « De l’usage de l’anachronisme en histoire médiévale », 13 novembre 2013.

 

Interview téléphonique de J.-P. Arrignon* par I. Commeau

http://www.clcr.fr/

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I.C. : Monsieur Arrignon est le meilleur connaisseur actuel de l’histoire de la Russie. Je lui soumets ce qui suit : Vous comprenez mieux que quiconque les causes lointaines de ce qui se passe actuellement sur la place Maïdan. Comment expliquez-vous la folie qui s’est emparée des Ukrainiens actuellement et quelles sont les origines de ces tensions ?

Zone de passage, aujourd’hui c’est en fait un Etat reconstitué ; reconstitué avec deux parties totalement différentes : l’une qui est située à l’Ouest, qui recoupe les anciennes provinces de Galicie et de Volinie avec la ville de Lviv (ou Lvov), régions qui ont longtemps été intégrées à l’Empire polono-lituanien d’abord

I.C. : C’est-à-dire les anciennes principautés russes ?

Oui. Donc à l’Empire polono-lituanien d’abord et austro-hongrois ensuite. Ces régions sont également le berceau de l’Eglise Uniate, ralliée à Rome. Par conséquent, toutes ces régions sont dans la tradition occidentale et leurs populations, très souvent, n’aspirent qu’à revenir dans cette union européenne. De l’autre côté, à l’Est, il en va tout à fait différemment : ce sont des régions habitées en grande partie par des populations d’origine russe, jusqu’en Crimée qui n’était jadis que la Tauride (nom donné par les Grecs antiques à la presqu’île de Crimée) et qui était d’ailleurs un des lieux privilégiés de la présence de la famille impériale russe. Par conséquent, ces régions orientales de l’Ukraine sont davantage tournées vers la Russie et ces tensions s’expliquent en partie par là ; en réalité il-y-a même trois Ukraines : une Ukraine occidentale, fondamentalement européenne, une Ukraine orientale tout à fait pro-russe et, entre les deux, il-y-a le Dniepr qui est la zone de tampon et de rencontre de ces deux forces, ce qui explique qu’aujourd’hui à Kiev, on se trouve dans une situation extrêmement dangereuse.

I.C. : Kiev qui est située sur le Dniepr !

Oui, Kiev est située en plein sur le Dniepr, sur la rive gauche pour la partie ancienne.

I.C. : Et alors, il-y-a d’autres forces qui agissent également, m’aviez-vous dit ?

Oui, et elles sont intéressantes à noter : il faut bien savoir que l’Ukraine, tout au long du XVIIème siècle, a d’abord cherché à se libérer de la tutelle polonaise qui était dominante dans ces régions et qui se manifestait par les conversions quasiment forcées au catholicisme uniate. La statue dressée sur la Place devant Sainte Sophie représente l’Hetman (désignation de chef des cosaques d’Ukraine à l’époque) Bogdan Khmelnitsky pointant sa masse en direction de Moscou. L’Ukraine s’est libérée de la tutelle « romano-polonaise » grâce aux cosaques d’une part et à l’appui des russes d’autre part.

I.C. : De quelle nationalité étaient ces cosaques ?

C’étaient des habitants du pays. Lorsque l’Ukraine, libérée à cette époque-là, a voulu intégrer l’Etat russe (ancienne principauté de Moscou), il faut savoir que le Zemsky Sobor (la Douma de l’époque) a refusé à trois reprises de l’y introduire et c’est en désespoir de cause que le Tsar a fini par accepter d’intégrer l’Ukraine dans l’Etat russe. De sorte qu’il est bon de rappeler que ce ne sont pas les Russes qui ont voulu mettre la main sur l’Ukraine, mais ce sont les Ukrainiens qui ont voulu intégrer l’Etat ; c’est comme cela que ça s’est passé au XVIIème siècle. Alors aujourd’hui, les forces en présence sont toujours vivantes, on l’a bien vu depuis la décomposition de l’URSS en 1991 ; il-y-a toujours eu ces forces qui ont constamment été les émanations de l’histoire du passé. La partie Ouest (Galicie, Volinie) : il faut quand-même savoir qu’il-y-a trois ans on a élevé à Lviv la statue d’un certain Bandera ! Or Bandera était un milicien ukrainien qui a combattu d’abord aux côtés des communistes et ensuite aux côtés des nazis, d’où les protestations de l’Union Européenne qu’a suscité alors l’érection du monument. Donc ces forces-là sont toujours latentes et, évidemment, quand il-y-a des moments de crise, elles réapparaissent.

Elles réapparaissent aujourd’hui de quelle façon ? Eh bien il faut se rappeler qu’en 1991, les Américains s’étaient engagés à ne pas profiter de l’effondrement de l’URSS pour avancer leur espace territorial, ce qui ne fut évidemment pas respecté puisque tous les Etats d’Europe Centrale sont d’abord entrés dans l’OTAN puis dans l’Union Européenne. Pour ce qui est de l’Ukraine, elle est restée entre les deux et, à partir de là, évidemment les forces centripètes peuvent agiter la décomposition de l’Ukraine. Cette Ukraine-là joue un rôle très important : il est en effet important de rappeler que lors des révolutions dites « arabes », on a vu lors des manifestations, Place Tahrir ou ailleurs, fleurir des panneaux avec des drapeaux noirs et, au milieu, des poings fermés blancs. Ces panneaux-là rappellent des organismes, comme celui de Otbor par exemple, né en Serbie et qui a joué un rôle majeur dans la chute de Milosevitch, et aujourd’hui ce Otbor s’est transformé en Canvas, qui joue à peu près le même rôle et dont un des lieux de formation est précisément Kiev ! Militants aguerris au combat de rue, ils utilisent les portables, les tweets et autres techniques. Ce sont des groupuscules extrémistes, ultra-nationalistes et qui ont une très grande pratique du maniement des foules, qui encadrent ces manifestants et les organisent en véritables groupes armés. C’est d’ailleurs pour cette raison que tous ceux qui sont aujourd’hui sur cette Place Maïdane reconnaissent que l’organisation est quasiment militaire. Ceci explique les coups de main portés sur les Ministères de la Justice et de l’Intérieur. On est là en présence de groupes parfaitement structurés, bien organisés et qui veulent évidemment aboutir à la démission du Président Yanoukovitch et même, on le sait maintenant, changer la constitution du pays. On est donc là dans une phase quasiment révolutionnaire à laquelle les autorités russes et ukrainiennes ont apparemment du mal à faire face.

I.C. : Puis-je vous demander quels sont les partis ? Parce-que vous avez parlé de groupes nationaux, mais il-y-a aussi des partis d’opposition ?

Oui : le parti du Président que l’on appelle le parti des « bleus » ou « parti des régions » est aujourd’hui presque en implosion sur lui-même ; le principal soutien de Yanoukovitch, le milliardaire ukrainien Rinat Akhmetov dit qu’il faut absolument trouver une solution de compromis, et c’est d’ailleurs cette position du principal soutien économique de Yanoukovitch qui fait défaut au pouvoir politique et le fragilise considérablement. De l’autre côté, on a au contraire tous les anciens partisans de Youlia Timochenko qui voient là l’opportunité de faire tomber le pouvoir et de changer la constitution actuelle pour revenir à celle de 2004 et reprendre le pouvoir. Donc aujourd’hui, on a un paysage extrêmement brouillé avec des partis politiques qui sont divisés et qui n’arrivent pas à faire face à une pression de la masse parfaitement encadrée par des groupuscules qui sont, d’une part, violents et, d’autre part, prêts à tout.

I.C. : Mais il-y-a aussi des partis qui sont hostiles à Yanoukovitch, n’est-ce pas ?

Oui, on l’a bien vu, il-y-a très peu de partis au pouvoir ! Comment cela fonctionne-t-il ? Si l’on considère la Place Maïdane, les dernières tentatives de négociation ont vu les partis ukrainiens quasiment prêts à accepter les propositions du pouvoir de participer au gouvernement. C’était le cas du boxeur Klitchko en particulier, et surtout d’un autre leader de l’opposition. Donc on voit là des personnages-clés de l’opposition ukrainienne qui étaient prêts à prendre la main que leur tendait le pouvoir. Ce qu’il est intéressant de voir, c’est que cette opposition-là a été totalement désavouée par, justement, ces groupuscules « paramilitaires » qui encadrent la foule à Maïdane et qui ont exigé le retrait de toute négociation. Je sais qu’aujourd’hui, au moment où nous en parlons, on nous annonce que l’opposition ukrainienne est prête à reprendre les négociations. Vous voyez que, d’un côté comme de l’autre, aujourd’hui tout est brouillé pour une raison simple : les politiques sont prêts à trouver une issue négociée à l’intérieur de l’Ukraine, mais les masses rassemblées, encadrées par ces groupuscules extrêmement actifs et extrêmement professionnalisés constituent des éléments de blocage dont il faudra absolument parvenir à se débarrasser, et c’est ce qui sera, à mon sens, le plus difficile.

I.C. : Mais vous m’aviez parlé également, et d’ailleurs cela s’est dit, de groupes nazis et antisémites…

Vous avez tous les groupes issus, disons, des courants de Bandera qui sont là ; ce sont des groupes souvent très structurés, on sait par exemple que Canvas (otbor à l’origine, Canvas aujourd’hui) sont des structures étroitement encadrées, organisées et financées par la CIA. Ce ne sont pas des choses neutres, il-y-a une volonté de profiter de cette affaire pour modifier les équilibres géopolitiques. Ce point est extrêmement important. En quoi ? En ce qu’il pose le problème de ce qui se déroule aujourd’hui : en effet, dans le cadre du partenariat oriental (organisation qui relève de l’Union Européenne dans ce que l’on appelle l’accord de Vychegrad), lorsque ce partenariat oriental a pris le dossier de proposer, non pas une entrée de l’Ukraine dans l’UE, mais une adhésion de celle-ci à cette dernière, ceux qui ont négocié cela (notamment la Présidente de Lettonie et les Polonais) ont tous été des responsables extrêmement hostiles à la Russie ; il faut bien se rendre compte qu’ils ont voulu faire payer à la Russie la position que celle-ci a prise dans l’affaire Syrienne. Donc, la démarche d’adhésion était une démarche hostile à la Russie dès le départ et, pour obtenir l’adhésion de l’Ukraine, ces responsables politiques – et j’ose le terme – ont promis à l’Ukraine tout ce que ceux-ci pouvaient demander ; mais lorsque l’on est arrivés à la signature de ce fameux protocole, il a fallu mettre par écrit les accords auxquels on était soi-disant parvenus. Et c’est à ce moment-là que le gouvernement de Yanoukovitch s’est parfaitement rendu compte qu’ils avaient été instrumentalisés par l’Europe pour signer un protocole d’union qui allait jeter bas toute l’économie des PME et PMI ukrainiennes, ouvrant les frontières de l’Ukraine aux grandes compagnies européennes qui allaient pouvoir s’installer dans ce pays et le dominer, ce qui aurait eu pour effet immédiat une augmentation drastique du nombre de chômeurs, un effondrement économique et une situation extraordinairement calamiteuse pour le pays, comme on a vu le cas se produire en Lettonie, en Bulgarie et ailleurs. Devant cette menace – c’est cela l’important – le Président Yanoukovitch a retourné sa position et a refusé de signer ; évidemment, on a immédiatement accusé la Russie d’avoir pesé de tout son poids sur l’Ukraine pour obtenir son refus et son retour vers elle. C’est à ce moment-là que les négociations entre l’Ukraine et la Russie se sont engagées et qu’il-y-a eu là effectivement des accords économiques majeurs, puisqu’il-y-avait 13 milliards de dollars, plus des sommes qui ont été ajoutées pour le « cash courant » si j’ose dire, qui ont été promises par la Russie pour développer l’économie Ukrainienne et relancer un petit peu ce pays. C’est dans ce contexte-là que l’affaire a éclaté ; évidemment, ce retournement de Yanoukovitch a été instrumentalisé par ces groupes nationalistes qui ont immédiatement accusé ce dernier de revenir dans le cadre de la Russie et de refuser d’entrer dans l’Europe sans qu’ils n’abordent jamais les véritables causes, causes économiques qui auraient jeté par terre l’Ukraine. Il faut bien voir comment cela s’est produit : dans cet engrenage, on ne parle plus du tout de rapports économiques, on parle simplement de balayer le pouvoir en place, remettre en place des hommes nouveaux qui devront immédiatement signer cette union européenne, c’est-à-dire ouvrir l’Ukraine à toutes les multinationales et à toutes les entreprises européennes qui pourront pénétrer immédiatement dans ce pays et, par effet mécanique, jeter bas les PME et PMI locales comme cela s’est produit partout ailleurs et générer un chômage phénoménal ! Et donc une situation sociale calamiteuse qu’il vaudrait mieux éviter.

I.C. : Je vous remercie, vous expliquez exactement la situation ; seulement je voudrais encore une fois vous demander qui était Bandera, parce-que ce n’est pas tout le monde qui connait son passé pendant la dernière guerre ! Le passé de Bandera et, en général, de ces groupes nazis…

Vous avez tout à fait raison ; Stepan Bandera, né en 1909 et mort en 1959, est un personnage particulier (qui repose d’ailleurs à Munich) ; c’est un militant extrêmement important qui a joué un rôle… bizarre ; il a été le fondateur de l’Armée Insurrectionnelle Ukrainienne, puis ensuite le dirigeant de l’Organisation des Nationalistes Ukrainiens. Il a été l’idéologue du Mouvement Nationaliste Ukrainien, et ce mouvement a mené les combats contre les Bolcheviks et contre tous les envahisseurs ; ce mouvement a mis en échec l’armée de la République Populaire Ukrainienne contre les Bolcheviks et l’armée rouge. Ensuite Bandera s’est rapproché d’Hitler ; par conséquent, le personnage est extrêmement dangereux ; l’organisation de l’union nationaliste a été financée par le Reich nazi. En Ukraine occidentale, on a élevé une grande statue en l’honneur de Bandera.

Ce sont des extrémistes très durs qui ont une tradition de la résistance contre tous ceux qui sont un peu faibles et Bandera est l’inspirateur aujourd’hui des mouvement nationalistes ; il a été fait héros de l’Ukraine par un décret signé le 22 juin 2010 ! Ce qui a évidemment entraîné des protestations ; cette décoration lui a été donnée par le Président Youchenko. Le 29 janvier 2010, le Sir Simon Wisenthal a dénoncé le personnage en disant – je cite – que l’on ne peut donner le titre de héros de l’Ukraine à un collaborateur nazi responsable du massacre de milliers de juifs pendant la guerre de 39-45.

Aujourd’hui sont issus de ces mouvements ceux qui forment Canvas, qui forment ces groupuscules encadrant la Place de Maïdane.

I.C. : Donc, violemment antisémites

Violemment antisémites, bien sûr !

I.C. Et vous m’aviez même dit que lorsque les SS sont arrivés, ils ont vu que « le travail [d’élimination des juifs] avait déjà été fait » si l’on peut dire, n’est-ce pas ?

Ecoutez, alors là c’est extrêmement simple : il suffit que vos lecteurs relisent le Prix Goncourt 2006 de Jonathan Little « Les bienveillantes » : « Les bienveillantes » raconte le héros Waffen SS qui arrive à Lvov et qui est tout à fait surpris de voir que la population danse autour de monceaux de cadavres, cadavres de juifs ! Il-y-a des pages épouvantables dans ce roman, de grande qualité et qui repose sur des bases historiques solides, pour montrer quels sont ces éléments. Ce sont évidemment ces éléments-là que Sir Simon Wisenthal a soulevés pour protester contre la médaille de Héros de l’Ukraine attribuée à Stepan Bandera.

I.C. : Voilà qui nous éclaire d’une autre façon que celle des médias français (rires) sur cette fameuse insurrection nationaliste ! Merci infiniment, Monsieur le Professeur.

Je vous en prie, au revoir !

* Biographie de J.P.Arrignon :Agrégé d’histoire et Docteur d’État, il a fait ses études à l’École pratique des hautes études. Il a soutenu sa thèse intitulée La chaire métropolitaine de Kiev, des origines à 1240 (Sorbonne, 1986) sous la direction d’Hélène Ahrweiler. Ses recherches portent sur le monde slave médiéval : politique, religieux, militaire, culturel entre le VIIe et le XVe siècle. Son intérêt s’étend également à l’orthodoxie, à l’histoire de la Russie contemporaine, en particulier autour de Vladimir Poutine. Il a enseigné à l’université de Poitiers et y a occupé les fonctions de doyen honoraire de la faculté des Sciences humaines. En 1994, il est élu professeur associé de l’université de Iaroslavl (Russie).

De janvier 1995 à 2000, Jean-Pierre Arrignon a présidé le Centre de Culture européenne de Saint-Jean-d’Angely. Il a été cofondateur de la Maison Poitou-Charentes à Yaroslavl (Russie). Il a été Conseiller Défense auprès du préfet de région Poitou-Charentes. En 1994, il a été élu Expert du Gouvernement polonais pour l’UNESCO. Sous la présidence de René Monory, Président du Sénat, Jean-Pierre Arrignon a été membre du Conseil d’administration de la Fondation pour la Prospective et l’Innovation.

Depuis 1998, Jean-Pierre Arrignon est conférencier national de l’Institut des hautes études de la défense nationale (IHEDN). Il est membre du comité directeur de l’AR15 de l’IHEDN. Depuis 2008, il est élu chargé de mission du Président de l’AR15 pour le Centre d’Arras1.

Il est membre du conseil scientifique de la revue en sciences humaines de l’université Picardie Jules Verne (Corridor) et du CFEB (Comité français des études byzantines).

Jean-Pierre Arrignon est ensuite professeur d’histoire médiévale à l’université d’Artois2, chargé de conférences à l’École des hautes études en sciences sociales (Centre d’études byzantines, néo-helléniques et du sud-est européen)3. Depuis le mois de juillet 2010, Jean-Pierre ARRIGNON est Président de la délégation du Nord-Pas-de-Calais de "La Renaissance Française" http://www.larenaissancefrancaise.com

 
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Publié par le mars 29, 2014 dans histoire

 

Venezuela : la fabrique de la terreur par Romain Mingus

Voilà ce que je reçois ce matin d’un ami français qui réside depuis de nombreuses années au Venezuela. Il nous décrit un climat de peur que font régner les fascistes, même silence de nos médias sur qui sont les hommes de main des Etats-Unis. Après nous avoir monté un théâtre sur Chavez puis Maduro dictateurs voir antisémites alors que maduro est juif et nous avoir inventé un candidat d’extrême-droite comparable à Lula qui soutenait maduro. Bref après nous avoir enfumé, ils organisent le fascisme ici comme ailleurs. la crise du capital est à tel niveau que le fascisme lui est déormais une nécessité. Tant que nous ne comprendrons pas cela nous avancerons dans la nuit jusqu’à la catastrophe. (note de Danielle Bleitrach)

http://www.romainmigus.com/2014/03/la-fabrique-de-la-terreur.html

Commençons par une situation imaginaire.

Imaginons une manifestation, disons à Nantes contre l´aéroport de Notre Dame des Landes. Alors que la manifestation se termine, les partis politiques et associations qui l´ont convoqué ne la dissolvent pas. Des groupes radicaux prennent le relais et commencent à construire des barricades. Ils sont aidés pour cela par les services de la ville. Une pluie de cocktails Molotov, de pierres et de pavés s´abat sur les CRS. Une partie du CHU, et la totalité de l´Université sont réduits en cendres. Soudain, les CRS sont attaqués à balles réelles. Plusieurs d´entre eux décèderont. Ajoutons que la manifestation est financée par la Russie de Poutine et que dans les groupes radicaux se trouvent plusieurs membres du Hezbollah libanais.

Alors que le gouvernement utilise toute une panoplie de moyens démocratiques pour enrayer la violence, tous les media internationaux soutiennent cette situation insurrectionnelle et accusent François Hollande d´être le bourreau du Peuple français….

Situation surréaliste et improbable me diront les uns, « arrête la drogue » me diront ironiquement les autres. Et pourtant.

Et pourtant, cette situation est bien réelle. Elle est même un léger condensé de ce que vit le Venezuela depuis plusieurs semaines. Explications.

A qui la faute ?

Depuis maintenant plus d´un mois, alors que l´immense majorité du pays vit sereinement, neuf districts municipaux (municipios) sur les 335 que compte le pays sont en proie à de véritables scènes de guérilla urbaine. Comme par enchantement, ces neuf municipios sont tous dirigés par des maires d´opposition et sont généralement le lieu de résidence des classes aisées. Drôle de révolution populaire qui n´existe que par le truchement des entreprises de communication…

A regarder qui sont les victimes de cette “dictature sanguinaire”, on découvre que la plupart d´entre elles ne sont pas le fruit d´une sanglante répression mais font suite aux actions violentes de l´opposition.

Au 18 mars, on pouvait compter 31 morts dont (1) :

– 5 seraient attribués à des institutions policières (dont une à la Police de Chacao, dirigée par l´opposition). 23 membres des forces de l´ordre ont été mis en examen.
– 6 personnes sont mortes à cause de barricades ou de fils de fer barbelé que les groupes de choc de l´opposition ont tendu dans les rues qu´ils contrôlent.
– 8 personnes ont été assassinées alors qu´elles tentaient de déblayer la voirie et de démonter des barricades.
– 1 personne est morte renversée par une voiture qui tentait de franchir une barricade.
– 7 personnes sont mortes lors d´affrontements de tout type.
– 2 personnes sont décédées car l´ambulance qui les emmenait à l´Hopital a été bloquée par une barricade.
– 1 personne est morte de manière accidentelle. Cette personne était montée sur un toit pour agresser les services de police dans la rue en contrebas. Elle s´est défenestrée en voulant redescendre (2) .
– 1 personne dont les causes restent à déterminer.

De ce total macabre, on dénombre cinq membres de la guardia nacional (l´équivalent de la gendarmerie) assassinés par balle, et un procureur de la République.

De nombreux transports en commun (bus et stations de métro) ont été saccagés, un dispensaire de la mission Barrio Adentro a été incendié (les médecins cubains qui se trouvaient à l´intérieur ont miraculeusement pu en réchapper), neuf camions semi-remorque transportant plusieurs dizaines de tonnes de nourriture à destination des supermarchés publics furent brulés (drôle de manière de protester contre les ruptures de stock que d´incendier la nourriture) ainsi que plusieurs camions citernes remplis d´essence, de nombreux bâtiments publics et ministères ont été attaqués. La Unefa, université publique et gratuite, de la ville de San Cristobal a été entièrement rasée par les flammes. Son importante bibliothèque n´est désormais plus qu´un souvenir….
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L´Université publique de San Cristobal ravagée par les flammes
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A un mois du début de cette tentative de déstabilisation, non seulement le gouvernement est toujours en place mais l´opposition, qui soutient dans les faits la terreur des guarimbas perd du terrain. 85,4% des vénézuéliens se déclare opposés à cette forme de protestation (3) . Le président Maduro est même remonté dans les sondages d´opinion : 55,8% des vénézuéliens voteraient pour lui en cas d´élections présidentielles (4) .

Loin des délires médiatiques sur la violation des droits de l´homme au Venezuela, le travail de la médiatrice de la république et de son institution (Defensoria del Pueblo) a été, le 13 mars 2014, reconnu conforme aux principes de Paris et décoré de la classe A par le Comité International de Coordination des Institutions Nationales des droits de l´Homme et par le Haut Commissariat des Nations Unis aux droit de l´homme (5) . Information passée sous silence par la plupart des entreprises de désinformation.

Oubliés aussi les chiffres donnés par le Procureur Général de la République : 31 morts, 461 blessés (dont 143 policiers !!!), 1854 personnes ont été détenues lors des guarimbas et seulement 121 ont été condamnées. 1521 inculpés ont été remis en liberté. Comme dictature, on fait mieux….

Parmi les personnes condamnées, Daniel Ceballos, le maire de San Cristobal (6) et celui de San Diego, Enzo Scarrano (7) ont désormais rejoint Leopoldo Lopez sous les verrous pour leur participation active et logistique dans les guérillas urbaines.

Le maire de San Cristobal en pleine action…

Quant à la députée Maria Corina Machado, représentante du courant le plus extrême de l´opposition, le Panama lui avait cédé son siège à l´Organisation des Etats Américains (OEA) pour qu´elle expose son point de vue, depuis cette chaire médiatique, au monde entier. Non seulement une majorité d´Etat membres de l´OEA a voté pour que cette cession se tienne à huis clos, mais comme la député a clairement violé l´article 149 de la constitution (qui oblige tout vénézuélien à demander l´approbation de l´Assemblée Nationale pour accepter un poste d´un gouvernement étranger), elle a perdu son poste au parlement vénézuélien. Sans l´immunité parlementaire qui la protégeait, elle devra certainement répondre de ses appels à l´insurrection (8) .

Les responsables politiques sont désormais prévenus. S´attaquer frontalement à la République a un coût. Un avertissement pour Ramon Muchacho, le maire du très huppé arrondissement de Chacao, épicentre du vandalisme à Caracas, dont une video démontre des intentions très peu démocratiques. Il n´en est pas à son premier coup d´essai. Après avoir passé toutes ses études dans les écoles de l´Opus Dei à Maracaibo, il fut le secrétaire du maire putchiste de Caracas, Alfredo Peña, lors du coup d´Etat d´avril 2002 (9) .

"Cette lutte n´est pas pour quelques paquets de farine de mais, c´est pour que le gouvernement s´en aille"

Paramilitaires et délinquance commune sèment la terreur

Au fur et à mesure que les actions du gouvernement réduisent les foyers de violence, les derniers restant se radicalisent. Bien loin d´être des protestations spontanées, les seuls étudiants qui se maintiennent dans les affrontements de rue le font parce qu´ils sont payés, comme le révèle une conversation téléphonique entre un jeune leader de l´opposition et son comparse (10) . Quant au reste, la délinquance commune et des individus liés aux paramilitaires colombiens ont pris le relais.

Dans les quelques villes où subsistent des barricades, les automobilistes se font racketter s´ils veulent poursuivre leur route. Le ministre de l´Intérieur et de la Justice, Miguel Rodriguez Torres a récemment annoncé dans une conférence de presse que la police a arrêté les responsables de 18 barricades dans la ville de San Cristobal. Bilan : 5 étudiants, 67 délinquants connus des services de police dont plusieurs sollicités par Interpol ! (11) . Les barricades sont devenues un véritable business pour le crime organisé.

Le gouverneur chaviste de l´Etat du Táchira, dont San Cristobal est la capitale, va même plus loin : “[la présence de] paramilitaires colombiens au Táchira est un fait, une réalité, ce n´est pas une fiction ou un mensonge. Ce n´est pas seulement un argument pour dire qu´il y a une attaque perverse contre le Venezuela” (12) .

L´exemple imaginaire de notre introduction prend une tournure bien réelle. Les Etats-Unis financent et des paramilitaires colombiens sont infiltrés dans les groupes radicaux. Malheureusement, les personnes les plus vulnérables à cette stratégie de déstabilisation sont les jeunes naïfs qui participent à ces actions et sont donc exposés aux desseins sans scrupules de ceux qui les manipulent (13) .
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Lorsque les maisons et commerces chavistes sont marqués d´une croix

Plus grave encore. Dans les rares villes où persistent des actes de vandalisme, ces groupes de choc commencent désormais à faire régner la terreur en marquant d´une croix les maisons, les appartements ou les commerces tenus par des chavistes. Plusieurs personnes sont désormais soumises à l´hystérie collective de leurs voisins et aux menaces des plus violents. Cette situation a notamment été dénoncée par le président de l´Assemblée Régionale de l´Etat du Lara, Luis Jonas Reyes (14) .
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A Cabudare dans l´Etat du Lara…

Dans la même ville, dont le maire est un farouche opposant au gouvernement, d´après nos propres informations, des commerces ont aussi été signalés de la sorte.

….Et á San Diego, banlieue riche de Valencia.

"Chavistes du secteur El Morro, vous ne dormirez plus jamais tranquille". Tout un programme….

Une amie m´a envoyé ce cadeau de ces voisins. Collé sur sa voiture aprés l´avoir endommagé, le tract l´invite á changer de camp pendant qu´il en est encore temps. Signé: Ses voisins.

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Ces exemples ne sont lamentablement pas isolés et obéissent à une véritable politique de terreur psychologique contre la population. Ajoutons à cela les dénonciations et menaces dont certains chavistes doivent faire face sur les réseaux sociaux, et nous aurons un fidèle tableau de la stratégie du chaos que prétend imposer l´opposition vénézuélienne dans le pays.

Dénonce tes voisins chavistes !!!!

"Tu devrais rester tranquille pour le bien de tes enfants". On notera l´ironie du personnage qui se cache derriere un personnage qu´il exècre pourtant

Que vous a dit la presse à ce sujet ? Rien ? Si. Elle vous a transformé des groupes de combattants en de “gentils étudiants” alors que ceux-ci brûlent désormais des bibliothèques et marquent d´une croix le lieu de résidence et de travail de leurs opposants. Tristes souvenirs, tristes souvenirs….

Notes:

(1) Voir Luigino Bracci, “Conozca los 31 fallecidos a treinticuatro días de las protestas opositoras en Venezuela: La mayoría son víctimas de barricadas”, Alba Ciudad, 18/03/14. http://albaciudad.org/wp/index.php/2014/03/conozca-los-26-fallecidos-a-un-mes-del-inicio-de-las-protestas-opositoras-la-gran-mayoria-son-victimas-de-las-barricadas/
Au 24 mars, on denombrera 3 morts de plus dont 1 autre policier.

(2) “Video de CNN muestra como murió Jimmy Vargas en manifestación”, Youtube, 24/02/2014, http://www.youtube.com/watch?v=ctcpTWyhbmA#t=76

(3) “Más del 80% está en desacuerdo con las guarimbas, según una encuesta, Noticias24, 01/03/2014, http://www.noticias24.com/venezuela/noticia/225465/mas-del-80-de-los-venezolanos-esta-en-desacuerdo-con-las-guarimbas-segun-una-encuesta-tabla/

(4) “Nicolás Maduro ganaría elecciones presidenciales con 55,8%”, Telesur, 20/03/2014, http://www.telesurtv.net/articulos/2014/03/20/maduro-ganaria-las-presidenciales-con-55-8-si-llamaran-a-elecciones-este-jueves-5241.html

(5) “Defensoría del Pueblo recibió máxima acreditación de la ONU”, Noticias24, 13/03/14 http://www.noticias24.com/venezuela/noticia/228062/defensoria-del-pueblo-recibio-maxima-acreditacion-de-la-onu/

(6) 5e ville du pays, frontalière avec la Colombie

(7) Riche banlieue de Valencia, 3e ville du pays

(8) Voir Romain Migus, “Venezuela: Coup de projecteur sur les zones d´ombre médatiques”, Venezuela en Vivo, 17/02/2014, http://www.romainmigus.com/2014/02/venezuela-coup-de-projecteur-sur-les.html#

(9) “La formación política de ramón muchacho: burguesía, opus dei y alfredo peña”, LaIguanaTV, 23/03/2014, http://laiguana.tv/noticias/2014/03/23/13752/LA-FORMACION-POLITICA-DE-RAMON-MUCHACHO-BURGUESIA-OPUS-DEI-Y-ALFREDO-PENA-.html

(10) “Juan Requesens sobre dinero entregado para guarimbas”, Youtube, 21/03/2014, https://www.youtube.com/watch?v=IZAAGEijfaY

(11) “Delincuentes buscados por interpol manejaban 18 barricadas en Táchira”, YVKE Mundial, 18/03/2014, http://www.radiomundial.com.ve/article/delincuentes-buscados-por-interpol-manejaban-18-barricadas-en-táchira

(12) “Vielma Mora: la actuación de bandas criminales y el contrabando en Táchira es una realidad, Noticias24, 21/03/2014, http://www.noticias24.com/venezuela/noticia/229690/vielma-mora-la-actuacion-de-bandas-criminales-y-el-contrabando-en-tachira-es-una-realidad/

(13) Voir à ce sujet le meurtre de la jeune Genesis Carmona. Attribué médiatiquement dans un premier temps à un groupe chaviste, il est apparu que la balle qui l´a tuée venait de son propre camp. Voir “Caso Genesis Carmona”, Youtube, 19/03/2014, https://www.youtube.com/watch?v=hjEbijav_Tc

(14) “Denuncian hostigamiento a vecinos oficialistas en Cabudare”, La Prensa , 17/03/2014, http://www.laprensalara.com.ve/2014/03/17/denuncian-hostigamiento-a-vecinos-oficialistas-en-cabudare/

 

Il se passe toujours quelque chose du côté du détroit de Berhing… Une pétition pour l’adhésion de l’Alaska à la Russie recueille 22.000 voix

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Un habitant d’Anchorage (en Alaska) a déposé une pétition le 21 mars sur le site de la maison Blanche proposant l’adhésion de l’Alaska à la Russie. Elle a déjà recueillie 22.000 voix. Au moins 100.000 personnes doivent signer la pétition pour que les autorités américaines examinent la question..
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"Votez pour la sécession de l’Alaska des Etats-Unis et son rattachement à la Russie", lit-on dans la pétition déposée par un habitant d’Anchorage (en Alaska).

Selon le pétitionnaire, "des Sibériens russes traversèrent le détroit de Béring et commencèrent à s’installer sur la côte de l’Arctique il y a 16 à 10.000 ans. Des Russes commencèrent à s’installer sur la côte arctique alors que les Aléoutes habitaient sur l’archipel des îles Aléoutiennes. Ce sont l’arpenteur Gvozdev et navigateur assistant I.Fedorov, membres de l’équipage du navire Saint-Gabriel, qui se rendirent les premiers en Alaska le 21 août 1732, lors de l’expédition Shestakov et Pavlutski entre 1729 et 1735".

L’Alaska, l’Etat le plus étendu des Etats-Unis, est un ancien territoire russe d’Amérique, vendu aux États-Unis en mars 1867 pour la somme de 7,2 millions de dollars en or, soit 4,74 dollars au kilomètre carré. Au XIXe siècle, on appelait cette région "l’Amérique russe".

Fort de toute cette argumentation, donc 22.000 habitants de l’Alaska se sont prononcés pour ce rattachement et ce en moins de quatre jours.

Si Le Tchoukotka, c’est-à-dire la partie Russe du détroit a un vaste territoire grand comme la France mais avec seulement 50.000 habitants, l’Alaska (ce qui veut dire « continent » en aléoute) est l’État des États-Unis le plus étendu et le plus au nord du pays avec une superficie totale de 1 717 854 km2. Il est peuplé de 731 449 habitants1. Jack LOndon a décrit le pays en disant que le whisky gelé peut y servir de presse papier une bonne partie de l’année.

Pour ceux qui n’auraient pas lu "les variations saisonnières des sociétés eskimos" de Marcel Mauss, je rappelle que ces peuples vivent sur les côtes. L’exploitation du pétrole d’Alaska et le réchauffement climatique a engendré une véritable catastrophe écologique. ON peut s’interroger sur l’origine d’une telle initiative: on peut peut-être y voir les résultat d’un certain mécontentement face à cette destruction de l’environnement. Mais j’ai envie de me raconter qu’il s’agit là des résultats d’un accès militants de mes chers Tchous communistes qui après avoir récolté tout l’argent possible pour leur frère de Crimée ont été pris d’un accès de prosélytisme envers ceux d’Alaska. Ils se sont invités à partager les longues nuits conviviales d’hiver (toujours selon Mauss), ils ont discuté du présent, des nuages sur l’avenir, ils ont dénoncé une cession hâtive du territoire, et voilà le résultat… je me demande ce qu’en pensent Obama et sarah Palin qui souvenez-vous était gouverneur d’Alaska et ne rêvait que de mettre au pas Russie et Chine, entre autres…

j’imagine, j’imagine… mais il s’agit d’Anchorage, la capitale de l’Alaska, une ville relativement peuplée par rapport à son hinterland et qui ne ressemble pas aux maisons collectives eskimos hivernales de Mauss, et pourtant complètement débordée par son environnement sauvage, ours, rennes et autres animaux sont sans cesse présents à proximité des immeubles de plusieurs étages… Pourtant cette pétition et l’adhésion qu’elle emporte est bien réelle…

danielle Bleitrach

 
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Publié par le mars 25, 2014 dans Asie, histoire, humour

 
 
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