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Archives de Catégorie: histoire

Vu d’ici: l’essentiel et la méthode pour tenter de le percevoir…

index Ivan le Terrible dans le film d’Eisenstein, il s’est retiré dans un monastère et le peuple vient le chercher.

Les dogmatismes…

Vu d’ici, dans cette situation de guerre civile plus ou moins déclarée avec des zones d’intensité variable, mon pays, la France, me paraît la proie de tous les dogmatismes. Le pire de tous, celui qui ne voit de salut que dans le capitalisme, le marché, l’art jusqu’au bout de tenter de résoudre les problèmes avec ce qui les crée… Dans le cas ukrainien cela devient la nécessité de résoudre les problèmes par un surplus de capitalisme et d’armement… Mais il y a d’autres idées préconçues… Au lieu de partir de la réalité telle qu’elle est, mes chers Français s’obstinent à lire la situation avec les lunettes d’un pseudo dogmatisme théorique applicable en toutes époques, tous pays. Après des années d’atonies, les peuples refont surface et il est refusé d’entendre ce qu’ils disent. En ce moment, le même schéma est appliqué aux printemps arabes, aux ex-pays de l’Union soviétique et ce paradoxalement pour mieux nier les luttes des classes, la manière originale dont elles s’expriment… comme le fait d’ailleurs le capital lui-même dans sa mondialisation… C’est d’ailleurs ce qui le perd.
Mais déjà quand on se réfère à l’histoire d’un de ces pays et de l’ensemble d’une société dont l’économique est déterminant "en dernière instance", comme le faisait Marx dans les Luttes des classes en France et Engels pour l’Afghanistan, c’est dans la méconnaissance la plus totale de la manière dont des civilisations millénaires lui ont donné des modes d’expression…

Partir des petites gens, la négation de la négation…
Tout part du peuple, y compris l’art le plus élaboré. Il est dans les rues avant d’être dans les musées.Ce qu’on pourrait appeler mon "impressionnisme", ma description de la vie quotidienne et des petites gens, part de l’idée que ce sont eux par leur obstination et par le fait qu’ils ne peuvent pas survivre autrement qui font la seule histoire, celle de la lutte des classes. Ou pour parler comme Lukacs, ils sont la négation de la négation. Donc je ne prétends pas à "l’objectivité journalistique" qui n’existe pas, même si les faits restent sacrés et l’interprétation libre, la mienne est orientée vers une pratique, comment transformer cette société"?.

J’utilise la vision du monde du petit homme, le soldat Schweik, Charlot mais aussi Figaro, leur impertinence lucide. En choisissant la solidarité avec le Donbass, oeuvrer pour l’information, la compréhension, nous avons été confrontées avec Marianne à la fin de l’Union soviétique. un événement des plus importants sinon le plus important de la fin du XX e siècle. Les traces sont partout et il est impossible de ne pas les voir dans les rues, les statues, les ruines. Ceux que j’écoute, regarde, entend grâce à Marianne, ont subi comme nous communistes français mais aussi notre peuple français, ce choc sans rien y comprendre. Moi non plus, mais il faut au moins se débarrasser de l’image imposée. On ne peut pas faire autrement que constater cette extraordinaire nostalgie qui n’a rien à voir avec l’intéressant livre sur la fin de l’homme rouge… Le souvenir est celui des temps heureux. Trop facile pourtant de simplement dire que le communisme a été trahi et que l’on peut recommencer à l’identique. l’impression est une déconstruction des a- priori, la croyance en un savoir immédiat qui n’est jamais que l’idéologie de notre société, celle de la classe dominante… mais elle reste ouverte…

En ce moment même je vois des images que vous ne verrez pas en France, celle de la bataille de Lougank, des hommes en bras de chemise avec une casquette pour se protéger du soleil rechargent des armes dans un paysage de ruine… Partout des explosions, des départs de feu. On annonce que l’un des combattants a abattu un avion ukrainien… Le petit homme ne fait pas la guerre par plaisir, il doit être contraint à défendre sa maison, son espace, le peu qu’il a, sa famille et je repense à tous ceux qui me disent en parlant des rebelles: ce sont des hommes simples comme moi…


Qu’est ce exactement que le stalinisme, les Russes aiment les tyrans ?

Par exemple, il est stupéfiant de s’entendre répéter avec obstination que tout a dévié à la mort de Staline et que ça a commencé à pourrir de l’intérieur, l’acceptation de petites corruptions, de petits avantages que l’on achetait avec une fausse ouverture mais qui se traduisait par la catastrophe pour tous. Alors en Français un peu trop cultivé on pense à Ivan le Terrible le modèle de Staline.. Oui mais voilà on ne sait rien des multiples interprétations de l’histoire d’Ivan. Des débats auxquels ça a donné lieu, y compris le film d’Eisenstein… On imagine que la deuxième partie du film a été censurée parce que Staline ne supportait pas d’être comparé à ce tyran paranoïaque. Il n’en est rien Staline se voyait lui-même comme Ivan et il pensait qu’il n’était pas allé assez loin, encombré comme il l’était dans sa religiosité excessive. Et ce qui a été reproché à Eisenstein est une interprétation de la politique étrangère d’Ivan. Si Staline choisit Ivan plutôt que Catherine de Russie ou Pierre le Grand comme référence, c’est parce qu’Ivan se méfie des étrangers européens et qu’il mène la bataille pour ouvrir une fenêtre sur la Baltique contre les Polonais, les Lituaniens, les Allemands. Alors que les puissances européennes, l’Autriche en particulier, l’incitent à aller combattre le musulman au sud, la Turquie et le Tatar son vassal, lui au contraire recrute les Tatars de Kazan pour aller vaincre les Polonais et les Allemands. Il renouvelle l’alliance d’Alexandre Newski (autre film d’Eisenstein) avec les Tatars contre les chevaliers teutoniques. Ce qui est reproché à Eisenstein c’est d’avoir mal interprété, occidentalisée la politique d’Ivan. Et on se doute bien qu’il s’agit de l’actualité, l’Urss et l’Europe. Que peut-elle en attendre? Question encore brulante…


Rancune à l’égard des communistes ou garanties d’un contrôle ?

Deuxième référence mal comprise, le cas d’Ivan est assez proche de celui de notre Louis XI, qui a lui aussi mauvaise réputation. Il abat les boïards, les grands seigneurs féodaux, fonde une armée nationale avec des cavaliers tatars. Et ce qu’on connait mal crée une sorte de système de ville franche dans laquelle le collectif paysan et marchand peut racheter l’impôt payé aux boïards et acquérir un droit de liberté politique qui va jusqu’au droit de juger, mais aussi celui de se mêler de la politique intérieure et extérieure. Dans le fond, l’idée est que la centralisation par l’autocrate empêche les querelles de riches et des puissants, les soumet par la cruauté (idée que l’on retrouve chez un autre contemporain (Henri VIII et César Borgia) et pour se faire s’appuie sur une véritable autogestion généralisée dont le droit est racheté par l’impôt disons national, bien qu’il ne s’agisse pas encore de nation.
Donc quand mes homos-soviéticus disent que depuis la mort de Staline tout s’est lentement pourri de l’intérieur et qu’ils n’ont plus confiance dans les communistes qui ont détruit l’Union Soviétique, c’est très ambigü. Un de nos derniers interviewés, dont je publierai l’interview ultérieurement déclare: "Les communistes, non je ne les veux plus, ils n’avaient qu’à conserver le pouvoir qu’ils avaient et ne pas détruire l’Union soviétique"… Quelques minutes après nous parlons de l’union entre la Chine et la Russie, combien elle inquiète les Etats-Unis et que cela explique peut-être le choix d’Obama de venir créer cette guerre civile…. Le même homme qui ne veut plus des communistes, déclare ils ne pourront pas encercler, la Russie est trop immense, La Chine a plus d’un milliard d’habitants… Et puis en Chine, il y a les communistes qui dirigent"… Je l’interrompt en soulignant la contradiction. Il rit d’être pris la main dans le sac… et affirme: "Ce sont de vrais communistes, celui qui est corrompu on le met en prison…"
Et là tout à coup ce que je prenais pour de la rancune s’éclaire, il ne s’agit pas de bouderie, mais d’exigences de garantie qu’ils ne referont pas pareil, qu’ils agiront pour le peuple et qu’ils ne se contenteront pas de discours en laissant les situation pourrir, l’injustice s’installer. Et cette "rancune" part de l’expérience, non seulement de la manière dont l’Union Soviétique a été détruite par trois ivrognes qui voulaient être tsar, mais comment elle a été pourrie de l’intérieur au point qu’une pichnette a suffi. Et il y a surtout ces terrible 23 ans avec un pays détruits par les appétits d’oligarques sans foi ni loi… On ne recommencera pas avec vous comme si rien n’était, on n’avancera avec des garanties.. En attendant on ne fait plus de politique…
Derrière l’autocrate, l’autogestion… et il ne s’agit pas d’une simple vision de ma part, ce qui pourrait paraître un souci de réhabilitation de Staline que certains me prêteront sûrement, mais elle s’étaye sur cette attention à l’environnement, aux moyens de transport, à l’emploi pour tous… Ils ne font pas de politiques mais ils constatent et déplorent ce grand n’importe quoi des appétits individuels… Il ne s’agit pas pour moi de condamner ou de défendre Staline, je n’ai pas encore tranché le débat qui divise les historiens russes… Après Ivan, il y eut une vingtaine d’années de troubles durant lesquelles se succédèrent 5 tsars impuissants et se déchirèrent les boïards. Est-ce parce que le pouvoir d’Ivan qui avait durablement transformé et marqué la Russie n’avait pas été assez au fond comme le pensait Staline ou est-ce que la cruauté, la terreur avait fait sortir le pire des êtres humains qui s’étala à sa mort, comme si les diables de la soumission servile s’étaient relâchés?
Ce qui est sûr c’est que l’expérience est telle que le petit homme ne se mêlera de politique que il aura la confiance et le contrôle.

L’essentiel: Pourquoi l’Europe veut-elle la guerre?

Deuxième idée, qui dans sa simplicité renvoie aussi au débat entre Einstein et Staline à propos d’Ivan: qu’est-ce que l’Europe?
Et là la réponse dans sa simplicité m’a été apportée par deux femmes de Kharkov qui ne faisaient pas de politique, étaient tellement occupées à travailler , à faire le ménage qu’elles n’avaient rien vu dans leur ville. Elles étaient des mères avant tout, leur ville touche l’oblast de Lugansk et elles ont peur, elles pleurent et ne dorment plus. Parce qu’elles craignent que l’armée ukrainienne prenne leurs époux, leurs fils pour les envoyer combattre les gens du Donbass. Elles regrettent elles aussi la paix, l’égalité de l’Union soviétique. Elles ne savent pas ce qui s’est passé, un matin elles ont ouvert la télé qui leur a annoncé la fin de L’Union soviétique. Ce temps béni où il n’y avait pas de différence entre russes, ukrainiens, biélorrusse et où l’on vivait en paix.
Je leur demande si elles préfèrent l’Europe ou la Russie… Elles me répondent "Pourquoi faut-il choisir? Pourquoi l’Europe apporte-t-elle toujours la guerre?"
Et voilà la réponse au débat entre Eisenstein et Staline: "l’Europe c’est la guerre!"

 

l’homo sovieticus ne fait plus de politique

IMG_20140609_130826La cour de l’espèce d’auberge de jeunesse dans laquelle nous sommes logées Marianne et moi, et où chacun fait sa cuisine.Nous avons interviewé Constantin hier soir dans ce patio.Ce soir deux dames de kharkov… quelques jours de repos studieux…

Constantin est un géant, mi débonnaire, mi inquiétant… L’ogre russe des clichés mais imberbe, il ne reste que la tignasse drue et la carrure. Il nous prend constamment à rebours, nous assène une affirmation qui nous désoriente et puis passe son temps à la nuancer, à tenter avec une sorte de pudeur de dire "je ne suis pas celui que vous croyez: le lourdaud du Donbass que les autres inventent, simplement j’aime qu’un chat soit un chat."

Ainsi il nous dit tout de suite:
-je ne suis pas un réfugié, je viens toutes les années ici à la même époque, je continue.Je prends des vacances au bord de la mer.
Il vit dans une petite ville à 45 kilomètres de Donetsk, Gorlovka qui est tout à fait tranquille. Selon lui l’assaut qu’il qualifie en se moquant "d’anti-terroriste" se limite à quelques villes et villages du Donbass comme Slaviansk, Lugansk, Donetsk. Mais là-bas, ils tirent à l’arme lourde. Hier encore avec un skud ils ont tué à Simionovka.C’est vraiment la guerre on balance des obus et des bombes à fragmentation.

Avec une moue tendue mais cynique dont il ponctuera beaucoup de ses propos, il jette que cette histoire est parfaitement imbécile.
-Qui est imbécile?
- mais les troupes du gouvernement, Pravy Sektor, l’armée…
Pravy Sektor?
-Ou qui que ce soit, quand il y a des troupes il y a un commandant et c’est lui le responsable, pas les troupes. Ce sont des gamins de 18 à 20 ans qu’est ce qu’ils peuvent faire d’autre qu’obéir?
-Vous dites que votre ville est calme, mais est-ce que les gens ont peur?
-Seuls les imbéciles n’ont pas peur.
Chez lui tout est calme et tranquille, personne ne fuit, les enfants et les vieux n’ont pas besoin d’être évacués, mais il a des amis, de la famille, il est très malheureux pour eux.
-Est-ce que vous avez songé à y aller, pour vous battre aux côtés des insurgés ?
- Je ne peux pas y aller. Qui est-ce qui fera mon travail? Qui soignera les gens, les aidera, les sauvera du danger? Qui est-ce qui reconstruira après tout ça?
Il est pompier, pas seulement sur le terrain, il coordonne, c’est un ingénieur de formation avec une spécialité en lutte contre les catastrophes. A la fin de l’interview, il pointera son doigt sur moi en me demandant d’effacer une phrase dans laquelle il a paru s’attendrir sur les risques du métier. Comme si cela lui paraissait indécent par rapport à ce qui se passe.

Comme il continue sur l’idée que tout cela est parfaitement stupide et que bien malin qui sait comment cela finira, je lui demande le pourquoi de tout ça selon lui?

Il hausse les épaules. Tout ça a commencé avec le Maïdan. Pendant qu’ils faisaient les guignols, le Donbass travaillait.
- Des guignols ou des fascistes?
-Au début c’étaient de simples gens. Certaines de leurs revendications étaient justes. C’est après que les paramilitaires sont apparus. Et alors là ils se sont mis à se conduire mal avec les forces de l’ordre. Je suis pompier je sais ce qu’est un homme brûlé. Ils ont jeté des cocktails molotov sur des jeune policiers désarmés. Ils brulaient vif. C’était abominable.

Ces gens ne savent pas se conduire et s’il y a eu un soulèvement c’était que les gens étaient de plus en plus mécontents de leurs manières. Tenez là il y a peu à Simionovka, il y a un hôpital psychiatrique, des gens en milieux ouverts mais aussi des gens dangereux. Ils n’ont pas prévenu qu’ils allaient attaquer, ils ne nous ont pas laissé le temps d’évacuer l’hôpital, avec des gens en crise,violents, d’une force incroyable, une femme de ma corpulence peut dans ce cas mettre à mal quelqu’un comme moi. On n’a pas laissé le temps de gérer la situation. A la fin, nous avons pu en prendre 60 à Gorlovka, c’était très dur de les contenir. Il ne le dit pas mais il a participé à l’opération en tant que pompier et il déclare écœuré:
-C’est une honte de tirer sur une population désarmée, il n’y a même pas d’alerte pour que les civils aillent se planquer… Comment peut-on parler d’humanisme quand on agit comme cela? Depuis le Maïdan, ils ont agi comme ça et ça a mis en colère les gens du Donbass.

Je lui demande s’il a voté au référendum?
-Oui bien sûr, le référendum a été conduit sans la moindre pression, il n’y a même pas eu de campagne, on a juste donné la date et les gens sont venus en masse partout, ils étaient d’accord.
-Pour la séparation?
-Mais non au début il ne s’agissait pas de séparation mais de fédération. Mais au fur et à mesure les gens étaient de plus en plus mécontents et ça c’est encore aggravé avec l’opération dite "anti-terroriste".

Quels objectifs visent-ils selon vous dans cette opération anti-terroriste? Par exemple en déclenchant un tir à l’arme lourde sans prévenir?
-Tuer, détruire les "séparatistes", terroriser les gens. Personne ne sait leur but à part ceux qui leur donnent des ordres.

Qui est-ce qui résiste dans les villes visées, parce qu’il faut un minimum d’armes et de formation pour résister?
Des citoyens, c’est tout le peuple qui se révolte alors il y a de tout, des bas fond aux meilleurs, des citoyens, des bandits, des Tchétchènes, des cosaques de Rostov, toutes les couches de la population.
- des bandits, qui?
-les bandits sont les bandits, il y en partout, la mafia, les voyous… Ils sont là aussi…

-Est-ce qu’il y a une force respectée de tous, qui peut mettre de l’ordre?
-C’est ça le problème. Au départ l’idée est très bonne, mais sous couvert de République, il y a toute sorte d’individus louches…

A propos d’individus louches, je veux l’interroger sur Rinat Akhmetov, un des hommes les plus riches du monde et en tous les cas le plus riche d’Ukraine. Il me fait la liste de ce qu’il possède en Ukraine, dans le Donbass. Son poids dans le secteur minier mais aussi dans le traitement de la coke et même la métallurgie. Quand je veux pousser l’analyse, il se ferme. D’un ton lapidaire, il explique qu’il a ses buts à lui qui ne sont pas ceux des politiciens. "On peut dire qu’il tient le Donbass. Il donne du travail au gens, même si les salaires sont de plus en plus insuffisants et les prix augmentent tous les jours." et toute son attitude témoigne qu’il n’ira pas plus loin, d’ailleurs il ajoute: "Moi je ne fais pas de politique!". Dès le début de l’interview, il nous a expliqué qu’il ne donnerait pas son nom et ne voulait pas être filmé.

Notre lecteur doit retenir cette idée essentielle s’il veut comprendre l’homme du Donbass, celui que je baptise l’homo sovieticus, le travail est sacré, nourrir la famille est l’essentiel et aujourd’hui sous la domination du capital, celui qui donne ce travail c’est le capitaliste. Ceux qui s’imaginent qu’avec un discours ou un changement de discours on séduira l’homo sovieticus se trompent totalement, il faut des perspectives d’emploi, de salaires, de vacances en famille…

Je lui demande s’il a voté aux présidentielles?
- personne dans le Donbass n’a voté. Il n’y avait d’ailleurs nulle part de bureaux de vote et personne n’en cherchait. Ce que raconte la télé ukrainienne sur les votes dans le Donbass ce sont des mensonges. Personne n’a voté, peut-être du côté de Zaporojie, deux ou trois bureaux dans les campagnes. Il n’y a d’ailleurs personne qui mérite que l’on se déplace pour aller voter pour lui.

Le mépris est tangible, dur, comme un mur… personne ne peut le franchir…
-Qu’est-ce que l’Union Soviétique pour vous ?
Son visage s’illumine littéralement… Impressionnant!
- Ah! murmure-t-il, la nostalgie! j’ai grandi en Union Soviétique. Avec mes parents, un été on est parti faire le tour, c’était immense, l’infini, partout on découvrait des pays, des amis, des peuples proches… Dans les magasins, il y avait de tout, enfin tout ce qu’il faut à un être humain pour vivre, tout fonctionnait. Les prix n’augmentaient pas, ils baissaient au contraire et toujours on pouvait vivre mieux…

- Vous avez compris pourquoi tout cela s’est effondré?
- Parce que trois salauds, dans la forêt de Bélovèje après s’être bourrés la gueule ont décidé de devenir tsars (1)… Les trois salauds de Russie, d’Ukraine et de Biélorussie… En 1991, ils avaient fait un référendum, la question était bizarrement conçue et ils nous ont eu comme des bleus, ils ont fait tout le contraire de ce que nous avions décidé.

-Est-ce que c’est pour ça que vous ne voulez plus faire de politique?
- Actuellement à la Rada, il n’y a pas un seul député qui soit digne que l’on vote pour lui.
- Simonenko, le dirigeant du Parti Communiste d’Ukraine? Simonenko, il est du Donbass, il était le dirigeant des jeunes komsommols, on l’a vu lui et sa bande… et il reprend : personne n’est digne que l’on vote pour lui…

Pas moyen de lui en faire dire plus, tout ce que l’on peut faire c’est interpréter… Ces jeunes Komsommols étaient gorbatchéviens, ils font partie de ceux qui nous ont eu comme des bleus. L’ami Constantin a la rancune tenace.

-Qu’est-ce que c’est pour vous un politicien qui soit digne que l’on vote pour lui?
-Quelqu’un qui organiserait, qui créerait les conditions d’une amélioration de la vie, quelqu’un qui s’occuperait de ses subordonnés, qui sortirait le pays du fossé dans lequel il est tombé. Après peu importe qui, le plus important c’est comment il se comporte.

-Que pensez-vous de Poutine?
-Regardez sa cote de popularité, l’an dernier il était à 45% aujourd’hui 80%.
- A cause des événements d’Ukraine?
- Pas seulement, j’ai été récemment visiter un village du bassin minier, qui comprenait jadis 300 foyers, il ne reste plus que 23 personnes, des vieilles babouchkas. Et bien les routes sont asphaltées, il y a des services pour les vieilles dames et un marchand ambulant passe pour leur apporter la nourriture.Chez eux, les localités des puits fermés ne sont pas abandonnées. C’est comme le 9 mai, ils le respectent, c’est sacré. Vous avez vu les routes chez nous en Ukraine?

Je l’interroge sur la chute de l’Union soviétique?
- Est-ce que vous ne pensez pas qu’un système qui dépend de la volonté de trois mecs bourrés qui veulent être tsars est bien fragile?
- Quand s’écroule le système, ce ne sont pas les trois salauds qui sont importants mais ceux qui les manipulent… ceux qui ont concentré le capital entre leurs mains. Et ceux-là ils sont plus prêts de vous en occident que de nous les russes.
- Qui?
-Les Rockfeller… Ceux là ont agi et les trois salauds obéi…
je guette la moindre référence anti juive, elle ne viendra pas mais je ne la provoque pas non plus, il reste sur le capital, même pas les Etats-UNis…et il les décrit…

Ceux-là ils n’ont jamais assez. Ils ne pensent qu’à accumuler des profits. D’ailleurs c’est ce qui fait leur force. L’individu qui a un but clair et qui fait porter tous ses efforts dans cette perspective et le poursuit quoiqu’il arrive est irrésistible. Le capitaliste c’est une machine à accumuler. L’argent produit de l’argent a dit Marx.Et parce qu’il a ce but, il est le plus fort.
Par exemple, à côté de Slaviansk, il y a une petite ville (Sviatogorsk) avec un monastère, c’est un lieu de cure thermale, l’eau y est pure, le lac et les forêts magnifiques préservées. On y a une maison de santé. Chevron, l’entreprise américaine veut extraire du gaz de schiste. Nous on veut pas de ça.

-Vous ne voulez pas que le pays soit pillé?
- Il y a longtemps que le pays est pillé,on s’y est habitué, on a autre chose à faire… La mentalité russe est comme ça: je me sens bien là, toi tu sens bien à côté, et tant que c’est comme ça c’est bien, mais si tu commences à vraiment me gêner, alors là je me fâche contre toi.

-Est-ce que l’Union soviétique pourra revivre?
-Non c’est impossible, il n’y aura pas de retour en arrière, personne ne le permettra. Ceux qui dominent le monde, les capitalistes l’empêcheront.
- Mais en 1917, il y avait les capitalistes et pourtant il y a eu la Révolution?
- En 1917, il y a eu le soutien financier de l’Allemagne, ils ignoraient ce qu’ils déclenchaient, maintenant ils savent… Ils ne connaissaient pas l’Histoire, bien qu’en fait personne ne connaisse l’Histoire, c’est impossible. Les manuels d’histoire sont constamment réécrits en fonction des vainqueurs, bien qu’ils subsiste des problèmes douteux sur lesquels les historiens débattent.
Le camarade Staline et il insiste sur le mot camarade… à son époque a fait des purges massives et ces purges nous ont donné un répit de 60 ans, nous avons eu une économie stable, les prix ne montaient pas ils baissaient. Il a relevé l’économie… bien que beaucoup de gens aient souffert, beaucoup d’innocents ont été injustement accusés…

Je reviens à l’opération anti-terroriste et ses raisons… Nous parlons d’Odessa et je lui demande ce qu’il en pense en tant que pompier…

A Odessa, les gens ont été brulés de l’intérieur. C’était planifié. Les pompiers ont été empêchés d’intervenir pendant un bon moment. Des gens capables de ça il faut leur arracher la tête, avec votre guillotine.
Et il revient sur l’Union soviétique: qu’on le veuille ou non, ce qui s’est passé entre 1917 et 1991 c’est notre histoire. Ces monuments de Lénine ne sont pas de simples copies reproduites au moule comme le buste ici. Ils ont été imaginés par des sculpteurs qui ont travaillé… Ils ont de la valeur… Pourquoi les casser?
Pourquoi viennent-ils ici? Les gens du Donbass sont comme ça. Ils ne se sont pas soulevés quant à l’ouest ils ont réhabilité Bandera, quand ils lui ont érigé des monuments. Ils se sont soulevés quand les gens de l’ouest ont osé comparer Bandera aux héros de l’Union soviétique.
Et là il me parle longuement avec émotion de son père qui a libéré l’Ukraine, est parti combattre les Allemands jusqu’en Pologne et de là est reparti jusqu’à Vladivostok pour libérer le territoire.

Une conversation s’en suit dans laquelle, je lui explique à mon tour que ce que certains d’entre nous découvrent avec leur révolte c’est qu’il y avait une majorité de Soviétiques qui ne voulaient pas la fin de l’Union soviétique et qu’on la leur avait imposée. Il me regarde étonné:
- Mais tout le monde sait ça! Comment pouvez-vous l’ignorer? Il est vrai que j’ai découvert des Polonais qui pensaient que les Américains avaient libéré leur pays des nazis… Ils ignoraient complètement le rôle de l’Union soviétique… Mais je ne savais pas que vous Français vous ne saviez pas comment des marionnettes des capitalistes nous ont imposé ce que nous ne voulions pas…
La conversation porte sur le coup qu’avait été pour les communistes français non seulement l’effondrement de l’Union soviétique mais le fait que personne ne s’était soulevé pour la défendre… je lui parle de la faiblesse de nos luttes, de notre désorganisation, il s’intéresse aux syndicats et me dit : il faut que le syndicat soit indépendant du pouvoir politique…

Et puis je l’interroge à nouveau sur les raisons et les objectifs de cette opération "anti-terroriste" contre le Donbass qu’il juge criminelle et totalement imbécile…

Sa thèse tient en deux faits, le premier est que dans l’ouest, il y a un tel marasme économique que les gens ne rêvent que d’une chose, aller faire les travailleurs agricoles en Europe ou les boniches des européens, alors ils aspirent à être dans l’Europe. Dans le Donbass, nous avons des métiers très durs mais nous travaillons. Un mineur qui descend à 4 heures du matin dans la mine pour 6 heures, ne sait jamais s’il remontera mais il y va et revient avec de l’argent pour nourrir sa famille. Même si c’est de plus en plus dur, les salaires sont de plus en plus insuffisants… On travaille…
Et c’est là pour lui la raison fondamentale de cette agression contre eux. Pendant que tout le monde s’occupe de cette histoire, pendant qu’on nous massacre ça fait un abcès de fixation et on oublie de regarder ce qui est en train de se passer avec ce que l’Europe nous impose: les prix de l’électricité ont augmenté de 50%, pareil pour le gaz et la gryvna (monnaie ukrainienne) a perdu 50% de sa valeur.

Voilà, l’homo sovieticus ne fait plus de politique. Pourquoi ai-je pensé à ce film de Risi, Mains basses sur la ville, où le capitaliste, l’entrepreneur immobilier s’adresse au député communiste qui l’accuse. Ils sont seuls tous les deux dans une tour en construction. Le capitaliste va vers un robinet et dit: "Moi je construis, l’eau coule, je loge les gens. Et toi?" L’homo sovieticus est à jamais orphelin d’un paradis perdu et il le défend becs et ongles comme sa maison, sa famille, le peu qu’il lui reste mais il ne croit plus aux discours. Il a fait l’expérience de toutes les trahisons, des beaux parleurs, des idéologues, des batailles entre partis, des concurrences minables. Et Constantin me regarde d’un air moqueur parce que je suis stupéfaite par sa culture historique en particulier et il me dit: "Vous pensiez que nous étions les brutes du Donbass, frustres, incapables de penser… "
Il fait frais, la nuit est tombée, nous nous quittons, il nous dit "Merci".
Durant tout le temps de l’interview, je pose des questions et Marianne traduit, alors qu’il ne connait pas un mot de français, il lui arrive d’intervenir pour exiger une précision, pour vérifier s’il a été bien compris.
Danielle Bleitrach et Marianne Dunlop

(1)Le 8 décembre 1991, Boris Eltsine, Stanislaw Chouchkievitch et Leonid Kravtchouk, présidents des républiques de Russie, de Biélorussie et d’Ukraine, se sont rencontrés dans la forêt de Belovej, près de Minsk, pour constater que le temps de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) était révolu. Ils ont signé un accord, connu comme Accord de Belovej ou Traité de Minsk, qui a donné naissance à la Communauté des Etats indépendants. (source ria novosti: http://fr.ria.ru/world/20130207/197462828.html)

 
 

lE CENTRE sIMON WIESENTHAL en 2010 dénonçait la réabilitation de Bandera par l’Ukraine

1En janvier 1010 : L’influente organisation juive Centre Simon Wiesenthal a dénoncé l’attribution à titre posthume du titre d’Héros de l’Ukraine à Stepan Bandera, qualifiant ce dernier de collaborationniste nazi responsable du massacre de milliers de Juifs pendant la guerre de 1939-1945.

Dans une lettre adressée à l’ambassade ukrainienne aux Etats-Unis, le Centre fait savoir "sa répulsion la plus profonde face aux hommages rendus à Bandera qui a coopéré avec les nazis dès les première heures de la Seconde guerre mondiale et dont les adeptes étaient impliqués dans le massacre de milliers de Juifs et de représentants d’autres origines ethniques".

"Il est regrettable que le président Iouchtchenko (…) ait choisi de glorifier Bandera et ses complices", écrivent les auteurs de la lettre.

Les défenseurs des droits de l’homme attirent également l’attention sur le fait que la cérémonie d’attribution du titre d’Héros de l’Ukraine à Bandera a coïncidé dans le temps avec la Journée internationale de commémoration des victimes de l’Holocauste.

Le président Iouchtenko installé par les Etats-Unis et l’Allemagne selon des méthodes déjà utilisées dans l’ex-Yougoslavie, en Géorgie et dans les révolutions des fleurs en Asie centrale a sciemment développé le culte de Bandera et fait de lui luttant aux côtés des nazis le héros de l’Ukraine pro-Ruropéenne. Est-ce que cela allait avec une influence accrue de l’Allemagne, en tous les cas les principaux bailleurs de fond ont été les Etats-Unis.

Petit rappel sur la Révolution orange

La révolution orange (ukrainien : Помаранчева революція, Pomarantchéva révolioutsiya) est le nom donné à une série de manifestations politiques ayant eu lieu en Ukraine à la suite de la proclamation le 21 novembre 2004 du résultat du deuxième tour de l’élection présidentielle. Immédiatement les élections sont dénoncées par le gouvernement de Viktor Ianoukovytch et par le puissant clan de Donetsk, dont l’oligarque Rinat Akhmetov, proches des clans russes de Poutine. les manifestations sont organisées par le candidat malheureux à la présidence, Viktor Iouchtchenko et son alliée Ioulia Tymochenko,d’autres oligarques rivaux de Akhmetov. les protestations prennent rapidement de l’ampleur. Elles sont financées par des opposants du clan de Donetsk, qui ont eux-mêmes des fortunes considérables. La révolution bénéficie du soutien des nombreux gouvernements occidentaux, dont celui des États-Unis et de financements d’organisations américaines, elle mobilise plus d’un demi-million de manifestants à Kiev et à travers le pays pendant une quinzaine de jours.

Le résultat immédiat de la Révolution orange est l’annulation par la Cour suprême du scrutin et l’organisation d’un nouveau vote le 26 décembre 2004 qui voit la victoire de Viktor Iouchtchenko, qui réunit 52 % des voix contre 44 % pour son rival Viktor Ianoukovytch ; sa présidence est cependant entachée de crises politiques multiples avec les gouvernements successifs. D’un point de vue géopolitique, la Révolution orange marque un rapprochement de l’Ukraine avec l’OTAN et avec l’Union européenne.

La logistique de ces manifestation semble avoir été largement prévue par les organisations Pora et Znayu, qui ont des liens avérés avec le mouvement Otpor qui avait réussi à faire chuter l’ex-président serbe Slobodan Milošević en juillet 2000 et s’était déjà impliqué dans la Révolution des Roses géorgienne de décembre 2002, ainsi que dans les tentatives de renversement du régime biélorusse de 2001 et 2004.

Ces organisations sont elles-mêmes alimentées par des organisations occidentales, telles le Konrad Adenauer Institut, proche de la CDU, l’Open Society Institute de George Soros, le National Democratic Institute, proche du parti démocrate américain et la Freedom House, proche du gouvernement américain. Selon le journal britannique The Guardian, le gouvernement des États-Unis a dépensé 14 millions de dollars pour organiser la révolution orange, et plusieurs autres organisations américaines, notamment le parti démocrate et le parti républicain, y ont contribué9.

L’origine de ces fonds a été pointée du doigt par l’ex-pouvoir ukrainien, le gouvernement russe ainsi que des groupes occidentaux d’extrême gauche, qui ont accusé le gouvernement américain d’avoir organisé une manipulation de la population ukrainienne pour étendre leur zone d’influence.

Le milliardaire israélo-russe Boris Abramovitch Berezovsky a affirmé qu’il n’envoyait pas d’argent aux partis (ce que la loi ukrainienne interdit) mais « à des mouvements pro-démocratie ». Il affirme avoir transmis l’argent sur les comptes de proches du président Victor Iouchtchenko qui ont, eux, nié ce financement.

 

Moscou renoue avec le premier mai, le premier depuis 1991

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Hier, célébration à Moscou de la Journée du Printemps et du Travail . Cette manifestation officielle ne s’était pas produite depuis la fin de l’Union soviétique (1991). Ce qui prend tout son sens vu le contexte, celui de la tension et de l’endiguement imposée par les Etats-Unis et l’Union européenne, mais cela va plus loin. Il y a d’autres signes comme par exemple les statistiques concernant la santé et le taux de mortalité. Sur le plan politique, les communistes ont le vent en poupe, comme l’ont prouvé les élections municipales dans la 3 e ville du pays à Novossibirsk, mais aussi la semaine dernière les élections autour de Moscou où dans un cas les communistes l’ont emporté sur Russie Unie et partout ils progressent. Si la popularité de Poutine est à son zénith, Est-ce qu’il en est de même de son parti? Les résultats partiels n’en témoignent pas. Ce que l’on avait déjà ressenti devant les cérémonies d’ouverture et de clôture des jeux olympiques de Sotchi était la manière dont la Russie assimilait son passé, l’Union soviétique y était présentée comme une période d’essor mais aussi de joie quotidienne, familiale et c’est le sens des défilés du premier mai où l’on va en famille pour fêter le retour des beaux jours autant que pour célébrer la fête des travailleurs. Tous ceux qui ont vécu dans un pays socialiste quelle que soit par ailleurs leur bilan parlent avec nostalgie de ces moments de fête collective.

Il y a la sortie d’une humiliation représentée par un effondrement organisé partout par l’appareil à son sommet. Henri Alleg racontait la séance de dissolution du parti communiste d’URSS, il y avait 2000 membres de ce parti. 200 s’étaient entendu pour se partager les dépouilles de l’Etat soviétique et les 1800 autres ne savaient plus s’opposer à une décision d’en haut et ils ont gardé le silence. J’ai lu pas mal de textes à partir des archives que les chercheurs dépouillent. Il y a eu vers la fin partout la tentative de provoquer un sursaut dans les entreprises, dans les régions, mais ce qui ressort est deux choses, la première est la bureaucratisation des dirigeants syndicaux et politiques y compris dans les entreprises, leur coupure avec la base, la seconde est le fait que personne ne pouvait imaginer que les avantages acquis, faisant partie de la vie quotidienne seraient remis en cause, cela paraissait naturel, par contre chacun voyait ce qui manquait en particulier en matière de consommation.

Donc près de 100.000 manifestants la première fois que l’on fait appel à eux depuis 1991 ça a un sens…

Plus de 100.000 personnes y ont représenté les syndicats indépendants, le parti communiste de la Fédération de Russie et les partis politiques de la majorité présidentielle (dont Russie unie), tandis que des rassemblements partaient de divers endroits de la capitale fédérale. Le Parti communiste de la Fédération de Russie (‪#‎KPRF‬) et les autres organisations communistes se sont retrouvés place du Théâtre, puis devant le monument Karl ‪#‎Marx‬. Russie juste (opposition de gauche) et le Parti libéral-démocrate de Russie (LDPR, opposition de droite) se sont retrouvés place Pouchkine.

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Publié par le mai 2, 2014 dans civilisation, histoire

 

Lecture d’un tableau sur l’identité ukrainienne

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à propos de ce peintre ukrainien, Igor Pereklita, qui fait surgir l’identité ukrainienne d’un combat contre la Russie – à la fois le communisme et l’Eglise orthodoxe mêlées- il y a affrontement mais aussi détournement, reprise de l’identité communiste et ce qui a été l’union soviétique vers l’apologie du nazisme devenue de ce fait l’identité spécifique de l’Ukraine.

http://histoireetsociete.wordpress.com/2014/05/01/lart-ukrainien-kill-coco-fasciste/

Grace à Marianne et à jeanne sur mon blog ce tableau peut être lu à travers cette double référence:

il y a dans les branches la croix gammée au centre de laquelle trône la nativité à l’enfant au hochet- svastika, une chanson sur la paix, qui date de 1962: "Doucement, soldat, écoute, soldat, les gens ont peur des bombes qui explosent", et le refrain est la vie de l’enfant:
"Puisse-t-il y avoir toujours des nuages,
puisse-t-il y avoir toujours le soleil
Puisse-t-il toujours y avoir Maman
Et moi que j’y sois toujours"
C’est exactement le détournement fasciste des valeurs de la vie . Mais c’est aussi la représentation d’une identité totalement instable…

Tous les enfants la chantaient

 

NOn à la mort et à ceux qui crient "Viva la muerte", ce premier mai à Madrid en 1931,

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Vous que l’on a bercé d’équivalences immondes recouvertes par le terme vide de Totalitarisme, si vous vous interrogez sur ce qui sépare les fascistes des communistes, bien sûr il y a fondamentalement la position de classe, le fait que le fascisme créé un simulacre de révolution pour mieux maintenir le pouvoir capitaliste, bien sûr il y a le fait que pour mener à bien ce tour, il lui faut changer la question de classe en question de race. Mais il y a peut-être quelque chose de plus fondamental et qui rattache le communisme à la pensée humaniste d’un Miguel Unamuno, c’est que le communisme aime la vie… au point de parfois en mourir… (note de danielle Bleitrach)

des images uniques du Premier de Mai 1931 à Madrid, le recteur de l’Université de Salamanque, Miguel de Unamuno était à la tête du défilé.

http://www.liberation.fr/culture/2011/08/13/miguel-de-unamuno-les-mots-qui-tuent_754691

Le 12 octobre 1936, le philosophe espagnol s’attaque au pouvoir dictatorial, au cours d’une cérémonie franquiste célébrée à Salamanque.

Le philosophe Miguel de Unamuno n’a pas prévu de parler. Il n’a donc pas écrit de discours de clôture pour cette «Journée de la race espagnole» – l’anniversaire de la découverte de l’Amérique – que le camp nationaliste célèbre en ce 12 octobre 1936 à l’université de Salamanque. L’Espagne est alors saisie par la guerre civile, déchirée en deux, et c’est dans le palais épiscopal de cette vieille cité que le général Franco a établi ses quartiers, à deux cents mètres de là.

Miguel de Unamuno, les mots qui tuent Par Jean-Pierre Perrin
«Il vous manque la raison et le droit»

En sa qualité de recteur perpétuel, l’écrivain est assis à son fauteuil dans la tribune du grand amphithéâtre, écoutant les autres recteurs qui célèbrent les valeurs de l’ordre nouveau. A ses côtés, sous une photo sépia du Caudillo, il y a précisément l’épouse de celui-ci, Carmen Polo. Le goupillon est représenté par l’archevêque. Le glaive est tenu par un revenant des ténèbres : le général José Millán-Astray, fondateur de la Légion espagnole et officier le plus décoré d’Espagne.

«Cri mortifère»

C’est plus un épouvantail qu’un homme, le spectre même de la guerre : une balle lui a traversé la tête, fracassant sa mâchoire et lui arrachant l’œil droit, dont la cavité est dissimulée sous un bandeau noir. Il a aussi perdu le bras gauche et plusieurs doigts à l’autre main. Mais ses blessures et faits d’armes coloniaux font qu’il est la coqueluche des jeunes officiers nationalistes. De temps en temps, il ponctue les allocutions de son cri de guerre : «Espagne.» L’assemblée, des responsables franquistes et des phalangistes en chemises bleues, lui répond avec le salut fasciste et les trois formules rituelles : «Une», «grande», «libre».

Le professeur Francisco Maldonado vient de s’exprimer, désignant les nationalistes basques et catalans comme «le cancer de la nation». Un autre cri de guerre retentit, celui de la Légion : «Viva la muerte !», que reprend Millán-Astray. Puis, toute l’assemblée se braque sur Unamuno. On sait qu’il méprise l’officier. Et qu’il est incapable de se taire. En 1917, lors d’une autre crise, il avait lancé : «Fondamentalement, je ne suis rien de plus qu’une parole, et comme ne pas parler c’est mourir, franchement, je ne suis pas disposé à mourir.»

Le vieux philosophe se lève, pose sa voix et engage le duel : «A l’instant, je viens d’entendre un cri mortifère et insensé : "Vive la mort !" Et, moi qui ai passé ma vie à forger des paradoxes, je peux vous dire avec l’autorité d’un expert que ce paradoxe incongru me répugne.» Là, le verbe de Unamuno se fait lame, pour percer jusqu’à l’âme le légionnaire : «Le général Millán-Astray est un infirme […]. Tout comme l’était Cervantès [blessé, à la bataille de Lépante contre les Turcs, il avait perdu l’usage d’un bras, ndlr]. Un infirme, qui n’a pas la grandeur spirituelle de Cervantès, est porté à rechercher un terrible soulagement en multipliant les mutilés autour de lui. Le général Millán-Astray aimerait recréer l’Espagne de toutes pièces, une création à son image et à sa ressemblance ; c’est pour cette raison qu’il souhaite voir une Espagne mutilée […].»

Est-ce le cœur qui a fait s’emballer la raison du philosophe ? Ou est-ce la raison qui a fait jaillir le cœur ? Millán-Astray, lui, explose de rage. D’autant plus que Unamuno n’est pas considéré comme un «rouge». Sinon, il aurait été destitué, embastillé, voire tué. Certes, il a été le grand intellectuel de la République, mais celle-ci lui a retiré depuis ses honneurs. L’homme, qui a passé trente-six ans dans le siècle précédent et autant dans celui-ci, est un conservateur, profondément catholique, professant un existentialisme chrétien proche de Kierkegaard – pour lire le philosophe protestant, il a même appris le danois. A l’université de Salamanque, qui fut l’une des quatre premières universités avec la Sorbonne, Oxford et Bologne, il est à cent coudées au-dessus des autres professeurs.

C’est un homme engagé dans tous les débats, et le chantre de Salamanque, dont il n’a cessé de célébrer «la pierre douce et tendre» et «la couleur ardente d’or vieux».«Chaque fois que je vous parle de l’Espagne, quel que soit le sujet, c’est de Salamanque dont je vous parle», disait-il. C’est encore un expert en cocottes en papier, qu’il confectionne quand un visiteur l’ennuie.

Chez cet homme volontiers intolérant, se cache enfin un rebelle dans l’âme ; une des raisons qui l’ont fait soutenir le coup d’Etat militaire. «Il est alors exaspéré par la République, par les désordres, les grèves, les violences. Il avait très peur de la tension sociale. Il pensait que les militaires venaient remettre de l’ordre, qu’ils rentreraient ensuite dans leurs casernes et que ses amis républicains arrêtés seraient relâchés peu à peu. Il ne comprenait rien à la nature du fascisme. Il était dépassé», souligne Tomas Pérez Delgado, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Salamanque.

Le dimanche où les nationalistes sont venus lire à la sortie de la messe leur déclaration de guerre à la République, il est allé, comme s’il ne s’était rien passé, se planter avec sa canne à la terrasse du café Fortuny, sur la place d’Espagne. Et en dépit des arrestations, de la peur qui razzie la ville, de l’armée qui a tiré sur la foule, il y retourne les jours suivants. «Il voulait montrer que la situation était normale, que les événements n’étaient que passagers. A cette époque, il était déjà âgé, isolé, notamment après la mort de sa femme et sous l’influence des religieux», explique Mariano Esteban de Vega, vice-recteur et titulaire de la chaire d’histoire contemporaine. Mais la répression, l’assassinat de plusieurs amis, dont Casto Prieto, le maire de la ville, Salvador Vila, un professeur d’arabe et d’hébreu à Grenade, et Garcia Lorca, vont peu à peu l’ébranler.

Dans l’amphithéâtre, Unamuno a griffonné des notes sur une enveloppe. «Celle d’une lettre envoyée par la femme d’un de ses amis, Atilano Coco, un pasteur protestant emprisonné [et qui sera exécuté], pour lui demander d’intervenir en sa faveur», indique Esteban de Vega. Le tumulte est alors général. Dans son ouvrage, la Guerre d’Espagne, l’historien britannique, Antony Beevor, a retracé la scène : «Le général fut incapable de contenir sa fureur quasi indicible plus longtemps. Il ne sut qu’éructer : "Mort à l’intelligence ! Vive la mort !" Les phalangistes reprirent ce cri et des officiers sortirent leur pistolet. Il semble même que le garde du corps du général ait pointé son fusil-mitrailleur vers la tête d’Unamuno.»

Ultime poème

Mais le philosophe, qui n’oublie jamais son légendaire égotisme, n’en a pas fini :«Voici le temple de l’intelligence, et j’en suis le grand prêtre. C’est vous qui en profanez l’enceinte sacrée. Vous gagnerez parce que vous avez plus de force bestiale qu’il n’en faut. Mais vous ne convaincrez pas. Car pour convaincre, il vous faudrait ce qu’il vous manque : la raison et le droit dans votre combat. Je juge inutile de vous exhorter à penser à l’Espagne. J’ai dit.» Un long silence. Puis, les légionnaires se font menaçants. Carmen Polo le prie alors de lui donner le bras pour le sauver d’un possible lynchage. Sur une photo, on peut le voir sortir de l’université, enveloppé d’une foule le menaçant du salut fasciste (voir ci-contre).

Il sera destitué de son titre et de ses autres fonctions. «Avant, c’était un honneur de pouvoir saluer Unamuno. Du jour au lendemain, plus personne, même au casino [l’équivalent d’un club anglais], ne lui adressa la parole», rappelle Mariano Esteban de Vega. Le cœur brisé, seul, trahi par ses amis, Unamuno allait mourir de chagrin quelques semaines plus tard, le dernier jour de l’année, comme s’il ne voulait pas voir la terrible année 1937. Trois jours plus tôt, il avait écrit son ultime poème. On ne lit plus beaucoup l’auteur du Sentiment tragique de la vie, même à Salamanque. Mais on peut toujours prendre un verre avec son fantôme au Fortuny à l’heure où les feux du soir vendangent les vieilles pierres oxydées pour leur donner cette couleur miel. Ou au bar Niebla, titre d’un de ses romans, sur une placette près de sa maison natale, à côté de sa statue au menton orgueilleux. Et, dans le délicieux petit musée qui lui est consacré rue Libreros, tout près de l’université, on peut découvrir son immense talent dans l’art de la cocotte en papier.

 
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Publié par le mai 1, 2014 dans histoire

 

Quelles sont les origines du 1° mai ? par Rosa Luxembourg

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Un article publié dans le journal polonais « Sprawa Robotnicza » en 1894——————————————————————————–

L’heureuse idée d’utiliser la célébration d’une journée de repos prolétarienne comme un moyen d’obtenir la journée de travail de 8 heures [1], est née tout d’abord en Australie. Les travailleurs y décidèrent en 1856 d’organiser une journée d’arrêt total du travail, avec des réunions et des distractions, afin de manifester pour la journée de 8 heures. La date de cette manifestation devait être le 21 avril. Au début, les travailleurs australiens avaient prévu cela uniquement pour l’année 1856. Mais cette première manifestation eut une telle répercussion sur les masses prolétariennes d’Australie, les stimulant et les amenant à de nouvelles campagnes, qu’il fut décidé de renouveler cette manifestation tous les ans.

De fait, qu’est-ce qui pourrait donner aux travailleurs plus de courage et plus de confiance dans leurs propres forces qu’un blocage du travail massif qu’ils ont décidé eux-mêmes ? Qu’est-ce qui pourrait donner plus de courage aux esclaves éternels des usines et des ateliers que le rassemblement de leurs propres troupes ? Donc, l’idée d’une fête prolétarienne fût rapidement acceptée et, d’Australie, commença à se répandre à d’autres pays jusqu’à conquérir l’ensemble du prolétariat du monde.

Les premiers à suivre l’exemple des australiens furent les états-uniens. En 1886 ils décidèrent que le 1° mai serait une journée universelle d’arrêt du travail. Ce jour-là, 200.000 d’entre eux quittèrent leur travail et revendiquèrent la journée de 8 heures. Plus tard, la police et le harcèlement légal empêchèrent pendant des années les travailleurs de renouveler des manifestations de cette ampleur. Cependant, en 1888 ils renouvelèrent leur décision en prévoyant que la prochaine manifestation serait le 1° mai 1890.

Entre temps, le mouvement ouvrier en Europe s’était renforcé et animé. La plus forte expression de ce mouvement intervint au Congrès de l’Internationale Ouvrière en 1889 [2]. A ce Congrès, constitué de 400 délégués, il fût décidé que la journée de 8 heures devait être la première revendication. Sur ce, le délégué des syndicats français, le travailleur Lavigne [3] de Bordeaux, proposa que cette revendication s’exprime dans tous les pays par un arrêt de travail universel. Le délégué des travailleurs américains attira l’attention sur la décision de ses camarades de faire grève le 1° mai 1890, et le Congrès arrêta pour cette date la fête prolétarienne universelle.

A cette occasion, comme trente ans plus tôt en Australie, les travailleurs pensaient véritablement à une seule manifestation. Le Congrès décida que les travailleurs de tous les pays manifesteraient ensemble pour la journée de 8 heures le 1° mai 1890. Personne ne parla de la répétition de la journée sans travail pour les années suivantes. Naturellement, personne ne pouvait prévoir le succès brillant que cette idée allait remporter et la vitesse à laquelle elle serait adoptée par les classes laborieuses. Cependant, ce fût suffisant de manifester le 1° mai une seule fois pour que tout le monde comprenne que le 1° mai devait être une institution annuelle et pérenne.

Le 1° mai revendiquait l’instauration de la journée de 8 heures. Mais même après que ce but fût atteint, le 1° mai ne fût pas abandonné. Aussi longtemps que la lutte des travailleurs contre la bourgeoisie et les classes dominantes continuera, aussi longtemps que toutes les revendications ne seront pas satisfaites, le 1° mai sera l’expression annuelle de ces revendications. Et, quand des jours meilleurs se lèveront, quand la classe ouvrière du monde aura gagné sa délivrance, alors aussi l’humanité fêtera probablement le 1° mai, en l’honneur des luttes acharnées et des nombreuses souffrances du passé.

——————————————————————————–

Notes

[1] L’usage était alors une journée de travail d’au moins 10 à 12 heures par jour.

[2] Il s’agit du premier congrès de la II° internationale.

[3] Raymond Lavigne (1851- ?), militant politique et syndicaliste.

 
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Publié par le mai 1, 2014 dans histoire

 

Valdimir MAÏAKOVSKI : conversation avec le camarade Lénine

1Vladimir Maïakovski
Conversation avec le kamarade Lénine

Des affaires en masse, un tumulte d’événements
le jour s’efface, sombre insensiblement ;
nous sommes deux dans la pièce, moi et Lénine
une photographie sur le mur blanc.

La bouche ouverte pour un discours fervent,
la brosse des moustaches dressée.
Dans les plis du front pressé, humaine,
sous le front énorme une énorme pensée.

Sans doute devant lui les foules défilent,
forêt des drapeaux… herbe des bras…
Je me suis levé, allumé par la joie.
On voudrait marcher, saluer, rendre des comptes.

Camarade Lénine je vous fais un rapport
pas de service mais du fond de l’âme.
Camarade Lénine, ce travail d’enfer
sera fait et se fait déjà.

Nous éclairons, habillons les pauvres et les nus.
L’extraction de minerai et de charbon augmente…
Mais à côté bien sur il y a encore
beaucoup de saleté et de bêtise.

On est fatigué de s’en défendre et de montrer les dents.
Beaucoup sans vous ont perdu la tête.
Toutes sortes de canailles foulent notre sol et l’entourent.

On ne saurait tous les compter ni les nommer :
un long ruban de gredins qui s’étire.
Des koulaks, des bureaucrates
lèche-bottes, sectaires, ivrognes.

Ils vont, bombant fièrement la poitrine,
hérissés de leviers responsables couverts d’insignes…

Bien sûr nous les materons tous
mais ce sera effroyablement difficile.
Camarade Lénine, dans les fabriques enfumées
dans les campagnes couvertes de neige et de blé
c’est votre cœur et votre nom, camarade, qui nous font
penser, respirer, lutter, vivre.

Des affaires en masse un tumulte d’événements
le jour s’efface sombre insensiblement ;
nous sommes deux dans la pièce, moi et Lénine
une photographie sur le mur blanc.

 
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Publié par le mai 1, 2014 dans histoire, litterature

 

De qui la Crimée est-elle le pays ?par Sergeï Khrouchtchev

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De qui la Crimée est-elle le pays ?

Selon Sergueï Khrouchtchev, fils de Nikita Khrouchtchev et chargé de recherche dans une université états-unienne, la Crimée n’a jamais fait partie de l’Ukraine pour des raisons autres que bureaucratiques. En réalité cette terre est russe depuis des siècles, et Washington a tort d’en faire une telle pomme de discorde contre Moscou. !

***

Le 16 mars 2014, le référendum de Crimée s’est déroulé sans le moindre combat ni affrontement, sur lesquels Kiev et Washington comptaient pourtant pour discréditer ce processus électoral.

En conséquence, le référendum eut lieu sans incident notable : 83 % de la population votèrent. Et sur ce nombre, 96,7 % — Russes, Ukrainiens et même quelques Tatars — se prononcèrent pour la sécession de la Crimée et pour son annexion par la Russie. Le scrutin fut surveillé par 135 représentants de 23 pays ainsi que par 240 observateurs de la société civile et des partis politiques de Crimée.

Tous confirmèrent à l’unanimité n’avoir remarqué aucune irrégularité notable ; ils confirmèrent également que toute la population avait pu voter librement, sans subir la moindre pression.

Pendant toute la nuit, sur les places de Simferopol, la capitale criméenne, et ailleurs en Crimée, les gens se sont réjouis, ont ri, se sont embrassés, ont dansé, ont tiré des feux d’artifice. À Kiev, tout le monde faisait grise mine.

Et à Washington, les cerveaux de l’administration Obama se demandaient fébrilement ce qu’ils allaient bien pouvoir trouver d’autre pour donner du fil à retordre à ces Criméens récalcitrants. Compte tenu de leur expérience en la matière, il leur viendra forcément une idée. Après tout, cela fait longtemps que les Irakiens, les Iraniens, les Syriens, les Libyens et les Libanais ont cessé de faire la fête.

Liens illusoires

Ce que les Criméens désiraient par-dessus tout, c’était briser les liens illusoires qui les attachaient à l’Ukraine. Entre l’Ukraine et la Crimée, en effet, le divorce est houleux : ces vingt dernières années ont été marquées par une tension continuelle, culminant par un scandale qui a progressivement impliqué plusieurs autres pays. Certains prirent le parti de l’Ukraine et d’autres non. Qui a tort, qui a raison ? Il est difficile de trancher.

Il n’en demeure pas moins qu’à cause de ce scandale, la Crimée et l’Ukraine sont devenus des sujets de conversation courante. Et pourtant, bien peu connaissent l’historique de cette situation.

C’est pourquoi je commencerai par évoquer l’histoire. La Crimée est une presqu’île sur la côte nord de la mer Noire, reliée au continent européen par un isthme étroit. Il y a 2 500 ans, les Grecs y établirent une colonie qui incluait la partie occidentale de la péninsule, où ils fondèrent le port de Chersonèse, l’actuelle Sébastopol.

Rappelez-vous ce nom : nous y reviendrons. Plus tard, les Romains succédèrent aux Grecs, et après eux la péninsule resta inhabitée pendant quelque temps.

Durant cette période de désertion, en 854, les Vikings établirent un comptoir sur les rives du Dniepr, fleuve qui traverse le continent européen du nord au sud. Il était en effet plus facile pour eux d’emprunter ce fleuve pour atteindre Byzance et ses richesses que de contourner l’Europe sur des mers capricieuses.

Peu à peu, ils soumirent les tribus locales, et c’est ainsi que naquit l’ancien royaume de la Russie kievienne. Ce royaume s’étendit progressivement jusqu’à atteindre la Crimée. Mais tout s’effondra d’un seul coup en 1240, lors de la prise de Kiev par les Mongols, qui laissèrent la cité en ruine. Elle le resta pendant de nombreuses années.

Tandis que les rives du Dniepr restaient orphelines, les Génois s’installaient en Crimée. Un siècle plus tard, Kiev, récemment reconstruite, tomba sous l’autorité d’une puissance émergente, la République des Deux Nations, née de l’union du royaume de Pologne et du grand-duché de Lituanie. Durant cette période, qui s’étendit jusqu’au XVe siècle, apparut au nord-est l’État de Moscou, qui intégrait les vestiges de l’Empire mongol.

Les Tatars envahirent la Crimée en 1428, en chassèrent les Génois et s’y installèrent définitivement. Mais qui sont donc ces Tatars ? Ils constituent l’un des héritages de l’expansion mongole. Genghis Khan, qui souhaitait préserver les soldats mongols de son armée, envoyait sur les lignes de front des hommes choisis parmi les peuples conquis.

Or les Tatars figuraient parmi les premiers de ces peuples soumis par Gengis Khan. Depuis cette conquête, il les faisait batailler tout autour du monde. Après l’éclatement de son empire, certains Tatars retournèrent dans leur patrie, tandis que les autres s’installaient où ils se trouvaient : par exemple au bord de la Volga — ce sont les Tatars d’Astrakhan et de Kazan — et à Crimée.

Les Tatars de Crimée étaient de proches alliés de l’Empire ottoman ; en tant que tels, ils combattirent la Russie et la Pologne, qui à cette époque contrôlaient le territoire correspondant à l’Ukraine d’aujourd’hui.

Entre-temps, des serfs russes et polonais en fuite s’étaient installés sur l’île de Hortitsa, sur le Dniepr, et s’étaient donné le nom de Cosaques. Vivant de pillages, ils attaquaient tantôt les Tatars, tantôt les Polonais. Avec le temps, leur puissance ne fit qu’augmenter, et les Cosaques devinrent une force très organisée, en conflit constant avec la Pologne.

Deux Ukraines ?

Dans le deuxième quart du XVIIe siècle, les Cosaques, sous le commandement de Bogdan Khmelnytsky, attaquèrent une nouvelle fois la Pologne, mais ils furent vaincus. Khmelnytsky réussit à sortir de l’impasse en signant avec le tsar russe, en 1654, un traité qui mettait l’est de l’Ukraine sous la protection de Moscou.

La partie occidentale de l’Ukraine resta aux Polonais, passa ensuite sous l’autorité de l’Empire austro-hongrois, puis fut de nouveau récupérée par la Pologne. En conséquence, les Ukrainiens se trouvèrent divisés entre deux branches : celle de l’Est et celle de l’Ouest.

Indépendant de la Russie mais non de l’Empire ottoman, le khanat de Crimée exista jusqu’en 1783, année où il fut conquis par l’armée de l’impératrice Catherine II de Russie, qui établit un port à l’emplacement de l’antique Chersonèse pour y accueillir sa flotte russe de la mer Noire. Ce nouveau port reçut le nom de Sébastopol. Dès lors, l’Ukraine et la Crimée firent partie de l’Empire russe unifié. La Crimée, avec son climat doux et ses plages de galets, devint une destination de prédilection pour tous les Russes, qu’ils fussent tsars, aristocrates ou même simples sujets, pourvu qu’ils en eussent les moyens.

Tout cela continua jusqu’à la Première Guerre mondiale, plus précisément jusqu’en 1917, lorsque la Révolution russe détruisit le régime tsariste et abolit ses lois. Une époque, aussi, où tout semblait possible. Les régions de la périphérie en profitèrent, et l’Ukraine n’y fit pas exception : elle déclara son indépendance.

Sur la carte de l’Europe, il y avait en fait deux Ukraines : une Ukraine orientale avec Kiev pour capitale et une Ukraine occidentale qui était le territoire reconquis sur l’Empire austro-hongrois pendant la guerre. Mais tout changea en mars 1918, lorsque les bolcheviques signèrent avec l’Allemagne un traité par lequel ils lui concédaient l’Ukraine.

Comme il est impossible d’occuper un territoire sans frontières, les généraux allemands dessinèrent les limites de l’Ukraine selon leur propre conception, et ils y inclurent la Crimée. Ils y firent entrer leur armée, étouffèrent dans l’œuf l’indépendance de l’Ukraine et se préparèrent à y rester un bon bout de temps.

Cependant, en 1918, l’Allemagne fut défaite par l’Entente cordiale et son armée fut forcée de quitter l’Ukraine. L’Ukraine devint alors une république soviétique et participa à l’édification de l’Union, mais sans la Crimée, qui s’était intégrée à la République socialiste fédérative soviétique de Russie.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’Ukraine récupéra les régions occidentales et acquit les frontières que nous lui connaissons aujourd’hui. Sur le fleuve Dniepr, l’une après l’autre, des centrales hydroélectriques furent construites. En 1950, ces installations atteignirent le cours inférieur du fleuve. Il fut alors décidé que l’eau du barrage de la centrale hydroélectrique de Kakhovka ne servirait pas tant à produire de l’électricité qu’à irriguer les terres arides de l’Ukraine méridionale et de la Crimée.

À la fin de 1953, lors de la préparation du plan quinquennal de 1955 à 1960, ce système prévoyait deux canaux d’irrigation : le canal d’Ukraine du Sud et le canal de Crimée du Nord. Le premier devait traverser tout le territoire ukrainien, tandis que le second partait de l’Ukraine pour se terminer en Crimée, c’est-à-dire en République fédérale socialiste de Russie. Les planificateurs estimèrent que dans ces circonstances, l’autorité sur la construction devait être partagée en deux, ce qui risquait de compliquer et de ralentir le processus. Ils proposèrent donc au gouvernement la solution suivante : étant donné que le canal traversait le territoire ukrainien sur sa plus grande longueur, la partie restante, ainsi que le reste de la péninsule de Crimée, passerait de l’autorité de Moscou à celle de Kiev.

Mon père, Nikita Khrouchtchev, alors dirigeant de l’Union soviétique, approuva cet argument, d’autant plus aisément qu’une commémoration historique se profilait à l’horizon de février 1954 : le tricentenaire du rattachement de l’Ukraine à la Russie. Le Haut Conseil de la République fédérale de Russie décida donc de faire passer la Crimée sous autorité ukrainienne. Ainsi, la péninsule passa sous la juridiction de Kiev, mais cette passation n’était que formelle. En réalité, la Crimée continuait d’appartenir à l’Union soviétique et restait comme avant la destination de vacances des Russes.

La fin de l’Union soviétique ?

Comment se termina tout cela ? À la fin de 1991, une atmosphère de révolution planait en Union soviétique. Les républiques soviétiques, y compris l’Ukraine, commençaient à parler d’indépendance. Elles ne se contentaient d’ailleurs pas d’en parler : elles passèrent à l’acte, fût-ce en dépit de la Constitution. Les présidents de trois républiques soviétiques se réunirent un jour dans la forêt de Bialowieza : Boris Eltsine (Russie), Leonid Kravtchouk (Ukraine) et Stanislaw Chouchkievitch (Biélorussie). Tous trois s’accordaient sur le fait que le président de l’Union soviétique alors en exercice, Mikhaïl Gorbatchev, leur tapait sur les nerfs. Ils décidèrent de se débarrasser de lui et de l’Union soviétique en même temps.

Avant de signer le document, ils se mirent à table pour déjeuner. Mais, ainsi que Leonid Kravtchouk le confia dans une interview, il restait une incertitude : que faire de la Crimée ? Officiellement, elle faisait partie de l’Ukraine, mais en réalité… Il entreprit de poser la question à Eltsine, mais à ce moment précis ce dernier n’était pas d’humeur à s’occuper du problème. Il n’avait qu’une chose en tête : chasser Gorbatchev du Kremlin. Il était là, assis, avalant verre sur verre, devant le pauvre Kravtchouk qui remettait sans cesse la Crimée sur le tapis. Eltsine lui fit signe de s’en aller. Kravtchouk n’insista plus et partit, la Crimée sous le bras : la péninsule devint une région autonome au sein de l’Ukraine indépendante. Cependant, elle ne fit jamais complètement partie de l’Ukraine et se sentit toujours marginalisée dans ce nouvel État.

Tout cela aurait pu continuer indéfiniment, mais c’était sans compter sans la révolte dite « de Maïdan ». À la fin de 2013, les Ukrainiens de l’Ouest, mécontents du président Viktor Yanoukovitch, se rassemblèrent à Kiev sur la place Maïdan et renversèrent l’autorité abhorrée des Ukrainiens de l’Est. Le président parvint à s’échapper tandis que les insurgés, faisant fi de la Constitution, prirent le pouvoir. La Crimée se hâta de profiter des événements : en effet, puisqu’un coup d’État anticonstitutionnel pouvait avoir lieu à Kiev, pourquoi ne pas faire la même chose en Crimée ? Ils annoncèrent donc un référendum sur leur sécession de l’Ukraine.

Constitutionnellement, une telle action est illégale, mais selon la même constitution, le gouvernement actuel de Kiev est tout aussi illégal. Cela n’a pas empêché tout le monde de le reconnaître, jusqu’au président des États-Unis. Alors pourquoi les Criméens auraient-ils moins le droit d’en faire autant ? Ce référendum de Crimée, en vérité, n’a pas moins valeur d’autorité que le gouvernement de Kiev.

La Crimée n’est pas, et de loin, la première entité à conquérir ainsi son indépendance, et n’est certainement pas la dernière. Par le passé, les États-Unis se sont affranchis de l’Empire britannique, et le Kosovo, plus récemment, s’est séparé de la Serbie. En vérité, c’est ainsi que de nombreuses nations sont devenues indépendantes, de l’Abkhazie à l’Algérie en passant par le Haut-Karabakh, le Timor-Oriental, l’Ossétie du Sud, la Tchécoslovaquie — qui s’est divisée en République tchèque et en République slovaque —, et peut-être bientôt l’Écosse (qui se prononcera bientôt par référendum sur son indépendance).

Et en 1991, c’est contre la Constitution soviétique que l’Ukraine a acquis son indépendance. La liste ne cesse de s’allonger, c’est un processus naturel du développement dynamique du monde : quand les uns déclarent leur indépendance, les autres en perdent leurs colonies et les régions qu’ils ont soumises. C’est un processus douloureux, mais à la longue nous nous y sommes habitués. Cependant, lorsque le scandale international de la Crimée a éclaté, il a entraîné dans son tourbillon des pays qui, jusqu’en 2014, ignoraient pratiquement tout de cette péninsule.

Théories infondées

Et pourquoi ce tourbillon ? Parce que les États-Unis en avaient décidé ainsi, raisonnant selon des théories de leur cru sans tenir compte des réalités internationales. Par exemple, il fut un temps où les États-Unis souscrivaient avec enthousiasme à la théorie des dominos, qui peut s’énoncer ainsi : si les États-Unis perdent une seule nation de leur zone d’influence, cela provoquera instantanément l’effondrement du monde entier. Ainsi qu’on le comprit plus tard, cette théorie n’était même pas une théorie mais bien une fantasmagorie. Et pourtant cette fantasmagorie a causé la perte d’innombrables vies états-uniennes et dans le reste du monde.

Et maintenant, les États-Unis sont en proie à une autre fantasmagorie : s’ils laissaient, croient-ils, une seule des anciennes républiques satellites de l’Union soviétique se rapprocher de la Russie, alors cette Union se reformerait, provoquant le retour de la Guerre froide. L’impossibilité d’un tel scénario, au bout de vingt-cinq ans d’indépendance de ces républiques, ne les effleure même pas. Pour les États-uniens, le fantasme semble l’emporter sur la réalité.

Et naturellement, chacun peut voir les efforts faits par les États-Unis pour démontrer que le monde d’aujourd’hui n’est autre que le « monde américain » : c’est Washington qui décide de tout, de qui est méritant et de qui ne l’est pas. C’était ainsi, jadis, au temps de la Pax Romana. Jusqu’à la chute de Rome, bien entendu.

Et donc, les États-Unis dictent leur bon vouloir, qui est pour une large part le produit de leurs intérêts domestiques et reflète les luttes internes entre leurs différentes forces politiques. Ils imposent leur volonté au reste du monde et ne reculent jamais de leur position, pas même d’un centimètre, même si cette position est totalement erronée.

En outre, le président Barack Obama passe, à tort ou à raison, pour un président au caractère faible, ce qui donne l’impression que le moindre événement qui se produit dans le monde implique de facto les États-Unis. Je ne sais pas si Barack Obama est fort ou faible, et personnellement je le trouve assez sympathique, mais la faiblesse ou la force d’un homme politique est un élément de toute première importance dans la vie politique mondiale.

Un homme politique fort, un leader fort, n’a besoin de prouver ni à lui-même ni à son entourage politique ce qui est évident pour tout le monde. Il se sent libre de ses mouvements, participe aux négociations avec ses opposants, cherche à faire comprendre sa position et à comprendre celle de ses interlocuteurs. Il est prêt à faire des compromis raisonnables et parvient toujours à une décision, même dans les situations les plus extrêmes. L’attitude du président John F. Kennedy et de Nikita Khrouchtchev, président du Conseil des ministres — deux hommes politiques au caractère trempé —, lors de la crise des missiles de Cuba est un bon exemple d’une telle force : tous deux réussirent à trouver une solution dans des conditions acceptables de part et d’autre.

Un homme politique au caractère faible cherche constamment à démontrer à son entourage et à lui-même qu’il n’est pas réellement ce que les autres pensent de lui. Il cherche à prouver sa force, qui en réalité ressemble davantage à de l’obstination. S’il change d’avis après avoir fait une déclaration, il ne fait que prouver sa faiblesse, d’autant plus qu’il évite les négociations d’homme à homme parce qu’il les redoute.

Au lieu de cela, il envoie des émissaires chargés de consignes rigides et inflexibles, trace sans arrêt des lignes rouges, recourt à la menace et aux sanctions, et exige la capitulation de son vis-à-vis : c’est là un mode de négociation vain et contre-productif. En effet, la capitulation ne saurait être acceptée par aucune nation qui se respecte.

Par conséquent, l’homme politique faible a tendance à précipiter immédiatement la situation dans un conflit au lieu de trouver une solution. Il n’agit ainsi que pour prouver, à lui-même et à autrui, sa puissance illusoire, et pour cela il est prêt à sacrifier des milliers de vies humaines. Il est prompt à imposer des sanctions qui causeront la souffrance de millions d’êtres humains. Ce faisant, il ne nuit pas seulement au partenaire-opposant, mais aussi à son propre pays. C’est pourquoi les sanctions ne se contenteront pas de frapper l’ennemi : elle priveront aussi les États-Unis de millions de clients potentiels. Tout cela pour prouver une chose et une seule : qu’il n’est pas un président faible.

Leçons de l’histoire

Je le répète : je ne sais pas si Obama est un homme politique au caractère faible, mais la situation « sans compromis » qu’il est en train de bâtir autour de la Crimée correspond au modèle que je viens de décrire. Le président états-unien a délibérément œuvré pour former une coalition gouvernementale qui ne reconnaît pas les droits du peuple. Et cela contredit le principe même qui a été érigé par ses propres prédécesseurs.

Souvenons-nous de Woodrow Wilson, qui affirma le droit de chaque nation à l’autodétermination et à la formation d’un État souverain. Ou le président Clinton, qui n’hésitait pas à recourir à la force militaire pour convaincre Slobodan Milosevic d’accorder aux Albanais du Kosovo le droit de se constituer en État.

À présent, tout va dans le sens opposé. Le peuple de Crimée est menacé de sanctions et de représailles directes de l’autorité de Kiev. Et parce qu’elle déclare son soutien à la Crimée, la Russie aussi est menacée de sanctions. Une telle politique a-t-elle des chances de réussir ? J’en doute. Je crois plutôt qu’elle aura l’effet inverse : elle intensifiera la lutte pour l’indépendance du peuple criméen et encouragera la Russie à témoigner encore plus fermement son soutien à cette lutte. Rappelons-nous comment, au XIXe siècle, la Russie avait fermement affirmé son soutien au mouvement de libération des Bulgares contre le joug turc.

Quant aux sanctions, elles sont évidemment pénibles, mais l’exercice d’une telle pression est une insulte au sentiment national et ne fera qu’inciter les Russes à manifester une résistance encore plus radicale. Un tel phénomène s’est déjà produit plus d’une fois dans l’histoire.

Pendant la guerre de Crimée (1853-1855), Sébastopol résista à un long siège mené conjointement par les Anglais, les Français et les Turcs ; et en 1941 et 1942, la ville résista à l’armée allemande pendant presque une année. Dois-je également rappeler le siège de Leningrad, qui dura neuf cents jours ? Les assaillants s’appuyaient, là aussi, sur la certitude d’une capitulation, mais les assiégés en décidèrent autrement et finirent par l’emporter. Et maintenant, ces sanctions…

Bénéfices financiers pour tout le monde ?

Il y a un point positif dans cette triste histoire : les lourds nuages venus de Crimée ont provoqué une pluie d’or sur l’Ukraine. Celle-ci a reçu de l’Occident plus de subsides financiers qu’elle ne pouvait en rêver. Le nouveau gouvernement est-il capable de s’en servir intelligemment ? Cela, c’est une autre histoire. Et s’ils se mettaient tout dans les poches ?

La Maison-Blanche, qui n’a pas perdu de temps, a officiellement reconnu le gouvernement autoproclamé du Maïdan ; Obama a même accueilli en personne son Premier ministre et l’a couvert de largesses.

La Crimée, de son côté, n’est pas en reste. Comme elle n’a connu pratiquement aucun investissement durant les vingt dernières années, son infrastructure est exsangue. À la Russie désormais de reconstruire la Crimée !

Et les Tatars aussi ont eu leur part du gâteau. Le Parlement russe a promis de leur accorder les importants privilèges politiques et culturels qu’ils avaient déjà sollicités de Kiev sans le moindre effet. Bien entendu, une autonomie du peuple tatar en Crimée est impossible, car ils ne représentent que 12 % de la population, mais la Russie leur garantit une représentation adéquate dans toutes les institutions gouvernementales ainsi que la légalisation à leur profit des terres qu’ils avaient réquisitionnées illégalement et sur lesquelles ils continuaient de vivre sans aucun droit ni garantie.

Concernant les accusations et les insultes lancées au président Vladimir Poutine, voyons la question d’un peu plus près. Il y a vingt-cinq ans, son prédécesseur Mikhaïl Gorbatchev s’était tourné résolument vers l’Ouest, avait fait allégeance aux valeurs occidentales et à la bienveillance des États-Unis. Boris Eltsine avait adopté la même politique, et même Poutine l’avait fait durant les premières années de son mandat.

Or les États-Unis ne tinrent aucune des promesses faites à la Russie, écrites ou verbales. Ils avaient promis que l’OTAN ne pénétrerait jamais en Europe de l’Est, et que voit-on aujourd’hui ? La Russie a soutenu la guerre états-unienne en Irak et même l’intervention en Libye, qui avait pour objectif un changement de régime. Quel fut le résultat ? Les entreprises russes furent éliminées des marchés de ces pays.

De la Russie, les États-Unis attendent une obéissance inconditionnelle, sans de leur côté faire le moindre geste pour défendre les intérêts russes. Et par-dessus le marché, ils la menacent de sanctions. Tout se passe comme s’ils avaient considéré l’amitié russo-américaine comme une relation où la Russie resterait un petit pays dans l’orbite états-unienne. Se peut-il que Poutine en ait eu assez, tout simplement ?

Sergeï Khrouchtchev

Directeur de recherche à l’Institut Watson d’études internationales à l’université Brown et conseiller auprès du musée de la Guerre froide. Il est le fils de l’ex-Premier ministre Nikita Khrouchtchev.

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article4520

Source : « De qui la Crimée est-elle le pays ? », par Sergeï Khrouchtchev,
Traduction Sophie Brissaud, Réseau Voltaire, 25 avril 2014,
http://www.voltairenet.org/article183411.html

 
 

La dernière position de Marx : l’Ukraine Orientale par Vladimir Golstein

Ce qui se déroule en Ukraine Orientale présente tous les éléments essentiels d’un drame Marxiste classique.

23 Apr 2014 traduit par DB, pour histoire et societe

Vladimir Golstein enseigne la littérature russe et le cinéma à l’Université Brown. Il est l’auteur des Récits de Lermontov d’Héroïsme (1999) et de nombreux articles sur les auteurs russes majeurs. Il est né à Moscou, est allé vivre aux Etats-Unis en 1979 et il a étudié dans les Universités de Yale Et de Columbia.

6
Les étapes historiques de la construction de L’Ukraine
5 Le Donbasse en bleu foncé.

"Le Printemps ukrainien" a été pour tout le monde un sujet populaire. Des perspectives diverses ont été exposées : celles des États-Unis et des Russe, des ukrainien et deseuropéen. Cela a été décrit comme la manifestation de la mégalomanie de Vladimir Poutine, ou les outrances américaines, le conflit a été interprété comme la renaissance de la Guerre froide, comme une tentative tardive de la Russie pour la restauration d’empire, ou comme la volonté d’expansion Occidentale

Vladimir Golstein

Quelques catégories basiques ont été invoquées, la personnalité nationale, ou la moralité, le bien et mal, le Nazisme contre la démocratie. Certains ont vu les événements comme le choc entre un système politique corrompu qui échoue à arrêter la marche de démocratie libérale; d’autres comme globalisme porté par les États-Unis se heurtant contre le rocher rocher d’un certain particularisme arriéré, nourri par la foi Orthodoxe et un système politique démodé. Des concepts plus sophistiqués et savants comme le développement historique ou la constitution complexe de la nation ukrainienne ont été aussi invoqués.

Cependant, ce qui manque surtout est l’analyse de classe à l’ancienne mode du type de celle auquelle j’adhérais et que j’ai abandonné quand j’ai émigré de la Russie il y a environ 30 ans. L’Ouest entrait généralement dans l’étape post-industrielle; la tendance était alors de considérer la catégorie du conflit entre la bourgeoisie et le prolétariat comme démodé et et moins heuristique que, disons, l’appartenance ethnique ou la religion. Mais ce qui se déroule en Ukraine Orientale possède tous les éléments essentiels d’un drame Marxiste classique.

Des oligarques corrompus, Basés à Kiev sont entrés dans une alliance avec les forces ultraconservatrices de la région ukrainienne occidentale, une région qui est agricole, prémoderne et est extrêmement hostile à tout ce qui est russe, y compris la modernisation. Le but plutôt évident de cette alliance est d’imposer une version Occidentale du traitement de choc sur un pays qui y a jusqu’ici résisté, parce que son économie est totalement entrelacée avec la prduction et la consommation russe.

L’expansion du capitalisme occidental

Ce qui pour les russes pourrait apparaître comme "l’expansion de L’OTAN", ou pour l’Ouest, "la marche de démocratie" est, en fait, l’expansion de Capital d’un pays occidental, qui a besoin des garanties du système légal et politique Occidental pour fonctionner. L’ancien Président ukrainien Viktor Yanukovich a résisté à cette traction vers l’Ouest pas à cause de sa fidélité en Russie, mais parce que le système Occidental aurait été trop complexe et encombrant pour lui pour piller à l’échelle à laquelle il s’est habitué. Mais une fois qu’il a été destitué, c’est devenu plus facile pour l’élite économique et politique Kievan prooccidentale de s’engager dans ce projet, en comptant sur la fidélité des régions occidentales de l’Ukraine – les régions qui ne pouvaient pas attendre pour abandonner l’influence de la Russie et tenter leur chance à la concurrence avec les plombiers polonais pour le peu de bons postes qui restent en Europe. Ces groupes ont vu l’Occidentalisation rapide comme une libération, pas comme une menace.

Peut-être les fanatiques de l’Ukraine occidentale peuvent se nourrir de leur haine pour tout ce qui est russe, mais les ouvriers et les femmes de Donetsk, Lugansk, ou ou Kharkiv ont besoin de pain et de beurre sur leurs tables.

Mais Qu’en est-il de l’est ukrainien lourdement industrialisé ? Ceux qui pensent que c’est la Russie qui agit sont profondément ignorant de la complexité de la région. La Région Donbas, qui comprend 10 pour cent de la population de un peuple l’Ukraine et produit 25 pour cent d’exportations ukrainiennes, est habitée par des russophones qui travaillent dans des mines, des aciéries et des usines de machines et qui ont une vue moins gaie d’Occidentalisation.

Ils pourraient être anti-russe autant que quiconque en Ukrain, mais ils vivent aussi sur un terrain et ils connaissent leurs propres conditions mieux que quelqu’un. Ceux-ci sont des " démocrates reaganiens" : des gens travailleurs, respectueux de la loi, buvant vodka qui veulent leur salaire et leurs retraites et quelques services sociaux au lieu de la corruption. Ils ont aussi une tradition ouvrière plutôt forte et fière qui s’ancre sur au moins un siècle et demi. En 1918, ils ont formé une république de Donetsk de courte durée qui a refusé de se joindre à l’ Ukraine ou à la Russie soviétique

La perte du rejeton local, Yanukovich, n’est pas une grosse affaire pour la région. Mais en plus des salaires et des garanties sociales, les nouveaux dirigeants ont refusé d’accorder à la région le respect humain de base auquel n’importe quel groupe bien organisé et travailleur a le droit de s’attendre.

Une des revendications que les ouvriers de St Pétersbourg ont exigé de leurs patrons avant qu’ils ne se soient embarqués dans la Révolution russe de 1917 était le besoin que l’on s’adresse à eux avec la formule de politesse de de "vy" et pas le "ty" grossier. Mais cette sorte de respect a été étranger à Kiev. Au lieu de la politesse, on en était à nier la langue russe, à réécrire l’histoire en présentant le passé torturé de l’Ukraine en transformant les collaborateurs nazis en nati-communistes loyaux, dont la plupart réécrivaient l’histoire ukrainienne dans l’émigration. Et il y avait l’hostilité, la rhétorique qui désignait immédiatement quelqu’un qui n’était pas d’accord avec Kiev comme "des esclaves", des laquais des russes, ou même comme "des créatures" selon l’expression favorite de la député de Lviv en Ukraine occidentale, Iryna Farion, pour désigner ceux qui parlent russe.

Ce dénigrement culturel peur être moins évident pour les publics Occidentaux, qui tablent sur des bulletins d’informations ou sur des traductions. Ils ne peuvent pas imaginer que n’importe quel politicien "Occidental-type" pourrait employer une telle langue. Dès le 17 avril, la banque co-appartenant au gouverneur de la région Dnipropetrovsk ne pouvait inventer rien de mieux que d"offrir une récompense de 10,000 $ pour n’importe quel "Moskal", qui est un terme péjoratif pour un russe; la traduction occidentale de cette annonce était "Dix mille pour un séparatiste". Pour quelqu’un qui lit les choses dans l’original, une telle rhétorique est tout à fait choquante. Bien que la classe ouvrière russe et ukrainienne ait été nouvelle dénigrée depuis l’écroulement du système soviétique, ces insultes supplémentaires infligées après que leurs espérances aient été renforcées par l’ostracisme d’Yanukovich. L’humiliation culturelle rend ces travailleurs soupçonneux par rapport au nouveau gouvernement, mais la catastrophe de leurs conditions matérielles qui menace les poussera sûrement à bout.

Politiciens illusionnistes

Les politiciens illusionnistes de Kiev peuvent accuser la Russie – ou Poutine – d"interférence, ils peuvent essayer de capturer quelques soldats et politiciens, les mettre à genoux et les humilier (comme ils ont fait avec le candidat pro-russe, Tsarev, en le battant et le faisant défiler dans ses sous-vêtements), mais ces attaques sont aussi efficaces que des sacrifices humains aztèques pour faire face à l’arrivée espagnole. Les ouvriers locaux ont à peine besoin de la propagande de Poutine pour savoir que beaucoup de leurs usines couvertes de fumée seront fermées une fois que l’Ukraine aura rejoint l’UE. Il suffit aux Ukrainians de regarder d’autres pays récents de l’Union européenne, de la Hongrie à la Roumanie et le Baltique Ou même léconomie de la Russie elle -même, qui a joué l’exportation des ressources naturelles et fermé des milliers d’usines pour savoir ce qui arrivera aux grandes usines de Style soviétique que dominent toujours le paysage de la région Donbas.

Les travailleurs locaux ont à peine besoin de la propagande de Poutine pour savoir que beaucoup de leurs usinesenfumées seront fermées une fois que l’Ukraine aura rejoint l’UE.

Le gouvernement ukrainien pro occidental a fait très peu pour dissiper les craintes de classe ouvrière du Donbas, qu’ils soient sur le plan ethnique ukrainien, russe, arménien ou hongrois. Peut-être les fanatiques de l’Ukraine occidentale peuvent s’alimenter sur leur haine pour tout le russe de choses, mais les ouvriers et les femmes deDonetsk, Lugansk, de Kharkiv ont besoin de pain et de beurre sur leurs tables.Ces produits de base disparaissent, cependant, comme il devient plus évident que le prix de gaz montera, que la Russie arrêtera d’acheter leurs produits et que l’Ouest fermera leurs usines.

En outre, cette population est si bien organisée et est si fâchée, que même si Kiev décide de recourir à la violence contre eux, cela aboutirait à une guerre civile très brutale. Jusqu’ici, le gouvernement ukrainien a plus ou moins résisté à utiliser la violence, mais la rhétorique virulente des publications ukrainiennes diverses ne semble pas vouloir s’arrêter même après la signature de l’Accord de Genève.

Kiev peut sûrement exploiter les craintes ukrainiennes contre la Russie en invoquant Holodomor (la famine qui a frappé sous Staline des millions d’Ukrainians) ou le Stalinisme ou même le Poutinisme. Il est facile de les bercer des promesses Occidentale, ou sur son système politique et économique avancé. Mais toutes ces souvenirs historiques négatifs et toutes ces promesses n’ont pas dissuadé les craintes d’hommes ouvriers et les femmes qui habitent l’Ukraine Orientale.

Je soupçonne qu’ils ont déjà fait leur choix ou seront poussés vers celui-ci très bientôt par l’incompétence de leur nouveau gouvernement, qui dans son désir irréfléchi et impatient de rejoindre l’Europe ne pouvait inventer rien de mieux qu’insulter sa propre population travailleuse avant de les sacrifier sur le feu de joie du capitalisme d’entreprise, le système économique qui fonctionne à peine à l’Ouest et échouera sûrement en Ukraine.

The views expressed in this article are the author’s own and do not necessarily reflect Al Jazeera’s editorial policy.

 
 
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