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Deux inflexions de Poutine dans son discours historique … qui ne peuvent être isolées du contexte

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A propos de la première guerre mondiale, toutes les célébrations se sont faites plus ou moins par rapport à la situation en Ukraine et à la volonté des Etats-Unis d’aller très loin, cela empreint les propos de Vladimir Poutine d’une grande hauteur historique…

Jusqu’ici en Russie, j’ai l’impression tout le monde était à peu près d’accord sur le caractère impérialiste de la première guerre mondiale… Là Poutine insiste sur la manière dont le Russie impériale a tout fait pour détourner l’Europe d’un choix belliciste, mais malgré tous ses efforts la Russie tsariste n’a pu empêcher la guerre, mais elle a dû intervenir en soutien au peuple slave de Serbie…

Deuxième inflexion, pour la première fois à ma connaissance est plus ou moins critiquée la paix de Brest Livotsk et la manière dont les Bolcheviques ont cédé une partie du territoire parce que la proie de divisions et de luttes pour le pouvoir… Mais les divisions bolcheviques sont aussi celles des élites russes qui menacent aujourd’hui… Résultat, il faut conserver l’unité du peuple russe qui subit une agression, à toutes les étapes de leur histoire, accepter l’héritage de la volonté de paix qui a toujours été le propre de la Russie… Rappel de ce rôle de protecteur (la troisième Rome) par rapport à l’Europe berceau de la civilisation en proie à ses divisions et aux invasions barbares…

Extraits de discours:
Les messages de Vladimir Poutine à la milice populaires, l’Europe, le Russe et toute l’humanité
Aux milices populaires

«Tout au long des longueur siècles la Russie a agi pour les relations solides et confidentielles entre les États.Il en Était ainsi à la veille de la Première Guerre mondiale. Quand la Russie a fait tout pour persuader l’Europe de résoudre paisiblement, sans effusion de sang le conflit entre la Serbie et l’Autriche-Hongrie. Mais la Russie n’a pas été pas entendue. Et elle devait répondre à l’appel, en protégeant le peuple fraternel slave. En se protégeant, les citoyens contre la menace extérieure».

Aux compradors

«Cependant cette victoire a été volée au pays. Elle a été volée par ceux qui appelait à la défaite de la Patrie, de l’armée, semait les différends à l’intérieur de la Russie, se déchirait vers le pouvoir, en trahissant les intérêts nationaux».

À l’Europe

«Reposent là les combattants des différents pays. Mais ils sont liés pour toujours à la tragédie totale. Elle rappelle ce à quoi l’agression et l’égoïsme, les ambitions excessives des chefs d’États et des élites politiques amènent, en prenant le dessus sur le bon sens, et au lieu de la préservation du continent le plus réussi du monde — l’Europe, l’exposent au danger. Bien se rappeler cela aujourd’hui»

À l’humanité

«Bien apprendre à regarder et trouver quand même le pas en avant. À l’humanité, il est grand temps de comprendre et accepter une vérité principale : la violence engendre la violence. la voie vers le monde et la prospérité de tous se forme par la bonne volonté et le dialogue. Et la mémoire, les leçons des guerres passées. Le monument des combattants de la Première Guerre mondiale — non seulement le tribut à leurs grands exploits, est un avertissement sur le fait que le monde est fragile, et que nous sommes engagés à le ménager, à nous rappeler que le plus précieux sur la terre — la vie de paix, tranquille stable

Pour la Russie

«Exactement il y a un siècle la Russie était est obligée d’entrer dans la Première guerre mondiale. Et aujourd’hui nous ouvrons le mémorial à ses héros – les soldats russes et les officiers. Nous ouvrons sur le chagrin de Poklonnoj, qui garde la mémoire reconnaissante la gloire militaire des armées russes, tous, qui à de différentes étapes de l’histoire de notre État ont protégé son indépendance, sa dignité et sa liberté.

http://ru.faktxeber.com/gggggg-gggggggg-gggg-ggggggg-ggggg-ggg-g-ggg-ggggggg_h434060.html

 
 

Vu d’ici: l’essentiel et la méthode pour tenter de le percevoir…

index Ivan le Terrible dans le film d’Eisenstein, il s’est retiré dans un monastère et le peuple vient le chercher.

Les dogmatismes…

Vu d’ici, dans cette situation de guerre civile plus ou moins déclarée avec des zones d’intensité variable, mon pays, la France, me paraît la proie de tous les dogmatismes. Le pire de tous, celui qui ne voit de salut que dans le capitalisme, le marché, l’art jusqu’au bout de tenter de résoudre les problèmes avec ce qui les crée… Dans le cas ukrainien cela devient la nécessité de résoudre les problèmes par un surplus de capitalisme et d’armement… Mais il y a d’autres idées préconçues… Au lieu de partir de la réalité telle qu’elle est, mes chers Français s’obstinent à lire la situation avec les lunettes d’un pseudo dogmatisme théorique applicable en toutes époques, tous pays. Après des années d’atonies, les peuples refont surface et il est refusé d’entendre ce qu’ils disent. En ce moment, le même schéma est appliqué aux printemps arabes, aux ex-pays de l’Union soviétique et ce paradoxalement pour mieux nier les luttes des classes, la manière originale dont elles s’expriment… comme le fait d’ailleurs le capital lui-même dans sa mondialisation… C’est d’ailleurs ce qui le perd.
Mais déjà quand on se réfère à l’histoire d’un de ces pays et de l’ensemble d’une société dont l’économique est déterminant "en dernière instance", comme le faisait Marx dans les Luttes des classes en France et Engels pour l’Afghanistan, c’est dans la méconnaissance la plus totale de la manière dont des civilisations millénaires lui ont donné des modes d’expression…

Partir des petites gens, la négation de la négation…
Tout part du peuple, y compris l’art le plus élaboré. Il est dans les rues avant d’être dans les musées.Ce qu’on pourrait appeler mon "impressionnisme", ma description de la vie quotidienne et des petites gens, part de l’idée que ce sont eux par leur obstination et par le fait qu’ils ne peuvent pas survivre autrement qui font la seule histoire, celle de la lutte des classes. Ou pour parler comme Lukacs, ils sont la négation de la négation. Donc je ne prétends pas à "l’objectivité journalistique" qui n’existe pas, même si les faits restent sacrés et l’interprétation libre, la mienne est orientée vers une pratique, comment transformer cette société"?.

J’utilise la vision du monde du petit homme, le soldat Schweik, Charlot mais aussi Figaro, leur impertinence lucide. En choisissant la solidarité avec le Donbass, oeuvrer pour l’information, la compréhension, nous avons été confrontées avec Marianne à la fin de l’Union soviétique. un événement des plus importants sinon le plus important de la fin du XX e siècle. Les traces sont partout et il est impossible de ne pas les voir dans les rues, les statues, les ruines. Ceux que j’écoute, regarde, entend grâce à Marianne, ont subi comme nous communistes français mais aussi notre peuple français, ce choc sans rien y comprendre. Moi non plus, mais il faut au moins se débarrasser de l’image imposée. On ne peut pas faire autrement que constater cette extraordinaire nostalgie qui n’a rien à voir avec l’intéressant livre sur la fin de l’homme rouge… Le souvenir est celui des temps heureux. Trop facile pourtant de simplement dire que le communisme a été trahi et que l’on peut recommencer à l’identique. l’impression est une déconstruction des a- priori, la croyance en un savoir immédiat qui n’est jamais que l’idéologie de notre société, celle de la classe dominante… mais elle reste ouverte…

En ce moment même je vois des images que vous ne verrez pas en France, celle de la bataille de Lougank, des hommes en bras de chemise avec une casquette pour se protéger du soleil rechargent des armes dans un paysage de ruine… Partout des explosions, des départs de feu. On annonce que l’un des combattants a abattu un avion ukrainien… Le petit homme ne fait pas la guerre par plaisir, il doit être contraint à défendre sa maison, son espace, le peu qu’il a, sa famille et je repense à tous ceux qui me disent en parlant des rebelles: ce sont des hommes simples comme moi…


Qu’est ce exactement que le stalinisme, les Russes aiment les tyrans ?

Par exemple, il est stupéfiant de s’entendre répéter avec obstination que tout a dévié à la mort de Staline et que ça a commencé à pourrir de l’intérieur, l’acceptation de petites corruptions, de petits avantages que l’on achetait avec une fausse ouverture mais qui se traduisait par la catastrophe pour tous. Alors en Français un peu trop cultivé on pense à Ivan le Terrible le modèle de Staline.. Oui mais voilà on ne sait rien des multiples interprétations de l’histoire d’Ivan. Des débats auxquels ça a donné lieu, y compris le film d’Eisenstein… On imagine que la deuxième partie du film a été censurée parce que Staline ne supportait pas d’être comparé à ce tyran paranoïaque. Il n’en est rien Staline se voyait lui-même comme Ivan et il pensait qu’il n’était pas allé assez loin, encombré comme il l’était dans sa religiosité excessive. Et ce qui a été reproché à Eisenstein est une interprétation de la politique étrangère d’Ivan. Si Staline choisit Ivan plutôt que Catherine de Russie ou Pierre le Grand comme référence, c’est parce qu’Ivan se méfie des étrangers européens et qu’il mène la bataille pour ouvrir une fenêtre sur la Baltique contre les Polonais, les Lituaniens, les Allemands. Alors que les puissances européennes, l’Autriche en particulier, l’incitent à aller combattre le musulman au sud, la Turquie et le Tatar son vassal, lui au contraire recrute les Tatars de Kazan pour aller vaincre les Polonais et les Allemands. Il renouvelle l’alliance d’Alexandre Newski (autre film d’Eisenstein) avec les Tatars contre les chevaliers teutoniques. Ce qui est reproché à Eisenstein c’est d’avoir mal interprété, occidentalisée la politique d’Ivan. Et on se doute bien qu’il s’agit de l’actualité, l’Urss et l’Europe. Que peut-elle en attendre? Question encore brulante…


Rancune à l’égard des communistes ou garanties d’un contrôle ?

Deuxième référence mal comprise, le cas d’Ivan est assez proche de celui de notre Louis XI, qui a lui aussi mauvaise réputation. Il abat les boïards, les grands seigneurs féodaux, fonde une armée nationale avec des cavaliers tatars. Et ce qu’on connait mal crée une sorte de système de ville franche dans laquelle le collectif paysan et marchand peut racheter l’impôt payé aux boïards et acquérir un droit de liberté politique qui va jusqu’au droit de juger, mais aussi celui de se mêler de la politique intérieure et extérieure. Dans le fond, l’idée est que la centralisation par l’autocrate empêche les querelles de riches et des puissants, les soumet par la cruauté (idée que l’on retrouve chez un autre contemporain (Henri VIII et César Borgia) et pour se faire s’appuie sur une véritable autogestion généralisée dont le droit est racheté par l’impôt disons national, bien qu’il ne s’agisse pas encore de nation.
Donc quand mes homos-soviéticus disent que depuis la mort de Staline tout s’est lentement pourri de l’intérieur et qu’ils n’ont plus confiance dans les communistes qui ont détruit l’Union Soviétique, c’est très ambigü. Un de nos derniers interviewés, dont je publierai l’interview ultérieurement déclare: "Les communistes, non je ne les veux plus, ils n’avaient qu’à conserver le pouvoir qu’ils avaient et ne pas détruire l’Union soviétique"… Quelques minutes après nous parlons de l’union entre la Chine et la Russie, combien elle inquiète les Etats-Unis et que cela explique peut-être le choix d’Obama de venir créer cette guerre civile…. Le même homme qui ne veut plus des communistes, déclare ils ne pourront pas encercler, la Russie est trop immense, La Chine a plus d’un milliard d’habitants… Et puis en Chine, il y a les communistes qui dirigent"… Je l’interrompt en soulignant la contradiction. Il rit d’être pris la main dans le sac… et affirme: "Ce sont de vrais communistes, celui qui est corrompu on le met en prison…"
Et là tout à coup ce que je prenais pour de la rancune s’éclaire, il ne s’agit pas de bouderie, mais d’exigences de garantie qu’ils ne referont pas pareil, qu’ils agiront pour le peuple et qu’ils ne se contenteront pas de discours en laissant les situation pourrir, l’injustice s’installer. Et cette "rancune" part de l’expérience, non seulement de la manière dont l’Union Soviétique a été détruite par trois ivrognes qui voulaient être tsar, mais comment elle a été pourrie de l’intérieur au point qu’une pichnette a suffi. Et il y a surtout ces terrible 23 ans avec un pays détruits par les appétits d’oligarques sans foi ni loi… On ne recommencera pas avec vous comme si rien n’était, on n’avancera avec des garanties.. En attendant on ne fait plus de politique…
Derrière l’autocrate, l’autogestion… et il ne s’agit pas d’une simple vision de ma part, ce qui pourrait paraître un souci de réhabilitation de Staline que certains me prêteront sûrement, mais elle s’étaye sur cette attention à l’environnement, aux moyens de transport, à l’emploi pour tous… Ils ne font pas de politiques mais ils constatent et déplorent ce grand n’importe quoi des appétits individuels… Il ne s’agit pas pour moi de condamner ou de défendre Staline, je n’ai pas encore tranché le débat qui divise les historiens russes… Après Ivan, il y eut une vingtaine d’années de troubles durant lesquelles se succédèrent 5 tsars impuissants et se déchirèrent les boïards. Est-ce parce que le pouvoir d’Ivan qui avait durablement transformé et marqué la Russie n’avait pas été assez au fond comme le pensait Staline ou est-ce que la cruauté, la terreur avait fait sortir le pire des êtres humains qui s’étala à sa mort, comme si les diables de la soumission servile s’étaient relâchés?
Ce qui est sûr c’est que l’expérience est telle que le petit homme ne se mêlera de politique que il aura la confiance et le contrôle.

L’essentiel: Pourquoi l’Europe veut-elle la guerre?

Deuxième idée, qui dans sa simplicité renvoie aussi au débat entre Einstein et Staline à propos d’Ivan: qu’est-ce que l’Europe?
Et là la réponse dans sa simplicité m’a été apportée par deux femmes de Kharkov qui ne faisaient pas de politique, étaient tellement occupées à travailler , à faire le ménage qu’elles n’avaient rien vu dans leur ville. Elles étaient des mères avant tout, leur ville touche l’oblast de Lugansk et elles ont peur, elles pleurent et ne dorment plus. Parce qu’elles craignent que l’armée ukrainienne prenne leurs époux, leurs fils pour les envoyer combattre les gens du Donbass. Elles regrettent elles aussi la paix, l’égalité de l’Union soviétique. Elles ne savent pas ce qui s’est passé, un matin elles ont ouvert la télé qui leur a annoncé la fin de L’Union soviétique. Ce temps béni où il n’y avait pas de différence entre russes, ukrainiens, biélorrusse et où l’on vivait en paix.
Je leur demande si elles préfèrent l’Europe ou la Russie… Elles me répondent "Pourquoi faut-il choisir? Pourquoi l’Europe apporte-t-elle toujours la guerre?"
Et voilà la réponse au débat entre Eisenstein et Staline: "l’Europe c’est la guerre!"

 

l’homo sovieticus ne fait plus de politique

IMG_20140609_130826La cour de l’espèce d’auberge de jeunesse dans laquelle nous sommes logées Marianne et moi, et où chacun fait sa cuisine.Nous avons interviewé Constantin hier soir dans ce patio.Ce soir deux dames de kharkov… quelques jours de repos studieux…

Constantin est un géant, mi débonnaire, mi inquiétant… L’ogre russe des clichés mais imberbe, il ne reste que la tignasse drue et la carrure. Il nous prend constamment à rebours, nous assène une affirmation qui nous désoriente et puis passe son temps à la nuancer, à tenter avec une sorte de pudeur de dire "je ne suis pas celui que vous croyez: le lourdaud du Donbass que les autres inventent, simplement j’aime qu’un chat soit un chat."

Ainsi il nous dit tout de suite:
-je ne suis pas un réfugié, je viens toutes les années ici à la même époque, je continue.Je prends des vacances au bord de la mer.
Il vit dans une petite ville à 45 kilomètres de Donetsk, Gorlovka qui est tout à fait tranquille. Selon lui l’assaut qu’il qualifie en se moquant "d’anti-terroriste" se limite à quelques villes et villages du Donbass comme Slaviansk, Lugansk, Donetsk. Mais là-bas, ils tirent à l’arme lourde. Hier encore avec un skud ils ont tué à Simionovka.C’est vraiment la guerre on balance des obus et des bombes à fragmentation.

Avec une moue tendue mais cynique dont il ponctuera beaucoup de ses propos, il jette que cette histoire est parfaitement imbécile.
-Qui est imbécile?
– mais les troupes du gouvernement, Pravy Sektor, l’armée…
Pravy Sektor?
-Ou qui que ce soit, quand il y a des troupes il y a un commandant et c’est lui le responsable, pas les troupes. Ce sont des gamins de 18 à 20 ans qu’est ce qu’ils peuvent faire d’autre qu’obéir?
-Vous dites que votre ville est calme, mais est-ce que les gens ont peur?
-Seuls les imbéciles n’ont pas peur.
Chez lui tout est calme et tranquille, personne ne fuit, les enfants et les vieux n’ont pas besoin d’être évacués, mais il a des amis, de la famille, il est très malheureux pour eux.
-Est-ce que vous avez songé à y aller, pour vous battre aux côtés des insurgés ?
– Je ne peux pas y aller. Qui est-ce qui fera mon travail? Qui soignera les gens, les aidera, les sauvera du danger? Qui est-ce qui reconstruira après tout ça?
Il est pompier, pas seulement sur le terrain, il coordonne, c’est un ingénieur de formation avec une spécialité en lutte contre les catastrophes. A la fin de l’interview, il pointera son doigt sur moi en me demandant d’effacer une phrase dans laquelle il a paru s’attendrir sur les risques du métier. Comme si cela lui paraissait indécent par rapport à ce qui se passe.

Comme il continue sur l’idée que tout cela est parfaitement stupide et que bien malin qui sait comment cela finira, je lui demande le pourquoi de tout ça selon lui?

Il hausse les épaules. Tout ça a commencé avec le Maïdan. Pendant qu’ils faisaient les guignols, le Donbass travaillait.
– Des guignols ou des fascistes?
-Au début c’étaient de simples gens. Certaines de leurs revendications étaient justes. C’est après que les paramilitaires sont apparus. Et alors là ils se sont mis à se conduire mal avec les forces de l’ordre. Je suis pompier je sais ce qu’est un homme brûlé. Ils ont jeté des cocktails molotov sur des jeune policiers désarmés. Ils brulaient vif. C’était abominable.

Ces gens ne savent pas se conduire et s’il y a eu un soulèvement c’était que les gens étaient de plus en plus mécontents de leurs manières. Tenez là il y a peu à Simionovka, il y a un hôpital psychiatrique, des gens en milieux ouverts mais aussi des gens dangereux. Ils n’ont pas prévenu qu’ils allaient attaquer, ils ne nous ont pas laissé le temps d’évacuer l’hôpital, avec des gens en crise,violents, d’une force incroyable, une femme de ma corpulence peut dans ce cas mettre à mal quelqu’un comme moi. On n’a pas laissé le temps de gérer la situation. A la fin, nous avons pu en prendre 60 à Gorlovka, c’était très dur de les contenir. Il ne le dit pas mais il a participé à l’opération en tant que pompier et il déclare écœuré:
-C’est une honte de tirer sur une population désarmée, il n’y a même pas d’alerte pour que les civils aillent se planquer… Comment peut-on parler d’humanisme quand on agit comme cela? Depuis le Maïdan, ils ont agi comme ça et ça a mis en colère les gens du Donbass.

Je lui demande s’il a voté au référendum?
-Oui bien sûr, le référendum a été conduit sans la moindre pression, il n’y a même pas eu de campagne, on a juste donné la date et les gens sont venus en masse partout, ils étaient d’accord.
-Pour la séparation?
-Mais non au début il ne s’agissait pas de séparation mais de fédération. Mais au fur et à mesure les gens étaient de plus en plus mécontents et ça c’est encore aggravé avec l’opération dite "anti-terroriste".

Quels objectifs visent-ils selon vous dans cette opération anti-terroriste? Par exemple en déclenchant un tir à l’arme lourde sans prévenir?
-Tuer, détruire les "séparatistes", terroriser les gens. Personne ne sait leur but à part ceux qui leur donnent des ordres.

Qui est-ce qui résiste dans les villes visées, parce qu’il faut un minimum d’armes et de formation pour résister?
Des citoyens, c’est tout le peuple qui se révolte alors il y a de tout, des bas fond aux meilleurs, des citoyens, des bandits, des Tchétchènes, des cosaques de Rostov, toutes les couches de la population.
– des bandits, qui?
-les bandits sont les bandits, il y en partout, la mafia, les voyous… Ils sont là aussi…

-Est-ce qu’il y a une force respectée de tous, qui peut mettre de l’ordre?
-C’est ça le problème. Au départ l’idée est très bonne, mais sous couvert de République, il y a toute sorte d’individus louches…

A propos d’individus louches, je veux l’interroger sur Rinat Akhmetov, un des hommes les plus riches du monde et en tous les cas le plus riche d’Ukraine. Il me fait la liste de ce qu’il possède en Ukraine, dans le Donbass. Son poids dans le secteur minier mais aussi dans le traitement de la coke et même la métallurgie. Quand je veux pousser l’analyse, il se ferme. D’un ton lapidaire, il explique qu’il a ses buts à lui qui ne sont pas ceux des politiciens. "On peut dire qu’il tient le Donbass. Il donne du travail au gens, même si les salaires sont de plus en plus insuffisants et les prix augmentent tous les jours." et toute son attitude témoigne qu’il n’ira pas plus loin, d’ailleurs il ajoute: "Moi je ne fais pas de politique!". Dès le début de l’interview, il nous a expliqué qu’il ne donnerait pas son nom et ne voulait pas être filmé.

Notre lecteur doit retenir cette idée essentielle s’il veut comprendre l’homme du Donbass, celui que je baptise l’homo sovieticus, le travail est sacré, nourrir la famille est l’essentiel et aujourd’hui sous la domination du capital, celui qui donne ce travail c’est le capitaliste. Ceux qui s’imaginent qu’avec un discours ou un changement de discours on séduira l’homo sovieticus se trompent totalement, il faut des perspectives d’emploi, de salaires, de vacances en famille…

Je lui demande s’il a voté aux présidentielles?
– personne dans le Donbass n’a voté. Il n’y avait d’ailleurs nulle part de bureaux de vote et personne n’en cherchait. Ce que raconte la télé ukrainienne sur les votes dans le Donbass ce sont des mensonges. Personne n’a voté, peut-être du côté de Zaporojie, deux ou trois bureaux dans les campagnes. Il n’y a d’ailleurs personne qui mérite que l’on se déplace pour aller voter pour lui.

Le mépris est tangible, dur, comme un mur… personne ne peut le franchir…
-Qu’est-ce que l’Union Soviétique pour vous ?
Son visage s’illumine littéralement… Impressionnant!
– Ah! murmure-t-il, la nostalgie! j’ai grandi en Union Soviétique. Avec mes parents, un été on est parti faire le tour, c’était immense, l’infini, partout on découvrait des pays, des amis, des peuples proches… Dans les magasins, il y avait de tout, enfin tout ce qu’il faut à un être humain pour vivre, tout fonctionnait. Les prix n’augmentaient pas, ils baissaient au contraire et toujours on pouvait vivre mieux…

- Vous avez compris pourquoi tout cela s’est effondré?
– Parce que trois salauds, dans la forêt de Bélovèje après s’être bourrés la gueule ont décidé de devenir tsars (1)… Les trois salauds de Russie, d’Ukraine et de Biélorussie… En 1991, ils avaient fait un référendum, la question était bizarrement conçue et ils nous ont eu comme des bleus, ils ont fait tout le contraire de ce que nous avions décidé.

-Est-ce que c’est pour ça que vous ne voulez plus faire de politique?
– Actuellement à la Rada, il n’y a pas un seul député qui soit digne que l’on vote pour lui.
– Simonenko, le dirigeant du Parti Communiste d’Ukraine? Simonenko, il est du Donbass, il était le dirigeant des jeunes komsommols, on l’a vu lui et sa bande… et il reprend : personne n’est digne que l’on vote pour lui…

Pas moyen de lui en faire dire plus, tout ce que l’on peut faire c’est interpréter… Ces jeunes Komsommols étaient gorbatchéviens, ils font partie de ceux qui nous ont eu comme des bleus. L’ami Constantin a la rancune tenace.

-Qu’est-ce que c’est pour vous un politicien qui soit digne que l’on vote pour lui?
-Quelqu’un qui organiserait, qui créerait les conditions d’une amélioration de la vie, quelqu’un qui s’occuperait de ses subordonnés, qui sortirait le pays du fossé dans lequel il est tombé. Après peu importe qui, le plus important c’est comment il se comporte.

-Que pensez-vous de Poutine?
-Regardez sa cote de popularité, l’an dernier il était à 45% aujourd’hui 80%.
– A cause des événements d’Ukraine?
– Pas seulement, j’ai été récemment visiter un village du bassin minier, qui comprenait jadis 300 foyers, il ne reste plus que 23 personnes, des vieilles babouchkas. Et bien les routes sont asphaltées, il y a des services pour les vieilles dames et un marchand ambulant passe pour leur apporter la nourriture.Chez eux, les localités des puits fermés ne sont pas abandonnées. C’est comme le 9 mai, ils le respectent, c’est sacré. Vous avez vu les routes chez nous en Ukraine?

Je l’interroge sur la chute de l’Union soviétique?
– Est-ce que vous ne pensez pas qu’un système qui dépend de la volonté de trois mecs bourrés qui veulent être tsars est bien fragile?
– Quand s’écroule le système, ce ne sont pas les trois salauds qui sont importants mais ceux qui les manipulent… ceux qui ont concentré le capital entre leurs mains. Et ceux-là ils sont plus prêts de vous en occident que de nous les russes.
– Qui?
-Les Rockfeller… Ceux là ont agi et les trois salauds obéi…
je guette la moindre référence anti juive, elle ne viendra pas mais je ne la provoque pas non plus, il reste sur le capital, même pas les Etats-UNis…et il les décrit…

Ceux-là ils n’ont jamais assez. Ils ne pensent qu’à accumuler des profits. D’ailleurs c’est ce qui fait leur force. L’individu qui a un but clair et qui fait porter tous ses efforts dans cette perspective et le poursuit quoiqu’il arrive est irrésistible. Le capitaliste c’est une machine à accumuler. L’argent produit de l’argent a dit Marx.Et parce qu’il a ce but, il est le plus fort.
Par exemple, à côté de Slaviansk, il y a une petite ville (Sviatogorsk) avec un monastère, c’est un lieu de cure thermale, l’eau y est pure, le lac et les forêts magnifiques préservées. On y a une maison de santé. Chevron, l’entreprise américaine veut extraire du gaz de schiste. Nous on veut pas de ça.

-Vous ne voulez pas que le pays soit pillé?
– Il y a longtemps que le pays est pillé,on s’y est habitué, on a autre chose à faire… La mentalité russe est comme ça: je me sens bien là, toi tu sens bien à côté, et tant que c’est comme ça c’est bien, mais si tu commences à vraiment me gêner, alors là je me fâche contre toi.

-Est-ce que l’Union soviétique pourra revivre?
-Non c’est impossible, il n’y aura pas de retour en arrière, personne ne le permettra. Ceux qui dominent le monde, les capitalistes l’empêcheront.
– Mais en 1917, il y avait les capitalistes et pourtant il y a eu la Révolution?
– En 1917, il y a eu le soutien financier de l’Allemagne, ils ignoraient ce qu’ils déclenchaient, maintenant ils savent… Ils ne connaissaient pas l’Histoire, bien qu’en fait personne ne connaisse l’Histoire, c’est impossible. Les manuels d’histoire sont constamment réécrits en fonction des vainqueurs, bien qu’ils subsiste des problèmes douteux sur lesquels les historiens débattent.
Le camarade Staline et il insiste sur le mot camarade… à son époque a fait des purges massives et ces purges nous ont donné un répit de 60 ans, nous avons eu une économie stable, les prix ne montaient pas ils baissaient. Il a relevé l’économie… bien que beaucoup de gens aient souffert, beaucoup d’innocents ont été injustement accusés…

Je reviens à l’opération anti-terroriste et ses raisons… Nous parlons d’Odessa et je lui demande ce qu’il en pense en tant que pompier…

A Odessa, les gens ont été brulés de l’intérieur. C’était planifié. Les pompiers ont été empêchés d’intervenir pendant un bon moment. Des gens capables de ça il faut leur arracher la tête, avec votre guillotine.
Et il revient sur l’Union soviétique: qu’on le veuille ou non, ce qui s’est passé entre 1917 et 1991 c’est notre histoire. Ces monuments de Lénine ne sont pas de simples copies reproduites au moule comme le buste ici. Ils ont été imaginés par des sculpteurs qui ont travaillé… Ils ont de la valeur… Pourquoi les casser?
Pourquoi viennent-ils ici? Les gens du Donbass sont comme ça. Ils ne se sont pas soulevés quant à l’ouest ils ont réhabilité Bandera, quand ils lui ont érigé des monuments. Ils se sont soulevés quand les gens de l’ouest ont osé comparer Bandera aux héros de l’Union soviétique.
Et là il me parle longuement avec émotion de son père qui a libéré l’Ukraine, est parti combattre les Allemands jusqu’en Pologne et de là est reparti jusqu’à Vladivostok pour libérer le territoire.

Une conversation s’en suit dans laquelle, je lui explique à mon tour que ce que certains d’entre nous découvrent avec leur révolte c’est qu’il y avait une majorité de Soviétiques qui ne voulaient pas la fin de l’Union soviétique et qu’on la leur avait imposée. Il me regarde étonné:
– Mais tout le monde sait ça! Comment pouvez-vous l’ignorer? Il est vrai que j’ai découvert des Polonais qui pensaient que les Américains avaient libéré leur pays des nazis… Ils ignoraient complètement le rôle de l’Union soviétique… Mais je ne savais pas que vous Français vous ne saviez pas comment des marionnettes des capitalistes nous ont imposé ce que nous ne voulions pas…
La conversation porte sur le coup qu’avait été pour les communistes français non seulement l’effondrement de l’Union soviétique mais le fait que personne ne s’était soulevé pour la défendre… je lui parle de la faiblesse de nos luttes, de notre désorganisation, il s’intéresse aux syndicats et me dit : il faut que le syndicat soit indépendant du pouvoir politique…

Et puis je l’interroge à nouveau sur les raisons et les objectifs de cette opération "anti-terroriste" contre le Donbass qu’il juge criminelle et totalement imbécile…

Sa thèse tient en deux faits, le premier est que dans l’ouest, il y a un tel marasme économique que les gens ne rêvent que d’une chose, aller faire les travailleurs agricoles en Europe ou les boniches des européens, alors ils aspirent à être dans l’Europe. Dans le Donbass, nous avons des métiers très durs mais nous travaillons. Un mineur qui descend à 4 heures du matin dans la mine pour 6 heures, ne sait jamais s’il remontera mais il y va et revient avec de l’argent pour nourrir sa famille. Même si c’est de plus en plus dur, les salaires sont de plus en plus insuffisants… On travaille…
Et c’est là pour lui la raison fondamentale de cette agression contre eux. Pendant que tout le monde s’occupe de cette histoire, pendant qu’on nous massacre ça fait un abcès de fixation et on oublie de regarder ce qui est en train de se passer avec ce que l’Europe nous impose: les prix de l’électricité ont augmenté de 50%, pareil pour le gaz et la gryvna (monnaie ukrainienne) a perdu 50% de sa valeur.

Voilà, l’homo sovieticus ne fait plus de politique. Pourquoi ai-je pensé à ce film de Risi, Mains basses sur la ville, où le capitaliste, l’entrepreneur immobilier s’adresse au député communiste qui l’accuse. Ils sont seuls tous les deux dans une tour en construction. Le capitaliste va vers un robinet et dit: "Moi je construis, l’eau coule, je loge les gens. Et toi?" L’homo sovieticus est à jamais orphelin d’un paradis perdu et il le défend becs et ongles comme sa maison, sa famille, le peu qu’il lui reste mais il ne croit plus aux discours. Il a fait l’expérience de toutes les trahisons, des beaux parleurs, des idéologues, des batailles entre partis, des concurrences minables. Et Constantin me regarde d’un air moqueur parce que je suis stupéfaite par sa culture historique en particulier et il me dit: "Vous pensiez que nous étions les brutes du Donbass, frustres, incapables de penser… "
Il fait frais, la nuit est tombée, nous nous quittons, il nous dit "Merci".
Durant tout le temps de l’interview, je pose des questions et Marianne traduit, alors qu’il ne connait pas un mot de français, il lui arrive d’intervenir pour exiger une précision, pour vérifier s’il a été bien compris.
Danielle Bleitrach et Marianne Dunlop

(1)Le 8 décembre 1991, Boris Eltsine, Stanislaw Chouchkievitch et Leonid Kravtchouk, présidents des républiques de Russie, de Biélorussie et d’Ukraine, se sont rencontrés dans la forêt de Belovej, près de Minsk, pour constater que le temps de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) était révolu. Ils ont signé un accord, connu comme Accord de Belovej ou Traité de Minsk, qui a donné naissance à la Communauté des Etats indépendants. (source ria novosti: http://fr.ria.ru/world/20130207/197462828.html)

 
 

lE CENTRE sIMON WIESENTHAL en 2010 dénonçait la réabilitation de Bandera par l’Ukraine

1En janvier 1010 : L’influente organisation juive Centre Simon Wiesenthal a dénoncé l’attribution à titre posthume du titre d’Héros de l’Ukraine à Stepan Bandera, qualifiant ce dernier de collaborationniste nazi responsable du massacre de milliers de Juifs pendant la guerre de 1939-1945.

Dans une lettre adressée à l’ambassade ukrainienne aux Etats-Unis, le Centre fait savoir "sa répulsion la plus profonde face aux hommages rendus à Bandera qui a coopéré avec les nazis dès les première heures de la Seconde guerre mondiale et dont les adeptes étaient impliqués dans le massacre de milliers de Juifs et de représentants d’autres origines ethniques".

"Il est regrettable que le président Iouchtchenko (…) ait choisi de glorifier Bandera et ses complices", écrivent les auteurs de la lettre.

Les défenseurs des droits de l’homme attirent également l’attention sur le fait que la cérémonie d’attribution du titre d’Héros de l’Ukraine à Bandera a coïncidé dans le temps avec la Journée internationale de commémoration des victimes de l’Holocauste.

Le président Iouchtenko installé par les Etats-Unis et l’Allemagne selon des méthodes déjà utilisées dans l’ex-Yougoslavie, en Géorgie et dans les révolutions des fleurs en Asie centrale a sciemment développé le culte de Bandera et fait de lui luttant aux côtés des nazis le héros de l’Ukraine pro-Ruropéenne. Est-ce que cela allait avec une influence accrue de l’Allemagne, en tous les cas les principaux bailleurs de fond ont été les Etats-Unis.

Petit rappel sur la Révolution orange

La révolution orange (ukrainien : Помаранчева революція, Pomarantchéva révolioutsiya) est le nom donné à une série de manifestations politiques ayant eu lieu en Ukraine à la suite de la proclamation le 21 novembre 2004 du résultat du deuxième tour de l’élection présidentielle. Immédiatement les élections sont dénoncées par le gouvernement de Viktor Ianoukovytch et par le puissant clan de Donetsk, dont l’oligarque Rinat Akhmetov, proches des clans russes de Poutine. les manifestations sont organisées par le candidat malheureux à la présidence, Viktor Iouchtchenko et son alliée Ioulia Tymochenko,d’autres oligarques rivaux de Akhmetov. les protestations prennent rapidement de l’ampleur. Elles sont financées par des opposants du clan de Donetsk, qui ont eux-mêmes des fortunes considérables. La révolution bénéficie du soutien des nombreux gouvernements occidentaux, dont celui des États-Unis et de financements d’organisations américaines, elle mobilise plus d’un demi-million de manifestants à Kiev et à travers le pays pendant une quinzaine de jours.

Le résultat immédiat de la Révolution orange est l’annulation par la Cour suprême du scrutin et l’organisation d’un nouveau vote le 26 décembre 2004 qui voit la victoire de Viktor Iouchtchenko, qui réunit 52 % des voix contre 44 % pour son rival Viktor Ianoukovytch ; sa présidence est cependant entachée de crises politiques multiples avec les gouvernements successifs. D’un point de vue géopolitique, la Révolution orange marque un rapprochement de l’Ukraine avec l’OTAN et avec l’Union européenne.

La logistique de ces manifestation semble avoir été largement prévue par les organisations Pora et Znayu, qui ont des liens avérés avec le mouvement Otpor qui avait réussi à faire chuter l’ex-président serbe Slobodan Milošević en juillet 2000 et s’était déjà impliqué dans la Révolution des Roses géorgienne de décembre 2002, ainsi que dans les tentatives de renversement du régime biélorusse de 2001 et 2004.

Ces organisations sont elles-mêmes alimentées par des organisations occidentales, telles le Konrad Adenauer Institut, proche de la CDU, l’Open Society Institute de George Soros, le National Democratic Institute, proche du parti démocrate américain et la Freedom House, proche du gouvernement américain. Selon le journal britannique The Guardian, le gouvernement des États-Unis a dépensé 14 millions de dollars pour organiser la révolution orange, et plusieurs autres organisations américaines, notamment le parti démocrate et le parti républicain, y ont contribué9.

L’origine de ces fonds a été pointée du doigt par l’ex-pouvoir ukrainien, le gouvernement russe ainsi que des groupes occidentaux d’extrême gauche, qui ont accusé le gouvernement américain d’avoir organisé une manipulation de la population ukrainienne pour étendre leur zone d’influence.

Le milliardaire israélo-russe Boris Abramovitch Berezovsky a affirmé qu’il n’envoyait pas d’argent aux partis (ce que la loi ukrainienne interdit) mais « à des mouvements pro-démocratie ». Il affirme avoir transmis l’argent sur les comptes de proches du président Victor Iouchtchenko qui ont, eux, nié ce financement.

 

Moscou renoue avec le premier mai, le premier depuis 1991

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Hier, célébration à Moscou de la Journée du Printemps et du Travail . Cette manifestation officielle ne s’était pas produite depuis la fin de l’Union soviétique (1991). Ce qui prend tout son sens vu le contexte, celui de la tension et de l’endiguement imposée par les Etats-Unis et l’Union européenne, mais cela va plus loin. Il y a d’autres signes comme par exemple les statistiques concernant la santé et le taux de mortalité. Sur le plan politique, les communistes ont le vent en poupe, comme l’ont prouvé les élections municipales dans la 3 e ville du pays à Novossibirsk, mais aussi la semaine dernière les élections autour de Moscou où dans un cas les communistes l’ont emporté sur Russie Unie et partout ils progressent. Si la popularité de Poutine est à son zénith, Est-ce qu’il en est de même de son parti? Les résultats partiels n’en témoignent pas. Ce que l’on avait déjà ressenti devant les cérémonies d’ouverture et de clôture des jeux olympiques de Sotchi était la manière dont la Russie assimilait son passé, l’Union soviétique y était présentée comme une période d’essor mais aussi de joie quotidienne, familiale et c’est le sens des défilés du premier mai où l’on va en famille pour fêter le retour des beaux jours autant que pour célébrer la fête des travailleurs. Tous ceux qui ont vécu dans un pays socialiste quelle que soit par ailleurs leur bilan parlent avec nostalgie de ces moments de fête collective.

Il y a la sortie d’une humiliation représentée par un effondrement organisé partout par l’appareil à son sommet. Henri Alleg racontait la séance de dissolution du parti communiste d’URSS, il y avait 2000 membres de ce parti. 200 s’étaient entendu pour se partager les dépouilles de l’Etat soviétique et les 1800 autres ne savaient plus s’opposer à une décision d’en haut et ils ont gardé le silence. J’ai lu pas mal de textes à partir des archives que les chercheurs dépouillent. Il y a eu vers la fin partout la tentative de provoquer un sursaut dans les entreprises, dans les régions, mais ce qui ressort est deux choses, la première est la bureaucratisation des dirigeants syndicaux et politiques y compris dans les entreprises, leur coupure avec la base, la seconde est le fait que personne ne pouvait imaginer que les avantages acquis, faisant partie de la vie quotidienne seraient remis en cause, cela paraissait naturel, par contre chacun voyait ce qui manquait en particulier en matière de consommation.

Donc près de 100.000 manifestants la première fois que l’on fait appel à eux depuis 1991 ça a un sens…

Plus de 100.000 personnes y ont représenté les syndicats indépendants, le parti communiste de la Fédération de Russie et les partis politiques de la majorité présidentielle (dont Russie unie), tandis que des rassemblements partaient de divers endroits de la capitale fédérale. Le Parti communiste de la Fédération de Russie (‪#‎KPRF‬) et les autres organisations communistes se sont retrouvés place du Théâtre, puis devant le monument Karl ‪#‎Marx‬. Russie juste (opposition de gauche) et le Parti libéral-démocrate de Russie (LDPR, opposition de droite) se sont retrouvés place Pouchkine.

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Publié par le mai 2, 2014 dans civilisation, histoire

 

Lecture d’un tableau sur l’identité ukrainienne

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à propos de ce peintre ukrainien, Igor Pereklita, qui fait surgir l’identité ukrainienne d’un combat contre la Russie – à la fois le communisme et l’Eglise orthodoxe mêlées- il y a affrontement mais aussi détournement, reprise de l’identité communiste et ce qui a été l’union soviétique vers l’apologie du nazisme devenue de ce fait l’identité spécifique de l’Ukraine.

http://histoireetsociete.wordpress.com/2014/05/01/lart-ukrainien-kill-coco-fasciste/

Grace à Marianne et à jeanne sur mon blog ce tableau peut être lu à travers cette double référence:

il y a dans les branches la croix gammée au centre de laquelle trône la nativité à l’enfant au hochet- svastika, une chanson sur la paix, qui date de 1962: "Doucement, soldat, écoute, soldat, les gens ont peur des bombes qui explosent", et le refrain est la vie de l’enfant:
"Puisse-t-il y avoir toujours des nuages,
puisse-t-il y avoir toujours le soleil
Puisse-t-il toujours y avoir Maman
Et moi que j’y sois toujours"
C’est exactement le détournement fasciste des valeurs de la vie . Mais c’est aussi la représentation d’une identité totalement instable…

Tous les enfants la chantaient

 

NOn à la mort et à ceux qui crient "Viva la muerte", ce premier mai à Madrid en 1931,

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Vous que l’on a bercé d’équivalences immondes recouvertes par le terme vide de Totalitarisme, si vous vous interrogez sur ce qui sépare les fascistes des communistes, bien sûr il y a fondamentalement la position de classe, le fait que le fascisme créé un simulacre de révolution pour mieux maintenir le pouvoir capitaliste, bien sûr il y a le fait que pour mener à bien ce tour, il lui faut changer la question de classe en question de race. Mais il y a peut-être quelque chose de plus fondamental et qui rattache le communisme à la pensée humaniste d’un Miguel Unamuno, c’est que le communisme aime la vie… au point de parfois en mourir… (note de danielle Bleitrach)

des images uniques du Premier de Mai 1931 à Madrid, le recteur de l’Université de Salamanque, Miguel de Unamuno était à la tête du défilé.

http://www.liberation.fr/culture/2011/08/13/miguel-de-unamuno-les-mots-qui-tuent_754691

Le 12 octobre 1936, le philosophe espagnol s’attaque au pouvoir dictatorial, au cours d’une cérémonie franquiste célébrée à Salamanque.

Le philosophe Miguel de Unamuno n’a pas prévu de parler. Il n’a donc pas écrit de discours de clôture pour cette «Journée de la race espagnole» – l’anniversaire de la découverte de l’Amérique – que le camp nationaliste célèbre en ce 12 octobre 1936 à l’université de Salamanque. L’Espagne est alors saisie par la guerre civile, déchirée en deux, et c’est dans le palais épiscopal de cette vieille cité que le général Franco a établi ses quartiers, à deux cents mètres de là.

Miguel de Unamuno, les mots qui tuent Par Jean-Pierre Perrin
«Il vous manque la raison et le droit»

En sa qualité de recteur perpétuel, l’écrivain est assis à son fauteuil dans la tribune du grand amphithéâtre, écoutant les autres recteurs qui célèbrent les valeurs de l’ordre nouveau. A ses côtés, sous une photo sépia du Caudillo, il y a précisément l’épouse de celui-ci, Carmen Polo. Le goupillon est représenté par l’archevêque. Le glaive est tenu par un revenant des ténèbres : le général José Millán-Astray, fondateur de la Légion espagnole et officier le plus décoré d’Espagne.

«Cri mortifère»

C’est plus un épouvantail qu’un homme, le spectre même de la guerre : une balle lui a traversé la tête, fracassant sa mâchoire et lui arrachant l’œil droit, dont la cavité est dissimulée sous un bandeau noir. Il a aussi perdu le bras gauche et plusieurs doigts à l’autre main. Mais ses blessures et faits d’armes coloniaux font qu’il est la coqueluche des jeunes officiers nationalistes. De temps en temps, il ponctue les allocutions de son cri de guerre : «Espagne.» L’assemblée, des responsables franquistes et des phalangistes en chemises bleues, lui répond avec le salut fasciste et les trois formules rituelles : «Une», «grande», «libre».

Le professeur Francisco Maldonado vient de s’exprimer, désignant les nationalistes basques et catalans comme «le cancer de la nation». Un autre cri de guerre retentit, celui de la Légion : «Viva la muerte !», que reprend Millán-Astray. Puis, toute l’assemblée se braque sur Unamuno. On sait qu’il méprise l’officier. Et qu’il est incapable de se taire. En 1917, lors d’une autre crise, il avait lancé : «Fondamentalement, je ne suis rien de plus qu’une parole, et comme ne pas parler c’est mourir, franchement, je ne suis pas disposé à mourir.»

Le vieux philosophe se lève, pose sa voix et engage le duel : «A l’instant, je viens d’entendre un cri mortifère et insensé : "Vive la mort !" Et, moi qui ai passé ma vie à forger des paradoxes, je peux vous dire avec l’autorité d’un expert que ce paradoxe incongru me répugne.» Là, le verbe de Unamuno se fait lame, pour percer jusqu’à l’âme le légionnaire : «Le général Millán-Astray est un infirme […]. Tout comme l’était Cervantès [blessé, à la bataille de Lépante contre les Turcs, il avait perdu l’usage d’un bras, ndlr]. Un infirme, qui n’a pas la grandeur spirituelle de Cervantès, est porté à rechercher un terrible soulagement en multipliant les mutilés autour de lui. Le général Millán-Astray aimerait recréer l’Espagne de toutes pièces, une création à son image et à sa ressemblance ; c’est pour cette raison qu’il souhaite voir une Espagne mutilée […].»

Est-ce le cœur qui a fait s’emballer la raison du philosophe ? Ou est-ce la raison qui a fait jaillir le cœur ? Millán-Astray, lui, explose de rage. D’autant plus que Unamuno n’est pas considéré comme un «rouge». Sinon, il aurait été destitué, embastillé, voire tué. Certes, il a été le grand intellectuel de la République, mais celle-ci lui a retiré depuis ses honneurs. L’homme, qui a passé trente-six ans dans le siècle précédent et autant dans celui-ci, est un conservateur, profondément catholique, professant un existentialisme chrétien proche de Kierkegaard – pour lire le philosophe protestant, il a même appris le danois. A l’université de Salamanque, qui fut l’une des quatre premières universités avec la Sorbonne, Oxford et Bologne, il est à cent coudées au-dessus des autres professeurs.

C’est un homme engagé dans tous les débats, et le chantre de Salamanque, dont il n’a cessé de célébrer «la pierre douce et tendre» et «la couleur ardente d’or vieux».«Chaque fois que je vous parle de l’Espagne, quel que soit le sujet, c’est de Salamanque dont je vous parle», disait-il. C’est encore un expert en cocottes en papier, qu’il confectionne quand un visiteur l’ennuie.

Chez cet homme volontiers intolérant, se cache enfin un rebelle dans l’âme ; une des raisons qui l’ont fait soutenir le coup d’Etat militaire. «Il est alors exaspéré par la République, par les désordres, les grèves, les violences. Il avait très peur de la tension sociale. Il pensait que les militaires venaient remettre de l’ordre, qu’ils rentreraient ensuite dans leurs casernes et que ses amis républicains arrêtés seraient relâchés peu à peu. Il ne comprenait rien à la nature du fascisme. Il était dépassé», souligne Tomas Pérez Delgado, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Salamanque.

Le dimanche où les nationalistes sont venus lire à la sortie de la messe leur déclaration de guerre à la République, il est allé, comme s’il ne s’était rien passé, se planter avec sa canne à la terrasse du café Fortuny, sur la place d’Espagne. Et en dépit des arrestations, de la peur qui razzie la ville, de l’armée qui a tiré sur la foule, il y retourne les jours suivants. «Il voulait montrer que la situation était normale, que les événements n’étaient que passagers. A cette époque, il était déjà âgé, isolé, notamment après la mort de sa femme et sous l’influence des religieux», explique Mariano Esteban de Vega, vice-recteur et titulaire de la chaire d’histoire contemporaine. Mais la répression, l’assassinat de plusieurs amis, dont Casto Prieto, le maire de la ville, Salvador Vila, un professeur d’arabe et d’hébreu à Grenade, et Garcia Lorca, vont peu à peu l’ébranler.

Dans l’amphithéâtre, Unamuno a griffonné des notes sur une enveloppe. «Celle d’une lettre envoyée par la femme d’un de ses amis, Atilano Coco, un pasteur protestant emprisonné [et qui sera exécuté], pour lui demander d’intervenir en sa faveur», indique Esteban de Vega. Le tumulte est alors général. Dans son ouvrage, la Guerre d’Espagne, l’historien britannique, Antony Beevor, a retracé la scène : «Le général fut incapable de contenir sa fureur quasi indicible plus longtemps. Il ne sut qu’éructer : "Mort à l’intelligence ! Vive la mort !" Les phalangistes reprirent ce cri et des officiers sortirent leur pistolet. Il semble même que le garde du corps du général ait pointé son fusil-mitrailleur vers la tête d’Unamuno.»

Ultime poème

Mais le philosophe, qui n’oublie jamais son légendaire égotisme, n’en a pas fini :«Voici le temple de l’intelligence, et j’en suis le grand prêtre. C’est vous qui en profanez l’enceinte sacrée. Vous gagnerez parce que vous avez plus de force bestiale qu’il n’en faut. Mais vous ne convaincrez pas. Car pour convaincre, il vous faudrait ce qu’il vous manque : la raison et le droit dans votre combat. Je juge inutile de vous exhorter à penser à l’Espagne. J’ai dit.» Un long silence. Puis, les légionnaires se font menaçants. Carmen Polo le prie alors de lui donner le bras pour le sauver d’un possible lynchage. Sur une photo, on peut le voir sortir de l’université, enveloppé d’une foule le menaçant du salut fasciste (voir ci-contre).

Il sera destitué de son titre et de ses autres fonctions. «Avant, c’était un honneur de pouvoir saluer Unamuno. Du jour au lendemain, plus personne, même au casino [l’équivalent d’un club anglais], ne lui adressa la parole», rappelle Mariano Esteban de Vega. Le cœur brisé, seul, trahi par ses amis, Unamuno allait mourir de chagrin quelques semaines plus tard, le dernier jour de l’année, comme s’il ne voulait pas voir la terrible année 1937. Trois jours plus tôt, il avait écrit son ultime poème. On ne lit plus beaucoup l’auteur du Sentiment tragique de la vie, même à Salamanque. Mais on peut toujours prendre un verre avec son fantôme au Fortuny à l’heure où les feux du soir vendangent les vieilles pierres oxydées pour leur donner cette couleur miel. Ou au bar Niebla, titre d’un de ses romans, sur une placette près de sa maison natale, à côté de sa statue au menton orgueilleux. Et, dans le délicieux petit musée qui lui est consacré rue Libreros, tout près de l’université, on peut découvrir son immense talent dans l’art de la cocotte en papier.

 
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Publié par le mai 1, 2014 dans histoire

 
 
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