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‘Sisters in arms': les femmes kurdes combattantes prêtes « à envoyer ISIS en enfer » (vidéo)

.http://rt.com/news/193972-kurdish-women-fighters-isis/

Publié RT: 7 octobre 2014 18:30
Édité fois: 8 octobre 2014 05:55

RT Photo / Paula Slier

Photo de RT / Paula sournoise

 Les femmes combattantes kurdes déclenchent la peur des militants de l’État islamique, qui croient qu’ils iront tout droit en enfer s’ils sont tués par une femme. RT s’est rendu à la frontière irako-syrienne pour rencontrer le GPJ, le bataillon féminin qui combat IS.

La zone frontalière entre l’Irak et la Syrie est actuellement contrôlée par des bénévoles  kurdes après l’abandon des forces militaires irakiennes et syriennes des passages frontaliers.

Les femmes combattantes  occupent les postes d’observation sur la frontière, ce qui leur permet de surveiller toutes les activités de l’IS en Irak et en Syrie.

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Rosarine, une des femmes, a avoué qu’elle n’avait jamais tiré avec un pistolet dans sa vie avant que la guerre contre l’Etat islamique (IS, anciennement ISIS) ait commencé.


« La première fois que j’ai tiré, j’ai eu peur, mais mon amour pour mon pays était plus grand que ma peur »
elle a dit à Paula Slier de RT. « L’Etat islamique pense que des  femmes ne peuvent pas lutter contre eux, mais nous sommes ici. Nous n’avons pas peur parce que nous savons pourquoi nous nous battons  « 

 Celle-ci qui a 19 ans, qui avait quitté l’école pour rejoindre le GPJ, unités de Protection du peuple kurde, dit que maintenant, elle ouvre le feu « chaque fois que quelque chose bouge [côté IS]. »

Toutes les combattantes, le bataillon sont des bénévoles qui vont au combat sous la devise « Hava » (amitié). Rosarine a ajouté qu’elle et ses sœurs en « armes » ont reçu le plein appui et l’encouragement de leur famille  parce qu’elles  se battent pour protéger la terre kurde et son peuple.

La commandante des combattantes kurdes, Dalil Derki, a déclaré que son unité inspire la terreur chez les militants de l’État islamique, qui ont « déformé l’Islam. »

« Dans leur philosophie les femmes n’ont pas leur propre rôle dans la société. Leur philosophie et leur culture est qu’ils croient que s’ils sont tués par une femme, ils ne vont pas au ciel. Au lieu de cela, ils iront en enfer, » explique-t-elle à RT.

Selon le commandant de GPJ, la moitié des djihadistes sur la frontière ont été tués par les combattantes et « s’ils veulent aller en enfer, ils n’ont qu’à poursuivre la lutte avec  nous. »

Derki dit qu’elle est fière de ses troupes et leur action sur le champ de bataille, elles  « montrent l’exemple aux femmes partout dans le monde. »

Une autre femme soldat, Beritan, dit qu’elle a déjà été dans les nombreux « combats dangereux », dans  une seule bataille, qui a duré « pendant toute une nuit et un jour. »


« Je n’avais pas vraiment peur,  j’étais plus concentrée sur la nécessité de tuer les terroristes que sur ma propre mort »
elle a expliqué.

Beaucoup de filles ont dit à RT qu’elles vont rester des soldats après que la guerre avec l’IS soit terminée car le combat pour un Etat kurde,  un Kurdistan indépendant, est en cours.

Les Kurdes n’ont pas leur propre État, avec la région du Kurdistan s’étendant sur les régions adjacentes de l’Iran, Irak, Syrie et Turquie.

Le conflit kurde avec divers groupes djihadistes prenant part à la guerre civile syrienne, y compris IS, a commencé en juillet 2013 dans la ville syrienne de Ras al-Aïn.

Alors que les forces kurdes ont réussi récemment à avoir des victoires  militaires modestes contre IS dans le nord de l’Irak.

Toutefois, les djihadistes semblent prendre le dessus dans la bataille pour la ville stratégique de Kobani, sur la frontière syrienne

 
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Publié par le octobre 8, 2014 dans Asie, femmes, guerre et paix

 

Une babouchka donne des conseils à Obama

4 at Une grand-mère russe en appelle au Président Obama, Une vidéo drôle et touchante: les conseils d’une grand-mère russe à Obama

Russia Insider-TV., 27 septembre 2014

http://russia-insider.com/en/politics_ukraine_opinion_christianity_society/2014/09/27/03-11-04pm/funny_and_touching_russian

La Babouchka Russe – l’âme de la société russe.

Cette vidéo est très populaire sur l’Internet russe. Une babouchka russe (grand-mère), donne des conseils à Obama, en rimes ! dans la meilleure tradition russe. Elle l’appelle Obamashka, un terme affectueux de son nom en russe. Elle propose de prier pour lui, lui a préparé des blinis (crêpes) et des cakes, pour l’emmener à l’église afin de rencontrer son prêtre et qu’ils puissent ensemble prier pour l’Amérique, et elle déconseille l’acoquinement aux nazis, expliquant que cela finit toujours mal. Elle explique que la Crimée est russe, et a toujours combattu aux côtés de la Russie. Enfin, elle lui recommande vivement de lier d’amitié avec Volodia (nom affectueux pour Vladimir), et lui souhaite bonne chance. Nous sommes experts de la Russie, et nous pouvons vous assurer, il n’est aucune force sur terre qui puisse résister au charme et à la bonté de la babouchka russe.

La vidéo sur youtube

Lena Vasilek présente: Obama, ne va pas à la guerre! Une grand-mère russe en appelle au président des Etats-Unis.

Monsieur le Président Obama-mon petit!

Dear President Obama-child ! Cette grand-mère dit “Obamamuschka » en parlant à Obama. Elle exprime ainsi je crois l’empathie à son encontre, quelque chose comme « mon petit », non seulement comme une grand-mère à son petit-fils, mais comme l’aïeule de la société aux plus jeunes avec le souci de la perpétuation de l’humanité. C’est quelque chose de symboliquement fort.

C’est une humble grand-mère russe de la province d’Orenbourg qui vous parle.
Je m’adresse à votre conscience.
Pourquoi ne pouvez-vous pas vous arrêter, mes chéris, vous suffoquez de sang étranger, après tout.
Nos Petits ne sont pas à blâmer parce que la guerre a été lancée par les riches.
Le diable s’est glissé dans votre tête, mais les Russes devraient aimer les os coincés dans leur gorge.
Obama-mon petit, pardonnez-moi, mais j’ai des parents en Crimée aussi.
Vous pouvez crier tout ce que vous voulez, mais la Crimée a toujours été  Russe!
Vous persistez à parler de Démocratie, mais à vos côtés il y a un gang fasciste.
Vraiment, soyez prudent avec Bandera (Le Parti Svoboda), je connais moi-même ces visages. Comment ils sont venus dans nos villages (Seconde Guerre mondiale) et n’ont pas hésité à nous assassiner.
Je vous parle comme si j’étais votre propre grand-mère affectueuse, il y a trop de méchanceté en vous, Obama-mon petit!
Vous devez prier un peu, vous repentir et changer vos habitudes, vous ne seriez pas alors si tourmenté. Je vous promets, je vous le jure: je prierai pour vous dans la maison de Dieu. Je vais prier pour que ces fascistes disparaissent tous. Vous devriez vous réconcilier avec Vladimir.
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Publié par le octobre 1, 2014 dans Amérique, civilisation, dialogue, Europe, femmes

 

Les charniers de Donetsk seront-ils reconnus comme des crimes de guerre?

Место захоронения людей на территории лесного склада шахты № 22 "Коммунар"

Dans la région de Donetsk, les combattants ont trouvé plusieurs charniers, après le départ des troupes ukrainiennes, de la Garde nationale et de bataillons comme Aïdar.
Dans un premier temps, l’on a annoncé la découverte de 3 charniers, l’un avec les corps d’environ 40 civils, les deux autres avec des corps de combattants. Maintenant, les chiffres ne cessent d’augmenter, au fur et à mesure que les combattants mènent les recherches sur les territoires desquels l’armée ukrainienne s’est retirée. Actuellement, nous en sommes à 4 dans lesquels les habitants furent enterrés rapidement. Ce qui montre l’attitude globale du pouvoir ukrainien, même face à ses hommes, les combattants ont également découverts 6 endroits, où les corps des soldats ukrainiens ont été abandonnés dans des fosses communes creusées dans la nature.
Les corps des habitants de la région portent les marques de violences particulièrement graves. Certains n’ont plus d’organes à l’intérieur, on a retrouvé le corps d’une mère avec son bébé, les corps ont les mains attachées dans le dos, certains ont été exécutés d’une balle dans la tête après avoir été torturés.
Face à cette horreur, le silence de la communauté internationale est insupportable. La Russie demande une enquête internationale pour savoir ce qui s’est passé, qui a commis ces crimes. Une demande va être envoyée à l’ONU et à l’OSCE.
Jusqu’à quel point va-t-on encore s’abaisser et détourner le regard? Nous sommes en Europe. Çà se passe sur notre terre. Pourquoi aller bombarder des pays au loin, si l’on n’est pas capable de faire respecter ses valeurs chez soi?
 

L’organisation des communistes…

.0 Que faut-il penser des nouvelles qui parviennent de Novorossia? Là  ne règne pas encore la paix, la trêve étant fréquemment rompue par des assauts de partisans de la junte, chacun incrimine les bataillons privés aux mains des oligarques qui n’obéissent plus à l’Etat central mais à leurs maîtres, ou comme le très fasciste Semion Semiontchenko qui est aux Etats-Unis en train de recruter des fonds et de l’armement pour son bataillon Donbass.

La coordination des communistes…  Selon les camarades espagnols, il y a des nouveautés importantes … au moins politiquement. Il s’est constitué un SOVIET de MILICIENS ROUGES ou Garde Rouge du Donbass, composé par des combattants de divers bataillons qui sont militants communistes et antifascistes. Il s’agit d’une action promue par des militants des divers partis et de forces qui se rassemblent dans un Front du Travail, que l’on a formé il y a quelques mois et qui regroupe  les antifascistes. Le Conseil (le Soviet chez un Russe) essaie de coordonner politiquement l’effort militaire et les cadres les plus antifascistes de ceux qui sont dans l’armée, ils veulent soutenir la poursuite de la résistance et les commandants qui ont les positions plus antifascistes. Ils considèrent cela  comme une nécessité devant l’inefficacité et la négligence politique des directions de certains des partis.

L’information vous est fournie par l’entremise du camarade Alexei de la milice de Donetsk, DA de Novorossia, Alexei est un excellent et bien formé cadre communiste, précise la nouvelle telle que je la reçois en espagnol.

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Publié par le septembre 23, 2014 dans femmes, litterature

 

« Histoire récente de la laïcité en Pologne » par Monika Karbowska

0 Nous inaugurons aujourd’hui dans ce blog un espace de réflexion, celui d’un espace que l’on pourrait qualifier de post soviétique. Nous avons commencé à partir des événements d’Ukraine, mais c’est un vieux projet que nous avions avec Marianne, depuis 2008 et la crise géorgienne. Il s’avère que ce blog a commencé à fédérer un certain nombre de personnes, des femmes surtout, mais pas seulement, qui ont connu l’ère soviétique et sont toujours dans ce projet qui fut celui pour elles d’un espace de paix et d’amitié entre les peuples malgré les défauts difficilement niables de ce système. L’Europe de l’UE a recueilli un certain nombre de ces expériences mais a voulu faire table rase. Alors voici des articles qui ouvrent le dialogue, à commencer par ceux de cette amie polonaise qui va devenir une collaboratrice régulière. Nous avons également en projet des contributions hongroises, moldaves : comprendre pour un monde de paix et de justice. (note de Danielle Bleitrach)
Monika Karbowska, Czeslaw Janik

La Laïcité jusqu’en 1945

L’idée de laïcité date en Pologne de la Révolution Française. Au 19ème siècle, alors que la Pologne subit le partage des trois puissances, la Prusse, la Russie et la monarchie des Habsbourg, la laïcité est portée par les démocrates indépendantistes, les libres-penseurs, les socialistes et les mouvements paysans de gauche. La Pologne est alors un territoire féodal où l’Eglise catholique est le premier propriétaire foncier parmi une aristocratie complice des puissances occupantes. Les partisans d’une Pologne laïque estiment que seul la modernisation de la société, la suppression du servage et la réforme agraire, l’établissement de l’égalité de tous les citoyens devant la loi permettrons un sursaut national afin de rétablir l’indépendance du pays et reconstruire un Etat. L’exigence de la laïcité fait alors partie de ce programme de modernisation sociale et politique. En effet, lorsque les Polonais obtinrent l’indépendance en 1918 suite à la première guerre mondiale et avec l’appui de la France, les démocrates entreprirent un énorme travail de modernisation du pays, mais se heurtèrent bientôt au pouvoir de l’Eglise. Jusqu’en 1945 la Pologne restait un pays sous-développé où la terre était possédée par ces deux castes, l’Eglise et la noblesse alors que la masse des paysans n’avait pas d’autre choix que de continuer à travailler pour leur ancien seigneur. L’industrialisation et l’urbanisation étaient balbutiantes et dépendantes des investissements étrangers. D’autre part, la Pologne avait hérité de la période des partages d’un code familial qui donnait un grand pouvoir à l’Eglise par le biais du mariage religieux et de l’absence de divorce. Une commission de juristes chargée de mettre au point un nouveau code travailla pendant 20 ans et ne pu se mettre d’accord pour des raisons précisément politiques. Ses travaux inachevés furent interrompus par l’invasion nazie en 1939.

La pratique laïque du régime communiste de 1945 à 1980

La période communiste qui dura de 1945 à 1989 transforma profondément le pays. L’installation du régime communiste fut la conséquence des accords de Yalta où la Grande-Bretagne et les USA avalisèrent la domination de Staline sur l’Europe de l’Est. Le Parti Communiste prit le pouvoir en 1946 par le biais d’un référendum truqué et installa un système de terreur policier avec l’appui actif de l’Armée Rouge restée dans le pays après l’avoir traversé pour combattre les nazis. Cette période de l’histoire polonaise est ponctuée par des soulèvements populaires contre le pouvoir en 1956, 1968, 1970, 1976 et 1980. Mais le communisme polonais, c’est aussi une période de travail de modernisation et de transformation profonde du pays, un programme social et économique original, souvent indépendant des mots d’ordre du protecteur russe. Ce sont trois décennies d’effort d’industrialisation et de modernisation du pays, l’instruction obligatoire de 7 à 18 ans, l’éradication de l’analphabétisme, l’enseignement supérieur gratuit pour des dizaines de milliers de jeunes issus de la campagne ou de la classe ouvrière, une ascension sociale sans précédent des couches populaires.

La période communiste, c’est aussi la mise en pratique d’une certaine forme de laïcité. En effet, parmi les toutes premières décisions politiques du gouvernement communiste figurent l’instauration du mariage civil et du divorce ainsi que la réforme agraire qui démembrait les grandes propriétés foncières et distribuait la terre aux paysans. Cette réforme ne fut jamais contestée, même parmi les plus anticommunistes, même après la chute du régime en 1989. Elle était tout simplement historiquement nécessaire. L’Eglise fut expropriée des biens fonciers agricoles en 1950 alors que fut crée par l’Etat un « fond religieux » destiné à assurer la sécurité sociale et les retraites des prêtres.

La période stalinienne fut une période de conservatisme en ce qui concerne la situation des femmes, puis, suite à la révolution anti-stalinienne d’octobre 1956, les communistes progressistes et les socialistes parachevèrent la séparation de l’Eglise et de l’Etat en légalisant l’avortement et la contraception, et en supprimant l’enseignement religieux à l’école ainsi que la présence des congrégations religieuses dans les hôpitaux. La légalisation de l’IVG et de la contraception ne fut pas imposé d’en haut par le pouvoir mais fut le fruit de l’action sociale de la députée Maria Jaszczuk qui, forte de son expérience sociale et politique auprès des femmes, proposa la loi de 1956 à la Diète. Cette militante socialiste avait animé depuis 1945 les « Comités des Femmes de la Campagne » et dirigé le magazine populaire « Przyjaciolka », (« L’ Amie »). En 1960 fut voté un code familial très progressiste en matière de droits des femmes : l’égalité des conjoints dans la famille était reconnue, l’autorité paternelle supprimée et la protection et l’égalité des enfants garanties notamment par le droit à une pension alimentaire jusqu’à la fin de la scolarité, c’est à dire 25 ans pour les études supérieures. La Pologne était ainsi de 15 ans en avance sur la France dans le domaine des droits des femmes !

Le régime communiste étant une dictature se réclamant d’une doctrine matérialiste, l’Eglise fut soumise à sa pression, notamment durant la période stalinienne de 1949 à 1955. C’est alors que le chef de l’Eglise polonaise, le cardinal Wyszyński, fut placé en résidence surveillée. Par la suite, le régime s’opposait fréquemment à la construction des lieux de cultes et contrôlait par le biais de sa police politique le contenu du discours tenu à l’église. L’Eglise était priée de ne pas se mêler de politique. L’Eglise polonaise fut néanmoins moins persécutée que dans d’autres pays communistes ou des prêtres furent envoyés dans les camps et les lieux de cultes réquisitionnés. Au contraire, le pouvoir était obligé de la ménager, non pas du fait d’un soutien populaire dont elle aurait bénéficiée , mais parce le Vatican ne reconnaissait pas la souveraineté de la Pologne sur les Territoires Occidentaux récupérés sur l’Allemagne. Le gouvernement communiste cherchait donc à s’appuyer sur l’Eglise en appelant à son patriotisme contre le Vatican. Cette politique culmina avec les commémorations concurrentes de l’Eglise et de l’Etat du millénaire du «baptême de la Pologne » en 1966 qui est aussi la date officielle des 1000 ans de la création de l’Etat Polonais. Ce fut à cette occasion que l’archevêque Karol Wojtyla put montrer toute son intransigeance face au régime, une attitude que ne partageait pas à l’époque toute la hiérarchie.

Cependant, les relations entre la Pologne et l’Allemagne furent normalisées en 1972 et les tensions entre la Pologne et le Vatican s’apaisèrent. Dans le pays, la culture religieuse coexistait avec une culture laïque en développement. L’Eglise possédait les rares écoles privées, elle contrôlait deux universités et possédaient ses propres journaux où officiaient des catholiques progressistes. Elle gérait le culte et pouvait même organiser des processions et des pèlerinages. Elle organisait des cours de catéchisme dans les paroisses que les jeunes pouvaient suivre librement. L’école était laïque et dispensait un enseignement dont la base était moins le marxisme qu’une vision patriotique de l’histoire, la culture et la littérature polonaise. Ce consensus patriotique satisfaisait à la fois le pouvoir communiste qui avait une grande considération pour les traditions patriotiques indépendantistes et la droite polonaise qui trouva refuge dans les universités. De nombreux intellectuels étaient sensibles à la critique de l’Occident colonisateur et professaient l’idéal d’une culture polonaise originale, ni occidentale ni orientale, mais justement indépendante et libre. De même, les années 70 voient une timide libéralisation de la sexualité avec la généralisation de la contraception et les débuts d’une sexualité avant le mariage. Le concubinage restait cependant condamné socialement.

Les années 80 et le retour en force de l’Eglise catholique

Le tournant des années 80 fut marqué par une rupture soudaine et brutale liée à l’effondrement du système basé sur l’endettement vis à vis de l’Occident, la crise structurelle d’un modèle d’économie planifiée dans un monde technologiquement interdépendant et politiquement capitaliste ainsi qu’à l’aspiration à une réelle liberté politique matérialisée par l’avènement spectaculaire du syndicat Solidarité en 1980. Ces facteurs conduisirent à un affaiblissement du régime et à l’intensification du pouvoir ecclésiastique. L’avènement de Karol Wojtyla au Vatican est suivi d’une intense propagande politique réactionnaire dans l’Eglise polonaise. Comme celle-ci jouissait d’un statut particulier et était considérée comme un refuge par une population traumatisée par l’état de siège de 1981, les esprits étaient d’autant plus perméables au discours misogyne et socialement réactionnaire.

L’Eglise n’hésita pas alors à organiser une véritable propagande contre ce qu’elle estimait être les raisons de la décadence de la société polonaise, une décadence qui aurait mené les Polonais à se soumettre au pouvoir communiste voire leur aurait permis de trouver quelques attraits à ce régime. Le symbole de cette connivence avec le régime dictatorial communiste et soviétique, l’emblème même de la perdition de la nation polonaise fut le droit à l’avortement dont les femmes polonaises bénéficiaient depuis 1956. L’Eglise polonaise organisa dans les années 80 massivement des « expositions sur l’avortement »: d’immenses panneaux montraient des photos en couleur de fœtus ensanglantés, présentant ces photos comme étant celle d’un avortement. Les photos étaient exposées dans les lieux de culte directement près des autels aux yeux de tous, y compris des enfants .

Dans certaines paroisses de la capitale on pouvait entendre lors du catéchisme des discours tels que « la religion catholique est supérieure aux autres religions, plus élevée que le judaïsme et l’islam », sans parler des religions polythéistes sans complexe assimilées à des inventions de « sous-hommes » . Puis se généralisa dans les sermons dominicaux et lors des grandes messes patriotiques le discours sur la nécessité de « restaurer le pouvoir du père dans la famille », pouvoir malmené par les communistes. La femme bien sûr était souvent présentée comme déchue à cause de sa sexualité, que seul le mariage et l’enfantement pouvait sauver de la souillure du péché.

Ce discours peut néanmoins être considéré comme « modéré », car d’autres groupes propageaient une idéologie encore plus extrémiste au sein de l’Eglise. Des brochures clandestines tenaient des discours ouvertement négationnistes et antisémites. Dans ces publications, l’avortement était présenté comme un génocide comparable à la Shoah. Les coupables du génocide étaient tout désignés : les « juivo-communistes » , les membres du parti communiste qui l’avait autorisé en 1956 et qui étaient donc responsables de l’affaiblissement de la nation polonaise et de l’établissement du communisme. Une Pologne forte et indépendante devrait donc éradiquer les Juifs et les communistes et punir les femmes tueuses d’enfants, sans oublier d’obliger les Polonaises à procréer afin de peupler la Pologne de 100 millions de Polonais. On peut y rajouter des anathèmes homophobes tels que « Marx était pédé et c’est pourquoi il a inventé le communisme » . Ce discours de type fasciste était le fait de groupuscules politiques clandestins se réunissant dans les salles paroissiales, imprimant ses écrits sur les rotatives de l’Eglise et les vendant directement dans des Eglises . Parfois un prêtre introduisait en passant cette rhétorique haineuse dans son sermon. La hiérarchie ecclésiastique n’a jamais désavoué ces groupuscules dont sont issus les principaux partis fondamentalistes catholiques d’après 1989.

Par ailleurs, l’Eglise influençait fortement la jeunesse en l’embrigadant massivement dans le mouvement des « Oazy » (les « Oasis »). Les « Oazy » étaient des groupes de jeunes organisés dans toutes les paroisses sous l’égide d’un jeune prêtre, souvent sémillant, sachant autant manier la séduction auprès de très nombreuses adolescentes que répandre une propagande anti-communiste tantôt sophistiquée tantôt primitive et brutale. Les jeunes venaient aux « Oasis » pour chanter des chants religieux et patriotiques, faire de la musique, participer aux pèlerinages et écouter la bonne parole politique anticommuniste. A la fin des années 80 une très forte majorité de la jeunesse de la classe moyenne était passée par les « Oasis ». Paradoxalement, les classes ouvrière et paysanne, pourtant très ciblées par l’Eglise, étaient moins embrigadées dans ce mouvement.

Cette propagande influença donc la société et favorisa un climat de forte misogynie dans les milieux de Solidarité clandestine. Dans ces conditions, l’éclosion d’un féminisme était peu probable alors même que la société était très fortement politisée et que l’éclatement d’une révolution ou d’une guerre civile semblait imminent.

L’interdiction de l’avortement et la perte de la laïcité

Il convient de rappeler ici, que contrairement à de ce qui « semble naturel » et ce que les journaux occidentaux ont propagé, ce n’est pas des rangs de l’Eglise ni de même des rangs de Solidarność clandestine qu’émergea la dernière révolte populaire qui obligea finalement le gouvernement communiste à négocier avec l’opposition. Dans une société fortement politisée où la vie publique « parallèle », c’est à dire interdite officiellement mais tolérée par le pouvoir, jouait un grand rôle, un groupe écologiste et pacifiste attira l’attention par son action spectaculaire. Comme protestation contre la construction de la première centrale nucléaire polonaise à Żarnowiec, alors que le pays subissait de plein fouet les conséquences angoissantes de la catastrophe de Tchernobyl, les militants s’enchaînèrent aux grilles du chantier. La répression fut dure, mais le gouvernement ne pouvait esquiver le problème, une majorité des Polonais étant opposée à l’énergie nucléaire. En mai 1988 éclata une forte vague de grèves illégales dans tous les secteurs de l’industrie lourde. Elle était menée par de jeunes ouvriers qui ne connaissait de Solidarité que sa légende. Le pouvoir vit qu’une relève se préparait, une relève bien plus déterminée que leurs précédents adversaires. Un peu plus tôt le dernier gouvernement communiste de M. Rakowski organisait un simulacre de référendum préparant le pays à l’organisation d’un marché intérieur privé. Alors que les entreprises publiques étaient entravées par le régime de planification, un secteur de PME privées dynamiques développait l’industrie, le commerce et l’emploi.
C’est ainsi que le régime fut amené à négocier autour de ce qu’on appela la « table ronde » – une longue négociation de sortie du système qui eut lieu entre le gouvernement et les représentants de Solidarité en février et mars 1989. La guerre civile fut évitée. Les premières élections libres furent programmées au 4 juin 1989. C’étaient des élections pour une Chambre crée exprès pour elles, le Sénat, alors que la Chambre Basse devait conserver 70% de communistes, seuls les 30% restants étant soumis au suffrage universel.

C’est dans un contexte de forte campagne électorale, de grèves de protestation de certains milieux ouvriers opposés à la Table Ronde et de défiance généralisée par rapport au régime communiste finissant (n’allait-il pas à la dernière minute écraser le processus électoral alors que l’Armée Rouge s’impatientait dans ses bases en Silésie ?) que tombèrent du parlement encore communiste presque simultanément deux projets de lois : la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat et la loi « pour la protection de l’enfant conçu » qui réprimait l’avortement et punissait la femme de deux ans de prison.

La première loi fut votée le 17 mai 1989 dans l’indifférence générale. Elle fut considérée par la société comme un recul du régime et un progrès pour les libertés publiques. Dans cette loi, en effet, le gouvernement abandonnait l’idée que le pouvoir civil d’origine marxiste devait être anti-religieux et garantissait la liberté totale de la religion par la « séparation » et « l’indépendance » de l’Etat d’un côté et de l’Eglise de l’autre. Or, il ne s’agissait pas tant de la liberté de culte dont les citoyens jouissaient déjà, mais de la liberté de l’Eglise de s’organiser comme bon lui semble sur le territoire polonais. Car l’Eglise catholique n’est pas une association comme une autre, c’est aussi un Etat, le Vatican, qui est également une organisation internationale possédant de nombreuses ramifications structurées dans le monde entier. « L’autonomie » n’est pas la laïcité – rétrospectivement il semble évident que cette loi a permit à l’Eglise de s’émanciper totalement des limites et contraintes que lui imposait l’Etat polonais alors que celui-ci perdait tout contrôle sur l’action du Vatican sur son territoire.

Le deuxième projet de loi, par contre, porté par un groupe de députés chrétiens jusqu’alors proches des communistes, suscita immédiatement la stupeur, la consternation et la colère de la société civile. Les milieux progressistes et laïques se mobilisèrent, indignés par cette aberration, et organisèrent des réunions, des pétitions et des manifestations. Ce furent les premières manifestations en Pologne sur un thème féministe depuis les années 20 ! C’est à ce moment là que fut fondée l’Association pour la Promotion d’un Etat Laïque Neutrum qui fut à la pointe du combat. Elle organisa ainsi une pétition qui rassembla pas moins d’un million cinq cent mille signatures. Tant que dura l’appui médiatique de l’Occident au mouvement, matérialisé par la présence de caméras de télévisions occidentales dans les manifestations, les députés polonais renvoyaient le projet de loi « pour la protection de l’enfant conçu » en commission. Ce va et vient ainsi qu’une mobilisation permanente dura 3 ans. Le Planning Familial Français appuyait et soutenait le mouvement, mais il n’y avait pas encore à proprement parler de mouvement féministe et les rares féministes restaient incomprises. La Fédération du Planning Familial Polonais, créée en 1992 avec l’aide de l’association française Est A Venir, est une coalition de groupe et d’associations nés dans ces premiers combat, mais le féminisme en tant que pensée politique, culture et mouvement n’a vraiment atteint la Pologne qu’à partir de 1996. En juin 1992, les forces manquèrent aux manifestant/es et militant/es…. Il et elles étaient épuisés car avec l’effondrement de l’économie suite aux transformations capitalistes, ils devaient d’abord se préoccuper de leur avenir personnel: ils avaient perdu leurs emplois, leurs structures associatives issus encore du système social communiste, leurs salaires ne valaient plus rien, détruits par une inflation gigantesque… Chacun tentait de sauver sa propre situation et c’est alors que l’Eglise porta le coup de grâce. En décembre 1992 le primat de Pologne, chef de l’Eglise, vint en personne au Parlement tonner contre les députés qui n’avaient toujours pas voté l’interdiction de l’avortement. Il leur asséna que l’Eglise ne soutiendrait pas les réformes capitalistes si les députés ne votaient pas cette interdiction. Comme la majorité était aux mains de députés ultra-libéraux conservateurs avides de dépecer le bien public et de se partager les prébendes de la privatisation, le 7 janvier 1993 les députés votèrent…

D’ailleurs, les hommes politiques ultralibéraux ne furent pas les derniers à faire de la misogynie leur fond de commerce préféré : M.Korwin-Mikke, chef du parti ultra-libéral, se spécialisa dans les diatribes contre le droit de vote des femmes et pour l’interdiction de leur travail, seul le salaire du chef de famille masculin étant selon lui compatible avec un capitalisme pur et véritable. L’Eglise créa également ses propres partis fondamentalistes qui poursuivirent la propagande misogyne contre la contraception, le divorce et les « sorcières », ces femmes qui refusaient leur « condition naturelle de mère et d’épouse ». Les partis fondamentalistes catholiques furent toujours les meilleurs alliés des ultralibéraux dans les gouvernements de 1991-1993 et 1997-2001. Personne n’a à l’époque entendu parler à l’Eglise polonaise d’une « doctrine sociale de l’Eglise » qui serait anticapitaliste. L’Eglise a, au contraire, encouragé et soutenu les privatisations et la loi du marché. Avec le temps elle est devenue l’interlocuteur privilégié de l’Etat sur les questions des droits des femmes : les déléguées polonaises à Pékin en 1995 se distinguèrent par leur vote unanime avec l’Iran et l’Arabie Saoudite contre les droits reproductifs des femmes car elles étaient toutes issues des partis fondamentalistes chrétiens !

Nous pouvons nous interroger sur la simultanéité de ces deux lois apparemment contradictoires qui furent l’œuvre, rappelons le encore, du régime communiste moribond. Le dernier gouvernement communiste croyait-il enrayer sa débâcle électorale en donnant des gages à l’Eglise par l’interdiction de l’avortement ? L’Eglise a-t-elle convaincu les hommes de pouvoir que le chef de l’Eglise polonaise côtoyait quotidiennement dans les négociations de la Table Ronde, que la loi sur la séparation de l’Etat et de l’Eglise permettrait d’assainir les relations conflictuelles entre les deux structures politiques qui se disputaient le gouvernement des âmes ? Si tel est le cas, ce fut pour le gouvernement un marché de dupes et la grande gagnante du jeu fut l’Eglise. En effet, les communistes perdirent totalement les élections du 4 juin 1989, le parti communiste s’autodissolut à l’automne 1989 alors que le premier gouvernement non-communiste de Tadeusz Mazowiecki, un chrétien-démocrate, mis en œuvre la « thérapie de choc » préconisée par le FMI et l’OCDE : fin de la planification, libéralisation du marché, taxation discriminatoire des entreprises publiques afin de favoriser les entreprises privées, convertibilité du Zloty, ouverture des frontières aux produits occidentaux…. Suite à l’élection plus ou moins manipulée de Lech Walesa à la présidence de la République en novembre 1990, les deux gouvernements ultra-libéraux de Bielecki et Olszewski parachevèrent en quelques années la destruction totale du système social et économique polonais par la fermeture d’usines, les licenciements massifs, la destruction de très nombreuses associations et structures sociales qui constituaient l’ossature sociale du pays, le rachat des meilleurs entreprises polonaises par les sociétés occidentales alors que l’arrivée de la publicité occidentale et de la pornographie acheva de dépolitiser ceux qui n’avaient pas encore sombré dans une irrémédiable pauvreté et qui se souvenait que l’objectif de Solidarnośc n’avait pas été le capitalisme sauvage mais bien la création d’un nouveau système social ou l’humain s’épanouirait…

En acceptant « l’autonomie » de l’Eglise Vaticane en Pologne, l’Etat perdit d’abord le contrôle de ce qui se passait au sein de cette structure sur son territoire avant de perdre des pans successifs de sa souveraineté. Très vite, dès 1989, l’Etat perdit l’école publique. Le premier gouvernement non-communiste de Mazowiecki introduisit en effet par décret la religion dans les écoles publiques. Un tollé immense s’en suivit ainsi qu’un débat national enflammé qui condamnait d’ailleurs autant la méthode expéditive du gouvernement que le fond de la question. Les enseignants, qui par ailleurs avaient massivement appuyé Solidarité, furent les premiers à critiquer l’intrusion des curés dans les écoles. Moyennant quelques aménagements (la religion ne devait pas être obligatoire, les prêtres participaient aux conseils de classes mais n’influaient pas sur les notes), le gouvernement fit taire les protestataires. Par la suite les syndicats enseignants de détachèrent de la droite pour revenir au soutien de la gauche post-communiste. Mais désormais, l’école était un bastion de choix pour l’Eglise qui pouvait sans aucun contrôle déverser sur les jeunes esprits sa propagande misogyne contre les tueuses d’enfants c’est-à-dire les femmes ayant avorté ou utilisant la contraception et contre les autres fléaux de la « culture de mort », le divorce, l’homosexualité et l’athéisme. Tout ceci aux frais de l’Etat qui paye aussi bien les enseignants prêtres que laïcs…

Peu de temps après l’Eglise récupéra la quasi totalité des biens nationalisés en 1950 à la faveur des lois de re-privatisation. Celles-ci lui furent bien plus favorables qu’à de nombreux anciens propriétaires privés qui virent leurs usines, nationalisés en 1945, vendues en 1990 à des sociétés transnationales. L’Eglise redevint ainsi un grand propriétaire foncier qui loue ses terrains aux agriculteurs et souhaite d’ailleurs récupérer les fonds de soutien de la PAC en tant que propriétaire des terres arables ! Les associations laïques estiment d’ailleurs que l’Eglise s’est accaparé également de biens qui ne lui appartenait pas avant 1945 car les registres ayant été fréquemment détruit par la guerre, il était difficile de procéder à une évaluation correcte des biens. La décision de re-privatisation revenait alors aux juges locaux souvent soumis au pouvoir de la hiérarchie ecclésiastique locale. L’Eglise a réussi également à se faire exonérer des impôts sur les donations ainsi que sur son activité économique.

Le concordat ou la fin de l’autonomie de l’Etat polonais

En juin 1992 la situation économique et politique tendue menaça de dégénérer en putsch. Les ministres fondamentalistes chrétiens et ultra-nationalistes du gouvernement Olszewski menacèrent de limoger le Président de la République Lech Walesa. Le ministre de l’Intérieur, le sombre Antoni Macierewicz, exhiba à la télévision des « dossiers » de la police politique censés prouver la collaboration de Lech Walesa et le somma de démissionner de la présidence . C’était bien sûr une aberration paranoïaque d’autant plus que Walesa était le plus fidèle soutient du parti fondamentaliste depuis 1990. Mais trois ans de folie ultra-libérale avaient mené l’Etat à la décomposition et la société à la désagrégation totale. La tension était telle que les groupuscules fascisant appelant au limogeage des «communistes » et « hommes de Walesa » pouvaient amener un régime autoritaire au pouvoir. La Yougoslavie nous montrait que la guerre était une issue possible à l’impasse totale. Les liens sociaux se décomposaient, les pauvres commençaient à mendier dans les rues… Spectacle intolérable, inimaginable voilà encore 3 ans. L’incompréhension était totale. C’est alors qu’au plus fort de la tension, l’Eglise et l’Ambassade des USA convièrent les hommes politiques polonais à une négociation au terme de laquelle une « femme-compromis », Madame Suchocka, bras droit du Vatican, devint premier ministre.

Madame Suchocka mena ainsi sans férir la politique la plus réactionnaire qui soit : privatisations, démantèlement du service public, chômage de masse, interdiction de l’avortement en janvier 1993 et signature du Concordat. La signature du Concordat était illégale car selon la Constitution de l’époque, un Premier ministre n’avait pas le droit de signer les traités internationaux portant sur les questions religieuses. Le texte en vigueur à l’époque, la Constitution de 1953 amendée, stipulait que seule une Loi pouvait réguler les relations entre les communautés religieuses et l’Etat. Mais le Vatican cherchait par le Concordat à influencer le contenu de la nouvelle Constitution alors en travaux : l’épiscopat était convaincu qu’il lui était possible d’inscrire le primauté de l’Eglise catholique sur les autres religions dans la nouvelle Constitution et le Concordat devait servir à cimenter cette hégémonie politique. Qu’importe, le Concordat fut dûment ratifié par les ex-communistes, vainqueur des élections de septembre 1993 après 4 ans de stratégie de choc ultra-libérale et d’un affaiblissement spectaculaire de l’Etat polonais.

Le Concordat ratifiait largement les pouvoirs que l’Eglise s’arrogeait dans la vie sociale. En effet, l’Etat se dessaisit d’une prérogative majeure, gagné pourtant après une longue lutte : le contrôle du mariage. Avec l’instauration du mariage concordataire, le mariage civil fut réduit à l’état d’anecdote. En effet, le mariage concordataire rend l’Eglise maîtresse de la cérémonie et lui permet de faire sa propagande contre le divorce par le biais « d’enseignements préparant au mariage » et de « consultations conjugales » alors que l’Etat continue à gérer « les conséquences civiles du mariage », c’est à dire le divorce civil. Petit à petit, le mariage solennel, célébré à l’Eglise, devint synonyme d’une institution éternelle et il devint impensable de le dissoudre alors que la loi le permet pourtant. Bien des jeunes gens et jeunes filles sont aujourd’hui convaincus que le divorce est impossible ou difficile et ignorent complètement leurs droits. C’était bien là l’objectif du Concordat : substituer la propagande à la connaissance des lois. En outre, bien peu oseront se désigner comme athées en préférant un mariage civil au mariage concordataire. Par ailleurs, les procédures de divorce furent transférées des tribunaux locaux aux tribunaux régionaux ce qui rallongea, alourdit et renchérit la procédure. Dans le concordat, l’Etat s’engage par ailleurs à « promouvoir et protéger le mariage » ce qui en dit long sur le mépris et la discrimination que subissent les célibataires.

Selon le Concordat, le Vatican est entièrement libre d’organiser son Eglise en Pologne comme il l’entend. Il ne s’engage qu’à conserver la nomination de ses fonctionnaires, prélats et prêtres, à des hommes de nationalité polonaise. L’Etat a donc renoncé à tout contrôle des activités des prêtres qui de fait ne sont soumis qu’à la juridiction du Vatican. Les interférences entre le droit civil et le droit canon sont nombreuses et mènent à des scandales dont l’Eglise sort souvent victorieuse. Telle est l’histoire par exemple d’une banque locale qui ayant accordé un prêt à une paroisse, s’est vue refusé le remboursement du prêt au motif que la paroisse était régie par le droit canon et que la banque aurait du s’assurer si le prêt respectait toutes les règles de ce droit. La banque porta l’affaire devant les tribunaux et perdit à la Cour Suprême, le droit canon ayant été décrété supérieur au droit civil polonais . Il en est de même pour les très nombreuses affaires de pédophilie ou de corruption où les prêtres échappent toujours d’une manière ou d’une autre à la justice.

L’Eglise use et abuse de son pouvoir et ne se contente pas de soutenir ses partis d’extrême droite présents dans tous les gouvernements ultra-libéraux, de 1990 à 1993 et de 1997 à 2001. Le président de la République actuel, élu en octobre 2005, est soutenu par des hommes de cette mouvance. La propagande électorale retentit dans de nombreux lieux de cultes et il n’est pas rare de voir les curés désigner dans leur sermon du dimanche le candidat pour lequel tout bon Polonais devrait voter. L’Eglise possède aussi ses propres médias, journaux, télévision ainsi que la fameuse « Radio Maryja », célèbre pour ses prêches incendiaires fustigeant l’Europe de la « culture de la mort », la décadence occidentale, et l’athéisme. Mais l’Eglise ne se contente pas de son territoire taillé dans le corps social et politique polonais : elle veut tout le pouvoir. Une loi instituant «les valeurs chrétiennes » à la télévision publique a été votée. La télévision publique reste alors sexiste et ultra-libérale, mais ses « valeurs chrétiennes » se résument à une discrimination permanente des agnostiques, athées, des homosexuels et des féministes. Le discours clérical est ainsi omniprésent dans l’espace public. La deuxième voix de la propagande étant l’ultra-libéralisme, on comprend que toutes les idées dissidentes sont vite étouffées.

l’Eglise garde également la main haute sur l’éducation des jeunes par la propagande anti-avortement et anti-contraception dans les écoles. Elle contrôle ainsi l’ensemble de la société car les prêtres participent aux conseils de classes. Ce contrôle s’ajoute à celui qu‘elle exerce par le biais de la confession. La propagande misogyne sur le thème de l’obéissance naturelle de la femme à l’homme dans la famille est toujours de mise dans les chaires et l’enseignement religieux. De même, les associations ecclésiastiques participent à l ‘élaboration des politiques éducatives de l’Etat, ce qui conduit à l’abandon de l’éducation sexuelle à l’école remplacé par le culte du mariage et d’une politique de prévention du sida tout simplement mortelle : ainsi enseigne-t-on dans les écoles que le préservatif ne protège pas du sida et que seule l’abstinence protège.

Même lorsque après maints combats féministes les socialistes autorisèrent l’avortement thérapeutique en 1996, les avortements légaux sont peu pratiqués car l’Eglise a fortement investi de sa propagande le milieu médical qui, hypocritement, refuse de pratiquer gratuitement dans les hôpitaux les mêmes actes qu’il pratique dans le privé.

L’Eglise a fait régulièrement pression sur le gouvernement socialiste ex-communiste qui de ce fait n’a jamais tenu ses promesses électorales. Réélu massivement par un électorat de gauche en 2001 avec comme mission d’abroger les lois iniques contre l’avortement, le leader socialiste Aleksander Kwaśniewski a conclu dès son élection un pacte avec l’Eglise : en échange du maintient de l’interdiction de l’avortement, l’Eglise s’abstiendrait de faire de la propagande contre l’adhésion à l’Union Européenne pour laquelle le gouvernement menait alors les négociations. La politique de l’Etat se fait de plus en plus sur le dos des femmes alors que l’Eglise ne respecte même pas les termes du contrat : l’année 2003 abondait en prêches incendiaires contre « L’Europe qui tue les enfants, les vieux et les handicapés et que la Pologne a pour mission de ré évangéliser ».

L’Union Européenne a certes fait pression pour que la Constitution Polonaise votée en 1997 comporte le respect des droits humains, dont « l’égalité de toutes les religions », mais dans les faits, le concordat et la situation politique donne un énorme pouvoir à l’Eglise catholique.

Les conséquences de la perte de la laïcité

Les conséquences de la perte de la laïcité sont dramatiques avant tout pour les femmes. Actuellement, 200 000 avortements clandestins à 4500 Zlotys (1000 Euros) chacun sont pratiqués par des médecins dans des cabinets médicaux privés. En cas de complications, les femmes sont démunies puisque les médecins risquent la prison en les amenant à l’hôpital. Une 20-taine de cas de décès suite à des avortements clandestins ont été documentés par le Planning Familial. Le chiffre des avortements pratiqués par les « faiseuses d’anges » est inconnu, le nombres de blessées, handicapées et mutilées par ces pratiques est inconnu également. L’Organisation Mondiale de la Santé a pointé la responsabilité du gouvernement polonais dans la rapide dégradation de l’état de santé des femmes polonaises. De fait, certains examens médicaux, certains soins ne sont plus pratiqués parce qu’ils sont assimilés à un avortement ou peuvent mener à un avortement. La médecine prénatale est en voie de disparition. Les femmes souffrent de violences, discriminations et humiliations dans les hôpitaux lorsqu’elles sont soupçonnées de vouloir avorter ou d’avoir essayer d’avorter . Des expressions telle que « femme enceinte » ou « avortement» ont disparu du vocabulaire public au profit de concepts religieux tels que « la vie », « la mère qui porte l’enfant à naître »… Cette censure du vocabulaire est particulièrement pernicieuse car elle éloigne les femmes de toute faculté à exprimer leur véritable ressenti et à articuler leurs propres intérêts.

Chaque jour apporte son lot d’enfants abandonnés et d’infanticides terribles, alors que ces phénomènes sociaux étaient marginaux en 1989. L’éducation sexuelle est absente : pas de prévention de sida à grande échelle, pas de prévention des grosses précoces et multiples dans les milieux défavorisés. La pauvreté accompagne le désespoir, la violence et la dépression.

La famille ultra-conservatrice s’est trouvée renforcée : alors que peu de femmes polonaises faisaient grand cas de la propagande pour la restauration du pouvoir du père dans la famille menée par l’Eglise dans les années 80, on assiste à une réapparition de pratiques d’oppression disparues en 1945 : mariages précoces, forcés ou arrangés, dot, fiançailles qui ligotent les personnes dans des obligations matérielles et morales, versement d’argent pour l’épouse… L’idéal conservateur de la femme ressurgit en force dans les médias et dans les esprits. Alors que toutes les femmes en âge de travailler travaillaient en Pologne en 1989, il est de bon ton actuellement de choisir une vocation de femme au foyer popularisée par des sitcoms sirupeux et moralisateurs. Plus une femme est aisée, plus elle se doit de se couler dans le moule de la mère et de l’épouse. La popularisation de la pornographie et de la prostitution a favorisé l’émergence de l’image de la « putain » quasiment disparue sous le régime communiste. L’image de la prostituée paraît d’ailleurs à de nombreuses jeunes filles plus enviable que celle de la mère et épouse soumise. C’est qu’on ne leur montre jamais la réalité terrifiante de la prostitution et du trafic de femmes. La quasi totalité des femmes polonaises ignore et veut ignorer les dizaines, les centaines de milliers de femmes polonaises vendues dans les bordels d’Allemagne, de Belgique ou d’Espagne. Alors que l’idée de légaliser le proxénétisme gagne du terrain même chez les féministes, ces femmes immigrées sombrent dans la nuit de l’oubli et du déni. Mais la prostitution est un mot tabou dans la société polonaise actuelle, de même que le chômage ou l’émigration.
Alors que l’image de la travailleuse, chère au régime communiste, a disparu, les intellectuelles, surtout féministes, sont assimilées à des dévergondés occidentales, « un béton que même l’acide sulfurique ne pourrait dissoudre », selon les propos fascistes de l’archevêque Pieronek.

La prise de pouvoir de l’Eglise menace la liberté de conscience. Même les hommes ne sont pas épargnés par la propagande cléricale. Par exemple, un « manuel de la confession », élaboré en 2004 avertissait que les personnes ayant voté pour des partis « dont les programmes sont incompatibles avec l’enseignement de l’Eglise » devaient le confesser. Bel exemple de contrôle de la liberté de conscience que la confession obligatoire !

L’Eglise continue par ailleurs de s’immiscer dans la vie publique : elle a tenté, par exemple, de faire limoger en 2004 la délégué ministérielle à l’égalité, Magdalena Sroda, coupable d’avoir affirmé dans un journal suédois que le modèle patriarcal de la famille catholique conduisait aux violences conjugales. L’Eglise exigea sa démission et les femmes durent se mobiliser par centaines pour sauver le poste de leur déléguée. L’Eglise réussit à faire condamner une artiste, Dorota Nieznalska, pour « injure aux sentiments religieux » dans la même année. Madame Nieznalska avait représenté dans son œuvre un Christ en croix muni d’un phallus… De même l’Eglise continue d’agir sur la politique polonaise en imposant des projets de loi interdisant la fécondation In Vitro et limitant la médecine prénatale, toujours soupçonnée de mener à des avortements. La victoire de l’Alicja Tysiac contre l’Etat Polonais pour défaut de recours dans la procédure d’accès à l’IVG légale, gagné par la plaignante auprès de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, a donné lieu à un déchaînement d’attaques misogynes contre Alicja Tysiac et contre les féministes accusées de « propager le meurtre d’enfant ». C’est à ce discours de haine qu’a mis fin le verdict de la Cour d’Appel de Katowice du 5 mars 2010 condamnant l’archevêché de Silésie à publier des excuses pour avoir comparé Alicja Tysiac aux criminels nazis et l’avortement à la Shoah. C’est la première fois que des discours de haine à l’encontre des femmes tenus par l’extrême droite catholique sont sanctionnés en Pologne, après une longue lutte et un soutien des associations laïques, féministes et catholiques pro choix européennes.

Les conséquences politiques de la situation en Pologne peuvent avoir de graves répercussions en Europe. En effet, la gauche post-communiste ayant systématiquement abdiqué devant l’Eglise depuis 1990 en refusant d’abroger les lois scélérates contre l’avortement jusqu’à 3 fois (1993, 1995, 2001), l’électorat de gauche a complètement perdu confiance dans les élections et la démocratie. Cette perte de confiance est la raison d’une abstention de 60% aux élections nationales de 2008 et aux élections européennes de 2009. C’est avec une minorité de 30% d’une minuscule fraction de l’électorat que le président de la République actuel est arrivé au pouvoir. Les élections de 2008 ont limité les dérives les plus nationalistes du président Kaczynski car l’Union Européenne lui préfère le premier ministre ultra-libéral Tusk, plus prévisible en matière économique. Mais rien n’a changé en ce qui concerne la situation des femmes ou le pouvoir politique de l’Eglise. L’Eglise catholique continue à influer sur la législation polonaise par le biais de la Commission Commune de l’Etat et de l’Episcopat qui examine TOUTES les lois polonaises, notamment les lois sociale et les lois touchant les femmes. La lecture instructive des comptes-rendus des cette Commission nous montre que les ministres polonais obéissent aux injonctions épiscopales quelle que soit leur couleur politique, voire parfois devancent les demandes ecclésiastiques! Aucun progrès dans la situation des femmes en Pologne ne pourra s’accomplir tant que subsistera cette Commission, par ailleurs complètement illégale car non prévue dans la Constitution et les Lois décidant de l’architecture politique de la République de Pologne.
La lutte pour une Pologne laïque sera longue et rude et ne pourra pas réussir sans une coalition européenne pour la laïcité en Europe.

Ecrit en collaboration avec l’Association Neutrum

 
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Publié par le août 17, 2014 dans civilisation, Europe, femmes

 

Il est très important en tant que Juive de m’élever contre l’injustice et de lutter contre toutes formes de racisme.

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Il est très important en tant que Juive de m’élever contre l’injustice et de lutter contre toutes formes de racisme.

Lettre ouverte de Judith Butler

Judith Butler, née le 24 février 1956, philosophe américaine et théoricienne du genre, domaine qui fait couler beaucoup d’encre ces temps-ci, est une intellectuelle complexe qui laisse peu de monde indifférent. Lauréate du Prix Adorno en 2012*, elle fut violemment attaquée pour ses positons critiques et antisionistes sur le conflit israélo-palestinien. Elle s’explique dans cette lettre : autoportrait épistolaire d’une des grandes figures intellectuelles de notre temps.

* Son discours de réception est à lire ici: http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/09/28/pour-une-morale-a-l-ere-precaire_1767449_3232.html

Le Jérusalem Post a récemment publié un article, rapportant que certaines organisations s’opposent à ce que je reçoive le prix Adorno, un prix décerné tous les trois ans à quelqu’un qui travaille dans la tradition de la théorie critique au sens large. Les accusations portées contre moi disent que je soutiens le Hamas et le Hezbollah (ce qui n’est pas vrai), que je soutiens BDS (partiellement vrai), et que je suis antisémite (manifestement faux). Peut-être ne devrais-je pas être aussi surprise du fait que ceux qui s’opposent à ce que je reçoive le prix Adorno aient recours à des accusations aussi calomnieuses, sans fondements, sans preuves, pour faire valoir leur point de vue. Je suis une intellectuelle, une chercheuse, initiée à la philosophie à travers la pensée juive, et je me situe en tant que défenderesse et dans la perpétration, la continuité d’une tradition éthique juive comme le furent des personnalités tel que Martin Buber et Hannah Arendt. J’ai reçu une éducation juive au Temple à Cleveland, dans l’Ohio sous la tutelle du Rabbin Daniel Silver où j’ai développé de solides fondements éthiques sur la base de la pensée philosophique juive.

J’ai appris, et j’accepte, que nous sommes appelés par d’autres et par nous-mêmes, à répondre à la souffrance et à réclamer, à œuvrer afin qu’elle soit soulagée. Mais pour ce faire, nous devons entendre l’appel, trouver les ressources permettant d’y répondre, et parfois subir les conséquences d’avoir parlé comme nous le faisons. On m’a enseigné à chaque étape de mon éducation juive qu’il n’est pas acceptable de rester silencieux face à l’injustice. Une telle injonction est difficile à mettre en œuvre, car elle n’indique pas exactement quand, ni comment parler, ni comment parler de manière à ne pas produire une nouvelle injustice, ou encore comment parler de façon à être entendue et compris clairement et justement. Ma position actuelle n’est pas entendue par ces détracteurs, et peut-être cela ne devrait-il pas me surprendre, car leur tactique consiste à détruire les conditions d’audibilité.

[…] Il est faux, absurde et pénible que quiconque puisse prétendre que ceux qui formulent une critique envers l’Etat d’Israël sont antisémites ou, si juifs, victimes de la haine de soi. De telles accusations cherchent à diaboliser la personne qui articule un point de vue critique et à disqualifier ainsi, à l’avance son point de vue. C’est une tactique pour faire taire : cette personne est inqualifiable, innommable, et tout ce qu’elle dira doit être rejeté à l’avance ou perverti de telle façon que la validité de sa parole soit niée. Une telle attitude se refuse à considérer, à examiner le point de vue exposé, se refuse à débattre de sa validité, à tenir compte des preuves apportées, et à en tirer une conclusion solide sur les bases de l’écoute et du raisonnement. De telles accusations ne sont pas seulement une attaque contre les personnes qui ont des opinions inacceptables aux yeux de certains, mais c’est une attaque contre l’échange raisonnable, sur la possibilité même d’écouter et de parler dans un contexte où l’on pourrait effectivement envisager ce que l’autre a à dire. Quand un groupe de Juifs qualifie un autre groupe de Juifs d’ « antisémite », il tente de monopoliser le droit de parler au nom des Juifs.

Ainsi, l’allégation d’antisémitisme recouvre en fait une querelle intra juive.

Aux États-Unis, j’ai été alarmée par le nombre de Juifs qui, consternés par la politique israélienne, y compris l’occupation, les pratiques de détention à durée indéterminée, le bombardement des populations civiles dans la bande de Gaza, cherchent à désavouer leur judéité. Ils font l’erreur de croire que l’Etat juif d’Israël représente la judéité de notre époque, et que s’identifier comme juif signifie un soutien inconditionnel à Israël. Et pourtant, il y a toujours eu des traditions juives qui s’opposent aux violences des Etats, qui prônent une cohabitation multiculturelle et défendent les principes d’égalité ; et cette tradition éthique vitale est oubliée ou écartée lorsque l’un d’entre nous accepte Israël comme étant le fondement de l’identité et ou des valeurs juives. Nous avons donc d’une part, les juifs qui critiquent Israël et pensent qu’ils ne peuvent plus être juif puisqu’Israël représente la judéité, et d’autre part, ceux qui pour qui Israël représente le judaïsme et ses valeurs, cherchant à démolir quiconque critique Israël en concluant que toute critique est anti-sémite ou, si juive, issue de la haine de soi.

Je m’efforce, tant dans la sphère intellectuelle que dans la sphère publique de sortir de cette impasse, de cet emprisonnement.

À mon avis, il y a de fortes traditions juives, et même des traditions sionistes initiales, qui attachent une grande importance à la cohabitation et offrent une panoplie de moyens pour s’opposer aux violences de toutes sortes, y compris la violence d’Etat. Il est très important en ce moment, pour notre époque que ces traditions soient soutenues, mise à l’honneur, vivifiées, inspirées – elles représentent des valeurs de la diaspora, les luttes pour la justice sociale, et la valeur juive extrêmement importante, celle de « réparer le monde » (Tikkun).

Il est clair pour moi que les passions soulevées par ces questions rendent la parole et l’écoute très difficiles. Quelques mots sont sortis de leur contexte, leurs sens déformés, et ils étiquettent, labellisent un individu. C’est ce qui arrive à beaucoup de gens qui émettent un point de vue critiquant Israël – ils sont stigmatisés comme antisémites ou même comme collaborateurs nazis ; ces formes d’accusations visent à établir les formes les plus durables et les plus toxiques de la stigmatisation et de diabolisation. La personne est ciblée, en sélectionnant des mots hors contexte, en inversant leurs significations et en les collant à la personne : annulant en effet les propos de cette personne, sans égard pour la teneur de ses opinions, de sa pensée.

Pour ceux d’entre nous, qui sommes des descendants de Juifs Européens, détruits, exterminés par le génocide nazi (la famille de ma grand-mère a été anéantie dans un petit village au sud de Budapest), c’est l’insulte la plus douloureuse et une véritable blessure que d’être désigné comme complice de la haine des Juifs ou d’être défini comme ayant la haine de soi. Et il est d’autant plus difficile d’endurer la douleur d’une telle allégation lorsqu’on cherche à promouvoir ce qu’il y a de plus précieux dans le judaïsme, cette réflexion sur l’éthique contemporaine, y compris la relation éthique à ceux qui sont dépossédés de leurs terres et de leurs droits à l’autodétermination, à ceux qui cherchent à garder vivante la mémoire de leur oppression, à ceux qui cherchent à vivre une vie qui sera, et doit être, digne de faire son deuil. Je soutiens le fait que ces valeurs soient issues d’importantes sources juives, ce qui ne veut pas dire que ces valeurs soient spécifiquement juives. Mais pour moi, étant donné l’histoire à laquelle je suis liée, il est très important en tant que Juive de m’élever contre l’injustice et de lutter contre toutes formes de racisme. Cela ne fait pas de moi une Juive qui a la haine de soi ; cela fait de moi une personne qui souhaite clamer un judaïsme qui ne s’identifie pas à la violence d’Etat mais qui s’identifie à une lutte élargie pour la justice sociale.

[…]

J’ai toujours été en faveur de l’action politique non-violente, principe auquel je n’ai jamais dérogé. Il y a quelques années une personne dans un public universitaire m’a demandé si je pensais que le Hamas et le Hezbollah appartenait à « la gauche mondiale » et j’ai répondu sur deux points :

Mon premier point était purement descriptif : les organisations politiques se définissant comme anti-impérialistes et l’anti-impérialisme étant une des caractéristiques de la gauche mondiale, on peut alors sur cette base, les décrire comme faisant partie de la gauche mondiale.

Mon deuxième point était critique : comme avec n’importe quel groupe de gauche, il faut décider si l’on est pour ou contre ce groupe, et il faut alors évaluer de façon critique leurs positions.

[…]

A mon avis, les peuples de ces terres, juive et palestinienne, doivent trouver un moyen de vivre ensemble sur la base de l’égalité. Comme tant d’autres, j’aspire à un régime politique véritablement démocratique sur ces terres et je défends les principes de l’autodétermination et de la cohabitation des deux peuples, en fait, pour tous les peuples. Et mon souhait est, ce que souhaitent un nombre croissant de juifs et non juifs, celui que l’occupation prenne fin, que cesse la violence sous toutes ses formes, et que les droits politiques de chaque habitant soient assurés par une nouvelle structure politique.

 

« Tante Sam » Nuland a donné ses ordres au parti des régions dans un langage de rapeur…

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Selon nos sources dans le parti des régions, lors d’une récente visite à Kiev Victoria Nuland a rencontré les restes des partis politiques au pouvoir. Comme le dit un des articles « Tante Sam », cette harpie de Nuland dans un langage des plus crus auquel cette dame a habitué y compris les Européens leur a donné ses ordres.

Les représentants du département d’Etat conviés avaient été presque tous des membres éminents etc.. Il était prévu que les résultats de la réunion seraient la réhabilitation des anciens partisans de Viktor Yanukovych par les américains mais l’ambiance n’a pas été à la fête.

Même ceux qui connaissent l’anglais du niveau secondaire des études, ont été surpris par l’abondance du vocabulaire utilisé habituellement dans le rap américain. Victoria Nuland a eu des mots, en comparaison desquels son célèbre « Fuck l’UE » relève de l’étiquette royale. Même le traducteur en fin de compte a décidé de réduire les réactions émotionnelles de sa déclaration, et l’expression «le régime de cette pute d’Ianoukovitch » est devenu un « régime criminel » . Et si Mikhail Chechetov et Aleksandr Yefremov réagissaient très calmement à ces affirmations vigoureuses du fonctionnaire américain, Ann Herman, rougissante, commençait à dessiner des gribouillis sur un bout de papier.

Le fonctionnaire de département d’état de haut niveau, en place, a recadré dès la première minute de son intervention les présents en disant qu’il ne serait toléré aucune critique de Petro Poroshenko, qu’il est là pour une longue période, pas de déstabilisation. « Les États-Unis empêcheront strictement tout jeu politique en ce sens » a déclaré Nuland, l’expression « skrasiv » recouvre un autre mot digne d’un charretier.

Elle a également expliqué que cette réunion s’est tenue avec les représentants de « Euro-2012 », après quoi les raisons pour lesquelles Ioulia Tymochenko s’était subitement calmée, sont devenues plus claires.

« Si j’apprends que l’un d’entre vous a critiqué une initiative de votre Président, vous pouvez mettre une croix sur votre carrière politique, » a déclaré Nuland, en promettant que les fauteurs de trouble seraient l’objet de campagnes dans la presse ukrainienne et étrangère et même l’objet de poursuites pénales.

Après le fouet, elle a sorti la carotte et a promis en cas de comportement constructif, Poroshenko serait convaincu de ne pas tenir des élections législatives anticipées. « Si vous et votre groupe vous vous comportez convenablement, alors nous pouvons faire que ce Parlement reste jusqu’en 2015 . » Puis elle leur a donné l’équivalent de consignes de la part de la porte-parole du département d’état des États-Unis.

« Tout d’abord l’ordre devra être imposé dans la région du sud-est et devront être détruits tous les terroristes et les militants, et alors seulement nous pouvons parler d’une sorte de décentralisation et des droits des régions, » a déclaré Nuland.

Il est significatif que la réunion s’est tenue dans une atmosphère de silence total au parti des régions. Se rendant compte qu’elle pouvait abandonner le bâton et détendre la peur des pauvres membres avant la fin de l’entrevue, Victoria Nuland alors tout à fait amicalement commenté son comportement: « J’ai utilisé le style informel de conversation, de préférence à celui habituel aux réunions avec les politiciens ukrainiens ».

http://izvestia.kiev.ua/article/69935

http://antifashist.com/item/tetka-sem-nadavala-opleuh-regionalam.html#ixzz35Y7tLoMd

Source

http://izvestia.kiev.ua/article/69935

 
 
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