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Odessa : les mères de mai

Похороны погибших в результате трагических событий в Одессе 2 мая  Hier soir, nous avons vécu un moment infiniment douloureux, nous avons rencontré une dizaine de mères de jeunes gens qui ont péri dans les événements du 2 mai. Au-delà de toute politique, je ressentais personnellement avec une terrible intensité leur gouffre intérieur, cette impression lue dans leurs yeux que plus rien n’avait d’importance. Il ne leur restait plus qu’une obsession, leur tenant lieu de raison de vivre: empêcher l’oubli. Dire  l’injustice subie et qui se renouvelle chaque jour.. Le fascisme insidieux et qui prétend les faire taire.
Avec une infinie pudeur, elles nous tendaient des photos, celles d’ hommes dans la force de l’âge, avec leur famille, en vacances, et même un adolescent. Vous savez cet enfant, ce komsomol que vous avez vu avec son grand drapeau rouge. Il le portait la veille, lors de la manifestation du premier mai 2014. Sa mère, à peine plus âgée que lui, nous a dit en balbutiant la bouche tordue pour retenir les larmes qu’une cellule communiste d’Italie avait pris son nom. On lui disait combien on l’admirait pour avoir élevé un pareil fils et elle avait la moue d’un bébé et l’oeil embué en balbutiant ces mots. Elle nous a tendu  une photo avec un poème, il avait un regard d’archange. A côté d’elle, pendant toute la discussion, une autre femme ne cessait de prendre et reprendre les images d’un fils à tous les âges, l’une d’elle était encore dans son cadre et elle les battait comme une cartomancienne sans destin, comme si elle cherchait à comprendre seulement ce qui s’était passé. Et puis elles ont parlé et elles ont dit la réalité du fascisme qui s’est abattu sur Odessa, la peur qui avec la mort de leurs enfants s’est mise à planer sur cette ville, un brouillard épais fait de silence, de mensonges, de regards qui se détournent et qui les isole du reste du monde qui ne veut pas voir ce qui se passe dans ce port réputé pour son humeur joyeuse.Pensez à Marseille sur lequel tomberait un silence apeuré.
Helena, qui parle français et qui l’enseigne, nous a expliqué qu’elles n’étaient pas toutes là : c’est  une toute petite partie des mères, des familles.. Elles ont voulu dire chacune leur tour qui étaient leurs enfants. Elles insistaient sur leurs diplômes, leur profession, leurs talents, c’étaient des ingénieurs en bâtiment ; un marin, un étudiant… Il fallait que l’on sache!   » Ils ont dit d’eux que c’étaient des voyous, des SDF, ce n’était pas vrai, ils avaient une vie pleine d’avenir.  Simplement ils n’avaient pas voulu tolérer le fascisme, l’avaient combattu. Je l’ai supplié de ne pas y aller, il m’a dit, il le faut! »  Ces mères  multiplient en vain les interventions pour que la Cour pénale dise et reconnaisse quelles personnes de qualité le pays a perdu.

Celle qui les organisait avait encore son fils en vie mais il était prisonnier pour avoir défendu ceux que l’on battait dans la rue Grecque. Il n’avait pas d’arme, même pas un bâton. Depuis il est en prison, sans le moindre jugement.  Il y a ainsi 80 prisonniers retenus depuis ce jour sans avocat, sans jugement. Cela fait partie du no man’s land juridique dans lequel elles se débattent toutes.  Il n’y a eu aucune déclaration officielle ni sur le nombre de morts, ni de disparus. 82 ou 92 personnes sont ainsi portées disparues et le chiffre de 217 morts est avancé. L’une des femmes travaille dans les services judiciaires et elle a su que ce jour là, dans ce quartier de la ville, ont été recensés sur les registres officiels 61 décès. » Ils ne le disent pas parce qu’à partir de 50 c’est un génocide et ils ne veulent pas le reconnaître. »
Depuis, tous les 2 de chaque mois, elles commémorent leurs morts, la police et la municipalité tentent de les en empêcher. Le mois dernier, ils ont franchi un nouveau seuil, ils ont traîné certaines d’entre elles et des hommes à la police. Dans la nuit, à quatre heures du matin, ils ont perquisitionné chez elles. Elles avaient déposé des fleurs, des photos, des couronnes envoyées de toutes les villes d’Ukraine, la même nuit Pravy Sektor est venu a tout saccagé et emporté les fleurs, les couronnes, les photos et même une croix. Ils ont tout brûlé. Le lendemain, elles sont revenues et avec elles un grand nombre d’anonymes et il y avait encore plus de fleurs, mais la nuit suivante ils ont recommencé. Les gens ont peur et se taisent. Cette institutrice dans une école rurale nous dit en serrant les dents que dans son village personne n’a osé lui présenter ses condoléances. Elle a une coiffe, une résille noire dont s’échappent des mèches grises, elle a l’âge passé de la retraite, elle continue. Elle proteste à la fois contre l’oubli de son enfant et la manière dont on invente l’histoire, les programmes qui changent les faits.
Le cauchemar est ainsi renouvelé et le deuil est impossible, parce que tout est incompréhensible. Ce soir-là, ce fut  l’horreur, souvent apprise sur les chaînes de télé qui commençaient déjà à mentir en inventant que des Russes, des gens venus de Transnistrie avaient attaqué des Odessites. Le cœur battant les jambes ne les portant plus, elles ont couru à la recherche de leur enfant, d’autres de leur mari ou frère, elles se sont jetées devant les assaillants pour sauver ceux qui pouvaient l’être. Helena s’interposait, sauvait des gens sur lesquels ces brutes s’acharnaient elle ignorait qu’à quelques mètres d’elle sont fils agonisait, quand elle l’a retrouvé il était trop tard.

Беспорядки в Одессе

L’une nous explique comment elle a crié aux pompiers : « Pourquoi vous ne sauvez pas les gens dans cet incendie ». Des silhouettes étaient aux fenêtres et ils redescendaient leurs grandes échelles. « Mais pourquoi ? » a-t-elle hurlé et elle refait le geste de leur réponse, ils ont haussé les épaules pour dire qu’ils n’y pouvaient rien, ils avaient des ordres. Elle est convaincue qu’on aurait pu sauver tout le monde.

Пожар в Доме профсоюзов в Одессе
Un autre fils qui accompagnait sa mère nous décrit aussi ce qu’il a vu, ces gens enveloppés dans un drapeau ukrainien dansant une infernale sarabande au milieu des corps étendus et criant leur joie, leur ivresse de la mort… A quoi les mères répondent en écho avec l’exemple de cette femme qui sur un plateau de télévision a applaudi à l’annonce de ce tragique autodafé de leurs enfants.

C’était voulu affirment-elles. Une des femmes, blonde, coupe au carré, encore belle sous le masque de souffrance,  n’a plus de larmes à verser.  Quand je leur demande si je peux publier leur nom, elle m’interpelle au nom de mon pays et de l’Europe qui se tait. « Je n’ai pas peur. Il faut parler : le fascisme c’est une tumeur maligne et si vous ne l’arrêtez pas ici, il reviendra jusqu’à vous comme jadis à Berlin. J’ai été élevée comme quelqu’un de bien, j’ai élevé mon fils de la même manière, avec des principes. Les gens qui sont morts auraient pu être utiles à leur pays. Pourquoi vous taisez-vous ? Pourquoi la France que nous avons libérée, nous les Russes, fait silence sur nous ? Comment vous expliquer par quel enfer nous passons. Pouvez-vous le comprendre?  » Elle n’a même pas de papiers officiels, elle ne sait toujours pas pourquoi et comment est mort son enfant. Ses blessures n’étaient pas thermiques mais chimiques. Il en est ainsi de toutes ces femmes qui font le siège de la commission d’enquête qui n’agit pas. Les mères et les survivants ont même reçu des lettres, dans lesquelles il était écrit « Vous n’avez pas été tués, nous allons réparer cette erreur ! » Ce sont des bêtes. Le fils de Tamara qui était handicapé, un déficient mental…  était au troisième étage quand les assassins l’ont cerné, il était venu à leur rencontre avec pour seule arme une icône, ils l’ont abattu. Ce sont des bêtes féroces à qui l’on croyait pouvoir parler comme à des êtres humains, un innocent…
Et elles poursuivent inlassablement, déroulent le fil de ce qu’elles subissent encore et encore: « Alors imaginez ce que nous avons ressenti quand le président Porochenko se félicite de cette action à Odessa en disant : « Nous voyons le prix payé dans le Donbass pour n’avoir pas arrêté à temps les séparatistes comme nous l’avons fait à Odessa ».  Dans son clip de propagande électorale Porochenko à un moment disait : « Nous construisons un état fort ! », et c’était illustré d’une photo de la maison des syndicats en train de brûler !

Пожар в Доме профсоюзов в Одессе

Le même Porochenko a prétendu que désormais Odessa est une ville bandériste. Ce n’est pas vrai, il ne sait pas ce que les Odessites pensent même s’ils se taisent, s’ils sont figés par la peur, et ils arrivent même parfois à refuser l’ordre fasciste, comme cette pétition par laquelle nous exigions une plaque commémorative là où étaient morts nos enfants, ils sont venus la signer par milliers, silencieusement.

Похороны погибших в результате трагических событий в Одессе 2 мая

Le gouverneur a dit que cela concernait la ville, le maire a dit qu’ils en parleraient au Conseil, mais ils n’ont toujours pas répondu et quand nous allons faire pression pour que tout ne soit pas enterré nos interlocuteurs détournent les yeux et nous disent « laissez tomber ! » « C’est pour ça que nous avons besoin de vous, pour qu’ils se rendent compte que le monde s’émeut de ce qu’ils ont fait… Ils craignent l’opinion européenne, qu’elle s’aperçoive de qui ils sont réellement. » Elles ont fait un livre avec des poèmes de gens émus, d’inconnus, avec la biographie de ceux qui sont morts, disparus. Elles ont fait une exposition sur ce qui s’est passé à Odessa. Cette exposition a été présentée dans la plupart des grandes villes européennes, les fascistes soutenus par l’ambassade d’Ukraine l’ont perturbée en Espagne et au Portugal, en Pologne, mais en France, elles n’ont trouvé personne pour l’accueillir. Elles ont organisé une conférence de presse, il est venu des journaux, elles attendent encore les articles.
Marianne et moi leur promettons que nous allons faire l’impossible pour que cette exposition de photos passe en France, même si nos moyens sont limités. Marianne a commencé à retraduire les légendes des photos de l’exposition, d’en corriger les quelques fautes. Il y a encore tant de choses à rapporter qui prouvent à quel point l’opération a été planifiée, voulue dans son horreur pour faire taire Odessa. Il faut dire encore comment cela s’accompagne aujourd’hui de la « lustration », une purge. La moitié des mères présentes sont des enseignantes, elles savent que des listes sont prêtes, demain elles seront chassées de leur poste. Les critères sont faciles, il ne faut pas avoir été komsomol ni membre du parti communiste, mais tout le monde a été komsomol et Porochenko aussi, il a même été communiste… mais c’est choisi simplement comme un prétexte. « En première ligne sont les Russes ethniques, pas les russophones, Tous les ukrainiens sont russophones et les plus excités des nationalistes ukrainiens se débrouillent mal en ukrainien. Mais ils sont la proie d’une folie russophobe, il faut chasser les communistes, les Russes… Nous sommes des sous-hommes et il faut en purger l’Ukraine… C’est ça le fascisme ! Nous avons perdu nos enfants, on va nous enlever nos emplois… pour nous forcer à partir… C’est fait à grande échelle et c’est pour ça qu’Odessa a peur. »
Voilà, peut-être que le lecteur de cet article comprendra mieux les résultats des élections à Odessa. L’abstention massive malgré le bourrage des urnes, Odessa a été après le Donbass l’endroit où on a le moins voté… Les votes exprimés se sont dirigés vers les partis d’opposition, le parti des région, les communistes, même si les immenses bulletins jetés dans les urnes transparentes sont visibles. Oui Odessa a donné un coup de pied à Porochenko et à son affirmation que la ville était bandériste et vu ce qui se passe ici, c’est une manière d’exploit.
Danielle et Marianne

 
 

Les Odessites ont craché au visage de Porochenko : déclaration du député Alekseï Albu

Албу-150x150Bien que le président ukrainien ait appelé Odessa « une ville bandériste », les habitants du port sur la Mer Noire ont montré ce qu’ils pensaient du pouvoir en place et ont pratiquement boycotté les élections – c’est ce que dit dans une interview au site 2may.org le député au Conseil régional d’Odessa Aleksei Albu, dirigeant de Borotba (communiste), aujourd’hui réfugié en Crimée.
Malgré un bourrage massif des urnes et les falsifications, la participation dans la région n’a pas dépassé 40%.
Je considère que les élections à Odessa sont une victoire pour nous. Les Odessites ont fait un choix essentiel : ils ont refusé de soutenir le pouvoir. Odessa a montré que 70% de la population refuse le pouvoir en place, refuse de soutenir cette farce que l’on a appelé « élections », et la politique menée par le pouvoir actuel. Ces 70%, ce sont des gens qui ont répondu à notre appel de boycott des élections, des gens qui sont allés aux urnes et ont voté blanc ou nul, avec des bulletins invalidés, ou pour des candidants de l’opposition. Même un conséquent bourrage des urnes n’a pas pu sauver la face. Quelles que soient les contorsions de Porochenko, quand il prétend qu’Odessa est pro bandériste, les habitants d’Odessa lui ont craché au visage et se sont essuyé les pieds. J’en suis infiniment heureux !

http://www.2may.org/odessity_pljunuli_v_lico_poroshenko/

 

 
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Publié par le octobre 30, 2014 dans actualités, Europe

 

Le voyage : Retour en arrière dans tous les sens du terme par Danielle et Marianne

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Catherine II à Odessa doit-elle être descendue de son piédestal parce que la nouvelle Ukraine fait une crise de russophobie ?… Une fois de plus…

Depuis hier vous savez ou devriez savoir si vous êtes des lecteurs fidèles de ce blog que de Vienne vers Chisinau nous avons été détournées vers Istanbul et que nos bagages n’ont pas immédiatement suivi. Notre premier contact avec la Moldavie se passe donc dans la file d’attente de la perle du Bosphore. C’est fou le nombre de gens qui parlent français et d’autres langues… LE MOLDAVE est peut-être un rural, tendre, naïf, comme diraient les ethnologues amateurs à la recherche de personnalité de base nationale, mais il est aussi spontanément polyglotte. Enfin, LE MOLDAVE de la file d’attente dans un aéroport turc et qui arrive du Quebec pour des vacances, mais aussi peut-être pour élections du 30 novembre.
Tandis que Marianne fraternise avec une Russo-moldave installée au Quebec et qui élève son fils Dimitri dans la vénération de la mère patrie… russe avec la permanence familiale de l’usage de la langue, moi j’ai une grande discussion avec une Moldave de souche bessarabienne francophone, toujours en provenance du Quebec.
Avec elle, je découvre une autre catégorie post-soviétique, j’entame une nouvelle famille. En Crimée, nous avions été confrontées en juin à un regret quasi-unanime –excepté quelques Tatars russophobes- de l’Union Soviétique, une sorte de paradis perdu. Et dans ce bain de nostalgie on pouvait distinguer en gros deux types de réaction. Ceux qui étaient restés ou devenus communistes et vomissaient les oligarques et ceux qui reprochaient aux communistes d’avoir vendu l’URSS.

Dans ce premier contact avec la Moldavie, je découvrais à travers cette femme d’une quarantaine d’années une nouvelle attitude post-soviétique. Elle n’exprimait pas clairement son vote, mais tout tendait à prouver qu’elle se prononcerait pour l’Europe. Mais rien n’est simple dans cette Atlantide immergée dans la mondialisation et l’économie de marché … Elle regrettait amèrement l’Union Soviétique. Elle m’a expliqué, une bonne demie-heure durant, à quel point la vie y était sécurisante, apaisée. Si vous aviez fait de bonnes études vous étiez assurés de trouver une bonne place. Et surtout, elle y tenait, il y avait un excellent système de santé. Ce sujet lui tenait visiblement à cœur et elle semblait très au fait de la sécurité sociale française. Elle avait vu un reportage à la télévision québécoise : le système de santé français était le meilleur du monde, les Canadiens avaient tenté de le copier, mais c’était en vain. Rien ne nous égalait si ce n’est l’ancienne Union Soviétique. Les Moldaves y étaient protégés, heureux.
Mais là où l’affaire se compliquait par rapport à mes homosovieticus du Donbass et de la Crimée, c’est quand je lui ai demandé : « Pourquoi l’Union Soviétique s’est-elle effondrée alors que la situation y était aussi florissante ? » Elle a répliqué : « C’est la faute des Russes ! »
Pas à cause des trois ivrognes, le secrétaire général du parti communiste de la Fédération de Russie, Eltsine, celui de Biélorussie et celui d’Ukraine qui un soir de beuverie ont « constaté » la fin de l’Union Soviétique et qui ont aussitôt téléphoné au secrétaire général du Kazakhstan, puis à Bush pour lui dire que c’était fait. Non ça c’était l’opinion de l’homosovieticus du Donbass et de quelques autres retraités criméens.
Ma nostalgique franco-québecoise était vraiment très en colère contre l’hégémonie russe : les Russes avaient voulu enlever aux Moldaves leur langue, ils leur avaient imposé l’alphabet cyrillique. Ils leur avaient recomposé leur passé, déporté leur élite nationale au goulag. Ils les avaient remplacés par des Russes venus y compris de Sibérie. Faisait-elle référence à la Transnistrie, ce nationalisme moldave était-il de même nature que celui qui était en train de déferler sur l’Ukraine. Les Roumains avaient été des auxiliaires aussi criminels que les bandéristes pour les nazis, qu’en était-il des Moldaves ? Je l’ai alors interrogée sur la collaboration de certains nationalistes locaux avec les nazis. Elle a paru très fâchée. Ça c’était en Galicie, pas en Moldavie où il n’y avait pas et il n’y aurait pas de fascistes. J’ai vite repris le thème des avantages sociaux et je lui ai demandé pourquoi elle ne votait pas communiste ? Elle a dit que c’étaient les vieux qui votaient avec discipline pour les communistes… Elle avait d’autres perspectives et surtout elle ne voulait plus des Russes, de leur domination. Ce qu’elle espérait de l’Europe c’était ne plus avoir à faire à la Russie, mais à des peuples latins et surtout que tous y jouiraient d’une sécurité sociale à la française et que l’Union européenne agirait contre l’insupportable corruption des oligarques, leur pillage incroyable. En fait, il n’y avait personne en Moldavie avec un tel programme et c’était dommage. Ce qui était stupéfiant dans son discours était la manière dont cette Moldave vivant au Québec avait recyclé dans un syncrétisme tout à fait personnel, son expérience soviétique, ses aspirations nationalistes et ses espérances sociales avec la propagande de l’Occident russophobe dominante au Canada comme aux Etats-Unis et en France.
Dans le taxi qui nous ramenait de l’aéroport à l’hôtel Cosmos où nous étions sensées attendre des bagages qui n’arriveront que le surlendemain, avec Marianne, nous interrogeons en russe le jeune chauffeur de taxi, il n’a pas la trentaine. Pour qui pensait-il voter ? Il n’attendait rien de bon ni de l’Europe, ni des Russes. Les vieux allaient sans doute voter massivement pour les communistes parce qu’ils espéraient reconstruire l’Union Soviétique, mais c’était une illusion. Ce temps était passé, il ne reviendrait plus. « Les démocrates » pro-européens s’étaient déconsidérés ces dernières années en pillant plus qu’il n’était raisonnable et tout le monde était perdu. Dans certains villages, un riche venait et offrait des concerts gratuits et le village s’apprêtait à voter pour lui dans l’espoir d’un autre concert. C’était ça désormais la politique, ce n’était pas sérieux. Nous lui avons demandé ce qu’il pensait LUI de l’Union Soviétique ? C’était mieux, il était enfant, mais il sait que c’était mieux. Il y avait de bonnes formations débouchant sur un bon emploi avec des maîtres respectés. Mais on ne pouvait plus se faire d’illusion comme les vieux, ce temps là ne reviendrait plus. Alors il ne savait plus pour qui voter, tout en étant conscient que tout dépendait de gens comme lui, les hésitants, ils feraient la différence pour le mal plutôt que pour le bien.
J’ai ressenti hier quelque chose de semblable face à des amis Odessites qui nous accueillaient. Ils s’affirmaient communistes, c’étaient des intellectuels marxistes à sensibilité stalinienne, enfin c’est peut-être un peu rapide. L’un d’eux nous faisant visiter la ville nous a désigné le boulevard Alexandre II. C’était devenu le boulevard Staline, puis avec la déstalinisation le boulevard de la Paix et c’est redevenu depuis l’indépendance de l’Ukraine le boulevard Alexandre II. La rue perpendiculaire était la rue Juive avant l’Union Soviétique, elle a alors été baptisée rue Bebel, du nom du révolutionnaire allemand et aujourd’hui elle est redevenue rue Juive. Mais les gens ont pris l’habitude de dire les deux noms. Sous l’Union soviétique c’était la rue Bebel juive et maintenant c’est la rue juive-Bebel.
C’est ridicule cette manie d’effacer les deux noms et maintenant cela devient un vrai délire, nous a expliqué notre guide devant le monument à Catherine II. Les Soviétiques avaient détruit le monument et l’avaient remplacé par une statue glorifiant les marins du Potemkine et ils avaient transféré Catherine II au musée de la ville. A la chute de l’Union Soviétique, retour de Catherine II, flanquée à son piédestal de quatre de ses anciens amants qui avaient beaucoup œuvré pour Odessa, dont Potemkine. Des statues modernes. Maintenant il y a une plainte déposée devant les tribunaux demandant la destruction du monument à Catherine II et le refus désormais de la désigner comme la fondatrice de la ville au profit d’une obscure citadelle turque et de son commandant attaqué par les troupes russes. Lénine ne leur suffit plus, ils s’attaquent à Catherine II et à Pouchkine…

Cette manie de refaire le passé pour mieux imposer un présent qui ne convient à personne est désastreuse, onirique, l’histoire revue par Kafka. Et pourtant c’est très concret pour mon interlocuteur odessite. Il a fait des études d’histoire, il était jeune assistant à la fac d’histoire et se spécialisait dans le XVIII e siècle, se consacrant pour son plaisir personnel à Pouchkine. Quand il y a eu « l’indépendance » de l’Ukraine et surtout le retour en force des réactionnaires même des fascistes, il a perdu son poste d’enseignant-chercheur. On n’avait plus besoin de spécialistes de l’Histoire russe et de Pouchkine. D’ailleurs en ce moment, les fascistes parlent de détruire la statue de Pouchkine, l’écrivain russe par excellence. L’enseignant a été jeté à la rue et a dû multiplier les petits boulots, les agences, les expertises… Il n’avait pas été fait pour ça… C’est lui qui refuse de nous faire visiter le grand marché d’Odessa au Kilomètre 7 et qui nous explique que là certains de ses amis, chassés comme lui de l’enseignement, faute de crédits pour leur spécialité et désormais de crédits tout court se sont retrouvés dans ces trafics de contrebande. Pour nous aussi, communistes français, la fin de l’Union Soviétique a été un choc, mais nous mesurons mal ce qu’elle a été à la base pour tous ces gens confrontés concrètement aux conséquences.

Ne nous faisons pas d’illusion en France nous avons aussi cette manière de revoir l’Histoire, les sujets qui n’ont aucune chance d’être agréés par le ministère en ce qui concerne la révision académique ou ce que nous raconte Irina : comment elle est venue à Paris pour faire une conférence sur ce qui s’était passé à Odessa. Dans un grand hôtel, une grande partie de la presse française était là en tous les cas le Monde, Libération et d’autres. On leur a montré des photos sur les événements du 2 mai, le massacre dans la maison des syndicats. Mes amis odessites attendent encore le moindre article. Mieux ou pire, ils ont une exposition itinérante avec des photos, des témoignages, elle est passée dans la plupart des grandes villes d’Europe, elle a donné lieu à des contre-manifestations fascistes au Portugal et en Espagne. Mais à Paris, il a été impossible de trouver où et avec qui la présenter…Comment vaincre ce négationnisme du présent qui s’empare de notre pays, ce trafic de nos mémoires… En rentrant, nous allons tenter de nous battre avec toujours les mêmes amis, mais ce bâillon nous étouffe et nous ne comprenons que trop ce que ressentent nos amis de l’est… Ce présent qui se recompose à chaque instant au gré de jeux politiciens…
Et là, je rejoins les réflexions du chauffeur de taxi moldave et celui de cet universitaire communiste qui continue à se battre avec courage en tentant de faire passer des informations sur la fascisation d’Odessa, alors qu’il voit tous les jours des gens arrêtés, menacés. Quelle est leur relation au vote communiste. Le chauffeur de taxi moldave n’y croit plus et l’historien n’a pas voté à ces élections. C’est une farce, est-ce que l’on peut voter quand le sang est répandu explique-t-il ? Fallait-il voter communiste ? Sa relation au parti communiste ukrainien et à Simonenko est compliquée. Les communistes à la chute de l’Union soviétique étaient en deuxième position, les gens croyaient encore en eux… Mais ils ont mené une mauvaise ligne… Ils se contentaient de discours à la Rada, de proclamations légalistes, mais ils n’ont rien fait pour mobiliser le peuple, lui donner la force d’un combat y compris contre le fascisme qui renaissait. Qu’on le comprenne bien, à la base les communistes sont les meilleurs et témoignent de courage, mais le parti ne sait plus mobiliser. Il est pro-ukrainien, légaliste, dernièrement il a même renvoyé des membres qu’il accusait de séparatisme et de tenter d’agir comme le faisaient les communistes dans le Donbass. C’est actuellement ce qu’il y a de mieux en Ukraine et ils nous laissent démunis devant le fascisme. Nous sommes obligés de nous reconstituer nous-mêmes dans des actions plus symboliques qu’autre chose. Nous sommes isolés, désorganisés et ils n’ont pas eu le courage d’affirmer une position claire de rupture avec l’ordre ou le désordre qui s’installait. Le fascisme est là, il domine, même si au niveau électoral il a des résultats médiocres, si ce sont les USA qui ont placé leur marionnettes à la tête du pays, il y a une armée parallèle qui fait pression, exerce la peur et qui agit quand nécessaire. Il raconte que madame Nuland est venue à Odessa en jeep comme si elle gouvernait la ville, flanquée de Kolomojski lui-même. Ce pouvoir n’a plus à cacher ses racines, et ses sections d’assaut. Il est le cynisme. Le vote n’est qu’une plaisanterie et les communistes ont été éliminés, c’était le but de la manœuvre, non parce qu’ils représentaient en Ukraine une force dangereuse mais parce que c’était un symbole, la victoire du fascisme passe par l’élimination des communistes.
Marianne me dit : « Tu te rends compte, partout ce parti communiste dont on attendait quelque chose au lendemain de la chute de l’Union Soviétique ! En vain, son temps est passé et il faut tout recomposer à la base dans le désordre… dans les pires conditions, dans une confusion généralisée». Nous savons elle et moi qu’il ne s’agit pas seulement du parti communiste moldave et ukrainien. Depuis que j’ai découvert en 2008 que la chute de l’Union Soviétique n’avait pas tout à fait été ce que je croyais, nous avions décidé toutes les deux de partir à la recherche d’une autre vérité. Les peuples avaient subi la fin de l’Union Soviétique comme une trahison et ceux qui l’avaient connue n’en demeuraient pas marqués par pur masochisme comme l’avait inventé l’auteur de l’Homme rouge Svetlana Alexiévitch « qui a souhaité occuper ce créneau à sa manière de peur que l’on découvre ce qu’il en était » commente Marianne, mais bien parce qu’ils en conservaient un souvenir d’amitié, de justice et de paix. A cette nostalgie de la communiste se mêlait chez moi des relents de Yiddishland et là aussi le gâchis était considérable, irréversible peut-être, Israël, Bernard-Henry Levy et l’immonde Kolomojski avaient remplacé Marx, Rosa Luxembourg et même le héros de Babel Benia Krik le roi des mendiants, le brigand qui vole les riches et porte en lui toute l’insolence d’Odessa. On parle ici des juifs banderistes par dérision…
Dans le fond, avec ce jeune chauffeur de taxi moldave et ce professeur d’histoire d’Odessa surgissait la nécessité d’un nouvel espace à construire… Un peu comme à la Restauration, en France, renaît un nouveau mouvement sur le désespoir de la fin de la République et même de l’Empire, quand le héros stendhalien cherche à se repérer sur un champ de bataille incompréhensible ou hésite entre l’arrivisme et l’amour, le rouge de l’armée ou le noir de la prêtrise. Quand j’étudiais l’histoire de Marseille, je suivais la reconstruction du mouvement marseillais, dans les cabarets tenus par des demi-soldes napoléoniens, chez des diplômés qui n’avaient pas de perspective… du désordre, de la confusion…
Il y a la proposition du continent eurasiatique, la manière dont certains partis communistes continuent à penser, ça éviterait de repartir à zéro… il y a cette fascisation avec ses nouveaux boucs émissaires… Comment penser ce monde là ? S’opposer à la brutalité fasciste et à la guerre est la seule solution, défendre la sécurité sociale, l’éducation, les droits, c’est basique, mais il n’y a rien d’autre pour nous rassembler tous même si nous avons incontestablement perdu cette étrange liberté, cette conscience morale qui se donnait des fins universelles au point que nous matérialistes nous avions une transcendance qui nous faisait adhérer à l’Histoire de l’humanité. C’est cela qui a disparu et qui se reconstruira probablement autrement. Parfois il m’arrive de me dire que nous avons tous emporté une pièce du puzzle et qu’il faut la rapporter. C’est là que l’interpellation de Lavrov: « l’Europe ne pourra pas se passer de nous et nous nous ne passerons pas d’elle » me touche, cette première expérience socialiste a été celle de la démesure, de la générosité russe et nous en aurons encore besoin… En attendant organisons le lien de l’information comme nous le pouvons…
Danielle et Marianne

 

TRAJET(S) Moldavie-Odessa

hôtel cosmos

héros de la cavalerie rouge Moldave devant l’hôtel Cosmos

Samedi 25 octobre.  Air Austria a été incapable de nous assurer le transfert Paris-Vienne-Chisinau (capitale de la Moldavie) et nous avons dû faire un détour par Istanbul avec la Turkish air lines, ce qui a permis à Marianne d’avoir une longue conversation en turc avec un grossiste en noisettes qui venait acheter des terrains pour y planter son arbuste favori. A Chisinau, les bagages n’avaient pas suivi. Les attentes, les taxis tout a été bon pour commencer notre recherche en ouvrant le débat dans les files d’attente et les transports. Nous ferons état dans un prochain chapitre de nos premières discussions sur les élections moldaves qui auront lieu le 30 novembre, plus généralement des relations de nos interlocuteurs avec l’union européenne et la Russie. Mais ce sera pour un autre jour, dans cet épisode, Marianne et Danielle sont confrontées à la perte des bagages et à l’espace post-soviétique entre la Moldavie et Odessa..

Nous avons atterri à l’hôtel Cosmos dans la nuit, sans même une brosse à dent et un rechange. Le dimanche, malgré les fermes promesses de la veille du personnel moldave de l’aéroport toujours rien… Donc nous avons passé la journée du dimanche à tenter de nous munir de l’indispensable et d’un peu de superflu. Il faisait un froid piquant mais sain. Nous avons écumé le bazar oriental, avec ses ruelles qui ne laissent place qu’à un individu et un kleptomane décidé à le dépouiller. Marianne s’est entichée d’une chapka, lapin et cuir, qui la fait ressembler à Blériot, moi je me suis contentée d’une casquette imperméable avec oreillette, un premier prix. Marianne s’est mise en quête d’un manuel de moldave. Comme, avant de m’acheter une paire de soquettes élastiques à décor norvégien, j’avais la chaussette qui s’obstinait à tourner sous le talon, je la suivais maussade arguant qu’imaginer une  librairie ouverte un dimanche pour y acheter un manuel de moldave était une entreprise hasardeuse. Marianne ne peut s’empêcher d’apprendre toutes les langues des pays qu’elle traverse, alors que tout les Moldaves sont au moins bilingues, russe et moldave et qu’en dehors de la Moldavie l’usage du moldave peut paraître limité. La librairie était ouverte! C’est un haut lieu du nationalisme moldave, qui cherche dans quelques figures locales assez modestes dans leur rayonnement international, à trouver les bases de sa revendication. A 14 heures, nous avons pris place dans un restaurant encore ouvert, où pour la modique somme de 20 euros à deux, nous avons pu déguster un délicieux Borsh, une soupe de poulet typique moldave avec un léger goût d’oseille, des filets de poivron et des blancs de poulet arrosé de crème fraiche aigrelette, puis une fricassée de foies de volaille de poulets des légumes et du riz, le tout arrosé d’une tisane pour Marianne et d’un thé noir pour moi.

L’hôtel Cosmos, un univers

Chisinau est en matière urbaine du grand n’importe quoi, c’est foutraque dit Marianne, des bâtiments sans ordre, une ville marché de la taille d’Arras, avec des ponctuations de gigantisme soviétique, comme ce monument équestre devant l’hôtel, un illustre inconnu, mais qui semble avoir œuvré dans la cavalerie rouge. Les routes sont correctes, mais les trottoirs pleins de pièges. Dans cette accumulation hétéroclite d’objets improbables, notre hôtel Cosmos est une pièce de choix. Architecturalement comme son nom l’indique c’est un monstre, un vaisseau de guerre cimenté dont ni le personnel, ni le décor et je le crains la literie, n’ont été renouvelés depuis la fin de l’ère soviétique. Même l’accueil est resté d’époque : pas de chasse au pourboire, mais une vie collective si intense et si peu centrée sur le client que celui-ci est traité avec toute la gentillesse que l’on réserve à des marmots encombrants tandis que les mères se livrent à de passionnantes activités qui n’ont rien à voir avec leur progéniture. Ou alors on est capable comme Marianne d’entrer dans un contact amical et chaleureux avec la réceptionniste ce qui nous vaut immédiatement un traitement de faveur, hélas limité, comme nous allons le constater rapidement dans ces trajets que nous fîmes entre la Moldavie et Odessa. Il faut encore ajouter pour décrire l’hôtel Cosmos que non seulement tout y est disproportionné mais aussi vétuste que les fauteuils de cuir de la réception. Dans les chambres et les couloirs qui y mènent, les moquettes, les tentures, les dessus de lit sont uniformément sombres et pelucheux, dans une gamme qui va du grenat, lie de vin au noir pisseux. Même l’esprit le moins prévenu ne peut s’empêcher d’imaginer dans ces velours usagés une floraison de bactéries, de la sueur et autres liquides corporels de ceux qui vous ont précédé, des acariens et des bestioles insidieuses. Mais l’hôtel Cosmos cherche la modernité de la mondialisation, celle du vice, il y a au rez-de-chaussée un casino qui ne semble attirer que quelques ruraux moldaves modestes, des âmes perdues.

Donc ayant, ce dimanche là; un peu épuisé les joies du weekend à Chisinau et comme il était prévu de prendre des contacts moldaves que la deuxième semaine, nous décidons de ne pas attendre les bagages et de demander à la réceptionniste, copine de Marianne, de recueillir les dits bagages que nous retrouverons à notre retour le 3 novembre. Un logement nous a été retenu à Odessa. En bonne bolcheviques, Marianne et moi décidons d’affronter l’Ukraine en portant la même tenue pendant huit jours. Je suis même soulagée à l’idée de ne pas avoir de valises à traîner.

Donc à 9 heures, gara de nord, c’est-à-dire on l’aura compris Gare du Nord. Comme d’ailleurs Billets d’avions se dit « bilete de avion » et tout à l’avenant. Bref le moldave est très proche du roumain qui lui-même l’est de l’Italien. Simplement c’est un patois comme l’ukrainien par rapport au russe, une langue surchargée, une prononciation aussi peu compréhensible que l’est du québecoise populaire pour une oreille française. J’ai passé la soirée de hier à l’hôtel à tenter de comprendre les nouvelles sur les élections en Ukraine de ce dimanche. En vain. D’ailleurs après des contacts téléphoniques avec nos amis ukrainiens, je ne comprends toujours pas. Il semble que le taux de participation ait été particulièrement faible à l’est et surtout à Odessa.

Donc vers 9 heures, sous un ciel bleu et dans l’air glacial, nous embarquons dans un petit car pour Odessa. La Moldavie est rassurante, un monde paysan avec des grosses dames, herculéennes mêmes, celle-ci a une trentaine d’années, elle ne se plaint pas: « tant qu’on a la santé, les enfants sont enrhumés mais ce n’est pas grave », elle nous sourit, les joues lisses comme des pommes. Le pays est une sorte de Bourgogne de l’est avec des terres noires et grasses, du vin bien élevé, une nourriture bonne en bouche et une base non trafiquée. Les Moldaves que nous rencontrons sont sereins et serviables, une cible de choix pour leurs voisins moqueurs, les Odessites.

Le prix du transport est dérisoire : 14 euros à deux jusqu’à Odessa. Un homme nous interpelle. Marianne vient juste de me faire remarquer qu’il se signe devant toutes les églises. Il nous demande en souriant ce que nous allons faire à Odessa… Nous avons un petit discours tout prêt : nous sommes deux universitaires à la retraite et nous faisons une recherche sur les anciens pays de l’Union soviétique, alors nous allons voir ce qui se passe à Odessa. L’homme ricane sans méchanceté : « Vous allez voir les fascistes ? »

Très direct, il répond à nos questions : il est russe, « un spéculateur » comme on aurait dit jadis, il fait du bisness… En fait, il vend alternativement à Chisinau et à Odessa des poissons exotiques. le marché d’Odessa, dit-ill est le plus grand marché du monde, il faudrait une semaine entière pour en faire le tour. L’ami communiste qui nous reçoit à Odessa refuse de nous le faire visiter. C’est un formidable gâchis, tous ces marchands ont fait des études mais comme il n’y a plus d’emplois, ils vivotent de trafics. On ne peut pas visiter un tel endroit où se perd la formation intellectuelle de l’Ukraine. Notre compagnon de voyage ne semble pas avoir plus d’estime pour sa profession. Les marchands se regroupent par activités et dans sa « guilde » des marchands de poissons exotiques, ils sont une quarantaine, mais il n’y a que trois « monstres ». Ils ne leur parlent pas. « Les monstres » ce sont les partisans des fascistes de Kiev. Il pense qu’en Moldavie, pour le moment, il y a des nationalistes, mais pas encore de fascistes comme en Ukraine. Il n’y a jamais eu de fascistes en Moldavie, ils ont été occupés par les Roumains et quand ils ont pris les armes c’est comme partisans soviétiques. Ici en Moldavie, poursuit notre interlocuteur, on peut parler, mais pas à Odessa où règne la peur. Il est russe, mais il vote en Moldavie. Il a toujours voté communiste jusqu’ici, mais pas cette fois, là il va voter socialiste. Il ne s’agit pas des sociaux démocrates pro-européen, mais d’un nouveau parti issu du parti communiste qui selon lui va faire beaucoup de voix, alors que le parti communiste va s’effondrer parce qu’il n’est « pas clair », entre l’Europe et la Russie, le nouveau parti socialiste lui s’est prononcé pour les Russes. Il ne veut pas entendre parler de l’Europe: « Ils nous ont donné un passeport biométrique qui permet de venir pour 3 mois, sans le droit de travailler. Alors qu’est-ce que j’en fais ? Je n’ai pas d’argent, ça ne m’intéresse pas le droit d’aller en Europe sans travailler, tandis qu’en Russie il y a beaucoup de Moldaves qui travaillent. Ils achètent nos légumes et tous les produits agricoles. » Il nous raconte sa vie, lui et sa femme sont deux russes, des chrétiens appartenant à la branche des « vieux croyants ». Si mes souvenirs sont bons il s’agit d’un courant orthodoxe né de la révolte contre l’occidentalisation imposée par Pierre le Grand. Il ajoute que le patriarche Cyrille a beaucoup fait pour rassembler toutes les obédiences de l’église orthodoxe, alors qu’au contraire les uniates orthodoxes créent la zizanie. Malicieusement je lui glisse que cela ne m’étonne pas de Cyrille, c’est un fin politique, il est du KGB. Il proteste, puis réfléchit « Et pourquoi pas ? Poutine aussi est du KGB, c’est bien de rechercher l’unité du pays, le consensus, ça rend un pays plus fort ! »

Quand nous l’interrogeons sur l’Union Soviétique, il opine : « oui c’est ça ce qu’il faut, l’Union Soviétique, ça portera un autre nom mais c’est ça ce que veut Poutine. Et il dit son enthousiasme devant le dernier discours de Poutine où ce dernier a dit son fait aux américains et à Obama. Il poursuit son rêve, il faut retrouver l’unité perdue des Slaves… je le coupe : « Alors plus de Moldaves, ce sont des latins ? » Il réfléchit, fronce les sourcils. Il vit en Moldavie, aime les Moldaves, il dit : « Oui avec les Moldaves, parce que l’important est qu’ils ont la vraie foi ! » Alors lui dis-je toujours en me moquant, ce sera une Union Soviétique slave et orthodoxe et sans propriété collective des moyens de production, sans tous les autres qui ne sont ni slaves, ni orthodoxes ? Il adore la discussion, il est aussi communiste et il n’aime pas les capitalistes surtout quand ce sont des oligarques, il n’a envie d’exclure personne de son paradis soviétique. Alors il reprend sa description il faut un pays fort avec un peuple uni sans races, ni exclusion religieuse même si seuls les Russes peuvent rassembler tout ça, pas d’oligarques, pas d’américains, pas d’OTAN. La conversation est passionnée et passionnante, nous en oublions le tape-cul qu’est le trajet.

Marianne a reçu un avis sur son portable : nos bagages sont arrivés à l’aéroport, l’avis porte l’heure de 9h40. Mais il est midi, nous sommes arrivées à la frontière. Connaissant la nature humaine et ayant tout à coup des doutes sur la réceptionniste, je conseille à Marianne de s’enquérir auprès de celle-ci de nos valises. Là nous apprenons que la réception a refusé les bagages parce que nous avions quitté l’hôtel. Heureusement le téléphone fonctionne en Moldavie, double coup de téléphone à l’aéroport, de la réception de l’hôtel et de l’aéroport : nos bagages repartent dans l’instant de l’aéroport à l’hôtel. Et nous décidons de retourner les chercher et en repartant dans la journée vers Odessa. Entre temps, nos passeports ont été tamponnés, mais comme nous descendons du car et prétendons rebrousser chemin, ils doivent être re-tamponnés… Là où ça se corse c’est quand nous demandons les toilettes. Elles sont de l’autre côté en Ukraine. Une dame policier, petite, si emmitouflée qu’elle ressemble à un bonhomme bibendum nous a prises en charge, elle nous attend au portillon de la frontière. Imaginez une cabane branlante, avec une petite dame aussi emmitouflée que la policière qui tend des billets et du papier derrière une vitre embrumée. Aucun voisinage pour la cahute d’aisance si ce n’est dans ce no man’s land hivernal une carcasse de voiture. L’intérieur de l’édicule est digne des waters soviétiques de la grande époque, pas la moindre porte pour protéger du vent et des regards du vis-à-vis. Une chienne nous a suivi et nous témoigne un intérêt amical, un peu encombrant. Elle retraverse avec nous la frontière où nous attend la petite policière zélée qui demande à nouveau de tamponner notre passeport. Là elle nous désigne un banc bleu en nous intimant l’ordre de nous asseoir et de ne plus bouger. Marianne négocie en russe pour l’installation sur le banc rouge, le vent est toujours aussi glacial, mais un rai de lumière réchauffe un peu. De mauvaise grâce, elle accepte.

Le car de retour sur Chisinau s’arrête . Les passagers descendent et doivent subir des contrôles administratifs ce qui occupe un peu notre geôlière. Nous nous ré-embarquons pour deux heures de tape-cul à l’arrière. Il a été difficile de trouver une place tant le car déborde de colis. La soute est pleine et ils croulent des sièges dans l’allée. Ce sont d’énormes masses enveloppées dans des sacs poubelle en plastic noir. A quelques dizaines de kilomètres de l’arrivée, une heure et demie après, commence un étrange ballet. Marianne me glisse : « Tu crois qu’on peut leur demander de jouer avec eux ? » Quelques lanceurs ont ouvert les colis, ils en extraient un paquet enveloppé et scotché qu’ils expédient à d’autres voyageurs et après ils s’emploient à refermer les sacs à l’aide de gros rouleaux de scotch ocre et cartonné prévu à cet effet. En fait il s’agit d’une activité de contrebande, chaque voyageur a droit à un bagage limité, donc ils le déclarent à la douane avec l’aide du reste des voyageurs qui reçoit un objet en paiement à l’arrivée.

Peu avant celle-ci, comme nous sommes au milieu d’un chaos de ballots, nous réclamons de sortir les premières en expliquant notre cas : la course à l’hôtel, le retour et le départ avant 15 h 40. Il est 14 heures trente. Les gens que nous trouvions brutaux et égoïstes il y a peu, nous font aussitôt une haie, un homme explique qu’avec ça il a à peine de quoi survivre. Je retrouve la foule soviétique, gentille et attentionnée. Je me souviens de ce jour du premier mai où j’étais sur la place rouge. J’ai perdu ma ballerine et je craignais de ne pas pouvoir la récupérer tant les gens s’écoulaient par grappes denses. En entendant mon cri, mes plus proches voisins se sont arrêtés. Ils ont fait autour de moi un cercle jusqu’à ce que j’aie pu mettre la main sur la chaussure perdue. Je crois que ce genre d’expérience, renouvelée sous des formes diverses, y compris à Cuba, m’a paru le plus convaincant sur l’apparition d’un homme nouveau : une foule naturellement amicale.

Et là nous trouvons un jeune chauffeur, Micha ; avec qui nous négocions l’allée à l’hôtel. J’attends dans la voiture tandis que Marianne et lui vont prendre les bagages. Patatras, le temps s’étire et il n’y a qu’une seule valise, la mienne a disparu dieu sait où… Quelques coups de téléphone plus tard, Micha prend les choses en main. Il est adorable, un petit brun aux mèches folles, qui explique qu’il adore rendre service et résoudre les problèmes. Sa femme travaille à la Gare routière, elle est chargée de parlementer avec le chauffeur du car de 15 h 40 pour le faire attendre tandis que nous partons à toute vitesse à l’aéroport, Micha contourne tous les obstacles avec maestria mais prudence, ils se croit dans un film d’aventure et il hurle de bonheur : « C’est ça la Moldavie. On vit intensément, pourquoi vous voulez qu’on aille en Europe ? » A l’aéroport un autre charmant jeune homme, nous attend ma valise à la main, on la lui rafle. Micha qui n’a cessé dans son gymkhana de téléphoner à son épouse, nous explique qu’il nous conduit à la sortie de la ville où le car va arriver et nous prendre quasiment aussi au vol. Il lui était impossible de nous attendre à la gare mais Micha a géré avec doigté… Il a eu le temps de nous expliquer qui est son candidat à l’élection, il nous a désigne une affiche : « Voilà c’est lui. Un homme riche qui a promis de créer des emplois. Un pro-russe qui a promis de s’entendre avec Moscou ! » Micha marque une pause et concède que beaucoup promettent mais ne tiennent pas leur parole. Le jeune homme est aussi pro-russe mais il ne fait plus confiance aux communistes : « On les a vus au pouvoir, ils n’ont rien fait, alors j’essaye autre chose… Mais pas l’Europe ! Les Moldaves n’ont rien à y gagner ».

Nous tombons un peu épuisées dans le car. Nos deux places sont au fond, là où ça remue le plus. A côté de Marianne un jeune homme. C’est un arabe israélien venu faire ses études à la faculté de médecine d’Odessa. Il a été appelé pour soigner les gens après l’incendie abominable à la maison des syndicats. « C’est le pire spectacle qu’il ait vu de sa vie ». Les causes de la mort des gens sont diverses, par asphyxie, brûlés, tombés des fenêtres, à cause des coups… mais il ne s’avancera pas plus et renvoie les protagonistes dos à dos. On ne sait pas ce qui s’est passé, mais selon lui, au résultat ça a été une bonne chose parce qu’il n’y a plus eu de manifestations, de bagarres, les gens se sont calmés. En attendant nous savons qu’Odessa est la ville qui a le moins voté après le Donbass. 32% annonce-t-on dans le Donbass où toutes les villes ne sont pas aux mains des insurgés. 37% à Odessa et l’on nous décrira un quartier de la ville, Malinovski, où il n’y a eu que 9% de votants dont 7% pour le candidat officiel. Les gens sont totalement désespérés et ne croient en plus rien nous expliquera-t-on. Mais le jeune arabe Israélien a l’air de trouver que c’est mieux comme ça. Il est vrai qu’il pense aussi qu’en Israël, il finira par sortir du bien de la situation. Ce doit être un incurable optimiste ou alors quelqu’un de prudentissime. Parce que plus nous nous rapprochons d’Odessa, plus l’ambiance devient pesante. A la frontière, qui est différente de la précédente. Un gag : après avoir remis nos passeports pour l’examen, être passées individuellement devant un préproposé qui vérifie si nos visages correspondent à la photo, Marianne est sommée de s’expliquer : « Pourquoi deux françaises ont-elle passé aujourd’hui tant de fois la frontière ? » Avec l’allée et retour de la Moldavie vers l’Ukraine de la cahute d’aisance, cela fait la quatrième fois que l’on tamponne nos passeports rien que du côté moldave. Qui sont ces deux grands-mères qui s’obstinent à passer et repasser, des Mata hari un peu fanées ou des contrebandières, des maniaques ? « Marianne explique inlassablement alors que personne n’arrive à suivre le récit de nos démêlés avec l’aéroport, l’hôtel, Micha et les transports routiers. La police des douanes abandonne tandis que moi je tente en vain dans la nuit un café chaud à la main de passer du côté de l’estaminet à celui du car entre d’énormes camions routiers qui démarrent.

Dans le car après cet arrêt et la confrontation collective aux toilettes sur le bas côté moldave cette fois, une sorte de familiarité règne dans la pénombre du véhicule. Une femme sur le siège devant plaisante pendant que Marianne part à la recherche de son foulard : «  fouille ici avant que j’aie disparu ! » Tout le reste du trajet, elle se moque et raconte des blagues. Par exemple elle dit comment une mère conseille son fils : « Pour première femme tu dois prendre une russe, elles sont les plus passionnées. Après tu dois prendre une juive, elles sont intelligentes, habiles et elles t’aideront dans la vie. Pour la dernière, prend une Moldave, elles sont les meilleures pour les enterrements. » .Ce qui lui permet d’enchaîner sur les Moldaves avec lesquels elle a d’excellents rapports. Elle ne tarit pas d’éloges, ils sont gentils, serviables, et ils font les plus belles fêtes qui se puisse imaginer, non seulement les enterrements mais les mariages. Ils sont pauvres mais font assaut de générosité et leurs banquets sont somptueux. Elle s’appelle Lioudmila. Elle est ukrainienne, russe et appartient à une famille de communistes. Elle-même a été dirigeante du parti même si elle détestait les réunions. « Nous étions heureux, nous avions l’indispensable, l’essentiel était l’amitié, la paix et puis nous étions jeunes et en ce temps-là tout paraît plus beau. Ce qui se passe en Ukraine la déchire et elle explique d’une manière imaginée que ce sont deux parties de son cœur, elle est convaincue que cela ne durera pas. Le peuple est sain, il ne tolérera pas ces hommes. Elle comprend même les fascistes de l’ouest : « Nous les Russes, nous avons été élevés dans la fierté des exploits de nos parents durant la Grande Guerre. Nous étions avec les héros, les vainqueurs, mais eux les pauvres, leurs parents avaient suivi Bandera et dans les familles, ils n’avaient que cette honte à partager. Alors quand l’Europe et les Etats-Unis sont venus leur expliquer que Bandera étaient les combattants de la liberté contre le communisme, ils y ont cru et ils ont pris leur revanche. Mais ça ne durera pas, les gens ne sont pas comme ça, ce n’est qu’une minorité qui fait peur à tout le monde. » Plus tard, elle nous conseillera de ne pas parler à n’importe qui à Odessa, de ne pas dire que nous sommes communistes. Elle nous explique à sa manière : « Quand la Crimée a choisi la Russie, les Odessites ont cru que Poutine allait venir les libérer, ils ont défilé en réclamant un référendum, la séparation avec l’Ukraine, ils ont signé des pétitions, ils étaient très nombreux. C’est ce que voulaient les Etats-Unis que Poutine intervienne. Heureusement il n’est pas tombé dans le piège. » Elle nous demande elle aussi si nous avons écouté le dernier discours de Poutine où il dénonce les Etats-Unis. Puis elle reprend sur ce qui se passe à Odessa : des gens sont arrêtés, enlevés, tout le monde a peur et se tait. Une femme un peu plus loin, elle a la soixantaine, l’a interrompue à deux reprises. D’abord quand elle a dit que le moldave et le roumain étaient différents. « Ce n’est pas vrai le moldave et le roumain c’est la même langue. Puis quand Lioudmila a raconté comment elle avait adhéré au parti communiste. La femme lui a jeté : « Pour faire carrière jadis, il fallait être au parti communiste ! » Lioudmila a protesté qu’elle n’avait pas besoin de cette adhésion pour sa carrière mais qu’elle avait accepté parce qu’elle aimait la justice.

Danielle et Marianne

 
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Publié par le octobre 28, 2014 dans civilisation, Europe, mon journal

 

Les habitants de Mikhailovka protestent contre la présence de militaires dans leur école

Pietro

15/10/2014

http://www.kpu.ua/ru/78894/hersonschyna_zhytely_myhajlovky_protestujut_protyv_prysutstvyja_voennyh_v_shkole

http://youtu.be/FU0sFVtahoU

Le 12 octobre, dans une école de Mikhailovka (région de Kherson) sous le couvert de la nuit se sont installés des militaires de l’armée ukrainienne. Leur arrivée nocturne a été « signalée » par des beuveries et des bagarres, il a fallu appeler la police. Les valeureux combattants ont immédiatement menacé d’abattre la statue de Lénine dans le village, et de faire la peau aux communistes.

Ils n’étaient pas entrés sur le territoire du village sous les couleurs du drapeau national, mais avec la bannière noire et rouge de Bandera. « Nous sommes l’armée de l’UPA – ont-ils déclaré aux gens du pays – et nous sommes venus vous libérer. » Très vite, par le « bouche à oreille » l’information a circulé sur les hôtes indésirables qui avaient envahi le village. En signe de protestation, les parents n’ont pas envoyé leurs enfants à l’école et ont demandé que soient libérés les lieux de l’établissement d’enseignement. Les villageois ne veulent pas que les enfants étudient dans des locaux où se trouvent des militaires. Les gens ont demandé le retrait du drapeau de Bandera, rappellant aux intrus qu’ils sont sur le territoire de l’Ukraine, un Etat souverain qui possède son propre drapeau.

Dans la matinée, tout le village s’est réuni sous les murs du conseil municipal. Les gens de différentes tendances politiques ont été unanimes: les militaires n’ont pas à être basés dans une école rurale. Après beaucoup de cris et de discussions, le chef d’état-major de la formation mobile-opératoire « Polésie » Igor Fedorov est venu s’expliquer.

Il a déclaré qu’ils étaient venus pour libérer et protéger les habitants. Les manifestants ont demandé: «De qui ? » Il a dit alors que dans la région de Kherson peuvent se reproduire les événements du Donbass. Après cela, les villageois étaient difficiles à calmer. Cependant, on peut les comprendre, parce qu’ils craignent pour la sécurité de leurs enfants. Ils sont indignés de ce que l’on soit venu briser la tranquillité de leur village, car dès le premier jour cette unité de paramilitaires ne s’est pas montrée sous son meilleur jour.

Bureau de presse du Parti communiste de Kherson

 

La situation en Ukraine au 14 octobre : les fascistes tentent d’accroître leur emprise par Danielle Bleitrach.

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La journée de hier, à Kiev mais aussi à Kharkov a témoigné de la volonté insurrectionnelle des fascistes, des défilés avec le portrait de Bandera à l’émeute devant le parlement, cela nous sera présenté comme un corps étranger mais il n’en est rien. Le gouvernement de Porochenko cède constamment du terrain à ces voyous. Ainsi il vient de nommer à la tête de la garde nationale le Colonel général Stepan Poltorak, qui est un vrai fasciste. Une telle nomination signifie que Porochenko cherche la conciliation avec les néonazis et cela confirme les nouvelles en provenance du front où il n’y a pas de véritable cessez-le-feu et où se poursuivent les attaques d’artillerie sur Donetsk, des nouvelles parviennent également concernant les concentrations de blindés ukrainiens et l’arrivée de troupes fraîches. Ceux parmi les gens de Novorossia qui dénoncent le cessez-le-feu et les accords de Minsk y voient une manœuvre combinée avec la préparation d’une zone tampon qui en fait serait un prétexte.

Dans le contexte également dénoncé des futures élections en Novorossia qui même si elles ne coïncident pas avec celles prévues pour le reste de l’Ukraine polarisent les tensions. A ce propos, la commission électorale a fait une annonce hier:  Zakhartchenko que nous avions présenté sur information erronée du blog de Nicolas Maury comme le candidat du parti communiste est un candidat indépendant et le parti communiste de Donetsk récemment créé n’a pas encore désigné son candidat.
Pavel Goubarev, ancien  gouverneur de Donetsk a été victime d’une tentative d’assassinat à bord de sa voiture. Bien qu’il n’ait pas été touché par les balles, il a subi un grave traumatisme crânien provoqué par la collision de la voiture. Il est actuellement hospitalisé en Russie et il vient à peine de se réveiller. Beaucoup de gens auraient intérêt à assassiner Goubarev . Les plus vraisemblables sont les oligarques ukrainiens dont Goubarev a promis à confisquer les propriétés et leurs hommes de main néo-nazis.  Ce qui est sûr est que cet attentat dans le contexte que nous venons de décrire est nuisible aux insurgés du Donbass et que l’essentiel est à qui profite le crime. Autre constat Goubarev est soigné dans un hôpital russe ce qui prouve que pour lui et ses proches l’ennemi n’est pas de ce côté. Toute  spéculation qui n’a pas manqué de filtrer concernant des luttes internes à Novorossia ou même dans l’entourage de Poutine, ne sont étayées par rien et ne servent qu’a affaiblir les combattants.

Le contexte c’est aussi la visite surprise et dont les résultats n’ont été publiés nulle part de Victoria Nuland. Qu’il s’agisse de l’une de ses visites, de celle du responsable de la CIA, voire de Joe Biden, ce genre de visite a toujours coïncidé avec des événements désastreux allant non vers la paix mais vers une intensification de la guerre. Ici aussi les spéculation vont bon train et des bruits de remplacement de Porochenko par des serviteurs prêts à tout comme  Yatsenyuk ou Tourtchinov se font jour. Mais pourquoi? Pour quelle politique? D’un côté les Etats-Unis font pression pour une offensive et un durcissement de la situation mais dans le même temps ce faisant ils sont de plus en plus obligés de s’appuyer sur les néonazis. Les événements de hier au parlement prouvent que les dits néonazis risquent très rapidement de se transformer en nouveaux frankenstein que les Etats-Unis ont le don de provoquer sur leurs pas. Sont-ils désormais en mesure de faire autre chose que de céder à ces brutes.

La situation économique et sociale en Ukraine ne cesse de se dégrader et le fascisme, la guerre contre le Donbass sont de bien dangereux exutoires, la montée du fascisme va certainement se traduire dans les urnes ; comme toujours ce fascisme n’est pas majoritaire, mais il est dominant c’est-à-dire qu’il est en situation par la peur et la violence d’imposer ses orientations, qui sont aussi celles des oligarques entrés en querelles internes pour le pouvoir.

Dans l’ensemble de la population, le mécontentement, le refus de la guerre civile sont grands et c’est tout le sens de la campagne héroïque du parti communiste d’Ukraine, mais la peur que fait régner le fascisme est contradictoire avec une consultation populaire, toutes les forces en présence, hormis les communistes et certains candidats du parti des régions, étant plus ou moins contraintes de pactiser avec ces brutes.

Ces fascistes prétendent régner non seulement à Kiev et dans l’ouest mais faire peur aux populations civiles non organisées de l’est et du sud, comme cela a été fait à Odessa et comme cela se fait de plus en plus à Kharkov et à Marioupol. On mesure mieux encore que les combattants du Donbass ont légitiment pris les armes contre ces néonazis. De ce point de vue le moral des combattants du Donbass reste très élevé et la situation militaire demeure en leur faveur. Il faudrait également analyser ce qu’il en est des déclarations des Russes et des occidentaux concernant le retrait des troupes russes et la fin des sanctions. Tout cela ne semble pas changer grand chose mais donner prétexte aux Européens de revoir leur stratégie qui leur est nuisible. En fait il n’y a pas une grande évolution simplement comme nous venons de le voir, la fascisation du gouvernement ukrainien sous la pression des créatures auxquelles ils se sont donnés.

Danielle Bleitrach

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Le Parti Communiste de la République Populaire de Donetsk officiellement créé !

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Comme nous vous l’avions annoncé, la Republique de Donetsk a son parti communiste depuis hier… Les bruits (démentis)  qui ont couru  hier sur la démission de son candidat Alexander Zakharchenko (1) ne sont peut-être pas sans relation avec cet événement important…
Il s’agit d’un moment politique important pour la jeune République Populaire de Donetsk puisque son premier parti créé est le Parti communiste. Lors du congrès de fondation, le Président du Soviet suprême de la RPD, Boris Litvinov, a été élu à sa tête – article et traduction Nico Maury

Le Parti Communiste de la République Populaire de Donetsk officiellement créé !
C’est à Donetsk, capitale de la République Populaire de Donetsk, encore sous les bombes de la junte fasciste de Kiev, que s’est tenu le congrès de fondation du Parti Communiste de la République Populaire de Donetsk. Il s’agit du premier parti politique créé depuis la sécession de cette région au printemps 2014 après le coup d’état d’EuroMaïdan.

C’est l’agence de presse russe ITAR-TASS qui rapporte cette information. Boris Litvinov, Président du Soviet suprême de la RPD et ancien responsable du Parti communiste d’Ukraine (KPU) sur Donetsk, a été élu à la tête du parti lors de ce congrès. Lors de ce congrès, les communistes ont annoncé soutenir la candidature de l’actuel Premier ministre de la RPD, le communiste Alexandre Zakharchenko, pour les Présidentielles.

Le Parti communiste a soumis les documents nécessaires à la Commission électorale centrale de la République populaire pour son enregistrement légal. Roman Lyagin, Président de la Commission électorale, a déclaré avoir « reçu l’ensemble des documents ».

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Alexandre Zakharchenko, candidat des communistes
(1) à la suite d’un interview dans lequel Zakharchenko faisait part de ses critiques sur le processus de Minsk et marquait son refus d’accepter une exigence de l’adversaire d’obtenir le retrait des troupes de Novorossia par rapport aux terres reconquises, il avait dit qu’il avait de part vers lui sa lettre de démission. Ce qui était devenu sur les réseaux sociaux une démission effective. L’ensemble de l’interview était une sorte de portrait d’un homme, centré sur ce qu’il vivait, sur ses sentiments par rapport à la guerre mais aussi par rapport à ce qu’il voulait pour le Donbass. C’était plus l’article d’un candidat qu’une volonté de démission.

 
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Publié par le octobre 9, 2014 dans Europe

 
 
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