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Archives de Catégorie: Economie

La saison théâtrale va bientôt reprendre à Donetsk

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http://www.novorosinform.org/news/id/8936

Sur le territoire de la République populaire de Donetsk ont commencé les préparatifs pour l’ouverture de la nouvelle saison théâtrale, a annoncé Yuri Lekstutes, Ministre de la Culture de la République populaire par interim.

"Dès à présent, les travailleurs de théâtre reviennent progressivement à Donetsk. Bien que certains d’entre eux aient décidé de prolonger leurs vacances à leurs frais. Pour le moment, les institutions culturelles sont principalement occupées à faire l’inventaire de leurs biens. Les problèmes dans ce domaine sont énormes. La culture en Ukraine n’a jamais été à l’honneur et n’était pratiquement pas financée.

Il convient de noter que personne n’oblige les gens à s’exposer aux balles et aux obus. Ils soutiennent la jeune république, mais il faut aussi tenir compte de la loi en vigueur aujourd’hui sur la situation militaire. Selon lui, tous les concerts de masse et événements similaires, qui rassemblent un grand nombre de personnes sont interdits. Seulement dans de rares exceptions sont menés des événements culturels de masse ", – a expliqué Yuri Olégovitch, commentant les particularités de la vie culturelle dans une ville assiégée. En effet, pour la protection des civils lors d’un concert il faut mobiliser un grand nombre de militaires. Selon lui, au cours de la manifestation antifasciste de masse sur la place Lénine, l’armée de DNR avant cet événement a détruit 5 "Grad" de l’armée ukrainienne qui prévoyaient de tirer sur les participants venus à ce rassemblement et concert pacifique. Cependant, a assuré le ministre il est déjà prévu d’organiser quelques concerts. Par exemple, la Philharmonie de Donetsk en a programmé un certain nombre pour septembre. Les préparatifs ont également commencé pour la nouvelle saison au Théâtre d’art dramatique et lyrique de Donetsk.

La vie culturelle sur le territoire de la RPD ne sera déployée à pleine capacité qu’après la libération de l’ensemble de notre territoire des troupes de la junte ukrainienne.

 
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Publié par le septembre 15, 2014 dans actualités, Economie, Europe

 

Sergueï Glaziev propose une alliance contre le dollar pour forcer les Etats-Unis à mettre fin à la guerre de sécession de l’Ukraine

4atUn conseiller de de Poutine propose une alliance contre le dollar pour forcer les Etats-Unis à mettre fin à la guerre de sécession de l’Ukraine

Putin’s aide proposes anti-dollar alliance to force US to end Ukraine’s civil war
http://voiceofrussia.com/2014_06_18/Putins-aide-proposes-anti-dollar-alliance-to-force-US-to-end-Ukraines-civil-war-8030/

© ФОТО: « ГОЛОС РОССИИ »

Sergueï Glaziev, le conseiller économique de Vladimir Poutine, a publié un article qui élabore un plan pour « atteinte à la puissance économique des Etats-Unis » afin de forcer Washington à arrêter la guerre civile en Ukraine. Glaziev estime que la seule façon de faire renoncer à l’US ses plans sur le démarrage d’une nouvelle guerre froide est d’attaquer le système dollar.

Dans son article, publié par Argumenty Nedeli, le conseiller économique de m. Poutine et un des  cerveaux de l’Union économique eurasienne, fait valoir que Washington cherche à provoquer une intervention militaire russe en Ukraine, à l’aide de la junte de Kiev comme appât. S’il y arrive, ce plan donnera Washington un certain nombre d’avantages importants. Tout d’abord, il permettra aux Etats-Unis d’introduire de nouvelles sanctions contre la Russie, radier du portefeuille de Moscou des bons du Trésor américain. Il est encore plus important qu’une nouvelle vague de sanctions crée une situation dans laquelle les entreprises russes ne seront pas en mesure de payer leurs dettes aux banques européennes.

Selon Glazyev, la "troisième phase dite" des sanctions contre la Russie sera d’un coût considérable pour l’Union européenne. Le montant total des pertes sera supérieurs à 1 billion d’euros. Ces pertes nuiront gravement l’économie européenne, en faisant des États-Unis le seul « refuge » dans le monde. Des sanctions sévères contre la Russie vont aussi détourner Gazprom du marché énergétique européen, le laissant grand ouvert pour le GNL beaucoup plus coûteux des États-Unis.

La cooptation de pays européens dans une nouvelle course aux armements et opérations militaires contre la Russie vont augmenter l’influence politique américaine en Europe et aideront les Etats-Unis à contraindre l’Union européenne d’accepter la version américaine de la transatlantique et le partenariat pour l’investissement, un accord commercial qui va transformer fondamentalement l’UE en une grande colonie économique des États-Unis. Glaziev croit qu’enflammer une nouvelle guerre en Europe sera seulement profitable pour l’Amérique et créera seulement des problèmes pour l’Union européenne. Washington a utilisé à plusieurs reprises des guerres mondiales et régionales au profit de l’économie américaine, et maintenant la maison blanche essaie d’utiliser la guerre civile en Ukraine comme un prétexte pour répéter le vieux truc.

Selon Glazyev, l’ensemble des contre-mesures vise spécifiquement la principale force de la machine de guerre américaine, c’est-à-dire l’imprimerie de la Fed. Le Conseiller de Poutine propose la création d’une "large alliance anti-dollar" des pays désireux et capables d’abandonner le dollar dans leurs échanges internationaux. Les Membres de l’alliance devraient également s’abstenir de maintenir dans leur  monnaie se réserve les instruments libellés en dollars. Glaziev préconise de traiter les positions en instruments libellés comme exploitations de titres indésirables et croit que les régulateurs doivent exiger la pleine garantie de valeur de ces participations. Une coalition anti-dollar serait la première étape pour la création d’une coalition contre la guerre qui peut aider à empêcher l’agression des États-Unis ‘ .

Sans surprise, Serguei Glaziev est d’avis que le rôle principal dans la création d’une telle coalition politique doit être joué par les milieux d’affaires européens parce que les tentatives de l’Amérique pour allumer une guerre en Europe et de la guerre froide contre la Russie menacent les intérêts des grandes entreprises européennes. A en juger par les récents efforts pour arrêter les sanctions contre la Russie, faite par les chefs d’entreprise allemands, Français, italiens et autrichiens, le conseiller de Poutine a raison dans son appréciation. Il serait un peu surprenant pour Washington,que  la guerre pour l’Ukraine puisse bientôt devenir la guerre d’indépendance de l’Europe depuis les États-Unis et une guerre contre le dollar.
Read more: http://131.253.14.125/proxy.ashx?h=MfiPm4bwdF_y9jjgv1a4Epj9ft16KxOW&a=http%3A%2F%2Fvoiceofrussia.com%2F2014_06_18%2FPutins-aide-proposes-anti-dollar-alliance-to-force-US-to-end-Ukraines-civil-war-8030%2F

 
 

L’agriculture en Europe de l’Est – de la destruction à la résistance ? par Monika Karbowska

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tandis que la géopolitique donne le sentiment que ce que pensent les peuples n’a strictement aucune importance, ceux-ci élaborent leurs propres résistances, cet article de Monica Karbowska fait partie de notre réflexion sur l’ex-espace soviétique dans le cadre de la boulimie otanesque et de l’UE, il préfigure également notre voyage en Moldavie en novembre Marianne et moi… où la résistance paysanne et industrielle nous paraît déterminante pour servir de toile de fond aux affrontements russo-etatsuniens… avec l’hypothèse de repenser le continent euro-asiatique…(note de danielle Bleitrach)
Intervention dans le cadre de la conférence du Monde Diplomatique Hongrie « A l’ombre des catastrophes industrielles », Budapest 6-8 mai 2011

Lorsque nous traversons l’Europe d’Est en Ouest, du Sud au Nord, un spectacle surréaliste nous frappe immédiatement : des norias de camions encombrent les routes et les autoroutes d’Europe. Ils sont chargés de produits agricoles majoritairement espagnols et vont les livrer les supermarchés de l’Europe entière, de la France à la L’Estonie et la Roumanie. Ces camions sont à 60% immatriculés en Slovaquie, Pologne, Roumanie, Hongrie, Lithuanie, Bulgarie… et conduits par chauffeurs migrants sous-payés et exploités. De l’autre côté on ne trouvera que très peu de fruits et de légumes produits par les producteurs locaux dans les Carrefour, Auchan et autre Tesco qui ont le quasi monopole du commerce en Europe de l’Est. Et enfin, des centaines de milliers de travailleurs migrants de Polonais, Roumains, Bulgares et Slovaques, fréquemment épouses, filles et fils de paysans, émigrent vers l’Europe de l’Ouest et le Sud et travaillent dans les serres espagnols, les chantiers allemands et français, les hôtels italiens et grecques. Pendant ce temps là on peut mesurer l’énorme étendu des champs en friche dans ces mêmes pays. Comment en sommes nous arrivé à une telle absurdité ?

Avant de développer mon analyse, je souhaiterais présenter « d’où je parle ». Je ne suis pas spécialiste de l’agriculture, mais je suis petite fille de paysans, comme deux tiers des Polonais, première génération à être née en ville au début des années 70. C’est dire l’importance de la culture paysanne très présente même dans les couches urbaines polonaises par les liens familiaux et sociaux forts avec les villages d’origines. Je préside actuellement une association d’éducation populaire française, l’Université Européenne Populaire qui prépare un projet de 3 ans de débats dans la campagne polonaise sur la souveraineté alimentaire et la critique du système agricole avec des associations partenaires implantées dans les petites villes désindustrialisées et agricoles. Notre objectif est donc la re-politisation des paysans d’Europe de l’Est. Connaissans le mieux la Pologne, je présenterai donc des exemples issus de ce pays.

On ne peut oublier en effet le rôle politique important joué par la paysannerie polonaise dans l’histoire du pays. Classe nombreuses et très pauvres au 19 siècle, ils ne furent libérés du servage que tardivement, en 1948 pour les territoires appartenant à l’Autriche des Habsbourg et en 1860 pour ceux sous contrôle du tsar russe. Mais ils furent aussi très tôt politisés : l’importance des deux partis paysans polonais, le PSL de droite et le PSL « Libération » de gauche dans le processus d’independance de la Pologne en 1918 et la construction de Etat polonais avant la guerre est reconnue encore aujourd’hui dans le pays. Les paysans ont aussi joués un grand rôle dans la résistance au nazisme avec les maquis dit « Bataillons Paysans » et avec leur participation à l’Armée clandestine. En 1944 le tout premier acte du Comité Polonais de Libération National soutenu par l’Armée Rouge libérant le sud du pays fut l’application immédiate de la réforme agraire tant désirée par les paysans et objectif de leur lutte pendant 100 ans. L’aristocratie polonaise perd ses terres jusqu’à 50 ha (ce qui leur laissait quand même largement de quoi vivre…) et les paysans sans terres et les petits exploitants obtiennent gratuitement cette terre. Par exemple, l’exploitation des mes grands parents au sud de la Pologne est passée de 2 à 6ha. Ce processus annonce déjà un morcellemnt difficiles de la propriétés paysanne – avec 15ha on est déjà considérée comme riche !

Lorsqu’en 1950 les « commissaires » du pouvoir sous la pression de Staline viennent dans les villages collectiviser les campagnes, les paysans les accueillent souvent avec des armes utilisées dans la guerre et les maquis. En réalité les communistes polonais, pour la plupart eux même issus de la paysannerie, ne souhaitent pas la collectivisation et l’arrête définitivement ue fois la déstalinisation de 1956 amorcée.

La propriété privée paysanne en Pologne sous le système communiste est un sujet bien connu. Cependant il est moins connu que les paysans polonais, sans être privilégiés par le pouvoir ont largement profité de sa politique globale – l’électrification des village et des petites villes fut achevées dans les années 60, la construction d’adduction d’eau, de routes, la création de moyens de transports collectifs sont à mettre au crédit du pouvoir de la Pologne Populaire. A cela il convient d’ajouter un accès massif et gratuit à l’éducation secondaire et supérieure pour les enfants de paysans et leur ascension sociale par l’emploi dans l’industrie et l’administration. La campagne, pauvre et surpeuplée en 1945, est modernisée. L’Etat rachète aux paysans toute la production et même si les prix sont bas, cette politique permet aux paysans une pérennité de leurs revenus. De nombreuses usines de transformation sont installées dans les petites villes et les villages au plus près des producteurs. Un effort est entrepris pour l’accès à la mécanisation avec les coopératives de prêt de machines et la production d’engrais chimiques. Dans l’Ouest du pays les grandes propriétés des anciens « junker», l’aristrocratie allemande expropriée et expulsée, sont transformées en ferme d’Etat ou travaillent des dizaines de milliers d’ouvriers agricoles. Les coopératives restent minoritaires. Les années 80 voient le revenu paysan se détériorer pour des raisons tant macroénonomiques dues à l’insertion des pays dits «socialistes réels » dans la réalité de la division internationale du travail dictée par le monde capitaliste que par l’essouflement intrinsèque de la dynamique du système.

Le pire attend les paysans en 1989, l’année des changements démocratiques qu’ils ont pourtant tant souhaités en participant au mouvement de Solidarnosc par la création du syndicat indépendant « Solidarnosci Paysanne ». Dès 1990 les fermes d’Etats sont purement et simplement dissoutes par décret ministériel sans qu’aucune alternatives ne soit proposées aux ouvriers agricoles employés. Des régions entières plongent dans la misère. L’industrie est détruite, privatisée, «restructurée », fermée au même moment. Pendant 20 ans le Nord-Ouest et le Nord-Est de la Pologne accusera un chômage de 30 à 40% du taux d’actifs ! Les régions du Sud-Est ne se portent mieux que grâce aux petites parcelles d’une agriculture de survie. Dans les régions du Nord des maux du 19siècle refont leur apparition : faim des enfants, analphabétisme, alcoolisme et maladies contagieuses, violences et « héritage de la misère » – cette population rurale ne possédant pas son propre outil de travail en est réduite à la pure survie biologique. La situation est encore aujourd’hui tellement grave qu’un des responsables de cette politique qui a rayé d’un trait de plume la vie de milliers personnes admet publiquement avoir commis un crime par cette mesure irresponsable et irréfléchie . Mais il s’agissait là d’une décision politique destinée à mettre fin à une structure économique et sociale héritée du système de la Pologne populaire et à préparer les terres à la vente aux capitaux étrangers.

L’ouverture des frontières à l’arrivée massive des produits agricoles subventionnés hollandais, français, espagnol et même marocains est accompagnée de publicités positives pour cette « ouverture internationale à la consommation» dans les milieux urbains mais elle est une catastrophe pour les paysans soumis à une concurrence inégalitaire. L’année 1990 voit de nombreux suicides de paysans endettés par des crédits pris dans les années 80 pour la modernisation de leurs exploitations. Mais en 1990 on parle dans les médias de suicides paysans parce qu’à l’orée des années 90 les paysans sont une force politique. Ils votent pour le Parti Paysan Polonais héritier de l’ancien PSL pro-communiste qui se situe au centre gauche de l’échiquier politique et gouverne avec les socialistes de 1993 à 1995 et de 1997 à 2001 . Dix ans plus tard ce sujet n’intéresse plus personne car les paysans ont cessé de compter politiquement. La responsabilité en incombe aussi aux cadres paysans du PSL qui se sont compromis dans les scandales des politiques ultralibérales et ont politiquement préparé la disparition de la classe paysanne. De 1990 à 1997 c’est l’absence d’une politique agricole qui prévaut d’ailleurs, un laissez faire débridé et idéologique. Avant 1998, date du début des négociations d’adhésion à l’Union Européenne les cadres politiques du PSL et d’autres partis politiques élaborent avec l’aide du gouvernement français un modèle agricole calqué sur le modèle français productiviste : une majorité des paysans est programmée pour disparaître comme le disent crument et publiquement les documents des nouvelles Chambres Agricoles polonaises. Le gouvernement explique même avec beaucoup d’insistance la modernité de l’objectif de pas plus de 1% de la population travaillant dans l’agriculture chère aux fonctionnaires de la Commission Européenne.

En 1997 37% de la population polonaise habitait à la campagne. Environ 25% vivait de l’agriculture, le reste survivait de l’agriculture après la perte des emplois dans l’industrie régionale selon une antique solidarité familiale. Aujourd’hui, seul 6% des habitants de la campagne vivent de l’agriculture, mais au moins 15% continue cette antique façon de survivre : la génération des 45-70 ans s’occupe des petites surfaces et vend la production sur la marché locales, les jeunes de 18 à 45 émigrent dans les grandes villes et à l’étranger. Dès 1990 les multinationales occidentales de l’agroalimentaire rachètent à tour de bras les unités de production polonaises publiques et coopératives. Par exemple, dès le début des années 90 Danone rachète une bonne partie des laiteries coopératives polonaises, en supprime les deux tiers, et se partage le marché avec Lactalis. Il est suivit par Nestlé, Kraftfood, Cadbury, Sara Lee, Unilever, Pepsi Co etc. qui restructurent le tissu industriel à leur profit, opèrent des rachats, des fermetures, des concentrations, introduisent de nouvelles réglementations, mais surtout imposent aux populations une nouvelle culture alimentaire basée sur le produit industriel transformé, emballé et vendu à grand renfort de publicité. Les multinationales imposent des normes nouvelles aux paysans : ceux qui ne peuvent pas suivre sont obligés d’abandonner leur exploitations faute de débouchés. Des secteurs entiers ferment ainsi, par exemple le secteur du tabac ou de l’industrie sucrière. Dans les années 1998-2001 les supermarchés tels que Carrefour, Auchan, Intermarché, Tesco, suivis de Aldi, Lidl, Billa, détruisent les marchés urbains, véritables phénomènes de société nés en Pologne avec le plan Balcerowicz introduisant le « libre entreprise » en janvier 1990. Accaparant les surfaces immobilières dédiées auparavant aux commerçants polonais, les supermarchés occidentaux s’imposent comme unique interlocuteur aux producteurs polonais avec les dévastations que l’ont connaît. Souvent la production polonaise est marginal dans l’assortiment de produits vendus dans ces hypermarchés bien plus grands que dans les pays occidentaux du fait de l’absence d’une réglementation limitant leur surface. Les centrales d’achats occidentales s’approvisionnent directement auprès d’interlocuteurs occidentaux ou auprès de quelques rares entreprises aux mains de l’agrobusiness polonais dont la fortune est souvent issue de sa collusion avec les cercles politiques du parti paysan. Les grands propriétaires terriens polonais sont en effet une nouvelle bourgeoisie enrichie par le rachat des anciennes terres des fermes d’Etat à des prix dérisoires et par la privatisation plus ou moins frauduleuses d’entreprises et d’infrastructures publiques. Ils sont fréquemment députés, députés européens, ministres, hauts fonctionnaires, toujours membres ou proches des partis au pouvoir de la droite nationaliste à la gauche sociale libérale en passant par la parti paysan.

Dans ce contexte il n’est pas étonnant que les paysans polonais aient ardemment souhaité l’adhésion à l’Unionn Européenne afin d’obtenir les subventions européennes leur permettant de survivre. Mais cette adéhsion a lieu précisemment au moment ou l’Union Européenne décide du découplage des aides de la production et la disparition des prix rémunérateurs. La conséquence en Pologne est que les subventions liées à la surface représentent des aides bien maigres face au coût de la vie et de la production – autour de 1000 à 2000 Euros par exploitation par an – et s’apparentent plus à une allocation de survie qu’à une véritable politique agricole commune. Aujourd’hui, avec la disparition progressive de l’éthique du travail paysan découlant de l’érosion de son rôle politique dans la société, de nombreux agriculteurs se contentent sans illusion de semer dans leur champ des plantes qu’ils ne prendront même pas la peine de récolter afin de toucher «l’argent de l’Europe ». Rares sont ceux qui ont l’envie et la force de se battre contre des phénomènes politiques qui les dépassent et dont ils ne comprennent pas les origines – les « leaders » politiques prenant grand soin de ne jamais informer le peuple des vrais enjeux et notamment des négociations autour de la politique agricole commune. La concurrence des produits importés fait le reste et l’émigration devient alors le seul horizon des fils et filles de paysans. Les Polonais et Polonaises sont en effet chaque années entre 2 et 4 millions à quitter leur pays pour les chantiers, les usines, les serres andalouses ou hollandaises, les vergers et les vignes françaises, les hôtels, les restaurants, les maisons privés de toute l’Europe. En ce qui concerne l’agriculture, cette main d’œuvre ignorante de ses droits les plus basiques est importée par des agences d’intérim travaillant pour le compte des grandes exploitations occidentales, parfois en cheville avec des syndicats d’agriculteurs peu regardant sur le respect droit du travail des pays d’accueil. L’embauche se fait selon les normes de la « directive des services » dite « directive Bolkestein » selon des contrats des pays d’origine mais aussi selon des contrats de pays tiers (il n’est pas rare que des Polonais travaillent selon le doit chypriote en France ou en Allemagne, des Bulgare selon des contrats lithanien en Europe occidentale) ou selon des contrats parfaitement fantaisistes n’obéissant qu’à l’inventivité des agences d’intérim qui par la même occasion s’arrogent la prérotative d’être source d’un droit extra territorial s’imposant par-dessus le droit du travail des pays européen.

La politique agricole commune telle qu’elle est aujourd’hui a comme conséquence une véritable « soif de la terre » devenue un bien rare et cher puisque le montant des aides dépend de la taille de l’exploitation. Localement une forte pression est exercée sur les petits paysans afin qu’ils vendent ou louent leur terres, parfois avec des méthodes mafieuses mises en œuvre par les politiques locaux. Les grandes exploitations ainsi recrées se structurent autour de quelques cultures spécialisées utiles aux multinationales : fruits dans le sud, élevage laitier dans le nord, tandis que les vastes espaces des anciennes fermes agricoles de l’Ouest sont vouées aux agrocarburants. Dans cette recomposition sociale conservatrice il ne faut pas oublier le rôle de l’Eglise : La Commission des Biens, agence d’Etat dont la légalité est contestée du fait de son établissement en 1989 et de sa non-constitutionnalité, lui a en effet « rendu » plus de 160 000 Ha de terres agricoles prétenduement nationalisées après 1945. En réalité l’Eglise a utilisé l’énorme poid politique qu’elle possède auprès de l’ élite politique polonaise pour récupérer des biens qui ne lui ont appartenu parfois qu’au Moyen âge…. Dans ces cas là, les paysans qui ont eu la mauvaise surprise de voir que leur terre, attribuée par la réforme agraire de 1944, a été redonnée à l’Eglise ont dû lui payer un loyer et ont perdu les procès qu’ils ont lui ont intentés. L’Eglise est devenu, selon les analyses des associations laïques polonaises, la plus grande bénéficiaire de la PAC !

Comment lutter contre cette reféodalisation de la Pologne ? La lutte pour la sauvegarde d’une agriculture paysanne en Pologne sera difficile, mais elles est indispensable pour la réussite de cette résistance en Europe. Le concept de souveraineté alimentaire devrait être expliqué et propagé en Pologne. Il n’est pas impossible que les paysans polonais y soit réceptifs immédiatement car des bases juridiques intéressantes existent déjà : la Constitution polonaise de 1997 garantie en effet que l’agriculture polonaise doit être une agriculture familiale permettant aux familles paysannes de vivre de leur exploitation avec un revenu digne. L’attachement des paysans polonais à la terre pour laquelle ils et elles ont mené tant de luttes politiques depuis des centaines d’années est toujours très profond. Il se matérialise par le refus de vendre et de louer leurs terres et par le refus massif des OGM. Même la droite polonaise a dû se résoudre à une loi interdisant la production OGM en Pologne en 2006 (mais l’expérimentation et la vente de sont pas prohibées), même si ce fut avec des arguements nationalistes sur la sauvegarde de « pureté de la terre sacrée de la patrie ». Une stratégie de promotion des filières de distribution courte doit être menée : sauvegarde des marchés locaux existants, groupements de petites producteurs, coopératives de consommateurs en parallèle à une lutte politique contre le monopole de la distribution par les hypermarchés occidentaux. Il est nécessaire de soutenir la mise en place de circuits de distributions directs entre agriculteurs et les consommateurs de type AMAP et œuvrer à une prise de conscience des citoyens polonais sur le rôle politique de l’agriculture et de la consommation alimentaire. De plus, ce processus ne pourra se mettre en place sans la repolitisation des familles de paysans elles mêmes, sans leur participation active aux débats européens sur la politique agricole commune, la politique de l’OMC et sans leur participation aux luttes paysannes dans le monde. Mais il ne sera pas suffisant de redonner aux paysans leur rôle politique perdu dans le capitalisme néolibéral, il sera aussi nécessaire d’impliquer les migrants intra-européens souvent d’origine paysanne et les aider à défendre leurs droits ainsi que les consommateurs urbains pauvres prisonnier du système de l’alimentations « pas chère »importée par les supermarchés occidentaux. Enfin, paradoxalement, la reconstruction de l’agriculture ne pourra se faire qu’avec une amorce de réindustrialisation de cette région de l’Europe, une relocalisation de la production qui pourra rendre aux populations la fierté du travail bien fait, de leur rôle social et politique dans le but d’abolir leur statut actuel de main d’œuvre atomisée et de consommateur passif.

 
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Publié par le août 21, 2014 dans Economie, Europe

 

Interview du conseiller du président Poutine Sergei Glazyev (vidéo sous titrée français)

4atEntrevue avec Sergei Glaziev – conseiller au Président Poutine

Glaziev, qui est né en Ukraine et qui est économiste, a une superbe compréhension des jeux de pouvoir dans les coulisses en Ukraine et en Russie. Cet homme vraiment * sait * ce qui se passe. En outre, il est l’un des principaux « souverainistes eurasienne » et il est donc absolument détesté par les cercles de pro-US en Russie. Il est tout aussi détesté aux USA qui l’a mis sur leur liste récente des sanctions pour aucune autre raison, alors le fait qu’ils n’aiment pas ce qu’il a à dire. –

Posté le 19 août 2014

Interview de Konstantin Semin russe du conseiller présidentiel Sergei Glazyev le 24 juillet 2014.

http://www.informationclearinghouse.info/article39461.htm#.U_SxFFWsmnA.facebook

 
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Publié par le août 20, 2014 dans Asie, civilisation, Economie

 

Les BRICS et les sanctions favorisent le developpement de nouveaux échanges de la Russie avec l’Amérique latine

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On ne comprend rien à la rage qui semble soulever les dirigeants des Etats-Unis et européens si l’on ne voit pas le contexte économique qui est en train d’être bouleversé et dont nous allons à travers une série d’articles expliquer les transformations. Le paradoxe est que cette politique agressive des Etats-UNis et de l’Europe qui est d’une extrême dangerosité y compris sur le plan d’un affrontement nucléaire accélère la mutation mondiale. Si la France avait le sens de ses intérêts nationaux, elle abandonnerait ce navire en perdition pour se joindre à ce nouvel ensemble qui est en train de se construire. Il est symptomatique que la Turquie ait choisi déjà de considérer cette réorientation mondiale. je débute aujourd’hui une série d’articles pour comprendre le monde qui est en train de naître.

L’UE a décidé d’envoyer des représentants en Amérique latine pour dissuader ces pays de prétendre les remplacer sur le marché russe, mais il est bien tard.

En début d’été, les BRICS et le CELAC

Nous sommes en train d’assister en effet à une réorganisation de grande ampleur des échanges internationaux dont l’Eirope risque de faire les frais. Ces réorinetations sont déjà en cours et on doit les resituer à la fois dans la perte des marchés européens mais aussi dans le contexte de la tournée de Poutine dans ce continent et donc de la rencontre des Brics (Bresil, Russie, Inde, Chine et Afrique du sud) intervenue au début de l’été et auquel sont venus s’adjoindre différents pays d’Amérique latine (CELAC).Il faut bien mesurer le poids économique que cela représente et un poids en croissance.

" La banque américaine Goldman Sacs a réalisé une étude qui montre qu’au cours de la décennie actuelle, la consommation mondiale doit augmenter de dix trillions de dollars. De plus, d’ici 2020, la part des pays du BRICS augmentera de 23 % actuellement à 62 %. . Les pays du BRICS assurent plus de la moitié de la production mondiale. L’ Occident  ne veut pas perdre ses positions dominantes dans l’économie mondiale. Le BRICS ne cherche pas à s’opposer aux États-Unis et à l’Europe, mais il aspire cependant à être indépendant vis-à-vis d’eux, Il recherche au contraire la paix car il n’ignore rien de la puissance militaire sans équivalent des Etats-Unis et de l’OTAN et les solutions négociées.  Ce qui est apparu à ce sommet, c’est une nouvelle orientation financière possible. . le Fonds Monétaire International. Les États-Unis ont le monopole du dollar comme monnaie de réserve. Et ils dictent les conditions financières au monde. Mais le BRICS, compte tenu de son poids économique, peut exiger le renforcement de ses positions dans la régulation financière mondiale. Et il existe déjà quelques accords à ce sujet. En particulier, au dernier sommet du BRICS, le sixième, à Fortaleza, on a entrepris des démarches pour la création de la nouvelle "Banque de développement" du BRICS, on a créé un pool de réserves monétaires. Pour lequel l’Amérique latine mais aussi la Turquie a manifesté un désir d’association.

 le BRICS possède un immense potentiel intellectuel dans le domaine des technologies de pointe et des constructions mécaniques. Selon les pronostics des experts, les pays du BRICS, avec leurs ressources naturelles riches, leur puissante base industrielle et leur agriculture développée, évinceront les élites occidentales de l’Olympe économique mondial. Il faut se souvenir que les décisions des BRICS historique en matière financière ont été suivi d’une rencontre historique entre les dirigeants des BRICS et la CELAC à Brasilia, c’est-à-dire de fait la proposition faite aux dirigeants d’Amérique latine de bénéficier du nouveau dispositif financier d’échange sans passer par le dollar. Poutine a rayé la dette de Cuba et visiblement anticipé sur les sanctions et sa riposte dans ses contacts avec les dirigeants sud américains. Notons que si la CHine poursuit sa politique d’investissement et d’échange avec l’Europe, il y a eu de également une tournée parrallèle de Xi Jinping en Amérique latine mais nous y reviendrons. La Chine et le Venezuela ont aussi transformé leur relation en un partenariat stratégique global. La rage qui semble s’être emparé des Etats-UNis et des gouvernements européens et dont fait les frais le malheureux DOnbass n’est pas compréhensible si l’on ne définit pas ce nouveau contexte .

Notons que dans un contexte de marasme, l’Amérique latine est un des points du globe qui connaît la meilleure santé économique même si les Etats-Unis tentent d’affaiblir les résultats de ce continent comme on le voit avec l’Argentine, ce qui renforce l’orientation vers les nouveaux échanges.

Les premiers résultats de cette politique d’échange et des sanctions européennes

Pour répondre à ces sanctions: la Russie sollicitera d’abord son marché intérieur et la Bielorussie, le voisin et ami pour compenser le manque de produits frais.Le fidèle allié est dé"jà son fournisseur à hauteur de 2,7 mlliard de dollar par an. La Bielorussie par la voix de son vice ministre de l’agriculture à subvenir aux besoins russesen particulier en remplacement de la Pologne , des pays bas et de la Belgique. Vladimir Poutine sait depuis pas mal de temps qu’il devra se tourner vers des pays non concerné par les sanctions mutuelles et sa tournée en AMérique latine à l’occasion de Brics a posé le jalon de nouvelles coopérations dans un contexte financier renouvellé.

La Russie qui importe 35% de sa consommation alimentaire, a acheté pour près de 7 milliard de dollars de viande en 2013. La Russie en matière d’élevage a fait d’énormes progrès par rapport à l’ère Elstine où elle recevait l’aide alimentaire de l’Amérique mais elle reste dépendante. Mais il reste un embargo sanitaire sur le porc depuis le début de l’année suite à la découverte de cas de peste porcine. les exportations de porc à destination de la Russie ont chuté de 79% en Europe et de 70% depuis les Etats-Unis sur les quatre ^premiers de l’année. Certaines difficultés des abattoirs français en Bretagne sont déjà à mettre en liaison avec cet embargo sanitaire encore renforcé par la politique des sanctions. A Lamballe ainsi le numéro un français de la filière porcine française Cooperl Atantique connait un manque à gagner de 4 millions d’euros et surtout la laiterie de Saint Malo est touchée de plein fouet.

Déjà même avant les sanctions, les exportations avec le Brésil qui est de loin le premier exportateur de viande en Russie avaient progressé de 11%.Mais l’Argentine et l’Uruguay sont visiblement en train de profiter du marché ouvert par les sanctions. Ainsi le 12 août on apprenait

Le cas de l’Argentine

Les activités commerciales entre l’Argentine et la Russie devraient être portée à 5 milliards de dollars par an. A Partir du mois prochain, les deux pays entreprendront des négociations.

l’Argentine et la Russie espérent faire croître le commerce bilatéral à 5 milliards de dollars annuellement, selon quécrit le Tiempo Argentino, citant des sources du gouvernement russe et des secteurs d’activité.

Il est prévu la création de deux missions d’affaires avec des fonctionnaires et des hommes d’affaires en septembre, à Moscou (capitale de la Russie) et en novembre, à Buenos Aires (capitale de l’Argentine), qui ont pour objectif de doubler la balance commerciale l’année prochaine.

Ces annonces sont faites dans le cadre de la tournée aux États-Unis, qu’a annoncé la Russie, et qui pourrait également signifier une augmentation des relations commerciales avec les pays d’Amérique latine.

Dans ce contexte, la femme d’affaires Amalia Sáenz, entrepreneur argentin russe Conseil (CEAR), a expliqué que « les meilleures perspectives pour la viande Argentine, si le pays fait des efforts nécessaires » en concurrence stratégique avec l’Uruguay, également célèbre producteur, pour cette catégorie.

À cet égard, Saenz a considéré qu’il est très important et faisable que l’Argentine se positionne comme un fournisseur stratégique sur le marché des produits laitier.

Il est prévu que la première étape des négociations faite lors de la réunion de la Commission intergouvernementale de l’Argentine russe au commerce de la coopération économique et technique scientifique, qui se tiendra à Moscou le mois prochain.

L’agence de sécurité alimentaire russe a annoncé des discussions parallèles avec les ambassadeurs du brésil et du Chili, de l’Equateur. L’association brésilienne des producteurs de protéines animales a fait savoir qu’elle était prête à augmenter de 50% es exportations de volaille vers le marché russe à 450.000 tonnes par an.

L’équateur mais aussi la Turquie, qui est à elle seule un cas articulier et tout à fait étonnant de réorientation économique, représentent déjà 29% des importations russes de fruits en 2013 pourraient venir supplanter les fruits polonais et espagnols. Le Chili semvble quant à lui le mieux placé pour supplanter le poisson norvégien. La Nouvelle Zélande premier pays exportateurs mondial de produits laitiers n’est pas concerné par l’embargo de Moscou.

Mais à travers toutes ces notations on mesure à quel point les sanctions sont en train de dessiner une nouvelle carte dans laquelle la France si elle continue son jeu européo-atlantiste a tout à perdre, parce qu’il faut bien mesurer que les pertes dans l’agroalimentaire française qui directement dépassent déjà le milliard d’euro ont toute chance de subir de plein fouet l’effet retour des sanctions avec d’autres pays; Le cas par exemple de la pomme polonaise qui faute de débouchés va se déverser sur le marché européen mais pus encore les produits agricoles espagnols qui subissent de plein fouet l’embargo et qui vont aussi venir sur un marché saturé. Mais nous consacrerons un prochain article à ces effets sur l’Europe.

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le août 13, 2014 dans Amérique, Economie, Europe

 

Réponse de la Russie : l’Europe peut perdre le marché russe

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© Photo: RIA Novosti/ Dmitry Berkut

http://french.ruvr.ru/2014_08_08/Reponse-de-la-Russie-lEurope-peut-perdre-le-marche-russe-2441/

Par La Voix de la Russie | La première semaine ouvrable de ce mois en Europe s’est achevée par une liste des anti-sanctions de Russie et la colère des centaines de milliers de fermiers qui devront subir l’effet de l’embargo alimentaire russe et qui refusent de comprendre pourquoi Bruxelles exécute à leurs frais les souhaits de Washington de « punir Moscou » pour sa « politique ukrainienne ».

Le 7 août Moscou a interdit pour un an les importations de viande, de poisson, de légumes et fruits, de lait, de fromage et de charcuteries des pays de l’UE, des Etats-Unis, d’Australie, du Canada et de Norvège. Le 8 août il est devenu clair que les sanctions étaient plus dures qu’attendu.

Les pertes seront évaluées à plusieurs milliards d’euros. D’après les calculs actualisés de la Commission européenne, les « anti-sanctions » de Moscou causeront un préjudice de 12 milliards d’euros aux exportations agro-alimentaires européennes. La Finlande, la Pologne, les pays baltes, la Bulgarie, la Grèce et la Roumanie ont déjà annoncé leur intention d’exiger le remboursement des dommages et intérêts. Cependant le commissaire européen au commerce Karel De Gucht a déjà averti que la Commission européenne ne disposait que de 400 millions d’euros à ces fins. Le chef de la Banque centrale européenne Mario Draghi a ajouté qu’il était difficile d’évaluer les conséquences pour l’économie de la zone euro, mais qu’il était certain que la croissance économique se ralentirait.

Le ministre des Affaires étrangères et vice-premier ministre de Grèce Evangelos Venizelos a annoncé que la Grèce dont les fermiers dépendent à près de 50 % des exportations vers la Russie avait déjà entamé les négociations avec Moscou sur une réduction des sanctions en vue d’éviter la ruine de son secteur agraire.

Cela sera difficile, mais l’UE trouvera des fonds pour dédommager les pays baltes, la Bulgarie, la Grèce, la Pologne et la Finlande, bien qu’il s’agisse des milliards d’euros. A la rigueur elle empruntera au FMI, ce qui sera onéreux. Mais le problème plus grave encore que l’UE préfère ne pas évoquer est l’avenir des exportateurs européens. L’analyste de l’Institut de l’économie mondiale et des relations internationales IMEMO Vladimir Olentchenko dit à ce propos :

« Ils perdront le marché dans l’avenir. Aujourd’hui ils sont prêts à vendre quelque chose à la Russie, mais nous ne le prenons pas. Demain tout sera différent. Ce marché sera occupé. Peu importe par qui : par les Biélorusses, les Brésiliens ou les Iraniens. Ce marché attire déjà de nombreux pays ».

L’Europe parle depuis longtemps de la nécessité de diversifier les fournitures énergétiques, mais elle ne réfléchit pas à la nécissité de « diversifier la politique et l’économie ». Il est étonnant que les dirigeants pro-atlantiques de l’UE soient parvenus avec l’aide de Washington à imposer à l’Union européenne une politique catastrophique à l’égard de la Russie, poursuit Vladimir Olentchenko :

« Les dirigeants actuels de l’Union européenne, la Commission européenne avec Barroso à sa tête sont un lobby euro-atlantique qui n’est pas très préoccupé par les intérêts de l’Europe. Sa tâche majeure consiste à garder les liens entre l’UE et les Etats-Unis. Il faut que l’Europe imite en tout les Etats-Unis ».

Le secteur agro-alimentaire de l’UE suit avec inquiétude les informations en provenance de Moscou sur les négociations des détaillants russes afin de remplacer le « panier alimentaire européen » par les denrées des pays qui n’ont pas été impliqués dans les sanctions. Désormais les pays où la Russie achètera des fruits et légumes seront la Turquie, l’ Argentine, l’Arménie, l’Egypte, le Maroc, le Chili, la Chine, l’Ouzbékistan et l’Azerbaîdjan. Pour la viande et les charcuteries, ce seront le Brésil, l’Uruguay, le Paraguay, l’Argentine et la Biélorussie.

Pour ce qui est des producteurs russes, le lobby agro-alimentaire de Russie considère les sanctions actuelles presque comme une panacée et espère que l’Europe restera hypnotisée par Washington et ne fera pas marche arrière en ce qui concerne ses propres sanctions contre Moscou. Le membre de la commission de la Douma pour l’agriculture Alexandre Bogomaz est convaincu que cette année réanimera littéralement les producteurs russes :

« Je pense que dans l’espace d’un an l’Europe perdra complètement le marché de la Russie. Parce que cette année permettra à nos producteurs agricoles de se développer et d’acquérir la confiance dans l’avenir ».

L’UE a déjà accusé Moscou d’avoir violé les règles de l’OMC et le porte-parole de l’UE a qualifié les sanctions du Kremlin de « motivées politiquement ». Les raisons du mécontentement de Bruxelles ne sont pas tout à fait claires : l’UE aurait pu prévoir que les sanctions contre la Russie seront suivies de sa réaction, estime l’expert en chef du portail analytique IT-Trade Ilia Sizov. Il prédit des représailles européennes contre la Russie dans le domaine agro-alimentaire :

«Il va de soi qu’ils répondront. Rien à faire. Mais dans cette bagarre il ne reste qu’à espérer que les parties reviendront à la raison et commenceront à résoudre les problèmes dans le calme, autour de la table des négociations ».

Le professeur d’Oxford Peter Oppenheimer pense que tôt ou tard Bruxelles se verra obligé de se mettre à la table des négociations avec Moscou :

« Il faut une période de « refroidissement » pour calmer les nerfs. Pour que les gens commencent à réfléchir raisonnablement et non pas animés par l’irritation, la colère ou la soif de vengeance. Il faut que tous réfléchissent tranquillement et reviennent à des négociations raisonnables. Ces négociations n’auront pas lieu aujourd’hui ou demain. Mais elles commenceront dans six mois ou dans un an ».

La Russie a été forcée de prendre ces mesures pour se défendre. Le premier ministre Dmitri Medvedev a laissé entendre que Moscou était prêt à la confrontation économique qui lui était imposée par les Etats-Unis et l’UE. Outre l’embargo alimentaire, la Russie envisage l’interdiction de survoler son territoire par les avions des compagnies aériennes européennes et américaines. « Nous sommes prêts à introduire des mesures protectionnistes dans la construction d’avion et d’automobile, dans les constructions navales et dans d’autres secteurs. Mais nous allons le faire d’une manière réfléchie », a déclaré Dmitri Medvedev. Si l’embargo concerne ces secteurs, les pertes de l’UE seront évaluées à des dizaines de milliards d’euros par an.

Russie, UE, produits alimentaires, sanctions, Economie
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Chômage et colère

28 juin 2014
Par Jacques Sapir

Les statistiques du chômage ont été mauvaises pour le mois de mai. Pour les lecteurs de ce Carnet, ceci n’est pas véritablement une nouvelle. Cela fait bientôt deux ans que j’explique, arguments à l’appui, pourquoi la politique économique mise en œuvre par le gouvernement est incapable de produire une « inversion » de la courbe. La croissance va rester toujours très faible. L’INSEE prévoit pour 2014 environ 0,7%. Compte tenu du ralentissement de la croissance aux Etats-Unis, il n’est malheureusement pas impossible que l’on s’aperçoive à la fin de l’année que le chiffre réel est probablement plus proche de 0,5%. De toute manière, de tels chiffres sont incapables d’arrêter la marée noire du chômage (il faudrait pour cela une croissance d’au moins 1,3%) et ils vont mécaniquement provoquer une hausse du déficit public. Le gouvernement avait révisé son objectif à 3,8% du PIB. Compte tenu du manque à gagner du fait d’une croissance plus faible que prévu, le chiffre réel sera probablement compris entre 4,0% et 4,2%. Cela signifie que la population française, qui continue de croître à un rythme soutenu, va quant à elle continuer de s’appauvrir.

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La baisse de l’investissement se poursuivant, la compétitivité de l’industrie française en sera elle aussi affectée. En fait il y a deux raisons à cette baisse. D’une part, les marges des entreprises sont au plus bas, alors que les taux d’intérêts réels (la différence entre le taux d’intérêts et l’inflation) tendent à remonter. Les entreprises n’ont pas de quoi investir. Mais, d’autre part, les perspectives, tant en France qu’à l’étranger, sont tellement déprimées que même si elles avaient des liquidités les entreprises n’investiraient pas. Ajoutons pour faire bonne mesure une troisième raison. L’investissement privé dépend largement de l’investissement public. Ce dernier crée à la fois un contexte psychologique favorable mais aussi des effets de réductions de coûts (par le développement des infrastructures en particulier) qui incitent les entreprises privées à investir. Or, pour réduire à tous prix les déficits, et pour se conformer au diktat des autorités de la zone Euro, la politique d’austérité a coupé avant tout les dépenses d’investissement.

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Les gains de productivité, qui sont essentiels pour la compétitivité de l’économie, dépendent de l’investissement productif. On voit que dans la situation actuelle la France est en réalité en train de manger son propre capital, ce qui va se traduire, dans les années à venir, par une désindustrialisation accélérée, entraînant de nouvelles fortes hausses du chômage.

On comprend pourquoi les derniers chiffres ne sont nullement surprenants. Ils n’en sont pas moins dramatiques. On voit que les différentes catégories de demandeurs d’emplois (et non de « chômeurs ») ne cessent d’augmenter, qu’il s’agisse de la catégorie « A », qui sert de référence, mais aussi des catégories B et D (qui correspondent à personnes soit dispensées de recherche d’un emploi, soit travaillant moins de 70h par mois), et enfin de ce que l’on peut appeler le « quasi chômage », soit les catégories C et E, où l’on retrouve nombre de salariés « aidés » par les pouvoirs publics.

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En mai 2014, la catégorie « A » se montait à 3 388 900 personnes, les catégories B et D (qui constituent en chômage « masqué ») à 944 400 personnes, soit un total de 4,33 millions de personnes. Si l’on y rajoute les personnes radiées et découragées par le conjoncture, il est probable qu’il y avait en France, au mois de mai, 4,8 millions de chômeurs. Cela représentait 16,7% de la population active en réalité, alors que les calculs officiels sont fait uniquement sur la catégorie « A ».

Par ailleurs, depuis mai 2012, soit depuis l’élection du Président Hollande, le nombre de chômeurs (au sens des catégories A+B+D) a augmenté de 550 000 soit 764 chômeurs de plus chaque jour.

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Ce constat est certainement la critique la plus terrible et la plus radicale d’un Président qui se fit élire justement sur le thème de la lutte contre le chômage (et accessoirement de la lutte contre la finance, faut-il le rappeler ?). Dans ces conditions, il est clair que sa délégitimation est désormais bien avancée, et avec elle, celle de la majorité socialiste issue des urnes en juin 2012. Il est donc plus que probable que lui et son Premier-Ministre d(’in)fortune seront confrontés à une montée et une radicalisation de la colère dés le début de cet automne. La possibilité d’une crise parlementaire, débouchant sur des élections anticipées est désormais réelle. Mais, la question de fond n’est même pas celle-là, aussi importante soit elle. La seule solution pour sortir l’économie française de la crise et la société française du marasme consisterait en une sortie de la zone Euro (ou dans sa dissolution) ce qui permettrait une dévaluation, remettant le compteur de la compétitivité à son niveau de 1998-2000. A partir de là, et compte tenu des perspectives de l’économie française, on peut s’attendre à une reprise et des créations d’emplois (dans un délai de 6 mois) et des investissements (dans un délai d’un an). Ceci a été démontré de nombreuses fois, et en particulier dans ce carnet. Il est paradoxal qu’un homme ait la solution aux problèmes de la France à portée de main, et qu’il s’en détourne pour des raisons qui sont essentiellement idéologiques. A moins que cette décision tout simplement lui répugne. Si tel est le cas, il doit en tirer les conséquences et partir de lui-même, avant que la colère populaire ne commette l’irréparable.

 
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Publié par le juin 29, 2014 dans Economie

 
 
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