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Archives de Catégorie: Economie

Chômage et colère

28 juin 2014
Par Jacques Sapir

Les statistiques du chômage ont été mauvaises pour le mois de mai. Pour les lecteurs de ce Carnet, ceci n’est pas véritablement une nouvelle. Cela fait bientôt deux ans que j’explique, arguments à l’appui, pourquoi la politique économique mise en œuvre par le gouvernement est incapable de produire une « inversion » de la courbe. La croissance va rester toujours très faible. L’INSEE prévoit pour 2014 environ 0,7%. Compte tenu du ralentissement de la croissance aux Etats-Unis, il n’est malheureusement pas impossible que l’on s’aperçoive à la fin de l’année que le chiffre réel est probablement plus proche de 0,5%. De toute manière, de tels chiffres sont incapables d’arrêter la marée noire du chômage (il faudrait pour cela une croissance d’au moins 1,3%) et ils vont mécaniquement provoquer une hausse du déficit public. Le gouvernement avait révisé son objectif à 3,8% du PIB. Compte tenu du manque à gagner du fait d’une croissance plus faible que prévu, le chiffre réel sera probablement compris entre 4,0% et 4,2%. Cela signifie que la population française, qui continue de croître à un rythme soutenu, va quant à elle continuer de s’appauvrir.

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La baisse de l’investissement se poursuivant, la compétitivité de l’industrie française en sera elle aussi affectée. En fait il y a deux raisons à cette baisse. D’une part, les marges des entreprises sont au plus bas, alors que les taux d’intérêts réels (la différence entre le taux d’intérêts et l’inflation) tendent à remonter. Les entreprises n’ont pas de quoi investir. Mais, d’autre part, les perspectives, tant en France qu’à l’étranger, sont tellement déprimées que même si elles avaient des liquidités les entreprises n’investiraient pas. Ajoutons pour faire bonne mesure une troisième raison. L’investissement privé dépend largement de l’investissement public. Ce dernier crée à la fois un contexte psychologique favorable mais aussi des effets de réductions de coûts (par le développement des infrastructures en particulier) qui incitent les entreprises privées à investir. Or, pour réduire à tous prix les déficits, et pour se conformer au diktat des autorités de la zone Euro, la politique d’austérité a coupé avant tout les dépenses d’investissement.

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Les gains de productivité, qui sont essentiels pour la compétitivité de l’économie, dépendent de l’investissement productif. On voit que dans la situation actuelle la France est en réalité en train de manger son propre capital, ce qui va se traduire, dans les années à venir, par une désindustrialisation accélérée, entraînant de nouvelles fortes hausses du chômage.

On comprend pourquoi les derniers chiffres ne sont nullement surprenants. Ils n’en sont pas moins dramatiques. On voit que les différentes catégories de demandeurs d’emplois (et non de « chômeurs ») ne cessent d’augmenter, qu’il s’agisse de la catégorie « A », qui sert de référence, mais aussi des catégories B et D (qui correspondent à personnes soit dispensées de recherche d’un emploi, soit travaillant moins de 70h par mois), et enfin de ce que l’on peut appeler le « quasi chômage », soit les catégories C et E, où l’on retrouve nombre de salariés « aidés » par les pouvoirs publics.

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En mai 2014, la catégorie « A » se montait à 3 388 900 personnes, les catégories B et D (qui constituent en chômage « masqué ») à 944 400 personnes, soit un total de 4,33 millions de personnes. Si l’on y rajoute les personnes radiées et découragées par le conjoncture, il est probable qu’il y avait en France, au mois de mai, 4,8 millions de chômeurs. Cela représentait 16,7% de la population active en réalité, alors que les calculs officiels sont fait uniquement sur la catégorie « A ».

Par ailleurs, depuis mai 2012, soit depuis l’élection du Président Hollande, le nombre de chômeurs (au sens des catégories A+B+D) a augmenté de 550 000 soit 764 chômeurs de plus chaque jour.

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Ce constat est certainement la critique la plus terrible et la plus radicale d’un Président qui se fit élire justement sur le thème de la lutte contre le chômage (et accessoirement de la lutte contre la finance, faut-il le rappeler ?). Dans ces conditions, il est clair que sa délégitimation est désormais bien avancée, et avec elle, celle de la majorité socialiste issue des urnes en juin 2012. Il est donc plus que probable que lui et son Premier-Ministre d(’in)fortune seront confrontés à une montée et une radicalisation de la colère dés le début de cet automne. La possibilité d’une crise parlementaire, débouchant sur des élections anticipées est désormais réelle. Mais, la question de fond n’est même pas celle-là, aussi importante soit elle. La seule solution pour sortir l’économie française de la crise et la société française du marasme consisterait en une sortie de la zone Euro (ou dans sa dissolution) ce qui permettrait une dévaluation, remettant le compteur de la compétitivité à son niveau de 1998-2000. A partir de là, et compte tenu des perspectives de l’économie française, on peut s’attendre à une reprise et des créations d’emplois (dans un délai de 6 mois) et des investissements (dans un délai d’un an). Ceci a été démontré de nombreuses fois, et en particulier dans ce carnet. Il est paradoxal qu’un homme ait la solution aux problèmes de la France à portée de main, et qu’il s’en détourne pour des raisons qui sont essentiellement idéologiques. A moins que cette décision tout simplement lui répugne. Si tel est le cas, il doit en tirer les conséquences et partir de lui-même, avant que la colère populaire ne commette l’irréparable.

 
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Publié par le juin 29, 2014 dans Economie

 

Vu d’ici: l’essentiel et la méthode pour tenter de le percevoir…

index Ivan le Terrible dans le film d’Eisenstein, il s’est retiré dans un monastère et le peuple vient le chercher.

Les dogmatismes…

Vu d’ici, dans cette situation de guerre civile plus ou moins déclarée avec des zones d’intensité variable, mon pays, la France, me paraît la proie de tous les dogmatismes. Le pire de tous, celui qui ne voit de salut que dans le capitalisme, le marché, l’art jusqu’au bout de tenter de résoudre les problèmes avec ce qui les crée… Dans le cas ukrainien cela devient la nécessité de résoudre les problèmes par un surplus de capitalisme et d’armement… Mais il y a d’autres idées préconçues… Au lieu de partir de la réalité telle qu’elle est, mes chers Français s’obstinent à lire la situation avec les lunettes d’un pseudo dogmatisme théorique applicable en toutes époques, tous pays. Après des années d’atonies, les peuples refont surface et il est refusé d’entendre ce qu’ils disent. En ce moment, le même schéma est appliqué aux printemps arabes, aux ex-pays de l’Union soviétique et ce paradoxalement pour mieux nier les luttes des classes, la manière originale dont elles s’expriment… comme le fait d’ailleurs le capital lui-même dans sa mondialisation… C’est d’ailleurs ce qui le perd.
Mais déjà quand on se réfère à l’histoire d’un de ces pays et de l’ensemble d’une société dont l’économique est déterminant "en dernière instance", comme le faisait Marx dans les Luttes des classes en France et Engels pour l’Afghanistan, c’est dans la méconnaissance la plus totale de la manière dont des civilisations millénaires lui ont donné des modes d’expression…

Partir des petites gens, la négation de la négation…
Tout part du peuple, y compris l’art le plus élaboré. Il est dans les rues avant d’être dans les musées.Ce qu’on pourrait appeler mon "impressionnisme", ma description de la vie quotidienne et des petites gens, part de l’idée que ce sont eux par leur obstination et par le fait qu’ils ne peuvent pas survivre autrement qui font la seule histoire, celle de la lutte des classes. Ou pour parler comme Lukacs, ils sont la négation de la négation. Donc je ne prétends pas à "l’objectivité journalistique" qui n’existe pas, même si les faits restent sacrés et l’interprétation libre, la mienne est orientée vers une pratique, comment transformer cette société"?.

J’utilise la vision du monde du petit homme, le soldat Schweik, Charlot mais aussi Figaro, leur impertinence lucide. En choisissant la solidarité avec le Donbass, oeuvrer pour l’information, la compréhension, nous avons été confrontées avec Marianne à la fin de l’Union soviétique. un événement des plus importants sinon le plus important de la fin du XX e siècle. Les traces sont partout et il est impossible de ne pas les voir dans les rues, les statues, les ruines. Ceux que j’écoute, regarde, entend grâce à Marianne, ont subi comme nous communistes français mais aussi notre peuple français, ce choc sans rien y comprendre. Moi non plus, mais il faut au moins se débarrasser de l’image imposée. On ne peut pas faire autrement que constater cette extraordinaire nostalgie qui n’a rien à voir avec l’intéressant livre sur la fin de l’homme rouge… Le souvenir est celui des temps heureux. Trop facile pourtant de simplement dire que le communisme a été trahi et que l’on peut recommencer à l’identique. l’impression est une déconstruction des a- priori, la croyance en un savoir immédiat qui n’est jamais que l’idéologie de notre société, celle de la classe dominante… mais elle reste ouverte…

En ce moment même je vois des images que vous ne verrez pas en France, celle de la bataille de Lougank, des hommes en bras de chemise avec une casquette pour se protéger du soleil rechargent des armes dans un paysage de ruine… Partout des explosions, des départs de feu. On annonce que l’un des combattants a abattu un avion ukrainien… Le petit homme ne fait pas la guerre par plaisir, il doit être contraint à défendre sa maison, son espace, le peu qu’il a, sa famille et je repense à tous ceux qui me disent en parlant des rebelles: ce sont des hommes simples comme moi…


Qu’est ce exactement que le stalinisme, les Russes aiment les tyrans ?

Par exemple, il est stupéfiant de s’entendre répéter avec obstination que tout a dévié à la mort de Staline et que ça a commencé à pourrir de l’intérieur, l’acceptation de petites corruptions, de petits avantages que l’on achetait avec une fausse ouverture mais qui se traduisait par la catastrophe pour tous. Alors en Français un peu trop cultivé on pense à Ivan le Terrible le modèle de Staline.. Oui mais voilà on ne sait rien des multiples interprétations de l’histoire d’Ivan. Des débats auxquels ça a donné lieu, y compris le film d’Eisenstein… On imagine que la deuxième partie du film a été censurée parce que Staline ne supportait pas d’être comparé à ce tyran paranoïaque. Il n’en est rien Staline se voyait lui-même comme Ivan et il pensait qu’il n’était pas allé assez loin, encombré comme il l’était dans sa religiosité excessive. Et ce qui a été reproché à Eisenstein est une interprétation de la politique étrangère d’Ivan. Si Staline choisit Ivan plutôt que Catherine de Russie ou Pierre le Grand comme référence, c’est parce qu’Ivan se méfie des étrangers européens et qu’il mène la bataille pour ouvrir une fenêtre sur la Baltique contre les Polonais, les Lituaniens, les Allemands. Alors que les puissances européennes, l’Autriche en particulier, l’incitent à aller combattre le musulman au sud, la Turquie et le Tatar son vassal, lui au contraire recrute les Tatars de Kazan pour aller vaincre les Polonais et les Allemands. Il renouvelle l’alliance d’Alexandre Newski (autre film d’Eisenstein) avec les Tatars contre les chevaliers teutoniques. Ce qui est reproché à Eisenstein c’est d’avoir mal interprété, occidentalisée la politique d’Ivan. Et on se doute bien qu’il s’agit de l’actualité, l’Urss et l’Europe. Que peut-elle en attendre? Question encore brulante…


Rancune à l’égard des communistes ou garanties d’un contrôle ?

Deuxième référence mal comprise, le cas d’Ivan est assez proche de celui de notre Louis XI, qui a lui aussi mauvaise réputation. Il abat les boïards, les grands seigneurs féodaux, fonde une armée nationale avec des cavaliers tatars. Et ce qu’on connait mal crée une sorte de système de ville franche dans laquelle le collectif paysan et marchand peut racheter l’impôt payé aux boïards et acquérir un droit de liberté politique qui va jusqu’au droit de juger, mais aussi celui de se mêler de la politique intérieure et extérieure. Dans le fond, l’idée est que la centralisation par l’autocrate empêche les querelles de riches et des puissants, les soumet par la cruauté (idée que l’on retrouve chez un autre contemporain (Henri VIII et César Borgia) et pour se faire s’appuie sur une véritable autogestion généralisée dont le droit est racheté par l’impôt disons national, bien qu’il ne s’agisse pas encore de nation.
Donc quand mes homos-soviéticus disent que depuis la mort de Staline tout s’est lentement pourri de l’intérieur et qu’ils n’ont plus confiance dans les communistes qui ont détruit l’Union Soviétique, c’est très ambigü. Un de nos derniers interviewés, dont je publierai l’interview ultérieurement déclare: "Les communistes, non je ne les veux plus, ils n’avaient qu’à conserver le pouvoir qu’ils avaient et ne pas détruire l’Union soviétique"… Quelques minutes après nous parlons de l’union entre la Chine et la Russie, combien elle inquiète les Etats-Unis et que cela explique peut-être le choix d’Obama de venir créer cette guerre civile…. Le même homme qui ne veut plus des communistes, déclare ils ne pourront pas encercler, la Russie est trop immense, La Chine a plus d’un milliard d’habitants… Et puis en Chine, il y a les communistes qui dirigent"… Je l’interrompt en soulignant la contradiction. Il rit d’être pris la main dans le sac… et affirme: "Ce sont de vrais communistes, celui qui est corrompu on le met en prison…"
Et là tout à coup ce que je prenais pour de la rancune s’éclaire, il ne s’agit pas de bouderie, mais d’exigences de garantie qu’ils ne referont pas pareil, qu’ils agiront pour le peuple et qu’ils ne se contenteront pas de discours en laissant les situation pourrir, l’injustice s’installer. Et cette "rancune" part de l’expérience, non seulement de la manière dont l’Union Soviétique a été détruite par trois ivrognes qui voulaient être tsar, mais comment elle a été pourrie de l’intérieur au point qu’une pichnette a suffi. Et il y a surtout ces terrible 23 ans avec un pays détruits par les appétits d’oligarques sans foi ni loi… On ne recommencera pas avec vous comme si rien n’était, on n’avancera avec des garanties.. En attendant on ne fait plus de politique…
Derrière l’autocrate, l’autogestion… et il ne s’agit pas d’une simple vision de ma part, ce qui pourrait paraître un souci de réhabilitation de Staline que certains me prêteront sûrement, mais elle s’étaye sur cette attention à l’environnement, aux moyens de transport, à l’emploi pour tous… Ils ne font pas de politiques mais ils constatent et déplorent ce grand n’importe quoi des appétits individuels… Il ne s’agit pas pour moi de condamner ou de défendre Staline, je n’ai pas encore tranché le débat qui divise les historiens russes… Après Ivan, il y eut une vingtaine d’années de troubles durant lesquelles se succédèrent 5 tsars impuissants et se déchirèrent les boïards. Est-ce parce que le pouvoir d’Ivan qui avait durablement transformé et marqué la Russie n’avait pas été assez au fond comme le pensait Staline ou est-ce que la cruauté, la terreur avait fait sortir le pire des êtres humains qui s’étala à sa mort, comme si les diables de la soumission servile s’étaient relâchés?
Ce qui est sûr c’est que l’expérience est telle que le petit homme ne se mêlera de politique que il aura la confiance et le contrôle.

L’essentiel: Pourquoi l’Europe veut-elle la guerre?

Deuxième idée, qui dans sa simplicité renvoie aussi au débat entre Einstein et Staline à propos d’Ivan: qu’est-ce que l’Europe?
Et là la réponse dans sa simplicité m’a été apportée par deux femmes de Kharkov qui ne faisaient pas de politique, étaient tellement occupées à travailler , à faire le ménage qu’elles n’avaient rien vu dans leur ville. Elles étaient des mères avant tout, leur ville touche l’oblast de Lugansk et elles ont peur, elles pleurent et ne dorment plus. Parce qu’elles craignent que l’armée ukrainienne prenne leurs époux, leurs fils pour les envoyer combattre les gens du Donbass. Elles regrettent elles aussi la paix, l’égalité de l’Union soviétique. Elles ne savent pas ce qui s’est passé, un matin elles ont ouvert la télé qui leur a annoncé la fin de L’Union soviétique. Ce temps béni où il n’y avait pas de différence entre russes, ukrainiens, biélorrusse et où l’on vivait en paix.
Je leur demande si elles préfèrent l’Europe ou la Russie… Elles me répondent "Pourquoi faut-il choisir? Pourquoi l’Europe apporte-t-elle toujours la guerre?"
Et voilà la réponse au débat entre Eisenstein et Staline: "l’Europe c’est la guerre!"

 

l’homo sovieticus ne fait plus de politique

IMG_20140609_130826La cour de l’espèce d’auberge de jeunesse dans laquelle nous sommes logées Marianne et moi, et où chacun fait sa cuisine.Nous avons interviewé Constantin hier soir dans ce patio.Ce soir deux dames de kharkov… quelques jours de repos studieux…

Constantin est un géant, mi débonnaire, mi inquiétant… L’ogre russe des clichés mais imberbe, il ne reste que la tignasse drue et la carrure. Il nous prend constamment à rebours, nous assène une affirmation qui nous désoriente et puis passe son temps à la nuancer, à tenter avec une sorte de pudeur de dire "je ne suis pas celui que vous croyez: le lourdaud du Donbass que les autres inventent, simplement j’aime qu’un chat soit un chat."

Ainsi il nous dit tout de suite:
-je ne suis pas un réfugié, je viens toutes les années ici à la même époque, je continue.Je prends des vacances au bord de la mer.
Il vit dans une petite ville à 45 kilomètres de Donetsk, Gorlovka qui est tout à fait tranquille. Selon lui l’assaut qu’il qualifie en se moquant "d’anti-terroriste" se limite à quelques villes et villages du Donbass comme Slaviansk, Lugansk, Donetsk. Mais là-bas, ils tirent à l’arme lourde. Hier encore avec un skud ils ont tué à Simionovka.C’est vraiment la guerre on balance des obus et des bombes à fragmentation.

Avec une moue tendue mais cynique dont il ponctuera beaucoup de ses propos, il jette que cette histoire est parfaitement imbécile.
-Qui est imbécile?
– mais les troupes du gouvernement, Pravy Sektor, l’armée…
Pravy Sektor?
-Ou qui que ce soit, quand il y a des troupes il y a un commandant et c’est lui le responsable, pas les troupes. Ce sont des gamins de 18 à 20 ans qu’est ce qu’ils peuvent faire d’autre qu’obéir?
-Vous dites que votre ville est calme, mais est-ce que les gens ont peur?
-Seuls les imbéciles n’ont pas peur.
Chez lui tout est calme et tranquille, personne ne fuit, les enfants et les vieux n’ont pas besoin d’être évacués, mais il a des amis, de la famille, il est très malheureux pour eux.
-Est-ce que vous avez songé à y aller, pour vous battre aux côtés des insurgés ?
– Je ne peux pas y aller. Qui est-ce qui fera mon travail? Qui soignera les gens, les aidera, les sauvera du danger? Qui est-ce qui reconstruira après tout ça?
Il est pompier, pas seulement sur le terrain, il coordonne, c’est un ingénieur de formation avec une spécialité en lutte contre les catastrophes. A la fin de l’interview, il pointera son doigt sur moi en me demandant d’effacer une phrase dans laquelle il a paru s’attendrir sur les risques du métier. Comme si cela lui paraissait indécent par rapport à ce qui se passe.

Comme il continue sur l’idée que tout cela est parfaitement stupide et que bien malin qui sait comment cela finira, je lui demande le pourquoi de tout ça selon lui?

Il hausse les épaules. Tout ça a commencé avec le Maïdan. Pendant qu’ils faisaient les guignols, le Donbass travaillait.
– Des guignols ou des fascistes?
-Au début c’étaient de simples gens. Certaines de leurs revendications étaient justes. C’est après que les paramilitaires sont apparus. Et alors là ils se sont mis à se conduire mal avec les forces de l’ordre. Je suis pompier je sais ce qu’est un homme brûlé. Ils ont jeté des cocktails molotov sur des jeune policiers désarmés. Ils brulaient vif. C’était abominable.

Ces gens ne savent pas se conduire et s’il y a eu un soulèvement c’était que les gens étaient de plus en plus mécontents de leurs manières. Tenez là il y a peu à Simionovka, il y a un hôpital psychiatrique, des gens en milieux ouverts mais aussi des gens dangereux. Ils n’ont pas prévenu qu’ils allaient attaquer, ils ne nous ont pas laissé le temps d’évacuer l’hôpital, avec des gens en crise,violents, d’une force incroyable, une femme de ma corpulence peut dans ce cas mettre à mal quelqu’un comme moi. On n’a pas laissé le temps de gérer la situation. A la fin, nous avons pu en prendre 60 à Gorlovka, c’était très dur de les contenir. Il ne le dit pas mais il a participé à l’opération en tant que pompier et il déclare écœuré:
-C’est une honte de tirer sur une population désarmée, il n’y a même pas d’alerte pour que les civils aillent se planquer… Comment peut-on parler d’humanisme quand on agit comme cela? Depuis le Maïdan, ils ont agi comme ça et ça a mis en colère les gens du Donbass.

Je lui demande s’il a voté au référendum?
-Oui bien sûr, le référendum a été conduit sans la moindre pression, il n’y a même pas eu de campagne, on a juste donné la date et les gens sont venus en masse partout, ils étaient d’accord.
-Pour la séparation?
-Mais non au début il ne s’agissait pas de séparation mais de fédération. Mais au fur et à mesure les gens étaient de plus en plus mécontents et ça c’est encore aggravé avec l’opération dite "anti-terroriste".

Quels objectifs visent-ils selon vous dans cette opération anti-terroriste? Par exemple en déclenchant un tir à l’arme lourde sans prévenir?
-Tuer, détruire les "séparatistes", terroriser les gens. Personne ne sait leur but à part ceux qui leur donnent des ordres.

Qui est-ce qui résiste dans les villes visées, parce qu’il faut un minimum d’armes et de formation pour résister?
Des citoyens, c’est tout le peuple qui se révolte alors il y a de tout, des bas fond aux meilleurs, des citoyens, des bandits, des Tchétchènes, des cosaques de Rostov, toutes les couches de la population.
– des bandits, qui?
-les bandits sont les bandits, il y en partout, la mafia, les voyous… Ils sont là aussi…

-Est-ce qu’il y a une force respectée de tous, qui peut mettre de l’ordre?
-C’est ça le problème. Au départ l’idée est très bonne, mais sous couvert de République, il y a toute sorte d’individus louches…

A propos d’individus louches, je veux l’interroger sur Rinat Akhmetov, un des hommes les plus riches du monde et en tous les cas le plus riche d’Ukraine. Il me fait la liste de ce qu’il possède en Ukraine, dans le Donbass. Son poids dans le secteur minier mais aussi dans le traitement de la coke et même la métallurgie. Quand je veux pousser l’analyse, il se ferme. D’un ton lapidaire, il explique qu’il a ses buts à lui qui ne sont pas ceux des politiciens. "On peut dire qu’il tient le Donbass. Il donne du travail au gens, même si les salaires sont de plus en plus insuffisants et les prix augmentent tous les jours." et toute son attitude témoigne qu’il n’ira pas plus loin, d’ailleurs il ajoute: "Moi je ne fais pas de politique!". Dès le début de l’interview, il nous a expliqué qu’il ne donnerait pas son nom et ne voulait pas être filmé.

Notre lecteur doit retenir cette idée essentielle s’il veut comprendre l’homme du Donbass, celui que je baptise l’homo sovieticus, le travail est sacré, nourrir la famille est l’essentiel et aujourd’hui sous la domination du capital, celui qui donne ce travail c’est le capitaliste. Ceux qui s’imaginent qu’avec un discours ou un changement de discours on séduira l’homo sovieticus se trompent totalement, il faut des perspectives d’emploi, de salaires, de vacances en famille…

Je lui demande s’il a voté aux présidentielles?
– personne dans le Donbass n’a voté. Il n’y avait d’ailleurs nulle part de bureaux de vote et personne n’en cherchait. Ce que raconte la télé ukrainienne sur les votes dans le Donbass ce sont des mensonges. Personne n’a voté, peut-être du côté de Zaporojie, deux ou trois bureaux dans les campagnes. Il n’y a d’ailleurs personne qui mérite que l’on se déplace pour aller voter pour lui.

Le mépris est tangible, dur, comme un mur… personne ne peut le franchir…
-Qu’est-ce que l’Union Soviétique pour vous ?
Son visage s’illumine littéralement… Impressionnant!
– Ah! murmure-t-il, la nostalgie! j’ai grandi en Union Soviétique. Avec mes parents, un été on est parti faire le tour, c’était immense, l’infini, partout on découvrait des pays, des amis, des peuples proches… Dans les magasins, il y avait de tout, enfin tout ce qu’il faut à un être humain pour vivre, tout fonctionnait. Les prix n’augmentaient pas, ils baissaient au contraire et toujours on pouvait vivre mieux…

- Vous avez compris pourquoi tout cela s’est effondré?
– Parce que trois salauds, dans la forêt de Bélovèje après s’être bourrés la gueule ont décidé de devenir tsars (1)… Les trois salauds de Russie, d’Ukraine et de Biélorussie… En 1991, ils avaient fait un référendum, la question était bizarrement conçue et ils nous ont eu comme des bleus, ils ont fait tout le contraire de ce que nous avions décidé.

-Est-ce que c’est pour ça que vous ne voulez plus faire de politique?
– Actuellement à la Rada, il n’y a pas un seul député qui soit digne que l’on vote pour lui.
– Simonenko, le dirigeant du Parti Communiste d’Ukraine? Simonenko, il est du Donbass, il était le dirigeant des jeunes komsommols, on l’a vu lui et sa bande… et il reprend : personne n’est digne que l’on vote pour lui…

Pas moyen de lui en faire dire plus, tout ce que l’on peut faire c’est interpréter… Ces jeunes Komsommols étaient gorbatchéviens, ils font partie de ceux qui nous ont eu comme des bleus. L’ami Constantin a la rancune tenace.

-Qu’est-ce que c’est pour vous un politicien qui soit digne que l’on vote pour lui?
-Quelqu’un qui organiserait, qui créerait les conditions d’une amélioration de la vie, quelqu’un qui s’occuperait de ses subordonnés, qui sortirait le pays du fossé dans lequel il est tombé. Après peu importe qui, le plus important c’est comment il se comporte.

-Que pensez-vous de Poutine?
-Regardez sa cote de popularité, l’an dernier il était à 45% aujourd’hui 80%.
– A cause des événements d’Ukraine?
– Pas seulement, j’ai été récemment visiter un village du bassin minier, qui comprenait jadis 300 foyers, il ne reste plus que 23 personnes, des vieilles babouchkas. Et bien les routes sont asphaltées, il y a des services pour les vieilles dames et un marchand ambulant passe pour leur apporter la nourriture.Chez eux, les localités des puits fermés ne sont pas abandonnées. C’est comme le 9 mai, ils le respectent, c’est sacré. Vous avez vu les routes chez nous en Ukraine?

Je l’interroge sur la chute de l’Union soviétique?
– Est-ce que vous ne pensez pas qu’un système qui dépend de la volonté de trois mecs bourrés qui veulent être tsars est bien fragile?
– Quand s’écroule le système, ce ne sont pas les trois salauds qui sont importants mais ceux qui les manipulent… ceux qui ont concentré le capital entre leurs mains. Et ceux-là ils sont plus prêts de vous en occident que de nous les russes.
– Qui?
-Les Rockfeller… Ceux là ont agi et les trois salauds obéi…
je guette la moindre référence anti juive, elle ne viendra pas mais je ne la provoque pas non plus, il reste sur le capital, même pas les Etats-UNis…et il les décrit…

Ceux-là ils n’ont jamais assez. Ils ne pensent qu’à accumuler des profits. D’ailleurs c’est ce qui fait leur force. L’individu qui a un but clair et qui fait porter tous ses efforts dans cette perspective et le poursuit quoiqu’il arrive est irrésistible. Le capitaliste c’est une machine à accumuler. L’argent produit de l’argent a dit Marx.Et parce qu’il a ce but, il est le plus fort.
Par exemple, à côté de Slaviansk, il y a une petite ville (Sviatogorsk) avec un monastère, c’est un lieu de cure thermale, l’eau y est pure, le lac et les forêts magnifiques préservées. On y a une maison de santé. Chevron, l’entreprise américaine veut extraire du gaz de schiste. Nous on veut pas de ça.

-Vous ne voulez pas que le pays soit pillé?
– Il y a longtemps que le pays est pillé,on s’y est habitué, on a autre chose à faire… La mentalité russe est comme ça: je me sens bien là, toi tu sens bien à côté, et tant que c’est comme ça c’est bien, mais si tu commences à vraiment me gêner, alors là je me fâche contre toi.

-Est-ce que l’Union soviétique pourra revivre?
-Non c’est impossible, il n’y aura pas de retour en arrière, personne ne le permettra. Ceux qui dominent le monde, les capitalistes l’empêcheront.
– Mais en 1917, il y avait les capitalistes et pourtant il y a eu la Révolution?
– En 1917, il y a eu le soutien financier de l’Allemagne, ils ignoraient ce qu’ils déclenchaient, maintenant ils savent… Ils ne connaissaient pas l’Histoire, bien qu’en fait personne ne connaisse l’Histoire, c’est impossible. Les manuels d’histoire sont constamment réécrits en fonction des vainqueurs, bien qu’ils subsiste des problèmes douteux sur lesquels les historiens débattent.
Le camarade Staline et il insiste sur le mot camarade… à son époque a fait des purges massives et ces purges nous ont donné un répit de 60 ans, nous avons eu une économie stable, les prix ne montaient pas ils baissaient. Il a relevé l’économie… bien que beaucoup de gens aient souffert, beaucoup d’innocents ont été injustement accusés…

Je reviens à l’opération anti-terroriste et ses raisons… Nous parlons d’Odessa et je lui demande ce qu’il en pense en tant que pompier…

A Odessa, les gens ont été brulés de l’intérieur. C’était planifié. Les pompiers ont été empêchés d’intervenir pendant un bon moment. Des gens capables de ça il faut leur arracher la tête, avec votre guillotine.
Et il revient sur l’Union soviétique: qu’on le veuille ou non, ce qui s’est passé entre 1917 et 1991 c’est notre histoire. Ces monuments de Lénine ne sont pas de simples copies reproduites au moule comme le buste ici. Ils ont été imaginés par des sculpteurs qui ont travaillé… Ils ont de la valeur… Pourquoi les casser?
Pourquoi viennent-ils ici? Les gens du Donbass sont comme ça. Ils ne se sont pas soulevés quant à l’ouest ils ont réhabilité Bandera, quand ils lui ont érigé des monuments. Ils se sont soulevés quand les gens de l’ouest ont osé comparer Bandera aux héros de l’Union soviétique.
Et là il me parle longuement avec émotion de son père qui a libéré l’Ukraine, est parti combattre les Allemands jusqu’en Pologne et de là est reparti jusqu’à Vladivostok pour libérer le territoire.

Une conversation s’en suit dans laquelle, je lui explique à mon tour que ce que certains d’entre nous découvrent avec leur révolte c’est qu’il y avait une majorité de Soviétiques qui ne voulaient pas la fin de l’Union soviétique et qu’on la leur avait imposée. Il me regarde étonné:
– Mais tout le monde sait ça! Comment pouvez-vous l’ignorer? Il est vrai que j’ai découvert des Polonais qui pensaient que les Américains avaient libéré leur pays des nazis… Ils ignoraient complètement le rôle de l’Union soviétique… Mais je ne savais pas que vous Français vous ne saviez pas comment des marionnettes des capitalistes nous ont imposé ce que nous ne voulions pas…
La conversation porte sur le coup qu’avait été pour les communistes français non seulement l’effondrement de l’Union soviétique mais le fait que personne ne s’était soulevé pour la défendre… je lui parle de la faiblesse de nos luttes, de notre désorganisation, il s’intéresse aux syndicats et me dit : il faut que le syndicat soit indépendant du pouvoir politique…

Et puis je l’interroge à nouveau sur les raisons et les objectifs de cette opération "anti-terroriste" contre le Donbass qu’il juge criminelle et totalement imbécile…

Sa thèse tient en deux faits, le premier est que dans l’ouest, il y a un tel marasme économique que les gens ne rêvent que d’une chose, aller faire les travailleurs agricoles en Europe ou les boniches des européens, alors ils aspirent à être dans l’Europe. Dans le Donbass, nous avons des métiers très durs mais nous travaillons. Un mineur qui descend à 4 heures du matin dans la mine pour 6 heures, ne sait jamais s’il remontera mais il y va et revient avec de l’argent pour nourrir sa famille. Même si c’est de plus en plus dur, les salaires sont de plus en plus insuffisants… On travaille…
Et c’est là pour lui la raison fondamentale de cette agression contre eux. Pendant que tout le monde s’occupe de cette histoire, pendant qu’on nous massacre ça fait un abcès de fixation et on oublie de regarder ce qui est en train de se passer avec ce que l’Europe nous impose: les prix de l’électricité ont augmenté de 50%, pareil pour le gaz et la gryvna (monnaie ukrainienne) a perdu 50% de sa valeur.

Voilà, l’homo sovieticus ne fait plus de politique. Pourquoi ai-je pensé à ce film de Risi, Mains basses sur la ville, où le capitaliste, l’entrepreneur immobilier s’adresse au député communiste qui l’accuse. Ils sont seuls tous les deux dans une tour en construction. Le capitaliste va vers un robinet et dit: "Moi je construis, l’eau coule, je loge les gens. Et toi?" L’homo sovieticus est à jamais orphelin d’un paradis perdu et il le défend becs et ongles comme sa maison, sa famille, le peu qu’il lui reste mais il ne croit plus aux discours. Il a fait l’expérience de toutes les trahisons, des beaux parleurs, des idéologues, des batailles entre partis, des concurrences minables. Et Constantin me regarde d’un air moqueur parce que je suis stupéfaite par sa culture historique en particulier et il me dit: "Vous pensiez que nous étions les brutes du Donbass, frustres, incapables de penser… "
Il fait frais, la nuit est tombée, nous nous quittons, il nous dit "Merci".
Durant tout le temps de l’interview, je pose des questions et Marianne traduit, alors qu’il ne connait pas un mot de français, il lui arrive d’intervenir pour exiger une précision, pour vérifier s’il a été bien compris.
Danielle Bleitrach et Marianne Dunlop

(1)Le 8 décembre 1991, Boris Eltsine, Stanislaw Chouchkievitch et Leonid Kravtchouk, présidents des républiques de Russie, de Biélorussie et d’Ukraine, se sont rencontrés dans la forêt de Belovej, près de Minsk, pour constater que le temps de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) était révolu. Ils ont signé un accord, connu comme Accord de Belovej ou Traité de Minsk, qui a donné naissance à la Communauté des Etats indépendants. (source ria novosti: http://fr.ria.ru/world/20130207/197462828.html)

 
 

La rencontre Russie-chine, l’Eurasie énergétique par pepe Escobar

http://www.atimes.com/atimes/China/CHIN-01-190514.html

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Un spectre hante Washington, la vision troublante d’une alliance sino-russe épousant une symbiose expansive du commerce dans une grande partie du continent eurasien – au détriment des États-Unis.

Et l’inquiétude de Washington n’a rien d’étonnant. Cette alliance est déjà un accord passé de différentes façons : par le groupe BRICS des puissances émergentes (le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud); avec l’Organisation de Coopération de Shanghai, le contrepoids asiatique à l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord; à l’intérieur du Groupe des 20 et via le Mouvement des non-alignés dont 120 nations sont membre (NAM).

Et les accords commerciaux sont juste une partie de la future négociation. Synergies

Il y a le développement de nouvelles technologies militaires. Après Star Wars-style de la Russie, ultra-sophistiquée S-500 air défense antimissile, système est mis en ligne en 2018, Beijing est sûr de vouloir une version de celui-ci. En même temps, la Russie s’apprête à vendre des dizaines d’avions de combat Soukhoï Su-35 à state-of-the-art aux chinois permettant à Pékin et Moscou de sceller un partenariat industriel dans l’aviation.

Cette semaine devrait fournir l’occasion de voir un véritable premier feu d’artifice en matière de célébration d’un nouveau siècle eurasien lors de la visite que le Président russe Vladimir Putin fait au Président chinois Xi Jinping à Pékin.

Vous vous souvenez des « Pipelineistan, » toutes ces essences vitales et les gazoducs traversant l’Eurasie qui composent le vrai système circulatoire de la vie de la région. Maintenant, il semble que l’ultime Pipelineistan deal, d’une valeur d’US$ 1 billion et 10 ans de fabrication, sera signé . Dans ce document, le géant énergétique russe contrôlée par l’Etat, Gazprom sera d’accord pour fournir le géant étatisée China National Petroleum Corporation (CNPC) avec 3,75 milliards de mètres cubes de gaz naturel liquéfié par jour pour pas moins de 30 ans, à partir de 2018. C’est l’équivalent d’un quart des exportations de gaz de la Russie vers toute l’Europe. La demande de gaz quotidienne actuelle de la Chine est environ 16 milliards de mètres cubes par jour et les importations représentent 31,6 % de la consommation totale.

Gazprom peut encore recueillir la plus grande partie de ses bénéfices de l’Europe, mais l’Asie pourrait se révéler son Everest. La société utilisera ce méga-deal pour stimuler l’investissement en Sibérie orientale et reconfigurer l’ensemble de la région comme une réserve de gaz privilégiée pour le Japon et la Corée du Sud également. Si vous voulez savoir pourquoi aucun pays clé en Asie n’a été disposé à « isoler » la Russie au milieu de la crise ukrainienne – et au mépris de l’administration Obama – ne cherchez pas plus loin que Pipelineistan.

Sortie du pétrodollar, entrée dans le gaz-o-Yuan

Et puis, au coeur de l’anxiété de Washington, il faut considérer le sort du pétrodollar , ou plutôt la possibilité de a bombe « thermonucléaire » savoir que Moscou et Pékin accepteront le paiement pour l’affaire Gazprom-CNPC pas en pétrodollars mais en yuans chinois.

On peut difficilement imaginer un déplacement plus tectonique, avec Pipelineistan, que celui opéré avec un partenariat sino-russe politique-économique-énergie. Ainsi cela ouvre la possibilité future d’un coup de pouce vers d’la constitution par la Chine et la Russie, d’une nouvelle de réserve internationale- en fait un panier de devises – qui remplacerait le dollar (au moins dans les rêves optimistes des membres des BRICS).

Juste après que le sommet sino-russe ait potentiellement changer le jeu intervient un sommet des BRICS au Brésil en juillet. C’est alors qu’une banque de développement du BRIC avec 100 milliards $, annoncée en 2012, sera officiellement née comme une alternative possible au Fonds monétaire International et à la Banque mondiale comme une source de financement de projets pour les pays en développement.

Davantage de coopération entre les BRICS, destinée à contourner le dollar, est là dans le « gaz-o-yuan », le gaz naturel acheté et payé en monnaie chinoise. Gazprom envisage même la commercialisation des obligations en yuans, dans le cadre de la planification financière pour son expansion. Les obligations adossés au Yuan se négocient déjà à Hong Kong, Singapour, Londres et plus récemment à Francfort.

Rien ne pourrait être plus judicieux pour le nouveau contrat de Pipelineistan que de le régler en yuans. Beijing paierait Gazprom dans cette monnaie (transformable en roubles) ; Gazprom accumulerait du yuan ; puis la Russie achèterait des myriades de "made-in-China", des biens et services en yuan convertibles en roubles.

S’il est notoriété publique que les banques à Hong Kong, de Standard Chartered à HSBC – et d’autres qui sont étroitement liées à la Chine via des accords commerciaux – ont joué la diversification dans le yuan, ce qui implique qu’il pourrait devenir un des monnaies de réserve mondiales de fait avant même qu’il soit entièrement convertible. (Beijing est officieusement en train de plancher sur un yuan entièrement convertible en 2018).

L’affaire du gaz de la Russie et de la Chine est inextricablement liée à la relation énergétique entre l’Union européenne et la Russie. Après tout, l’essentiel du produit intérieur brut de la Russie vient de pétrole et de gaz de ventes, et joue une grande partie de son effet de levier dans la crise de l’Ukraine. À son tour, Allemagne dépend de la Russie une facture de 30 % de son approvisionnement en gaz naturel. Les impératifs géopolitiques de Washington – pimentées avec l’hystérie polonaise – ont poussé Bruxelles à trouver des moyens de "punir" Moscou dans le domaine de l’énergie du futur (tout en ne mettant pas en péril les relations énergétiques d’aujourd’hui).

A Bruxelles, ces jours-ci, une bruyante rumeur se fait entendre concernant la possible annulation du projet du gazoduc South Stream de 16 milliards d’euros (US$ 22 milliards), dont la construction doit commencer en juin. Par ce biais, il serait pompé encore plus de gaz naturel russe vers l’Europe – dans ce cas, sous la mer Noire (sans passer par l’Ukraine) pour la Bulgarie, Hongrie, Slovénie, Serbie, Croatie, Grèce, Italie et Autriche.

La Bulgarie, la Hongrie et la République tchèque ont déjà fait clairement savoir qu’elles sont fermement opposés à toute annulation et l’annulation n’est probablement pas envisagée. Après tout, la solution de rechange évidente est alors le gaz de la mer Caspienne depuis l’Azerbaïdjan, et qui n’est pas susceptible de se réaliser à moins que l’UE développe ses propres projets de construction.

Dans tous les cas, l’Azerbaïdjan n’a pas une capacité suffisante pour fournir les niveaux de gaz naturel nécessaires, et les autres acteurs comme le Kazakhstan, en proie à des problèmes d’infrastructure, ou le Turkménistan sont peu fiables, ils préfèrent vendre leur gaz à la Chine, ils sont déjà en grande partie ailleurs. Et n’oubliez pas que South Stream, couplée à des projets d’énergie subsidiaires, va créer beaucoup d’emplois et des investissements dans de nombreux les pays de l’UE dont les économies sont actuellement dévastées.

Néanmoins, ces menaces de EU, bien que peu réalistes, ne servent qu’à accélérer la symbiose croissant de la Russie avec les marchés asiatiques. Pour Pékin, en particulier, c’est une situation gagnant-gagnant. Après tout, entre l’énergie fournie à travers les mers surveillées et contrôlées par l’US Navy et les routes de terre régulières et stables de Sibérie, il n’y a pas à hésiter.

Choisissez votre propre Route de la soie

Bien sûr, le dollar des États-Unis reste la monnaie de réserve globale supérieure, impliquant 33 % des participations aux échanges mondiaux à la fin de 2013, selon le FMI. Il était, cependant, à 55 % en 2000. Personne ne sait le pourcentage en yuan (et Pékin ne parle pas), mais le FMI note que les réserves dans "d’autres monnaies" dans des marchés émergents ont été en hausse de 400 % depuis 2003.

La Réserve fédérale monétise sans doute 70 % de la dette de gouvernement américain dans une tentative pour empêcher que les taux d’intérêt atteignent un sommet . Le conseiller de Pentagone Jim Rickards, aussi bien que chaque banquier basé à Hong-Kong, a tendance à croire que la Réserve fédérale est fichue (quoiqu’ils ne le disent pas publiquement)). Personne ne peut même imaginer la mesure du déluge futur possible si le dollar des États-Unis devait répondre des 1.4 $ quadrillion du Mont Ararat des dérivées financières.

Ne croyez pas cependant entendre sonner là le glas de capitalisme Occidental, il s’agit juste d’une hésitation en cette foi économique actuelle, le néoliberalism, qui est tout de même de l’idéologie officielle des États-Unis, de la majorité écrasante de l’Union européenne et de nombreuses parties de l’Asie et de l’Amérique du Sud.

Autant que ce qui pourrait être appelé "néoliberalism autoritaire" du Royaume du milieu, qu’est-ce qui peut être différent à l’heure actuelle ? La Chine l’a prouvé, il y a une alternative, axée sur des résultats, au modèle capitaliste "démocratique" Occidental pour des nations ayant pour but le développement . Ce modèle construit pas seulement un, mais d’innombrables nouvelles Routes de la soie, les réseaux d’une grande portée des chemins de fer à grande vitesse, des autoroutes, des pipelines, des ports et des réseaux à fibre optique à travers les immenses contrées de l’Eurasie. Celles-ci ont une route asiatique du sud-est, une route asiatique Centrale, un océan Indien "l’autoroute maritime" et même une ligne ferroviaire à grande vitesse par l’Iran et la Turquie s’étendant jusqu’à l’Allemagne.

En avril, quand le Président Xi Jinping a visité la ville de Duisbourg sur le Rhin, avec le plus grand port intérieur du monde et plongeant à droite dans le cœur de l’industrie de Ruhr de l’ acier de l’Allemagne, il a fait une proposition audacieuse : une nouvelle « route de la soie économique » devrait être construite entre la Chine et l’Europe, sur la base de la voie ferrée de Chongqing-Xinjiang-Europe, qui déjà va de la Chine au Kazakhstan, elle se poursuivrait jusqu’en Russie, Bélarus, Pologne et enfin jusqu’en Allemagne. C’est 15 jours en train, 20 de moins moins que pour les cargos au départ sur la côte est de la Chine. Maintenant, cela serait le tremblement de terre géopolitique ultime en matière d’intégration de la croissance économique dans l’ensemble de l’Eurasie.

Gardez à l’esprit que, si aucune bulles n’éclatent, la Chine s’apprête à devenir – et restera – la première puissance économique mondiale, une position dont elle jouissait pour 18 des 20 derniers siècles. Mais ne le dites aux hagiographes de Londres ; ils croient toujours que l’hégémonie américaine durera, Eh bien, toujours.

 
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Publié par le mai 20, 2014 dans Asie, civilisation, Economie, Europe

 

Survivre en attendant l’avènement du " printemps européen " Par Diana Gorchetchnikova

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L’Europe étouffe. Les dettes en hausse, les investissements au plus bas, un chômage galopant : les espoirs d’un avenir meilleur s’évanouissent de jour en jour. Les Européens sont assaillis sur tous les fronts : l’économie stagne, la productivité du travail est en chute libre et le développement innovant est devenu l’apanage des autres.L’Europe a besoin d’un renouveau politique et économique bien que pour de nombreux experts le "printemps européen " soit encore loin.

Attendu depuis longtemps, ce "printemps européen " n’arrive toujours pas. Au début de la crise financière on sauvait les banques. La faillite des grandes banques était inadmissible en raison de la formule traditionnelle "Trop grand pour tomber ". Ensuite on sauvait le budget, et après l’euro. En 2011 la chancelière d’Allemagne Angela Merkel ne cessait de répéter : "La faillite de l’euro signifie celle de l’Europe ". Maintenant on a compris que la chose la plus épouvantable pour l’Europe était la faillite de son capital humain.

Selon certains experts renommés, dans plusieurs pays d’Europe le taux de chômage menace de détruire les structures sociales. Les plus touchés, en l’occurrence, sont des jeunes. Au Portugal le taux de chômage chez les jeunes est de 38 % et en Italie 37 %. La situation est pire en Grèce (56 %) et elle est tout à fait critique en Espagne (58 %) ce qui signifie la perte de toute une génération de spécialistes et la perte de l’argent. Dans l’avenir, pour guérir, l’Europe devra chercher des remèdes communs. Cependant il est d’ores et déjà clair qu’il faut changer la situation, estime Lioudmila Babynina, directrice du centre d’intégration politique de l’Institut de l’Europe :

"Les Etats membres de l’UE et l’Union européenne dans son ensemble vont lancer des programmes visant à stopper le reflux des jeunes spécialistes, des programmes de recyclage, d’embauche, d’emplois provisoires. Ils vont mettre en place un système plus flexible du marché du travail. Cela parce que tout le monde comprend que c’est un danger très grave ".

Beaucoup voudraient que le "printemps européen " arrive, mais est-ce possible ? Les élections au Parlement européen auront lieu le 22 mai. Les experts estiment que le mécontentement croissant jouera son rôle. Pourtant la chef du centre d’études euro-atlantiques Tatiana Zvereva pense qu’il ne faut pas s’attendre à des changements radicaux :

"Les partis ultras, déçus par les partis traditionnels, gagnent en popularité. Cela concerne aussi bien l’extrême droite que l’extrême gauche qui critiquent violemment l’UE. C’est un processus démocratique normal. Les élections européennes existent pour que les mécontents puissent exprimer leur opinion. Le temps montrera quel sera le rapport des forces. Je ne crois pas qu’il y ait de changements radicaux, les partis traditionnels auront eux aussi leurs sièges au Parlement européen ".

Cela veut dire que dans l’avenir aussi Bruxelles tentera d’imposer à tous une méthode unique. Ainsi la zone euro et l’UE dépendent fortement de l’Allemagne et les Allemands réclament une discipline financière rigoureuse, une austérité budgétaire et des réformes du marché du travail. Lioudmila Babynina fait remarquer que cela ne plaît pas à beaucoup dans la zone euro, mais l’Allemagne n’est pas disposée à renoncer à ses exigences, d’autant plus que personne ne s’y oppose concrètement :

"En attendant personne n’a annoncé son intention de quitter l’UE en dépit de toutes les décisions antidémocratiques de cette dernière. Sur le plan économique, elles peuvent paraître antidémocratiques, mais elles ont une logique, celle du libéralisme économique. Pour les pays comme la Grèce il n’y a pas d’alternatives à ces exigences, car ils demandent eux-mêmes de l’aide, notamment à l’UE. La logique est purement économique indépendamment de savoir si cela plaît à la population ou non ".

L’incertitude économique et les risques restent considérables pour l’Union européenne et personne ne peut dire quand la situation en Europe se normalisera. T

La Voix de la Russie

 
 

La dernière position de Marx : l’Ukraine Orientale par Vladimir Golstein

Ce qui se déroule en Ukraine Orientale présente tous les éléments essentiels d’un drame Marxiste classique.

23 Apr 2014 traduit par DB, pour histoire et societe

Vladimir Golstein enseigne la littérature russe et le cinéma à l’Université Brown. Il est l’auteur des Récits de Lermontov d’Héroïsme (1999) et de nombreux articles sur les auteurs russes majeurs. Il est né à Moscou, est allé vivre aux Etats-Unis en 1979 et il a étudié dans les Universités de Yale Et de Columbia.

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Les étapes historiques de la construction de L’Ukraine
5 Le Donbasse en bleu foncé.

"Le Printemps ukrainien" a été pour tout le monde un sujet populaire. Des perspectives diverses ont été exposées : celles des États-Unis et des Russe, des ukrainien et deseuropéen. Cela a été décrit comme la manifestation de la mégalomanie de Vladimir Poutine, ou les outrances américaines, le conflit a été interprété comme la renaissance de la Guerre froide, comme une tentative tardive de la Russie pour la restauration d’empire, ou comme la volonté d’expansion Occidentale

Vladimir Golstein

Quelques catégories basiques ont été invoquées, la personnalité nationale, ou la moralité, le bien et mal, le Nazisme contre la démocratie. Certains ont vu les événements comme le choc entre un système politique corrompu qui échoue à arrêter la marche de démocratie libérale; d’autres comme globalisme porté par les États-Unis se heurtant contre le rocher rocher d’un certain particularisme arriéré, nourri par la foi Orthodoxe et un système politique démodé. Des concepts plus sophistiqués et savants comme le développement historique ou la constitution complexe de la nation ukrainienne ont été aussi invoqués.

Cependant, ce qui manque surtout est l’analyse de classe à l’ancienne mode du type de celle auquelle j’adhérais et que j’ai abandonné quand j’ai émigré de la Russie il y a environ 30 ans. L’Ouest entrait généralement dans l’étape post-industrielle; la tendance était alors de considérer la catégorie du conflit entre la bourgeoisie et le prolétariat comme démodé et et moins heuristique que, disons, l’appartenance ethnique ou la religion. Mais ce qui se déroule en Ukraine Orientale possède tous les éléments essentiels d’un drame Marxiste classique.

Des oligarques corrompus, Basés à Kiev sont entrés dans une alliance avec les forces ultraconservatrices de la région ukrainienne occidentale, une région qui est agricole, prémoderne et est extrêmement hostile à tout ce qui est russe, y compris la modernisation. Le but plutôt évident de cette alliance est d’imposer une version Occidentale du traitement de choc sur un pays qui y a jusqu’ici résisté, parce que son économie est totalement entrelacée avec la prduction et la consommation russe.

L’expansion du capitalisme occidental

Ce qui pour les russes pourrait apparaître comme "l’expansion de L’OTAN", ou pour l’Ouest, "la marche de démocratie" est, en fait, l’expansion de Capital d’un pays occidental, qui a besoin des garanties du système légal et politique Occidental pour fonctionner. L’ancien Président ukrainien Viktor Yanukovich a résisté à cette traction vers l’Ouest pas à cause de sa fidélité en Russie, mais parce que le système Occidental aurait été trop complexe et encombrant pour lui pour piller à l’échelle à laquelle il s’est habitué. Mais une fois qu’il a été destitué, c’est devenu plus facile pour l’élite économique et politique Kievan prooccidentale de s’engager dans ce projet, en comptant sur la fidélité des régions occidentales de l’Ukraine – les régions qui ne pouvaient pas attendre pour abandonner l’influence de la Russie et tenter leur chance à la concurrence avec les plombiers polonais pour le peu de bons postes qui restent en Europe. Ces groupes ont vu l’Occidentalisation rapide comme une libération, pas comme une menace.

Peut-être les fanatiques de l’Ukraine occidentale peuvent se nourrir de leur haine pour tout ce qui est russe, mais les ouvriers et les femmes de Donetsk, Lugansk, ou ou Kharkiv ont besoin de pain et de beurre sur leurs tables.

Mais Qu’en est-il de l’est ukrainien lourdement industrialisé ? Ceux qui pensent que c’est la Russie qui agit sont profondément ignorant de la complexité de la région. La Région Donbas, qui comprend 10 pour cent de la population de un peuple l’Ukraine et produit 25 pour cent d’exportations ukrainiennes, est habitée par des russophones qui travaillent dans des mines, des aciéries et des usines de machines et qui ont une vue moins gaie d’Occidentalisation.

Ils pourraient être anti-russe autant que quiconque en Ukrain, mais ils vivent aussi sur un terrain et ils connaissent leurs propres conditions mieux que quelqu’un. Ceux-ci sont des " démocrates reaganiens" : des gens travailleurs, respectueux de la loi, buvant vodka qui veulent leur salaire et leurs retraites et quelques services sociaux au lieu de la corruption. Ils ont aussi une tradition ouvrière plutôt forte et fière qui s’ancre sur au moins un siècle et demi. En 1918, ils ont formé une république de Donetsk de courte durée qui a refusé de se joindre à l’ Ukraine ou à la Russie soviétique

La perte du rejeton local, Yanukovich, n’est pas une grosse affaire pour la région. Mais en plus des salaires et des garanties sociales, les nouveaux dirigeants ont refusé d’accorder à la région le respect humain de base auquel n’importe quel groupe bien organisé et travailleur a le droit de s’attendre.

Une des revendications que les ouvriers de St Pétersbourg ont exigé de leurs patrons avant qu’ils ne se soient embarqués dans la Révolution russe de 1917 était le besoin que l’on s’adresse à eux avec la formule de politesse de de "vy" et pas le "ty" grossier. Mais cette sorte de respect a été étranger à Kiev. Au lieu de la politesse, on en était à nier la langue russe, à réécrire l’histoire en présentant le passé torturé de l’Ukraine en transformant les collaborateurs nazis en nati-communistes loyaux, dont la plupart réécrivaient l’histoire ukrainienne dans l’émigration. Et il y avait l’hostilité, la rhétorique qui désignait immédiatement quelqu’un qui n’était pas d’accord avec Kiev comme "des esclaves", des laquais des russes, ou même comme "des créatures" selon l’expression favorite de la député de Lviv en Ukraine occidentale, Iryna Farion, pour désigner ceux qui parlent russe.

Ce dénigrement culturel peur être moins évident pour les publics Occidentaux, qui tablent sur des bulletins d’informations ou sur des traductions. Ils ne peuvent pas imaginer que n’importe quel politicien "Occidental-type" pourrait employer une telle langue. Dès le 17 avril, la banque co-appartenant au gouverneur de la région Dnipropetrovsk ne pouvait inventer rien de mieux que d"offrir une récompense de 10,000 $ pour n’importe quel "Moskal", qui est un terme péjoratif pour un russe; la traduction occidentale de cette annonce était "Dix mille pour un séparatiste". Pour quelqu’un qui lit les choses dans l’original, une telle rhétorique est tout à fait choquante. Bien que la classe ouvrière russe et ukrainienne ait été nouvelle dénigrée depuis l’écroulement du système soviétique, ces insultes supplémentaires infligées après que leurs espérances aient été renforcées par l’ostracisme d’Yanukovich. L’humiliation culturelle rend ces travailleurs soupçonneux par rapport au nouveau gouvernement, mais la catastrophe de leurs conditions matérielles qui menace les poussera sûrement à bout.

Politiciens illusionnistes

Les politiciens illusionnistes de Kiev peuvent accuser la Russie – ou Poutine – d"interférence, ils peuvent essayer de capturer quelques soldats et politiciens, les mettre à genoux et les humilier (comme ils ont fait avec le candidat pro-russe, Tsarev, en le battant et le faisant défiler dans ses sous-vêtements), mais ces attaques sont aussi efficaces que des sacrifices humains aztèques pour faire face à l’arrivée espagnole. Les ouvriers locaux ont à peine besoin de la propagande de Poutine pour savoir que beaucoup de leurs usines couvertes de fumée seront fermées une fois que l’Ukraine aura rejoint l’UE. Il suffit aux Ukrainians de regarder d’autres pays récents de l’Union européenne, de la Hongrie à la Roumanie et le Baltique Ou même léconomie de la Russie elle -même, qui a joué l’exportation des ressources naturelles et fermé des milliers d’usines pour savoir ce qui arrivera aux grandes usines de Style soviétique que dominent toujours le paysage de la région Donbas.

Les travailleurs locaux ont à peine besoin de la propagande de Poutine pour savoir que beaucoup de leurs usinesenfumées seront fermées une fois que l’Ukraine aura rejoint l’UE.

Le gouvernement ukrainien pro occidental a fait très peu pour dissiper les craintes de classe ouvrière du Donbas, qu’ils soient sur le plan ethnique ukrainien, russe, arménien ou hongrois. Peut-être les fanatiques de l’Ukraine occidentale peuvent s’alimenter sur leur haine pour tout le russe de choses, mais les ouvriers et les femmes deDonetsk, Lugansk, de Kharkiv ont besoin de pain et de beurre sur leurs tables.Ces produits de base disparaissent, cependant, comme il devient plus évident que le prix de gaz montera, que la Russie arrêtera d’acheter leurs produits et que l’Ouest fermera leurs usines.

En outre, cette population est si bien organisée et est si fâchée, que même si Kiev décide de recourir à la violence contre eux, cela aboutirait à une guerre civile très brutale. Jusqu’ici, le gouvernement ukrainien a plus ou moins résisté à utiliser la violence, mais la rhétorique virulente des publications ukrainiennes diverses ne semble pas vouloir s’arrêter même après la signature de l’Accord de Genève.

Kiev peut sûrement exploiter les craintes ukrainiennes contre la Russie en invoquant Holodomor (la famine qui a frappé sous Staline des millions d’Ukrainians) ou le Stalinisme ou même le Poutinisme. Il est facile de les bercer des promesses Occidentale, ou sur son système politique et économique avancé. Mais toutes ces souvenirs historiques négatifs et toutes ces promesses n’ont pas dissuadé les craintes d’hommes ouvriers et les femmes qui habitent l’Ukraine Orientale.

Je soupçonne qu’ils ont déjà fait leur choix ou seront poussés vers celui-ci très bientôt par l’incompétence de leur nouveau gouvernement, qui dans son désir irréfléchi et impatient de rejoindre l’Europe ne pouvait inventer rien de mieux qu’insulter sa propre population travailleuse avant de les sacrifier sur le feu de joie du capitalisme d’entreprise, le système économique qui fonctionne à peine à l’Ouest et échouera sûrement en Ukraine.

The views expressed in this article are the author’s own and do not necessarily reflect Al Jazeera’s editorial policy.

 

Pays des BRICS : l’avenir est à nous !

15Pays des BRICS : l’avenir est à nous ! ou le défi russe, non seulement le temps du démantèlement est terminé mais en prenant des sanctions vous ne faites qu’accélérer le monde multipolaire que vous craignez tant. Face à l’exclusion du G8, la Russie répond par la force émergente des BRICS. La Russie joue une partie dans laquelle toutes les tentatives pour l’isoler se heurtent en fait à l’existence d’une force pour le moment d’inertie mais aussi de proposition, de nouveaux rapports sud-sud encore embryonnaires mais qui en fait connaissent peut-être dans cette crise un nouvel élan. Cette crise ukrainienne donne le sentiment que se rejouent dans des termes entièrement renouvelés les événements de 1991 et l’effondrement de l’URSS. C’est peut-être ce qu’il y a de plus passionnant, voir à la fois le parallélisme et ce qui s’est profondément transformé.(note de Danielle Bleitrach)

La Voix de la Russie

A l’heure où les pays occidentaux menacent (encore) la Russie de sanctions (bien que de moins en moins ardemment), le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a ouvertement donné le ton lors du sommet sur la sécurité nucléaire à La Haye.

Ce forum a été une occasion supplémentaire de discuter avec le secrétaire d’Etat étasunien John Kerry, ainsi que d’une rencontre avec le ministre ukrainien par intérim des Affaires étrangères Andreï Dechtchitsa (la rencontre a eu lieu à la demande de la partie ukrainienne). Mais nous n’allons pas nous focaliser sur ces deux rencontres, mais bien sur celle qui s’est déroulée en tout premier lieu à La Haye : celle des ministres des Affaires étrangères des pays des BRICS.

D’ailleurs le fait même que la première rencontre de Lavrov à La Haye ait été consacrée aux BRICS est tout un symbole. A l’heure où les leaders occidentaux ne savent plus à quoi s’en tenir, notamment en affirmant que la Russie « ne ferait plus partie du G8 », le ministre russe des Affaires étrangères a une nouvelle fois montré la priorité de la Russie. Sergueï Lavrov a dit une chose importante durant son passage à La Haye, qui concerne justement le G8 : « Le G8 est un club informel, il ne distribue pas de cartes de membre et personne ne peut en exclure qui que ce soit. Si nos partenaires occidentaux estiment que ce format est dépassé, la Russie ne s’y accrochera pas ».

Quant aux pays des BRICS, et c’est effectivement une grande nouvelle, les quatre pays autres que la Russie (à savoir le Brésil, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud) ont condamné dans une déclaration commune les sanctions occidentales contre la Russie en tant qu’instrument de règlement de la situation en Ukraine, rapporte le quotidien canadien The Globe and Mail. Sergueï Lavrov a quant à lui exprimé la reconnaissance de la Russie envers les autres pays membres des BRICS pour leur « compréhension de la position russe au sujet de la Crimée ».

« En ce qui concerne la rencontre des ministres des Affaires étrangères des pays des BRICS ici à La Haye, nous avons entendu la compréhension de la situation, ainsi que la compréhension des aspects historiques de toute cette situation, et nous sommes reconnaissants à cet effet à nos partenaires », a déclaré Sergueï Lavrov durant la conférence de presse qui a suivi ses rencontres à La Haye.

Pour revenir aux BRICS, faut-il rappeler ce qu’ils représentent ? 25% du Produit Intérieur Brut (PIB) mondial, 42% de la population mondiale et plus de 25% du territoire terrestre mondial. Faut-il également rappeler que d’ici 2015, les pays des BRICS devraient assurer 61% de la croissance mondiale (selon le FMI) ? Les BRICS constituent déjà un véritable contrepoids au G7. Ils partagent une vision commune sur la plupart des aspects d’ordre économique, notamment en vue de réformer le système économique du monde. La création décidée par les pays des BRICS d’une nouvelle banque de développement dont le capital devra atteindre 100 milliards de dollars en est une preuve supplémentaire. Un projet il faut le dire grandiose et qui représentera une véritable alternative à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international.

Mis à part l’aspect économique, faut-il rappeler que les BRICS sont de plus en plus unis sur les questions de politique internationale ? L’aspect sur lequel au départ de ce grand projet ambitieux un certain nombre de spécialistes occidentaux doutaient (concernant l’unité politique) aujourd’hui prend véritablement forme et l’on voit un point de vue commun sur la plupart des questions politiques internationales. Politique d’indépendance vis-à-vis des USA et globalement de l’Occident, respect de l’ONU et critique commune du diktat étasunien, non-reconnaissance du Kosovo en tant qu’Etat indépendant, opposition aux interventions armées en Côte d’Ivoire, Libye et Syrie pour ne citer que cela. Et maintenant un soutien pratiquement déclaré à la position russe en Crimée et face à la crise en Ukraine. D’ailleurs les précédents ivoirien et libyen ont permis aux BRICS d’avoir désormais une approche beaucoup plus efficace face aux « partenaires » occidentaux.

Pour finir sur notre projet commun des BRICS, il serait bon de reprendre une citation de Sudhir Vyas, secrétaire aux Affaires économiques du ministère des Affaires étrangères de l’Inde : « Au-delà de leur rôle de moteur de la croissance mondiale, nos cinq pays sont unis dans leur volonté de chercher des solutions durables face aux défis mondiaux. Nous en avons les moyens ».Autre aspect qui pourrait surprendre certains et pourtant, celui de la lutte et résistance face à l’impérialisme occidental tout au long de leurs histoires respectives. En marge donc des réflexions sur les BRICS, il serait également plus qu’intéressant de reprendre un commentaire d’un camarade chinois : « Je suis très heureux du fait que nos pays s’unissent ensemble pour un monde meilleur. D’une manière ou d’une autre tous nos pays ont été la cible de l’impérialisme occidental. Le Brésil a dû se libérer du colonialisme portugais. L’Inde du colonialisme britannique. Qui peut oublier les sacrifices de la Russie, de son peuple et de tous les peuples frères pour abattre la peste brune nazie d’Hitler ? Qui peut oublier la lutte du peuple de l’Afrique du Sud contre le régime raciste antihumain d’apartheid soutenu par les gouvernements occidentaux ? Et enfin en ce qui concerne mon pays, la Chine, nous avons très longtemps dû résister aux interférences néfastes occidentales, que ce soit celles des Britanniques, des Etasuniens ou d’autres pays occidentaux et ayant également perdu des dizaines de millions de vies humaines !". Un résumé pratiquement parfait.

L’avenir est à nous, l’avenir est aux BRICS ! N

 
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Publié par le avril 7, 2014 dans Asie, Economie, Europe, histoire

 

La Russie au pied du mur… et des distributeurs…

1-crimee-1980-urss-otan-cassiniLe projet de création d’un système russe de CB a été approuvé ce matin à la Douma. Selon le représentant de Russie Unie, cette question revêt une importance stratégique. Selon le député communiste Kashin, celà faisait de nombreuses années que la question était en suspens, mais elle était bloquée suite aux manoeuvres de lobbying des banques et intérêts financiers étrangers. Même l’Iran a son propre système de CB, a-t-il ajouté, la Russie devrait y arriver.

Système de paiement russe: Sberbank veut assumer le projet

http://fr.ria.ru/business/20140403/200898836.html

Où l’on voit que : 1) la Russie est en retard même par rapport au Japon et à la Chine

2) la Russie reste très dépendante de l’Occident

3) le côté « comprador » de la Russie est encore très présent

Mais à l’occasion de la crise s’accélèrent les formes d’indépendance ce qui visiblement emporte l’adhésion des communistes même si certains oligarques font grise mine… On peut toujours espérer comme l’espèrent les communistes qu’il y aura dans cette épreuve de force l’occasion d’un ressaisissement de la Russie, de toute manière on peut toujours se dire que comme l’ont prouvé Leningrad et Stalingrad, la Russie n’est jamais aussi bonne que quand elle est assiégée…

 
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Publié par le avril 4, 2014 dans Asie, Economie, Europe

 

une grande victoire russe: fermeture du Mac Donald’s en Crimée

1-crimee-1980-urss-otan-cassiniMcDonald’s ferme ses restaurants en Crimée

Encore une victoire des Russes ! Les commentaires, sous l’article en Russe de Vzgliad, sont unanimement enthousiates « qu’ils ne reviennent jamais », « qu’ils ferment tous les MacDo de Russie », « marre de bouffer leur m… », « qu’ils aillent nourrir les pauvres chez eux », etc…

Le Parti communiste russe estime que les « sanctions » sont un bienfait qui devraient permettre à la Russie de relever son potentiel industriel et de renforcer son indépendance, y compris dans le domaine agricole et alimentaire.

confirmation dans un article de Ria novosti en français…

http://fr.ria.ru/world/20140404/200904905.html

 
 

Re(ma)niements par Jacques Sapir

1 Ne voyez pas dans ce touchant tableau de famille seulement mes antipathies personnelles et marseillaises pour le PSG…. mais aussi l’illustration d’un petit tout petit monde pour qui les jeux internes prennent le pas sur un peuple hors jeu…

3 avril 2014
Par Jacques Sapir

Le « nouveau » gouvernement, issu du remaniement ministériel annoncé ce mercredi 2 avril, pose un problème du rapport de la forme et du fond. Que ce problème soit à ce point évident que nombre de commentateurs l’évoquent est un symptôme de la crise de démocratie que nous connaissons aujourd’hui.

Ce gouvernement a une apparence…

Dans la forme, ce gouvernement pourrait laisser espérer un changement de politique. Certes, il y a une (grosse) dimension de jeu des chaises musicales, avec seulement deux entrants. Certes, il y a eu beaucoup de dosage et un gros souci de préserver les équilibres internes au Parti Socialiste et l’on comprend que, derrière les coups de menton et les déclarations tonitruantes, le gouvernement de Manuel Valls est en réalité plus proche de la IVème République que de la Vème. Il n’en reste pas moins que, sur le papier, ce gouvernement est intéressant. Après tout, la dimension de volontarisme politique et économique est bien mise en évidence par la présence non seulement d’Arnaud Montebourg à un porte-feuille renforcé, la promotion de Benoît Hamon, mais aussi la présence de Mme Ségolène Royal. On peut aussi remarquer que le Premier ministre avait en son temps longuement hésité à approuver le projet de Traité Constitutionnel, et n’avait voté « oui » au référendum de 2005 que par « discipline de Parti ». Son ministre des Affaires Étrangères, M. Laurent Fabius avait quant à lui voté « Non », ainsi qu’Arnaud Montebourg et Benoît Hamon. Il est donc vrai que, sur le papier, on peur considérer que ce gouvernement est bien préparé à la négociation.

C’est même pourquoi il a donc été constitué. On va donc (et l’on a commencé dès mercredi 2 avril) à nous « vendre » ce gouvernement comme un gouvernement de combat par rapport à Bruxelles qui, soit dit en passant avec le départ de Pierre Moscovici, devient de plus en plus un dépotoir pour Ministres remerciés… Il faudrait donc inventer un néologisme, ne plus dire « limoger [1]» mais « bruxelliser ». C’est l’un des paradoxes actuels de la politique française qui veut que plus on est soumis aux différentes décisions de l’Union Européenne plus ces institutions ne servent qu’à recaser les bras cassés. Chacun appréciera, à sa façon, ces pratiques.

D’ailleurs, le Ministre des Finances, dont le portefeuille est désormais séparé de celui de l’Économie, M. Michel Sapin, a tout de suite affirmé qu’il irait « négocier » le rythme de retour aux grands équilibres avec la Commission. Mais, en réalité, on voit bien qu’après quelques joutes verbales relevant plus de la posture que du fond, après l’obtention de quelques miettes tout au plus, le gouvernement s’inclinera. D’ailleurs, Bruxelles peut agiter d’autres dossiers, et ne manquera pas de la faire : qu’il s’agisse du statut de la RATP et de la SNCF ou de ce que l’on prétend être des « subventions indues » de la Poste… S’il était question de réellement négocier avec Bruxelles, ce gouvernement, et le Président, commencerait par construire un rapport de force, par exemple en indiquant ce qui se passerait si la France n’obtenait pas satisfaction.

Mais il a une réalité…

En fait, derrière les mots il y a une réalité : ce gouvernement n’est là que pour la mise en scène, le spectacle. Il va s’agiter (faisons confiance pour cela à Manuel Valls) tandis que va se mettre en place un « pacte de responsabilité » qui se traduira par un démantèlement un peu plus poussé de la sécurité sociale pour des avantages tout à fait marginaux pour les entreprises. On parlera beaucoup du nouveau « pacte de solidarité » évoqué par le Président de la République dans son allocution du lundi 31 mars. Mais, compte tenu de l’ampleur des économies que l’on se propose de faire, pas moins de 50 milliards d’euros, on peut franchement douter qu’il soit autre chose qu’un leurre. Et, dans la réalité, c’est bien de cela qu’il s’agit. Il faut leurrer les Français, pour les élections européennes et même après, leur faire prendre les vessies de la politique austéritaire pour les lanternes d’une politique de lutte contre le chômage qu’ils ont pourtant appelé de leurs vœux en votant, et même en ne votant pas, aux élections municipales.

Ce gouvernement va donc chercher à nous faire croire qu’il est critique par rapport à l’Europe, voire qu’il serait peut-être même eurosceptique. Balivernes ! La vérité est que le Président est incapable de penser en termes d’un rapport de force. Nous le savons depuis l’élection de 2012. S’il avait voulu, comme il le prétendait à l’époque « renégocier » ce qui devint le TSCG, ce que l’on appelle le Pacte Budgétaire Européen ou le Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance, il aurait procédé à un référendum et ce serait appuyé sur son résultat pour négocier. Mais, c’était prendre le risque d’une rupture européenne, ce dont il ne voulait, et ne veut encore, à aucun prix. Il a donc su se présenter à Bruxelles en position de faiblesse, la tête sur le billot, et n’a obtenu qu’un ridicule codicille dont nous pouvons mesurer depuis 18 mois toute l’inanité. Bien entendu, il arrive que la France obtienne sur des points mineurs quelques satisfactions. Mais, elles sont rapidement vidées de leur sens par des mesures européennes ultérieures.

L’enjeu démocratique.

C’est là que gît le problème politique. Non pas tant dans le sens donné à la politique du pays, même si cette politique est suicidaire, même si la seule solution – et chaque jour des voix nouvelles le reconnaissent et la réclament[2] – serait une sortie de l’Euro. Ce point a déjà été largement développé sur ce carnet, et dans un livre datant de 2012[3]. Le point est essentiel, et une sortie de l’Euro est la condition nécessaire tant pour une relance immédiate de l’économie française que pour un changement d’orientation bien plus général, mais ce n’est pas ici celui qui nous occupe. Le problème politique vient de ce qu’un Président choisisse consciemment d’avancer masqué sur un point absolument essentiel de la politique du pays, et qu’il se soit trouvé 8 femmes et 8 hommes, dans ce gouvernement, pour être connivents de cette pratique. Que François Hollande soit intimement persuadé que les mérites supposés et potentiels de l’Euro l’emportent sur ses inconvénients bien réels est son droit. Qu’il pense que pour sauver l’Euro il faut infliger à la France, et aux pays de l’Europe du Sud une dramatique austérité qui brise leur économie et qui condamne des millions de personnes au chômage et à la misère est son droit. Qu’il pense qu’une structure technocratique, la Commission européenne, est plus à même de décider des orientations économiques que le Parlement français est son droit. Mais, son honneur d’homme politique voudrait qu’il défende ses orientations en pleine lumière. Au-delà de la question d’honneur personnel, il y a un principe intangible de la démocratie. Celle-ci suppose que, de manière récurrente, il soit procédé à des vérifications par l’intermédiaire d’un vote. Ce vote ne porte pas sur des personnes, mais sur des politiques, même si ces dernières s’incarnent, bien entendu, dans des femmes et des hommes, à la condition qu’ils prennent et assument leurs responsabilités. Or, rien de tout cela n’est mis en place. Avec un gouvernement-leurre, on cherche sciemment à tromper les Français, et ce faisant on brise le cadre même de la démocratie.

Tel est le reproche que l’on doit faire au Président de la République, et à son Premier Ministre. Qu’ils ne soient, ni l’un ni l’autre des hommes de gauche n’est pas en question. Ils ont tout à fait le droit d’avoir leur conviction et leurs opinions ; ils ont même en réalité le devoir de les défendre si l’on pense que la démocratie est, justement, une bataille de convictions. Mais, ce dont ils n’ont pas le droit, c’est de tromper le peuple souverain, c’est de se réfugier dans ces formules profondément anti-démocratiques de « pédagogie » et de « déficit d’explication » pour outrepasser leurs échecs électoraux. Ils auront beau se lamenter sur l’abstention et la crise de la démocratie, ils en sont à la source, ils en sont l’origine même. C’est par leur pratique haïssable de la politique qu’ils détruisent pierre à pierre l’édifice qui s’est construit depuis 1789 et qui fut, de multiples fois, refondé, la dernière étant par la Résistance et lors de la libération du territoire en 1944, il y aura cette année soixante-dix ans.

Ils attirent sur leur tête, et sur les nôtres par voie de conséquence, la foudre du désordre civil et de l’insurrection. Qu’ils cessent de s’étonner du climat de guerre civile froide qui règne aujourd’hui en France : ils en sont la cause. L’alliance d’une crise de légitimité et de pratiques manipulatrices à grande échelle, combinées à des injustices sociales criantes, est le chemin le plus court et le plus sur vers des révoltes de grande ampleur, et à terme vers une révolution. Il nous reste peu de temps pour tenter d’éviter les désordres qui immanquablement accompagneront une telle issue. Il faudra pour cela sanctionner à nouveau, et avec toute la force et la détermination possible, ce gouvernement lors des élections européennes du 25 mai prochain.

[1] Expression qui date du premier conflit mondial où, en 1914, le maréchal Joffre assigna à résidence des généraux et des officiers d’état-major qu’il avait relevés de leur commandement et dont l’incompétence était trop criante…

[2] Comme par exemple quatre journalistes économiques, Franck Dedieu, Benjamin Masse-Stamberger, Béatrice Mathieu et Laura Raim. Casser l’euro pour sauver l’Europe, Les liens qui libèrent, Paris, 232p.

[3] Sapir J., Faut-il sortir de l’Euro ?, Le Seuil, Paris, 1992.

 
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Publié par le avril 3, 2014 dans Economie

 
 
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