RSS

Archives de Catégorie: Economie

Pays des BRICS : l’avenir est à nous !

15Pays des BRICS : l’avenir est à nous ! ou le défi russe, non seulement le temps du démantèlement est terminé mais en prenant des sanctions vous ne faites qu’accélérer le monde multipolaire que vous craignez tant. Face à l’exclusion du G8, la Russie répond par la force émergente des BRICS. La Russie joue une partie dans laquelle toutes les tentatives pour l’isoler se heurtent en fait à l’existence d’une force pour le moment d’inertie mais aussi de proposition, de nouveaux rapports sud-sud encore embryonnaires mais qui en fait connaissent peut-être dans cette crise un nouvel élan. Cette crise ukrainienne donne le sentiment que se rejouent dans des termes entièrement renouvelés les événements de 1991 et l’effondrement de l’URSS. C’est peut-être ce qu’il y a de plus passionnant, voir à la fois le parallélisme et ce qui s’est profondément transformé.(note de Danielle Bleitrach)

La Voix de la Russie

A l’heure où les pays occidentaux menacent (encore) la Russie de sanctions (bien que de moins en moins ardemment), le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a ouvertement donné le ton lors du sommet sur la sécurité nucléaire à La Haye.

Ce forum a été une occasion supplémentaire de discuter avec le secrétaire d’Etat étasunien John Kerry, ainsi que d’une rencontre avec le ministre ukrainien par intérim des Affaires étrangères Andreï Dechtchitsa (la rencontre a eu lieu à la demande de la partie ukrainienne). Mais nous n’allons pas nous focaliser sur ces deux rencontres, mais bien sur celle qui s’est déroulée en tout premier lieu à La Haye : celle des ministres des Affaires étrangères des pays des BRICS.

D’ailleurs le fait même que la première rencontre de Lavrov à La Haye ait été consacrée aux BRICS est tout un symbole. A l’heure où les leaders occidentaux ne savent plus à quoi s’en tenir, notamment en affirmant que la Russie « ne ferait plus partie du G8 », le ministre russe des Affaires étrangères a une nouvelle fois montré la priorité de la Russie. Sergueï Lavrov a dit une chose importante durant son passage à La Haye, qui concerne justement le G8 : « Le G8 est un club informel, il ne distribue pas de cartes de membre et personne ne peut en exclure qui que ce soit. Si nos partenaires occidentaux estiment que ce format est dépassé, la Russie ne s’y accrochera pas ».

Quant aux pays des BRICS, et c’est effectivement une grande nouvelle, les quatre pays autres que la Russie (à savoir le Brésil, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud) ont condamné dans une déclaration commune les sanctions occidentales contre la Russie en tant qu’instrument de règlement de la situation en Ukraine, rapporte le quotidien canadien The Globe and Mail. Sergueï Lavrov a quant à lui exprimé la reconnaissance de la Russie envers les autres pays membres des BRICS pour leur « compréhension de la position russe au sujet de la Crimée ».

« En ce qui concerne la rencontre des ministres des Affaires étrangères des pays des BRICS ici à La Haye, nous avons entendu la compréhension de la situation, ainsi que la compréhension des aspects historiques de toute cette situation, et nous sommes reconnaissants à cet effet à nos partenaires », a déclaré Sergueï Lavrov durant la conférence de presse qui a suivi ses rencontres à La Haye.

Pour revenir aux BRICS, faut-il rappeler ce qu’ils représentent ? 25% du Produit Intérieur Brut (PIB) mondial, 42% de la population mondiale et plus de 25% du territoire terrestre mondial. Faut-il également rappeler que d’ici 2015, les pays des BRICS devraient assurer 61% de la croissance mondiale (selon le FMI) ? Les BRICS constituent déjà un véritable contrepoids au G7. Ils partagent une vision commune sur la plupart des aspects d’ordre économique, notamment en vue de réformer le système économique du monde. La création décidée par les pays des BRICS d’une nouvelle banque de développement dont le capital devra atteindre 100 milliards de dollars en est une preuve supplémentaire. Un projet il faut le dire grandiose et qui représentera une véritable alternative à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international.

Mis à part l’aspect économique, faut-il rappeler que les BRICS sont de plus en plus unis sur les questions de politique internationale ? L’aspect sur lequel au départ de ce grand projet ambitieux un certain nombre de spécialistes occidentaux doutaient (concernant l’unité politique) aujourd’hui prend véritablement forme et l’on voit un point de vue commun sur la plupart des questions politiques internationales. Politique d’indépendance vis-à-vis des USA et globalement de l’Occident, respect de l’ONU et critique commune du diktat étasunien, non-reconnaissance du Kosovo en tant qu’Etat indépendant, opposition aux interventions armées en Côte d’Ivoire, Libye et Syrie pour ne citer que cela. Et maintenant un soutien pratiquement déclaré à la position russe en Crimée et face à la crise en Ukraine. D’ailleurs les précédents ivoirien et libyen ont permis aux BRICS d’avoir désormais une approche beaucoup plus efficace face aux « partenaires » occidentaux.

Pour finir sur notre projet commun des BRICS, il serait bon de reprendre une citation de Sudhir Vyas, secrétaire aux Affaires économiques du ministère des Affaires étrangères de l’Inde : « Au-delà de leur rôle de moteur de la croissance mondiale, nos cinq pays sont unis dans leur volonté de chercher des solutions durables face aux défis mondiaux. Nous en avons les moyens ».Autre aspect qui pourrait surprendre certains et pourtant, celui de la lutte et résistance face à l’impérialisme occidental tout au long de leurs histoires respectives. En marge donc des réflexions sur les BRICS, il serait également plus qu’intéressant de reprendre un commentaire d’un camarade chinois : « Je suis très heureux du fait que nos pays s’unissent ensemble pour un monde meilleur. D’une manière ou d’une autre tous nos pays ont été la cible de l’impérialisme occidental. Le Brésil a dû se libérer du colonialisme portugais. L’Inde du colonialisme britannique. Qui peut oublier les sacrifices de la Russie, de son peuple et de tous les peuples frères pour abattre la peste brune nazie d’Hitler ? Qui peut oublier la lutte du peuple de l’Afrique du Sud contre le régime raciste antihumain d’apartheid soutenu par les gouvernements occidentaux ? Et enfin en ce qui concerne mon pays, la Chine, nous avons très longtemps dû résister aux interférences néfastes occidentales, que ce soit celles des Britanniques, des Etasuniens ou d’autres pays occidentaux et ayant également perdu des dizaines de millions de vies humaines !". Un résumé pratiquement parfait.

L’avenir est à nous, l’avenir est aux BRICS ! N

 
Un commentaire

Publié par le avril 7, 2014 dans histoire, Economie, Europe, Asie

 

La Russie au pied du mur… et des distributeurs…

1-crimee-1980-urss-otan-cassiniLe projet de création d’un système russe de CB a été approuvé ce matin à la Douma. Selon le représentant de Russie Unie, cette question revêt une importance stratégique. Selon le député communiste Kashin, celà faisait de nombreuses années que la question était en suspens, mais elle était bloquée suite aux manoeuvres de lobbying des banques et intérêts financiers étrangers. Même l’Iran a son propre système de CB, a-t-il ajouté, la Russie devrait y arriver.

Système de paiement russe: Sberbank veut assumer le projet

http://fr.ria.ru/business/20140403/200898836.html

Où l’on voit que : 1) la Russie est en retard même par rapport au Japon et à la Chine

2) la Russie reste très dépendante de l’Occident

3) le côté « comprador » de la Russie est encore très présent

Mais à l’occasion de la crise s’accélèrent les formes d’indépendance ce qui visiblement emporte l’adhésion des communistes même si certains oligarques font grise mine… On peut toujours espérer comme l’espèrent les communistes qu’il y aura dans cette épreuve de force l’occasion d’un ressaisissement de la Russie, de toute manière on peut toujours se dire que comme l’ont prouvé Leningrad et Stalingrad, la Russie n’est jamais aussi bonne que quand elle est assiégée…

 
Un commentaire

Publié par le avril 4, 2014 dans Asie, Economie, Europe

 

une grande victoire russe: fermeture du Mac Donald’s en Crimée

1-crimee-1980-urss-otan-cassiniMcDonald’s ferme ses restaurants en Crimée

Encore une victoire des Russes ! Les commentaires, sous l’article en Russe de Vzgliad, sont unanimement enthousiates « qu’ils ne reviennent jamais », « qu’ils ferment tous les MacDo de Russie », « marre de bouffer leur m… », « qu’ils aillent nourrir les pauvres chez eux », etc…

Le Parti communiste russe estime que les « sanctions » sont un bienfait qui devraient permettre à la Russie de relever son potentiel industriel et de renforcer son indépendance, y compris dans le domaine agricole et alimentaire.

confirmation dans un article de Ria novosti en français…

http://fr.ria.ru/world/20140404/200904905.html

 
 

Re(ma)niements par Jacques Sapir

1 Ne voyez pas dans ce touchant tableau de famille seulement mes antipathies personnelles et marseillaises pour le PSG…. mais aussi l’illustration d’un petit tout petit monde pour qui les jeux internes prennent le pas sur un peuple hors jeu…

3 avril 2014
Par Jacques Sapir

Le « nouveau » gouvernement, issu du remaniement ministériel annoncé ce mercredi 2 avril, pose un problème du rapport de la forme et du fond. Que ce problème soit à ce point évident que nombre de commentateurs l’évoquent est un symptôme de la crise de démocratie que nous connaissons aujourd’hui.

Ce gouvernement a une apparence…

Dans la forme, ce gouvernement pourrait laisser espérer un changement de politique. Certes, il y a une (grosse) dimension de jeu des chaises musicales, avec seulement deux entrants. Certes, il y a eu beaucoup de dosage et un gros souci de préserver les équilibres internes au Parti Socialiste et l’on comprend que, derrière les coups de menton et les déclarations tonitruantes, le gouvernement de Manuel Valls est en réalité plus proche de la IVème République que de la Vème. Il n’en reste pas moins que, sur le papier, ce gouvernement est intéressant. Après tout, la dimension de volontarisme politique et économique est bien mise en évidence par la présence non seulement d’Arnaud Montebourg à un porte-feuille renforcé, la promotion de Benoît Hamon, mais aussi la présence de Mme Ségolène Royal. On peut aussi remarquer que le Premier ministre avait en son temps longuement hésité à approuver le projet de Traité Constitutionnel, et n’avait voté « oui » au référendum de 2005 que par « discipline de Parti ». Son ministre des Affaires Étrangères, M. Laurent Fabius avait quant à lui voté « Non », ainsi qu’Arnaud Montebourg et Benoît Hamon. Il est donc vrai que, sur le papier, on peur considérer que ce gouvernement est bien préparé à la négociation.

C’est même pourquoi il a donc été constitué. On va donc (et l’on a commencé dès mercredi 2 avril) à nous « vendre » ce gouvernement comme un gouvernement de combat par rapport à Bruxelles qui, soit dit en passant avec le départ de Pierre Moscovici, devient de plus en plus un dépotoir pour Ministres remerciés… Il faudrait donc inventer un néologisme, ne plus dire « limoger [1]» mais « bruxelliser ». C’est l’un des paradoxes actuels de la politique française qui veut que plus on est soumis aux différentes décisions de l’Union Européenne plus ces institutions ne servent qu’à recaser les bras cassés. Chacun appréciera, à sa façon, ces pratiques.

D’ailleurs, le Ministre des Finances, dont le portefeuille est désormais séparé de celui de l’Économie, M. Michel Sapin, a tout de suite affirmé qu’il irait « négocier » le rythme de retour aux grands équilibres avec la Commission. Mais, en réalité, on voit bien qu’après quelques joutes verbales relevant plus de la posture que du fond, après l’obtention de quelques miettes tout au plus, le gouvernement s’inclinera. D’ailleurs, Bruxelles peut agiter d’autres dossiers, et ne manquera pas de la faire : qu’il s’agisse du statut de la RATP et de la SNCF ou de ce que l’on prétend être des « subventions indues » de la Poste… S’il était question de réellement négocier avec Bruxelles, ce gouvernement, et le Président, commencerait par construire un rapport de force, par exemple en indiquant ce qui se passerait si la France n’obtenait pas satisfaction.

Mais il a une réalité…

En fait, derrière les mots il y a une réalité : ce gouvernement n’est là que pour la mise en scène, le spectacle. Il va s’agiter (faisons confiance pour cela à Manuel Valls) tandis que va se mettre en place un « pacte de responsabilité » qui se traduira par un démantèlement un peu plus poussé de la sécurité sociale pour des avantages tout à fait marginaux pour les entreprises. On parlera beaucoup du nouveau « pacte de solidarité » évoqué par le Président de la République dans son allocution du lundi 31 mars. Mais, compte tenu de l’ampleur des économies que l’on se propose de faire, pas moins de 50 milliards d’euros, on peut franchement douter qu’il soit autre chose qu’un leurre. Et, dans la réalité, c’est bien de cela qu’il s’agit. Il faut leurrer les Français, pour les élections européennes et même après, leur faire prendre les vessies de la politique austéritaire pour les lanternes d’une politique de lutte contre le chômage qu’ils ont pourtant appelé de leurs vœux en votant, et même en ne votant pas, aux élections municipales.

Ce gouvernement va donc chercher à nous faire croire qu’il est critique par rapport à l’Europe, voire qu’il serait peut-être même eurosceptique. Balivernes ! La vérité est que le Président est incapable de penser en termes d’un rapport de force. Nous le savons depuis l’élection de 2012. S’il avait voulu, comme il le prétendait à l’époque « renégocier » ce qui devint le TSCG, ce que l’on appelle le Pacte Budgétaire Européen ou le Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance, il aurait procédé à un référendum et ce serait appuyé sur son résultat pour négocier. Mais, c’était prendre le risque d’une rupture européenne, ce dont il ne voulait, et ne veut encore, à aucun prix. Il a donc su se présenter à Bruxelles en position de faiblesse, la tête sur le billot, et n’a obtenu qu’un ridicule codicille dont nous pouvons mesurer depuis 18 mois toute l’inanité. Bien entendu, il arrive que la France obtienne sur des points mineurs quelques satisfactions. Mais, elles sont rapidement vidées de leur sens par des mesures européennes ultérieures.

L’enjeu démocratique.

C’est là que gît le problème politique. Non pas tant dans le sens donné à la politique du pays, même si cette politique est suicidaire, même si la seule solution – et chaque jour des voix nouvelles le reconnaissent et la réclament[2] – serait une sortie de l’Euro. Ce point a déjà été largement développé sur ce carnet, et dans un livre datant de 2012[3]. Le point est essentiel, et une sortie de l’Euro est la condition nécessaire tant pour une relance immédiate de l’économie française que pour un changement d’orientation bien plus général, mais ce n’est pas ici celui qui nous occupe. Le problème politique vient de ce qu’un Président choisisse consciemment d’avancer masqué sur un point absolument essentiel de la politique du pays, et qu’il se soit trouvé 8 femmes et 8 hommes, dans ce gouvernement, pour être connivents de cette pratique. Que François Hollande soit intimement persuadé que les mérites supposés et potentiels de l’Euro l’emportent sur ses inconvénients bien réels est son droit. Qu’il pense que pour sauver l’Euro il faut infliger à la France, et aux pays de l’Europe du Sud une dramatique austérité qui brise leur économie et qui condamne des millions de personnes au chômage et à la misère est son droit. Qu’il pense qu’une structure technocratique, la Commission européenne, est plus à même de décider des orientations économiques que le Parlement français est son droit. Mais, son honneur d’homme politique voudrait qu’il défende ses orientations en pleine lumière. Au-delà de la question d’honneur personnel, il y a un principe intangible de la démocratie. Celle-ci suppose que, de manière récurrente, il soit procédé à des vérifications par l’intermédiaire d’un vote. Ce vote ne porte pas sur des personnes, mais sur des politiques, même si ces dernières s’incarnent, bien entendu, dans des femmes et des hommes, à la condition qu’ils prennent et assument leurs responsabilités. Or, rien de tout cela n’est mis en place. Avec un gouvernement-leurre, on cherche sciemment à tromper les Français, et ce faisant on brise le cadre même de la démocratie.

Tel est le reproche que l’on doit faire au Président de la République, et à son Premier Ministre. Qu’ils ne soient, ni l’un ni l’autre des hommes de gauche n’est pas en question. Ils ont tout à fait le droit d’avoir leur conviction et leurs opinions ; ils ont même en réalité le devoir de les défendre si l’on pense que la démocratie est, justement, une bataille de convictions. Mais, ce dont ils n’ont pas le droit, c’est de tromper le peuple souverain, c’est de se réfugier dans ces formules profondément anti-démocratiques de « pédagogie » et de « déficit d’explication » pour outrepasser leurs échecs électoraux. Ils auront beau se lamenter sur l’abstention et la crise de la démocratie, ils en sont à la source, ils en sont l’origine même. C’est par leur pratique haïssable de la politique qu’ils détruisent pierre à pierre l’édifice qui s’est construit depuis 1789 et qui fut, de multiples fois, refondé, la dernière étant par la Résistance et lors de la libération du territoire en 1944, il y aura cette année soixante-dix ans.

Ils attirent sur leur tête, et sur les nôtres par voie de conséquence, la foudre du désordre civil et de l’insurrection. Qu’ils cessent de s’étonner du climat de guerre civile froide qui règne aujourd’hui en France : ils en sont la cause. L’alliance d’une crise de légitimité et de pratiques manipulatrices à grande échelle, combinées à des injustices sociales criantes, est le chemin le plus court et le plus sur vers des révoltes de grande ampleur, et à terme vers une révolution. Il nous reste peu de temps pour tenter d’éviter les désordres qui immanquablement accompagneront une telle issue. Il faudra pour cela sanctionner à nouveau, et avec toute la force et la détermination possible, ce gouvernement lors des élections européennes du 25 mai prochain.

[1] Expression qui date du premier conflit mondial où, en 1914, le maréchal Joffre assigna à résidence des généraux et des officiers d’état-major qu’il avait relevés de leur commandement et dont l’incompétence était trop criante…

[2] Comme par exemple quatre journalistes économiques, Franck Dedieu, Benjamin Masse-Stamberger, Béatrice Mathieu et Laura Raim. Casser l’euro pour sauver l’Europe, Les liens qui libèrent, Paris, 232p.

[3] Sapir J., Faut-il sortir de l’Euro ?, Le Seuil, Paris, 1992.

 
Poster un commentaire

Publié par le avril 3, 2014 dans Economie

 

Valls à contretemps Par Jacques Sapir

4-sebastopol-marine-russe-cassini

31 mars 2014

http://russeurope.hypotheses.org/2157?fb_action_ids=10152050031404227&fb_action_types=og.likes&fb_source=other_multiline&action_object_map=%5B550405638412715%5D&action_type_map=%5B%22og.likes%22%5D&action_ref_map=%5B%5D

vallsAu lendemain de ce qu’il faut bien appeler l’une des pires défaites subies par la « gauche de gouvernement » dans des élections locales, une défaite qui vit des villes gagnées par les socialistes il y a plus de 100 ans passer à droite (comme Limoges), le Président s’est décidé à remercier le Premier Ministre, Jean-Marc Ayrault et à nommer à sa place Manuel Valls. Le discours dans lequel cette décision importante fut annoncée fut pénible à entendre et encore plus à regarder. Un homme fatigué, au visage inexpressif, récitait ces banalités que savent trouver les politiques en ces moments-là, tel un oncle de province venu à un enterrement d’un vague cousin et qui récite sans trop y croire des condoléances. On a eu droit à « gouvernement de combat », et « équipe resserrée », des mots qui n’ont strictement aucun sens et qui sont usés d’avoir trop servi. La voix était mal posée et le Président buta à deux reprises sur les mots, comme si la décision lui coûtait. Et il est vrai que pour un homme d’habitudes, dont il est dit qu’il n’aime pas trancher, c’était tailler dans le vif que d’annoncer une telle nomination. Pourtant, cette décision pourrait s’avérer une redoutable erreur, et l’obliger à faire sous peu des choix qui seront autrement plus dramatiques.

Une erreur de casting

C’est une erreur d’abord car Manuel Valls ne répond pas à l’attente des Français, que ce soit sur le chômage ou le pouvoir d’achat. Non que l’homme soit sans qualités. Simplement, ces dernières ne sont pas la réponse à la question posée par le corps électoral, qu’il se soit manifesté ou qu’il se soit maintenu. Il n’est tout simplement pas en adéquation avec la situation du pays. Même dans la demande de « sécurité », qui est réelle, on mélange la sécurité des biens et des personnes, la sécurité sociale et surtout la sécurité de l’emploi. Or, Manuel Valls n’a pas de réponses aux questions posées. Et ce n’est pas la feuille de route laborieusement balbutiée par le Président qui peut lui en fournir. Il n’est pas possible de conserver le cap défini depuis maintenant plusieurs mois et de lutter contre le chômage. Les chiffres de ces 22 derniers mois le montrent de manière incontestable. Or, aujourd’hui, le chômage est bien la première des préoccupations des Français. La Président n’a pas évoqué sa malencontreuse promesse d’inversion de la courbe, et pour cause. Cette dernière ne cesse de monter. Mais, en plus, cette politique ne réussit même pas à réduire les déficits. Les chiffres publiés par l’INSEE en font foi. En dépit des hausses d’impôts, le déficit pour 2013 atteint 4,3%. Car, à chaque nouvelle ponction fiscale le PIB se réduit, ce qui réduit à son tour et mécaniquement les recettes fiscales. Notons que sans ce déficit, pourtant important, l’économie française serait plongée dans une profonde récession. Mais, c’est bien cher payer la résilience de la croissance, qui aura été de 0,3% en 2013. Si la France avait effectivement réduit son déficit à 3,7%, comme annoncé à Bruxelles en début d’année 2013, il y a gros à parier que nous serions en dessous de 0%. Le pacte de solidarité qui a été annoncé comme un « équivalent » au pacte de responsabilité mal ficelé, bricolé et rejeté par les partenaires sociaux, risque fort de donner lieu à son tour à un nouveau bricolage.

Une erreur de politique

Mais il y a erreur derrière l’erreur. En fait, François Hollande cherche à jeter du lest (un peu…) mais il reste persuadé que sa politique est la bonne. Ce en quoi il se trompe lourdement. La France souffre d’une problème de compétitivité, non seulement à l’export, mais aussi sur son marché intérieur. Le « pacte de responsabilité » ne va jouer qu’à la marge. Non seulement l’écart de compétitivité accumulé depuis 2000 du fait de la différence d’inflation structurelle avec l’Allemagne est trop grand, mais la hausse constante de l’Euro (justement dénoncée par Arnault Montebourg) creuse cet écart dans notre commerce avec les pays « hors-zone Euro ».
3-sebastopol-armee-russe-cassini-16eb3

Graphique 1

Eur-USD

Source: Bloomberg

Les experts du Ministère des finances ont calculé qu’une dépréciation de 10% par rapport au Dollar aurait un effet sur la croissance globale de 1,5%. Si l’on extrapole avec une dépréciation tant avec les pays « hors-zone » qu’avec les pays de la zone Euro, on aboutit à un potentiel de 5% de croissance avec une dépréciation de -20%. Mais, pour cela il faudrait quitter le zone Euro. Cela, notre Président s’y refuse, tout en sachant pertinemment que c’est la solution à la fois la plus simple et la plus efficace pour que l’industrie française retrouve sa compétitivité. Il ne peut concevoir que la monnaie unique soit un échec quand tout son intellect ne cesse de le répéter. Il y a quelque chose de tragique dans l’obstination d’une volonté contre l’intelligence. Et cette tension aussi était perceptible dans la courte allocution télévisée du Président. Il a même évoqué la possibilité d’une « renégociation » avec l’Europe des conditions économiques faites à la France. Mais ici, on n’est plus dans le domaine de l’erreur mais dans celui du mensonge. Car, ces conditions que François Hollande prétend « renégocier », il les a fait voter par le Parlement. On ne voit pas, dans ces conditions, ce que nos partenaires pourraient bien accepter de « renégocier ». La vérité, et l’on peut penser que François Hollande en est désormais conscient, c’est que l’Euro est un piège qui condamne la croissance et nous contraint à une austérité suicidaire. Mais, cette conscience est étouffée immédiatement par l’illusion que l’Euro est politiquement indispensable à l’Union européenne, alors même qu’il la détruit de manière implacable.

Dès lors, se refusant à prendre le choix logique d’une sortie de l’Euro, il ne reste plus à François Hollande qu’une politique faite d’expédients. Le dernier est la nomination de Manuel Valls à Matignon. Les effets positifs ne se feront sentir que quelques semaines, et le Président se retrouvera, après les élections européennes, dans une situation encore pire que celle qu’il affronte maintenant. Peut-être est-il dans son caractère de ne pouvoir se décider à prendre la mesure qui s’impose. Mais alors, il ne fallait pas briguer la fonction qu’il occupe. Présider, sous la Vème République, c’est gouverner. Et gouverner, c’est choisir.

 
Poster un commentaire

Publié par le avril 1, 2014 dans Economie, Europe

 

Europe, fascisme… A quoi peut servir ce blog.

14La barbarie n’est pas là où l’imagine, elle peut prendre la forme de la civilisation la plus développée.

Je n’épiloguerai pas sur la réponse de Hollande, elle signifie simplement que dans le cadre de l’UE et de l’atlantisme, il est impossible de changer de cap et que donc on cherche l’homme à poigne pour l’imposer… Donc passons à l’Europe puisque les prochaines élections autant que cette "réponse" nous y invitent.

Voici un article de la voix de la Russie qui à partir de la crise ukrainienne, dont il est nécessaire de tirer tous les enseignements, nous invite à la réflexion sur les Etats-Unis. L’Europe est désormais moins une alliée qu’un vassal comme en témoigne l’OTAN et le traité translatlantique, la concrétisation de cette vassalisation est évidente dans la crise ukrainienne. Cet article a le mérite de poser les problèmes d’une manière simple et claire sur la nature de ce qui mène les Etats-Unis au-delà du locataire de la Maison Blanche. Les Etats-UNis et derrière eux l’Union européenne refusent de voir les changements intervenus dans le monde, en particulier l’apparition d’un monde multipolaire et de nouveaux rapports sud-sud. Ce refus a des conséquences gravissimes parce que les interventions provoquées par cette prétention au leadership qui, sous ses discours humanitaires, n’est que volonté de pillage, ne produit que le chaos. L’allié-vassal européen lui-même (j’en dirai autant des autres alliés qu’ils soit arabes ou israélien) est contraint dans le cadre d’une telle alliance à s’appuyer sur les forces les plus répressives celles de l’extrême-droite. Parce que la politique de l’UE est de plus en plus au service des monopoles financiarisés dans leur concurrence planétaire, en particulier celles liées à l’armement et à l’énergie. Ils ont besoin de la guerre et de l’appel à des bandes qui font régner la terreur sous diverses formes et engendrent l’appel à un gouvernement fort complice de leurs exactions. L’Europe elle-même commence à être atteinte par ce phénomène comme le prouve l’affaire de l’Ukraine et risque des situations comparables à la Syrie à sa marge. C’est ce que décrit assez bien cet article qui néanmoins sous estime à la fois ce qui se passe à l’intérieur de l’UE, voire aux Etats-Unis, avec la montée de forces conservatrices et bellicistes et la nature des solutions.

Cette sous estimation n’est pas un hasard. Brecht le notait déjà à propos du nazisme, on ne peut lutter réellement contre le nazisme qu’en combattant son essence capitaliste, en effet sans son choix par le capital, le fascisme n’est que sale manie de quelques excités. Et ce qui le rend aujourd’hui inquiétant en Europe est la manière dont on choisit comme lors des dernières élections municipales de lui donner de la force. Il s’agit de démarche politicienne mais aussi d’un recours possible que le choix d’un homme à poigne pour ne pas changer de politique préfigure. Oui mais voilà ce recours à l’autorité, à la répression n’est pas le seul fait de l’Occident parce que partout la plupart des pouvoirs s’appuie sur un capital avide et corrompu. La position des Russes, comme celles d’autres pays émergents, si elles revendiquent des relations de respect de souveraineté et de paix, le font simplement pour refuser ce leadership mortifère, mais ne proposent pas plus une nécessaire transformation du jeu global. En particulier elles contribuent au développement du capital, de la production d’inégalités monstrueuses et de la destruction des hommes et de la planète. Ce n’est donc pas un hasard si elles produisent elles aussi leurs propres formes de fascisation et dégager de cet affrontement l’intérêt réel des peuples devrait être le véritable travail des communistes et des progressistes. C’est dans ce contexte qu’interviennent les prochaines élections européennes et je m’interroge sur le rôle que pourrait modestement jouer mon blog pour lutter pour les véritables enjeux de ces élections à savoir 1) la paix par le respect des souverainetés 2) l’intervention populaire contre l’exploitation et les inégalités, 3)la lutte contre le fascisme qui est en train de d’étendre en Europe avec la complicité des instances dirigeantes de l’UE.
Réfléchir dans un tel contexte à ce que serait une position juste et de progrès mérite réflexion faute d’une force politique en qui on peut avoir confiance.
(note de Danielle Bleitrach)

Les Etats-Unis se croient-ils toujours les maîtres du monde ?
Ilia Kharlamov – La Voix de la Russie

L’intervention active de Washington dans la politique ukrainienne qui s’est soldée par un échec et les sanctions contre la Russie ont montré que les Etats-Unis se croyaient toujours les « maîtres du monde ».

Les stratèges américains ne veulent pas remarquer les changements qui s’opèrent dans l’équilibre des forces globales. Ils ont l’intention de continuer à dicter leur ordre du jour aux continents et aux pays. Néanmoins, la politique extérieure des Etats-Unis foisonne de fautes graves et d’actions absolument illégales qui ont transformé des pays entiers en territoires de chaos et d’anarchie. Le moment n’est-il pas venu de priver les Etats-Unis de leurs compétences de gendarme mondial que d’ailleurs personne ne leur a octroyées ? Cette question rhétorique se transforme en question purement pratique.

De plus, les buts déclarés ouvertement ne correspondent pas aux tâches réelles, souligne Vilene Ivanov, conseiller à l’Académie des sciences de Russie.

« Quand ils font semblant de vouloir développer la démocratie ou de faire respecter les droits de l’homme et que sous ce label ils engagent des actions pratiques, il est évident que cela masque des tâches réelles. Ces tâches réelles sont assez pragmatiques et sont principalement liées aux intérêts économiques des Etats-Unis et aux tentatives de se créer des satellites qui vont les soutenir. Ils ne sont pas regardants sur les moyens d’agir, à commencer par le recours à la force. Ils arrivent souvent à atteindre leurs buts, sans pourtant prévoir les conséquences. Le retour de bâton les frappe eux-mêmes, ainsi que leur politique. »

La politique américaine a eu des conséquences tragiques en Irak et n’a pas réduit la menace terroriste dans le monde. Vient ensuite l’Afghanistan d’où les troupes américaines se retirent. Quand elles étaient localisées dans le pays, la position sociale et économique de l’Afghanistan s’est dégradée, tandis que la production de drogue s’est multipliée. Or, la décision de Washington de suspendre la coopération avec Moscou dans la lutte contre la drogue fera le jeu des organisations mafieuses afghanes de narcotrafiquants, a déclaré le Service fédéral russe de contrôle des stupéfiants.

Une histoire dramatique s’est également déroulée en Libye.

Même si l’on considère les pays qui sont plus proches du territoire américain, les partisans fervents de la démocratie américaine ne sont pas nombreux. De plus, il y a des adversaires irréductibles, en l’occurrence le Venezuela. Il est tout à fait évident qu’après l’écroulement de l’URSS le monde est devenu plus dangereux. Ainsi, n’ayant plus de force qui la retienne, ni de contrepoids, la seule superpuissance se croit tout permis et agit en toute impunité. Elle est devenue dangereuse pour son entourage et pour elle-même. Dans ce contexte, la victoire des Etats-Unis dans la guerre froide peut être considérée comme un krach grandiose.

La Voix de la Russie

 

Le nouveau capitalisme criminel, Entretien avec Jean-François Gayraud

5

Entretien avec Jean-François Gayraud

Par Jean-François GAYRAUD, Pierre VERLUISE, le 29 mars 2014 Imprimer l’article Information sur l’article

Jean-François Gayraud est haut fonctionnaire de la police nationale. Il a publié Le nouveau capitalisme criminel, Le Monde des mafias. Géopolitique du crime organisé, Showbiz, people et corruption, La Grande Fraude. Crime, subprimes et crises financières et Géo-stratégie du crime (avec François Thual). P. Verluise est Directeur du Diploweb.com.

Géopolitique du capitalisme criminel. Le Commissaire divisionnaire Jean-François Gayraud vient de publier un ouvrage remarquable : "Le nouveau capitalisme criminel. Crises financières, narcobanques, trading de haute fréquence", aux éditions Odile Jacob. Il répond aux questions de Pierre Verluise, Directeur du Diploweb.com.

Pierre Verluise : Quelle est la part de la criminalité dans la crise financière de 2007-2008 ?

Le capitalisme est désormais criminogène

Jean-François Gayraud : Pour comprendre ce qui s’est produit en 2008 avec la crise des subprimes, il faut d’abord diagnostiquer le contexte global. Quel est-il ? Le capitalisme s’est profondément ré agencé à partir des années 1980, aux Etats-Unis et ailleurs, à partir d’une doxa néo libérale. Le nouveau visage du capitalisme comporte depuis des dynamiques et des vulnérabilités aux comportements criminels particulièrement fortes. Ce capitalisme est devenu excessivement dérégulé, mondialisé et financiarisé. Ces trois caractéristiques font que ce capitalisme est désormais criminogène : il recèle des incitations et des opportunités aux fraudes d’une intensité nouvelle. La crise financière s’est déclenchée aux Etats-Unis à partir d’un petit secteur financier : le marché de l’immobilier hypothécaire. La bulle immobilière fut en partie gonflée par des pratiques de crédit totalement frauduleuses ; des centaines de milliers de prêts furent perclus d’infractions toutes simples : faux en écriture, abus de confiance, escroqueries, abus de faiblesse, etc. Par le biais du mécanisme de la titrisation et d’agences de notation complaisantes ou franchement malhonnêtes, ces fraudes se sont retrouvées dans les fameux « produits financiers innovants » vendus sans devoir de précaution et de conseil sur les marchés à Wall Street. La bulle boursière s’est ainsi à son tour formée à partir de véritables fraudes. C’est pourquoi la crise des subprimes peut être rebaptisée sans exagération de crise des subcrimes . L’analyse criminologique que je propose ne relève donc pas de la métaphore facile par laquelle « fraude » serait simplement le synonyme de « prédation ». Il s’agit de vrais crimes, mais qui n’ont pas reçu de décantations judiciaires sérieuses ! D’ailleurs, le rapport de la grande commission d’enquête du Sénat des Etats-Unis (FCIC) qui est venu ensuite autopsier cette crise utilise le mot « fraude » 147 fois ! Est-ce vraiment un hasard ? J’ai analysé la crise des subprimes sous cet éclairage criminologique dans La grande fraude (Odile Jacob) en 2011. Et je me livre dans Le nouveau capitalisme criminel (Odile Jacob, 2014) à un exercice similaire pour d’autres crises financières issues de la dérégulation : Japon, Mexique, Albanie, etc.

Le nouveau capitalisme criminel

P.V. : Votre approche est innovante, me semble t-il ?

Dans le contexte de la mondialisation, le crime est désormais une réalité centrale et non une marge folklorique

J.-F. G : Je tente depuis ces dernières années de donner corps à une véritable « géopolitique et géo économie du crime ». Je souhaite que la criminologie sorte d’une certaine torpeur, d’un certain vase clos, afin qu’elle prenne le grand air de la modernité et des grands espaces de la mondialisation. Le crime est désormais une réalité centrale de la modernité et non une marge folklorique. Dans Le nouveau capitalisme criminel, j’entreprends à nouveau d’éclairer des phénomènes de niveau macro économique, en l’occurrence ici des crises financières, avec la lumière criminologique. Je ne sous estime pas combien une telle entreprise peut se heurter à de multiples objections, en particulier en France où la réflexion sur le crime est monopolisée par une sociologie criminelle misérabiliste, obsédée par la « culture de l’excuse » et qui ne sait même plus lever la tête pour s’intéresser aux crimes élitistes : ceux des élites légales mais aussi ceux des élites du crime. Les cloisonnements disciplinaires traditionnels dans les milieux académiques et un positivisme un peu étroit consubstantiel à la pensée économique font que le crime est rarement invité dans la réflexion globale. C’est à mon sens un oubli mortifère car on s’interdit de porter un diagnostic juste sur certaines pathologies issues de la modernité post guerre froide.

P.V. : Depuis la crise, la régulation a-t-elle vraiment progressé ?

J.-F. G : Non. Toutes les lois votées sont purement cosmétiques. Elles n’ont pas su ou pas pu toucher à l’architecture et à l’économie du système financier international, en particulier dans ce qu’il a de plus déviant et criminogène.

Il n’y a jamais de « crise financière » stricto sensu ; il n’y a que des crises politiques.

Les modifications apportées ne relèvent pas du changement de cap. Les législateurs européens et américains se sont contentés de rajouter des canots de sauvetage autour du Titanic. Canots qui bien évidemment ne profiteront qu’aux premières classes lors de la prochaine crises financière. Ce qu’il faut comprendre, c’est que, d’une certaine manière, il n’y a jamais de « crise financière » stricto sensu ; il n’y a que des crises politiques : il faut en effet interroger les dispositifs normatifs et les politiques publiques qui en amont mettent en place des systèmes aussi dérégulés et criminogènes. Et à ce stade du raisonnement il convient alors de comprendre comment sont votées les lois de dérégulation et comment se font les élections ? D’où vient l’argent des campagnes électorales et quel est le poids du lobby de la finance ? Les principes mortifères issus du fameux « consensus de Washington » ne tombent pas de la planète Mars ! La finance impose désormais un rapport de force – feutré en apparence mais violent en coulisse – aux pouvoirs politiques contemporains. Nombre d’Etats sont littéralement « capturés » par les puissances financières. Et ce phénomène ne touche pas que les seuls « paradis fiscaux et bancaires » ! Le phénomène est central aux Etats-Unis. Par exemple, qui est le premier employeur en France des inspecteurs des finances ? Bercy ou les quatre grandes banques universelles qui font habituellement notre fierté ? Cela crée sans nul doute possible, de manière mécanique, de subtiles convergences de vues aux conséquences profondes….

P.V. : Pourquoi le trading de haute fréquence pourrait-il provoquer de nouveaux effondrements partiels ou systémiques ?

Les lois votées sont purement cosmétiques et les régulateurs en charge de la police des marchés sont quasiment devenus aveugles…

J.-F. G : Sans débat public, à bas bruit, les marchés financiers fonctionnent depuis une vingtaine d’années autour d’ordinateurs et d’algorithmes surpuissants, dans un monde plus proche des romans de Philipp K. Dick que des récits balzaciens. A la très grande vitesse de la nanoseconde, des centaines de milliers de transactions irriguent en continu les plate formes boursières dispersées sur toute la planète. Or cette équation "très grands volumes" et "très grande vitesse" produit de l’invisibilité sur les marchés ; une invisibilité telle que les régulateurs en charge de la police des marchés sont devenus quasi aveugles. Le THF n’est pas qu’un outil ; ou plus précisément, comme tous les outils, il n’est pas neutre. Comme toute technique, quelqu’en soit l’utilisation bonne ou mauvaise, elle transforme profondément tant l’architecture que le fonctionnement des marchés financier contemporains. Les très grandes banques et les fonds spéculatifs, qui sont les acteurs centraux du "THF", expliquent que cette technique est utile et saine. On ne peut que douter, me semble t-il, de l’utilité sociale de cet outil, mais c’est un débat macro-économique hors de mon coeur de sujet. En revanche, le "THF" pose trois séries de problèmes relevant clairement de la sécurité nationale. Et ces trois questionnements ne sont jamais exposés. D’abord, l’outil du "THF" ne peut que développer les fraudes financières à grande échelle : leur invisibilité matérielle et intellectuelle risque en effet d’être un encouragement permanent aux mauvaises pratiques et pour les mauvais acteurs. Ensuite, pour sortir du cadre pénal, on peut s’interroger sur l’économie même de cette technique : n’a-t-on pas légalisé le délit d’initié, encouragé la concurrence déloyale et institutionnalisé la spéculation criminelle ? Enfin, on sait que les marchés financiers fonctionnant avec le "THF" subissent des tensions constantes ; déjà, des effondrements se produisent régulièrement : parviendra-t-on à contenir les suivants ?

P.V. : Pourquoi, à ce jour, la lutte contre l’argent sale reste-t-elle un échec flagrant ?

J.-F. G : Les Etats ne parviennent à capter que moins de 1% de l’argent sale. Pourquoi ne le dit-on pas ? Pourquoi une telle omerta ? J’essaye de détailler les causes profondes, structurelles, de cet échec, au delà des petites explications ponctuelles et techniciennes que l’on nous assène en général. Il y a me semble t-il trois raisons majeures que je ne vais ici qu’effleurer. L’une est temporelle et historique : ce combat est très récent ; il n’a vraiment pris une certaine consistance que depuis la fin des années 1990. La deuxième est plus géopolitique : l’existence de dizaines d’Etats pirates à travers le monde, de type paradis fiscaux et bancaires, qui constituent autant de trous noirs permanents dans la raquette de la régulation et du contrôle. Enfin, il y a une causalité relevant du droit : nous autorisons ou laissons se développer les instruments juridico financiers d’opacification et d’anonymisation de la propriété du capital que sont par exemple les trusts et autres fiducies.

C’est tout le biotope démocratique qui est bouleversé par l’argent du crime.

La question du blanchiment d’argent est centrale car l’argent recyclé dans l’économie légale permet au crime non seulement de jouir de ses profits mal acquis, mais surtout d’acquérir des parts de l’économie et de la finance légales ; et par conséquent de se doter face aux pouvoirs élus d’une position haute. Contrairement à ce que nous assène la doxa libérale dans sa version la plus fondamentaliste, l’argent du crime n’est jamais neutre : il est faux de considérer que Pecunia non olet. En se blanchissant d’un point de vue formel, en se légalisant, l’argent du crime vient griser voire noircir les institutions légales, quelles soient politique, économiques ou financières. C’est tout le biotope démocratique qui en est bouleversé. Ce qui semble se blanchir noircit en réalité notre monde légal. Ces transformations invisibles sont comme toujours les plus profondes et les plus durables, donc les plus dangereuses.

Copyright Mars 2014-Gayraud-Verluise/Diploweb.com

Plus

Jean-François Gayraud, Le nouveau capitalisme criminel. Crises financières, narcobanques, trading de haute fréquence, aux éditions Odile Jacob, 2014, 368 pages. ISBN : 9782738130723

Jean-François Gayraud

Financiarisé, mondialisé et dérégulé à l’excès, le capitalisme n’est-il pas devenu criminogène, tant il offre désormais d’opportunités et d’incitations aux déviances frauduleuses ?

C’est ce qu’indique la dimension criminelle qu’ont prise certaines crises financières, au Japon, en Albanie, en Espagne ou encore au Mexique et en Colombie. C’est ce qu’implique l’extension du trading de haute fréquence, qui permet de négocier à la nanoseconde des milliers d’ordres de Bourse. Et c’est enfin ce qu’induit le blanchiment d’argent sale à travers les narcobanques.

Éclairant toujours plus profondément la géo-économie et la géopolitique du crime organisé, Jean-François Gayraud montre ici que, sur les marchés financiers, le crime est parfois si systématique qu’il en devient systémique dans ses effets. De curieuses coopérations et hybridations se nouent ainsi entre criminels en col blanc, gangsters traditionnels et hommes politiques corrompus.

Il s’interroge aussi sur le devenir de la finance : portée par sa seule volonté de puissance, par-delà le bien et le mal, n’est-elle pas en train de s’affranchir de la souveraineté des États ? Dès lors, face à des puissances financières aux arcanes si sombres, quelle liberté reste-t-il ?

Voir sur le site des éditions Odile Jacob

 

La nouvelle banque des pays du BRICS entre en concurrence contre la Banque Mondiale et le FMI

https://www.pressenza.com/fr/2013/04/la-nouvelle-banque-des-pays-du-brics-entre-en-concurrence-contre-la-banque-mondiale-et-le-fmi/

1-crimee-1980-urss-otan-cassini
Photo: PressTV

La nouvelle banque des pays du BRICS entre en concurrence contre la Banque Mondiale et le FMI

Les économies émergentes des BRICS ont dévoilé une nouvelle banque de développement visant à mettre fin au monopole détenu par les institutions soutenues par l’occident.

“C’est fait” a déclaré mardi Pravin Gordhan, ministre des finances de l’Afrique du Sud, ajoutant que « nous avons réalisé de très bons progrès » à propos de la formation d’une Banque Mondiale de développement analogue.

Les ministres des finances des pays du BRICS – le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud – se sont rencontrés la semaine dernière à Durban, en Afrique du Sud, pour l’ouverture du cinquième sommet des pays du BRICS alors que l’on attend une annonce officielle de ses dirigeants ce jeudi.

Lundi, le président sud-africain Jacob Zuma a déclaré : “Il y a peu de temps nous avons discuté de la formation d’une banque de développement… Aujourd’hui nous sommes prêts à la lancer ».

La banque des BRICS présentera une solution alternative au système bancaire occidental dominant composé des institutions de Bretton Woods – de la Banque Mondiale et du Fond Monétaire International (FMI).

La nouvelle banque fournira une réserve collective de devises étrangères ainsi qu’un fond visant à financer des projets de développement afin de s’adresser aux besoins des économies pauvres et émergeantes.

Dans cet accord, les deux économies les plus puissantes des groupes de pouvoirs émergeants, le Brésil et la Chine, ont accepté de retirer près d’un quart de leurs échanges commerciaux de la zone de dollar US.

Chacun des cinq pays membres du BRICS va contribuer à une hauteur de 10 milliards de dollars au lancement de la banque de développement, qui devrait prendre plusieurs années à être sur pied et en fonctionnement.

La banque fonctionnera avec des devises nationales plutôt qu’en utilisant une seule monnaie, et sera utilisée dans le cadre d’accords commerciaux bilatéraux et multilatéraux.

Les pays membres du BRICS affirment qu’actuellement l’équilibre global des pouvoirs est irréalisable avec des institutions telles que la BM, le FMI et le Conseil de Sécurité des Nations Unies qui se trouvent être hors de propos en matière de questions concernant l’économie globale.

Les pays du BRICS rassemblent plus de 40% de la population mondiale et totalisent plus de 25% de son PIB.

L’article original se trouve sur le site web de PressTV, here.

Traduction de l’anglais : Marlène Lepoittevin

 
7 Commentaires

Publié par le mars 29, 2014 dans Economie

 

En Ukraine, le temps presse. par Jacques Sapir

La situation continue de se dégrader en Ukraine, et désormais c’est la dimension économique et politique de cette situation qui interpelle les acteurs. Il faut rappeler qu’actuellement environ 60% des recettes fiscales ne rentre pas dans les caisses de l’État, soit qu’elles ne sont pas perçues soit qu’elles sont retenues par les autorités locales, et que le déficit budgétaire sur la base des deux premiers mois de l’année 2014 atteint les 10% du PIB. Il n’avait été que de 4,3% l’an dernier. Il est clair que la dégradation de la situation économique aura des conséquences politiques. Les régions de l’Est du pays, où d’ores et déjà les sentiments prorusses sont forts, pourraient basculer complètement dans les semaines voire les mois qui viennent. C’est cette perspective qui est réellement importante et inquiétante, en raison des conséquences potentielles que la politique européenne qu’elle peut avoir. Si ce basculement avait lieu, et si la Russie acceptait les régions d’Ukraine en sécession avec Kiev, il y a peu de doute que les pays européens réagiraient par l’équivalent d’une nouvelle guerre froide contre Moscou, même si (et peut être surtout si) leurs responsabilités dans une telle évolution de l’Ukraine seraient importantes.

Des sanctions ou des discussions ?

Les pays de l’Union Européenne et les Etats-Unis se sont réunis à propos du sommet sur la sécurité nucléaire qui s’est tenu à La Haye et ont discuté du principe de nouvelles sanctions. Mais quelle peut être tant la fonction que l’efficacité de ces nouvelles mesures ? Les pays de l’OTAN prétendent « punir » la Russie pour son action en Crimée. D’une part, il eut mieux valu ne pas créer les conditions qui ont rendu possible, et du point de vue de la Russie nécessaire, cette action. D’autre par, la raison conseille, à moins que l’on ne veuille s’engager dans une logique de confrontation sur longue échelle, d’éviter de prendre des mesures dont on sait d’avance qu’elles ne changeront pas la décision que l’on conteste. Quant à l’efficacité de ces sanctions, elle est à l’évidence des plus limitée. Il faut ici se souvenir que l’argent d’un pays, qui commerce largement avec ses voisins et qui importe une large part de sa consommation représente aussi du travail et de l’emploi pour ses dits voisins. C’est la raison évidente pour laquelle les « sanctions » seront bien évidemment limitées. Avec une Europe en crise économique, les importations russes sont trop importantes pour nos industries et nos économies pour que l’on prenne des mesures susceptibles de provoquer leur baisse.

Mais, d’autres facteurs doivent aussi être présent à l’esprit. La Russie coopère, de manière certes discrète mais tout à fait indispensable, avec la France pour les opérations militaires que nous menons tant au Mali qu’en Centrafrique. Une partie de la logistique de nos forces dépend des avions-cargos russes. Est-il concevable que l’on refuse cette coopération, qui pourrait dans les semaines qui viennent s’étendre à d’autres domaines, compte tenu de la présence russe en Afrique ? De même, on a tendance à oublier que l’Europe et les Etats-Unis ne sont plus les seuls fournisseurs de biens à haute technologie dans le monde. Nous ne vivons plus dans les années 1960. Aujourd’hui, pour mener à bien la modernisation de son économie, la Russie peut s’appuyer sur le potentiel du Japon, de la Corée, de Taiwan et, bien entendu, de la Chine. Autrement dit, voulons nous pousser la Russie à amplifier et systématiser le tournant qu’elle commence à prendre vers l’Asie du Sud-Est ? Dans la Stratégie Énergétique qu’a publié il y a de cela déjà plusieurs années le gouvernement russe, le projet d’un fort accroissement des exportations d’énergie vers l’Extrême-Orient était clairement énoncé. Souhaite-t-on que la Russie aille au-delà des objectifs qu’elle s’est assignée et qu’elle s’intègre complètement à l’économie de cette région du monde ?

Il y a une dimension profondément incohérente dans le discours tenu sur les sanctions par les pays européens. On peut comprendre la logique de tels propos quand ils viennent des Etats-Unis. Mais, pour la France, l’Allemagne, l’Italie ou la Grande-Bretagne, ils sont en réalité suicidaires. Ils le sont d’autant plus que si l’on met les choses au pire, et si l’Ukraine part en morceaux dans les mois qui viennent, c’est la partie la plus riche que récupèrera la Russie. Il convient de le savoir. Le déficit commercial annuel, qu’il nous faudra combler, ne sera plus de 13,6 milliards de Dollars mais de plus 22 milliards. Nous aurons hérité d’un pays dont les problèmes tant économiques que politiques seront difficilement surmontables, et qui viendra drainer une partie des ressources financières de l’Union Européenne. C’est pourquoi, l’urgence de l’heure – et il y a bien urgence – est de s’entendre avec la Russie pour assurer le bon fonctionnement de l’économie ukrainienne.

Les défis de l’Ukraine.

On l’a dit, l’Ukraine est aujourd’hui à la croisée des chemins. Elle peut retrouver une stabilité économique et politique, mais si la situation économique continue de se détériorer, il y a gros à parier que les divergences économiques deviendront politiquement insurmontables.

L’Ukraine est en réalité composée de trois parties, une partie occidentale, largement agricole, une partie centrale (à laquelle était rattachée la Crimée et la ville de Sébastopol) et une partie orientale qui est le cœur de l’Ukraine utile.

Les zones de l’Est et de l’Ouest sont des zones de production, mais la zone Est correspond à l’essentiel de la production industrielle, puisque avec ses 6 régions elle réalise plus de 40% du PIB de l’Ukraine mais aussi près de 60% de ses exportations. La zone Centre est une zone de consommation, avec le poids de Kiev, qui est la capitale du pays, et qui reçoit une large part des recettes fiscales du pays (qui sont en partie issues de la zone Est). Si la zone Ouest est composée des régions agricoles du pays, la zone Est regroupe les industries les plus développées du pays. Le décalage en production, mais aussi en salaire moyen et en exportations s’explique sans difficulté dans la mesure où les activités industrielles ont une valeur ajoutée plus importante que l’agriculture ou le commerce. Seuls, les service de commandement, largement regroupés sur la ville de Kiev, ont une composition en valeur ajoutée plus importante.
4-sebastopol-marine-russe-cassini

Graphique 1

Carte Ukr exptREG-Angl

Cette industrie est largement liée à la Russie, que ce soit par l’énergie consommée ou par les matières premières. Mais, les exportations de cette zone sont néanmoins supérieures à ses importations. La balance commerciale de la zone Est est ainsi excédentaire alors que la zone centrale du pays est très largement déficitaire. Cela implique que si le déficit extérieur de l’Ukraine est de 13,6 milliards de dollars (en 2013), si on ne prend que les zones Ouest et Centre, il se monte à 22,6 milliards de dollars (en 2013). C’est l’une des raisons pour lesquelles il est impératif de garder l’Ukraine unie. De même, si le déficit budgétaire est élevé (4,3% du PIB en 2013), si l’on ne prend que les zones Ouest et Centre il passe à 13% du PIB, une valeur qui devient insupportable. La réduction des dépenses, que le FMI est déjà en train d’imposer au gouvernement provisoire, va aggraver considérablement la situation de toute la population, mais en particulier des segments les plus pauvres. Cependant, si l’on veut chercher à ramener le déficit à 3% du PIB, cela implique d’imposer à la population des zones Ouest et Centre un ajustement de 10% du montant du PIB de l’Ukraine unie, et de 16,6% de l’Ukraine ramenée aux zones Ouest et Centre.

6

Graphique 2

Exports-Ukr Angl

Les conséquences politiques du choc économique se devinent aisément. Dans un premier temps, les sentiments prorusses vont se développer rapidement dans la zone Est, ce qui va se révéler un terreau propice aux politiques séparatistes et « rattachistes » à la Russie. Dans un second temps, les problèmes sociaux, le basculement dans une misère effroyable sur le modèle Grec pour les zones Ouest et Centre, va entraîner une montée des partis extrémistes mais aussi des partis que l’on qualifie de prorusses. La situation risque rapidement de devenir incontrôlable. Non seulement aurions-nous alors une partie de l’Ukraine qui se rattacherait à la Russie mais des conflits interethniques, et une guerre civile, sont probables dans les territoires de ce qui composerait alors « l’Ukraine maintenue ».

Faire prévaloir la raison.

On comprend pourquoi, depuis le début de cette crise, on n’a pas cessé d’appeler à l’unité de l’Ukraine[1], mais aussi, et surtout, à la constitution des conditions tant politiques qu’économiques qui rendraient possible cette unité[2]. On veut ici réaffirmer un certain nombre de choses simples, évidentes, mais qui restent ignorées.
•(a) Il n’y aura pas de solution à cette crise sans la Russie. Or, les pays de l’Union Européenne ayant provoqué la crise ukrainienne par leur attitude irresponsable en 2013 et en laissant croire à certains dirigeants ukrainiens qu’une intégration à l’UE était possible, ils ont une responsabilité historique à lui trouver une solution.
•(b) Cette solution doit être trouvée rapidement, car plus le temps passe et plus la situation économique se dégrade en Ukraine. On est probablement plus très loin du point où les événements conduisant à l’éclatement du pays deviendront irréversibles.
•(c) Compte tenu de ces deux points, c’est à l’UE de faire le premier pas vers la Russie et de proposer à ce pays les bases d’une stabilisation économique qui garantirait les intérêts tant politiques qu’économiques de ce pays, en échange d’une suspension des fameuses « sanctions ».

Des voies ne cessent de s’élever en Europe pour dénoncer l’irresponsabilité avec laquelle les dirigeants européens ont traité le dossier ukrainien. Le dirigeant britannique du parti euro-sceptique UKIP, Nigel Farage, l’a dit très nettement[3]. Pourtant, il était plutôt connu pour des déclarations pro-américaines jusqu’alors. Il est temps que les dirigeants européens changent d’attitude. Mais le temps presse.

[1] Sapir J., « Urgence Ukraine », note publiée sur RussEurope, le 1 mars 2014, http://russeurope.hypotheses.org/2039

[2] Sapir J., « Quel avenir pour l’Ukraine? », note publiée sur RussEurope, le 13 mars 2014, http://russeurope.hypotheses.org/2086

[3] « Nigel Farage Says EU Has ‘Bloody Hands’ Over Ukraine Crisis During LBC Debate With Nick Clegg », Huffington Post UK, 26 mars 2014, http://www.huffingtonpost.co.uk/2014/03/26/nigel-farage-says-eu-has-blood-on-hands-in-ukraine-during-lbc-debate_n_5037811.html?utm_hp_ref=tw

 
Poster un commentaire

Publié par le mars 27, 2014 dans actualités, Economie, Europe

 

la vie politique ukrainienne et les réglement de comptes…

1-crimee-1980-urss-otan-cassiniHeinrich Füssli, l’un des peintres en vue de l’Angleterre de la fin du siècle, choisit ici de peindre lady Macbeth . Figure intellectuelle appréciée des écrivains et des autres artistes, Füssli n’aura jamais un grand succès populaire. Il avait lui-même théorisé, dans un essai paru en 1767, Remarks on the writings and conducts of J.-J. Rousseau une séparation nette entre l’art et la morale, étant entendu que l’art véritable est au-delà du bien et du mal, ce qui le réserve à un public d’initiés mais qui est tout à fait dans l’air du temps (le notre) quand il s’agit non sans cynisme de désigner au petit peuple les bons et les méchants même si les "bons" s’avèrent de franches crapules

L’ex-première ministre ukrainienne Ioulia Timochenko a reconnu mardi sur Twitter avoir proféré des menaces contre les Russes et la Russie dans un entretien téléphonique avec l’ex-secrétaire adjoint du Conseil de sécurité nationale et de défense d’Ukraine Nestor Choufritch.

"Cette conversation a eu lieu", a indiqué Mme Timochenko sur son compte Twitter. Elle a également présenté ses excuses pour les mots obscènes employés.

Selon l’enregistrement de la conversation en russe disponible sur YouTube et rediffusé par la chaîne de télévision russe RT, Mme Timochenko dit: "Je suis prête à prendre un fusil d’assaut et à aller tirer sur ce bâtard en pleine tête (…), il faut prendre les armes et aller tuer ces "katsap" [surnom péjoratif des Russes en Ukraine]" après que son interlocuteur évoque la situation en Crimée.

"Je ferai tout mon possible, je mobiliserai le monde entier dès que je pourrai pour qu’il ne reste de cette Russie qu’un champ brûlé ", ajoute Mme Timochenko.

M.Choufrich se demande quel sera le sort des huit millions de Russes vivant en Ukraine "Ils sont marginalisés", dit-il. "Il faut les tuer à l’arme nucléaire", réagit Mme Timochenko.

la question est dans le cadre des élections présidentielles et surtout de la pression des occidentaux pour qu’un certain ménage soit fait dans les aspects les plus voyants de ce que représente exactement ce pouvoir qui a sorti cette information et qui a voulu piéger l’encombrante Timochenko sinon son propre camp… Nous sommes entrés dans la vie politique démocratique ukrainienne avec ses chausse-trappes et ses spadassins..

Quand vous mettez un lots de chats sauvages dans un sac vous avez une assez bonne vision de ce que des regroupements d’intérêts autour d’oligarques prêts à tout y compris à déchaîner le feu nucléaire peuvent donner et ce n’est qu’un début, demain les couteaux vont sortir;..

maintenant si vous voulez tout savoir sur qui est cette lady Macbeth, voici un dossier très documenté et sérieux qui se lit en outre comme un roman.

http://www.les-crises.fr/timochenko/

 
 
Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 279 followers