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Archives de Catégorie: dialogue

La Palestine à l’ONU : Israël doit être le premier État à dire "oui" par Ofer Bronchtein

LE PLUS. C’est l’acte 2 de la reconnaissance de la Palestine. Après son admission à l’Unesco l’année dernière, Mahmoud Abbas retourne à la tribune pour demander le statut d’Observateur permanent à l’ONU. Il doit obtenir la moitié des 193 voix. Ofer Bronchtein, président du Forum international pour la paix, rêve que le représentant d’Israël soit le premier à lever la main pour dire "oui".

M. Abbas s'adressant à l'Assemblée générale des Nations unies, le 27/09/12 (R. Drew/AP/SIPA)

M. Abbas s’adressant à l’Assemblée générale de l’ONU, le 27/09/12 (R. Drew/AP/SIPA)

Ce jeudi 29 novembre 2012, l’Assemblée générale de l’ONU a rendez-vous avec l’histoire. 65 ans jour pour jour après le partage de la Palestine entre deux États, l’un pour le foyer national juif, l’autre arabe palestinien, l’ONU doit une nouvelle fois se prononcer. Et voter pour élever la Palestine au rang d’État non membre de l’Organisation des Nations unies.

La France, par la voix de son président, s’engage et votera "oui", ainsi qu’une grande majorité des membre des Nations unies.

Au lendemain de la guerre qui a une nouvelle fois ensanglanté la région, l’initiative de l’Autorité palestinienne est plus que jamais d’actualité. En dépit des positions des uns et des autres, nous souhaitons qu’Israël ouvre "grands les bras à l’État palestinien". Israël doit être le premier État à reconnaître la Palestine à l’ONU.

Cette reconnaissance est vitale pour Israël

Vitale parce que la possibilité d’établir un État palestinien viable n’a jamais été aussi tangible. La Banque mondiale et le Fonds monétaire international estiment que l’Autorité palestinienne dispose d’institutions dignes de celles d’un État à part entière, tandis que les diplomates occidentaux constatent qu’il existe plus d’État en Palestine – l’État dans ses grandes fonctions régaliennes, gouvernance, budget, sécurité – que dans bien des États constitués dans le monde.

L’Autorité palestinienne d’aujourd’hui ressemble en bien des points au Yichouv – la communauté juive de Palestine – d’avant la création de l’État d’Israël, qui disposait déjà de ses organes gouvernementaux et n’attendait qu’une reconnaissance internationale pour exister en tant qu’État. Le monde juif se doit d’accueillir une aspiration semblable à celle qui a prévalu à la création de l’État d’Israël.

Une reconnaissance de la Palestine par Israël ouvrira la voix à la paix, à la réconciliation et à la reconnaissance d’Israël par ses voisins, seule garantie pour la sécurité et la prospérité .

Mais l’absence de perspective politique mine le travail effectué par l’Autorité palestinienne pour bâtir les contours de son prochain État, comme elle accroit le sentiment de désespérance dans la population palestinienne.

De son côté, Israël, comme les autres puissances occidentales, mais certes encore à un niveau moindre, connaît la crise. Ses dépenses de défense représentent 8% du PIB, quand sa population aspire à un changement de priorités national et à de meilleures conditions de vie.

Une paix avec les Palestiniens constitue l’un des moteurs de la croissance pour tous. La nécessité de créer un État palestinien n’a jamais été aussi impérieuse : vitale pour Israël, mais également conforme à ses principes fondateurs.

Abbas ou le Hamas ?

Après les tirs de roquette du Hamas lancés depuis la bande de Gaza, les représailles israéliennes et la guerre qui s’en est suivie, nous devons soutenir le camp de la non-violence, incarné par le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas.

Si la reconnaissance de la Palestine comme État non membre de l’ONU est votée, Israël doit réagir non par le rejet, mais en demandant la reprise des pourparlers de paix, sur la base de tous les accords signés préalablement et sur les paramètres édictés par le président américain Bill Clinton.

Pendant ces négociations, l’Autorité palestinienne pourrait renoncer à l’idée de poursuivre Israël devant la Cour pénale internationale de La Hague.

Mais Mahmoud Abbas a déjà prévenu : si Israël choisit de se "venger" après le vote de l’ONU ce jeudi 29 novembre, il démissionnera de son poste de président. Il restituera les Territoires palestiniens à Israël, qui devra prendre l’entière responsabilité du territoire, de ses habitants et assumer les besoins des Palestiniens.

Français et israélien, détenteur d’un passeport palestinien, je me rappelle des mots du président Abbas à Paris, l’année dernière, lors de l’adhésion de la Palestine à l’Unesco, où j’étais le seul Israélien présent : "Je désire la paix avec Israël car il n y a pas un État de trop à l’ONU, mais un État qui manque".

Nous espérons que la prochaine étape sera ce jeudi 29 novembre la reconnaissance de la Palestine aux Nations unies. J’aimerais tant que celui qui lèvera le premier la main pour dire oui à la Palestine soit le représentant d’Israël.

 
Un commentaire

Publié par le novembre 29, 2012 dans actualités, Asie, dialogue

 

Le journal d’une grand mère et son petit fils: à quoi ça sert la mythologie ? Et Gaza ?

Mon petit fils vient de partir après une journée passée à travailler son programme scolaire.

En classe, il a affirmé à partir de l’une de mes remarques qu’à l’origine tous les hommes étaient noirs.Le professeur lui a dit : "Tu vas nous faire un exposé là-dessus!" Il avait également un devoir sur la mythologie grecque. Nous avons commencé par ça. Le prof lui avait donné comme sujet les gorgones. Chaque élève a 5 minutes pour parler du personnage choisi.

Alors je lui ai fait lire un texte de j.P. vernant sur la mythologie, remarquable sur le thème "à quoi ça sert le grec!" A rien, comme la physique quantique… A rien si ce n’est à avoir une tête cultivée qui se pose la question du bien ou du beau au lieu de penser seulement en prix et en concurrence. A quoi ça sert de lire Vernant pour 5 minutes d’exposé sur tout autre chose. A rien. Si ce n’est à comprendre pourquoi depuis des millénaires on se répète ces merveilleuses histoires.

Et là nous sommes partis dans la manière dont les Gorgones font partie du cycle des forces de la nature, les titans, la terre, c’est encore le chamanisme et l’affrontement quel que soit le conte dans lequel elles apparaissent les oppose à Anthena, la raison, la Cité… C’est fou comme mon petit fils comprend vite, comme son esprit rebondit… A tel point qu’il m’a dit : "mais Poséidon fait partie des dieux de la cité pas ceux des forces obscures de la nature. C’est vrai mais il est aussi l’océan qui reste mystérieux à l’homme et de qui tout nait".

De là nous avons opposé l’Illiade, l’histoire de l’héroïsme et l’Odyssée, le périple, la raison et encore la cité et les mythes… opposé mais montré l’unité des questions… le dialogue.   Vernant explique à quel point le Maghreb a été marqué par la culture grecque…Et là j’ai senti que quelque chose des origines de mon petit fils le rendait plus attentif encore.   Et puis nous avons travaillé son idée de l’homme noir à l’origine, les découvertes anthropologiques et génétiques…Qui toutes donnent l’Afrique comme berceau… Il écrivait, et comme ce n’était pas la première fois que nous avions cette discussion, il suffisait de préciser, de chercher des compléments d’information.   Demain il revient pour me montrer le diaporama qu’il va mettre en place ce soir sur son ordinateur, le mien ne le permet pas…   Et de là nous avons chuté sur ce qui se passait à Gaza, je lui ai fait lire mon texte et surtout celui d’Einstein qui dénonce le fascisme de ce qui deviendra le likud. Nous avons beaucoup discuté de Cordoue, de l’idée d’une nouvelle Cordoue…

C’est fou ce que nous avons brassé ensemble, toutes les connaissances acquises l’après midi, les mythes grecs, ce qu’en tirait Vernant prenait sens à partir de ce qu’on pourrait inventer en Israêl palestine si les hommes qui inventent la haine et le fascisme pour créer la servitude et l’imbécilité ne tentaient pas de détruire pour conserver leurs intérêts médiocres. je lui ai dit si quelqu’un te dit "les arabes sont comme ça ou les juifs sont comme ça, ne le croît pas c’est un abruti et surtout ne l’écoute pas s’il veut t’imposer une solution qui aille dans ce sens. Regarde ce que dit Einstein et comment il voit le fascisme dans son camp avant de le voir chez les autres.

 

Laetita Mikles Filmer la mise en scène du quotidien Entretien avec Frederick Wiseman

Wiseman se moque des sociologues, mais il y a en ce moment même à Tours une exposition des photographies de Pierre Bourdieu en Kabylie. Ces photographies sont trés belles et sont un régard de celui qui s’est engagé toute sa vie. Il expliquait aussi que cette étude en pleine guerre d’Algérie, alors même qu’il pouvait à chaque moment être descendu d’un côté ou de l’autre lui avait appris l’attitude du sociologue. Merci à Maurice Darmon qui vient d’écrire un livre sur Wiseman et qui nous a communiqué ce texte.

LES TRAINS DE LUMIÈRE Les cinéastes de Ralentir Travaux

  Laetita Mikles. — Quelle est pour vous la fonction du documentaire: d’information, d’archivage, de dénonciation, de changement social?    
Frederick Wiseman. — Tout cela à la fois. Moi, je ne sélectionne aucune de ces possibilités. Je ne pense pas beaucoup à toutes ces questions. Je fais du documentaire parce que ça m’amuse, ça m’intéresse. C’est une façon de regarder le monde. Je fais du documentaire pour toutes les raisons que vous avez citées. Cela dépend surtout de la réaction des autres.
L. M. — Mais de toutes ces fonctions quelle est celle qui vous semble la plus importante?   
 F. W. — De m’amuser (rires). C’est un travail qui me plaît personnellement. Je n’ai aucunement l’espoir que les documentaires changent le monde. Je n’ai pas vu beaucoup d’exemples de changement directement liés à des films documentaires. Peut-être y contribuent-ils? Je ne sais pas. Je n’ai aucune idée de la façon dont on peut mesurer leur impact. Moi, j’aime le travail, j’aime regarder les gens, j’aime réfléchir à tout ce que je vois. Peut-être qu’au début je pensais que le film documentaire pouvait changer les choses. Maintenant je pense que c’était naïf, innocent et prétentieux. Parce que le film documentaire n’est pas le seul moyen d’informer le public: il y a les livres, les films, la télévision, les journaux… Il y a tellement de sources d’information dans les pays démocratiques… Comment peut-on séparer le documentaire de tous les autres réseaux de renseignements disponibles? Et comment peut-on mesurer l’effet d’une seule de ces sources d’information? Je n’en ai aucune idée. Peut-être les sociologues peuvent-ils me renseigner?
L. M. — J’en doute.
 F. W. — Titicut Folliesen est un exemple. Changer quelque chose dans l’hôpital de Bridgewater était l’une des motivations qui m’avait poussé à tourner ce film. Plusieurs années après sa réalisation, les choses ont en effet commencé à changer. Mais ce serait terriblement prétentieux de ma part de dire que le film a causé le changement. Des associations de médecins et des défenseurs du droit se sont impliqués dans l’affaire de Bridgewater. Ils ont peut-être été sensibilisés en partie par le film… quoiqu’il ait été très rarement montré à cause de l’interdiction de projection. De toute façon, plusieurs années après le tournage, la vieille prison a été démolie, on en a construit une nouvelle. Des poursuites ont été entamées contre certaines personnes même si, par la suite, elles ont été abandonnées. Mais cela ne permet pas de dire que ces changements ont été les conséquences du film. Il est vrai que ce film reste, de tous ceux que j’ai pu tourner, le plus impliqué dans l’idée de changement social. Concernant le reste de mes films, il n’y a rien qui approche cette relation de cause à effet.
   L. M. — Vous avez dit qu’il existait différentes sources d’information dans les sociétés démocratiques. Quelle est la spécificité du documentaire par rapport à ces autres sources d’information?    
F. W. — Chaque source d’information est spécifique et unique. Pour le documentaire, la spécificité de la technique que j’utilise, c’est de placer les spectateurs au cœur de l’événement. Cette technique, quand elle réussit, donne une impression d’immédiateté. Le spectateur se sent, même temporairement, présent sur place. On lui demande de penser et de ressentir par le biais de ce qu’il a sous les yeux. Dans un film comme Welfare, vous êtes dans les bureaux de l’aide sociale et vous observez les gens. Si le film marche c’est peut-être parce qu’il y a cette sensation d’immédiateté. Par ailleurs, la structure du film permet de proposer un point de vue sur le matériau du film. Et c’est différent de ce qui est imprimé. C’est la différence entre mes films et les documentaires narratifs ou entre mes films et les romans… Georges Conrad a écrit un superbe roman sur un bureau d’aide sociale à Budapest.     Il est intéressant de comparer comment les deux formes (la forme romanesque et la forme filmique) traitent les mêmes données. C’est une question qui m’intéresse beaucoup. Prenons par exemple la question de l’abstraction: quand vous écrivez un roman et que vous allez vers quelque chose de plus abstrait, vous utilisez un langage plus abstrait. Dans un film —du moins dans le genre de film que je fais — vous ne pouvez pas faire cela directement mais vous pouvez utiliser une des personnes filmées qui utilise un langage abstrait. Vous pouvez aussi le faire indirectement en travaillant sur la structure du film.
L. M. — On peut donc communiquer des idées abstraites dans un documentaire?    
F. W. — Je le pense. J’essaie de le faire. Mais c’est toujours à la périphérie. Dans un premier temps, à un niveau superficiel, un film doit fonctionner dramatiquement. Mais, à côté de cela, un film a toujours affaire avec des idées abstraites, des questions plus métaphoriques. Ces idées sont présentées au spectateur par le biais de la structure. Par ce qui est dit ou fait dans les séquences. Dans un film comme Belfast par exemple, les idées abstraites peuvent être présentées de façon plus visuelle que dans un film comme Welfare. Dans Welfare, il y a une combinaison entre une présentation visuelle et les idées abstraites liées aux mots, aux conversations entre les personnages filmés. Dans Belfast, il y a peu de conversations. C’est parfois intéressant d’avoir à traiter des idées en des termes strictement visuels mais c’est plus compliqué aussi.
L. M. — Est-ce que vous pouvez me donner des exemples de ces idées abstraites dont vous parlez?    
F. W. — Je ne veux pas faire cela. Je n’aime pas expliquer les films. Je ne pense pas que ce soit à moi de faire cela. Et je ne pense pas que ce soit mon travail d’expliquer. Mon travail est de faire les films du mieux que je peux et ces films peuvent être interprétés par les gens de la façon qu’ils veulent.
L. M. — Vous pensez que si vous exprimez dans vos mots une réalité observée, elle risque de perdre de sa complexité par rapport à son expression par les images?    
F. W. — Si j’exprimais ce sur quoi porte le film en vingt-cinq mots ou en une centaine de mots, pourquoi faire le film? Si je réussis à le faire en mille mots ou en cinq minutes de conversation, pourquoi est-ce qu’on devrait faire un film?
L. M. — Vous dites que lorsqu’un spectateur regarde un de vos films, il ressent un sentiment d’immédiateté, qu’il est dans l’action. Il a donc peut-être une implication plus forte que si la même réalité lui était uniquement décrite par des mots?    
F. W. — J’ai dit que lorsqu’un spectateur regarde un film, il peut le lire à plusieurs niveaux, en tenant compte de la spécificité de chaque scène, de la relation entre les différentes scènes entre elles, ou encore de la relation entre les scènes et les questions abstraites dont nous parlions tout à l’heure. Je ne ressens aucunement l’obligation d’expliquer les abstractions ou les métaphores. Le film devrait s’expliquer par lui-même.
L. M. — Vous parliez tout à l’heure du travail sur la structure du film qui permet au cinéaste de proposer son point de vue. Dans vos films vous exprimez en effet votre point de vue tout en laissant le spectateur libre d’interpréter vos films à sa guise.
 F. W. —Exactement. Et en même temps j’espère lui donner suffisamment d’informations pour qu’il puisse reconnaître mon interprétation. J’espère que mon interprétation est claire. Je ne demande pas nécessairement que l’on se conforme à ma vision des choses.
  L. M. — Vous vous montrez parfois très ironique et très critique dans vos films. Mais les spectateurs privilégiés que sont les personnes que vous filmez ne font pas la même lecture du film que vous. Je pense par exemple à The Store, qui est un de vos documentaires les plus ironiques…     F. W. — … Comique.
    L. M. — Les responsables du grand magasin ont vu le documentaire et en ont été satisfaits. Ils ont construit leur propre interprétation du film et peut-être n’ont-ils pas saisi votre regard ironique. De façon plus générale, quelles sont les réactions des gens que vous filmez, après visionnage du documentaire?    
F. W. — Bonnes. Quoique pour trois de mes films, Titicut Follies, Primate et High School, il y ait eu un changement d’attitude. Tout d’abord, quand les gens ont vu le film pour la première fois, ils l’ont beaucoup aimé. Mais après avoir lu les critiques et pris connaissance des réactions des autres spectateurs, ils ont changé d’avis. Ils étaient gênés par ce qui avait été publié dans les journaux. C’est curieux. Mais pour tous les autres films, les gens ont aimé le film avant et après avoir lu les critiques et les réactions. Il y a eu cette attitude défensive envers les institutions seulement pour ces trois films
L. M. — Depuis maintenant plus de trente-cinq ans vous filmez les institutions américaines. Vous, qui en êtes un observateur privilégié, quelle observation des institutions avez-vous pu observer?     F. W. — C’est le genre de question auxquelles je ne sais pas répondre. Je ne sais rien des institutions américaines en général. Je ne suis pas un sociologue. Je fais des films sur des lieux particuliers. Je ne suis expert sur aucun de ces sujets. Je ne suis pas un expert de l’aide sociale ou de l’éducation ou des missiles à têtes chercheuses. Je sais que ce serait mal de ma part de chercher à généraliser ce que j’ai pu observer en un lieu et de l’élargir à l’ensemble des institutions américaines Ce serait pompeux. Je n’ai pas observé tous les lycées à travers l’Amérique.   
L. M. — Mais ne décidez-vous pas de filmer un lycée en pensant que les informations que vous pourrez tirer de l’observation de ce lieu particulier, dans un contexte spécifique, seront similaires aux informations que l’on pourrait tirer de l’observation d’autres lycées?   
  F. W. — C’est peut-être le cas mais ce n’est pas à moi de le dire. Peut-être existe-t-il des personnes qui ont observé ce qui se passait dans une multitude de lycées et qui pourront dire : «Oui, la plupart des lycées ressemblent en effet à celui du film». Avant de faire High School, je n’avais visité qu’un ou d’eux lycées. Je ne suis pas bien placé pour dire si le lycée que j’ai filmé est typique ou non des lycées américains de la fin des années soixante. Cela n’est pas du domaine de ma connaissance. D’autres personnes peuvent y prétendre. Mais moi je ne suis pas un expert en éducation. J’essaie juste de faire le meilleur film possible sur cet endroit particulier. Je ne sais pas comment je pourrais généraliser sur les institutions américaines et je n’essaie pas. Je fais des films sur un lieu précis, dans un temps particulier et c’est tout.    
L. M. — Après High School (1968) vous avez tourné High School II (1994). Qu’est-ce qui vous a donné envie de reprendre la même institution?    
F. W. — Ce n’est pas exactement la même institution. Ce sont tous deux des lycées mais à des époques différentes et avec des philosophies de l’éducation totalement différentes. Il n’y a presque aucune relation entre les deux. Dans le premier High School, il y a quatre mille Blancs et douze Noirs. Dans le second, 45 % de Noirs, 45 % d’Hispaniques et 10 % d’autres origines ethniques. La composition ethnique et sociale était complètement différente. De même le niveau économique des familles. Les classes comprenaient moins d’élèves et il y avait beaucoup plus de relations directes entre le professeur et les étudiants. Ils abordaient beaucoup plus de thèmes sociologiques aussi: les débats sur la place de l’homme, de la femme, des minorités ethniques dans la société, le multiculturalisme. Ce qui se passe dans les lycées est directement en relation avec ce qui se passe dans la société. C’est le cas de toutes les institutions mais c’est peut-être encore plus vrai des lycées. High School est un reflet de l’Amérique des années soixante. High School IIest une réflexion sur les aspects importants de la vie américaine des années quatre-vingt-dix. Ces deux films, à mon avis, ne traitent pas du tout du même sujet.    
L. M. — Lorsque vous décidez du lieu que vous allez filmer vous faites des repérages mais vous ne procédez à aucune recherche documentaire. Pourquoi?    
F. W. — Parce que généralement il n’y a rien d’écrit sur le sujet. Il y a certainement des livres traitant de l’aide sociale ou des lycées en général mais rien de l’endroit où je vais rester un mois ou deux. Je lis peu dans le but de me familiariser avec mon terrain. Je ne lis pas d’ouvrages de sciences sociales parce que je ne les comprends pas. Comme vous le savez, je ne suis pas doué pour les langues étrangères et pour moi le langage sociologique est une langue étrangère. Si je trouve un roman qui traite du même sujet, je le lis. J’ai lu The Caseworker mais deux ou trois ans avant mon film donc ça ne m’a aidé que rétroactivement. Juste avant de faire Hospital, j’ai lu un roman documentaire d’un danois qui a passé un an dans un hôpital au Texas. Il y a un écrivain d’investigation, Kenneth Fearing ,qui a écrit également un roman sur un hôpital. Mais la plupart du temps je ne suis au courant d’aucun ouvrage en relation directe avec le sujet filmé. Et j’ai surtout appris à me fier à mon propre jugement. Ce qui ne veut pas dire qu’un jugement est toujours correct, mais une grande partie de l’intérêt que je trouve à filmer c’est l’exploration, c’est la possibilité de découvrir. Et j’aime trouver les choses par moi-même.    
L. M. — Mais n’avez-vous pas peur de passer à côté d’informations importantes si vous ne faites pas ce travail de recherche documentaire préalable?    
F. W. — Vous savez, vous ratez toujours quelque chose. Aucun film n’est définitif et ne peut prétendre à tout saisir. Il y a toujours un risque et ce risque existerait même si je lisais tous les livres parus sur les lycées. Peut-être même que je passerais à côté de beaucoup de choses justement parce que ma tête serait remplie de mes lectures. Pour moi, c’est plus intéressant de voir comment je réagis aux choses que je vois et que je ressens, plutôt que de me rendre sur ce lieu avec l’esprit encombré d’idées héritées d’observations que d’autres ont pu faire. Je préfère suivre mon idée. Ce qui ne veut pas dire que mon jugement soit juste mais c’est le mien. Et c’est ce qui en fait l’intérêt.     L. M. — Êtes-vous toujours surpris par ce que vous découvrez?    
F. W. — Je suis toujours surpris. Et c’est sans doute parce que j’arrive sur mon terrain en connaissant si peu que je suis surpris. Presque toujours ce que je découvre va à l’encontre de clichés. C’est l’interaction entre ces deux pôles que je trouve intéressante. La réalité est toujours plus compliquée que ce que je m’étais imaginé. Les données ne se présentent jamais dans une forme simple, ne correspondent jamais à ce que j’avais anticipé ou lu au préalable. L’intérêt de mon métier c’est de découvrir les complexités et les ambiguïtés d’une situation. J’essaie d’être particulièrement réceptif à cela. Je ne veux pas aller sur mon terrain avec des œillères idéologiques. L’effort consiste plutôt à essayer de regarder à 360 degrés. Je n’y parviens pas toujours mais du moins je m’y efforce.    
L. M. — Est-ce que vous pouvez nous parler la façon dont vous agissez sur le tournage?    
F. W.  — Vous devez agir très vite et de façon instinctive. Vous devez être prêt à filmer n’importe quoi. Il doit toujours y avoir de la pellicule dans la caméra et de la bande dans le magnétophone. Le cameraman et moi, nous nous comprenons par une série de petits gestes et je le dirige avec mon micro. Il est indispensable de faire confiance en son propre jugement sur ce qu’il est bon de filmer. Et surtout, si on pense qu’une chose vaut la peine qu’on la filme, il faut la filmer jusqu’au bout. La pire des choses consiste à commencer à tourner puis à s’arrêter au milieu d’une séquence. Presque inévitablement la chose la plus intéressante va se dérouler quand la caméra et le magnétophone sont éteints. Donc vous filmez toujours une scène dans son intégralité et lorsque vous vous arrêtez, vous vous arrêtez pour de bon. Vous ne pouvez jamais savoir à l’avance si une scène vaut la peine d’être filmée.    
L. M.Même après des années d’expérience?    
F. W. — Vous ne connaissez pas les gens. Vous ne pouvez pas anticiper leurs réactions. Il y a des situations dans lesquelles vous savez pertinemment qu’elles vont être intéressantes. Par exemple, pour La Comédie-Française, certaines réunions du comité d’administration de la Comédie-Française, mon impulsion était de filmer tout ce qui se passait durant ces réunions. Je n’avais aucune idée des questions à l’ordre du jour mais je savais que c’était un des principaux centres de pouvoir du théâtre. Et de très bonnes choses en sont sorties. C’est la raison pour laquelle à la fin d’un tournage j’ai souvent une centaine d’heures de film à ma disposition. Je préfère investir dans la pellicule pour avoir un matériau abondant et riche. Je filme beaucoup parce qu’on ne peut presque jamais anticiper correctement. Pendant le tournage vous n’avez pas le temps de vous rendre compte sur l’instant de tout ce qui est engagé dans la situation. Vous ne pouvez pas analyser sur le moment. Vous devez agir instinctivement. Si vous commencez à penser, à avoir une attitude réflexive sur ce que vous faites, vous ne pourrez plus saisir de scènes intéressantes.    
L. M. — L’instinct pour le tournage et la réflexion lors du montage?    
F. W. — Tout à fait.    
L. M. — Est-ce que vous pouvez nous parler de la façon dont vous procédez pour le montage?    
F. W. — Oui, mais ce n’est pas très systématique, ni très conceptuel parce que n’est pas très français! Ma méthode consiste à noter dans un cahier la liste de toutes les prises. Je commence avec la prise qui m’intéresse le plus. J’accumule ainsi les scènes montées pendant six ou sept mois. Pendant ce montage, je commence à penser à la façon dont les différentes scènes peuvent être liées. Ensuite je consacre quelques jours à l’assemblage préliminaire qui donne une idée de la structure du film. Cette étape ne dure que deux ou trois jours tellement je connais bien toutes les scènes. Je pars de cet assemblage primitif, je joue un peu avec, je le modifie. Six semaines après, j’arrive à la structure définitive du film. Mais il n’y a pas de méthode dans le sens où l’entendent les sociologues.   
L. M. —Deux notions me semblent centrales dans votre œuvre: tout d’abord la notion de norme et de normalité. Vous rendez compte de la façon dont on enseigne la norme, dont on l’intègre. Je pense par exemple à High School: vous y montrez combien l’apprentissage et l’assimilation de la norme passent par la discipline des corps. Vous insistez sur les cours de gymnastique et de maintien. Et bien sûr sur la série de prescriptions morales qu’on impose aux lycéens.    
F. W. — Oui, c’est l’une des idées; saisir la façon dont on enseigne la norme. Dans Basic Trainingaussi. Les deux films se répondent. Le sergent chargé de l’entraînement des recrues tient le même langage que le surveillant général de High School. Mes films posent la question de la façon dont se définit la normalité. C’est une question que je pose mais à laquelle je ne réponds pas.    
L. M. — Vous montrez comment les autres y répondent.    
F. W. — Oui. C’est peut-être aux sociologues de trouver une définition, une réponse aux questions. De faire la compilation des solutions proposées.    
L. M. — Est-ce que les sociologues américains se sont intéressés à votre travail?    
F. W. — Je n’ai pas beaucoup de relations avec les sociologues. Je n’ai aucune association avec les universités américaines. Par contre mes films sont utilisés dans beaucoup d’universités américaines mas je ne sais pas de quelle façon. Les universités louent ou achètent les films mais j’assiste rarement aux cours durant lesquels mes films sont projetés. J’ai une amie sociologue dans une université près de Boston qui a utilisé une douzaine de mes films pour son cours sur les institutions américaines. Le cours s’organisait autour des films. Elle pensait que mes films pouvaient intéresser les étudiants et les sensibiliser davantage aux problèmes abordés, qu’ils seraient plus facilement amenés à lire des ouvrages sociologiques après avoir vu la réalité présentée dans les films.    
L. M. — Vous n’avez pas eu d’autres contacts avec des sociologues?    
F. W. — Non, parce qu’en général ils parlent une langue étrange. Je ne viens pas de cette formation. Moi, je suis plutôt formé par la lecture des romans ou des pièces de théâtre. Je ne connais pas de sociologue qui utilise la caméra et peu d’ethnologues qui réalisent des films. Mais le peu de films réalisés par des ethnologues que j’ai pu voir sont souvent ennuyeux parce qu’ils ne sont pas organisés de façon dramatique. Or c’est quelque chose qui est très important pour moi. La relation entre le théâtre et le cinéma m’intéresse beaucoup. Si un film marche, c’est grâce à sa structure dramatique.    
L. M. — Pourtant, pour moi, vos documentaires sont presque des leçons de sociologie…    
F. W. — Très bien!    
L. M. — Vous avez des thèmes de réflexion et une méthode qui sont proches de ceux des sociologues interactionnistes : Howard Becker, l’auteur d’Outsiders    
F. W. — Ah oui… Mais il écrit dans un assez bon anglais! Je ne l’ai pas lu depuis des années mais je le connais.    
L. M. — Erving Goffman?    
F. W. — De Goffman, j’ai essayé de lire Asylumdeux fois mais je ne suis pas allé plus loin que les cent premières pages. J’ai rencontré Goffman une fois. Un de mes amis l’avait invité dans la salle de montage lorsque je travaillais sur Titicut Follies. Je montais la scène durant laquelle un gardien maquille un prisonnier décédé, pour sa dernière cérémonie. La réaction de Goffman a été assez amusante. Il a regardé cette scène puis il a dit : «Ah, ça, c’est typique de ce qui se passe dans les prisons. Vous voyez comme le gardien ne parle pas au prisonnier… Il le traite comme une non-personne…». Il a continué pendant quinze minutes. Il ne s’était pas rendu compte que le prisonnier était mort!    
L. M. — Pour revenir à la question de la normalité présente dans vos documentaires, vous donnez à voir les règles sociales qui régissent notre quotidien. Vous mettez en évidence les règles dramaturgiques de la vie en société. Comment appréhendez-vous l’effet que la présence de l’équipe de tournage peut avoir sur cette mise en scène de la vie quotidienne?    
F. W. — Vous me posez la question de savoir si la caméra change le comportement des gens que je filme. J’ai l’impression que la caméra n’a finalement pas beaucoup d’incidence sur leur comportement. Les gens ne sont pas assez bons comédiens pour changer leur attitude se sachant filmés. S’ils étaient bons comédiens, ceux d’Hollywood seraient encore bien meilleurs ! Et puis 99 % des gens ne prêtent aucune attention à la caméra. Ils sont plus préoccupés par leur vie et les événements quotidiens auxquels ils sont confrontés que par le fait d’être filmés. Lorsque la caméra les gêne et qu’ils ne veulent pas être filmés, ils me le signifient assez clairement: ils partent. Mais ça ne se produit pratiquement jamais. Je sais qu’il y a des gens qui ne sont pas d’accord avec moi, mais ce qui ressort de mon expérience, c’est que la caméra n’a presque aucun effet sur le comportement des gens. Le principe de Heisenberg, selon lequel la présence d’un observateur change les résultats d’une observation, ne s’applique pas à mon avis pour mes films documentaires. Les gens tiennent déjà un rôle et se sentent confortables dans ce rôle. Ils sont déjà eux et ils ne peuvent pas devenir quelqu’un d’autre parce qu’ils sont filmés. Quand j’ai travaillé sur la Comédie-Française, je pensais rencontrer beaucoup de difficultés justement parce que les comédiens ont l’habitude de jouer. Mais ça n’a pas été un problème. Quand ils jouent, ils jouent et quand ils ne jouent pas, ils ne jouent pas. Ou plutôt: ils jouent mais pas de la même façon dont ils jouent Don Juan.Ils jouent leur quotidien. C’est ce qui permet aux documentaristes de filmer une très grande variété de comportements: la gentillesse, la cruauté, la banalité, la comédie, la tristesse…    
L. M. — Si les personnes que vous filmez ne changent pas leur comportement, cela tient essentiellement au fait qu’ils sont déjà en représentation?    
F. W. — Cela tient également au fait que l’équipe de tournage n’interagit pas avec les gens. L’argumentation que je développerai n’est pas scientifique mais empirique. La plupart des choses que j’ai enregistrées, j’ai pu les observer alors que la caméra n’était pas en train de tourner. Je peux vous donner un exemple assez tragique tiré de Titicut Follies: un des prisonniers, Jim, est tiré de sa cellule  il marche le long du couloir, il va se raser, retourne dans sa cellule et fait une petite danse. J’ai été témoin de cette même scène deux ou trois fois avant que nous ne la filmions. C’était un rituel entre les gardes et Jim  à chaque fois qu’ils le sortaient de sa cellule, ils lui disaient:«Alors, Jim, est-ce que tu vas essayer de rester propre aujourd’hui?».Et ils le lui répétaient tant et tant qu’il finissait par exploser de rage. Et c’était leur façon de tromper leur ennui. C’était leur jeu parce qu’ils en avaient marre de le doucher et de le raser. Ils étaient cruels. Ils l’ont fait à chaque fois, caméra ou non. Ils agissaient exactement de la même façon. Si les gens sont d’accord pour être filmés, ils vont réagir de façon appropriée à la situation. Ils vont agir selon ce qui leur semble juste parce que nous pensons tous agir façon correcte.   
  L. M. — Justement dans Public Housingvous suivez un policier qui parle à une toxicomane. Il lui parle gentiment mais peut-être que si la caméra n’avait pas été là, il aurait agi différemment.    
F. W. — C’est compliqué de répondre à cette question parce que cela suggère que vous avez une idée-cliché de la cruauté ou de l’indifférence de la police. Et quand le comportement d’un policier ne correspond pas à vos idées, vous pensez qu’il change son comportement parce qu’il se sait filmé. Mais je peux vous donner un exemple contraire. Dans Law and Order, on voit un policier qui étrangle une fille devant la caméra. S’il pensait faire quelque chose de mal, pourquoi l’aurait-il fait devant la caméra? Vous pourrez me répondre que si la caméra n’avait pas été là, il aurait pu la tuer… Mais c’est une réaction qui relève du cliché. Je pense qu’il l’a fait parce que la fille était une prostituée, qu’elle avait frappé un policier et qu’il essayait de lui donner une leçon: «On ne traite pas les policiers comme ça». Ils l’ont étranglée puis relâchée. De la même façon que, dans Public Housing, le policier se montre gentil envers la toxico, le policier de Law and Orderse montre cruel envers la prostituée. Si vous avez une idée bien définie de ce que doit être le comportement d’un policier et que le comportement filmé n’y correspond pas, vous risquez de penser que c’est dû à la présence de la caméra. J’ai passé beaucoup de temps avec les policiers, ils apparaissent souvent dans mes différents films. Ce sont des collecteurs d’ordures humaines. Ils voient l’aspect le plus horrible du comportement humain, huit heures par jour. Et le plus souvent ils se montrent bienveillants mais font parfois preuve de cruauté, commettent des choses horribles. Je suis loin d’être un amoureux de la police. Je pense que les policiers ont une tâche très compliquée à remplir et que c’est important de montrer l’éventail de ce qu’ils font, ce qui inclut des bonnes et des mauvaises choses.    
L. M.Pour Public Housing, la responsable des logements sociaux vous a-t-elle fait part de changements dus à l’arrivée de l’équipe de tournage dans le quartier?    
F. W. — Non. Mais vous voyez, on en revient aux clichés. J’ai cru qu’en tant que Blanc, en me rendant dans un quartier noir, j’aurais de grandes difficultés pour me faire accepter. Mais tout le monde s’est montré très amical. On m’avait dit que c’était extrêmement dangereux là-bas et qu’on allait essayer de voler l’équipement mais je n’ai eu aucun problème. Je n’aurais pas pu faire ce film sans la coopération des gens. Et j’aurais certainement raté les meilleures séquences du film si les gens n’étaient pas venus me chercher pour me dire ce qui allait se passer d’intéressant. Les gens venaient amicalement et posaient des questions. Moi, une des choses auxquelles je m’attache c’est de démythifier la fabrication du film. Je propose aux personnes que cela intéresse de regarder dans la caméra, d’utiliser mon magnéto pour qu’ils sachent comment on travaille.   
  L. M. — Pourquoi est-ce que vous ne voulez jamais filmer ce genre de scène?    
F. W. — Parce que cela ne fait pas partie de leur vie quotidienne.    
L. M. — C’est une des réactions naturelles de ceux que vous filmez.    
F. W. — Il y a des documentaristes qui pensent que c’est important d’apparaître dans leur film dans le but de rappeler au public que c’est vraiment un film qu’il est en train de regarder et non pas la vraie vie. Ces documentaristes pensent qu’un film produit un effet tellement puissant sur le public qu’il est nécessaire de lui rappeler que c’est juste un film. Je suis opposé à ce point de vue. Je pense que le public sait toujours qu’il a affaire à un film.    
L. M. — Vous coupez aussi les regards lancés à la caméra.    
F. W. — Oui, j’essaie de le faire autant que possible.    
L. M. — Pourquoi?    
F. W. — Parce que j’estime que cela brise l’illusion. Parce qu’en définitive je fais un film. C’est une illusion. Je ne fais rien d’autre qu’un film. Je ne donne pas en représentation la vérité. Je donne à voir un film basé sur des séquences agencées et montées. Ce qui veut dire que les séquences montrées sont souvent bien plus courtes que ce qu’elles ont été dans ce qu’on pourrait appeler «la vraie vie». Et ces séquences sont ordonnées selon une structure qui n’existe pas en dehors du film. C’est un film. Un artifice. Une structure dramatique. Grâce à la caméra, vous voyez les choses différemment qu’avec votre seul œil humain. Les sons aussi ont une forme différente que lorsqu’on les écoute avec une oreille humaine : leur intensité peut être adoucie ou amplifiée. Le documentaire se fonde sur des événements réels mais la façon dont ces événements sont cadrés, enregistrés et montés est complètement artificielle. Je ne sais pas si «artificiel» est le bon mot. Disons plutôt que tout est «construit». Tout est affaire de sélection, de choix délibéré.   
L. M. —Je comprends l’importance de la notion de construction mais cela justifie-t-il le fait de couper systématiquement les regards lancés à la caméra?    
F. W. — À mon avis, si on veut faire un film, il faut éviter d’attirer directement l’attention du spectateur sur le fait qu’il est en train de regarder un film. L’illusion du film est perdue dès lors que quelqu’un regarde l’objectif. C’est trop direct comme mode de rappel. Si vous êtes vraiment engagé dans un moment du film, et que quelqu’un du film vous regarde vous, en tant que spectateur, soudain quelque chose se casse. Parce que vous vous rappelez brusquement combien tout cela est artificiel. Vous le savez de toute façon mais vous voulez que l’illusion dure encore quelques secondes. Vous voulez avoir l’illusion d’être dans la scène. Un regard lancé à la caméra tue vraiment l’effet.   
L. M. — Vous parlez d’illusion: or, pour certains, le documentaire est associé à l’idée de vérité et doit se défaire au contraire de tout effet d’illusion. Vous, au contraire, vous dites le rechercher.    
F. W. — Je pense qu’il est impossible à quiconque de croire encore que le documentaire est la vérité. C’est une interprétation de la vérité. C’est mon interprétation personnelle à laquelle le spectateur ajoute la sienne qui lui est propre. Penser que le documentaire donne à voir la vérité c’est révélateur d’une volonté qui cherche à s’imposer. Et il y a là quelque chose de l’ordre de l’autoritarisme.  
  Laetitia Mikles est cinéaste documentariste (Lucie va à l’école, 2001,Touchée, 2003, De profundis, 2004, Rien ne s’efface, ????) sociologue et critique de cinéma. Cet entretien est paru dans la revue L’homme et la société, n° 142. 2001/4 pp. 153 à 169.
    © Zipporah FilmsFrederick Wiseman, Primate, 1974.
 
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Publié par le novembre 3, 2012 dans cinema, dialogue

 

Europe: ETYMON 12 – EURIDYCE ou Parler pour ne rien dire – par Dominique Bertrand

Europe: ETYMON 12 – EURIDYCE ou Parler pour ne rien dire – par Dominique Bertrand

Dominique Bertrand, vendredi 18 mai 2012, 02:11 ·

légende: orphée et Euridyce: la clémence d’Hadès par Nicolas Poussin

En tirant sur le fil sonore d’Europe, on trouve Euros, signifiant Grand, Vaste, Large. (cf. Etymon 4). C’est aussi Euros qui ouvre le nom d’Eurydice (Euri-Dyke) – épouse du musicien/poète/chaman Orphée. Ici, le qualificatif "Grand " est accolé à Dyke que l’on traduit par Justice (Dyke est d’ailleurs le nom donné à la déesse de la justice humaine, qui est fille de Thémis, déesse de la justice divine). Mais ce passage par le latin Justus nous fait oublier que Dyke n’est pas réductible à la notion de justice – fut-elle grande – et renvoie plus précisément à celle de Direction, mot dont Dyke est précisément la racine. C’est aussi la racine du mot Dictateur (Duce) et des verbes Dicter, Diriger, Conduire (induire, déduire, séduire) et – ce qui nous intéresse particulièrement – du verbe Dire. Si l’on accorde sens à la signification du nom d’Euridyce, ce serait donc en même temps la "Grande Direction " et le "Grand Dire " qu’Orphée le poète est allé chercher aux enfers. A la fois parole absolue et sens ultime des choses. Ces perspectives métaphysiques dépassent largement le champ de la simple étymologie, mais permet au passage de mieux comprendre l’expression "parler pour ne rien dire " : une parole qui ne donne pas de direction, qui ne génère pas de sens. Mais attention, la question du sens divise le langage en deux fonctions qu’il importe de bien distinguer : soit ce dernier a pour fonction de faire apparaître le sens (qui serait préalablement là, potentiel), soit  d’engendrer au contraire une signifiance nouvelle. Dans le premier cas, le langage est asservi à la description cohérente du monde, dans le second il ouvre le monde à de nouvelles perspectives. Dans le premier il est second, dans le second il est premier. C’est bien entendu à l’endroit de ce retournement que la poésie nous invite – là où monde et mot se font miroirs l’un pour l’autre. C’est pour cela que, sous des apparences parfois insensées, elle se joue du sens, non pour le détruire (quoiqu’elle en dise), mais le libérer de ce à quoi il est asservi, et lui rendre son souffle aventureux.

- Dominique Bertrand – 17 mai 2012 -

 

Ont-ils sauvé l’honneur à Casablanca ? le projet Aladin et la tradition marocaine…

Ont-ils sauvé l’honneur à Casablanca ? le projet Aladin et la tradition marocaine…

j’ai reproduit la nouvelle qui m’a indignée et qui continue à m’indigner concernant le festival du livres à Casablanca faisant une large part aux éditions négationnistes et de livres comme Mein Kampf.Mais il faut aussi souligner la présence à dose homéopathique du projet Aladin. Grâce à ce projet, à ses éditions, le festival du livre à Casablanca n’a pas été seulement un festival du livre négationniste. Le projet Aladin est un projet lancé par Simone Weil et jacques Chirac concernant la mémoire de la Shoah et la rencontre entre monde musulman et juif.   Il est un fait que jacques Chirac dont on connaît les sympathies pour le monde arabe, pour la palestine et le refus de la guerre en Irak  est le premier à avoir reconnu la responsabilité de l’Etat français dans la Shoah. Chirac a été un homme de droite, un Rastignac qui a fait carrière dans cette famille politique mais ses appétits, sa culture, son humanisme lui faisaient éprouver de la répulsion qui n’était pas feinte pour l’extrême-droite, le choc et la hiérarchie des civilisations. je peux ne partager ni le sionisme de Théo klein, ni l’affiliation à droite de jacques Chirac, j’ai appris de la france le respect de "l’honnête homme" quand il affirme son adhésion à des valeurs universelles au-delà des passions tribales. Et surtout, l’arrivée d’un Sarkozy au pouvoir témoigne d’une mutation des classes dominantes de chaque côté de la Méditerranée et pas seulement à cause de l’homme de Dakar, ils sont prêts à recourir  à la politique de division des masses, par les sexes, par les "races", par les religion…

Il existe encore les vestiges d’ une tradition libérale bourgeoise qui prône le dialogue, ce qui fait défaut aujourd’hui est ce qu’apportait le communisme, un humanisme qui ne se contentait pas de déplorer les inégalités, le racisme mais montrait au profit de quelle classe il s’exerçait, dénonçait le fascisme qui s’acharnait contre le capitalisme juif pour le plus grand profit du capitalisme. Si comme le dit le texte du projet Aladin ci-dessous, il s’agit d’un conflit interne aux sociétés pour créer une identité nationale face aux colonialismes et aux impérialismes, ce conflit se développe contre les classes populaires. On peut considérer qu’un tel projet humaniste est de plus en plus à côté de la plaque avec la montée de la crise, il n’en demeure pas moins qu’il a été présent dans un lieu de honte pour un pays qui avait d’autres traditions. la lèpre non pas islamniste mais fasciste qui s’étend sur le maghreb comme sur la France doit être combattue ensemble parce que les premières victimes en sont les peuples qui acceptent de telles idéologies.

Oui le maroc peut s’enorgueillir d’une tradition :

Pendant l’holocauste, le Maroc était "un havre de paix et d’accueil pour les juifs

"Le Maroc peut s’enorgueillir du fait que Feu SM Mohammed V a voulu et a su résister aux tentatives" de l’administration française de l’époque "d’appliquer aux juifs marocains les lois de Vichy", a déclaré M. Azoulay à la MAP à l’occasion de son voyage au camp d’Auschwitz en compagnie de plusieurs personnalités du monde arabo-musulman."

Il faut que cette tradition demeure et que les juifs marocains sachent résister au fascisme israélien qui récemment encore frappait un écrivain juif marocain Jacob Cohen, attaqué en france lors de la présentation de ses livres comme Collabo par des extremistes  d’une Ligue de défense juive, et que les musulmans refusent un racisme qui les soumet à l’islamophobie… Nous devons construire cet humanisme là sur la paix dans la justice… parce que sans justice la paix est factice.

Voilà donc le type de texte qui a accueilli grâce au projet Aladin le visteur du Festival du livre à Casablanca.

D’un point de vue historique on notera que les relations entre Judaïsme et Islam ont debuté au septième siècle avec la naissance de l’Islam et sa diffusion dans la péninsule arabique. Judaïsme et Islam ont une origine commune au Moyen-Orient en la personne d’Abraham. De plus il y a nombre d’aspects communs aux deux religions dans ce qu’elles ont de fondamental : leurs perspectives, leurs structures, leur jurisprudence et leurs pratiques.

Au coeur de ces deux fois religieuses se trouve une vision monothéiste qui ne souffre aucun compromis en ce qui concerne la transcendance et l’unité de Dieu. Dieu qui est juste et miséricordieux et qui a révélé une manière de vivre dans le respect de ces valeurs, pour le bien de l’humanité.

L’Islam et le Judaïsme n’ont pas de clergé qui, par la grâce de sacrements, serait séparé du reste de la communauté. L’autorité religieuse revient essentiellement à celui qui a acquis une maîtrise des sources religieuses telles qu’elle lui permet de guider sa communauté dans le respect de leurs enseignements.

Les musulmans considèrent que juifs et chrétiens font partie du « Peuple du Livre. » Dans le Dar al-Islam – les territoires sous autorité musulmane – ceux-ci ont toujours joui d’une plus grande protection que celle dont bénéficiaient les païens. Pendant des siècles, le statut de la dhimma a été appliqué aux juifs et chrétiens dans le monde musulman. Ce qui signifie qu’en contrepartie d’un paiement d’impôts supplémentaires des droits limités leur étaient accordés.

Les érudits n’ont pas la même opinion quant à la nature et l’origine des communautés juives que le Prophète Mahomet a rencontrées en Arabie. Mais il est clair qu’elles avaient en commun avec lui une part suffisante du message du Prophète pour que celui-ci estime que les juifs de Médine se rallieraient volontiers à lui. Le fait que cela ne fut pas le cas provoqua la discorde qui s’ensuivit, ainsi que les disputes et l’hostilité qui naquit entre eux.

Les restrictions qui caractérisèrent le statut inférieur des juifs furent codifiées dans le Pacte d’Umar. Mais, en dépit de leur statut de dhimmi, les juifs étaient libres de pratiquer leur religion et ils vivaient mieux sous administration musulmane que sous administration des chrétiens byzantins.

La civilisation médiévale islamique a connu sa période la plus productive entre l’année 900 et l’année 1200, comme cela été le cas également pour la civilisation juive dans le monde islamique. Les influences réciproques entre les deux cultures ont été facilitées par le fait qu’avec la progression de l’Islam la langue arabe est devenue celle du Moyen-Orient, d’Afrique du Nord et de l’Espagne, celle des juifs y compris. Et pendant plusieurs siècles la plupart des textes juifs profanes et religieux écrits dans ces régions l’étaient en arabe écrit en lettres hébraïques.

En commençant par des rabbins comme Saadya Gaon en Irak et en continuant notamment dans l’Espagne musulmane, des penseurs juifs suivirent les pas des musulmans et firent preuve d’un même amour de l’étude et de l’exploration de la langue hébraïque que celui des érudits musulmans pour l’arabe, langue du Coran. Ils développèrent l’étude approfondie de la grammaire hébraïque, ce qui était une nouveauté dans la pensée juive. Au fil du temps ils élaborèrent une compréhension de la grammaire qui est toujours utilisée de nos jours. C’est pendant cette période qu’ont été écrits certains des plus grands textes de la philosophie, de la grammaire, du droit, de la philologie et de la lexicographie juifs. Cela s’est fait parallèlement aux grandes avancées du monde islamique dans ces mêmes domaines. Pendant cette période également il y a eu une renaissance de la poésie juive en hébreu et ses vers, ses styles et contenus sont comparables à ceux de la poésie musulmane arabe. En Espagne les civilisations juive et islamique ont été florissantes, ainsi que les sciences profanes et la culture, dans une région connue en arabe comme al-Andalus.

Il y eut un revers de cette société relativement ouverte d’al-Andalus, puis sa fin, lorsque des armées sont venues d’Afrique du Nord pour aider à la défendre contre les chrétiens espagnols qui repoussaient les musulmans dans le nord, les chassant de leurs bastions. Les juifs subirent des restrictions sévères sous les régimes berbères islamistes et finirent par se déplacer vers le nord pour aller dans des régions conquises par les chrétiens et où, pour l’heure, ils étaient mieux traités.

Ces revers subis par les juifs en Espagne eurent leur équivalent dans d’autres parties du monde islamique où, au début du treizième siècle, les qualités d’ouverture et d’humanisme de la société islamique commencèrent à faire place à une mentalité plus féodale, à la fois rigide et autoritaire. De nombreuses communautés juives durent s’installer dans des ghettos et ici ou là des communautés juives et chrétiennes furent détruites. Tandis que le monde islamique déclinait, il en fut de même pour les communautés juives en son sein, et la créativité intellectuelle, culturelle et religieuse juive eut tendance à se déplacer vers les communautés juives en Europe. Mais, en règle générale, les communautés juives qui étaient restées dans le monde musulman étaient protégées selon les termes du Pacte d’Umar. Et, si elles acceptaient leur statut de citoyens de seconde classe, elles vivaient paisiblement et en bonne intelligence avec leurs voisins musulmans.

Cela a été particulièrement vrai dans l’Empire ottoman. Lorsqu’en 1492 le roi d’Espagne Ferdinand promulga un édit pour expulser d’Espagne tous les juifs qui y étaient restés et ne s’étaient pas convertis au christianisme, le Sultan ottoman, Bayazid II, leur offrit un refuge. Et pendant des siècles les juifs vécurent dans un calme relatif sous des dirigeants ottomans et un nombre croissant de juifs chercha refuge dans les territoires qu’ils administraient. Selon Bernard Lewis, « il n’était pas seulement permis aux juifs de s’installer sur des terres ottomanes, mais il y étaient encouragés, ils y étaient aidés et parfois même contraints. »

Les juifs nouvellement venus contribuèrent d’une manière importante au progrès scientifique et technique de l’Empire ottoman. L’une des innovations les plus marquantes que les juifs y amenèrent fut la presse à imprimer. En 1493, un an seulement après l’expulsion des juifs d’Espagne, David et Samuel ibn Nahmias établirent la première imprimerie hébraïque à Istanbul. La littérature juive devint florissante dans l’atmosphère relativement tolérante de l’Empire ottoman.

Les conditions de vie des juifs dans plusieurs pays musulmans commencèrent à se détériorer au XIXème siècle avec le déclin du pouvoir ottoman et la montée de la ferveur nationaliste et du radicalisme religieux en réaction à l’influence grandissante des pouvoirs coloniaux européens. C’est à cette époque qu’apparurent les premiers stéréotypes antisémites dans le monde musulman.

Au XXème siècle l’effondrement de l’administration impériale et la montée du nationalisme moderne ont provoqué un conflit entre l’aspiration qu’avaient les juifs à leur autodétermination à l’endroit qu’ils considéraient comme étant leur patrie ancestrale et la lutte pour une autodétermination nationale des populations arabes régionales et locales. Un conflit territorial qui a dégénéré dans des temps récents pour revêtir de plus en plus le caractère d’un conflit religieux.

Tout en ne cherchant pas à examiner les causes et les effets du conflit politique au Moyen-Orient ni ce qui est juste ou ne l’est pas, on voit que la nature de plus en plus religieuse d’une lutte territoriale a été le fait de différentes mouvances. Elles présentent ce conflit comme un clash de civilisations entre le monde musulman et la société occidentale. Des extrémistes présentent l’adversaire comme étant dénué de tout caractère moral et sans légitimité religieuse, les juifs et Israël étant présentés comme une « tête de pont » hostile établie dans le monde arabe en particulier et le monde musulman en général.

La vérité, cependant, est que ce à quoi nous assistons n’est pas un clash de civilisations mais plutôt un clash à l’intérieur de civilisations. C’est un conflit entre divers éléments au sein d’une même culture religieuse. Entre ceux qui ont le sentiment d’avoir subi insultes et humiliations sur le plan historique, ce qui a provoqué leur aliénation, et d’autres éléments au sein de leur propre société ainsi qu’avec ceux qui sont extérieurs à leur culture religieuse. Le conflit interne est avec ceux qui cherchent à avoir des contacts constructifs avec d’autres sociétés dans le cadre d’une culture mondiale et d’une interaction positive avec la modernité.

Ce clash « à l’intérieur même de civilisations, » signifie que des voix éclairées des deux côtés ont pour responsabilité de travailler ensemble non seulement pour devenir plus grandes que la somme de leurs différentes parties mais aussi pour apporter ce témoignage alternatif essentiel, à savoir celui de la coopération inter-religieuse et interculturelle ainsi que celui du respect mutuel. Plus particulièrement, les dirigeants musulmans et juifs doivent à leurs communautés et aux traditions de leur foi de réfuter toute exploitation destructrice de leur civilisation religieuse respective en tirant leur inspiration des exemples de la coopération et de la collaboration glorieuses du passé des enfants d’Abraham, musulmans, chrétiens et juifs, au profit de tous.

 
 

petite lettre à mes ex-camarades pour leur demander leur avis par danielle Bleitrach

petite lettre à mes ex-camarades pour leur demander leur avis  par danielle Bleitrach

je ne voudrais pas bouleverser votre joie de vivre. Ce printemps est fabuleux. Hier a été pour moi une journée dont j’ai goûté chaque moment avec plénitude. le matin, j’ai travaillé depuis l’aube avec mon chat qui sautait des piles de livres sur le clavier de l’ordinateur et de là sur ma grande terrasse dont les plantes recommencent à fleurir. A midi une amie m’a invitée dans un restaurant japonais et l’après-midi je suis allée au cinéma voir la féerie de Martin Scorsese en 3D, une ode au rêve, à Melies. J’ai même fait une folie en m’achetant le nouveau parfum de Guerlain (ce sinistre abruti) une petite robe noire. Je sais vous êtes en train de penser "quelle bourgeoise alors que tant de gens souffrent". Oui mais voilà ce genre de remarque ne me fait plus d’effet et j’en suis à la Confession d’un enfant du siècle, là où Musset faute de perspective déclare "il ne reste plus qu’à aimer et ça c’est terrible!" Il ne reste plus que les merveilleux divertissements et l’éblouissement du printemps, faire une folie surtout si on n’en a pas les moyens…

C’est dire mes chers ex-camarades si je partage le plaisir que vous prendrez à manifester le 18 mars  à la Bastille, il faut si beau, ce sera un vrai bonheur que de rencontrer des copains dans ce printemps précoce parce que sur le fond, je suis convaincue que votre activité ne présente pas plus d’intérêt que toutes celles qui m’ont rendue si heureuse hier.

J’ai toujours eu une certaine confiance dans votre sens politique et j’ai toujours cru qu’un certain nombre d’entre vous savez où le courant vous pousse ? Vous n’êtes pas maître de la siituation, cela fait des années que tout est fait pour achever le PCF… De l’extérieur autant que de l’intérieur… Chaque bataille où vous avez cru emporter un peu d’espérance a débouché sur une nouvelle attaque. je suis convaincue que l’opération NON à la Constitution dont on attribué les mérites non aux militants communistes et à ceux de la CGT mais à un quarteron de groupuscules n’a été qu’une étape de cette destruction programmée. Souvenez-vous il était même question de proclamer José Bové, le sauveur suprême, ça a raté mais dans la même ligne melenchon l’a emporté quelques années après.

Je serais même rassurée si comme on peut le soupçonner Melenchon avait été envoyé avec fabius de la maison mère pour achever la bête malade. Cela prouverait une stratégie de la part du PS, un espèce de retour à l’avant Congrès de Tours donc un avant la grande boucherie de la guerre de 1914-1918, une tentative pour penser une nouvelle social-démocratie après la longue séparation inaugurée par l’assassinat de karl et de Rosa, l’alliance des majoritaires avec les conservateurs dans l’oppression du peuple et donc la naissance du nazisme comme réponse à la crise. Cette alliance-là fut renouvelée après la deuxième guerre mondiale avec l’impérialisme US et les ministres communistes chassés du gouvernement sur ordre de Washington. Donc je serais presque rassurée si l’opération NON à la Constitution mais OUI à l’Euro avait été concoctée dans une véritable stratégie de fin de la division de la social-démocratie, la vieille celle de Engels et Marx.

Oui mais voilà, je crois que l’horizon des socialistes est simplement tactique: trouver la combinaison qui assure l’élection d’un président socialiste. Le génie politicien d’un Mitterrand qu’il exerça non seulement pour réduire a quia  le PCF mais à pousser toujours plus vers la droite l’échiquier en créant de toutes pièces et avec l’aide de son ami Roland Dumas une estrême-droite (depuis ce dernier semble avoir pris goût à la cohabitation avec la dite extrême-droite). C’est dire si le mitterrandisme s’est joué au plan international en acceptant les bases de l’impérialisme et en ne s’y opposant que sous des formes corrompues et avec une vision tactique qui le transforma en génie aux yeux du tout paris médiatique et des élites poussées sous le patronage de Lang, ce qui fut peut-être une autre forme de corruption comme celle qui produisit une nouvelle vague de milliardaires à coup de pseudo-nationalisations, restructuration et privatisation. La France en sortit transformée, désindustrialisée sauf l’armement et le capitalisme devenu financier.

Ceux qui participèrent à l’opération et reprochèrent aux communistes de tenter d’y résister sont désomais rassurés, ils peuvent se donner le frisson sans vertige de voter pour melenchon.

Les socialistes je le crains, n’ont guère évolué, ils n’ont toujours pas  de projet socialiste et ils  restent  quels que soient les périls enfermés dans les tactiques locales. Celles-ci sont  surdéterminées par l’Europe qui mène au bi-partisme et qui est le plus bel appareil de consensus patronat-syndicat qui se puisse imaginer et par la Constitution quasi monarchique encore améliorée par l’invention du quinquenat par Jospin. Ainsi, vous mes ex-camarades,  qui oeuvrez avec le dévouement dont vous êtes capables vous ne pouvez pas ignorer le piège que cette constitution tend au PCF. Si melenchon réalise un bon score, il dépouillera un peu plus le PCF de ses élus et comme celui-ci n’est plus qu’un parti d’élu, une machine électorale qui a déserté depuis longtemps l’aide basique à la classe ouvrière (celle-ci votant déjà Hollande et pas le pen comme il a été dit) et qui provoque l’enthousiasme en majorité des couches moyennes attaquées mais ayant un emploi, il ne lui restera plus rien. Si les élus du PCF ne se battent pas pour Melenchon, ils auront du mal à mener les combats qui suivront en cascade. Ce piège est celui de la Constitution : tous les postes étant subordonnés aux scores de la présidentielle. le PCF sera donc doublement attaqué par cette Constitution, le vote utile, le rôle de pivot de l’extrême-droite et par l’opération Melenchon. je ne vois pas comment s’en sortir, le combat a été perdu depuis longtemps, depuis que la direction du PCF a choisi un parti d’élus vu la difficulté à être un parti de militants, ce qu’on a appelé la mutation et dont le promoteur est passé directement dans le camp Hollande. J’avais tenté d’alerter les camarades mais ce fut en vain et j’ai payé chérement d’avoir voulu jouer les Cassandre.

Désormais je ne crois pas plus aux résistances groupusculaires j’ai vu bien d’entre eux virer aux rouges-bruns et devenir infréquentables. On ne peut pas quand on est communiste se donner comme objectif de dégommer la direction, c’est destructeur surtout si l’on a perdu pied dans les combats.

Et pourquoi vous le cacher alors que je ne cesse de m’interroger sur la mort du  courant révolutionnaire, je vois se dérouler une campagne électorale qui porte à son pinacle les défauts de la Constitution monarchique imaginée par De gaulle pour tenir la classe ouvrière et ceux de la pratique de cette Constitution par Mitterrand qui visait à achever le PCF pour entraîner le pays vers une Europe atlantiste tout en vérouillant chaque instance électorale.

Vous avez l’air heureux, moi aussi quand je vais dans un restaurant japonais, au cinéma et chez un parfumeur… J’ai donc quelques scrupule à introduire dans ce moment de bonheur  mes réflexions chagrines sur le fait que puisque nous en sommes au suicide du PCF, il faudrait envisager l’avenir et que la seule solution est d’élargir notre vision dans le temps et l’espace.

Au titre des grands absents de cette extraordinaire campagne présidentielle française, la cécité totale des candidats sur les enjeux internationaux. Le PCF semble oh! Miracle découvrir qu’il existe un conflit afghan dans lequel l’armée française est engagée mais il ne voit toujours pas ce qui se prépare du côté de l’Iran. la question de la paix et de la guerre ne concerne pas les candidats qui préfèrent gloser à l’infini sur le poil du cul du chat, en l’occurrence une vision de l’immigration complètement détachée des dites questions internationales et dont le seul objet est de rafler des voix à l’extrême-droite. Honnêtement je ne sais toujours pas dans un tel contexte non pas s’il faut voter utile mais s’il est utile de voter…

Je vois toujours en Melenchon un syndic de faillite du PCF, ce n’est pas de sa faute, c’est le PCF qui l’a voulu et quand de l’extérieur ou de l’intérieur est décidé avec une telle unanimité la fin d’une organisation je ne vois pas en quoi je puis faire quelque chose. face à une telle situation, on peut même finir par se dire que le Front de gauche est une étape transitoire. Je tente avec beaucoup de bonne volonté de voir s’il y a bien une stratégie face à l’ampleur de la crise, si quelque chose de solide se construit, une force de résistance, si tel était le cas je suis même prête à faire mon deuil.

Mais quand on a un leader qui gueule comme un trotskiste caractériel et qui a pour modèle Mitterrand en particulier sur le plan international on finit par se dire que socialiste pour socialiste autant aller jusqu’au bout du processus et voter directement pour la maison mère plutôt que pour celui qui avait été désigné avec Fabius pour contrôler le non à la constitution européenne. je le dis comme je pense et je ne veux pas faire de la peine à mes camarades mais tout ça c’est pitrerie et compagnie… Et je ne vois pas dans cett crise terrible à laquelle nous sommes confrontés en quoi il y a la moindre espérance, je vous lis attentivement et je ne vois qu’anecdotes, ricanements, caricatures et pourtant je ne puis m’empêcher de penser que dans la France d’aujourd’hui vous êtes encore ce qui se fait de moins pire et que je suis encore à vos côtés.

J’aimerais bien que vous me contredisiez parce que ce serait la preuve que vous ne menez pas la politique de l’Autriche, le pays qui a théoriquement tout subi mais qui en fait s’est jetée tête baissée dans le pire hier comme aujourd’hui…

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le mars 14, 2012 dans dialogue, mon journal, politique

 

Rupture de Théo Klein(1) avec le Président du CRIF

Rupture  de Théo Klein(1) avec le  Président du CRIF

Monsieur le Président,

Je suis plus qu’étonné, plus qu’effaré, véritablement indigné de l’utilisation que vous faites de la Newsletter du CRIF pour y poursuivre de votre vindicte Charles Enderlin (2).

Je suis non moins étonné, mais cette fois ci indigné, de ce que vous offriez à Monsieur Karsenty cette publication pour y publier ses communiqués.

Je suis en effet, choqué que la Newlsletter du CRIF serve à répandre des propos qui ont été qualifiés de "diffamatoires" à plusieurs reprises par les tribunaux français.

Vous avez constamment publié sur ce point des informations inexactes en omettant de préciser que les juridictions françaises avaient chaque fois confirmé l’existence du délit de diffamation, accordant au diffamateur le bénéfice de l’exception de bonne foi.

Il y a plus de bonne foi possible maintenant.

En effet, lorsque des propos sont jugés diffamatoires et que celui qui les a tenus, ou quelqu’un d’autre, les réutilise, la bonne foi ne peut plus être admise et je trouve que votre attitude dans cette affaire là est dépourvue à la fois de bonne foi mais aussi totalement de bon sens.

Les attaques que vous renouvelez sont une insulte permanente pour la justice israélienne et les autorités en charge de la saisir, le cas échéant, puisque, en Israël, aucune procédure n’a jamais été ouverte et que, d’ailleurs, la dispute se limitait à la question de savoir si les balles qui ont atteint l’enfant palestinien étaient tirrées du côté palestinien ou du côté israélien.

De surcroît, permettez moi de vous dire que vous n’étiez pas , à cette époque là, suffisamment proche ou suffisamment au fait peut-être de la situation en Israël pour n’avoir pas compris le caractère soudain et imprévisible de l’éclatement de cette seconde intifada.

Vous cherchez à changer la face des choses, la vérité d’un événement totalement regrettable mais dont il est impossible de nier qu’il a eu lieu.

Je considère que les propos que vous tenez sont même insultants pour l’Etat d’Israël puisque vous semblez ininuer que ce pays est incapable de rétablir la vérité sur un accident situé dans un territoire dont il avait le contrôle.

Cet événement en question marque le début de la deuxième intifada. Lors de la première, aucun coup de feu n’avait été tiré de part ni d’autre: ce qui s’est passé à Netzarim marque le début d’échanges de tirs à balles réelles entre Israéliens et Palestiniens.

Le fait que la propagande arabe ait utilisé la mort de l’enfant n’en efface pas l’existence. peut-être, comme je vous l’ai dit, étiez-vous alors trop jeune ou trop absent pour n’avoir pas saisi l’importance de l’intrusion des armes à feu dans un conflit qui, pourtant semblait pouvoir se diriger vers une solution pacifique.

Les faits sont les faits et le seul doute qui aurait pu exister à l’époque était de savoir si les balles ayant atteint cet enfant étaient tirées du côté palestinien ou du côté israélien. L’armée israélienne, sur ce point, n’a jamais cherché à apporter de preuve contraire aux propos que vous condamnez.

Vous avez à titre personnel, le droit d’avoir toutes les opinions que vous voulez, les plus stupides pouvant s’intégrer elles aussi dans le cadre de la liberté d’opinion. par contre, je ne vous reconnaîtrais certainement pas le droit de propager dans le bulletin de notre communauté des opinions qui ont fait plusieurs fois l’objet de décisions des tribunaux français les considérant comme diffamatoires.

Le CRUF n’est pas votre tribune personnelle, comme il ne peut pas être non plus le brouillon de vos futures mémoires.

Votre éditorial "Reportage à Netzarim, quelle vérité?" dépasse encore plus largement les bornes au-delà de tout ce que vous avez écrit et publié dans cette Newsletter que vous transformez volontiers en votre blog personnel; ou alors plus simpliemen, ,peut-être considérez-vous les mouvements de votre pensée comme étant l’expression de la volonté du CRIF.

C’est se moquer publiquement de la décision des hauts magistrats français que de reprendre incessamment des propos qu’ils ont définitivement jugés diffamatoires.

Je me permets de vous rappeler que le CRIF représente les principales organisations juives de France et j’attire votre attention sur le fait que vous tentez de le détourner de cette mission en le considérant comme étant l’expression même des sentiments et de la volonté de juifs vivant en France.

peut-être votre projet est-il grandiose, mais je crains qu’il soit mortel.

Je n’imagine pas que vous publierez la présente lettre dans la Newsletter du CRIF, mais vous précise que je ne m’y opposerais pas…

Veuillez croire, Monsieur le Président, en l’expression de mes sentiments d’ancien président.

THEO KLEIN

(1)Théo Klein, de son nom complet Théodore Klein, (25 juin 1920 à Paris en France – ) est un avocat français qui a notamment exercé, de 1983 à 1989, les fonctions de président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF).   Défenseur du projet sioniste autant que patriote français, Théo Klein n’a jamais cessé de se faire l’avocat des valeurs laïques et républicaines françaises. Auteur de plusieurs ouvrages, il est l’un des principaux représentants du judaïsme libéral en France. Il tient des positions critiques sur la politique extérieure d’Israël et sur ses soutiens inconditionnels.

(2) Charles Enderlin est  un des meilleurs spécialistes du conflit du Proche-Orient, il n’a pas été inquiété en Israël, personne y compris au plus haut niveau, ne mettant en cause son professionnalisme, il est, en revanche, devenu l’objet d’une campagne très violente en France. Son renvoi de France Télévisions a été demandé plusieurs fois. On l’a accusé d’avoir relayé une mise en scène de la mort d’un enfant palestinien. Cette opinion est  relayée par le Crif, malgré des démentis judiciaires successifs et les explications du journaliste. Le principal accusateur de Charles Enderlin, Philippe Karsenty, élu municipal à Neuilly-sur-Seine, doit être rejugé pour diffamation, sa relaxe ayant été annulée par la  Cour de Cassation . C’est à la suite de cette relaxe que Richard Prasquier, le président du CRIF est de nouveau intervenu  sur le site du Crif, reprenant les accusations contre Enderlin et provoquant la colère de Théo Klein et cette lettre.

 
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Publié par le mars 11, 2012 dans dialogue, histoire, politique

 

La misère des banlieues israéliennes saisie par Pierre Terdjman

 Depuis deux ans, le photographe Pierre Terdjman (représenté par l’Agence Cosmos), photographie les laissés-pour-compte de la société israélienne. United we were strong, son projet de crowdfunding, est notre coup de cœur de la semaine.

© Pierre Terdjman

Photographie.com : Parlez-nous du projet United we were strong, que l’on pourrait traduire par L’Union aurait dû faire la force… 

J’ai commencé ce projet il y a plus de deux ans, après avoir réalisé un reportage dans une cité israélienne pour le magazine GQ.

Le but du projet est assez simple : loin des clichés habituels et du conflit israélo-palestinien, j’essaie de montrer au public le visage caché d’Israël, un visage marqué par de graves disparités entre les différentes communautés qui forment aujourd’hui le pays. Pour moi, la problématique sociale d’Israël est aujourd’hui un défi très important, et qui risque de s’aggraver dans les années à venir.

Au sein des communautés russe et éthiopienne issues des différentes vagues d’immigration des années 90, on retrouve une population victime d’une politique sociale très stricte et d’un racisme intercommunautaire prononcé. Tout le monde en veut à tout le monde : les Russes accusent les Éthiopiens de leur malheur, les Éthiopiens ne s’entendent pas très bien avec les Arabes… Lorsqu’on pénètre dans certains quartiers comme Little Moscow à Ashdod, on se rend compte qu’ils sont entièrement "russianisés." L’intégration est d’autant plus difficile que certains membres de ces communautés ne font pas partie de la religion juive, ce qui complique énormément leur existence.

© Pierre Terdjman

Il faut dire que les banlieues israéliennes ne sont pas très différentes des banlieues françaises : la violence familiale, le chômage ou la drogue sont les principaux fléaux affectant cette population. La petite délinquance existe moins qu’en France, compte tenu de l’âge auquel les jeunes vont à l’armée et du fait que le port d’armes est beaucoup plus répandu que chez nous…

Les différences ethniques et religieuses qui séparent ces communautés posent depuis longtemps un problème en Israël ; leur misère a, quant à elle, engendré une véritable révolte. Certains acteurs sociaux sont d’ailleurs convaincus que la prochaine intifada viendra des quartiers pauvres et laissés-pour-compte.

© Pierre Terdjman

Photographie.com : En juillet dernier, des dizaines de milliers de personnes ont installé leurs tentes dans les rues de Tel Aviv et ont réclamé davantage de "justice sociale". Est-ce que c’est pour vous le premier signe de cette révolte sociale ? 

Le mouvement spontané du juillet 2011 a montré que les Israéliens – de gauche, de droite, de centre ou appartenant aux partis religieux -, et les Arabes israéliens pouvaient être unis pour des revendications sociales. Détachée de toute question de politique extérieure, cette protestation a montré à quel point les Israéliens en ont marre du dictat d’un budget de la défense qui ne laisse rien pour les acteurs sociaux.

En Israël, un quart des enfants vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté, toutes communautés confondues. Le chômage ravage les villes du centre du pays et du nord ; la barrière de la langue, la sur-qualification de certaines personnes dans le monde du travail (des ingénieurs russes se retrouvent à faire le ménage) sont les principales raisons de cette colère. Les autorités sont forcément au courant de ces problèmes, mais ils les ont mis de côté pour régler d’autres affaires plus urgentes. En plus, une certaine forme de racisme social s’est installée à l’encontre de ces communautés récemment arrivées en Israël.

© Pierre Terdjman

Photographie.com : Quelle est votre relation avec cette population ? Est-ce qu’il est facile pour un photojournaliste étranger de recueillir ce genre de témoignages ? 

La population est généralement contente que l’on s’intéresse à leurs problèmes. Mais les gens sont fiers, et comme souvent dans les pays de la Méditerranée, ils ne veulent pas se montrer à cause de cette raison. Il s’agit donc d’un travail de longue durée, un travail où il faut être impliqué et montrer aux gens que l’on s’intéresse à eux pour de vrai. Venir et repartir après une heure ne sert à rien : j’ai passé des jours dans un refuge à Tel Aviv à servir de la soupe avant de pouvoir faire une seule photo. C’est une question de confiance.

Il est évident pour moi que ce sujet ne peut pas être assimilé en une semaine : il faut d’abord comprendre les différentes communautés, leur histoire et leur mode de vie. Mais les gens sont gentils, ils me reçoivent chez eux, me racontent leurs rêves et leur déception face à l’action du gouvernement en matière sociale.

© Pierre Terdjman

Photographie.com : Pourquoi avez-vous fait appel à emphas.is ?

J’ai fait appel à emphas.is car cette plateforme est aujourd’hui le meilleur moyen pour trouver de nouvelles sources de financement, et pour impliquer le public dans les histoires que nous, les photojournalistes, voulons raconter.

Propos recueillis par Roxana Traista

Pour plus d’informations et pour soutenir ce projet, rendez-vous sur emphas.is.

Israéliennes et Palestiniennes main dans la main, 13/01/2012

TOUJOURS AU TITRE DE LA CONNAISSANCE DE LA REALITE ISRAELO-PALESTIENIENNE, VOICI UNE INITIATIVE  QUI N’EST QU’UNE GOUTTE D’EAU  MAIS QUI FAIT SONGER A CETTE ANTIGONE DE SOPHOCLE JOUEE ACTUELLEMENT POUR ACTUALISER LA SITUATION EN PALESTINE.

Désobéissance, vendredi 13 janvier 2012
Nous refusons de nous soumettre aux lois et décrets.

Nous sommes de dizaines de femmes juives israéliennes à voyager et à traverser avec des femmes et enfants palestiniens de la Cisjordanie, les postes de contrôle, à visiter ensemble nos villes, à apprécier les plages, à s’amuser aux terrains de jeux, à les héberger chez nous et à être hébergées chez ces femmes au-delà des frontières interdites. Nous avons ensemble cueilli des olives dans leurs oliveraies familiales au-delà des postes de contrôle.

Ensemble, nous avons…

[...] écouté le merveilleux chanteur palestinien Amal Markus au théâtre de Jérusalem.

Ensemble, nous sortons avec les maîtresses des maternelles palestiniennes au centre de Tel Aviv.

En raison de ces actions menées par notre collègue Ilana Hamerman, celle-ci a été, pour la troisième fois, interrogée par la police en vue d’une longue enquête.

Elle n’est pas la seule. Nous soussignées, affirmons publiquement que nous allons continuer à rejeter les lois et règlements qui violent le droit à la liberté de circulation de la population civile de la Cisjordanie. Nous défions la justesse, la moralité ou le bien-fondé de ces lois. Nous poursuivons la voie de la désobéissance civile contre un système arbitraire qui, pendant les 44 dernières années, a privé des millions de personnes de leurs droits humains et civils en érigeant des murs de séparation, des barrières et des postes de contrôle et en les plaçant derrière.

Notre groupe grandit de jour en jour. Récemment, 300 universitaires ont apporté leur soutien en disant : « Votre justice est celle que nous cherchons tous. Votre condamnation est la même que la nôtre. » Nous lançons un appel à tous les Israéliens conscients et lucides : Rejoignez-nous par centaines – ceci n’est plus une lutte contre l’Apartheid en la Cisjordanie, c’est une lutte pour une vie normale dans notre pays.

Traduction de l’hébreu par Ayelet, membre du groupe Désobéissance

Par akinorev31, Mercredi 25 Janvier 2012 à 20:04 GMT+2 dans Accueil (article, RSS)

 

un mouvement populaire atrophié, neurasthénique et perverti par danielle Bleitrach

un mouvement populaire atrophié, neurasthénique et perverti par danielle Bleitrach

Dialogue sur mon blog… Sous le prétexte sans grand intérêt de Bricmont, il faut se poser la question de la grande peur du petit bourgeois et en quoi l’inhumanité peut-elle être considérée comme un gage d’efficacité ? Ce qui est tout simplement une Goebbelisation des esprits. 

John V. Doe

  • février 26, 2012 at 3:44

    Pour nous qui y avons vécu, ta description de Brugge décrit parfaitement ce que nous y avons ressenti.

    Pour ce qui est de Bricmont, je pense que son raisonnement est celui de nombre de libertaires: “il est interdit d’interdire”. On commence par ficher génétiquement les pédophiles. A juste titre. On en arrive très vite à ficher tout le monde. On commence par interdire de parole les anti-sémites. A juste titre. Puis ce furent les partisans de la lutte armée. Compréhensible mais où situer la frontière ? On commence maintenant à étendre cela au génocide arménien en Turquie et après, on s’arrête où ? Au USA, le fils de Mumia abu Jamal s’est vu refusé un passeport pour venir en Europe chercher un prix honorifique pour son père. Et après ?

    Sinon, nous sommes bien d’accord qu’outre d’être nauséabonde, la propagande négationniste est une atteinte à la paix sociale en ce sens qu’elle heurte les sentiments profonds de nombre de gens, juifs ou non. Et qu’à ce titre, cela fait sens de l’interdire. Mais tant d’autres choses heurtent le sentiment profond de la caste au pouvoir qu’ils seront vite tentés d’interdire… beaucoup (trop) de choses.

    Amicalement,
    John V.

  • février 27, 2012 at 5:05

    je crois que tu te trompes sur Bricmont. ce n’est pas un libertaire, c’est un antisémite forcené de la trempe de Dieudonné. Il est difficile de comprendre ce genre de haine quand vous en êtes présevé mais elle relève de la pulsion obsessionnelle et de l’esprit de système. Laissons tomber la première et interrogeons-nous sur ce qu’est cet esprit de système aujourd’hui, dans ce moment historique qui est le notre.

  • DE LA CENSURE ?

  • Prenons le cas à son niveau le plus phénomènal: Bricmont organise la confusion en se présentant contre la censure . La première confusion est qu’il y a de la marge entre s’opposer à la censure, à toutes les censures et l’obsession du dit Bricmont à défendre le droit des négationnistes à être publié, leurs thèses commentées, donnant lieu à un débat. Il est  capable  d’organiser des pièges systématiques : d’abord en faisant signer la préface de Faurisson par Chomsky. Autre "exploit", il obtient la signature deJ.G.Allard (la plume des Cubains) contre la loi Gayssot dans une pétition lancée par l’extrême-droite (J.G.Allard s’y retrouve signataire au côté de Robert ménard qui a désormais viré totalement extrême-droite). S’imposer dans des lieux comme le tribunal Russel ou des sites comme Grand soir et Bellacio pour y diffuser ses obsessions majeures toujours sous couvert de dénonciation de la censure, bref aller toujours dans le même sens la reconnaissance du négationnisme, est-ce que cela ne pose pas problème? Il ,ne s’agit pas de la censure il s’agit de la censure contre le négationnisme exclusivement et il rallie à cette obsession les Palestiniens, leur droit, il les instrumentalise.

  •  on peut accorder le droit au débat à des opinions opposées et je suis d’accord avec la position de Voltaire qui est de se battre pour qu’elles aient droit de cité mais c’est tout à fait différent de nier tout principe de réalité, les faits. Il n’y a d’opinion que si elles interprétent des faits existants et ne se contentent pas de diffamation, de négation par pure nocivité. Bricmont ne défend pas le droit au débat, il défend le droit des négationistes à créer le débat sur de l’irréalité pour diviser les populations sur des bases raciales. Il feint même d’être d’accord avec les hitoriens qui réclament qu’on laisse leur corporation juger des faits historiques sans sanction de la loi, mais c’est un leurre parce qu’il sait bien que ses champions Faurisson, Dieudonné et autres n’ont aucune chance d’être à l’origine d’un débat académique, c’est sur le seul terrain de la polémique politique qu’ils veulent qu’il y ait ce débat. Leur positionnement va totalement a contrario de la position des historiens mais bricmon joue avec son ancrage universitaire (de physicien?) pour revendiquer une position d’autorité qui est purement politicienne et de fait antisémite. Il est absolument insupportable de se parer de titres universitaires pour en fait jouer à la lisière du politicien en faveur de ce qui est simplement une légitimation de l’extrême-droite et qui vise en fait à créer un signe d’équivalence entre le communisme et le national socialisme.

  • OUI, LE FOND EST ANTISEMITE

  • Oui Bricmont est antisémite et c’est une forme de racisme en général mais qui a sa specificité, une sorte d’envie de ce que l’on fantasme en l’occurrence le superpouvoir des juifs, y compris sur le plan intellectuel ou social. La seule gloire intellectuelle de Bricmont est sa relation d’intimité autoproclamée avec Chomsky, une tentative d’auto-identification. Et en général, comme ses pareils, il manifeste un intérêt non dissimulé pour les juifs antisionistes: Je le sais d’expérience, il a tenté de me convaincre d’être une idiote utile parce que je dénonce la politique israélienne et que je pense que le sionisme est une erreur historique. Là où j’ai senti qu’il était un antisémite maladif c’est quand il a commencé à se vanter de ses “prises”, il était ravi de me raconter qu’un juif finlandais, un autre américain pensaient que seul l’antisémitisme sauverait le monde. Quand j’ai tenté de lui dire que le sionisme était une erreur mais qu’on ne pouvait l’attribuer aux seuls juifs, il y avait eu les pogromes tsaristes, l’affaire Dreyfus et la shoah. Il est devenu haineux et m’a dit “je n’étais pas né, je ne porte aucune responsabilité”. Là j’ai compris qu’il y avait des racines peut-être familiales à cette haine qui se fout des Palestiniens. Alors j’ai commencé à être alertée: quel intellectuel, quel individu simplement sensé peut nier le poids de l’histoire? le plus étrange est que c’est le même qui défend le négationnisme, les discours d’un Faurisson d’interprétation de l’histoire. Je ne crois pas qu’il y ait là un simple hasard, il ne s’agit pas d’un positionnement intellectuel mais bien de haine obsessionnelle qui nie le droit de comprendre. Je le sais d’autant plus qu’il a fallu que je dépasse ma propre colère contre le peuple allemand et que je n’ai pu le faire qu’en recréant son histoire, en particulier le poids de la défaite, de la crise. En cherchant une issue dans la compréhension de l’apport de ce peuple à une culture universelle. Résultat je peux écrire un livre sur Fritz lang et brecht, retrouver tout mon intérêt pour ce peuple tout en jugeant de la politique européenne et de celle de madame Merkel sur des bases débarrassées de cette vision anti-historique qui releverait d’une malediction. Donc au-delà de l’antisémitisme qui est une sale manie mais qui, comme tous les racismes, relève d’une vision paranoÏaque qui en craignant la persécution finit par l’organiser, il y a l’essentiel à savoir l’impact réél dans un moment social de ces délires.
LE NAZISME N’A JAMAIS ETE ERADIQUE
  • Tu reconnais que je sens le fascisme comme un remugle, tu sais que j’ai raison pour Bruges, qu’il y a là un ordre noir, il s’agit sans doute d’une vulnérabilité liée à ma propre histoire, à la marque indélébile de la deuxième Guerre mondiale mais il y a plus. En premier lieu, il y a une analyse politique, je suis convaincue que le nazisme n’a jamais été éradiqué et la meilleure preuve a été Hiroshima alors qu’il aurait fallu détruire le potentiel d’armes nucléaires on les a utilisé contre des populations civiles considérées comme des nuisibles (comme à Auschwitz) tout cela pour inaugurer un nouveau bellicisme, un nouveau partage du monde avec des conflits qui se sont essentiellement déroulés sur les pays du Tiers Monde en brisant leurs tentatives de sortie du sous développement. L’échec d’Hitler a été confondu avec l’anéantissement du nazisme, il n’y a pas eu critique politique et pratique du national-socialisme, il a été traité comme s’il était "au-dessous" de toute critique. Et c’est sur cette première négation critique que peut se développer aujourd’hui le négationnisme. C’est pourquoi je suis en désaccord avec ceux qui refusent une analyse historique du phénomène en mettant la Shoah "au-dessus" de toute critique, au sens intellectuel du terme. Il faut au contraire analyse le phénomène dans un mode de production à son stade imperialiste, si on abstrait le nazisme du capital il perd tout fondement mais dans le même temps il faut le comprendre dans sa singularité, ne pas le voir se reproduire dans des systèmes qui n’ont rien à voir ou plutôt qui sont marqués au contraire par la domination impérialiste et l’entretien par celui-ci de dictatures. C’est donc  un phénomène qu’il faut situer dans l’histoire.

  • LA NECESSITE D’UNE ANALYSE HISTORICO-POLITIQUE

  • Parce que je défend une vision historique autant que par ma sensibilité personnelle, je suis d’autant plus sensible à des tentatives politiciennes infâmes qui dévoient l’analyse historique et indignée de voir quelqu’un se prétendre intellectuel et justifier une telle démarche. Parce que comme le notait déjà Brecht en 1947:"plus cet échec (de la deuxième guerre mondiale) s’éloigne dans le passé, plus la situation présente, avec toutes ses difficultés, s’en affranchit naturellement et suscite un nombre croissant de mesures, d’initiatives, d’explications nouvelles qui à la fin, rien que par leur quantité, peuvent paraôtre suffisantes pour engendrer les difficultés de la situation". Plus nous avons l’illusion que comme me le disait Bricmont nous n’étions pas nés et que ce qui s’est passé n’a aucune part dans nos vies.Parce que justement le capitalisme et l’impérialisme se présentent à notre conscience comme des phénomène a-historiques, doués d’un état de nature et dont il est impossible d’envisager ni l’origine, ni l’issue.

  • Donc je crois qu’il faut en tant que communiste, révolutionnaire, tout faire au contraire pour resituer les faits dans le temps et dans l’espace, recréer des totalités socio-historiques dans lesquels les faits prennent sens. A fortiori quand nous sommes dans une crise d’une telle violence. La périodicité de cette crise elle-même est importante, la crise systémique a débuté apparemment en 2007, c’est une erreur que de penser cela. En fait depuis les années 1980 nous avons une situation de crise latente liée à l’aggravation de l’impérialisme, pour faire court on ne comprend rien à la situation si on ne la reprend pas au niveau de ce que dépeignait Lénine dans "Impérialisme stade suprême du capitalisme" à savoir une crise de la mondialisation impérialiste à son stade monopoliste et belliciste dont la première guerre mondiale montre à quel point le partage du monde, son pillage engendre l’autodestruction de l’humanité. C’est là la deuxième raison qui me pousse à insister sur le fait que le nazisme n’a jamais été éradiqué, on a confondu l’échec apocalyptique hitlérien avec sa critique, son éradication, l’échec a créé l’illusion de son anéantissement.

  • Donc je sens qu’il y a fascisme quand je suis confrontée à un système dont chaque élément va dans le même sens. Quand il y a une crise de société et la tentative d’une fermeture sur des valeurs réactionnaires que l’on présente comme un simulacre révolutionnaire. Quand il n’y a plus aucun respect de l’humain mais ce que Freud appelait les micro-identités narcissiques qui ont besoin d’ennemis et de bouc émissaire mais l’important est la totalité sociale en crise et fermée. Il y a alors une sorte de Goebelisation des esprits: l’idée que l’inhumanité serait l’efficacité.  reprends les propos de bricmont et de ceux qui vont dans le même sens, sans se revendiquer fasciste, tu retrouves cette vision quasi technocratique que l’inhumanité est l’efficacité. C’est ce que j’ai perçu chez bricmont, ce mépris face aux faibles et cet appui à la force, pas de contradictions chez les Chinois mais une admiration pour leur aspect "marche ou crève" supposé. Peu à peu j’ai découvert que tous les les lignes forces de ses "démonstrations"  étaient celles des fascistes, positivisme étroit, refus de la dialectique, haine des “sciences molles” comme la sociologie, la psychanalyse, antiféminisme, sympathie pour l’anarchie dictatoriale… Et à partir de là j’ai tenté de comprendre le résultat logique de ses prises de position politiques. Pas au niveau de ses intentions vraies ou supposées, je les ignore, mais aux résultats de ses interventions. C’est le seul principe politique, on peut être alerté par la convergence des thèmes mais la seule chose dont il faille tenir compte est le résultat.

  • L’INTELLECTUEL PETIT BOURGEOIS SE RADICALISE

  • J’ai cru d’abord que Bricmont était un pseudo intellectuel qui tentait d’exister et qui le faisait par le scandale en défendant l’indéfendable, donc le résultat était l’autopromotion. Donc j’ai d’abord vu sa position théorique: j’ai trés vite découvert qu’il était positiviste ce qui expliquait une certaine étroitesse, une absence totale de dialectique, le refus de l’histoire, la société, l’être humain sont soumis à des déterminismes simples, univoques, des lois. Dans le fond pour comprendre ce type d’individu qui prétend flirter avec les communistes, l’intérêt serait peut-être de relire l’anti-Dhuring d’Engels. Durhing a lui aussi fait illusion mais Engels a tout de suite dénoncé non pas son antisémitisme mais son absence d’analyse dialectique et historique. Parce que la position théorique a toute chance de déboucher sur des tentatives politiques et c’est cela qui intéresse marx et Engels quand ils affrontent le professeur Dhuring.  Parce qu’il ne s’agit pas du professeur Dhuring, Faurisson ou Bricmont mais bien un enjeu politique: comment dévoyer le colère qui monte d’en bas et qui est rage impuissante?

  • Il y a un naturalisme positiviste, la société considérée comme un morceau de nature observable ce qui va sur le fond avec l’acceptation des inégalités, voir en faire le fondement de l’analyse, l’importance du "milieu", des "caractères", les événements parlent d’eux’mêmes, le détail privilégié donc un certain fatalisme et cela s’oppose au réalisme marxiste qui considère la société sous un angle historique, le "détail" est sur le front d’un grand combar, le système, les tensions et contradictions sociales mais tout totalité, toute unité est une explosion, un devenir à mettre en évidence pour chacun intervienne. Tant que nous sommes dans une situation de développement, le positivisme peut se confondre avec une évolution vers le progrès mais quand la crise est là et qu’intervient la nécessité du changement le mouvement scientiste peut devenir totalement réactionnaire et rejoindre parfois l’irrationnel.

    Faurisson aussi est positiviste. Faurisson passe sa vie à faire des démonstrations qu’il prétend scientifiques et qu’il oppose à la “propagande juive”. Bricmont a la même étroitesse pseudo démonstrative et comme personne ne viendra lui dire ce qu’il est en physique, il se pare de scientisme. Est-ce un hasard s’il s’est attaqué à la psychanalyse, “la science juive”? Je ne le crois pas… Je l’ai écouté des soirées entières m’expliquer la supériorité masculine liée selon lui à la biologie. Le fait que l’homme répand son sperme alors que la femme veille sur son ovaire expliquerait la suprématie mâle. Puis j’ai découvert qu’il méprisait Bourdieu et toutes les sciences humaines. Son seul aspect progressiste (sic) était la défense de Staline et de tout ce qui lui semblait dictatorial dans le communisme. La recherche de loi c’est la tentative de trouver un déterminant simple et unique, le complot n’est pas loin, face à la complexité infinie des déterminations sociales.

  • LA NEGATION DES PEUPLES ET LE DOUBLE JEU

  • Pourquoi accorder de l’intérêt à des gens comme Bricmont, Soral, thierry Meyssan et d’autres? Parce qu’ils annoncent selon moi un recours possible au fascisme tout autant que la montée dans toute l’Europe d’une extrême-droite qui en appelle au mécontentement populaire.  Parce que comme toute extrême-droite, ils ne cessent d’établir des liens y compris financiers avec les pouvoirs politiques, parce qu’ils sont fascinés par le double, voir le triple jeu, entre flics, barbouzes et rébellions haineuses. Ce genre d’individus comme le montre un récent livre de Nicolas lebourg sur Duprat a une telle fascisnation pour le pouvoir occulte que leur narcissisme s’alimente de liens troubles, de tentatives de pénétrer les coulisses. Je ne serais pas outrement surprise si des gens comme Soral, Meyssan avaient un fil à la patte. Il faut se garder comme la peste d’une telle vision de la politique et malheureusement bien des sites à commencer par Grand Soir  faute d’une culture théorique ont tendance à confondre ces jeux avec la geostratégie sans pour autant être nécessairement pris dans le système dans lequel prospèrent des gens qui vivent de ressources inconnues. Qu’en est-il de bricmont, je l’ignore ?

  • Ce qu’il faudrait comprendre à propos du fascisme ou du national socialisme c’est la manière dont le grand capital monopoliste, belliciste paraît déléguer ses responsabilités politiques à la petite bourgeoisie. Là encore on retrouve Brecht qui décrit le "national-socialisme comme le socialisme des petits-bourgeois, un mouvement populaire, atrophié, neurasthénique et perverti qui a fourni ou promis de fournir un substitut non détestable pour la classe dominante à des exigences venues d’en bas, il faut donc comparer les élans pseudo-socialistes avec l’article authentique (le socialisme), et non avec "la démocratie" par exemple…"  Il est trés important de comprendre ce que dit Brecht et que masque tout en le révélant la notion de totalitarisme, si dans un premier temps il y a eu dans la Guerre froide, une mobilisation des intellectuels autour des démocraties contre les dictatures, la CIA jouant un rôle important dans la fabrication de cette opposition qui fabriquait l’illusion de notre propre liberté nous occidentaux, désormais la crise est politique; Les institutions démocratiques sont de moins en moins en état de correspondre à l’exigence de liberté, de pouvoir intervenir sur sa propre vie "venue d’en bas"… Tant qu’on ne comprend pas que l’exigence vient d’en bas et que l’impérialisme délègue à la petite bourgeoisie le droit de paraître y répondre à travers des solutions de haine, le racisme, la guerre, la préférence nationale, traiter en  nuisible une part de l’humanité on ne comprend rien. Quand il y a eu les autodafés de livres, le renvoi des enseignants juifs ou communistes, les étudiants ont été les meilleurs auxiliaires à l’idée d’avoir des places, les places auxquelles ils aspiraient. Si les printemps arabes débouchent dans un premier temps sur les guerres civiles, une régression des droits de femmes à l’emploi, comment le comprendre sans cette "exigence venue du bas" à laquelle l’impérialisme trouve une réponse qui ne le mette pas en cause.  Ce qui se dégage alors de plus fort dans ce mouvement populaire me paraît justement être cette conception de l’inhumanité comme gage de l’efficacité, on ne supporte le capitalisme qu’à ce prix dont la logique est l’acceptation de toutes les servitudes. Un certain nombre d’intellectuels petits bourgeois fascinés par un anti-capitalisme acceptable par la classe dominante parce qu’elle utilise le prolétaire sans lui donner le pouvoir ont également des parfums de radicalité mais ce qui les caractérise toujours est le refus de l’Histoire, de toute dialectique historique voir le refuge dans le positivisme jusqu’à l’efficacité y compris de l’inhumanité.

  • NE PAS JUGER LES INTENTIONS MAIS LE RESULTAT

  • Il a une stratégie apparemment de défense de l’absence de censure ou contre les interventions dites “humanitaires”. mais le but réel, conscient ou latent peu importe,  de cette stratégie est bel et bien de créer un équivalent entre Castro et Chavez et des dictateurs comme le syrien et l’iranien. Il défend plus ou moins Staline sur les mêmes bases. Bref il renforce l’idée que communisme et fascisme c’est du pareil au même et que lui Bricmont est un grand libertaire puisqu’il défend tout le monde. Que grand soir ait pu publier ce monument d’autosatisfaction anticommuniste qu’est la réponse de Bricmont à une journaliste qui l’accuse (sic) d’apporter sa caution démocratique et respectable à des dictatures est incroyable de naiveté politique, quel est le but: ériger un monument à Bricmont, peut-être aux deux webmasters qui sont sur la même ligne ? Qu’en résulte-t-il pour les causes qu’ils prétendent défendre ? C’est la position du petit bourgeois, celle qui fait préférer le national socialisme parce que l’on reste sur ses propres intérêts. La petite bourgeoisie comme le note Brecht fournit un "susbstitut" au socialisme, un simulacre dit Badiou qui soit acceptable pour l’impérialisme parce qu’elle lui constitue un mouvement populaire atrophié, neurasthénique et perverti qui entraîne ceux qui ont intérêt au changment, prolétaires, jeunes…  En ce moment quelqu’un comme bricmont est en train avec d’autres de recréer la similitude entre nazisme et socialisme, entre mouvements de libération et dictatures…

  • Parce que le vrai problème qui dépasse largement le cas Bricmont ou Soral ou autres est que la nazisme n’a jamais été éradiqué et que le capitalisme est dans un crise trés profonde. Le capitalisme pourra créer des simulacres y compris avec la petite bourgeoisie qui n’est pas une classe sociale sujet mais l’objet de toutes les métamorphoses historiques les plus dangereuses. Pour le moment, le capital est comme un metteur en scène à la recherche d’acteurs marionnettes des fondamentalistes religieux aux nationalistes extrémistes en passant par les intellectuels déjà marchandisés tant ils ont soif de notoriété pour que surgisse une fois encore ce mouvement populaire atrophié, neurasthénique et perverti qui fournira ou promettra de fournir un substitut à la nécessité du changement.

  • bref Bricmont n’est pas seulement un libertaire c’est un sympathisant nazi et tous ceux qu’il défend sont du même tonneau qu’ils le sachent comme je le crois ou qu’ils l’ignorent. Il est en train de décribiliser tout un courant et le PTB qui se montre étrangement complaisant devrait réfléchir. Alors qu’on le prend pour un libertaire et un doux anarchiste, il ne faut pas le juger sur ses intentions qu’il proclame mais sur les résultats auxquels il aboutit… Les résultats ne le mettent pas dans le camp de la gauche mais celui de la CIA. Peu m’importe qu’il soit alors comme un Israêl Shamir ou un Soral ou un Thierry meyssan stipendié ou non…

  • Sans parler de l’essentiel, la contribution de fait à une vision du monde musulman complètement paranoïaque. C’est ce que montre trés bien le Toudeh (parti communiste iranien) en dénonçant la manière dont le pouvoir iranien fait tout pour entretenir l’idée d’une menace iranienne qui légitime les interventions de l’occident, alors qu’il y a un peuple iranien épuisé, spolié qui veut la paix. C’est là que l’amour de la force des pseudos soutiens des pays menacés d’une intervention de l’OTAN entre parfaitement dans la logique du capital et celle du Front national. Que l’on prenne Saddam Hussein, Khadafi ou aujourd’hui les Syriens et les iraniens, tout a été fait par ces étranges fascistes anti-impérialistes pour exagérer leurs forces, des faux bulletins de victoire d’étranges correspondants comme Meyssan au débarquement de Dieudonné. Alors que la seule solution est de partir des peuples, de leurs problèmes, de dénoncer à partir d’eux le rôle de l’OTAN et faire monter l’idée de paix. le contraire du choix de ces matamores barbouzars… Comment ne pas voir à quel point tout cela correspond à la haine d’un islam fantasmé dans notre propre pays, à la volonté de développer les tensions entre religion en jouant à des jeux à géométrie variable.

    Oui il y a une différence entre la pédophilie et tout ce qui se passe entre deux adultes libres et consentants. Oui il y a une différence entre défendre le droit au débat d’opinion et celui d’appuyer systématiquement des contre-verités n’ayant aucun rapport avec la réalité comme le négationnisme pour seulement légitimer le fascisme. C’est ça la grande oeuvre de monsieur Bricmont, celle que par antisémitisme et narcissisme maladif il a choisi de confondre avec le droit des Palestiniens à avoir une patrie. Ce qui est une ignominie d’un cynisme égocentrique incroyable parce qu’il n’est tout de même pas assez idiot pour savoir qu’il les utilise. Je le répète sa seule présence déconsidère le tribunal Russel .

  • Danielle Bleitrach

 

Israël, victime de sa sociologie, par Uri Avnery

24 janvier 2012
La vision d’Israël en tant que creuset d’une nouvelle identité est morte, écrit Uri Avnery : « Israël est désormais une sorte de fédération de plusieurs grands blocs démographiques et culturels qui dominent notre vie sociale et politique. » Il affirme que le ressentiment qu’entretiennent les derniers arrivants, d’abord Sépharades, puis Russes, contre les Ashkénazes qui forment l’essentiel de l’élite du pays, structure aujourd’hui la vie politique, et bloque les perspectives de paix.Par Uri Avnery, Gush Shalom, 21 janvier 2012

« Israël n’a pas de politique étrangère, seulement une politique intérieure », a déclaré un jour Henry Kissinger.

Ce fut probablement le cas pour tous les pays depuis l’avènement de la démocratie. Pourtant, en Israël, cela semble encore plus vrai. (Ironiquement, on pourrait presque dire que les Etats-Unis n’a pas de politique étrangère, mais uniquement une politique intérieure israélienne.)

Afin de comprendre notre politique étrangère, nous devons nous regarder dans le miroir. Qui sommes-nous ? A quoi ressemble notre société ?

Dans une histoire humoristique célèbre, bien connue de chaque israélien de longue date, deux Arabes se tiennent sur le rivage, face à la mer, regardant un bateau plein de pionniers juifs russes ramer vers eux. « Que votre maison soit détruite ! » s’exclament-ils.

Ensuite, deux personnages identiques, mais cette fois il s’agit des immigrants juifs russes, se tiennent au même endroit, et lançant des malédictions en russe à un bateau plein d’immigrants yéménites.

Puis, les deux Yéménites maudissent des réfugiés juifs allemands fuyant les nazis. Puis, deux juifs allemands maudissent l’arrivée de Marocains. Quand cette histoire est née, elle s’arrêtait là. Mais on peut désormais y ajouter deux Marocains maudissant les immigrants de la Russie soviétique, puis deux Russes maudissant les derniers arrivants : les juifs éthiopiens.

Cette histoire pourrait s’appliquer à tous les pays d’immigration, des États-Unis à l’Australie. Chaque nouvelle vague d’immigrants est accueillie par le mépris, voire l’hostilité ouverte de ceux qui sont arrivés avant eux. Quand j’étais enfant, au début des années 1930, j’ai souvent entendu des gens crier à mes parents, « Retournez chez Hitler ! »

Pourtant, la conception alors dominante, était celle du « melting pot ». Tous les immigrants seraient mélangés dans le même creuset et, débarrassés de leurs traits « étrangers », en émergeraient formant une nouvelle nation unifiée, sans aucune trace de leur origine.

Ce mythe est mort il y a quelques décennies. Israël est désormais une sorte de fédération de plusieurs grands blocs démographiques et culturels qui dominent notre vie sociale et politique.

Qui sont-ils ? Il y a : 1) les anciens ashkénazes (juifs d’origine européenne), 2) les juifs d’Orient (ou « séfarades »), 3) les religieux (en partie ashkénazes, en partie orientaux), 4) les « Russes », les immigrés de tous les pays de l’ancienne Union soviétique, et 5) les citoyens palestiniens arabes, qui ne viennent de nulle part.

C’est là, bien sûr, une présentation schématique. Aucun bloc n’est complètement homogène. Chacun inclut plusieurs sous-ensembles. Certains blocs se chevauchent – il y a quelques mariages mixtes – mais dans l’ensemble, l’image est précise. Les deux genres ne jouent aucun rôle dans cette division.

La scène politique reflète presque exactement ces divisions. Le parti Travailliste était, à son apogée, le principal instrument de la puissance ashkénaze. Ses restes, avec Kadima et le Meretz, sont encore ashkénazes. Israël Beitenou d’ Avigdor Lieberman se compose principalement de Russes. Il ya trois ou quatre partis religieux. Puis il y a deux partis exclusivement arabe, et le parti Communiste, qui est majoritairement arabe, lui aussi. Le Likoud représente la majeure partie des Orientaux, bien que pratiquement tous ses dirigeants soient ashkénazes.

La relation entre les blocs est souvent tendue. En ce moment même, le pays tout entier est en émoi car à Kiryat Malakhi, une ville du sud dont les habitants sont essentiellement des orientaux, et où les propriétaires de biens immobilier ont signé un engagement à ne pas les céder aux Éthiopiens, tandis que le rabbin de Safed, une ville du nord peuplée de juifs essentiellement orthodoxes, a interdit à ses ouailles de louer des appartements à des Arabes.

Mais en dehors de la rupture entre les Juifs et les Arabes, le problème principal est le ressentiment des Orientaux, des Russes, et des religieux contre ce qu’ils appellent « l’élite ashkénaze. »

Dans la mesure où ce furent les premiers arrivants, bien avant la création de l’État, les Ashkénazes contrôlent la plupart des centres de pouvoir – sociaux, politiques, économiques, culturels, etc. Généralement, ils appartiennent à la partie la plus aisée de la société, tandis que les Orientaux, les orthodoxes, les Russes et les Arabes appartiennent généralement à des couches socio-économiques inférieures.

Les Orientaux entretiennent des rancunes profondes contre les Ashkénazes. Ils croient – non sans raison – qu’ils ont été humiliés et discriminés dès leur premier jour dans le pays, et le sont encore, bien qu’un assez grand nombre d’entre eux aient atteint des positions économiques et politiques élevées. L’autre jour, un directeur de l’un des grands établissements financiers a provoqué un scandale en accusant les « blancs » (c’est à dire, les Ashkénazes) de dominer l’ensemble des banques, des tribunaux et des médias. Il a rapidement été licencié, ce qui a provoqué un autre scandale.

Le Likoud est arrivé au pouvoir en 1977, en détrônant le parti travailliste. Avec de courtes interruptions, il a conservé le pouvoir depuis lors. Pourtant, la plupart des membres du Likoud ont toujours le sentiment que les Ashkénazes gouvernent Israël, les reléguant loin en arrière. Aujourd’hui, 34 ans plus tard, la triste vague de lois anti-démocratique promues par les députés du Likoud est justifiée par le slogan « nous devons commencer à gouverner ! »

Cette scène me fait penser à un chantier entouré d’une clôture en bois. Futé, le promoteur a laissé quelques trous dans la clôture, de sorte que les passants curieux peuvent regarder. Dans notre société, tous les autres blocs se sentent comme des étrangers regardant à travers les trous, emplis d’envie pour « l’élite » des Ashkénazes située à l’intérieur, vivant dans l’aisance. Ils détestent tout ce qu’ils relient à cette « élite » : la Cour suprême, les médias, les organisations de défense des droits de l’homme, et en particulier le camp de la paix. Tous sont qualifiés de « gauchistes », un mot assez curieusement identifié avec « l’élite ».

Comment la « paix » est-elle devenue associée à des ashkénazes dominants et dominateurs ?

C’est l’une des grandes tragédies de notre pays.

Les Juifs ont vécu pendant de nombreux siècles dans le monde musulman. Là, ils n’ont jamais vécu les choses terribles commises en Europe par l’antisémitisme chrétien. L’animosité entre juifs et musulmans a débuté il y a un siècle seulement, avec l’avènement du sionisme, et pour des raisons évidentes.

Lorsque les Juifs des pays musulmans ont commencé à arriver en masse en Israël, ils étaient imprégnés de culture arabe. Mais, ils ont été reçus ici par une société qui tenait tout ce qui était arabe dans un mépris total. Leur culture arabe était jugée « primitive », tandis que la vraie culture était européenne. Plus encore, ils ont été identifiés avec les musulmans meurtriers. En raison de quoi, les immigrés étaient tenus d’abandonner leur culture et leurs traditions, leurs accents, leurs souvenirs, leur musique. Afin de montrer à quel point ils étaient devenus israéliens, ils devaient aussi haïr les Arabes.

C’est bien sûr un phénomène mondialement observé. Dans les pays multinationaux, la classe la plus opprimée de la nation dominante est aussi la plus nationaliste, l’ennemie la plus radicale des minorités. L’appartenance à la nation supérieure est souvent la seule source de fierté qu’il leur reste. Avec, pour résultat fréquent, un racisme et une xénophobie virulentes.

C’est l’une des raisons pour lesquelles les Orientaux ont été attirés par le Likoud, pour qui le rejet de la paix et la haine des Arabes sont des vertus suprêmes. Aussi, après avoir été dans l’opposition depuis des lustres, le Likoud a été considéré comme le représentant de ceux qui se sentaient « en dehors » pour combattre ceux qui étaient « à l’intérieur. » C’est toujours le cas.

Le cas des « Russes » est différent. Ils ont grandi dans une société qui méprise la démocratie, et admiré des leaders forts. Les Russes « blancs » et les Ukrainiens méprisaient et haïssaient les peuples « sombres » du Sud – Arméniens, Géorgiens, Tatars, Ouzbeks, et autres. (A ce sujet, j’ai inventé une formule : « Bolchevisme moins marxisme égale fascisme »)

Lorsque les Juifs russes sont venus se joindre à nous, ils ont apporté avec eux un nationalisme virulent, un désintérêt total de la démocratie, et une haine automatique des Arabes. Ils ne peuvent absolument pas comprendre pourquoi nous leur avons permis de rester ici. Cette semaine, lorsqu’une « dame » députée originaire de Saint-Pétersbourg, (même si « dame » peut sembler un euphémisme) a renversé un verre d’eau sur la tête d’un député arabe du parti travailliste, personne n’a été très surpris. (Quelqu’un a ironisé : « un bon Arabe est un Arabe mouillé »). Pour les adeptes de Lieberman, « paix » est un mot sale, tout comme « démocratie ».

Pour les religieux de toutes les nuances – des ultra-orthodoxes aux colons religieux nationalistes, cela n’est absolument pas un problème. Depuis l’enfance, ils apprennent que les Juifs sont le peuple élu, que le Tout-Puissant nous a personnellement promis ce pays, que les goyim – y compris les Arabes – sont simplement des êtres humains inférieurs.

On peut dire, à juste titre, que je généralise. Je le fais, uniquement pour simplifier les choses. Il y a en effet beaucoup d’Orientaux, surtout dans la jeune génération, qui sont choqués par l’ultra-nationalisme du Likoud, d’autant plus que le néolibéralisme de Benjamin Netanyahu (que Shimon Pérès avait autrefois appelé « capitalisme dégueulasse ») est en contradiction directe avec les intérêts essentiels de leur communauté. Il y a aussi beaucoup de gens convenables, libéraux, épris de paix, qui sont religieux. (le nom de Yeshayahu Leibovitz vient à l’esprit.) Certains Russes quittent peu à peu leur ghetto auto-imposé. Mais ce sont de petites minorités dans leurs communautés. La majeure partie des trois blocs – Oriental, Russe et Religieux – sont unis dans leur opposition à la paix et, au mieux, indifférents à la démocratie.

Ensemble, ils forment cette coalition de droite, opposée à la paix, qui gouverne Israël aujourd’hui. Le problème n’est pas seulement politique. Il est beaucoup plus profond – et beaucoup plus ardu.

Certaines personnes accusent le mouvement démocratique pour la paix, de ne pas avoir pris conscience de ce problème suffisamment tôt et de ne pas avoir assez fait pour attirer les membres de ces divers blocs vers les idéaux de paix et de démocratie. On nous dit également que nous n’avons pas su montrer que la justice sociale est indissolublement liée à la démocratie et la paix.

Je dois accepter ma part de blâme pour cet échec, même si je dois souligner que j’ai essayé de faire le lien dès le début. J’ai demandé à mes amis de concentrer nos efforts sur la communauté orientale, de leur rappeler les gloires de l’ « âge d’or » judéo-musulman en Espagne, et de l’énorme impact réciproque des scientifiques juifs et musulmans, des poètes et des penseurs religieux à travers les âges.

Il y a quelques jours, j’ai été invité à donner une conférence devant les étudiants de l’Université Ben Gourion de Beersheba. J’ai décrit la situation plus ou moins dans les mêmes termes qu’aujourd’hui. La première question posée par une audience large, qui se composait de Juifs ( Orientaux et Ashkénazes) et Arabes (Bédouins en particulier), fut : « alors, quel espoir y a-t-il ? Face à cette réalité, comment les forces de paix peuvent-elles l’emporter ? »

Je leur ai dit que je place ma confiance en la nouvelle génération. L’énorme mouvement de protestation sociale, qui a éclaté soudainement l’été dernier et rassemblé des centaines de milliers de personnes, a montré que oui, cela peut arriver ici. Ce mouvement a réuni Ashkénazes et Orientaux. Des villes de tentes ont surgi à Tel Aviv et Beer-Sheva, en tous lieux.

Notre première tâche est de briser les barrières entre les blocs, de transformer la réalité, de créer une nouvelle société israélienne. Nous avons besoin de blockbusters, de casseurs de blocs.

Certes, c’est un travail difficile. Mais je crois qu’il peut être accompli.


Publication originale Gush Shalom, traduction Contre Info


 
 
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