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Le physicien Stephen Hawking soutient le boycott académique d’Israël

Le Monde.fr| 08.05.2013

Stephen Hawking est mondialement connu non seulement par ses théories en prolongement de la relativité d’Einstein avec un commencement le big bang et une fin les trous noirs, mais aussi par ses ouvrages de vulgarisation qui sont empreints d’une vocation humaniste et une affirmation de son athéisme. Sa prise de position concernant l’appui du boycott y compris académique pour dénoncer la politique d’Israël face aux Palestiniens est à expliquer non -comme à l’ordinaire- par un quelconque antisémitisme qui lui est totalement étranger mais par l’univers dans lequel il a baigné depuis sa plus tendre enfance, celui de militants communistes qu’étaient ses parents et sa conception de la justice et du droit quasi spinoziste. Un tel avertissement doit être entendu par Israël et par ses dirigeants si faire se peut. (note de Danielle Bleitrach)
En officialisant son soutien à la campagne de boycott académique d'Israël, le physicien de renommée internationale a fait grincer des dents dans l'Etat hébreu.

En officialisant son soutien à la campagne de boycott académique d’Israël, le physicien de renommée internationale a fait grincer des dents dans l’Etat hébreu. | AFP/RODGER BOSCH

C’est une personnalité de renommée internationale qui a officialisé son soutien à la campagne de boycott académique d’Israël, rapporte mercredi 8 mai le Guardian. La prise de position de Stephen Hawking, le célèbre physicien britannique de 71 ans, n’a pas manqué de faire grincer des dents en Israël. Pour les animateurs de la campagne Boycott-désinvestissement-sanctions (BDS), elle représente en revanche une victoire.

Afin de protester contre le traitement réservé par l’Etat hébreu aux Palestiniens, ce professeur de mathématiques à l’université de Cambridge a adressé la semaine dernière une lettre au président israélien, Shimon Pérès, pour justifier sa décision de se retirer de la conférence qu’il organise en juin, indique le quotidien. Le Britannique avait auparavant accepté l’invitation de M. Pérès à assister à sa cinquième conférence annuelle, intitulée "Faire face à demain 2013". Il y était attendu aux côtés de personnalités telles que l’ancien président américain Bill Clinton, de l’ancien premier ministre britannique Tony Blair ou encore de la chanteuse Barbara Streisand. Coïncidant cette année avec les 90 ans du président israélien, l’affront n’en est que plus vivement ressenti.

Dans une déclaration publiée avec son accord, le Comité britannique pour les universités palestiniennes (CBUP), qui soutient ce boycott et s’oppose à l’occupation des territoires palestiniens, explicite "sa décision prise en toute indépendance de respecter le boycott, sur la base de sa connaissance de la Palestine et des conseils unanimes de ses contacts académiques là-bas", rapporte le Guardian. Au sein de l’université britannique de Cambridge, où M. Hawking travaille depuis 1962, on la justifie en revanche par des "problèmes de santé". Atteint de sclérose latérale amyotrophique (maladie de Charcot), Stephen Hawking se serait vu déconseiller par ses médecins de prendre l’avion.

UNE DÉCISION POLÉMIQUE

Depuis l’annonce de sa participation à cette conférence, il y a quatre semaines, Stephen Hawking croulait sous les messages venus de Grande-Bretagne et d’ailleurs pour l’enjoindre à rejoindre la campagne BDS. Désormais, ce sont les accusations d’antisémitisme qui s’accumulent dans les boîtes e-mail du physicien. On ne lui prête pourtant aucun propos de cette nature en public. Depuis sa visite en 2006 dans des universités israéliennes et palestiniennes, le scientifique aurait durci sa position à l’égard d’Israël. En 2009, le physicien a dénoncé l’opération Plomb durci menée pendant trois semaines par Israël dans la bande de Gaza, qualifiant de "disproportionnée" la réponse apportée par l’Etat hébreu aux tirs de roquettes palestiniens. "La situation ressemble à celle qui prévalait en Afrique du sud avant 1990 et ne peut continuer", avait-il déclaré sur la chaîne Al-Jazira.

Dans le monde académique, la décision de Stephen Hawking est diversement accueillie. La campagne de boycott anti-israélienne, recueillant un certain écho sur les plans culturels ou économiques, fait davantage polémique dans les milieux intellectuels et académiques. L’intellectuel juif américain et fervent défenseur de la cause palestinienne, Noam Chomsky, favorable au boycott et au désinvestissement envers les sociétés faisant affaire dans les territoires occupés, a ainsi qualifié le boycott général d’Israël de "cadeau fait aux jusqu’au-boutistes israéliens et à leurs soutiens américains".

En Israël, la décision du célèbre physicien choque. En 2011, le Parlement israélien avait d’ailleurs promulgué une loi faisant de l’appel au boycott par un individu ou une organisation un délit civil qui peut entraîner le paiement de dommages et intérêts. "L’utilisation du boycott académique contre Israël est inapproprié et scandaleux, en particulier pour ceux à qui l’esprit de liberté est la base de la mission humaine et académique, a ainsi déploré Israël Maimon, le président de la conférence annuelle de Shimon Pérès. Israël est une démocratie au sein de laquelle chacun peut trouver à s’exprimer, quelles que soient ses opinions. Une décision de boycott est incompatible avec un discours ouvertemement démocratique."

 
 

Rony Brauman. « La routine du travail humanitaire en venait à dissimuler la participation à des violences de masse »

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Avec sincérité et rigueur, l’ex-président de Médecins sans frontières revient sur les manipulations qu’ont subi les ONG de la part des autorités locales durant la famine en Éthiopie au milieu des années 1980 et explique en quoi la mondialisation et la massification portent en elles des risques majeurs de violences.

Après des études de médecine, Rony Brauman devient président de Médecins sans frontières. Il est l’un des premiers à réfléchir, souvent de manière critique, sur les emballements de l’opinion et les limites de l’action humanitaire. Il raconte son parcours dans Penser dans l’urgence. Parcours critique d’un humanitaire (Seuil, 2006, Entretiens avec Catherine Portevin). Après sa découverte de la notion de « banalité du mal » de Hannah Arendt, il coréalise un documentaire sur le procès d’Adolf Eichmann, Un spécialiste (1999).

Au milieu des années 1980, l’Éthiopie traverse une grave famine. Les équipes de Médecins sans frontières sont présentes sur place pour porter secours aux populations. Comment en êtes-vous venu à considérer votre action comme une manifestation de la banalité du mal ?

Rony Brauman : Nous nous sommes peu à peu aperçus que les camps de secours dans lesquels nous travaillions étaient des pièges à population, dont nous étions l’appât : il fallait plutôt fuir ces camps qu’y venir ! L’État éthiopien organisait en effet, sous couvert d’urgence humanitaire et au prétexte d’un rééquilibrage démographique du pays, des transferts forcés de populations. Certains jours, au petit matin, des miliciens en armes encerclaient une partie du camp pour prélever un quota de population destiné à aller peupler les nouvelles zones économiques du sud du pays. À d’autres moments, la distribution de l’aide (vivres, couvertures) par des fonctionnaires du Parti était soumise à l’inscription pour un départ « volontaire » dans ces zones. La routine du travail humanitaire en venait à dissimuler la participation à des violences de masse devenues la première cause de mortalité dans le pays. Imaginons : je me lève, je vérifie mon matériel médical, je vais faire ma consultation au dispensaire, je participe à une réunion avec le comité de coordination de la région, je passe une commande de médicaments à mon siège, je fais une visite à l’hôpital. Cette activité quotidienne, motivée par la conviction de participer à une opération de sauvetage, peut voir son sens totalement inversé, inscrit au contraire dans une stratégie d’oppression, retournée contre les intentions qu’elle poursuivait, sans rupture de sa routine. Je présidais MSF à l’époque. Je me rendais occasionnellement sur le terrain et, sur place comme au retour, je partageais la perplexité des équipes. Un ami avec qui j’en parlais m’a conseillé de lire le livre de Hannah Arendt sur le procès Eichmann. J’ai alors fait le lien entre l’action que nous menions en Ethiopie – ou plus exactement la manière dont nous étions menés par un régime qui poursuivait sa politique en la masquant grâce à la présence d’organisations humanitaires – et l’écho des violences qui nous parvenait. Mais cela n’a pas suffi cependant, et ce n’est que plus tard, en expliquant le dilemme de notre situation à une journaliste qui m’interrogeait sur les difficultés de l’action que j’ai compris que refuser de se situer face à ces choix en Éthiopie, c’était y consentir en y prenant notre part. Ces questions du consentement et de la responsabilité me trottaient dans la tête mais ce n’est qu’en les rendant intelligibles à d’autres, qu’elles se sont éclaircies à mes yeux. Du refus de la considération de sa propre responsabilité dans un tel environnement à ce qu’Arendt appelle la banalité du mal, la participation à un crime de masse, il n’y a qu’un pas, et on le franchit d’autant plus facilement que l’on n’est pas amené à verser le sang ni même à commettre des gestes ou à prendre des décisions extraordinaires. Nous nous étions peu à peu retrouvés dans un « processus eichmannien » de suspension de l’esprit critique, déléguant en quelque sorte notre responsabilité aux instances supérieures (le gouvernement, l’ONU, la « communauté internationale »), en accomplissant des geste routiniers anoblis par l’intention secourable qui les sous-tendait…

«Davantage que la banalité du mal, c’est le processus de massification qui me semble être la question brûlante de notre temps»

Rony Brauman

Mais votre action n’était-elle pas moins grave que celle des organisateurs des déplacements forcés ?

Au début, quand nous ne savions rien du projet politique dans lequel nous étions engagés, certainement. Et puis nous nous sommes longtemps demandé, comme tous les intervenants humanitaires, si les exactions et le chantage à l’assistance n’étaient « que » des excès de zèle individuels, comme nous le disaient les autorités, ou bien une politique. Nous étions dans le brouillard et le travail était exigeant. Mais lorsqu’il est devenu clair que nous étions embarqués dans une entreprise stalinienne de remodelage chirurgical de la société éthiopienne, il ne s’agissait plus de brouillard mais d’aveuglement volontaire. Dans ces conditions, la responsabilité morale des ONG me semble plus lourde que celles des fonctionnaires éthiopiens chargés de la mise en œuvre des déplacements de population. Eux, en effet, risquaient leur vie s’ils désobéissaient. Pas nous. Nous ne voulions que le bien des gens auprès de qui nous nous étions portés, mais nous coorganisions de fait leur déportation en acceptant de poursuivre le travail.

Qu’est-ce qui vous a le plus frappé lorsque vous avez visionné toutes les archives du procès Eichmann en vue de la réalisation du Spécialiste ?

Beaucoup de choses ! Mais si je ne devais retenir qu’un moment, ce serait celui où Eichmann dit à peu près : « Après tout, c’était l’intérêt commun des Juifs et des Allemands que les trains arrivent rapidement à Auschwitz. » Il se défend, bien sûr, mais justement : l’imparable abomination de cet énoncé factuel est l’essence même de la banalité du mal, telle que je comprends cette idée.

Cette logique se manifeste-t-elle encore aujourd’hui ?

On trouvera sans peine des équivalents de comportements mais je n’en ferais pas un cadre d’analyse ; ne serait-ce qu’en raison du caractère obscur de cette formule. Davantage que la banalité du mal, c’est le processus de massification, autre notion dont Arendt a fait grand cas, c’est-à-dire d’atomisation individuelle, d’éclatement de la société en des entités séparées, qui me semble être la question brûlante de notre temps. Le chômage de masse, l’insolence de l’extrême richesse rapportée à la pauvreté croissante, tout ceci constitue une violence potentiellement intenable.

L’accélération du temps que nous sommes en train de vivre vous paraît-elle participer de ce processus ?

L’urgence est le moment où il est légitime et nécessaire de suspendre la pensée pour agir selon des procédures fixées à l’avance. C’est en cela qu’un service d’urgence est efficace. Mais chacun des gestes faits procède d’une pensée préalable. Ce ne sont pas des robots qui prennent en charge une hémorragie grave ou un accident. L’enjeu n’est donc pas de décider que l’urgence va être désormais traitée sur le mode de la délibération. Ce n’est pas ce qu’on veut quand on est soi-même le sujet de cette urgence. L’enjeu est de savoir ce qui est urgent et ce qui ne l’est pas. On peut constater au quotidien l’abus de la notion d’urgence pour couper court aux questions, à la réflexion critique. Faire toujours plus de choses en toujours moins de temps nous met dans une constante sensation de course par rapport au temps. Plus nous nous dotons de ces instruments qui nous servent à gagner nous temps, plus nous nous installons dans la sensation accablante d’être toujours en retard. La capacité à maîtriser un nombre toujours plus grand d’informations, qui est censée nous mettre dans une situation d’observateur surplombant, nous écrase. D’une manière ou d’une autre, il va bien falloir ralentir !

Propos recueillis par Michel Eltchaninoff

Rédacteur en chef adjoint

 

Ziouganov : « Notre rencontre avec le camarade Xi Jinping, Président de la RPC, est un événement marquant »

26/03/2013

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Rouslan Tkhagouchev. Service de presse du CC du PCFR traduit du Russe  par Marianne Dunlop pour Histoire et societe

Le dirigeant du PCFR Guennadi Ziouganov a fait part aux     journalistes de sa rencontre avec le camarade Xi Jinping, Président de la     RPC, le 23 mars à Moscou.

- Je connais très bien le camarade Xi Jinping, – a souligné Guennadi Ziouganov. – Nous nous sommes rencontrés pour la première fois il y a trois ans lors de sa visite à Moscou. Ensuite, nous nous sommes rencontrés à Pékin, puis à l’Exposition universelle de Shanghai. Au cours de ces rencontres, nous avons décidé de multiplier les contacts entre nous.

« L’an dernier, a raconté Ziouganov, – un groupe de jeunes députés du PCFR dirigé parDmitri Novikov et Youri Afonin a effectué un stage en Chine. Ils ont séjourné dans plusieurs des régions les plus dynamiques de la Chine, et en sont revenus entousiasmés de la manière dont le Parti communiste chinois, même dans un contexte de crise, poursuit la modernisation du pays ».

En 30 ans, la Chine est devenue une superpuissance. Elle est la première au monde pour le rythme de croissance économique : de 10 à 15 %. Sur un fond de crise mondiale, alors que la Chine a perdu près de 40 % des marchés extérieurs, les Chinois ont réussi grâce à un changement d’orientation vers la demande intérieure à maintenir ces indices », – a noté le dirigeant du PC FR.

« J’ai félicité le camarade Xi Jinping pour son élection aux postes de Président de la République populaire de Chine et Président du Parti communiste chinois. Nous avons convenu de poursuivre le développement de nos relations. La rencontre s’est tenue dans une atmosphère très amicale, et je veux souligner qu’il s’agit d’un événement de grande portée. Le volume des échanges entre la Chine et les USA représentent près de 400 milliards de dollars, avec l’Union européenne près de 500 milliards, et avec la Russie environ 90 milliards. C’est pourquoi l’inénarrable Brzezinski a protesté que le dirigeant chinois devait d’abord visiter l’Amérique et l’Europe. Mais Xi Jinping a déclaré officiellement (et répété plusieurs fois au cours de sa visite) que les Chinois non seulement apprécient les relations d’affaires et de commerce avec la Chine, mais aussi que pour eux les liens d’amitié avec notre pays sont extrêmement importants. C’est pourquoi il n’est pas venu seulement chez nous dans le cadre d’un partenariat stratégique, mais aussi pour nous rendre une visite d’amitié. Et en Chine, remarquez bien, les jugements et les définitions revêtent toujours un sens profond et mûrement réfléchi », – a souligné Guennadi Andréévitch.

« J’ai informé le camarade Xi Jinping de la manière dont sont remplies les obligations que nous avons contractées entre nous. Nous avons fixé les prochaines visites. La prochaine, organisée dans le cadre de la coopération parlementaire, se tiendra  vraisemblablement fin mai.

« La longueur de notre frontière commune avec la Chine est de 4300 kilomètres. Et elle doit devenir un symbole de paix et d’amitié.D’un autre côté, la Chine a des relations plutôt compliquées avec plusieurs pays situés sur le pourtour de ses frontières. C’est pourquoi en construisant une interaction avec la Russie, les Chinois ont une vision à long terme. Ils comprennent parfaitement que des partenaires doivent se compléter. Ceci est particulièrement important dans la situation actuelle, où l’Amérique se débat dans la crise et se plonge de plus en plus souvent dans des aventures militaires : non seulement dans les Balkans, au Proche Orient et en Afrique du Nord, mais aussi dans la région Asie-Pacifique. C’est pourquoi une coopération étroite entre la Russie et la Chine peut jouer ici un rôle extrêmement important.

« Il faut noter également qu’en politique extérieure notre position coïncide sur de nombreux sujets. Nous votons de manière identique au Conseil de Sécurité de l’ONU. Nous partageons le même point de vue sur de nombreux processus qui se déroulent dans le monde. Nous sommes catégoriquement contre les aventures miltaires américaines au Proche Orient, en Libye, en Syrie, etc. Nous avons des accords de coopération dans le cadre de l’OCS et des BRICS. A ce propos, les BRICS, qui comprennent la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil et la République Sud-Africaine est un groupe très puissant qui dispose de la moitié des ressources de la planète. Et dont le rôle de stabilisateur du monde entier est irremplaçable.

« Je voudrais faire remarquer encore une chose : qui soutient la Russie sur l’arène internationale ? Ce sont en général les gens de gauche et les organisations socialistes (je rappelle qu’au XVème Congrès du PCFR étaient représentés 95 partis et mouvements de gauche du monde entier). Par exemple, au cours du conflit en Ossétie du Sud, la Russie n’a été soutenue que par la gauche, les communistes et les socialistes.

« C’est pourquoi je veux souligner encore une fois que la visite du camarade Xi Jingping en Russie revêt une importance considérable et que nous sommes satisfaits de ses résultats.

 
 

Racha, l’enfant impie et son utilité… par Hervé-Elie Bokabza

Une amie m’ayant baptisée Racha, l’enfant impie, je remercie Hervé-élie Bokobza, qui en tant que  talmudiste laïque reconnaît que cet enfant impie est au centre du seder, la célébration de la sortie de l’esclavage sans laquelle on ne pourrait pas recevoir la thora, le livre, la loi. Pour être digne de recevoir le livre, il faut rechercher la liberation. Ce qui suppose de mettre au centre de toute pédagogie de la libération, le questionnement de l’enfant impie, le Racha… Que ceux qui hypostasient une religion en Etat, Nation, but en soi d’un peuple aux dépends de leur propre libération autant que celle de l’autre se souviennent de cette leçon pédagogique qui n’est pas réservée au juifs mais tend vers l’universel… En matière de particularisme cette fois il faut reconnaître que le judaïsme est la seule religion où un talmudiste peut-être sinon athée à tout le moins interroger comme Einstein: "donnez moi votre définition de dieu et je vous dirai si j’y crois"… ce qui est une question de Racha… note de Danielle Bleitrach
Au sujet de la transmission – Étude sur les quatre fils du seder
par Hervé-élie Bokobza (Articles), mardi 22 février 2011, 09:42

Eduque l’enfant selon sa propre voie ; ainsi quand il sera vieux il ne s’en détournera pas.

(Proverbes 22, 6)

Entraîne-moi après toi ! Nous courons !

(Cantique 1, 4)

R. Méir dit : Au moment où Israël se tenait debout devant la montagne du Sinaï pour recevoir la Torah, le Saint, béni soit-Il, lui dit : “Je vous donne la Torah, mais présentez-moi de bons garants afin de garantir qu’elle sera préservée, alors je vous donnerais la Torah. [Après avoir proposé en vain toutes sortes de garants] Les enfants d’Israël lui dirent : “Nos enfants seront garants pour nous” ! Le Saint béni soit-Il répondit : “Voilà enfin les meilleurs garants, et c’est par eux que j’accepte de vous donner la Torah”, c’est ainsi qu’il est écrit : “Par la bouche des enfants et des nourrissons tu as fondé ta force” (Ps 8, 3) », et il n’existe d’autres forces comparable à celle de la Torah ainsi qu’il est dit : “Que l’Eternel donne la force à son peuple !” (Ps 29, 11).

Midrash (Cantique Rabba 1, 23)

1. L’Étude centralité de la vie juive

Le rituel religieux pris exclusivement n’est pas exempt d’un certain danger : celui d’induire des automatismes et par là même de figer notre conception de la volonté divine. Cet inconvénient oblitère le regard neuf et la possibilité d’une réflexion objective, conditions indispensables pour apprécier et vivre en plénitude ce que l’on fait. C’est donc par l’étude que le Juif peut être sauvé d’un tel écueil, c’est par elle qu’il peut à tout moment refondre et recomposer le monde qui est le sien par les nouvelles lumières d’une compréhension sans cesse renouvelée.

C’est pour cela sans doute que, comme nous l’avons dit, l’étude de la Torah est le commandement le plus important, qu’il constitue l’axe central de la vie juive, ainsi qu’il est dit : « Car la sagesse est plus précieuse que les perles. Tous les biens de valeurs ne la valent point » (Proverbes 8, 11), selon les sages le verset inclut les « trésors des cieux », à savoir que l’enseignement de la Torah vaut plus que l’accomplissement des commandements (Talmud, Moed Quatan 9, a). Au point que le Talmud de Jérusalem fasse ainsi dire à Dieu : « Pourvu que même s’ils m’abandonnent, ils continuent à garder (dans le sens d’étudier) la Torah, car sa lumière pourra les ramener vers le droit chemin » (‘Haguiga 1, 7).

Ainsi le monde de la Torah permet à l’homme une liberté de pensée inouïe. L’étude de la Torah sauve l’homme et le réhabilite dans sa condition d’être humain à l’image de Dieu. Toute pratique devient ainsi dynamisme et participe des propres découvertes de l’homme au point que Dieu lui-même en témoigne « mes enfants c’est vous qui m’avez gagné » (Talmud Baba Metsyah 59, a).

C’est donc à raison que le Judaïsme a placé sa première préoccupation dans la transmission. Le Judaïsme l’a bien compris, pour susciter l’éveil à la connaissance chez l’enfant, il convient d’inciter en lui le désir au questionnement, il ne s’agit pas de le faire ingurgiter des connaissances toutes faites mais de produire chez lui au contraire un savoir qui participe de son propre domaine, ceci afin qu’il soit conscient de la part significative qui lui revient dans l’acquisition du savoir au point que la pratique rituelle qui en découle fasse réellement sens pour lui jusque dans ses moindres détails.

C’est pour cette raison que le commandement relatif à l’étude est tiré du verset : « Tu l’enseignera à tes enfants » (Deutéronome 6, 7), c’est par la transmission de la Torah que la connaissance est possible, l’éducation assure la pérennité de la vie juive, y compris dans son aspect rituel : « Un ignorant, affirment les sages, ne peut être pieux » (Avot 2, 6).

2. Les quatre fils

Cette idée est bien illustrée par les quatre fils du seder de Pessah. La Torah évoque en plusieurs endroits le questionnement de l’enfant le soir de la fête : « Et lorsque ton fils, un jour, te questionnera » (Exode 13, 14), les rabbins ont ainsi imaginé quatre enfants, qui, chacun à sa manière sera amené à interroger les anciens sur l’utilité de la loi religieuse et, en l’occurrence, de la cérémonie du Seder.

Le sage : Le verset fait dire à l’enfant : « Que sont les témoignages, et les statuts et les ordonnances, que l’Éternel notre Dieu vous a ordonné ? » (Deutéronome 6, 20). S’agissant d’une question élaborée, les rabbins l’attribuent au sage. C’est ainsi qu’il convient de l’inviter à réfléchir sur les lois de la fête.

L’impie : Le verset dit : « Alors, quand vos enfants vous demanderont : “Que signifie pour vous ce rite ?” » (Exode 12, 26), selon la Mekhilta de R. Ismaël (Midrash de Halakha sur le livre de l’Exode, section « bo » paragraphe 17) la réponse qui lui est faite est tirée du verset qui précise : « C’est dans cette vue que l’Éternel a agi pour moi, quand je sortis d’Égypte », pour moi et non pour lui, ceci pour signifier que s’il s’était trouvé là bas il n’aurait pas été délivré. (Voir plus loin).

Le simple : Le verset met dans la bouche de l’enfant la question sous cette forme : « Qu’est-ce que cela? », allusion au simple, incapable de poser une question élaborée, laquelle reste dans le vague, comme l’explique le commentaire de Rachi. Il convient en conséquence de lui apporter une réponse qui soit la plus claire possible : « tu lui répondras : “D’une main toute puissante, l’Éternel nous a fait sortir d’Égypte, d’une maison d’esclavage” ».

Celui qui ne sait pas poser de question : la Torah nous invite à lui répondre directement : « Prête lui ta bouche » ainsi qu’il est dit : « Tu raconteras à ton fils, en ce jour, en disant : c’est en vue de ceci que l’Éternel a œuvré pour moi, lors de ma sortie d’Égypte » (Exode 13, 8).

3. Analogie entre l’enfant sage et l’enfant impie

Ce que nous venons de voir de l’intérêt de fonder l’éducation sur l’éveil à la critique, va nous permettre de comprendre en quoi se rapproche l’interrogation de l’enfant sage de celle de l’impie.

En effet, visiblement les deux enfants ont la même interrogation, ce n’est pas pour rien, disent les commentateurs, que l’on à placé le sage au côté de l’impie, qui lui aussi est qualifié de sage, à ceci près qu’il doit sa perversité à son orgueil. Or, ce qui est reproché à l’impie s’est de s’exclure, par ces mots : « Que signifie pour vous ce rite ? » l’enfant s’exclut du groupe. C’est pourquoi, afin de lui « agacer les dents », on lui dit que s’il s’était trouvé là bas il n’aurait pas été délivré. Pourtant, le sage, à certes formulé sa question avec plus de tact du fait d’avoir fait mention de « l’Éternel notre Dieu », il à lui aussi l’air de s’exclure, puisqu’il conclut : « vous a ordonné » !

C’est pourquoi il nous faut comprendre ce questionnement sur un plan plus subtil, il ne s’agit pas simplement de s’interroger sur l’origine de la fête de la sortie d’Égypte et avec elle de la raison d’être de l’ensemble des lois de la Torah, mais de savoir en quoi, après plus de trois milles ans, sommes-nous encore concernés par l’histoire de ce peuple ?

4. Éduquer l’enfant selon sa propre voie c’est faire de lui un être autonome et libre

C’est donc une réflexion de fond qui nous engage ici, une réflexion qui vise à exprimer dans sa plus haute expression ce dialogue parent/enfant. Ce qui est exigé n’est pas uniquement de transmettre à l’enfant une simple répétition des lois de la Torah et de l’histoire du peuple juif, mais de l’inscrire dans la réalité présente.

En effet : la seule raison pour laquelle on dit à l’impie que s’il avait été là bas il n’aurait pas été délivré ne vise pas, loin s’en faut, à l’exclure — la preuve c’est que non seulement il fait partie des quatre enfants, mais qu’en plus il est assis au côté du sage, c’est donc que même selon la Torah son interrogation est pertinente — mais uniquement du fait de ce « refus » de voir un lien de causalité entre sa propre réalité avec ce qu’ont vécu les Anciens. C’est pour cette même raison qu’on lui agace les dents, par cette formule rhétorique, comme quoi s’il avait été là bas il ne serait pas sortie d’Égypte, il s’agit de lui faire comprendre, tout comme à l’enfant sage, que l’on ne peut s’affranchir de la servitude contre son gré, de sorte que si la sortie d’Égypte à encore un sens aujourd’hui, c’est surtout du fait qu’à tout moment l’homme peut redevenir un esclave.

C’est ainsi qu’en reprenant cette même réponse qui a été faite à l’impie les sages nous disent :

« À chaque génération, l’homme doit se considérer comme étant lui-même sorti d’Égypte, ainsi qu’il est dit : “Tu raconteras à ton fils, en ce jour, en disant : C’est dans cette vue que l’Éternel a agi pour moi, quand je sortis d’Égypte” (Ex 13, 8) ». Ce n’est pas seulement nos ancêtres, que le Saint, béni soit-Il a délivrés d’Égypte, mais c’est nous aussi qu’Il a délivré avec eux. »

Haggada de pessah (passage cité en parti dans la Mishna Pessahim 116, b)

Il s’agit donc uniquement de faire comprendre à l’enfant que la sortie d’Égypte n’est pas une vague légende mythologique, mais qu’elle participe de la réalité concrète, et que pour s’affranchir de la servitude, il suffit avant tout de le vouloir.

Plus haut au début de la Haggada nous lisons que si Dieu n’avait pas fait sortir nos ancêtres d’Égypte, alors nous serions encore asservis au Pharaon. On comprend sans peine qu’il ne s’agit pas là encore de dire que l’esclavage telle qu’il était en Égypte aurait perduré éternellement, mais de signifier que l’idée que porte le libération de l’esclavage continue de faire sens encore de nos jours, où la conscience de la liberté est une conscience qui doit nous alimenter toute notre vie. C’est ici que se joue la pérennité même de l’enseignement de la Torah et de l’existence du peuple juif.

Je conclurais par cette phrase de R. Joseph Rosen (1865-1936) : « Il n’est pas suffisant de libérer un esclave pour l’affranchir de toute servitude, il faut aussi en faire un être libre » (Tsaphnat Panéa’h, Arakhin 6, 17).

Hervé élie Bokobza

 
 

Gilles Kepel: dans les pays arabes, "les islamistes sont à leur tour confrontés à l’épreuve du réel"

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Photo: Stéphane Lavoué/Pasco

Gilles Kepel: dans les pays arabes, "les islamistes sont à leur tour confrontés à l’épreuve du réel"

Propos recueillis par Christian Makarian, publié le 23/03/2013 à 13:48

Dans son dernier livre, l’islamologue Gilles Kepel décrypte le grand désordre arabe et dévoile les enjeux géopolitiques de ces mutations. Entretien.

Pour Gilles Kepel, "la Syrie est la clef de voûte de tout le système moyen-oriental". Ici, des soldats de l’Armée syrienne libre, près de Damas, le 3 février.Reuters/Goran Tomasevic

Il a beau être un spécialiste mondialement connu de l’islam et du monde arabe contemporain, Gilles Kepel n’est pas un universitaire comme les autres. Dans son dernier livre, Passion arabe. Journal, 2011-2013, il a choisi de délaisser pour un temps les conférences internationales, afin de reprendre le chemin de ses premières études et de parcourir tous les pays arabes où ont éclaté des révolutions – aujourd’hui si controversées. Le résultat en est une saine lecture, où se mélangent scènes vécues et analyses profondes, qui permettent, au fil de ce "voyage en Orient", version XXIe siècle, de se pénétrer d’une civilisation en plein déchirement. C’est l’occasion de rencontrer des destins douloureux ou tragiques, mais aussi de découvrir tant d’espoirs manifestés par des hommes et des femmes que Kepel rapproche, de façon émouvante, de notre propre désir de vivre. Cet habitué des couloirs de Sciences po et de l’Institut universitaire de France aura eu le courage de quitter les chemins de l’essai pour faire de l’écriture un exercice de sincérité où l’intellectuel se transforme en témoin. Fort de ce retour aux sources, Gilles Kepel décrypte le grand désordre arabe et dévoile les enjeux géopolitiques.

Qu’est-ce qui vous a conduit à revenir sur tous les lieux du "printemps arabe"? Est-ce un besoin du chercheur que d’emprunter le chemin du journaliste?

J’ai voulu, à ma manière, revenir aux sources de l’orientalisme. Ce terme, tant décrié par l’intellectuel palestinien Edward Saïd, qui voyait dans les orientalistes des auxiliaires de la colonisation, désigne en fait une première prise de contact de l’Occident avec le Proche-Orient et l’Afrique du Nord. Or celle-ci s’est faite grâce aux voyages, celui de Volney puis de tous ceux qui l’ont suivi. Opposer "Occidental" et "Arabe" est une absurdité. Le propre de nos échanges est le mélange: c’est à saisir cette mixité du monde global que je me suis essayé. Les révolutions arabes nous ont tous surpris, moi compris, et elles ont fait l’objet de théorisations hâtives. Il m’a semblé que la meilleure façon de comprendre ce qui se déroulait sous nos yeux était encore d’aller voir les lieux et les peuples en mouvement. Pendant presque deux ans, j’ai donc systématiquement refait le tour de tout le monde arabe en pleine turbulence, de la Tunisie à Oman, pour confronter ce que je connaissais depuis quatre décennies à ce que je voyais. Comme un journaliste, je suis allé voir sur place; comme un universitaire, j’ai inscrit ce que j’ai vu dans la mémoire longue.

Descendre de la chaire professorale, est-ce un moyen de reconnaître que l’on peut se tromper?

Tout le monde s’est trompé, il faut en convenir. Nous sommes face à des événements qui vont si vite qu’il est très difficile de les anticiper. J’ai voulu remettre les compteurs à zéro, revenir à la base. Par exemple, j’ai passé une journée extraordinaire dans le Fayoum, en Egypte, le jour du second tour de l’élection présidentielle qui opposait Mohammed Morsi à Ahmed Chafik. Dans un village, un électeur nous a expliqué pourquoi il avait voté pour les Frères musulmans; un peu plus tard, les notables du lieu sont venus le frapper pour cette raison. Ce genre d’expérience apporte un éclairage qui est essentiel à la réflexion théorique.

Les islamologues ont propagé une perception très positive du printemps arabe, tandis que les opinions publiques occidentales ont vécu les événements avec une certaine crainte…

Au début, il y a eu effectivement un consensus pour trouver les premiers événements formidables. Les jeunes communiquaient sur Facebook, ils tweetaient, ils avaient les mêmes aspirations que la jeunesse occidentale. De quoi mettre les arabisants et les orientalistes à la retraite, puisqu’ils n’avaient rien vu venir. L’émancipation d’une classe moyenne supérieure a constitué le fer de lance des mouvements de masse, auxquels se sont rapidement ralliées les couches de "diplômés-chômeurs". Durant cette phase, les islamistes n’ont joué aucun rôle.

Comment les islamistes sont-ils entrés dans le jeu, pour finir par prendre le contrôle de tout?

Sous les régimes dictatoriaux, ils vivaient en clandestinité, mais ils disposaient de structures de résistance constituées sur le modèle des appareils qu’ils combattaient. En Egypte, les Frères musulmans ont produit la copie inversée des moukhabarat, les services secrets du régime précédent. Ils n’étaient pas faits pour mener une révolution, mais pour prendre le pouvoir à long terme. Une fois les régimes renversés par d’autres qu’eux, les Frères ont mis leur appareil en place. Ce qui n’a eu qu’un temps: aujourd’hui, en Tunisie comme en Egypte, on voit monter le conflit entre les classes moyennes sécularisées et la mouvance islamiste. Nous sommes dans la phase 3 des révolutions: la première a vu la jeunesse séculière se lever sans structures, la deuxième a permis aux islamistes de s’emparer des rouages du pouvoir, la troisième montre que ces derniers sont incapables de gérer la situation économique et politique. Aujourd’hui, en Egypte, la popularité du président Morsi est en chute libre. C’est pourquoi il y a sans doute encore des rebondissements à attendre.

Y a-t-il réellement un pays où la révolution ait produit un mieux?

C’est en Tunisie que la transition s’est passée de la manière la moins violente. Ce n’est pas un hasard, de même qu’il n’est pas surprenant que tout ait commencé dans ce pays-là. Les élites qui ont porté la révolution étaient en majorité constituées de juristes bilingues, parfaitement à l’aise en arabe et aussi, via la langue française, très inscrits dans la culture internationale ; ils incarnaient la mondialisation réfléchie. Le slogan de la révolution était en français: "Dégage !" C’est en Tunisie que le processus révolutionnaire a été le moins pris en otage par les logiques démagogiques de l’islamisme et de l’arabisme. Même le parti islamiste Ennahdha a engendré un homme comme Jebali, qui s’est rallié à l’islamisme à la cité universitaire d’Antony, tout en devenant ingénieur des Arts et Métiers.

Est-ce rassurant ou plutôt inquiétant?

Tout dépend de la manière dont la personne revient à la religion. Quelqu’un comme Jebali paraît capable de faire la synthèse entre la culture occidentale et ses propres racines, sans verser forcément dans l’outrance. Pour la France, il est essentiel que l’expérience tunisienne, malgré ses soubresauts, se solde par une forme de réussite. Car les deux pays sont très proches. Il faut se souvenir que dix députés du parlement tunisien sont français, cinq élus de France du Sud, cinq élus de France du Nord. 8 % de la population tunisienne habite en France, l’évolution politique de ce pays représente un enjeu considérable pour notre pays. Car les révolutions arabes mêlent intimement le sud de la Méditerranée et nos banlieues. Interactions en bien ou en mal, comme le montre l’arrestation de djihadistes de nationalité française au Mali. Par ailleurs, c’est avec la Tunisie que nous avons le plus de facilités d’échanges, voire d’affinités, parmi tous les pays arabes en révolution.

Comment l’espoir égyptien a-t-il pu être à ce point trahi?

Sous Moubarak, les Frères musulmans étaient déjà entrés dans une logique de cogestion avec l’armée: ils géraient l’éducation, le social, le caritatif… Avec l’appui du Qatar, ils ont réalisé une "OPA" sur la révolution: ils ont superposé leur discours unique à la multiplicité des slogans révolutionnaires. La chaîne qatarie Al-Jazira leur a ensuite donné un écho considérable en jouant à la fois le rôle d’imprésario et de sponsor. Pour les téléspectateurs arabes, les Frères sont devenus par ce biais les représentants légitimes de la révolution.

Quel est le vrai rôle des pétromonarchies comme le Qatar ?

Elles ont été, au départ, très décontenancées, effarées même. Parce que c’était une mise en cause des modèles autoritaires, dont les Etats du Golfe sont largement représentatifs ; mais aussi parce que les pétromonarchies ont vite compris qu’elles allaient être sollicitées pour subventionner les sociétés en cessation de paiement. Seuls trois Etats se projettent à l’international avec un vrai poids politique dans le Golfe: l’Arabie, le Qatar et les Emirats. Mais les deux premiers se sont impliqués de façon opposée. L’Arabie saoudite traverse actuellement une crise de gouvernance majeure: le roi est très âgé, la famille régnante est divisée entre différentes factions, si bien que Riyad n’a pas les capacités de déployer sa puissance dans la région. L’Arabie déteste les Frères musulmans, car ils incarnent un magistère alternatif au wahhabisme [doctrine religieuse de l'Arabie saoudite] au sein de l’islam sunnite international, et elle pousse contre eux les salafistes. Ces derniers trouvent leur financement et leurs bases théoriques, non seulement auprès des Saoudiens, mais aussi au Koweït, dont plusieurs milliardaires salafistes financent les groupes djihadistes en Syrie.

Et le Qatar ?

Il a eu la politique la plus active en appui aux révolutions, en Tunisie, en Libye, en Egypte. Les Qataris ont largement aidé à mettre en orbite les Frères musulmans comme représentants légitimes des révolutions, car ils voient dans ces derniers l’émanation d’une classe moyenne conservatrice, et ne les pensent pas susceptibles de menacer leurs intérêts. Ils les voient aussi tel un personnel politico-religieux apte à contrebalancer l’influence saoudienne, qui s’exerce au moyen de dizaines de milliers de prédicateurs répandus à travers le monde. Or, avec 200 000 ressortissants, le Qatar se sent fragilisé face à l’Arabie (25 millions d’habitants) et surtout face à l’Iran (80 millions). C’est un pays qui recherche en permanence de l’assurance tous risques à travers un rayonnement international, y compris en France, aussi bien dans les milieux d’affaires que dans les banlieues. Le footballeur réislamisé qui réussit offre un modèle compatible avec le capitalisme. Cependant, depuis les révolutions, les Qataris prennent des risques : en soutenant très activement les Frères musulmans, ils mettent en danger leur propre stratégie. Par exemple, ils ont manifesté un net désaccord avec Paris au sujet de l’intervention française au Mali, ce qui va à l’encontre du rapprochement qu’ils ont entrepris depuis des années.

Frères musulmans contre salafistes, comment différencier les deux branches de l’islamisme ?

Les Frères musulmans veulent conquérir le pouvoir par le haut afin d’islamiser la société; ils entendent remplacer la classe dirigeante précédente par une élite verte, sans qu’il y ait de transformations de l’ordre social. Mais les révolutions ont opéré des scissions en leur sein, entre ceux qui se comportent comme dans un parti stalinien et ceux qui veulent davantage de changements et glissent vers le salafisme. Les salafistes, eux, ont l’ambition de changer radicalement la société sur une base strictement religieuse, de la niveler par le bas grâce à une observance égale pour tous : l’ordre social actuel est impie car il est injuste (sauf en Arabie saoudite !…). Ce qui se traduit par une vision complètement rigoriste et rétrograde : les femmes sont recouvertes du niqab, les hommes ont les chevilles à l’air, etc. Cette vision est celle qui parvient le mieux à récupérer aujourd’hui les innombrables frustrations sociales. Les Frères recrutent dans les petite et moyenne bourgeoisies, les salafistes essaiment dans les bidonvilles et les quartiers les plus défavorisés. Le paradoxe est total quand on sait que les salafistes regardent vers l’Arabie saoudite, qui n’est vraiment pas un modèle de régime révolutionnaire ni de justice sociale. Les barbus sont pris dans un étau de contradictions invraisemblables…

Il n’existe pas à ce jour d’alternative structurée aux islamistes?

Non, les forces laïques sont très divisées par les querelles de leurs dirigeants, dont certains n’ont pas assez clairement rompu avec les anciens régimes, ce qui entache leur légitimité. En Egypte, les jeunes qui ont déclenché la révolution sont complètement déprimés et estiment que leurs aspirations ont été trahies. Quant aux classes moyennes sécularisées, elles ont payé le prix de leur soutien à la rénovation des régimes autoritaires ; elles ont cru un temps au rajeunissement des dictatures, qui se sont en partie appuyées sur elles. Gamal Moubarak, Seïf al-Islam Kadhafi ou Bachar el-Assad avaient introduit une dose de modernité susceptible de séduire ces élites urbaines. Face à elles, les islamistes ont construit un réseau de solidarité, qui les a installés dans la résistance et leur permet de dénoncer tous ceux qui ne se sont pas franchement opposés au régime précédent. Mais ils sont à leur tour confrontés à l’épreuve du réel et le désenchantement à leur égard est palpable.

Ce désenchantement vis-à-vis des islamistes explique-t-il pourquoi Bachar el-Assad parvient à se maintenir au pouvoir, au prix de crimes innombrables?

La Syrie est l’otage d’enjeux qui dépassent le seul cadre national. Au départ, on assiste à une révolution qui démarre comme les autres. Des jeunes se soulèvent à Deraa, à la mi-mars 2011, et sont torturés par la police secrète, qui humilie en outre leurs familles. On connaît la suite, particulièrement atroce. Mais, à la différence des autres pays arabes, au fur et à mesure du conflit, la Syrie devient le cadre dramatique dans lequel les pays du Golfe projettent leur volonté d’éjecter l’Iran de la scène politique régionale. Car la Syrie est la clef de voûte de tout le système moyen-oriental et s’articule aux deux enjeux essentiels qui caractérisent l’inscription du monde arabe dans l’univers : le conflit israélo-arabe et le pétrole. A travers son appui à Bachar el-Assad, l’Iran dessine un axe d’influence majeur au sein de toute la sphère arabo-musulmane. En contrôlant le Hezbollah libanais, jusqu’à maintenant, et le Hamas palestinien, jusqu’à l’an dernier, Téhéran est présent sur deux frontières d’Israël, le Liban et Gaza. Les pays du Golfe y voient une menace directe et financent tous les groupes salafistes qui veulent transformer la guerre de libération syrienne en un djihad sunnite antichiite et anti-alaouite.

Moyennant quoi, les Etats du Golfe contribuent à accroître les atrocités…

D’autant plus que la guerre de Syrie, à la différence de celles du Liban ou de l’ex-Yougoslavie, est entièrement retransmise sur Internet via les téléphones portables. Le résultat est monstrueux.

Face à cela, les dirigeants de l’Armée syrienne libre (ASL) sont débordés…

J’en ai rencontré plusieurs d’entre eux, qui ne sont pas du tout des djihadistes mais des démocrates et des laïques. Ils reprochent fortement aux Occidentaux de ne pas les avoir aidés, ce qui les place dans une situation infernale puisqu’ils sont confrontés à la fois aux forces d’Assad, appuyées par les livraisons de matériel russe et les Gardiens de la révolution, iraniens, et aux salafistes, qui disposent, eux, de l’argent abondant du Golfe. La guerre se "djihadise", ce qui est aussi une tactique employée par Assad pour affaiblir l’ASL et effrayer les minorités, alaouite ou chrétienne, qui craignent au final de se faire massacrer par les salafistes. Plus personne ne peut dire quelle est la réalité du rapport de forces sur le terrain. La perpétuation de l’état de guerre civile montre qu’il ne peut pas y avoir de solution purement militaire, puisqu’elle se traduit par la destruction de la Syrie. Il faut d’urgence une solution politique, laquelle n’est envisageable que par des garanties offertes par l’ASL aux différentes communautés, afin de les assurer qu’elles ne feront pas l’objet d’une vengeance aveugle. En Syrie, il n’y a d’issue que politique, à travers un Etat démocratique et pluraliste.

 

Est-ce qu’Israël est trop juif ? Par Eva Illouz

pessah-effervescence[1]Cet article écrit par une israélienne dans un quotidien israélien (le 24 mars 2013) dit beaucoup de choses pertinentes que l’on ne peut que partager. mais il y a pour un français des problèmes de vocabulaires, en particulier l’emploi du terme de libéral qui correspond à la fois à laïque et plus ouvert à la diversité comme aux Etats-Unis, le terme d’Etat là où un français distinguerait entre nation (plusieurs peuples, religions, etc..;) et Etat laïque… Mais même si l’on note ces différences de langage, il demeure dans cet article un lieu obscur, celui des avancées du libéralisme économique dans un Etat au départ socialiste. est-ce que cela ne renforce pas les inégalités, il n’en est jamais question, nous restons sur l’impact de l’ethno-religieux et les moyens de transformer l’Etat face au poids de la judéité. Ce qui est effectivement une réfléxion tout à fait importante surtout si nous tenons compte de ce qui travaille les sociétés arabes contemporaines proches avec l’aspiration à un Etat laïque moins despotique qui commence à sourdre (note et traduction pour Histoire et societe de Danielle Bleitrach)

Les Arabes israéliens pourraient-ils représenter l’intérêt collectif israélien ? Dans sa chronique hebdomadaire, lasociologue Eva Illouz examine si vraiment Israël peut passer le test du libéralisme.

Vendredi matin, après que j’ai  été chercher mon fils de 8 ans à l’école, je prends le petit-déjeuner et je lis mon journal du week-end, Haaretz. Je commence par le Magazine et le papier  de Sayed Kashua. Dans son style particulier – un mélange d’auto-dérision, de la tristesse assourdie et dela colère contrôlée – Kashua décrit dans des croquis vifs les difficultés d’être un Arabe dans la société israélienne contemporaine. Ce matin, son papier  a un ton encore plus morne que d’habitude : Sa femme est plus fatiguée; il s’effondre sous le poids toujours croissant de la vie hyper-moderne; et surtout, le dilemme toujours d’actualité de son Arabisme dans la société israélienne semble plus difficile que jamais.

Ce matin, il illustre la vie tragi-comique d’un Arabe vivant en Israël avec l’histoire suivante : un ami arabe riche lui a fait un présent, une peinture coûteuse, que Kashua et sa femme sont enchantés de recevoir. Sans aucun doute, sa valeur économique est un témoignage à l’affection de l’ami. Kashua veut accrocher la peinture dans leur salle de séjour, mais il se rend compte qu’il décrit les maisons d’Yemin Moshe, la première résidence  juive construite à l’extérieur des murs de la Vieille Ville au 19ème siècle et maintenant un habitat luxueux réservé seulement pour les riches juifs de l’étranger.

Kashua se débat d’une manière comique avec la question de savoir s’il faut accrocher cette peinture dans sa salle de séjour et il semble se résigner à y renoncer ; comme toujours, il laisse au lecteur le soin de savoir pourquoi.   La réponse semble évidente : Autant il est une partie de société israélienne,  autant Sayed  reste un Arabe,  engagé avec son peuple. Quand il regardera les couleurs chatoyantes de la peinture, il participera à la célébration de la présence juive à Jérusalem. Et s’il met la peinture dans la salle de séjour, il fera publiquement. Dans cette historiette minuscule il a parlé sur  un ton mineur, Kashua a peint un grand drame politique peint sur le mur grandiose de l’histoire.

Mais son histoire m’a laissée perplexe. Kashua est un modèle d’intégration arabe : Il écrit en Hébreu, des vies dans un voisinage juif et travaille pour un journal israélien-juif. Pourquoi il ne pouvait pas accrocher une image d’une résidence juive dans sa salle de séjour ? Pourquoi fait un acte aussi insignifiant que la réception et l’affichage du cadeau d’un ami produisent une tel desespoir? Pourquoi il ne pouvait pas jouir de l’image d’Yemin juif Moshe ? Je n’ai pas été sûre de la réponse. Je la trouverais peu plus tard ce même jour.

Le libéralisme n’égale pas de démocratie

J’ai poursuivi mon vendredi matin par une activité à la mode à Jérusalem : je suis allé à un cours organisé par un groupe de réflexion nouveau et énergique, Molad, dont la mission est de repenser la signification de démocratie israélienne. Un aLe cours était donné par un  des philosophes israéliens les plus célèbres, prof Moshe Halbertal, qui est de quelques façons l’équivalent juif de Kashua. Il a une double appartenance  dans les deux communautés qui ne vivent pas toujours paisiblement l’une avec l’autre : la communauté juive religieuse-orthodoxe et la communauté universitaire laïque, engagée dans les défenses des valeurs de démocratie.  Il m’est alors venu à l’esprit plus tard dans la journée que  Halbertal autant que Kashua étaient des images inversées l’un de l’autre, chacun luttant avec les contradictions d’Israël par leur appartenance à des  communautés antagonistes.

Comme la plupart des personnes en Israël, Halbertal croit qu’un état démocratique juif est aussi désirable que possible et continue à le défendre avec des arguments neufs, aiguisés. Aux lecteurs qui pensent qu’un état démocratique juif est la chose la plus naturelle au monde, il s’avère que pour la plupart des philosophes politiques, "un état démocratique juif" pose un problème sérieux pas aux théories de démocratie en soi, mais aux théories "libérales" de la démocratie. Le libéralisme est souvent encombré par la démocratie parce qu’il l’a accompagné, mais avec des chemins différents considérables. l’Athènes antique, par exemple, avait une démocratie, mais ce n’était pas un régime politique libéral.

La démocratie est un mode de gouvernance qui fournit une réponse à la question de la façon de faire que le peuple d’habitude impuissant a un pouvoir  politique. Il a pour but d’empêcher  que de petits groupes ou des familles soient en situation de diriger à eux seuls les affaires politiques d’un pays. Le libéralisme est la vraie grande invention politique de la modernité et répond à une question beaucoup plus profonde et plus complexe.   Comment faisons-nous des groupes de personnes qui croient en des dieux différents puisse vivre paisiblement  l’un avec l’autre ? La question est venue hanter la pensée politique de l’Europe à cause des guerres de religions entre les Protestants et les Catholiques qui ont dévasté le continent pendant 300 ans. Les philosophes du 16ème aux 18ème siècles ont peu à peu compris que des majorités religieuses – particulièrement quand ils ont été soutenus par un régime politique dominant – persécuteront, exploiteront ou ignoreront des minorités religieuses.

Le libéralisme est une philosophie politique qui part du  dégoût face à la cruauté exercée par des majorités sur des minorités et de la crainte de telles majorités créent dans des minorités.Le libéralisme veut créer les conditions pour  que chaque individu ou  chaque groupe  puisse execer sa propre définition de la bonne vie. (De sorte qu’ il ne blesse pas l’autre.). En fin de compte, on suppose ainsi que l’état libéral admet la diversité des communautés qui y sont néanmoins engagés.

La réponse du Libéralisme à la question de la manière de faire pour que des groupes ethniques ou religieux différents coexiste entre eux était brillant : faisons un état neutre. Qu’est-ce que cela signifie avoir un état neutre ? Cela a signifié que l’état ne serait pas auto-ouvertement et explicitement identifié avec un groupe religieux ou ethnique. L’état ne serait à  personne et à tout le monde. Cela a signifié aussi que l’état ne pouvait pas s’immiscer ou exiger un ensemble de croyances ou des actes religieux de citoyens. L’état avait maintenant un nouveau rôle : Il devait  protéger la liberté et l’intimité des gens, leur droit à croire et pratiquer ce qu’ils voulaient.

Le libéralisme est ainsi basé sur une illusion d’optique puissante : l’état semble reculer dans un tel  contexte, maigrir et atteindre un niveau minimal (Il ne s’immisce pas ), mais son effet et impact sont encore très fort. Dans la non identification manifestement avec une vue du monde, la religion ou la race, il offre un cadre pour faire la vie sociale aussi paisible qu’ordinaire. Il pratique la non intervention, n’exige pas de l’allégeance de minorités à une vue du monde particulière, à un type  de croyances, à des dieux, àla religion. Ceci est aussi la raison pour laquelle dans des régimes politiques libéraux, la culture devient publique et commune : la tradition littéraire "classique", par exemple, a été inventée au 19ème siècle pour fournir un point de rencontre commun pour des groupes sociaux différents. Les juifs (et d’autres minorités) ont spectaculairement prospéré dans des pays libéraux précisément parce parce que le libéralisme offre droits, liberté, aux capacités pour entrer en masse dans la réalité culturelle qui peut alors être perçue comme neutre.  (Si le libéralisme avait été aussi développé en Europe du XIXe siècle qu’ aujourd’hui, il est douteux que Herzl aurait écrit sa revendication célèbre au nationalisme juif.) Plus que le nationalisme, le libéralisme a apporté le niveau le plus haut niveau de sécurité et de propspérité aux Juifs dans le monde.

L’état le plus démocratique du Moyen-Orient

Israël est sans aucun doute l’état le plus démocratique du Moyen-Orient. En 1948, il a étendu des droits significatifs aux minorités arabes et a affiché une maturité politique stupéfiante alors. Cependant, la démocratie d’Israël s’est rapidement organisée autour des principes qui n’étaient pas libéraux. Ce qui le distingue des démocraties libérales de l’Europe occidentale ou les États-Unis est son caractère ethnico-religieux marqué. Israël est un état juif auto-déclaré pour  que les Juifs, le dirigent , le managent  et le contrôlent.Et c’est tout (À cet égard, il est beaucoup plus proche des Pays arabes autour de nous).

Israël accorde instantanément la citoyenneté aux Juifs dans le monde. Ses rabbins financés par l’État décident qui se mariera et qui ne le  fera pas, qui obtiendra la citoyenneté et qui ne l’aura pas et qui sera enterré où. Israël a des vacances juives nationales pendant lesquelles les transports en commun et le commerce sont suspendus, conformément aux lois religieuses. Son armée est surtout et exclusivement conçue par et pour les Juifs. Beaucoup, si non le plus grand nombre, des postes publics dans la société peuvent seulement être remplis par des Juifs. (Tous ceux des universités, des musées nationaux, des grandes sociétés, la plupart des ministères, des chaînes de télévision, des maisons d’édition, des journaux ont  leur tête seulement des Juifs ). Sa compagnie aérienne nationale utilise le profilage racial comme une méthode ordinaire pour protéger la sécurité de ses vols. Le programme d’études scolaire est presque exclusivement consacré à l’histoire religieuse et politique juive. Israël est un pays juif, pour les juifs, dirigé par les juifs , dans lesquels les non-juifs peuvent seulement jouer un rôle marginal,c’est tout (et à ce titre il est plutôt comparable aux pays arabesx aux alentours).

La conclusion plutôt évidente et simple est cet Israël n’adopte pas le modèle d’États libéraux. La démocratie israélienne est la démocratie moins le libéralisme  ( le Prof Yoav Peled de Tel Aviv l’Université a fait un point semblable dans un article brillant écrit il y a 20 ans ). Mais dans son cours de vendredi matin, Halbertal a apporté  une affirmation surprenante : les états libéraux, a-t-il revendiqué, ne sont jamais neutre. Comment Halbertal sait-il que les pays libéraux ne sont pas neutres ? Parce qu’ils ont des calendriers, une langue nationale, une histoire et un héritage culturel. S’ils ne sont jamais neutres, il s’en suit logiquement et moralement qu’Israël a droit à sa Judéité(De la même façon, vraisemblablement, que d’autres pays ont droit à leur Christianisme).Une fois que nous établissons que ces pays libéraux ont seulement l’apparence du libéralisme et sont dans leur soubassement Chrétien, ou ont au moins une culture très définie et spécifique, il est plus facile de justifier la Judéité d’Israël. De là, on peut se déplacer très rapidement au cœur de la légitimation de Sionisme. Si le monde a tant de pays Chrétiens ? (La France, l’Allemagne, ou les États-Unis ?), pourquoi le monde ne devrait pas aussi avoir une patrie juive ? Et c’est là où commence la confusion habituelle .

À mon avis, on mélange deux questions différentes : On passe de la légitimité du nationalisme juif et d’autre au caractère juif de l’état. La première question – si le nationalisme juif a été justifié – , à mon avis, mérite une réponse évidente (Je suis désolé d’être en désaccord avec mes amis de gauche). Bien que je n’aie pas d’aspiration nationaliste en  moi et  que je reste engagée dans l’internationalisme, je ne vois pas ce  qui rend le projet juif d’autodétermination plus mauvais que d’autres. (En ceci je suis entièrement d’accord avec Halbertal ). L’auto-autonomie du peuple – particulièrement quand ils a été aussi opprimés et persécuté que les Juifs l’ont été en Europe – était non seulement une réponse politiquement valable, mais un droit moral aussi.

Si ce nationalisme a eu moins de succès que d’autres, c’était parce qu’il s’est  empêtré avec la politique coloniale de l’Europe et l’opposition ultérieure des Pays arabes. C’est ces circonstances et pas un péché originel, qui a donné au nationalisme juif a des allures désordonnées.Mais du fait que les Juifs avaient moralement droit à l’autodétermination, il ne s’ensuit pas l’état doit être juif. Halbertal prétend que tous les Etats manquent de neutralité, donc le défaut de neutralité d’Israël est aussi acceptable que le leur.   Pour Halbertal, la clé de l’avancement de la situation des minorités arabes ne réside pas dans l’avancement vers un Etat plus neutre, mais dans le fait de donner des droits plus grands à la minorité arabe. À mon avis, ceci est un malentendu sur la neutralité des états libéraux. C’est aussi une erreur de supposer que tous les états sont non-neutres de la même façon. Pour comprendre ce que je veux dire, faites l’exercice mental/politique suivant, que le grand philosophe politique américain John Rawls décrit comme la levée du voile d’ignorance. Cet exercice nous aidera à décider comment construire une société faite pour tous. Supposons que vous ne savez pas si vous êtes nés juifs, arabe, coréen, philippin, africain, ou le Chrétien. Ne  sachant pas cela, vous devez vous décider où vous voudriez être nés (Et en direct). Préféreriez-vous être nés comme un membre d’une minorité dans la société israélienne ou dans une société libérale de l’Europe occidentale? Préféreriez-vous être un Juif ? (Ou un coréen ?) dans une société américaine / de l’Europe occidentale ou un Arabe ou un Chrétien dans une société israélienne ? Je crois que la plupart d’entre nous voudraient être nés dans une société libérale de l’Europe occidentale. Pourquoi ? Nous imaginons que nous risquons d’appartenir  à un groupe minoritaire : En tant que  minorités, on penserait  avoir une meilleure chance de devenir de plus instruit et riche. D’autres penseraient qu’ils seraient plus aisément intégrés dans la langue et la culture du mode libéral.Mais j’ajouterais un  troisième et crucial argument : Dans des pays libéraux, la mesure  des droits de minorités  égaux à ceux de la majorité réside en ceci : les représentants de minorités peuvent-ils agir comme les représentants de la majorité, en défendant les intérêts collectifs et nationaux ? Ceci, je discuterais, est  la vraie marque d’une société libérale : non seulement si les minorités ont des droits, non seulement s’ils ont l’accès aux ressources matérielles, mais d’une façon la plus cruciale, si les membres de minorités sont autorisés à représenter le corps collectif ? (Comme Benjamin Disraeli, né un Juif en Angleterre du XIXe siècle; le Juif Leon Blum en France; ou Barack Obama aujourd’hui aux États-Unis ?).

Le test du libéralisme d’Israël, même après des droits étendu aux Arabes, est ainsi simple : Est-ce que les Arabes israéliens pourraient représenter l’Israélien collectif ?Je ne pense pas que j’aie  même répondre à cette question. Ils ne peuvent pas. Et s’ils ne peuvent pas, ce n’est pas parce qu’ils représentent "une menace pour la  sécurité." C’est parce que l’identité et la culture de l’état sont trop  juifs, précisément dans une voie qui écarte la possibilité qu"un non-juif représente les intérêts de la majorité juive.

Le problème est précisément que la culture israélienne-juive contient beaucoup plus qu’une langue ou un calendrier. La finesse et la neutralité de cultures libérales sont d’autres noms pour  un ordre légal, culturel et politique basé sur la neutralité, qui est un mot de code pour l’universalisme. L’universalisme est et devient  parce qu’il ne se heurte  pas à des traditions lourdes et obligatoires ou des religions; il ne compte pas sur les symboles qui sont si fermement et exclusivement associés à un groupe qui de facto exclut tout autre groupe. Des cultures laïques sont les conteneurs beaucoup plus grands de  la diversité culturelle. Ce qui est perdu dans l’épaisseur est gagné dans l’étendue.

Non-juifs ont exclu

La raison à la peinture non accrochée de Kashua est devenue plus claire après que j’ai mené  un dialogue interne avec le cours d’Halbertal. Kashua peut marcher et vivre dans un voisinage juif, mais ne peut pas consommer  "des significations épaisses," parce que la culture de l’état juif inévitablement exclut des non-juifs. Bien sûr je me rends aussi compte que les Arabes israéliens ont leur propre ensemble de fidélités, mais le nationalisme juif le rend très difficile pour des non-juifs même essayer de se reconnaître dans et entrer dans sa culture. Plus que cela : les symboles collectifs de société israélienne ne sont pas juste les symboles de Judéité; certains d’entre eux excluent activement des non-juifs. Le drapeau israélien, les vacances de Pourim ? (Haman devrait être détruit), ou Pessah? (Les mauvais Égyptiens qui se noient ), la Shoah ? (Quand le monde entier nous a abandonnés ?), Memorial Day ? (Nos soldats qui ont été tués par d’autres ?), sont tous "des nous" ? (Les Juifs ?) contre "eux" ? (Le reste du monde, les Nazis, les Arabes, l’Amalekites ?). Je suggère en aucune façon que les Israéliens abandonnent ces vacances. Je suggère simplement que nous – des Israéliens et des Juifs – devions travailler plus dur à définir leur contenu universel.

La culture "nationale" israélienne diffère des cultures nationales de pays libéraux à cause de la voie entièrement originale et unique dont Israël a été créé. Tandis que la plupart des pays ont les diasporas qui quittent(qui s’écartent) du territoire principal, Israël était une nation créée par les diasporas qui ont préexisté au pays lui-même. Les diasporas ont cette caractéristique : Ils sont obsédés par leur identité avec ce qui les distingue et les marque à l’extérieur du groupe, avec les manières dont les majorités de leurs pays adoptifs les traitent. Le fait que le nationalisme juif commencé dans une diaspora et pas sur un territoire a eu un effet déterminant : Il a fait que l’État Israël est conçu comme une extension de l’unité ethnique juive, plus distincte des non-juifs que d’autres nations. Ceci est entièrement légitime pour une diaspora, mais beaucoup moins approprié pour un état libéral.

Inégalités intolérables

Quel est ma démonstration ? Simplement ceci : un pays basé sur la Judéité qui existe de tant de façons institutionnalisées crée des inégalités intolérables et des exclusions. Je ne suis pas plus que vous d’accord  avec le racisme révoltant d’un état qui refuse qu’un  Juif épouse un non-juif; enterrer un non-juif qui est mort dans une opération militaire avec ses pairs des soldats juifs, ou un état qui renvoie des réfugiés africains à une mort certaine (Parce qu’ils ne sont pas juifs ?). Ces pratiques s’opposent totalement à  ce que le reste du monde éclairé comprend comme des droits universels. Mais vient maintenant un fait plus surprenant : la Judéité de l’état crée des inégalités profondes parmi des Juifs eux-mêmes; la Judéité de l’état d’Israël est un problème non seulement pour des Arabes et des non-juifs, mais pour la plupart des Juifs aussi. Israël a une caste des gens religieux, exempts du travail et du service militaire, soutenu par le travail acharné d’une multitude d’autres personnes qui voient une part de leurs impôts redistribués dans le seul but d’entretenir cette caste, plutôt qu’améliorer leurs écoles ou nettoyer leurs villes. Qu’est-ce qui a rendu cette forme répugnante d’inégalité possible ? Les bases très ethniques et religieuses du pays. C’est le fait que ces gens religieux ont été considérés initialement comme "des Juifs réels" qui leur donne, ipso facto,  un statut privilégié.

Aucun autre pays de ma connaissance n’aurait été d’accord avec un tel arrangement, qui apparaît le produit d’une vision première, mystique d’une appartenance ethnique basée sur la religion. Ou pensez à la suprématie de l’état à l’ultra-orthodoxie par rapport au Conservateur et  à la Réforme des rabbins sur de nombreux sujets tel lefinancement de l’état,  les conversions, la possibilité de mariages  et plus. Cette inégalité est possible parce que la Judéité est mystiquement associée à l’essence de l’état. ? (Ce que par une ironie amère on constate pour la même raison, le Judaïsme est plus vivant et pluraliste dans des pays libéraux qu’il ne l’ est en Israël.

Pensez à un autre exemple : En 1985, Yitzhak Shamir a justifié la libération des membres de la résistance juive, qui avait comploté de détruire des lieux saints Musulmans sur le Mont du Temple. Shamir les a vus comme "la chair de notre chair" – la signification du fait simple qu’ils étaient des Juifs leur ayant donné droit à la liberté. essayez d’imaginer  d’imaginer un citoyen allemand ou français qui aurait planifié un acte de terrorisme majeur contre des Juifs et, après l’emprisonnement, serait gracié par un officiel important parce qu’il avait de la même "chair". Vous ne seriez pas stupéfaits ? Mais d’une façon ou d’une autre, les Israéliens voient comme totalement acceptable ce qui révolterait ailleurs. Ceci est seulement à cause de l’affinité ethnique et religieuse profonde entre l’état et la Judéité.

La preuve de cette analyse peut être trouvée dans l’examen de la direction historique d’Israël : Ce pays est plus fermé aux étrangers aujourd’hui qu’il l’était il y a 20 ans. Une position politique qui n’est pas auto-ouvertement juive et le Sioniste est soigneusement scrutée et délégitimisée. Le Knesset a laissé passer la législation anti-arabe et a exigé précisément ce qui est caractéristique des états intoléranta – à savoir, les engagements de fidélité aux symboles juifs.

Un parti juif radical de droite basé sur des principes ethniques-religieux comme Habayit Hayehudi peut devenir l’allié naturel d’un parti prétenduement centriste. Il y a les nombres croissant d’attaques racistes par des Juifs sur des non-juifs. Et maintenant on propose la législation pour transformer le caractère  démocratique de l’état par sa Judéité. Bref, la politique israélienne est devenue beaucoup plus extrémiste parce qu’elle s’est toujours plus conformé  à la logique de ses fondation ethnico-religieuses. Un état juif basé sur l’identité juive devait nécessairement devenir ce qu’il est devenu : moralement répulsif aux sensibilités libérales d’Européens Occidentaux; une source d’inégalités profondes entre Juifs et Arabes et d’inégalités incompréhensibles parmi Juifs eux-mêmes; et le pire de tout, un état qui fait le racisme une façon naturelle de conduire ses affaires.

Si Israël ne veut pas devenir une version politiquement améliorée et militairement plus puissante de régimes ethnocratic sombres, Il doit non seulement assurer que les droits de minorités soient protégés, mais devenir aussi puissamment universalistes, retournez aux traditions universalistes  juive et alignez-le sur la neutralité d’états libéraux. Israël peut et doit avoir une culture juive nationale, mais cette culture devrait être, comme ses homologues libéraux Occidentaux, beaucoup plus légères et plus neutres. Ceci impliquerait que le traitement des  Juifs et des non-juifs le soient également dans plus de domaines qu’ils sont pratiqués aujourd’hui; le démantèlement du rabbinat d’état (Halbertal lui-même le propose); l’encouragement de pluralisme religieux et traitant toutes les dénominations juives également; fabrication de symboles religieux  universels; enseignement de l’histoire d’autres traditions; création d’un canon d’Arabe classique et littéraires juifs;  toute ceci rendra plus facile à des non-juifs de devenir des citoyens. Toutes ces mesures maintiendraient la Judéité d’Israël. Israël aurait toujours le même calendrier, des symboles et la langue. IL deviendrait non-neutre de la même façon comme des pays libéraux le sont, parce que des groupes divers seraient organisés dans un cadre plus large et plus inclusif. Nous voulons que Sayed Kashua reste engagés dans son groupe, mais nous voulons aussi qu’il puisse accrocher une peinture d’Yemin Moshe dans sa salle de séjour et soit en paix avec cela.

 
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Publié par le mars 28, 2013 dans civilisation, dialogue

 

Uruguay, le président le plus pauvre du monde… par David Suzuki

Photo: Uruguay's

Something particularly unique is happening in South America. I only recently learned of Jose Mujica, a remarkable man who became president of Uruguay in 2009. (Credit: Embajada de los Estados Unidos en Uruguay via Flickr)

Quelque chose d’inédit en Amérique latine

par David Suzuki

Nous  soutenons des leaders sans protester sans nous interroger . Et qu’arrive-til à la plupart quand ils quittent le pouvoir? Ils se lancent dans les conseils, les affaires lucratives, utilisent les réseaux qu’ils ont conservé dans leurs administration pour continuer à mener des affaires lucratives( tout en continuant comme Nicolas Sarkozy à jouir de revenus plus que confortables assurés par les citoyens de leurs pays Ndlr).

Quelques politiciens ont choisi une voie différente.  L’ancien Président américain Jimmy Carter a s’est retiré après la fin de son mandat,  et après avoir été  ridiculisé par les médias les plus diffusés , pourtant il acontinué à consacrer sa vie à la promotion de la justice et l’élimination de la pauvreté dans le monde entier. Nelson Mandela est un autre modèle qui est un exemple incroyable  et qui place haut la barre.

Mais il arrive quelque chose de totalement inédit en Amérique du Sud. C’est seulement récemment que j’ai su qui était  Jose Mujica, un homme remarquable qui est devenu le président de l’Uruguay en 2009.

C’est un activiste radical qui, dans les années 1960, a rejoint la guérilla , les Tupamaros, formé par des travailleurs de la canne à sucre et des étudiants. L’organisation a été écrasée après un coup d’Etat militaire en 1973. Mujica a été blessé six fois et emprisonné pendant 14 ans; il prétend que l’incarcération a fait murir sa pensée. En 1985, la démocratie constitutionnelle a été rétablie en Uruguay et Mujica a été libéré. Il a concouru pour les électionset a été élu le président en 2009..Et quel politicien! C’est un végétarien qui vit dans la ferme délabrée qui appartient à sa femme où ils travaillent ensemble dans les champs plantés de fleurs. Il a rejeté l’occasion d’aller vivre  dans le palais présidentiel à Montevideo, préférant rester à la ferme, qui est reliée avec la capitale par un chemin de terre battue. Conformément à la loi de l’Uruguay, les élus doivent déclarer leur fortune personnelle. En 2010, celle de Mujica était de 1,800 $, la valeur de la coccinelle  de Volkswagen 1987 qu’il conduit. Quand il a ajouté la part des actifs de sa femme – sa maison, le terrain et le tracteur – il a estimé la fortune familiale déclarée à 215,000 $.

Mujica reçoit $12,000 par mois comme  president but il donne 90 pour cent de cette somme pour les pauvres et les petits boulots.je peux vivre bien avec ce que j’ai," dit-il. "Je suis appelé ‘ le président le plus pauvre ‘, mais je ne me sens pas pauvre. Les pauvres sont ceux qui oeuvrent  seulement pour essayer de garder un style de vie cher et veulent  toujours de plus en plus."  Il a ajouté, "Ceci est une question de liberté. Si vous n’avez pas beaucoup de biens alors vous ne devez pas marcher toute votre vie comme un esclave pour les maintenir et donc vous avez le temps plus pour vous. Je peux paraître un vieil homme excentrique… Mais ceci est un choix libre."

Mujica a assisté à Rio+20, la Conférence de Nations unies du Développement durable, en juin 2012, où il a fait un exposé : "nous avons parlé toute après-midi du développement durable – pour les masses de la pauvreté. Mais que pensons-nous ? Voulons-nous le modèle de développement et de consommation des pays riches ? Je vous demande maintenant : Ce qui arriverait à cette planète si les Indiens auraient la même proportion de voitures par ménage que les allemands ? Combien d’oxygène disparaîtrait ? Cette planète a-t-elle assez de ressources pour que sept ou huit milliards d’habitants puisse avoir le même niveau de consommation et de  déchets qui aujourd’hui s’accumulent  dans des sociétés riches ? C’est ce niveau d’hyper-consommation qui nuit à notre planète." Mujica dit que la plupart des leaders mondiaux ont "une obsession aveugle pour réaliser la croissance avec la consommation, comme si le contraire signifierait la fin du monde."  Il est frappé le peu de résistance dans l’opinion, celle ci est désormais  au dessous de 50 pour cent qui se prononce pour mettre un véto à l’avortement avant 12 semaines (comme tous ses prédécesseurs l’ont fait) et le soutien d’un débat sur la légalisation d’utilisation de marijuana qui donnerait un monopole à l’état sur son commerce. Mujica indique : "la Consommation de cannabis n’est pas la chose la plus inquiétante; le trafic de drogue est le problème réel."  Mujica n’est pas inquiété par la baisse dans la popularité. Il fait partie de la politique et en plus, il a 77 ans et ne peut pas concourrir de nouveau en 2014. Il est un bon modèle à suivre avec des valeurs sages, durables et une inspiration pour les gens dans le monde entier.

traduction deDanielle Bleitrach pour histoire et societe.

 

Mes jeunes amis, le fascisme rouge-brun, l’homosexualité et Cuba, ou comment démêler le vrai du faux ? par danielle Bleitrach

article_photobaiser1[1]Voici ce que je réponds sur le mur face book d’une amie Constance FV lancée dans un débat avec un disciple de Soral à propos du mariage pour tous . Celui-ci non content d’énoncer des contre-vérités sur le danger d’un tel mariage réclame benoitement  le débat sur ses mensonges au nom de la "démocratie", un peu à la manière dont la droite et l’extrême-droite qui au Parlement refusent de participer aux auditions parlementaires sur le sujet, essaient de l’imposer sous couvert de "démocratie" dans la rue alors même qu’il s’agit d’une promesse présidentielle et que le débat est ouvert au parlement. Il s’agit en fait d’une opération politicienne dont les homosexuels sont doublement victimes.

Le "moule" de l’appel à la démocratie pour défendre l’indéfendable

C’est une stratégie bien connue de l’extrême-droite et de Soral, il suffit de voir la manière dont celle-ci tente la réhabilitation du nazisme  dans le négationnisme. Un type comme Bricmont est spécialiste de la chose. Il s’agit de réouvrir un pseudo débat tranché par tous les historiens sur l’extermination et les chambres à Gaz (en fait une opération de réhabilitation du nazisme) non pas avec les dits historiens qui s’y refuseraient, mais bien ans le cadre d’une opération politicienne visant un grand public en utilisant ses préjugés. Il s’agit  pour les négationnistes de réhabiliter le nazisme en profitant de la situation créée par le deni de droit des palestiniens. Il s’agit pour ceux qui réclament un référendum sur le mariage pour tous d’ouvrir un front de rassemblement à droite contre le PS.  C’est de la manipulation et l’on prétend la justifier sous l’idée qu’en démocratie aucun débat ne doit être interdit, on peut même comme le dit Bricmont et ses copains de Grand soir pousser un double front, le premier est la référence à Voltaire, défendre le droit de mes ennemis à l’expression, le second est l’analogie injustifiée entre ce qui se passe en Palestine et la Shoah.

Sur le premier point,la référence à Voltaire est complètement erronée, il ne s’agit pas d’une opinion qui appelle le débat mais bien d’une contre-vérité visant à diffamer un peuple et des individus. Sur le second , la référence à la Shoah par rapport à la Palestine relève du même abus de vérité. Quel que soit le caractère abominable de la politique des dirigeants israéliens, leur mépris du droit international, il n’y a pas génocide de palestiniens et cette comparaison est paradoxalement utilisée à la fois pour stigmatiser les juifs, vivants et morts (vous l’avez mérité) et pour les apeurer pour qu’ils appuient tous les viols de la légalité.

C’est un mode de pensée qu’il faut dénoncer parce qu’il nourrit les haines et les illusions, les stéréotypes et constitue un obstacle à la paix, une paix qui passe non par des fantasmes mais par des choix politiques clairs. Cela ne m’étonne pas que l’on le retrouve chez les disciples de Soral cet appel au débat à propos du mariage pour tous et  il à son équivalent dans la demande d’un référendum sur une proposition présidentielle. Mêmes les  fausses vérités assénées, le mariage pour tous déboucherait sur la polygamie et l’inceste par exemple, la nature interdit l’union dans le même sexe, et appel à la démocratie référendaire, l’opinion que l’on travaille dans le sens des stéréotypes les plus ignobles. On feint de n’avoir rien contre les gays mais on tente de pousser vers leur exclusion.

Il s’agit de mobiliser le ban et l’arrière ban de la réaction. Les églises sont appelés à rompre avec la  laïcité et les églises sont appelés dans un débat où elles ne devraient pas intervenir (à leur charge de refuser le mariage religieux). Nous sommes bien devant une situation antidémocratique, réactionnaire, réactives jusque dans un passé fictif où l’on recompose les camps et fascisante qui se masque sous le droit au débat et sous des analogies foireuses.

Des jeunes gens qui ont besoin de chercher leur vérité sur l’Histoire.

C’est à ce titre que j’interviens dans le débat menée par une jeune amie Face book et ses copains d’une vingtaine d’années. J’appuie les propos de Constance dénonçant Alain Soral mais je me permets de corriger sa vision de Cuba. La plupart des lecteurs de ce blog n’ignorent pas que j’ai renoncé à défendre Cuba et même l’Amérique latine. Y compris quand je suis indignée par des émissions sur Arte, de véritables infamies, des dénis de réalité, une opération de propagande anti-cubaine comme récemment. Il m’est alors  trés dur de ne pas intervenir, mais je considère que les Cubains se sont mal conduits envers moi, ce qui a peu d’importance, mais surtout envers ma famille disparue dans les camps de concentration et même mon pays. Je le dis avec d’autant plus de force que mes grands parents se sont réfugiés à Cuba pour fuire le nazisme, y ont été accueillis et sont morts cubains. Jamais je n’accuserai les Cubains du moindre racisme, cette nation s’est construite contre le racisme esclavagiste, a conquis son unité sur un grand idéal celui de José Marti.

Mais je considère comme inadmissible que quelles que soient les alliances anti-impérialistes et leur soutien au peuple palestinien, les Cubains se déshonorent en acceptant de cautionner des propos antisémites et négationnistes que l’on trouve à profusion dans des sites comme le réseau Voltaire de Thierry Meyssan, mondialisation.ca et tant d’autres. Ils n’y sont pour rien si Alain Soral utilise le portrait de Fidel et celui de Chavez, mais ils affaiblissent le communisme en France en bradant leur prestige par de tels compromis, en tolérant la confusion, en publiant des textes émanant de telles officines. Outre le fait que ces "aventuriers" d’extrême-droite qui la jouent révolutionnaire ont souvent un fil à la patte et mangent à tous les rateliers.  la pourriture négationniste a envahi peu à peu tous les sites, Grand soir, Bellaciao qui à l’origine je peux en témoigner n’avait rien à voir avec de telles errances et le positionnement anti-impéraliste est de plus en plus vérolé . Le parti de gauche admet dans son sein des gens qui à l’instar de René balme sont complétement dans cette mouvance et en assurent la promotion. Certains courants "staliniens" ont complètement perdu l’esprit dans ce domaine… En Belgique en particulier mais la France connaît les mêmes dévoiements…

C’est d’autant plus dangereux que la france est devenu le terrain privilégié (à cause d’une forte population musulmane et juive souvent rapatriée) des appels à la haine et de la confusion raciale… C’est trés dangereux on l’a vu récemment à Toulouse et Montauban.L’analyse de ce qui se passe au Mali et sur le continent africain est plombée par ce vice de perspective où l’on finit par confondre les mafieux fascistes et les mouvements de libération, ce que ne font pas les Cubains qui ont une simple position de principe anti-intervention impérialiste, mais qui prennent garde de tout confondre. Le mouvement de la paix est bloqué par ce mélange d’ignorance et de haine sans perspective. J’attendais des Cubains qu’ils nous aident par leur perpicacité et leur expérience.

Cela dit si je ne décolère contre cette mauvaise action cubaine qui  consiste à ne pas être trés regardant sur ceux qui se prétendent leurs alliés et je m’interdis à ce titre de les défendre, je refuse de contribuer à quelque chose d’aussi préjudiciable qui est l’offensive parfaitement injustifiée sur la réalité cubaine, sur l’histoire de ce pays et plus généralement sur l’Amérique latine.

Voilà donc ma réponse à mes jeunes amis qui ignorent un peu toutes ces questions et parlent à partir d’une désinformation orientée. Je trouve remarquable leur tentative de" chercher la vérité là où il y a tant de manipulations, je me dois au moins à eux de répondre parce que ce monde que nous leur laissons est le leur, nous avons des reponsabilités pour le leur avoir donné dans cet état.

Le fascisme est là dans toute situation de crise pour trouver des boucs émissaires

La crise est d’abord celle d’un système social qui est entré dans un profond ébranlement, accroit les inégalités d’une manière monstrueuse, entretient les guerres de pillage et fait peser sur la jeunesse la violence de ce que ce sytème exige pour perdurer en leur faisant miroiter de pouvoir s’en sortir individuellement, en écrasant les autres… La crise est économique, financière mais aussi politique, éthique, partout il y a aspiration au changement vers l’égalité et partout il y a refus du changement en développant des peurs imaginaires en désignant des boucs émissaires.

Constance a parfaitement raison sur Soral, ce type est  proche du Front National, il fait partie de ce qu’on appelle les identitaires.Sa haine à lui ce sont les juifs et il utilise le combat des Palestiniens pour revitaliser les thèses de l’extrême-droite sur la non existence des chambres à gaz, idée proche de celles de Le pen et de son petit copain Dieudonné, complètement obsédé par l’antisméitisme au point d’en perdre tout talent,  condamné plusieurs fois pour incitation à la haine raciale.

Soral tente de créer la confusion avec les communistes en expliquant qu’il a été au PCF, c’est faux, il n’est même pas un Doriot. De même il place sur son site les portraits de Fidel Castro et Chavez, ce dont ces derniers ne sont en rien responsables, pour entretenir cette confusion.

Mais les communistes que l’on soit ou non d’accord avec eux ont pour adversaires non des individus mais une classe sociale capitaliste et à l’échelle mondiale l’impérialisme, ses invasions comme en Irak, le colonialisme et le néo colonialisme qui pille des pays. Alors que des gens comme Soral, et en ce sens ils sont proches des nazis qui procédaient de même, cherchent dans les races les boucs-émissaires. Ainsi les nazis étaient contre "le capitalisme juif" ce qui permettait d’appuyer le capitalisme non juif, de piller les biens des juifs sans toucher au contraire au capitalisme en général et en faisant par leur guerre la fortune des marchands d’arme. Faire d’une catégorie hétérogène, les juifs, les arabes, les noirs, les homosexuels, une catégorie homogène permet de lui attribuer des crimes imaginaires. Ce n’est pas un hasard si la matrice de tous les stéréotypes est une opposition homme-femme fondée sur une pseudo-nature qui voue la femme à la soumission. Le nazisme joue une virilité qui transforme ses ennemis en esclaves ou en chose à partir d’individus transformés en espèce.

Soral agit de même, ses ennemis ce sont les juifs, même pas les Israéliens mais les juifs.Mais on retrouve pour se faire le même appel à "la virilité" et Dieudonné ne cesse de dénoncer la lâcheté du juif qui aurait peur de la confrontation physique. Pour Soral on n’échappe pas plus à sa race qu’à son sexe,  Il m’a consacré une vidéo dans laquelle il explique qu’en tant que juive non sioniste je suis pire que les autres parce que je veux répandre partout ma saloperie judaïque. A qui s’attaque Thierry Meyssan? A Dominique Vidal qui a consacré sa vie à la défense des Palestiniens… Non seulement tous les juifs sont semblables (comme les noirs étaient considérés par les esclavagistes comme soumis à la servitude naturellement)… mais ils le sont depuis des millénaires ce qui bien sûr minimise le crime nazi… Faut le faire ! Comme Dieudonné qui accuse "les sionistes" d’avoir tué Jésus Christ ou encore d’avoir été des esclavagistes, ce qui est faux et la simple analyse de qui étaient ces esclavagistes à Bordeaux ou à la Rochelle le prouve. Mais ce sont des malades comme pouvaient l’être certains nazis type Himmler, la vérité leur importe peu.

La méconnaissance de Cuba comme modèle de résistance

La seule remarque que je ferai sur les propos de Constance concerne sa méconnaissance de qui est Fidel Castro, de l’admiration qu’il suscite en Amérique latine et en Afrique comme d’ailleurs face au rôle héroïque de Cuba, qui a aidé à libérer l’Afrique du Sud.Le premier pays qu’a visité Mandela à sa libération a été Cuba pour remercier l’héroïsme des Cubains.  J’ai vécu à Cuba et pas dans les hôtels, j’ai écrit trois livres sur ce pays et je m’inscris en faux contre la propagande immonde contre ce pays. Deux points parmi d’autres, premièrement quand on parle de la situation difficile économique des Cubains, jamais on ne dénonce l’infamie du blocus américain qui est pourtant chaque année condamné par la totalité des pays de la planète y compris la France et l’étranglement de ce pays qui a subi de la part de son puissant voisin, attentats, épidémies… Avec un tel blocus dans l’Irak de Saddam Hussein, il mourait 5000 enfants par an, alors que Cuba a un meilleur taux de mortalité infantile que les Etats-Unis. En outre Amnisty international a reconnu que le seul endroit où l’on torturait à Cuba était Guantanamo. Donc il est absurde de comparer Cuba avec le président iranien qui est une franche canaille même si ces deux pays ont le même ennemi. Enfin, sur le points dont il est question l’homophobie, l’Iran pend les homosexuels alors qu’à Cuba, ils sont parfaitement accepté désormais et où la sécurité sociale rembourse le changement de sexe pour les transexuels. Fidel Castro a fait son autocritique sur les débuts de la Révolution et la fille de Raoul Castro, Mariela, a joué un rôle immense dans la défense des droits de homosexuels sans équivalent dans le monde.  Cela va de pair avec la défense des droits des femmes dans ce pays et ça dès le début de la Révolution, dans un pays de tradition masciste, le viol a été puni de la peine de mort et Cuba est un des pays les plus surs pour une femme…

Voilà Cuba n’est pas un modèle comme l’URSS a prétendu être un modèle, c’est tout au plus un modèle de résistance et de ça nous avons besoin, dans un monde qui pratique toutes les exclusions, les exploitations en inventant une légitimité absurde des pires oppressions. Continuez à vous battre vous les jeunes, parce que le seul combat que l’on est sûr de perdre c’est celui que l’on ne mène pas…

 

interiew de Didi huberman, chaque fois qu’on parle d’image, on fait de la politique



Serge Martin

Maître de conférences en langue et littérature françaises contemporaines (9e section) habilité à diriger des recherches,  LASLAR (EA 4256), Université de Caen Basse-Normandie, rattaché à la composante IUFM. Membre du conseil scientifique de la revue Le Français aujourd’hui (ancien rédacteur et chroniqueur) Ecrivain sous le nom de Serge Ritman Blogueur : http://martinritman.blogspot.fr/

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Publié par le décembre 19, 2012 dans dialogue, expositions

 

Une analytique du pouvoir, Entretien avec Judith Butler par Claire Pagès & Mathieu Trachman

a-woolfe-butler[1]

À l’occasion de la parution de son dernier livre, Parting Ways. Jewishness and the Critique of Zionism, Judith Butler revient dans cet entretien sur les enjeux de ses travaux les plus récents : critiquer la précarité accrue qu’impliquent les évolutions récentes du capitalisme ; défendre la possibilité d’une vie radicalement démocratique, attentive à la multiplicité des rapports de pouvoir

Depuis ses travaux sur le genre, au début des années 1990, les champs de recherche de Judith Butler se sont considérablement diversifiés. L’analyse des modes de subjectivation reste un des fils directeurs de ses travaux, mais la philosophe a débordé la théorie féministe pour traiter les questions éthiques ou religieuses. Dans L’État global, Judith Butler présente son projet comme une « nouvelle analytique du pouvoir » (p. 93). Celui-ci implique de repenser autant la question de la territorialité que celle de la souveraineté, de scruter les différents destins de la souveraineté pour en dresser aujourd’hui « la carte émergente ». En abordant les questions de l’État, du néo-libéralisme, de la place de la religion dans l’espace public, elle s’interroge sur ce qui rend une vie vivable. Si les textes de la tradition philosophique sont mobilisés, ces analyses sont également ancrées dans une actualité politique, qui exige parfois des prises de position. C’est par exemple le cas du mariage gay ou du conflit israélo-palestinien.

Précarité sociologique, précarité ontologique

La Vie des Idées : Dans vos travaux, en particulier dans Ce qui fait une vie, vous proposez une analyse approfondie de l’idée de précarité. Celle-ci est bien réelle, mais elle est moins, semble-t-il, une notion sociologique qu’ontologique. Notre question serait alors celle-ci : le néolibéralisme et la crise économique majeure issus de la dérégulation néolibérale des marchés ne sont-ils pas à l’origine d’une nouvelle forme de précarité ? Ou bien s’agit-il du facteur conjoncturel qui fait basculer la précarité constitutive de l’être humain en une précarité insupportable ? L’incidence spécifique de l’économique nous intéresse d’autant plus que vous insistez, dans L’État global, sur la nécessité de ne pas éluder ou marginaliser l’économie au profit d’une analyse des seules causes politiques.

Judith Butler : Je suis d’accord avec la formulation que vous proposez, à savoir que la situation économique transforme la précarité constitutive de l’être humain en une précarité insupportable. Ma seule incertitude porte sur la question de savoir si, pour reprendre votre terminologie, l’« ontologique » est séparable du « sociologique ». Nous avons en effet ici deux problèmes, car si nous affirmons que le néo-libéralisme tend à rendre les gens jetables et expose les populations à la précarité, nous devons nous demander si nous désignons par « néo-libéralisme » une logique et un système de pouvoir purement économiques ou bien un régime de pouvoir qui régit les pratiques de formation du sujet, y compris de soi-même, ainsi que le fait que la valorisation du paramètre de l’instrumentalité intègre et dépasse désormais la sphère conventionnelle de « l’économique ». Le pouvoir et l’omniprésence du « néo-libéralisme » nous forcent-ils à penser l’hétéronomie de l’économique et la façon dont les logiques qui en gouvernent les opérations dépassent la sphère purement économique ? Doit-on renoncer à l’idée d’une sphère purement économique à cause du néo-libéralisme, au moment même où nous ne pouvons nous passer de l’économique ?

Il est plus difficile de répondre à votre question sur l’ontologie, mais je veux à nouveau insister sur le fait qu’une réflexion sur la précarité vise avant tout à saisir plus fondamentalement ce que cela signifie d’être un être social. Puisque la sociologie s’appuie toujours sur ce postulat, il importe de le penser de façon critique : que veut-on dire lorsqu’on se réfère au concept sociologique de sujet, et comment le distingue-t-on traditionnellement du concept ontologique de sujet ? Quand je maintiens que le sujet est constitué socialement, ou que le sujet est constitué dans et par ses relations sociales avec les autres, est-ce une affirmation sociologique ou ontologique ? Pour moi, l’ontologique ne se situe pas à un autre niveau que le social dans ce type de débat, parce que j’essaye de dire que les « créatures » humaines — et pas seulement les humains — dépendent fondamentalement des institutions sociales pour leur survie et leur subsistance. Cela signifie que quels que « soient » ces êtres, ce qu’ils « sont » est constitué au croisement de ces relations, ce qui implique aussi que lorsque des institutions sociales échouent, elles sont menacées de « non-être » ou de formes de mort sociale. On pourrait appeler cette approche une ontologie sociale, mais les formes de dépendance et de vulnérabilité à l’égard des institutions sociales ont tendance à varier, et une analyse qui s’en tiendrait au « seul niveau de l’ontologie » ne serait pas possible.

La Vie des Idées : Dans Ce qui fait une vie, vous interrogez les conditions concrètes, sociales et politiques, d’une « vie vivable ». Il est question d’abord de la satisfaction des besoins élémentaires et du besoin de protection ainsi que de celui d’être inscrit dans des rapports humains de sociabilité. Vous mentionnez également la nécessité d’être pris dans un réseau de travail. Nous voudrions en savoir davantage sur la place et la fonction du travail dans votre réflexion. S’agit-il d’une condition essentielle de la « vie vivable » et d’une structure de reconnaissance fondamentale pour le sujet ? Ou bien le travail est-il une condition plus contingente, une nécessité factuelle pour l’individu mais pas une structure symbolique de son existence ?

Judith Butler : Il est clair que le travail est nécessaire à la reproduction de la personne — j’emprunte cette idée à la théorie de la production dans L’Idéologie allemande de Marx — et cette idée demeure centrale dans ma réflexion. Le travail est aussi nécessaire pour produire les conditions matérielles de l’existence et de la subsistance. Ainsi, je suis par exemple en faveur d’un « droit au travail » et je crois que les États ont l’obligation publique de créer les conditions qui permettent aux populations de travailler si elles le peuvent. Je m’oppose aux formes de capitalisme protestant qui affirment que seuls ceux qui travaillent méritent d’être nourris et logés, puisque je soutiens que ces droits fondamentaux devraient être garantis par les États, indépendamment du fait que les individus aient ou non un travail. Ainsi, je refuse de dire que seul le travail fournit les conditions matérielles de la reproduction de la vie humaine. Cela reviendrait à défendre une position morale en contradiction avec l’obligation publique de fournir entre autres un logement, de la nourriture, des soins médicaux, une éducation.

Lorsque nous parlons des formes induites de précarité, nous désignons des formes d’organisation du travail qui reposent sur l’emploi aléatoire et sur le caractère remplaçable et jetable de la main d’œuvre. Ces formes de précarité sont produites et calculées pour fournir une force de travail « flexible » et elles induisent, à une vaste échelle, de l’insécurité et du désespoir parmi les travailleurs. C’est aussi une façon d’empêcher toute projection vers l’avenir et de produire une structure de dette permanente pour ceux qui n’ont pas les moyens de prévoir quel sera dans l’avenir leur travail.

Le travail des normes

La Vie des Idées : Vous avez beaucoup travaillé à débusquer ce qui agit, sans que ce soit dit, comme une norme, au premier chef le genre. Dans une lignée foucaldienne, vous avez cherché, de l’intérieur, à dégager les phénomènes de « littéralisation » ou de naturalisation des normes. Aujourd’hui, dans le cadre de l’analytique du pouvoir que vous élaborez, vous vous attachez à définir une perspective normative, engageant en un sens une démarche de critique sociale. Une telle démarche implique une position d’extériorité, la position d’une norme par rapport à laquelle est évalué un état du réel — position dont vous avez souvent montré le caractère problématique. Qu’est-ce qui vous a conduit à insister sur la dimension normative de votre réflexion, et comment concevez-vous celle-ci ?

Judith Butler : Foucault a toujours fait partie de ma réflexion, et c’est encore le cas aujourd’hui. Mais je ne suis pas Foucault comme l’on suivrait une pensée religieuse. J’adapte son œuvre extraordinaire à de nouvelles fins, et c’est d’ailleurs sans doute l’un de ceux qui m’ont montré qu’il était possible de faire cet usage d’autres penseurs. Dans tous les cas, l’analyse de la performativité du genre s’est toujours efforcée de montrer que l’on considérait certaines performances comme « réelles » et d’autres comme « irréelles ». J’ai pris position contre cette conception de la production du genre et j’ai avancé que les présentations du genre les plus « normatives » et les plus « convaincantes » étaient fondées sur la même logique mimétique que celles que l’on considérait de manière conventionnelle comme déviantes et invraisemblables. Ainsi, l’idée du « normatif » intervient deux fois ; dans le premier cas, comme vous le suggérez, la normativité, comme l’hétéronormativité, désigne un processus de normalisation et de littéralisation. Mais, dans le second cas, nous avons un cadre normatif qui cherche à contester et à déplacer la distinction même entre le réel et l’irréel. C’est également le cas lorsque je parle des vies qu’on peut pleurer et de celles qu’on ne peut pas pleurer. Cela fait le lien entre mes travaux sur la politique LGBTQ et mes travaux plus récents sur la guerre. Mon opinion est que l’on a tort de considérer que certaines vies sont plus réelles, plus vivantes que d’autres, qui seraient moins réelles, moins vivantes. C’est une façon de décrire et d’évaluer la distribution différentielle de la « réalité » en fonction du degré de conformité de ces populations à l’égard de normes établies. C’est aussi une tentative pour produire de nouveaux schémas normatifs qui impliquent une critique rigoureuse de la misogynie, de l’homophobie, du racisme pour faire émerger un monde social et politique qui se caractériserait par l’interdépendance, l’égalité et même la démocratie radicale.

La Vie des Idées : Récemment, aux États-Unis, Barack Obama s’est prononcé en faveur du mariage homosexuel. En France, le nouveau président François Hollande s’est dit favorable à l’ouverture du droit au mariage et à l’adoption pour les couples homosexuels. Cette reconnaissance politique des couples de même sexe a été discutée de longue date, certains y voyant une normalisation de l’homosexualité. Ces propositions apparaissent également à un moment où l’homonationalisme — l’instrumentalisation des questions sexuelles dans les rapports de race et la rhétorique du conflit des civilisations — devient un enjeu crucial de la politique sexuelle. Comment analysez-vous ces prises de positions de gouvernements de gauche aux États-Unis et en Europe ? Quels en sont les enjeux politiques ?

Judith Butler : Aux États-Unis, la position en faveur du mariage gay a eu tendance à installer une nouvelle normativité au sein de la vie gay, en accordant en récompense aux gays et aux lesbiennes qui adoptent la vie de couple, la propriété et les libertés bourgeoises la reconnaissance publique. Il faut être pour le mariage gay et je suis pour le mariage gay. Mais ce qui me préoccupe, c’est le fait que ce sujet soit devenu plus important que d’autres objectifs politiques, en particulier le droit des personnes transgenres à être protégées de la violence, y compris de la violence policière, la poursuite de la formation, de l’action sociale et du traitement du VIH, la nécessité de services sociaux pour les personnes LGBTQ qui ne sont pas en couple, une politique sexuelle radicale qui ne se calque pas sur les normes maritales prédominantes. C’est bien sûr une bonne chose que les personnes gay et lesbiennes aient ce droit s’ils choisissent de l’exercer. Et de façon totalement distincte, je suis résolument en faveur du droit de toute personne à avoir accès à l’adoption et aux technologies reproductives, indépendamment du statut marital ou de l’orientation sexuelle. Il s’agit de formes fondamentales d’opposition à la discrimination et je les soutiens.

Il est vrai que certains gouvernements appellent ces droits de leurs vœux, stratégiquement, au moment où ils refusent des droits aux immigrés ou alors qu’ils mènent une guerre matérielle et culturelle contre les populations musulmanes. Cela a suscité un certain nombre de débats sur le marketing des entreprises en faveur de la cause gay (pinkwashing) et sur l’homonationalisme. Il faut s’assurer que la lutte en faveur d’une série de droits minoritaires ne sert pas à priver de droits une autre minorité. Cela signifie que, si nécessaire que soit notre lutte pour les droits LGBTQ, celle-ci doit aussi s’inscrire dans le contexte d’une lutte pour la justice sociale et économique. Il faut donc nous demander si nos revendications politiques ne peuvent pas être utilisées à l’encontre des engagements plus larges qui sont les nôtres à l’égard de la solidarité et de la justice.

Une politique des interdépendances

La Vie des Idées : Dans l’État global, pour poser le problème de l’articulation entre vie et politique, vous expliquez qu’il est nécessaire de penser des formes d’appartenance autres que celles à la nation et à l’État. En discutant Agamben, vous soulignez notamment que ses travaux ne permettent pas de comprendre les subjectivités apatrides ou militantes. La nouvelle analytique du pouvoir exige finalement de repenser la notion de souveraineté, de proposer une « nouvelle carte de la souveraineté ». De quelle manière le concept traditionnel de souveraineté doit-il selon vous être transformé ?

Judith Butler : Je ne suis pas vraiment une théoricienne de la souveraineté, et je ne suis donc pas sûre de pouvoir bien répondre à votre question. La politique est un domaine complexe et je m’appuie sur plusieurs penseurs pour concevoir avec justesse des notions qui ne font pas directement partie de mon champ de vision. C’est, certes, une limite mais je suppose que nous avons tous de telles limites. Je crois que dans le contexte que vous évoquez, j’essayais de dire que ceux qui sont sans État, qui vivent dans des camps frontaliers ou sous une occupation, acquièrent une capacité d’agir (agency) et de résistance politiques dont on ne peut pas tout à fait dire qu’elles relèvent de la « vie nue ». Selon moi, ces vies sont saturées de pouvoir même si elles sont exclues de la « polis ». Si le champ de pouvoir dans lequel elles vivent implique certainement une soumission, cette soumission n’est pas un attribut essentiel ou exhaustif. Nous observons des réseaux de soin, des pratiques de mobilisation politique et des formes de résistance dans tous ces lieux, et nous devons donc penser un modèle de pouvoir qui rend compte de la diversité de ce qui existe et de ce qui se produit. L’État n’agit pas toujours par un pouvoir « souverain » dans sa relation au peuple, puisque la souveraineté s’est, dans une certaine mesure, disséminée dans la gouvernementalité. J’ai aussi suggéré que la conception du fédéralisme chez Hannah Arendt (comme celle qu’elle propose pour la Palestine) dépendait fondamentalement d’une distribution des effets souverains. Je m’inquiète des positions qui accentuent le pouvoir central de la souveraineté sur et aux dépens du champ des « vies nues ». Ces positions sont peut-être romantiques ou séduisantes, mais elles ne nous aident pas à penser la formation contemporaine de la souveraineté, ni les modes d’investissement et la capacité d’agir (agency) politiques en dehors de ceux qui sont cantonnés dans la polis ou exclus de ses frontières. Je considère pourtant que la notion de vies « abandonnées » chez Agamben est très utile à la réflexion sur les populations précaires, même si ce ne serait pas là son vocabulaire.

La Vie des Idées : Vous travaillez beaucoup maintenant sur le caractère déterminant des affects dans le champ politique, en étudiant par exemple les images d’Abu-Graïb. De manière générale, plusieurs travaux actuels montrent la dimension politique d’affects tels que la honte, l’aversion ou le dégoût, et renouvellent ainsi notre manière de concevoir les rapports de pouvoir. Il semble cependant que les affects positifs — ceux qui ne sont pas « tristes », comme dirait Spinoza — fassent l’objet d’une attention moins soutenue. Ces affects joyeux ont-ils une dimension politique ? Quelle place leur donner dans l’analytique du pouvoir ?

Judith Butler : J’ai en effet évoqué récemment les formes de « dépossession », voire d’« extase », qui se produisent dans les manifestations de rues, et je m’intéresse également beaucoup aux formes de vulnérabilité qui mènent à une passion vivable, et pas seulement à de l’exploitation. En argumentant contre les formes bourgeoises du mariage, je continue de plaider pour un champ de la sexualité dérégulé.

La Vie des Idées : Dans le premier entretien de Humain, inhumain, vous évoquiez très brièvement vos origines juives et votre impossibilité d’écrire sur le sujet de la judéité en lien avec « la douleur et la honte que suscite en moi l’État d’Israël ». Le conflit israélo-palestinien est abordé dans votre travail actuel comme une situation exemplaire pour comprendre les rapports de pouvoir et la souveraineté. Votre nouveau livre, Parting Ways : Jewishness and the Critic of Zionism, est consacré à la question de la judéité. Qu’est-ce qui vous a amenée à reprendre cette question ? Est-ce une actualité politique ?

Judith Butler : Je viens d’un milieu juif très pratiquant et j’ai tenté, avec ce livre, de revenir sur ma propre formation, sur ce que l’on m’a enseigné, et de faire le travail nécessaire pour évaluer mon éducation sioniste de façon critique. Ma critique du sionisme se développe depuis quelques décennies, principalement dans mes conversations privées. Mais les débats publics qui ont suivi le 11 septembre m’ont, semble-t-il, obligée à rendre publique ma position sur ce sujet. Pour moi, certaines des valeurs juives que l’on m’a enseignées — le sens du deuil en public et avec les autres, la brièveté de la vie et donc sa valeur, la lutte non-violente — ont toutes fait leur chemin pour devenir des arguments plus généraux, voire des arguments contre le sionisme politique actuel. Pour cette raison, je ne crois pas que l’on doive renoncer à sa judéité pour s’opposer à l’État d’Israël et je ne crois pas que si l’on critique cet État on soit, d’une façon ou d’une autre, anti-juif ou antisémite (même si c’est parfois le cas). Mon objectif est d’utiliser ma formation pour développer une série de positions qui affirment la possibilité d’une vie éthique et politique des juifs avec des non-juifs. C’est certainement une position diasporique mais, en suivant Edward Said, je pense qu’elle peut fournir un point de départ utile pour penser une politique démocratique radicale en Palestine.

La Vie des Idées : Dans vos travaux sur le genre, la psychanalyse était critiquée tant pour sa conception normative des identités de genre que pour sa représentation de la femme. Mais elle constituait aussi une référence indispensable pour penser la dimension psychique des processus de subjectivation et la vulnérabilité du sujet. Vous vous êtes expliquée sur ce premier usage de la psychanalyse par exemple dans le premier entretien d’Humain, inhumain (« Le genre comme performance »). Aujourd’hui, dans vos réflexions sur le pouvoir, la précarité, on trouve toujours une référence importante à la psychanalyse en particulier à travers la question du deuil. Qu’est-ce qui vous est indispensable dans la théorie psychanalytique aujourd’hui pour penser la politique ?

Judith Butler : Je crois qu’il faut essayer de comprendre comment et pourquoi des États et des institutions publiques « renient » l’interdépendance des êtres humains et pourquoi de nombreux acteurs progressistes considèrent la dépendance elle-même comme une idée « ingérable ». On met d’ordinaire la dépendance au service de politiques coloniales et paternalistes, tandis que l’interdépendance implique l’égalité. Selon moi, le sujet autonome et sans besoins, celui qui n’a jamais été nourri ou élevé par une autre personne, est une conception hautement problématique du sujet. Parce que celui-ci cherche à se protéger, il brise les liens sociaux et peut seulement se préserver par le déni et la destruction. C’est pour cela que l’on a besoin de la psychanalyse, mais aussi peut-être de Hegel. De la même façon, quand des populations détruites ne sont pas pleurées, et qu’on les appelle des « dommages collatéraux » ou d’autres termes de ce type, il y a un déni de la violence comme de la perte qui doit être mis au jour et combattu.

La Vie des Idées : Dans l’ensemble de vos travaux, vous êtes soucieuse de dégager les interdépendances qui font une vie. C’est ce qui la rend précaire, le fait d’être par définition dans son être et son identité tributaire et dépendante des autres. Ce tissu social et intersubjectif de la subjectivité n’est pas sans rapport avec votre lien à Hegel, qui plus que tout autre, vous le soulignez dans Sois mon corps, ne cesse de rappeler que le sujet est constitutivement lié au tout et au commun qui lui donnent son sens. N’y a-t-il aucun sens à penser des phénomènes de la subjectivité indépendants de ce tissu social ? Par exemple une relation éthique solitaire de soi à soi, indépendante des interactions et interdépendances qui font par ailleurs une vie.

Judith Butler : Certes, les relations de soi à soi existent, mais même quand ce soi solitaire tente de se prendre pour objet de réflexion, voire de prendre soin de lui, il manie une série de conventions, de termes et de normes dont il n’est pas l’auteur. Ce sont des conventions sociales qui nous viennent de la langue et d’un champ de significations sociales plus large, dans lequel nous sommes tous formés. Quand nous commençons à réfléchir sur nous-mêmes, nous n’abandonnons pas cette formation sociale. Elle est présente dans les interstices de notre pensée, et même dans notre idée de ce qu’un « soi » devrait être. Ainsi, alors que l’on peut être tout à fait isolé dans sa pensée, voire physiquement seul, alors qu’aucun bruit de rue n’est perceptible et que personne n’est en vue, la trace vivante du monde social continue à médiatiser les relations les plus intimes que nous entretenons avec nous-même.

Traduit de l’anglais par Barbara Turquier. Propos recueillis

Principaux ouvrages de J. Butler traduits en français :

La Vie psychique du pouvoir. L’Assujettissement en théories, Paris, Leo Scheer, 2002.

Antigone. La Parenté entre vie et mort, Paris, EPEL, 2003.

Le Pouvoir des mots. Politique du performatif, Paris, Amsterdam, 2004.

Vie précaire. Les Pouvoirs du deuil et de la violence après le 11 septembre 2001, Paris, Amsterdam, 2005.

Humain, Inhumain. Le Travail critique des normes. Entretiens, Paris, Amsterdam, Paris, 2005.

Trouble dans le genre. Pour un féminisme de la subversion, Paris, La Découverte, 2005.

Défaire le genre, Paris, Amsterdam, 2006.

Le Récit de soi, Paris, Puf, 2007.

L’État global, avec Gayatri Chakravorty Spivak, Paris, Payot et Rivages, 2007.

Ces corps qui comptent ; de la matérialité et des limites discursives du « sexe », Paris, Amsterdam, 2009.

Sois mon corps, avec Catherine Malabou, Paris, Bayard, 2010.

Ce qui fait une vie, Paris, Zone/La Découverte, 2010.

Sujets du désir, réflexions hégéliennes en France au xxe siècle, Paris, PUF, 2011.

Pour citer cet article :Claire Pagès & Mathieu Trachman, « Une analytique du pouvoir. Entretien avec Judith Butler », La Vie des idées, 4 décembre 2012. ISSN : 2105-3030.  URL : http://www.laviedesidees.fr/Une-analytique-du-pouvoir.html

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