ce texte amusant et surtout éclairant sur l’état d’esprit en Californie face à la victoire d’Obama nous a été proposé avec sa traduction par Marie Vicente, nous saluons cette nouvelle collaboration qui connaît bien les Etats-Unis et qui nous a déjà envoyé deux ou trois reportages sur la Chine, expérience que j’espère elle va renouveller. Maria participe elle-même de tant de cultures et parle tant de langue qu’elle est déjà un peu à l’image de la mosaïque qu’elle décrit. (note de danielle Bleitrach)
Le crépuscule du Vieil Homme blanc
Rien ne dit que cela sera facile. Rien ne dit que ça ira comme sur des roulettes, ni même que ce sera amusant ou qu’on y trouvera une cohérence quelconque. Rien à voir avec un coup de dés. Et ça prendra très très longtemps.
Mais d’un bout à l’autre du pays et au final, l’étonnante et historique réélection d’Obama s’est faite sur la même base : L’Amérique est plus diverse que jamais, d’une manière plus large et plus inattendue aussi. Ces voix diverses ( latinos, gays, noirs, immigrants, femmes ), toutes formant en quelque sorte une puissante coalition, vociférante, et chaudement instable, votant plus en force et plus passionnément que jamais dans notre courte histoire. Dans sa majeure partie ces voix n’ont jamais existé en tant que coalition efficace, jusqu’à aujourd’hui.
Ceci est ce que les experts républicains et bien des vieux démocrates en sont arrivés à conclure : l’Amérique n’est plus un génial melting pot, couleur sépia, maintenu dans l’anodin et le marginal par les riches, dominé par la classe dirigeante blanche engoncée dans son amidon délavé.
N’est-ce pas là le plus étonnant ? Le pays n’est pas en train de devenir plus blanc, les vieux blancs bigots sont de fait en train de mourir, et nous avons maintenant un bordélique et assez incompréhensible kaléidoscope de minorités non blanches ( et de femmes) toutes tournoyantes, dansantes et déboulant sous les feux de la rampe – sans parler des métissages, ceux déjà mixtes, les races non identifiables qui sont, par exemple, un quart noir, un quart chinois, un quart indien, un tiers amoureux polymorphe et un dixième professeure-cubaine -lesbienne aux goûts bizarres et branchés, avec une non affiliation religieuse marquée. Exquis !
C’est votre nouvelle majorité Américaine dans laquelle chacune des minorités, en particulier et toutes en général, terrifient la vieille garde, les blancs riches, Ted Nugent, Bill O’Relliy, ceux de l’époque. Et c’est pourquoi le parti républicain a utilisé toutes leurs répugnances contre Obama pour essayer d’éviter l’inévitable ; profondément, ils ont construit leur propre imminente obsolescence, même s’ils ne croyaient pas cela possible.
Et ils ont tout essayé! Racisme, droit du sol, sexisme, avortement, contrôle des naissances « viol légal » et irresponsables « salopes ». Intolérance religieuse, homophobie, socialisme, communisme, Nazis, Kenya, singes, Big Bird ( l’équivalent de Casimir en France ) droits aux ports d’armes, lois fiscales, droits sociaux, élitisme, pénuries de pétrole, réforme du système de santé qui secrètement parquerait et tuerait les personnes âgées. et ainsi de suite et j’en passe.
Le visage de l’imminente obsolescence?
Cela n’a pas marché. Ou plutôt tout a fonctionné mais pas aussi bien qu’avant. Comme disait un activiste, éperdument fondamentaliste chrétien « ce n’est pas notre message qui n’a pas été entendu, il l’a été, mais c’est notre message qui a été rejeté. »
Est-ce une bonne chose ? Oui, bien sûr, c’est une très bonne chose. Par ailleurs, il y a là aussi tous les bruits et toutes couleurs d’un charivari potentiel, chaque groupe et chaque région exigeant représentation, voix et droits propres, afin de faire bouger les choses et d’être entendu. Ou peut être veulent-ils avoir juste ce que les hommes blancs ont depuis longtemps : une chance plus honnête et des règles de jeux qui ne les condamnent pas d’avance. Je sais ! Quel culot !
Bon, nous avons donc maintenant L’ Amérique d’Obama 2012, une explosion de couleurs et de bruits, une clameur mélodramatique et fière qui attire et réclame l’attention. Est-ce que la cohabition est possible ? Non il n’y a pas l’ombre d’une chance. Est-ce que pour cohabiter sans risquer l’implosion nous devrions aller plus avant dans le melting pot ? Oui sans l’ombre d’un doute !
Et c’est pour cette raison que la réaction à Rainbow Bright America ( référence à L’Amérique haute en couleurs de leurs défilés nombreux et divers ) , a été, et- c’est peu de le dire -, vivifiante et étrange à travers tout le pays. Que pouvez vous attendre d’hommes blancs grincheux qui gouvernent depuis 200 ans (ou 2000 ans ). Au moins ils avaient de la constance. Constamment intolérants, patriarcaux, oppresseurs, cruellement capitalistes, et aussi un peu tristes ? C’est évident ! Que diable attendiez-vous de tels paranoïaques, chrétiens monochromatiques ? Des Lumières ?
Tout le monde est d’accord sur un point : Toutes les voies doivent s’ouvrir, nous devons élargir les perceptions de cette société multiple, élargir plus les spectres l, nous devons comprendre qu’il n’y a plus désormais une seule religion, voix, sexe, couleur, attitude, et même un seul mariage conforme et standardisé qui soient l’unique norme réglant la vie du pays. Certes, nous avons toujours été diversifiés. Mais cela n’a jamais été vraiment un principe directeur.
Plus de muti-culturalité, de pluralisme linguistique, et d’ouverture serait il une part de la réponse ? Cela devrait aller sans dire. Il semblerait qu’il faille commencer par l’éducation, et exiger immédiatement l’apprentissage de l’Espagnol, du latin, la maîtrise de l’allemand, peut être un peu de chinois, au cas où. Est-ce que vous ne le pensez pas ?
Grâce à Dieu, nous n’avons déjà plus une seule religion. Même Noêl, qui était autrefois relativement charmant, vieillot et même un peu sacré, a été vendu aux grandes surfaces il y a déjà une trentaine d’années. Tout le monde sait que nous n’avons plus de fêtes majeures qui ne soient la propriété commerciale de grands groupes et entreprises qui vous haïssent ouvertement.
Dorénavant, est-ce que cela nous tuerait d’apprendre à connaître des petites choses comme disons Diwali la fête indienne ( à vous couper le souffle )du Festival des Lumières ? Et pourquoi pas Le Jour des Morts et Shamhain et celle de l’anniversaire de Buddha ? Et pourquoi ne pas enseigner aux enfants un peu de mysticisme chrétien, un peu de traditions des déesses, Wicca, une goutte dans un océan de plus de 3 millions de dieux hindous ? Pourquoi pas ?
Vous désapprouvez? Oh oui, comme de les avoir assommés avec des doctrines chrétiennes rigides et étriquées et ce pendant des siècles et avec succès. Voulez vous regarder à nouveau le résultat des élections ? Parlerons-nous du taux de grossesse chez les adolescentes ? du taux de divorces et de qui a envoyé les Tweets les plus intolérants, racistes, haineux après les élections ? Vous ne pensiez pas qu’il aurait pu en être ainsi ?
Je sais un peu de quoi je parle. N’étant pas moi-même un jeune blanc indo-européen. Je peux témoigner qu’il est à la fois effrayant et bizarrement rafraîchissant de glisser si dramatiquement dans une de ces cultures minoritaires. Et nous ne sommes certainement pas tous mauvais, loin de là. Bien sûr, je suis loin d’être aussi en danger que, disons, l’Eglise catholique qui tente à l’heure actuelle et sans grand succès de tordre le coup de ses mains misérables et jusqu’à mort s’en suive au mariage gay.
Oh, à propos, c’est ainsi que vous savez, et que vous comprenez que vous êtes du bon côté de l’Histoire, de la culture, de l’amour. Quand le pape et ses armées de singes s’agitent, fulminent les yeux révulsés face à une autre conception et définition de l’amour. Alors oui vous savez que vous êtes dans le vrai et que ce que vous faites est juste, en effet.
Ne nous emballons pas. La classe blanche dirigeante n’est pas encore moribonde. Obama a encore gagné avec un pourcentage relativement normal de votes blancs, et Romney en a eu un peu plus. ( bien qu’il soit intéressant que les 4 états avec le plus haut pourcentage de votes blancs votent tous les quatre pour Obama : Maine, Vermont, Iowa, New Hampshire )
C ‘est que cette fois ils n’ont pas eu la même importance. Pas autant que pour Mitt Romney et le GOP ( Group of People ) pour qui en particulier ces mâles blancs effrayés représentaient le socle fondateur , le sang, le souffle , le sens même de toute cette satanée existence. Et quand ce sens est ôté? Quand cette sempiternelle vieille politique guindée dans son armure est déracinée et n’est plus fiable, et ne le sera plus à nouveau ?
Choqués. Effrayés. Perplexes. Avec environ 4000 experts politiques des différents médias valsant sur la tombe de leurs analyses? Magnifique !
Mais plus que tout, nous avons créé de fait une situation dont nous n’avons pas si souvent eu l’occasion de jouir en Amérique : Nous avons créé le magnifique, et terrifiant frisson, celui d’avoir pu nous renouveler nous même, changeant notre discours, faisant exploser l’Amérique stagnante, en réassemblant ses composantes , ce que nous n’avions jamais pu faire jusqu’à présent.
Cela n’est-il pas fantastique? N’est-ce pas déstabilisant ? N’est-ce pas après tout, ce que l’on peut attendre de l’esprit non conformiste Américain ?
Mark Morford
SF Chronicle Columnist
Traduit par Maria Vicente pour Histoire et société
Twilight of the old white guys
This doesn’t mean it’s going to be easy. This doesn’t mean it’s going to be smooth or fun or make any sort of cohesive sense. Not by a long shot. And not for a long, long time.
But across the board and down the line, the take on Obama’s astonishing, historic re-election is the same: America is more wildly, unexpectedly diverse than ever, and those diverse voices – Latino, gay, black, immigrant, female, et al – somehow coalesced into a potent, vociferous, albeit hotly unstable coalition to vote more powerfully and more passionately than any time in our short history, mostly because they never really existed as a functioning coalition in our short history, until now.
This is what the Republican punditry and even many old-timer Dems are coming to terms with: America is no longer a nifty, sepia-toned melting pot kept anodyne and marginal by the rich, starchy bleach of the white ruling class.
Is it not the most astonishing thing? The country is not getting any whiter, older white bigoted people are helpfully dying off, and we now have a messy and nearly incomprehensible Catherine wheel of assorted nonwhite minorities (and women) all spinning, dancing and surging into the limelight – not to mention the cross-breeds, the already mixed, the racially unidentifiable who are, say, a quarter black, a quarter Chinese, a quarter Indian, a third polyamorous and a tenth Cuban kinky hipster lesbian schoolteacher, with a no-religious-affiliation kicker. Sweet.
This is your new American majority, each and every one of whom terrifies the old guard, the rich white guys, Ted Nugent, Bill O’Reilly, and the way it used to be. And this is why the Republican party threw every repulsive weapon it had at Obama to try and avert the inevitable; deep down, they sensed their own imminent obsolescence, even if they didn’t quite believe it was possible.
And oh, they tried everything. Racism. Birtherism. Sexism. Abortion, birth control, “legitimate rape” and irresponsible “sluts.” Religious intolerance, homophobia, xenophobia, Socialism, Communism, Nazis, Kenya, monkeys, Big Bird, gun rights, tax laws, welfare, elitism, oil shortages, health care reform that would secretly herd up and kill the elderly. Just for starters.
Nothing worked. Check that: It all worked. Just not as well as it used to. As one distraught fundamentalist Christian activist said, “It wasn’t that our message didn’t get out. We got the message out. But our message was rejected.”
Is this a good thing? This is, of course, a very good thing. On the other hand, it’s also all flavors of potential bedlam, with every group and region now demanding its own representation, its own voice, its own right to stir things up and be heard. Or maybe they just want what the white menfolk have had all along: a more honest chance, and a game that’s not rigged against them from the start. I know! The nerve!
So here we have Obama’s 2012 America, a riot of color and noise, melodrama and fierce clamoring for attention. Can it all possibly hold together? Not a chance. Does it have to hold together lest we implode and melt down even further? Without a doubt.
This is why the reaction to Rainbow Bright America has been, to say the least, exhilarating, and strange, and all over the map. Say what you will about unhappy white males running the joint for the last 200 (or 2,000) years. At least they were consistent. Consistently intolerant, patriarchal, oppressive, ruthlessly capitalistic and just a little bit sad? Of course. What the hell do you want from paranoid, monochromatic Christians, enlightenment?
One point everyone agrees on: The channels must open. We must broaden the social lens, appeal to the wider spectrum, understand there is no longer a single religion, voice, sex, color, attitude, or even standardized marriage format that rules the land. Sure, we’ve always been diverse. But we’ve never been completely guided by it.
Is part of the answer to become more multicultural, multilingual, open-ended? It would seem to go without saying. It would seem we should begin, quite directly, with education, and immediately require Spanish, Latin, passing fluency in German, maybe a little Chinese, just in case. Don’t you think?
Praise Jesus, we no longer have a single dominant religion. Even Christmas, which used to be relatively charming and quaint and even a tiny bit sacred, was sold to Wal-Mart for scrap something like 30 years ago; everyone knows we have no major holidays left that aren’t owned by corporations that openly hate you.
Hence, would it kill us to learn a little about, say, Diwali, India’s breathtaking festival of lights? How about Dia de Los Muertos, and Samhain, and Buddha’s birthday? How about teaching kids a little about Christian mysticism, goddess lore, a hint of Wicca, toss in a few of the 3 million Hindu gods? Why not?
You disagree? Oh right, like hammering them with uptight Christian doctrine for all these years has worked so well. Do you want to see the election results again? Shall we talk teen pregnancy rates, divorce rates, just who it was who sent out the most racist, hateful, intolerant Tweets after the election? Didn’t think so.
I know a little of what I speak. As a not wildly young, indo-European white guy myself, I can testify that it is both scary and oddly refreshing to slide so dramatically into the cultural minority. And we’re certainly not all bad – far from it. Of course, I’m nowhere near as endangered and obsolete as, say, the Catholic church, who is right now trying – quite miserably – to wrap its crusty, blood-caked talons around the throat of giddy gay marriage and choke it to death.
(Oh, by the way? This is how you know. This is how you understand you are on the right side of history, culture, love. When the pope and his armies of flying monkeys shake and fume so violently over a new definition of love that their eyeballs curdle, you know you’re doing something very right indeed).
Let us not get too carried away. White ruling classes aren’t quite gone yet. Obama still won a huge and relatively normal percentage of white voters, and Romney got quite a bit more (although, interestingly, the four states with the highest percentage of them – ME, VT, IA, NH – all went for BO).
It’s just that they didn’t matter as much this time around. Not nearly as much as they mattered to Mitt Romney and the GOP, for whom scared white males in particular were the foundation, lifeblood, the meaning of all goddamn existence. And when that meaning is removed? When that long-standing, ironclad political underpinning is uprooted and proven no longer reliable, and never will be again?
You get shock. Awe. Bewilderment. And roughly 4,000 political pundits from every media outlet spinning in the grave of their stunned analysis. Awesome.
But most of all, you get to experience something we in America just don’t get to enjoy all that often. We get to experience the wonderful, terrible, completely disorienting thrill of remaking ourselves anew, changing the conversation, exploding the stagnant American experiment and assembling it into something we just haven’t had the parts to attempt before.
Isn’t that fantastic? Isn’t that destabilizing? Isn’t that what the warped American idea is supposed to be about, after all?
Mark Morford
SF Chronicle Columnist

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