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Un député français sauve l’honneur, c’est un communiste : Jean-Jacques Candelier

Voici ses interventions à l’Assemblée nationale

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14ème législature
Question N° : 57581 de M. Jean-Jacques Candelier ( Gauche démocrate et républicaine – Nord )

Question écrite  Ministère interrogé > Affaires étrangères – Ministère attributaire > Affaires étrangères

M. Jean-Jacques Candelier attire l’attention de M. le ministre des affaires étrangères et du développement international sur la présence de la mouvance néo-nazie ukrainienne au Gouvernement. Suite à un coup d’État, un gouvernement transitoire s’est installé. Sa composition a de quoi inquiéter les démocrates et républicains : la mouvance néo-nazie ukrainienne est représentée. Ainsi, le parti d’extrême droite Svoboda, qui s’appelait à l’origine, « Parti national-socialiste d’Ukraine » et qui fait ouvertement référence au nazisme, que ce soit dans son emblème, la « Wolfsangel », ou dans les déclarations et prises de positions publiques (il soutient des positions racistes, antisémites et xénophobes), s’est vu attribuer des postes dans le gouvernement. Pourtant, à l’élection présidentielle ukrainienne de 2014, le candidat investi par ce parti n’obtient que 1,16 % des suffrages. Les mesures prises par ce gouvernement sont, sans surprise, toutes allées dans le sens d’une stigmatisation de la population russophone et alimentent les pires craintes pour les garanties des droits démocratiques élémentaires en Ukraine (abrogation du statut de la langue russe en tant que langue régionale, constitution d’une garde nationale composée de miliciens du groupuscule néo-nazi Praviy Sektor chargée de réprimer la contestation dans l’est du pays, création d’un « bureau d’épuration de l’administration » chargé « d’éradiquer le régime bandit », interdiction du parti communiste et exclusion de ses députés du parlement…). Il y a de quoi être révolté par la complicité de notre diplomatie et son silence. Il lui demande s’il compte enfin condamner la présence de ces forces néo-nazies dans le Gouvernement.
Texte de la réponse

Au lendemain de la signature de l’accord politique entre le président ukrainien d’alors, Viktor Ianoukovitch et les responsables des trois partis de l’opposition parlementaire visant à mettre fin aux violences des manifestations à Kiev, avec le soutien des ministres des affaires étrangères français, allemand et polonais, le président Ianoukovitch a pris la fuite. Le parlement ukrainien, la Rada, a suppléé à la vacance du pouvoir en investissant un nouveau gouvernement à une large majorité, tandis que le nouveau président du Parlement devenait, conformément à la Constitution, chef de l’Etat par intérim. Une élection présidentielle anticipée a eu lieu le 25 mai, dans des conditions jugées satisfaisantes par le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’Homme de l’OSCE. M. Petro Porochenko a été élu avec près de 55 % des suffrages dès le premier tour, ce qui est sans précédent en Ukraine depuis l’indépendance du pays en 1991. Des élections législatives anticipées devraient avoir lieu d’ici quelques mois. Le gouvernement ukrainien s’efforce d’apaiser les craintes d’une partie des citoyens des régions du Sud-Est du pays. Les autorités de Kiev ont organisé en mai dernier trois tables rondes sur le dialogue national associant les principales forces politiques et des représentants de la société civile et des milieux d’affaires. Un Mémorandum sur la concorde et la paix a été adopté par le Parlement le 20 mai. Ce texte prévoit notamment une réforme constitutionnelle reposant sur la décentralisation et dispose que « parallèlement au statut constitutionnel de la langue ukrainienne comme langue officielle, [le Parlement] garantira le statut de la langue russe ». En tout état de cause, l’abrogation de la loi de 2012 sur les langues n’a pas été promulguée et le statu quo n’a pas été modifié. En ce qui concerne les formations nationalistes ukrainiennes, le parti Svoboda est la troisième composante de l’actuelle majorité à la Rada (avec 35 députés). Le score du président et candidat de Svoboda à la présidentielle du 25 mai a été de 1,16 %. Le mouvement ultra-nationaliste de Pravyy Sektor ne siège ni au Parlement ni au gouvernement à Kiev. Son leader, M. Dmytro Iaroch, a recueilli 0,7 % des voix le 25 mai.

14ème législature

Question N° : 57580 de M. Jean-Jacques Candelier ( Gauche démocrate et républicaine – Nord )

Question écrite  Ministère interrogé > Défense – Ministère attributaire > Affaires étrangères

Question publiée au JO le : 17/06/2014 page : 4808 – Réponse publiée au JO le : 29/07/2014 page : 6407

Texte de la question

M. Jean-Jacques Candelier interroge M. le ministre de la défense sur son analyse des agissements militaires des autorités ukrainiennes contre une partie de son peuple. L’élection de l’homme d’affaires Petro Oleksiyovytch Porochenko à la présidence de la république n’a strictement rien changé ; le développement des évènements militaires confirme que le gouvernement en place à Kiev n’œuvre pas pour la paix et la réunification du pays mais poursuit des buts bellicistes à l’encontre d’une partie de sa population et de ses opposants. La tragédie d’Odessa le 2 mai 2014 et le massacre sordide de plus de 40 civils innocents, dont des femmes et des enfants, dont la plupart ont été brûlés vifs à l’intérieur de la maison des syndicats, et dont certains ont été achevés par les miliciens postés à l’extérieur, sont la matérialisation tragique de cette idéologie nauséabonde à l’œuvre au sein du gouvernement de Kiev et des milices en charge du « maintien de l’ordre » et du « nettoyage » de l’est du pays (selon les propres termes des autorités). Le 9 mai 2014, la garde nationale a tué plus de 20 personnes dans la ville de Mariupol en donnant l’assaut à l’arme lourde contre le commissariat dont le personnel avait rallié les insurgés. Enfin, le 2 juin 2014, des bombardements aériens et d’artillerie ont été mis en action à Lougansk en plein centre-ville. Ces opérations militaires ont été confiées à la garde nationale composée de miliciens du groupuscule néo-nazi Praviy Sektor, l’armée régulière ayant fait défection à plusieurs reprises. Il lui demande si l’on peut parler de crimes de guerre, voire de crimes contre l’humanité, s’agissant de l’usage, par les autorités de Kiev, de moyens militaires importants (hélicoptères de combat, avions à réaction, lance-roquettes d’artillerie) contre la population civile.
Texte de la réponse

Les affrontements armés dans les régions de Donetsk et de Lougansk opposent actuellement les forces armées ukrainiennes à des séparatistes armés et à des combattants, qui disposent d’armements sophistiqués tels que des systèmes anti-aériens individuels dont l’utilisation nécessite une formation et un entraînement particuliers. Il appartient aux autorités ukrainiennes de restaurer l’ordre et la légalité dans le pays, et de prendre les mesures adéquates et proportionnées, dans le respect des normes internationales, pour combattre ces groupes armés, protéger les populations et assurer le contrôle des frontières. En ce qui concerne les affrontements qui ont fait au moins 48 morts à Odessa, le 2 mai, le troisième rapport d’observation de la situation des droits de l’Homme en Ukraine relève que des enquêtes sont en cours sur les graves violations des droits de l’Homme commises à cette occasion. Un cessez-le-feu unilatéral a été proclamé par le président Porochenko le 20 juin. Un plan de paix en 15 points a été présenté par le président ukrainien. En dix jours, il a été violé une trentaine de fois, puis suspendu. La France a appelé les autorités à la retenue. La France, l’Union européenne et leurs principaux partenaires ne ménagent pas leurs efforts pour favoriser un règlement politique de la crise ukrainienne.

M. Jean-Jacques Candelier interroge M. le Ministre des Affaires étrangères et du développement international sur la situation en Ukraine et les liens entretenus par ce pays avec la France.
Face à la recrudescence des crimes commis à l’encontre de militants politiques d’opposition au régime ukrainien illégitime, les grandes conventions internationales garantes des droits fondamentaux à l’expression, à la participation au débat public, sont bafoués.
Ces militants sont victimes de menace, de pression, voire d’agressions physiques orchestrées par le Gouvernement et notamment une de ses composantes, le parti d’extrême droite Svoboda.
Les Articles 19, 20 et de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, et 10 et 11 de la Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés Fondamentales, entre autres, rappellent que la participation au débat politique doit pouvoir s’effectuer sans inquiétude.
L’interdiction d’un parti politique représentatif de la population ukrainienne et respectable par un pouvoir proche de l’extrême droite est intolérable.
Il demande au Ministre s’il envisage des sanctions politiques et économiques à l’encontre du régime illégitime d’Ukraine.

 
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Publié par le septembre 2, 2014 dans Uncategorized

 

Le Nouvelle Russie peut-elle rester en Ukraine par Aleksandr GRISHIN

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Photo: Ria Novosti

Outre le fait actuellement sans doute déterminant de la légitime colère des habitants de Novorossia qui ont subi un terrible massacre, la destruction de tout leur cadre de vie, quelles sont les chances de voir les propositions acceptées?

La Nouvelle Russie pose  les conditions

Kiev doit reconnaître le statut particulier des territoires des républiques et arrêter l’expédition punitive

http://www.kp.ru/daily/26276.5/3154034/

Lundi, dans le cadre des pourparlers à Minsk sur le règlement du conflit dans le sud-est de l’Ukraine, les représentants des républiques populaires de Donetsk et de Lougansk, pour la première fois ont reconnu la possibilité théorique de préservation du cadre ukrainien.

- Dans le cas où sous le patronage de l’Union européenne et de la fédération de  Russie offrant des garanties législatives, pour sa part, il sera fait en sorte que les  efforts les plus poussés soient fournis pour le maintien de la paix, la préservation d’un espace économique, culturel et politique unifié pour tout l’espace de la civilisation russo-ukrainien, a déclaré Andrey  vice-premier ministre de la DNR.
Toutefois, une telle possibilité théorique ne peut se concrétiser que si Kiev souscrit à un certain nombre de conditions avancées par la direction de la DNR et de la LNR. Les plus importantes parmi elles sont les suivantes :

- Kiev reconnaît le statut spécial des territoires des deux républiques.

- Kiev arrête l’opération punitive.

- Dans le Donbass et dans l’oblast de Louhansk ont lieu des élections libres.

- Kiev reconnait le statut particulier de la langue russe dans les régions de Donetsk et de Lougansk.

- Kiev s’engage à ce que  la nomination des juges et des procureurs relève des autorités des nouvelles républiques.

- Pour la DNR et la LNR est établie une ordonnance de procédure spéciale et leur propre direction du commerce extérieur.

- les prisonniers politiques, les milices, les politiciens, les législateurs et les membres des gouvernements des nouvelles républiques Kiev sont amnistiés.

-Travailler ensemble pour créer un accord pour l’élaboration du traité de paix et la reconstruction des régions.

Ces propositions étaient très opportunes si l’on considère l’ouverture du sommet de l’OTAN jeudi et le fait que l’UE  prépare de nouvelles sanctions contre la Russie.

Ce fut une douche froide pour les États-Unis et l’Europe, Kiev  que cette initiative de Donetsk et de Lougansk : nous sommes prêts à rester dans le cadre de l’Ukraine. Mais si Kiev n’accepte pas la proposition de paix, et de la Russie, c’est Kiev qui sera à blâmer.

Mais pour  Petro Poroshenko, comme pour toutes les nouvelles autorités à Kiev, accepter ces conditions signifie essentiellement aller au suicide politique.  A la veille des élections à la Verkhovna Rada (le 26 octobre). Des militants nationalistes ukrainiens qui ont placé sur le trône  Poroshenko, Yatseniuk, Vitaliy Klitschko et autres « majdanŝiki » ne le leur pardonneraient pas de "négocier " avec les « séparatistes », ils n’acceptent rien de moins que la victoire totale sur le Donbass. La Presse et les politiques ont porté la propagande de guerre à Kiev à des degrés d’incandescence.

C’est pourquoi on peut franchement  considérer comme très minces les chances que Kiev accepte  la proposition de novorussia.

 
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Publié par le septembre 2, 2014 dans Uncategorized

 

Que veut la Russie? par Jacques Sapir

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2 septembre 2014

Par

Une importante table ronde s’est tenue hier soir, lundi 1er septembre à Paris, sous les auspices du Dialogue Franco-Russe[1], pour tenter d’évaluer les solutions politiques à la crise en Ukraine, et sortir de la spirale de l’escalade.  Cette table ronde a réuni des responsables politiques de premier plan russe et des représentants des différentes forces politiques françaises, mais aussi des milieux d’affaires (Total, GDF-Suez), des milieux culturels et scientifiques.

Les participants :

Etaient ainsi présents, sans qu’il soit possible de les citer tous, et l’on s’excuse d’avance auprès de ceux qui auraient été oubliés :

  • M. Narychkine, Président de la Douma d’Etat
  • M. Puchkov, Président de la commission aux Affaires Etrangères de la Douma
  • M. Sloutsky, Président de la Commission à la CEI et à l’intégration eurasiatique da la Douma.
  • M. Orlov, Ambassadeur de la Fédération de Russie en France.

Du côté français, étaient présents, entre autres :

  • M. Mariani, député UMP, représentant les Français de l’étranger, co-Président du Dialogue Franco-Russe.
  • M. Chevènement, sénateur, Président du MRC, envoyé spécial pour la Russie du Président de la république,
  • M. Pozzo de Borgo, sénateur UDI de Paris, membre de la commission aux affaires étrangères du Sénat, membre de l’assemblé parlementaire de l’OSCE,
  • Mme Garriaud-Maylam, sénatrice représentant les Français de l’étranger (UMP),
  • M. Dupont-Aignan, député de Yerres, Président de Debout la République,
  • M. Myard, député UMP (Maison-Lafitte),
  • M. Mignon, député UMP, Ancien Président de l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe,

Pour les milieux d’affaires, on comptait aussi :

  • M. de Margerie Président de Total SA
  • M. Cirelli, Directeur de la branche Europe de GDF-Suez,
  • M. Serge Dassault.

 

La discussion.

Les échanges, qui ont duré deux heures, ont permis de mesurer d’une part l’attachement réciproque à l’amitié Franco-Russe, mais aussi la commune préoccupation devant la tournure prise par les événements en Ukraine, et leur conséquences sur la politique mais aussi sur l’économie européenne. La situation des populations civiles est dramatique. Il faut  ici signaler que, pour la revue américaine Foreign Policy, les bombardements de la population civile auxquels ont eu recours systématiquement les forces de Kiev pourraient être qualifiés de « crimes de guerre »[2]. Les chefs d’entreprises présents ont insisté sur le caractère profondément destructeur, et politiquement injustifié, des sanctions réciproques (tant européennes que russes) qui ont été prises jusqu’à présent. Ces échanges se sont prolongés pendant plus de deux heures, et les responsables russes ont répondu aux questions des participants français. L’un des principaux thèmes a été, bien entendu, la position de la Russie dans cette crise.

La position de la Russie

Sur ce premier point, M. Sergey Narychkine a été très clair, et il a déclaré que le conflit dans le sud-est de l’Ukraine était un conflit interne entre le gouvernement  de Kiev et les insurgés. Il ne pourra donc y avoir qu’une solution ukrainienne à cette crise. Mais, la crise interne de l’Ukraine menace aujourd’hui de bloquer le développement des relations entre la France et la Russie. Or ces relations sont importantes non seulement pour les deux pays mais pour l’avenir de l’Europe. Il y a un problème avec des pays qui cherchent à « démoniser » la Russie, pour leur intérêt spécifique. Les médias de masse en France et dans certains pays européens ont pris partie contre la Russie. On notera cependant que l’on commence à avoir, en particulier dans la presse britannique, des points de vue plus mesurés[3].

Il aussi ajouté qu’il y a un problème massif de réfugiés en Russie (plus de 150 000) et qu’il est plutôt rare que les populations civiles fuient chez leur « agresseur ». Ces réfugiés fuient les bombardements des troupes gouvernementales sur des objectifs civils, bombardements dans lesquels des lance-roquettes « Grad » et « Uragan » ont été employés ainsi que des obusiers automoteurs. Des dizaines de milliers d’habitations ont été détruites. Il faut aussi s’opposer à l’hystérie russophobe de certains.

A propos de l’exclusion temporaire de la Russie de l’assemblée parlementaire de l’Europe, il a rappelé que la tradition parlementaire européenne est une tradition de démocratie. L’exclusion est étrangère à cette tradition. Jean-Claude Mignon, ancien Président de l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, a abondé dans le même sens, précisant qu’il avait voté contre cette exclusion.

La discussion s’est alors déplacée sur les réactions de la Russie depuis le mois de mars. Les référendums de Crimée et du Sud-Est ont été décrits par Serguey Narychkine comme des réactions au comportement agressif des dirigeants de Kiev. Mais il faut ici remarquer la différence de traitement par la Russie de ces référendums. La Russie a reconnu celui de Crimée, mais n’a pas reconnu ceux qui se sont tenus dans l’Est de l’Ukraine.  Serguey Narychkine a réaffirmé qu’un dialogue est nécessaire si l’on veut aboutir à une désescalade. Il y a une nécessité d’arriver à un consensus entre les différentes parties de cette crise.

La question des sanctions

La question des sanctions a été abordée en particulier par Christophe de Margerie ainsi que par le dirigeant de GDF-Suez. De Margerie a déclaré que l’importance des relations économiques était centrale dans le dialogue entre nos deux pays. Les entreprises françaises sont très soucieuses quant aux échanges économiques, qui se sont largement développé depuis ces vingt dernières années entre les deux pays, mais aussi à l’échelle de l’Europe, à l’économie de laquelle la Russie est en partie intégrées. Il faut donc éviter une escalade des sanctions. Le rôle de la presse est ici important. Il a ainsi été remarqué que ce rôle est, en général, néfaste en France. Aujourd’hui, certaines sociétés ont tendance à anticiper de nouvelles sanctions. Ceci n’est pas sain. Il ne faut pas faire de surenchère.

Serguey Narychkine a répondu à ces interventions en précisant que, en effet, la question des sanctions rend le règlement de la crise ukrainienne compliqué. La Russie ne veut pas rentrer dans ce jeu, mais elle est obligée de répliquer, ce qu’elle a fait avec l’embargo sur les produits alimentaires. Elle l’a fait avec beaucoup de mesure. La question des relations économiques entre l’UE et la Russie est en cause.

La dynamique de la crise.

Ce troisième volet de la discussion a mobilisé beaucoup d’attention. M. Puchkov a déclaré que la situation en Ukraine était de fait très complexe. L’hypothèse de la fédéralisation était possible, et c’était celle que soutenait la Russie. Mais, aujourd’hui, il y a eu un changement du fait de la violence même de l’action de Kiev contre les populations civiles. Kiev a toujours refusé les négociations. De fait, on a refusé ce qui a été accepté au Québec et en Belgique. Il faut en priorité demander aux insurgés ce qu’ils pensent. La Russie soutient l’idée de pourparlers directs et sans conditions entre Kiev et les insurgés. Elle soutient le principe d’une « statut spécial » pour les populations du Sud-Est, quel qu’il soit. Elle soutient aussi l’idée de la fédéralisation si cette idée est acceptée par les insurgés. Mais, les insurgés ne sont pas des marionnettes a-t-il tenu à rappeler.

Jean-Pierre Chevènement est alors intervenu, et il a remarqué que l’on était en présence d’une engrenage lié aux processus de décision propre à l’Union Européenne, point sur lequel était déjà intervenu Nicolas Dupont-Aignan. La position de l’Union européenne est prise en otage par certains pays, la Pologne en particulier, qui ne font rien en faveur du règlement de cette crise. Jean-Pierre Chevènement a ainsi qualifié « d’engrenage de la bêtise » ce qui était en train de survenir, et dans lequel certains, en particulier dans l’UE et dans l’OTAN, portent une lourde et historique responsabilité. Il est clair que la France devrait s’émanciper de l’UE et de l’OTAN pour retrouver la capacité de faire entendre ce que l’ancien ministre a qualifié de « voix de la Raison ». Il faut ici rappeler les enchaînements dramatiques de 1914, même si la situation n’est pas aussi dramatique qu’elle l’était alors. C’est l’un des enseignements de l’Histoire. Jean-Pierre Chevènement a confirmé que les gouvernements russe et français maintenaient un dialogue étroit et constant pour empêcher que cette crise ne dégénère, et que les Présidents Hollande et Poutine se parlaient régulièrement par téléphone. C’est un point important, et en un sens rassurant. Mais cela ne saurait suffire. Il faut une initiative forte de la diplomatie française et allemande sur ce sujet.

Les solutions possibles

On peut ici faire plusieurs remarques sur la dynamique de cette crise. La crise ukrainienne est en fait le produit de la destruction du cadre du droit international que l’on a connu depuis le milieu des années 1990 et qui s’est manifesté au sujet du Kosovo (1998 et 1999), de l’Iraq (2003) dont on mesure aujourd’hui l’ampleur des conséquences, et plus récemment de la Lybie. Nous mangeons aujourd’hui les fruits amers de cette destruction des règles du droit international, destruction dont les Etats-Unis et l’OTAN portent la responsabilité. Il n’est pas possible de trouver un cadre de résolution de cette crise sans règles qui soient reconnues par tous. Le Droit international reste fondé sur deux règles, qui sont profondément contradictoires, le respect de la souveraineté des Etats ET le droit des peuples à décider d’eux-mêmes. Les médiations entre ces deux principes ont été dramatiquement et durablement affaiblies par l’action des pays de l’OTAN et des Etats-Unis depuis la fin des années 1990. Ce sont ces médiations qu’il nous faudra reconstruire. On est ainsi passé d’une crise intérieure à l’Ukraine à une crise internationale et ceci largement par le degré de violence employé par le gouvernement de Kiev. Sur ce point précis, il y a une nouvelle contradiction entre la position adoptée au sujet de la Lybie, où la protection des populations a justifié une intervention étrangère, et l’Ukraine. Il faut en avoir conscience.

Ceci pose la question d’un éventuel cessez-le-feu, et de ses garanties. Un cessez-le-feu s’impose dans les plus brefs délais. La poursuite des combats ne peut que rendre encore plus insurmontable le mur de haine en Ukraine, et rendre plus difficile la solution politique qu’il faudra pourtant bien trouver à cette crise. Il est clair que ce qui était possible encore au début du mois de juin ne l’est plus maintenant. Plus les combats dureront et plus il sera difficile d’aboutir à une solution politique. C’est pourquoi, la France et l’Allemagne devraient exercer des pressions fortes sur le gouvernement de Kiev pour le contraindre à accepter un arrêt des combats, charge à la Russie de faire pression sur les insurgés pour que cet arrêt des combats soit accepté. De ce point de vue, il faut une action commune avec la Russie, que cela plaise ou non à certains. Ce cessez-le-feu devra être vérifié et contrôlé. Il faudra donc des troupes d’interposition entre l’armée de Kiev et les forces insurgées. Il convient de commencer à réfléchir à cette question, en sachant que les forces russes seront inacceptables pour Kiev, et celles de pays de l’OTAN et de l’UE pour les insurgés.

Cette solution politique sera difficile à trouver. M. Naryshkine a fait allusion au « fédéralisme asymétrique » qui existe au Canada pour le Québec[4]. C’est une solution possible, mais hélas peu probable. Une autre solution serait celle d’une « région autonome » ou d’une « République autonome », dans le cadre de l’Etat ukrainien, sur le modèle du Kurdistan dans l’Iraq actuel. Fors ces solutions, la seule issue possible serait celle d’une indépendance non reconnue par la communauté internationale, comme c’est le cas en Abkhasie et en Ossétie du sud. Les solutions de « fédéralisme asymétrique » ou de « République autonome » devront être garanties tant par les pays de l’UE que par la Russie. Il faudra bien, à nouveau, travailler en commun avec le gouvernement russe. On mesure cependant ce qui a été perdu quand les responsables de Kiev se sont refusés à organiser des élections à une assemblée constituante pour réécrire la constitution de leur pays et mettre en place un système fédéral.

Une fois cette solution politique trouvée, il faudra assurer la viabilité économique de l’Ukraine comme des régions autonomes de l’est du pays. Ceci implique de regarder de près la dynamique du développement régional, une fois les taches de reconstruction des infrastructures et des bâtiments détruits lors des bombardements par l’armée de Kiev accomplies. Ces taches impliquent aussi un financement, et il faudra s’entendre sur quels seront les pays donateurs. Laisser la charge à la seule Russie serait, d’un point de vue politique, une erreur tragique car cela signifierait que l’on abdique la possibilité d’avoir une influence sur les dirigeants insurgés. Ici encore, il faudra un accord entre les différentes parties en présence, incluant la Russie et l’UE.


[2] Solvgang O., « The Dead and the Living in Luhansk », Foreign Policy, 29 août 2014, http://www.foreignpolicy.com/articles/2014/08/29/the_dead_and_the_living_in_luhansk_ukraine_russia_war

[4] Banting K. et R.Simeon, edits., And No One Cheered: Federalism, Democracy and the Constitution Act, Toronton, Methuen, 1983. Brown D.M. et M.G.Smith, edits., Canadian Federalism: Global Economic Challenges, Kingston et Halifax, Institute of Intergovernmental Relations & Institute for Research on Public Policy, 1991

 
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Publié par le septembre 2, 2014 dans Uncategorized

 

MISTRAL INVENDUS ? Jamais STX ne s’en remettrait ! MANIFESTATION à Saint-Nazaire le 7 septembre 2014 à 13 h.

2 02 /09 /Sep /2014 10:56

Sur El Diablo :

drapeau-france-russie.jpg

st-nazaire-07-09-14.jpg

Par haine de la Russie et de son président, certains irresponsables au service du gouvernement ukrainien mettent l’avenir de Saint-Nazaire en péril, en exigeant que les BPC Mistral ne soient pas livrés à la Russie à l’issue de leur construction.

 

Si cela se produisait, les conséquences seraient terribles pour les Chantiers et Saint-Nazaire :

 

=>Des centaines de milliers d’euros de remboursements et de pénalités,

=>La perte de crédibilité des chantiers et de la France à l’international,

=>800 salariés de STX au chômage et des milliers d’autres dans la sous-traitance,

=>D’autres contrats internationaux fragilisés, comme les Rafale vendus à l’Inde.

Jamais STX ne s’en remettrait !        

 

Le comité citoyen « Mistral, gagnons ! » s’est constitué à Saint-Nazaire pour la sauvegarde de l’emploi dans cette ville, pour la liberté de commercer avec qui on l’entend (refus de tout boycott et embargo), pour l’amitié avec le peuple russe et les peuples en général, tant qu’ils respectent la France.

 

Il exige la livraison des BPC Mistral à la Russie et appelle à une manifestation le 7 septembre 2014 à 13 heures avenue de la Prise d’eau, quai de Penhoët, devant le BPC russe à Saint-Nazaire.

 

Fernand Hérold

pour le bureau « Mistral, gagnons ! »

 

 

PLUS D’INFORMATIONS ICI

mistral-assos.jpg

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Publié par le septembre 2, 2014 dans Uncategorized

 

les réfugiés ukrainiens selon le rapport des Nations Unies, les solidarités russe et belarusse

 

Selon le haut commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), plus de 1 million de personnes ont fui leurs foyers à cause du conflit dans l’est de l’Ukraine.
Parmi ceux-ci, 260.000 personnes ont été déplacées ; 121.814 qui ont trouvé refuge en Russie, y ont demandé le statut de réfugié.
Les Ukrainiens qui ont demandé le statut de réfugié dans les pays de l’UE sont 4106 (les données sont actualisées à la fin de juillet), dont, 556  en Pologne,1082 en Allemagne et 500 en Suède.
Se référant aux autorités de Kiev, le HCR a annoncé que les zones impliquées dans le conflit concernent environ  2,2 millions d’habitants.
Le 1 septembre, pour la réouverture des écoles, 60 000 enfants ukrainiens qui ont trouvé refuge en Russie ont commencé l’année scolaire dans les écoles russes, la même chose est vraie pour les enfants d’âge préscolaire accueillis par les écoles maternelles de la Fédération de Russie.
L’accès à l’éducation est assurée pour les réfugiés ukrainiens par le Bélarus, où il n’y a pratiquement pas de procédures bureaucratiques à remplir pour les enfants de l’Ukraine, il leur est fourni le matériel pédagogique, de la nourriture, des logements, des transports etc. Face à l’augmentation du nombre de réfugiés, le 30 août, le président Lukashenko a signé le décret "sur la résidence des citoyens ukrainiens dans la République du Bélarus" qui entre autres mesures,  réduit également le temps de délivrance des documents nécessaires pour accéder à un emploi  (2 jours),  les coûts sont supprimés.

Belta et itar tass agences (Traduit par Bing)

Из них 260 тыс. человек – внутренне-перемещенные лица, еще 814 тыс….
itar-tass.com
 
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Publié par le septembre 2, 2014 dans Uncategorized

 

Suite interview Emmanuel Todd (2)

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Suite de l’interview d’Emmanuel Todd…

[Olivier Berruyer] Vous dites « La France ne peut finalement pas contrôler l’Allemagne » : n’y a-t-il rien à faire ou est-ce à quelqu’un d’autre de le faire ?

[Emmanuel Todd] C’est à quelqu’un d’autre de le faire. La dernière fois, cette tâche est revenue aux Américains et aux Russes. Il faut admettre que le « système Allemagne » est capable de générer une énergie prodigieuse. En historien et en anthropologue, je pourrais dire la même chose du Japon, de la Suède ou de la culture juive, basque ou catalane. C’est un fait : certaines cultures sont comme ça. La France a d’autres qualités.Elle a produit les idées d’égalité, de liberté, un art de vivre qui fascine la planète, et elle fait désormais plus d’enfants que ses voisins, tout en restant un pays avancé sur le plan intellectuel et technologique. Il est probable qu’au final, si on devait réellement juger, on devrait admettre que la France a une vision plus équilibrée et satisfaisante de la vie. Mais il ne s’agit pas ici de métaphysique ou de morale : nous parlons de rapports de force internationaux. Si un pays se spécialise dans l’industrie ou la guerre, il faut en tenir compte et voir comment cette spécialisation économique, technologique et de puissance est contrôlable.

Quel est le second pays dans la dénégation ?

Les États-Unis. La dénégation américaine avait été formalisée au premier stade de l’émancipation de l’Allemagne, lors de la guerre d’Irak en 2003 et de l’association Schröder-Chirac-Poutine ; certains stratèges américains avaient alors dit : « Il faut punir la France, oublier [ce qu’a fait] l’Allemagne et pardonner à la Russie ». (« Punish France, forget Germany, forgive Russia »). Pourquoi ? Parce que la clé du contrôle de l’Europe par les États-Unis, héritage de la victoire de 1945, c’est le contrôle de l’Allemagne. Acter l’émancipation allemande de 2003, cela aurait été acter le début de la dissolution de l’empire américain. Cette stratégie de l’autruche s’est installée, calcifiée et semble aujourd’hui interdire aux Américains une vision correcte de l’émergence allemande, nouvelle menace pour eux, selon moi beaucoup plus dangereuse à terme pour l’intégrité de l’empire que la Russie, extérieure à l’empire.

L’Allemagne joue un rôle complexe, ambivalent mais moteur dans la crise : souvent, la nation allemande apparaît comme pacifiste, et l’Europe, sous contrôle allemand, agressive. Ou l’inverse. L’Allemagne a désormais deux chapeaux : l’Europe est Allemagne et l’Allemagne est Europe. Elle peut donc parler à plusieurs voix. Quand on connaît l’instabilité psychique qui caractérise historiquement la politique extérieure allemande, et sa bipolarité, au sens psychiatrique, dans son rapport avec la Russie, c’est assez inquiétant. Je suis conscient de parler durement mais l’Europe est au bord de la guerre avec la Russie, et nous n’avons plus le temps d’être courtois et lisses. Des populations de langue, de culture et d’identité russes sont attaquées en Ukraine orientale avec l’approbation, le soutien, et sans doute déjà les armes de l’Union européenne. Je pense que les Russes savent qu’ils sont en fait en guerre avec l’Allemagne. Leur silence sur ce point n’est pas, comme dans les cas français et américain, un refus de voir la réalité. C’est de la bonne diplomatie. Ils ont besoin de temps. Leur self-control, leur professionnalisme, comme diraient Poutine ou Lavrov, forcent l’admiration.

Jusqu’à présent, dans cette crise, la stratégie des Américains a été de courir derrière les Allemands, pour que l’on ne voie pas qu’ils ne contrôlaient plus la situation européenne. Cette Amérique, qui ne contrôle plus mais doit approuver les aventures régionales de ses vassaux, est devenue un problème, le problème géopolitique n° 1. En Irak, l’Amérique doit déjà coopérer avec l’Iran, son ennemi stratégique, pour faire face aux djihadistes subventionnés par l’Arabie Saoudite. L’Arabie Saoudite a, comme l’Allemagne, le statut d’allié majeur ; sa trahison ne doit donc pas être actée… En Asie, les Coréens du Sud, par ressentiment envers les Japonais, commencent à fricoter avec les Chinois, rivaux stratégiques des Américains. Partout, et pas seulement en Europe, le système américain se fissure, se délite, ou pire.

La puissance et l’hégémonie allemande en Europe méritent donc une analyse, dans une perspective dynamique. Il faut explorer, projeter, prévoir pour s’orienter dans le monde qui est en train de naître. Il faut accepter de voir ce monde comme le voit l’école réaliste stratégique, celle de Henry Kissinger par exemple, c’est-à-dire sans se poser la question des valeurs politiques : de purs rapports de force entre des systèmes nationaux. Si l’on réfléchit ainsi, on constate que la Russie n’est pas le problème du futur, que la Chine n’est pas encore grand-chose en termes de puissance militaire. Dans notre monde économique globalisé, nous pouvons pressentir l’émergence d’un nouveau face-à-face entre deux grands systèmes : la nation-continent américaine et ce nouvel empire allemand, un empire économico-politique que les gens continuent d’appeler « Europe » par habitude. Il est intéressant d’évaluer le rapport de force potentiel entre les deux.

Nous ne savons pas comment finira la crise ukrainienne. Mais nous devons faire l’effort de nous projeter après cette crise. Le plus intéressant est d’essayer d’imaginer ce que produirait une victoire de « l’Occident ». Et nous arrivons ainsi à quelque chose d’étonnant : si la Russie craquait, ou seulement cédait, la disproportion des forces démographiques et industrielles entre le système allemand, élargi à l’Ukraine, et les États-Unis conduirait vraisemblablement à un basculement du centre de gravité de l’Occident et à l’effondrement du système américain. Ce que les Américains devraient le plus redouter, aujourd’hui, c’est l’effondrement de la Russie. Mais l’une des caractéristiques de la situation, c’est que les acteurs sont incompétents et très peu conscients de ce qu’ils font. Je ne parle pas seulement d’Obama, qui ne comprend rien à l’Europe. Il est né à Hawaï, a vécu en Indonésie : seule la zone Pacifique existe pour lui.

Mais les géopoliticiens américains classiques, de tradition « européenne », sont également dépassés. Je pense en particulier à Zbigniew Brzezinski, désormais âgé, mais qui reste le théoricien du contrôle de l’Eurasie par les États-Unis. Obsédé par la Russie, il n’a pas vu venir l’Allemagne. Il n’a pas vu que la puissance militaire américaine, en élargissant l’Otan jusqu’aux pays baltes, à la Pologne et aux autres anciennes démocraties populaires, taillait un empire à l’Allemagne, économique dans un premier temps, mais déjà politique aujourd’hui. L’Allemagne commence à s’entendre avec la Chine, l’autre grand exportateur mondial. Se souvient-on à Washington que l’Allemagne des années trente a longtemps hésité entre l’alliance chinoise et l’alliance japonaise et que Hitler avait commencé par armer Tchang Kaï-chek et former son armée ? L’élargissement de l’OTAN à l’Est pourrait finalement réaliser une version B du cauchemar de Brzezinski : une réunification de l’Eurasie indépendamment des États-Unis. Fidèle à ses origines polonaises, il craignait une Eurasie sous contrôle russe. Il court le risque d’être enregistré dans l’Histoire comme l’un de ces Polonais absurdes qui, par haine de la Russie, ont assuré la grandeur de l’Allemagne.

Comme vous me l’avez demandé, je vous propose d’analyser les graphiques suivants, comparant aux États-Unis une Europe germanocentrée :

Ce que montrent ces graphiques, c’est cette supériorité industrielle potentielle de l’Europe. Certes l’Europe allemande est hétérogène et intrinsèquement fragile, potentiellement instable, mais le mécanisme en cours de hiérarchisation des populations commence à définir une structure de domination cohérente et parfois efficace. La puissance allemande récente s’est construite par la mise au travail capitaliste des populations anciennement communistes. C’est peut-être une chose dont les Allemands eux-mêmes ne sont sans doute pas assez conscients et ce serait peut-être là leur véritable fragilité : la dynamique de l’économie allemande n’est pas seulement allemande. Une partie du succès de nos voisins d’outre-Rhin vient du fait que les communistes s’intéressaient beaucoup à l’éducation. Ils ont laissé derrière eux non seulement des systèmes industriels obsolètes, mais également des populations supérieurement éduquées.

Comparer la situation éducative de la Pologne en Europe avant la guerre avec celle d’aujourd’hui, bien meilleure, c’est admettre qu’elle doit une partie de sa bonne tenue économique actuelle au communisme, pire peut-être, à la Russie. Nous verrons dans quel état la gestion allemande laissera la Pologne. Reste que l’Allemagne s’est de fait substituée à la Russie en tant que puissance contrôlant l’Est européen et a réussi à en faire une force. La Russie, elle, avait été affaiblie par son contrôle des démocraties populaires, le coût militaire n’étant pas compensé par le gain économique. Grâce aux États-Unis, le coût du contrôle militaire est pour l’Allemagne proche de zéro.

[À suivre ici]Interview réalisée pour le site www.les-crises.fr, librement reproductible dans un cadre non commercial (comme le reste des articles du site, cf. Licence Creative Commons).

 
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Publié par le septembre 2, 2014 dans Uncategorized

 

Marxiste à Bichkek, l’abécédaire

http://francekoul.com/articles/marxiste-a-bichkek

Georgiy Mamedov au travail.Crédit : http://www.en.art-initiatives.org

 

Quand on entend le mot « marxiste », l’association qui nous vient à l’esprit est celle d’un philosophe vieux et grogneur. Cependant, le marxiste en face de nous est différent. Il est jeune et s’habille comme un hipster. Après son séjour à Douchanbé où le climat est bien chaud, Bichkek lui a paru froid et gris, quand il est sorti pour la première fois de l’aéroport "Manas". C’était il y a deux ans. Et maintenant, Bichkek est devenue sa ville. Les sentiments qu’il éprouve envers cette capitale sont aussi forts qu’envers sa ville natale, Moscou, où tous ses proches sont restés.

Notre vis-à-vis s’appelle Georgiy Mamedov. A 30 ans, il est dirigeant artistique de l’Ecole de la Théorie et de l’Activisme à Bichkek (ETAB, ou STAB en anglais). G. Mamedov est également tuteur et critique artistique, l’auteur des textes sur l’art et la culture contemporains de l’Asie centrale. De 2007 à 2009, il était directeur du centre culturel « Baktria » à Douchanbé, la capitale du Tadjikistan. Il a supervisé le Pavillon de l’Asie centrale lors de la 54e Biennale de Venise, ainsi que le projet interdisciplinaire en Asie centrale « Artiste – Société » (2010-2011). Ses centres d’intérêt varient entre l’histoire et la théorie de la culture, la philosophie contemporaine et la politique culturelle.

Vous parlez souvent de conflits internes. Peuvent-ils être résolus ?

L’être humain proprement dit est constitué de conflits constants. L’existence dans les conditions de la réalité, dans laquelle nous nous retrouvons, ne permet pas d’autre existence à part celle dans les conflits. Je ne peux pas dire que j’ai un conflit interne qui s’est résolu. Toute mon existence est un conflit (il réfléchit un instant, nda), je dirais même une contradiction. Et la phase active de cette dernière, c’est le conflit.

Comment est-ce lié avec votre perception du monde ?

Quand la position critique est une perception du monde, dans ce cas précis on entame indubitablement des relations conflictuelles avec la réalité qui nous entoure. Cela vient du fait qu’on voit comment cette réalité est contradictoire et répressive. Pour la perception gauchiste communiste, on existe dans un conflit perpétuel avec la réalité qui nous entoure. Ou bien, comme pour l’existence féministe, on se retrouve dans un conflit avec la réalité patriarcale. Donc, c’est un conflit inévitable, parce qu’on est opprimé par le système actuel. Je veux attirer une attention spécifique à cet espace propice pour tout type de spéculations. Ces gens-là considèrent que « ces féministes ou communistes ne parviennent pas à atteindre l’harmonie ». Mais à vrai dire, étant opprimé, nous nous retrouvons en conflit avec la réalité. Ce qui est important, c’est qu’en adoptant une position critique et en se politisant, on rend ce conflit évident, et on comprend que nous sommes dans un conflit, mais ne sommes pas à son origine. Nous sommes dedans. Voici, simplement dit, la théorie de l’idéologie de Marx (sourire, nda). Ainsi, mon existence est conflictuelle.

Les membres de l’ETAB montrent leur position active avec les T-shirt « Pratique la solidarité ».

Les membres de l’ETAB montrent leur position active avec les T-shirt « Pratique la solidarité ». Crédit : STABCrédit : Stab

Georgiy s’est confronté dès le début avec les artistes Bichkékois. Selon lui, l’art notamment en Asie centrale n’est pas intéressant et dépassé, autrement dit ne répond pas aux attentes contemporaines.

Selon vous, qu’est-ce qui pourrait répondre à ces attentes contemporaines ?

Comme la majorité des artistes contemporains, je ne prends pas l’art pour un métier. Se retrouver dans l’art veut dire avoir une position active, quelle qu’elle soit : civile, politique… Si on se nomme en tant qu’artiste contemporain, on s’oppose à l’art traditionnel et à tout ce qui a un rapport avec cet art : sa liaison avec l’Etat, avec la politique que mène l’Etat. Ainsi l’artiste contemporain est en quelque sorte un opposant. Pourtant, il me semble, que ce conflit s’est déjà épuisé il y bien longtemps. La génération des jeunes n’a pas un esprit critique assez développé afin de pouvoir mesurer sa propre participation dans le processus politico-économique, où ils sont des acteurs actifs. Ainsi, il nous semble tout à fait normal d’être ému par la naïveté d’un enfant. Cependant, il est assez étrange de le faire par rapport à une personne adulte. La naïveté des adultes n’éveille pas d’attendrissement, mais bien au contraire l’irritation et l’aliénation. Pour ma part, cette naïveté des adultes qui croient être des artistes sans même penser, ni réfléchir sur les conditions de leur existence dans le projet, qui est l’art, ne m’attendrit pas.

Quelle sera votre réponse aux artistes dans le sens large du terme, qui justifient leur départ de leur pays d’origine par l’impossibilité de créer et d’avoir une position civile, ou par le fait d’être incompris ?

A quoi cela sert-il de dépenser mon temps et mon énergie aux échanges avec des gens qui affirment qu’il est impossible de créer et de prendre une position active, et qui pour cette raison s’en vont ? Je n’ai pas pour mission de les faire changer d’avis. Je n’ai pas pour mission d’être un agitateur idéologique et changer la conscience des gens. Cependant, essayer de changer la conscience publique, c’est autre chose. Ce n’est pas une tentative de changer la façon de penser des gens. Nous n’avons jamais persuadé des gens de changer leur foi. Moi, je n’ai jamais pratiqué cela. Cela ne m’intéresse pas, et je ne pense pas que ce moyen soit efficace.

Enseigner l’esprit critique est-il le plus important ?

Oui, mais uniquement à ceux qui viennent vers nous, et qui le veulent. Notre objectif, si on parle de l’ETAB (l’Ecole de la Théorie et de l’Activisme à Bichkek) c’est de créer la possibilité d’avoir une interaction critique avec la réalité sur des niveaux différents. Nous créons ces conditions pour nous-mêmes, étant des travailleurs culturels, pour avoir des réflexions critiques verbales ou non-verbales. En ce qui concerne les gens du domaine de l’éducation et de l’enseignement, nous essayons de créer les conditions d’une réalité critique et difficile.

Quel est le produit le plus important de l’ETAB ?

Le produit essentiel qui résume tout ce qu’on veut dire est l’almanach que nous avons publié sous le titre "Nous rendre l’avenir". Cet ouvrage volumineux traduit ce qu’on a fait pendant deux ans. Toutes nos déclarations, nos recherches critiques et nos tentatives de théorisation y sont présentes. Pour moi, c’est la plus grande réalisation de notre activité, mis à part la fondation de l’ETAB, bien évidemment. Quant à lui, il n’existait pas de prémices, c’est une institution créée pratiquement de rien.

Quelle est la mission première de votre organisation ?

La mission principale de l’Ecole de la Théorie et de l’Activisme à Bichkek est de créer des conditions nécessaires pour l’interaction critique avec la réalité.

Quel avis le plus absurde avez-vous jamais entendu sur votre institution ?

Aujourd’hui, les gens ont une réaction adéquate par rapport à l’ETAB, et à ce que nous faisons. Nous ne manquons pas d’auditoire, et nous ne croyons pas qu’il y ait des gens qui ne comprennent pas notre activité. Durant les deux dernières années de notre travail, le public voit dans l’ETAB une institution, qui propose un regard critique de la gauche. Dans ce sens-là, il n’y a plus aucune mécompréhension des missions de l’ETAB.

Certaines des oeuvres de ETAB.

Certaines des œuvres de l’ETAB, réalisées dans le cadre du projet «Battre l’homophobie avec l’art ».Crédit : Stab

Quand le public s’est rendu compte que vous collaboriez avec les organisations LGBT, y a-t-il eu une réaction négative ?

Probablement, il y a ceux qui pensent que « les gens normaux n’auraient jamais eu l’idée de se mêler avec les pédés », pourtant, nous n’avons jamais entendu cette remarque devant nous. Je n’ai jamais entendu qu’une personne avait montré son homophobie, parmi ceux avec qui nous menons l’affaire. Probablement, si on prenait en considération la réalité actuelle en tant qu’une forme, les gens auraient plus aimé l’ETAB, s’il ne traitait pas ce sujet.

Comment l’art contemporain peut-il lutter contre les attaques nationalistes et l’agression envers les LGBT ?

Lutter pour la bonne cause est possible dans n’importe quel domaine, que ce soit la science ou l’éducation. Dans n’importe quel domaine on peut occuper une position civile active. Toute activité peut être consciente et politique, et le journalisme en est un exemple flagrant. L’art n’a aucune différence dans ce sens. Un ou une artiste peut créer avec une pleine conscience, c’est-à-dire en réagissant sur ce qu’il se passe autour de lui. Cependant, l’art évidemment a sa spécificité et ses ressources. Si on prend l’exemple de l’ETAB, c’est une organisation qui est financée. A notre avis, c’est une condition obligatoire pour pouvoir mener cette activité. L’art détient un ensemble de ses propres acquis, ses propres sentiments, ses forces. Une telle suggestion lui donne la capacité d’influencer au-delà des limites du rationnel. Ainsi, l’art est une possibilité qui sort du cadre des formes. L’usage de cette force comme une arme ou un instrument est la meilleure façon de travailler, en essayant de mettre ces particularités de l’art aux services de la lutte politique que soutiennent les artistes.

En quoi consiste votre mission de tuteur dans la lutte contre la platitude ?

La platitude est invincible. A quoi ça sert de lutter contre elle ? (rires, nda). Je n’ai pas actuellement une mission en parallèle de l’institution avec laquelle je m’associe. Probablement, c’est un cas particulier, quand il n’y a pas de travail aliéné, et où ton individuel est le collectif. En ce sens précis, je ne peux me dissocier de l’ETAB en tant qu’une unité professionnelle. Mes objectifs et ma mission sont les mêmes que ceux de l’ETAB. C’est, comme je l’ai déjà mentionné, la création des conditions pour l’interaction critique avec la réalité. Je veux que mon travail donne aux personnes avec qui nous avons affaire une possibilité de vivre avec un esprit critique.

Enfin, selon vous, quels sont les trois ouvrages que l’artiste contemporain doit lire ?

Je driais, "Le Manifeste du Parti Communiste" de Karl Marx et Friedrich Engels, "L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique" de Walter Benjamin, et "Color Field Movement et Hard-Edge" de Clement Greenberg.

Djamilia Dandybaeva

Journaliste pour Novastan.org

Traduit et relu par Artem Ismaïlov

Fondateur de Novastan.org

Relu par Etienne Combier

Coordinateur éditorial

 
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