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La vague dans laquelle des imbécile criminels prêchent le mensonge comme salut par danielle Bleitrach

02 août
La vague dans laquelle des imbécile criminels prêchent le mensonge comme salut par danielle Bleitrach

e 27 juillet 2012, Ziad Al-Bandak, qui porte le titre de conseiller du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, pour les affaires chrétiennes, a visité le camp d’Auschwitz où il a déposé une gerbe et allumé une bougie à la mémoire des victimes de la Shoah. En réponse, le porte-parole du Hamas, Fawzi Barhoum, a violemment attaqué Ziad Al-Bandak, l’accusant d’avoir «aidé Israël à répandre le mensonge de l’Holocauste».

Quand je lis ce genre de nouvelles une sorte de rage me dévore les entrailles, une envie primaire de meurtre m’emplit, tant j’ai le sentiment  d’un viol, d’être niée dans tout ce qui est important pour moi. Vous pensez que c’est parce que j’ai des origines  juives, des souvenirs toujours prégnants de la petite enfance fuyant le nazisme… Sans doute mais ce n’est pas si simple parce que cette origine a été si travaillée qu’elle n’est plus que trace, blessure d’éveil.

Cette origine enfle ma colère et mon mépris contre ceux qui prétendent nier la Shoah et me violer. Mais la rage sedéverse aussi contre  ces dirigeants israéliens qui jouent la politique du pire, encouragent de fait le hamas et refusent toute négociation, toute avancée vers la paix avec l’autorité palestinienne, ces dirigeants qui s’appuient sur ce que le judaïsme a de plus obscurantiste et rétrograde pour poursuivre le harcélement du peuple palestinien… Ces gens-là n’ont cessé d’instrumentaliser la Shoah pour leurs crimes et leur haine raciale qui comme d’habitude couvrent de sordides intérêts et des corruptions bien triviales. Ce sont des négationnistes à leur manière et la pire qui soit, celle des marchands qui tirent profit ou prétendent tirer profit de la souffrance et de la mort de 6 millions d’être humain. 6 millions d’êtres humains pour dans le fond privatiser l"Etat, en tirer profit et faire le malheur non seulement des Palestiniens mais des Israéliens eux-mêmes. Voilà pourquoi ce sont les mêmes que ce minable de Fawzi Barhoum. Que l’on m’affirme qu’éprouvant cela je serais devenue une juive qui hait les juifs, peu me chaut, la distinction entre juif et goy n’est simplement plus pertinente pour juger d’un choix politique qui relève du respect du droit international.

Toujours à propos de cette relation à la politique, j’ai dit à plusieurs reprises à quel point le négationnisme de la shoah en définitive était un pur produit de l’extrême-droite destiné à blanchir le fascisme et le nazisme et à créer une équivalence entre communisme et nazisme, combien à ce titre il était pain béni dans la situation de crise pour entretenir la confusion entre victimes et bourreaux, exploiteurs et exploités. Je n’y reviendrai pas.

Tous les négationnistes de ce fait ont la même origine de classe, ils s’entendent sur le fond comme ils s’entendent sur l’humiliation et l’enfermement des femmes, est-ce un hasard si la négation sous toutes ses formes a besoin du viol, viol des femmes, de leur droit à exister, à marcher librement dans les rues, à avoir une profession.Viol du droit des peuples, viol des femmes et viol de la vérité historique vont  semble-t-il  de pair?  Pourquoi ?  Marx l’a déjà expliqué dans un magnifique texte des manuscrits de 1844: c’est à la manière dont une civilisation traite les femmes c’est-à-dire dont l’être humain se reconnait lui-même dans son humanité que l’on reconnaît le degré atteint par cette civilisation.

Une nouvelle conception anthropologique dont ne peut se passer la politique

Si le négationnisme me met dans un tel état de colère c’est justement parce qu’il va au-delà de mes appartenances et mêmes de mes choix politiques mais parce qu’il y a là  un viol du sens de l’humain. Tous les préhistoriens vous diront que la civilisation, l’art et l"outil que l’on conserve, apparaissent en même temps que l’ensevelissement des morts, le langage devient abstrait, l’homme devient sapiens, c’est-à-dire qu’il est capable de se projeter dans le temps au-delà de ce qu’il perçoit. Cela a d’immenses conséquences y compris dans le peuplement de la terre, par exemple si l’homme ose aller en Australie c’est parce qu’il est sapiens et il ose aller au-delà de l’horizon alors qu’il a la vision d’une chute, il avance jusqu’à une terre inconnue, ce sera cette démarche qui fera les grandes découvertes. Pour être cet homme-là il faut ensevelir les morts et faire des outils qui sont des objets en soi au delà de leur utilisation immédiate, l’art, la magie, le mystère et donc la religion sont liés à cela.

Nier le génocide est nier l’humanité et ce n’est pas un hasard si ce négationnisme s’accompagne de cette formidable régression qu’est un retour au viol des femmes et de la volonté de les rendre coupable du désir animal qu’elles provoqueraient. Je connais quelques uns des négationnistes européens, français ou belges ce qui est frappant est leur misogynie, leur exaltation  du machisme avant même l’antisémitisme. Je crois que l’on est justement à un moment où l’on perçoit la relation non seulement entre racisme et exploitation mais aussi le lien qui unit racisme, servage et questions de genre.

Parce qu’il va être indispensable de franchir un nouveau seuil dans l’humanité

Il va falloir nous penser differemment partie de la chaîne du vivant et partie de l’univers mais moment où la matière se comprend ou tente de se comprendre elle-même. Parce qu’il y a à l"origine de sapiens cette immense curiosité, ce goût du mystère sans lequel il n’y a pas de science, pas d’art, pas de création et cela a trait à la religion. Nier cette manière de nous rattacher à l’infini, à l’univers est ne pas comprendre l’originalité de l’être humain ce simple développement du vivant donc je n’ai jamais été ennemie de la religion, celle-ci est productrice de sens. Cela dit il existe un combat pour la connaissance qui est de se confronter à l’horizon réel et de refuser les illusions, les rites, les pseudos lois morales, les hierarchies et les dogmes. Se réfugier dans les mythes et mystifications pour fuir sa propre liberté qui n’est pas libre arbitre mais connaissance de ce qui vous détermine c’est là qu’apparaissent les mensonges, les peurs et la recherche des dominations, la volonté de puissance, le viol comme appropriation au lieu d’être reconnaissance d’une appartenance au même univers.

Le mensonge, le dogme sont la pire lâcheté de l’être humain confronté à sa conscience malheureuse.

alors que quelqu’un qui prolonge la pensée de Marx ne méprise pas cette expression de la conscience malheureuse, ne se contente pas d’affirmer qu’il y a opium mais reprend la soif d’utopie inscrite dans l’humanité pour dire comme Hölderlin : "(…) retourner l’aspiration à quitter ce monde pour l’autre en une aspiration à quitter un autre monde pour celui-ci." (Remarques sur Antigone: est-ce un hasard si la question de l’ensevelissement des morts et de la vivante est au coeur de la tragédie d’Antigone ?).

Je suis en train de travailler sur l’Histoire et là aussi je voudrais que l’on comprenne qu’il n’y a pas d’Histoire sans cette passion du chasseur pour les traces laissées par le gibier qui remonte à l’aube de l’humanité, sans fouille dans les sépultures parce que l’histoire est une sorte de culte rendu aux morts (1). Est-il possible de connaître "la vérité historique" ? Récemment avec la contrerévolution qui a déférlé sur le monde le postmodernisme n’a plus vu dans l’histoire qu’un discours (et tous les discours sont équivalents) par lesquels le passé nous racontait une fiction qui lui convenait.  Il y a eu du positif dans cette affirmation puisqu’il a été mis en doute la représentation des puissants mais comme par hasard en fait le relativisme post-moderne qui privilégiait le discours témoignage a nié de fait tout le travail, toute la recherche de preuves, inscrites dans le sol, dans l’objectivité alors que c’est là qu’on lit le mieux l’histoire des femmes et des humiliés, les silencieux de l’histoire, ce qui est trace, enterré.

Il faudrait que  je vous explique mieux que je ne l’ai fait jusqu’ici le débat des historiens autour des conséquences de ce relativisme postmoderne qui accompagne la contrerévolution néolibérale et qui pose sur le fond sur la relation entre réel et verité historique et le point limite fut justement envisagé à propos de la Shoah. Des historiens marxistes à l’origine qui s’étaient plus ou moins laissés prendre par le postmodernisme protestaient tout à coup contre les positions extrêmes d’un Hayden White. Ce qui pouvait paraître un débat d’école tout à coup dans le contexte de la résurgence du négationnisme en France en particulier avec le "détail" d’un Le Pen, relayant Faurisson, et du suicide en Italie de Primo Levi, déclare que cela suffit, qu’on est allé trop loin en suivant l’idée de Barthe et d’autres qui voulaient que "le fait n’ait d’existence que linguistique".

A ces débats il faut encore ajouter celui que soulève Godard sur le cinéma sur l’impuissance de ce dernier a rendre compte de la shoah ou encore celui entre Didi-Huberman et Claude Lanzman sur l’acceptation de la preuve à partir de quatre photos prises à Auschwitz.

Si je cite rapidement tout cela c’est pour que vous compreniez que tout ce qui reste de débat intellectuel digne de ce nom est complètement structuré autour de la possibilité de la représentation, de sa véracité à partir de ce point limite qu’est la Shoah.

Nous sommes dans un moment de crise structurelle celui que l’on peut décrire comme un ébranlement total non seulement des conditions de la production matérielle avec l’exploitation de la terre et des êtres humains jusqu’à la dilapidation et la destruction mais à travers ce séisme profond tout s’écroule y compris les représentations, les institutions politiques, judiciaires et morales…

C’est dans ce contexte là si périlleux, si terrible que des gens en rajoutent par haine mais aussi par une imbécilité qui me met en rage en prétendant ériger le mensonge en sauveur suprême de leurs minables intérêts partisans. J’ai devant les yeux la monstrueuse vague, le tsunami, dans laquelle une bande de médiocres prétendent détruire un peu plus l’humanité à sa base  dans ce qui l’a fondée..

En finir avec la prison de l’illusion de notre ego.

Nous sommes dans un temps où les découvertes se multiplient et où dans le même temps la barbarie contre la planète et nous même menace toujours d’atteindre des cimes non plus inconnues mais déjà éprouvées, osées, à Auschwitz et à Hiroshima. Nous sentons bien que les solutions même si nous y adhérons – par exemple le socialisme, l’indispensable nouvelles conditions du vivre ensembler- n’a pas acquis la dimension du problème tel qu’il nous est posé. Il faut, comme le conseillait Einstein il y a longtemp, se saisir soi-même comme une part de l’univers limitée individuellement dans le temps et dans l’espace. En finir avec l’illusion de notre individualité, de notre ego, qui n’est qu’une espèce de prison qui nous enferme dans des affects primitifs pour nous-mêmes et ceux que nous considérons comme nos proches. L’illusion de la religion, du fanatisme et du mensonge est celle d’une société qui s’identifierait à notre ego pour mieux nous inventer à l’image d’un dieu que nous avons fabriqué comme un fétiche. La religion devient l’illusion d’une fusion du même et de l’exclusion du différent, voir son assassinat. Nous sommes prêts à nier la réalité pour conserver cette illusion mortifère et le négationnisme imbécile n’est que la caricature de ce refus de franchir le pas de ce que nous devons devenir pour survivre, la peur de la vérité de notre appartenance, notre immanence à tout le vivant, à l’univers sous ses formes les plus modestes et de ce fait notre impossibilité à respecter ce qui n’est pas l’illusion de la prison de notre ego.

Einstein explique dans la logique qui fut celle d’un Spinoza et qui lui fit vivre l’herem, la malediction de sa communauté comme une libération: "Ainsi notre tâche doît être de nous libérer de cette prison en élargissant notre cercle de compréhension et de compassion pour embrasser toutes les créatures vivantes et la nature dans sa beauté". L’avantage, le seul, de ce moment qu’est la vieillesse – toujours un pacte plus ou moins honorable avec la solitude- est que l’on perçoit mieux la nature du chemin qui nous débarasse des illusions religieuses ou ce qui revient au même partisane de la fusion du même pour aller vers une appartenance au vivant.

voilà pour terminer ce trop long texte, je voudrais vous inciter à écouter cette émission de France Culture dans laquelle un écrivain est venu nous parler d’Einstein/

http://bit.ly/14xMk38 Dans « Les Racines du ciel » Simon Veille, historien et musicien, explore les rapports d’Einstein à la religion à travers sa conception philosophique, son engagement pacifiste et l’appétence culturelle de ce grand génie du XXième siècle.

il n’y a pas de liberté sans affranchissment par rapport à ce qui nous a nourri, le refus de l’imprégnation par la raison mais aussi le sens du mystère et du beau…

Danielle Bleitrach

(1)en écrivant cela j’ai devant les yeux le film de Desplechin la sentinelle, où il nettoie une tête humaine réduite en expliquant qu’il faut râcler l’Histoire jusqu’à l’os. Ou encore ce que dit Walter benjamin: "L’histoire, dans ce qu’elle a toujours eu d’intempestif, de souffrant, de raté, s’imprime dans un visage – non dans une tête de mort. (…) c’est là le noyau baroque de l’histoire comme histoire souffrante du monde (…). Autant de signification, autant de déclin mortel parce que la mort enfouit au plus profond la ligne de démarcation brisée entre la physis et sa signification."W. Benjamin, Trauerspiel et tragédie
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2 réponses à “La vague dans laquelle des imbécile criminels prêchent le mensonge comme salut par danielle Bleitrach

  1. Monique Bernard

    août 2, 2012 at 9:07  

    Toujours pareille à vous-même Danielle Bleitrach, fine analyste gueulante que j’aime toujours à lire pour comprendre la complexité du monde afin d’enseigner à mes enfants la manière de bâtir de nouveaux ponts entre les nouvelles générations ! Garder l’espoir en elles me semble indispensable !

     
  2. birahima2

    août 2, 2012 at 3:43  

    je ne veux pas entendre parler de politique du pire,
    car on a viré le Sarko, c’était une mesure de salubrité publique.
    Et à la rentrée, on va faire ce qu’on veut. À force de ne plus vouloir d’égos, Besancenot a été viré, résultat, on a plus de débouchés politiques.

     

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