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Bon anniversaire mon cher Karl… Oserai-je vous dire ? par danielle Bleitrach

06 mai
Bon anniversaire mon cher Karl… Oserai-je vous dire ? par danielle Bleitrach

légende: ce dessin maladroit est ce que j’ai trouvé de plus proche de la lettre de votre père s’inquiétant du désordre et des chimères de son fils, telle que la rapporte Meihiring votre biographe le moins contestable.

oserais-je vous avouer mon cher karl à quel point vous m’avez toujours séduite. Il est bien temps de vous l’avouer n’est-ce pas ? mais c’est maintenant ou jamais…

J’ai aimé votre superbe intelligence, votre humour féroce et la passion avec laquelle vous vous êtes engagé dans les causes que vous embrassiez… Vous m’impressionniez mais sans plus, quelque chose en vous m’attirait irresistiblement et la lecture de votre correspondance m’a confirmé dans mon sentiment d’intimité, nous avions les mêmes lectures… Moi aussi je connaissais par coeur des extraits en latin de Lucrèce sur démocrite alors quand j’ai découvert  que vous aviez fait votre thèse sur lui et Epicure je me dis qu’il n’y avait pas de hasard, pas plus d’ailleurs que quand je constatais votre passion pour Balzac moi qui étais en train de procéder à un recensement de tous les personnages de la Comédie humaine et chacun des ouvrages dans lequels ils apparaissaient, nous avions le même univers. Et puis comment vous décrire, vos yeux étaient si rieurs, petits, vous avez quelque chose d’asiatique malgré la broussaille de votre chevelure et de votre barbe.

Quel dommage vous étiez si romantique et je vous aurais bien disputé à jenny, j’aimais tant votre conception égalitaire de l’éducation des filles, de leur participation à la vie politique…

il est rare d’avoir une telle lucidité et cependant ne pas perdre la compassion pour l’humanité souffrante, d’être capable de traits percutants sans jamais être cynique. Etre la proie d’une intense curiosité, dévorer tous les livres au point de rester des journées entières dans une vieille robe de chambre disparaissant dans  les volutes de fumée de votre pipe, le tout dans un désordre préoccupant et dans le même temps avoir l’esprit aussi perçant et aiguisé qu’il se peut, être amoureux des faits autant que de la théorie la plus complexe.

Je vous ai rencontré indirectement le jour de mes 15 ans, j’étais chez un libraire, j’ignorais pratiquement tout de vous mais je ne sais pourquoi je fus attirée par la longue série de vos oeuvres et je volais un volume du Capital, le premier celui dont vous avez supervisé la traduction, celui dont vous desespériez de voir les Français qui veulent en arriver aux conclusions sans avoir la patience de suivre la démonstration s’intéresser à la première section sur la valeur, le contrat, le fétichisme de la marchandise. Comme vous aviez tort en ce qui me concerne. En rentrant je me jetais sur cette lecture austère, elle m’exalta.

Le seul auteur qui me bouleversa pareillement fut un certain Spinoza dont je trouvais Le Traité théologico politique dans les ex galeries Lafayette de Tizi Ouzou. Je comprenais des mots mais le sens général m’échappait pourtant dans les deux cas je fus convaincue que j’avais affaire à deux géants et j’éprouvais pour ces deux hommes instantanement quelque chose qui ressemblait à de l’amour. Vous d’abord, Spinoza ensuite.

Ce fut comme si le génie de la lampe m’emportait et me faisait survoler le monde pour mieux me faire goûter le silence de l’étude, cette passion de comprendre et de regarder l’univers depuis une chambre monacale envahie par les livres comme dans un tableau de Rembrandt.  Et j’éprouvais dans le même temps ce sentiment de voler sans qu’aucune frontière jamais ne nous arrête. j’étais comblée. Qui a un jour découvert LE LIVRE celui qui rassemble les émois de l’enfance devant l’image, la passion de l’adolescence à l’idée de trouver enfin la clé d’une vie et l’enferment dans la protection du silence des bibliothèques me comprendra.

Prolétaire de tous les pays disiez-vous et je me suis enrôlée parce que vous m’expliquiez qu’un spectre hantait le monde, le communisme. Et le monde m’a été aventure, merci. le monde est toujours hors de ses gongs et devrait être remis en place, la classe capitaliste que vous avez si puissamment décrite mène en ce moment l’assaut contre le monde du travail, nous sommes dans le creux du tsunami et la barque est proche de chavirer. L’accumulation multiplie les invalides du Capital commevous l’expliquez dans la section IX du livre I. Tout ce que vous avez dit se vérifie et plus encore tant ce mode de production est entré dans un ébralement auquel rien ne résiste, institutions, représentations, tout parait s’écrouler et pourtant ils ont encore la force de déclencher les cavaliers de l’apocalypse. Voilà j’espère que nous y survivrons.

Mon cher Karl Marx ce 5 mai est la date de votre anniversaire, alors je voulais vous dire à quel point vous êtes et avez été important pour moi et pour tant d’autres, vous dont la pensée est devenue monde…

Danielle Bleitrach

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Publié par le mai 6, 2012 dans mon journal

 

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