RSS

Archives Mensuelles: mai 2012

un spectre hante le monde : le capitalisme par Danielle Bleitrach

un spectre hante le monde : le capitalisme par Danielle Bleitrach

Je viens d’aller voir Cosmopolis de David Cronenberg. Totalement déconcertant, nous étions quinze dans la salle obscure. A mi-film un couple est parti… La dizaine de jeunes agités qui faisaient grand bruit avant le film paraissaient accablés et stupéfaits mais silencieux. Je les ai retrouvé dehors en train de lire les critiques affichées sous les programmes. je leur ai demandé :"vous cherchez à comprendre?" Ils ont hoché la tête et ils ont tourné les talons dubitatifs toujours aussi accablés parce que les dits critiques n’étaient pas plus clairs… Moi non plus… Mais un film qui fait cet effet à une bande de vitellonis, sans doute venus pour admirer le héros de Twilight, Robert Pattinson, ne peut pas être mauvais.

Arriver à faire de cet homme superbe, provoquant l’hystérie  des adolescentes, le héros névrosé de ce film est un exploit. Il s’agit bel et bien également d’un vampire, éternellement jeune mais l’histoire est capable de larguer en chemin le spectateur le plus attentif. On pourrait résumer ça simplement : Dans un New York au bord de l’explosion, des manifestations monstrueuses bloquent les rues alors que le président des Etats-Unis visite Métropolis.  Au coeur de cette ville dans laquelle on assiste à la chute du capitalisme, Eric Packer (Robert Pattinson), l’incarnation du dit capitalisme de la haute finance, n’a qu’une seule obsession: se faire faire une coupe de cheveux chez son coiffeur à l’autre bout de Manhattan. Mais en fait il s’agit d’aller à la rencontre de son assassin. Ca paraît simple dit comme ça mais en fait le film est conçu pour que tout soit imprévisible, déconcertant et que l’on en sache encore moins à la fin sur les ou le personnage central.

Le fait que le dit héros, figure vivante du capitalisme cybernétique, paraisse constamment branché sur un monde virtuel de chiffres est déjà en soi un mystère que personne ne peut élucider puisqu’il ne sont que deux ou trois à savoir de quoi il est question alors même que tout se désagrège autour d’eux.  le génie golden boy des goldens boys, maitre trader dans l’enfer des traders paraît aussi paumé que nous dans cette megapole nocturne en pleine explosion.  Le but est se faire coiffer mais sa coupe restera comme sa prostate assymétrique… La quête est celle de sa ruine et celle de son assassin, quête entrecoupée de rendez-vous improbables au cours desquels il prête son corps à toutes les manipulations. On connaît l’intérêt de David Cronenberg pour le peintre Francis Bacon. Le bel héros de twilight se fait tater le fondement au cours d’un check up et soulager de sa tension sexuelle par Judith Binoche entre autres, mais personne ne sait exactement quelle est l’origine de la faille dans son identité, par moment des pistes sont suggérées et aussitôt abandonnées au profit de cette route vers le coiffeur puis dans un immeuble sordide où l’attend l’assassin. Au passage après avoir assassiné son garde du corps, il  reçoit une tarte de la part d’un entarteur professionnel joué par Mathieu Almaric. Après cette odyssée nous sommes prêts à apprécier vingt minutes éblouissantes au cours de laquelle il rencontre son assassin et là nous sommes pris dans une autre cohérence celle de la conclusion de cette errance comme dans Ulysse de Joyce. C’est-à-dire une absence de conclusion simplement un cri de l’assassin comparable à celui du christ sur le Golgotha "Pourquoi ne m’avoir pas sauvé?"

Cette immersion dans l’incompréhensible est aussi la richesse du film.  Il y a des dialogues d’une rare intelligence quelque chose de comparable à du Harold Pinter à savoir que nous croisons des individus et des scènes de rues dont personne ne songe à nous dire le pourquoi et le comment de leur rencontre mais l’échange est toujours passionnant. Nous sommes attirés par l’énigme, qui sont-ils? Pourquoi? Les conventions à peine esquissées sautent… Mais le dialogue est l’architecture et  la caméra occupe l’espace, le temps et les corps dans un espace clos comme celui d’une énigme policière, l’intérieur d’une limousine.  Ce défi  correspond à une économie de moyens en langage cinématographique, parfois de simple champ-contrechamps trés classiques.

Une gigantesque limousine qui traverse New York au bord de l’explosion et prend au passage des individus, des femmes avec qui faire l’amour puisque l’épouse se refuse.  Après Freud – a dangerous method- voici Marx… Avec la répétition de l’ouverture du manifeste: "un spectre hante le monde… "crient des clochards venant jeter des rats morts dans un restaurant, "Un spectre hante le monde" écrit dans Brodway un panneau lumineux… Simplement le messianisme des prolétaires sauvant l’humanité  a disparu, ils sont devenus des rats, et le spectre qui hante le monde n’est plus le communisme mais le capitalisme… Un capitalisme vampire, jeune mais hanté par sa propre fin et continuellement en train de se faire examiner et perdant le pouvoir face à un yuan (la chine) incontrôlable…

Toute l’histoire ne tiendrait-elle pas dans ces deux remarques de Warren Buffet, un des hommes les plus riches du monde:

1)« À la Bourse, il y a deux règles fondamentales à respecter. La première est de ne pas perdre, la seconde est de ne jamais oublier la première. »  La grande chute du capitalisme dans un New York en train d’exploser dans la misère et la violence est simplement ce moment incompréhensible où cela ne marche plus et il perd…

2)« Tout va très bien pour les riches dans ce pays, nous n’avons jamais été aussi prospères. C’est une guerre de classes, et c’est ma classe qui est en train de gagner » Parce qu’il n’y a aucune raison d’imaginer que quelqu’un d’autre est en état de gagner…

Danielle Bleitrach

 
Poster un commentaire

Publié par le mai 31, 2012 dans cinema

 

Faut-il partir en guerre en Syrie ? par danielle Bleitrach

Faut-il partir en guerre en Syrie ? par danielle Bleitrach

je vais tenter de résumer en quelques lignes ma position sur la Syrie. Déjà à propos de la Libye j’avais développé une position assez semblable mais j’étais plus convaincue dès le départ d’une intervention imminente de l’OTAN. Non que celle-ci soit totalement exclue mais elle s’avère assez compliquée pour qu’une pression contre ce type d’intervention soit facilitée. En particulier quand François Hollande prend position en faveur de la dite intervention mais avec mandat du Conseil de sécurité, quand Obama tente de convaincre Poutine on ne peut écarter le péril.

Disons-tout de suite qu’un soutien inconditionnel à des régimes autocratiques,  qui ne craignent pas de réprimer la population dans le sang et la torture, me paraît inconcevable.  Certains anti-impérialistes qui adoptent les positions de l’extrême-droite déconsidèrent la cause qu’ils prétendent défendre. Donc il ne s’agit pas sous prétexte de défendre la paix, de refuser les manoeuvres bellicistes, de cautionner les régimes en question qu’il s’agisse de Bachar el Assad et même de l’Iran des mollahs. Ces régimes ne méritent aucun soutien mais cela ne signifie pas que les pays occidentaux et leurs médias qui s’indignent sont en quoi que ce soit légitimes et efficaces pour nous vendre la dite intervention militaire.

Se prononcer contre une intervention militaire n’est en rien porter caution à de tels tyrans, au contraire. Le cas de l’Iran quel que soit le caractère ubuesque et répréssif de ce régime n’est pas comparable à celui de la Syrie. . En Iran, il n’y a pas guerre civile, la protestation démocratique se fait dans un contexte d’unité nationale. Non seulement le procès nucléaire  fait à l’Iran est injustifié mais toute intervention serait contreproductive en recréant l’union nationale autour du régime. Ce n’est pas le cas en Syrie qui est un pays morcelé et qui, au vu du massacre des populations, suscite l’émotion indignée. En revanche ce qui s’est passé en Tchetchenie peut être comparé tant au niveau des  séparatismes que des affrontements entre armée et milices. Ce n’est pas un modèle loin de là.

Donc la révolte d’une grande partie de la population syrienne est légitime alors même que l’affaiblissement de la Syrie fait partie d’une stratégie dirigée contre l’allié de l’Iran et des enjeux sur la région qui sont la toile de fond de révoltes d’une partie de la population.   Donc il s’agit de ne pas soutenir des tyrans mais aussi de ne pas être naif sur ce à quoi viserait une intervention militaire. Il faut mesurer qu’il existe déjà dans ces pays des interventions, des livraisons d’arme y compris par des régimes comme l’Arabie saoudite ou le qatar qui ne sont pas des bouquets de printemps.Ils n’ont pas pour objectif d’intaller des démocraties laïques mais tout au contraire de développer un islamisme qui n’a de modéré que le nom en prétendant de fait élargir leur propre influence dans le bassin méditerranéen.

Tout ces mouvements, appel à la guerre civile en utilisant les légitimes revendications des populations mais aussi la mosaïque de peuples que chaque nation rassemble, se situent dans un contexte marqué par la crise du capitalisme et celle de l’hégémonie des Etats-Unis et de leurs alliés occidentaux.

Il est fini le temps où une expédition coloniale, une intervention de la CIA, mettaient en place des alliés inconditionnels qui bloquaient l’évolution d’un pays et l’ouvraient au pillage. Nous sommes dans le contexte d’une crise avec des peuples qui n’en peuvent plus mais aussi une tendance au développement multipolaire où chacun cherche au niveau régional voir mondial à étendre sa zone d’influence. Toutes les récentes interventions armées de l’OTAN que ce soit en Afghanistan, en Irak ou en Libye ont déclenché une aggravation de la situation pour les peuples.

De surcroît le monde multipolaire se déploie aussi en Russie, en Asie qui surveillent leur propre influence dans une zone énergétique sensible et la Russie et la Chine ne veulent pas céder. Il ne s’agit pas seulement comme on le dit trop souvent de la Russie protégeant son principal client en matière d’armement parce que toutes les puissances représentées au Conseil de Sécurité y compris la France agissent dans le même sens. Nous avons en effet la particularité d’avoir au Conseil de Sécurité des puissances qui jouissent du droit de véto et qui sont dans le même temps les principaux fournisseurs d’arme de la planète à commencer par les Etats-Unis mais aussi la France. Ce qui est surveillé est l’approvisionnement énergétique de la planète. La Chine est particulièrement concernée. L’opération libyenne qui forte d’un mandat de l’ONU devait protéger la population de Benghazi a terminé en changement de gouvernement les a échaudées avec la Russie.

Enfin dernière remarque la manière dont partout les pays occidentaux ont provoqué des dissidences, des séparatismes quitte à utiliser l’argent de la drogue et du trafic d’armement a aussi échaudé la Chine et la Russie. Ces pays ne sont pas les seuls et on peut dire que la majorité des pays ne veulent plus entendre parler d’interventions humanitaires (sic). Le but avoué étant une fois encore l’assassinat de chef d’Etat qui a joui de l’appui et de la reconnaissance internationale jusqu’ici.

Donc nous sommes une fois de plus devant un chaudron du diable qui reflète assez bien la situation trés grave de notre monde capitaliste en crise, le militarisme étant une de ses logiques mais aussi un affaiblissement tel de l’occident que toute intervention pouvant déclencher le pire. Il ne reste plus que la négociation dans le cadre d’une entente internationale qui dépasserait les propagandes bellicistes pour aboutir à des solutions négociées ici comme ailleurs. On nous répondra que pendant ce temps des gens meurent, c’est vrai et on ne peut que souhaiter le renversement d’un tel régime mais toute intervention militaire, la preuve ne cesse d’en être faite, ne peut que déboucher sur pire.

Danielle Bleitrach

 

le résultat desprésidentielles en Egypte ou les inconnus du "printemps arabe" par Danielle Bleitrach

le résultat desprésidentielles en Egypte ou les inconnus du "printemps arabe" par Danielle Bleitrach

je dois dire que le discours que l’on entend ci et là sur le fait que le printemps arabe ne serait qu’une manoeuvre de l’occident me paraît faire partie de cette monomanie complotiste et cette géostratégie pour débiles profonds qui se répand sur internet. Personnellement j’ai toujours défendu l’existence d’un processus reposant sur des exigences démocratiques au sens plein du terme, c’est-à-dire la manière dont des sociétés qui ont été largement bloquées par l’installation d’autocraties soutenues par l’Occident sont aujourd’hui travaillées par la crise du capitalisme à l’échelle de la planète. Loin d’être les révoltes "face book" le printemps arabe en Egypte en particulier a été précédé par des mouvements sociaux devant les difficultés insupportables de la vie quotidienne. la corruption, l’absence de démocratie a pris un aspect trés concret celui d’une humiliation permanente de gens qui n’arrivaient plus à vivre. Que l’Occident en particulier avec l’intervention libyenne ait tenté de recomposer à son profit le processus y compris en sacrifiant d’anciens vassaux est évident et l’installation d’une bourgeoisie conservatrice a paru dominer. Mais nous sommes devant un processus qu’il faut penser sur le long et moyen terme. A ce titre une lecture des éléctions présidentielles egyptiennes présente des enseignements.

Danielle Bleitrach

L’élection présidentielle qui s’est déroulée du 23 au 24 mai présentait la particularité de faire voter pour un président dont les attributions n’étaient pas définies puisque l’Egypte est en plein processus constitutionnel. Le taux de participation peut paraître faible, autour de 50%, mais pour un immense pays comme l’Egypte encore mal habitué et organisé pour les votes ce score est élevé et il est comparable au résultat des législatives de novembre 2011 mars 2012. Il signifie que les Egyptiens tiennent au droit de vote, lui accordent de l’importance même si les résultats témoignent d’une certaine perplexité de l’électorat et de la difficulté d’un choix traduisant les aspirations.

Pour le second tour deux candidats restent en lice, celui des frères musulmans Mahammed Morsi et l’ancien premier ministre de Hosni Moubarak, Ahmed Chafik. Mais avant d’analyser ce que représentent ces deux candidats il faut souligner deux faits importants:  le premier est le coude à coude de cinq candidats (sur douze) et ceux qui seront présents au second tour le seront donc à partir de résultats trés distribués.

Dispersion des voix et montée de candidats de gauche et "révolutionnaire"

Mais la véritable surprise est venue du nassérien de gauche, Hamdin Sabahi, avec environ 4,7 millions de voix. C’est un opposant de longue date au régime de Moubarak et l’un des fondateurs du mouvement Kifaya en 2004, qui s’opposait à un nouveau mandat pour le président Moubarak et il fait partie de ceux qui ont déclanché la révolte de 2011. Très hostile à la normalisation avec Israël, il a régulièrement dénoncé le CSFA et les militaires et s’est déclaré prêt à travailler avec les autres candidats de la révolution, notamment Abdel Moneim Aboul Foutouh, Khaled Ali (« le candidat des ouvriers ») et Bothaina Kamel. Si les deux derniers ont fait de faibles résultats, Aboul Foutouh a obtenu près de 4 millions de voix, il s’agit d’un salafiste dissident qui s’affirme révolutionnaire. Dans la ville d’Alexandrie qui était considéré comme un bastion islamiste, Hamdin Sabahi est arrivé en tête suivi de Aboul Foutouh.

Aboul Foutouh est un ancien dirigeant des Frères musulmans, exclu de l’organisation pour avoir présenté une candidature dissidente à la présidentielle et il se revendiquait comme le porte-voix des jeunes révoltés de la place Tahir et il avait le soutien du principal parti salafiste Al Nour.  Mais il proposait de surmonter les division entre courants religieux et courants attachés à un Etat laïque ce qui lui a probablement coûté des soutiens salafistes. Nous avons donc avec Hamdin Sabahi et Aboul Foutouh une tendance  originale de l’évolution du processus égyptien. La dispersion des voix et ces deux candidatures surtout celle du nassérien font peut-être la preuve que, comme nous l’avons souligné à plusieurs reprises, ce processus est en marche.

Les principales revendications qui sont à la fois économiques et sociales mais aussi qui témoignent d’un désir profond de changement de la jeunesse demeurent même si l’expression politique demeure encore vérouillée entre frères musulmans et tenants de l’ancien régime, de l’armée en particulier.

L’excellent score du candidat nassérien manifeste la véritable volonté d’en finir avec le régime à la fois avec les inégalités sociales, les privatisations et la soumission de L’Egypte par le biais de l’armée trés dépendante des USA aux volontés occidentales symbolisées par l’entente avec Israël. A cet titre l’Etat Israélien aurait tout intérêt à repenser sa place dans un Moyen Orient en ébullition et à renoncer à la politique du pire. Un autre israêl serait possible et même si les forces de gauche qui sont en train de monter s’avèrent hostile à Israël, il serait sans doute encore possible d’envisager d’autres relations en tablant sur des coopérations mais cela n’aura de chance d’exister que s’il y a un changement radical de politique à l’égard des Palestiniens.

les frères musulmans restent en tête mais s’effondrent

La seconde leçon du scrutin est l’effondrement des frères musulmans même si leur candidat est arrivé en tête autour de 25% des suffrages (5,5 millions de voix) talonné non seulement  par Ahmed Chafik (5,2 millions) mais aussi par le candidat de gauche nassérien mais c’est trés loin de leur score aux législatives d’environ 50%. Alain Gresh interprète cette relative désaffection à plusieurs raisons:

" En présentant un candidat à la présidentielle, les Frères sont revenus sur un engagement qu’ils avaient pris au lendemain de la chute de Moubarak et sont donc apparus comme trahissant leurs promesses. Ensuite, les faibles performances de leurs députés au Parlement (dont ils ne sont pas seuls responsables, le Conseil supérieur des forces armées – CSFA – ayant largement contribué à paralyser leur action) ; mais leur volonté de monopoliser l’écriture de la future constitution et leur incapacité à s’entendre avec les autres forces politiques pour la création d’une commission constitutionnelle, ne les a pas servis(…) Enfin, leurs propres divisions ont aussi joué."

Même si les Frères musulmans sont encore arrivés en tête et sont donc présents au second tour on peut s’interroger sur la rapide manière dont l’électorat s’est détourné d’eux ne signifie pas une évolution du processus en cours dans les "révolutions arabes". Il a été noté plusieurs fois le fait que l’électorat s’est trouvé confronté à leur seule présence sur le terrain, ici comme dans une certaine mesure en Tunisie mais visiblement d’autres tendances travaillent la société egyptienne où la Révolution du printemps avait été précédée d’une forte contestation sociale dans le monde ouvrier et les frères musulmans pressés par la concurrence salafiste n’ont ni répondu aux attentes économiques et sociales ni paru aptes à représenter une solution démocratique.

Le retour de l’ancien régime

C’est également sur un fond d’inquiétude économique et sociale, en particulier la baisse du tourisme et l’insécurité que Ahmed Chafik, l’ancien ministre de Hosni Moubarak, est arrivé en seconde position avec environ un quart des suffrages (5,2 millions). Alain Gresh dans son blog en brosse le portrait : "Ancien commandant en chef des forces aériennes, il a été ministre de l’aviation civile entre 2002 et 2011 – où il a acquis une certaine réputation en réformant totalement la compagnie Egyptair (même s’il a été accusé de corruption, notamment par le grand écrivain Alaa Al Aswani). Il avait été nommé premier ministre par l’ancien Raïs quelques jours après le début des manifestations de la place Tahrir. Comment expliquer son score, alors que les felloul (« résidus » de l’ancien régime) n’avaient réussi à faire élire que quelques députés ? D’abord, lors de ce scrutin, il n’existait aucun parti organisé capable de représenter les restes de l’ancien régime (le Parti national démocratique avait été dissous), ce que Chafik a réussi à faire, jouant sur les réseaux de l’ancien pouvoir. Ensuite, il existe une certaine fatigue d’une partie de la population après une transition trop longue, chaotique, qui a eu des conséquences négatives sur l’économie (notamment le tourisme). Enfin, il semble que Chafik a rassemblé une partie importante du vote copte, cette minorité chrétienne étant effrayée par certains discours islamistes et craignant l’hégémonie des Frères musulmans (lire Gamal Essam El-Din, « How did Mubarak’s last PM make it to Egypt’s second round of presidential elections ? », Ahram Online, 26 mai). Pourtant, les coptes ont tout à craindre des militaires et des hommes de l’ancien régime qui manipulent les sentiments religieux pour se maintenir au pouvoir et pour se présenter comme défenseurs des minorités (« Egypte, sanglante répression contre les coptes »).

Mieux que l’autre candidat de l’ancien régime, Amr Moussa (ancien ministre des affaires étrangères et secrétaire général de la Ligue arabe), Chafik a été capable de mobiliser tous ceux à qui la révolution faisait peur – n’hésitant pas, contrairement à Moussa, à prendre ses distances à l’égard de celle-ci (Rana Khazbak et Heba Afify, « In the field of feloul, Shafiq rules », Egypt independent, 26 mai). Moussa a tout de même regroupé environ 2,4 millions de voix."

Les urnes et la rue

Le résultat témoigne d’une impasse pour les forces de gauche en train de monter et qui se sont on l’a vu exprimé au cours de cette présidentielle. Il n’y aura pas de candidat le 16 et le 17 juin pour exprimer réellement la volonté de changement du printemps egyptien même si le candidat des frères musulmans espère rallier les suffrages de ceux qui veulent défendre les acquis de la révolution mais ils sont fermés sur eux-mêmes, incapables d’élargir des alliances et toujours poussés vers l’islamisme… la tentation de l’abstention ou le vote blanc pour éviter que l’on vote à votre place est grande chez les protestataires. Le fait est que la seule conclusion que l’on puisse tirer est que ce qui ne peut s’exprimer dans les urnes a toute chance de se poursuivre dans la rue.

Danielle Bleitrach

 

Étonnantes mystifications de la psychotérapie autoritaire par Jean Claude Maleval

Étonnantes mystifications de la psychotérapie autoritaire par Jean Claude Maleval

Le livre de Jean-Claude Maleval prend son point de départ des épidémies de troubles mentaux engendrées aux USA par les thérapies autoritaires

Une recherche passionnante, qui aide à comprendre le temps présent, alors que les étonnantes mystifications qu’ont connues les USA entre les années 1970 et la fin du siècle, ont perdu leur caractère de conviction populaire.

Quelle logique ordonne le déferlement de croyances qui a vu se multiplier les victimes d’enlèvements par des extra terrestres, celles de sévices subis pendant l’enfance, jusqu’à la propagation de la personnalité multiple, devenue dans la nouvelle édition du manuel de l’American Psychiatric Association, Trouble dissociatif de l’identité?

Coupés de l’histoire de la psychiatrie, les cliniciens se sont désintéressés de l’héritage clinique, abandonnant toute exigence théorique pour appréhender les troubles mentaux. Le grand public, quant à lui, a adhéré très vite aux conceptions évènementielles comme il se précipite aujourd’hui sur les conceptions neurobiologiques ; l’époque s’y prêtait qui voyait aux USA le retour des préoccupations religieuses, du satanisme et des mouvements féministes. Un discours a pris corps qui induisait de nouvelles versions de la souffrance psychique grâce à l’hypnose, privilégiant de fait, la fantasmatique des sévices sexuels et des mauvais traitements.

La faveur qui leur fût accordée exclut de fait la découverte freudienne de l’inconscient.

Elle fût clairement privilégiée par des psychiatres formés à Harvard et des thérapeutes reconnus (J.E Mack, Colin Ross, C.Wilbur etc.).

La rigoureuse démonstration de Jean-Claude Maleval permet de saisir en quoi les pouvoirs de suggestion que contient toute thérapie, peuvent acquérir une telle force de conviction, dés lors que la science y apporte sa caution

. Il est toujours possible de généraliser une hypothèse en s’appuyant sur le suivi du patient. La thérapie devient alors vérification de théories rocambolesques, capables d’expliquer les troubles les plus divers. De nouveaux syndromes sont ainsi nommés qui génèrent des adeptes et exercent leur fascination au nom de la science et de ses thèses. C’est une affaire d’opinion publique mais aussi de publications, de statistiques qui, en généralisant une prédiction, opèrent une universalité. Reste alors à prendre les mesures législatives qui semblent s’imposer au nom du bien public, à repenser les formations. Jusqu’au moment où la mystification, qui ne manque pas d’avoir dans certains cas des effets curatifs, apparaît.

Les thérapeutes dont il est question dans cet ouvrage sont qualifiés d’autoritaires, pour autant qu’ils croient pouvoir modifier la position du sujet

. Ils n’aperçoivent pas que leur démarche suppose d’éliminer l’élément subjectif, toujours gênant au regard des variables étendues et de leur délire de prévision. Le livre fourmille d’exemples où l’on voit l’amnésie, les cauchemars, les troubles somatiques interprétés par le thérapeute comme la preuve qu’un trauma a eu lieu. Le fait de résister à la suggestion, l’absence de preuves, sont déchiffrées comme des informations indiscutables. Elles attestent de la validité du postulat thérapeutique.

En privilégiant l’observation des comportements, leur description, ces méthodes d’hier et d’aujourd’hui s’interdisent de saisir la prolifération des symptômes, leur caractère excessif, mobile, en référence à la théorie freudienne de la libido et de l’inconscient.

Le nouveau mythe est là qui opère sans vergogne des réductions méthodologiques et bride toute créativité dans le domaine de la recherche, au nom d’objectifs thérapeutiques à court terme. Il se passe aujourd’hui de l’hypnose et privilégie, comme le préconise les thérapies cognitivo-comportementales, l’efficacité technique. Le rêve du thérapeute autoritaire est en effet celui de l’homme normal.

Dès lors, avance Jean-Claude Maleval, « La fin justifie les moyens, même les pires », (P.88).

À l’époque des droits de l’homme, on peut penser les thérapeutes réservés à l’égard de la méthode « psyho-électrique rééducative » pour soigner les traumatismes de guerre ; on espère qu’il n’y a plus de partisans du conditionnement skinnerien pour traiter des perversions sexuelles. C’est seulement que le désir de guérir a pris le visage souriant de la bienveillance. On s’interdit les excès d’antan, le choc faradique punitif, mais le behaviourisme est plus que jamais d’actualité. Les bonnes intentions pèsent

toujours sur la méthode qui s’attache à l’observa tion et à la rectification des comportements. Par delà la pathologie, l’étonnante mystification de notre XXème siècle, c’est l’idéologie cognitivo-comportementale qui s’étend à tous les domaines de la vie sociale.

Ses derniers avatars sont à l’oeuvre dans le management, l’éducation et la prise encharge des autistes qui a ses zélateurs : l’incitation à réduire les symptômes par des méthodes d’apprentissage relevant des thérapies cognitivo-comportementales est partout. Elle induit chez l’enseignant, l’éducateur ou le soignant, l’idée que l’échec thérapeutique tient à la mauvaise volonté de l’élève ou du patient.

L’orientation par l’expérience de la cure analytique se passe de comités d’éthique pour limiter ces ravages. L’analyse aide à prendre ses distances d’avec ces mirages, elle dé serre l’étau de l’idéal thérapeutique. Le temps qu’il faut et grâce au transfert, elle permet de supporter le douloureux rapport au savoir qui interdit d’user de la

suggestion. Si le savoir reste, dans les thérapies autoritaires, du côté de l’Autre, la formation par l’expérience de la cure met le x à déchiffrer, du côté du patient. Pas d’application automatique d’un programme, de chiffrage, pas d’études au sens où l’entend la tentation scientiste.

Les thérapies relationnelles se soucient elles aussi de la dimension du transfert. Elles soutiennent une position éthique et un rapport au savoir qui donne place à la causalité psychique

.

Le partage décisif ne passe donc pas, soutient Jean-Claude Maleval entre les formations, les spécificités professionnelles, mais entre ceux qui savent respecter la singularité du sujet, et ceux qui justifient leurs pratiques par une référence à l’efficacité.

«Tant que la psychanalyse sera vivante », conclut l’auteur, « elle ne cessera de déranger ceux qui prônent le management de l’humain au mépris de sa singularité ».

Jacqueline Dhéret

٠

________________________________________________________________________

Retrouver les deux derniers ouvrages de Jean-Claude Maleval

Étonnantes mystifications de la psychothérapie autoritaire (Navarin/Le Champ freudien, mai 2012) et Écoutez les autistes ! (Navarin, avril 2012), sur ECF-Echoppe, en suivant les liens.

 
Poster un commentaire

Publié par le mai 29, 2012 dans psychanalyse

 

Sophie de La Rochefoucauld, l’aristo rouge du Front de gauche

par Augustin Scalbert | Journaliste

Issue d’une famille de ducs et princes vieille de mille ans, cette actrice, candidate aux législatives à Paris, est surtout marquée par l’héritage communiste de ses parents.
Sophie de la Rouchefoucauld, candidate Front de gauche à Paris (Audrey Cerdan/Rue89)

Dans la 15e circonscription de Paris, qui couvre une partie du XXe arrondissement, l’attelage du Front de gauche pour les législatives est garanti « vu à la télé ».

Le candidat, Didier Le Reste, est l’ancien patron de la CGT-Cheminots qu’on voyait au 20h à chaque grève de la SNCF, entre 2000 et 2010.

Sa suppléante, Sophie de La Rochefoucauld, comédienne de 46 ans, est surtout connue du grand public pour ses rôles dans des séries policières, comme « Groupe flag » ou « Les Cordier, juge et flic ».

Alors quand on les accompagne pour un porte-à-porte dans une pimpante résidence HLM de la rue de la Chine, des gens les reconnaissent.

« Vous êtes aussi jolie qu’à la télé »

Pas le premier à répondre, au dernier étage, qui dit « surtout pas ! je suis de droite ». Ni ce sexagénaire à l’accent serbe pour qui « le seul communiste, c’était Marchais ».

On descend l’escalier et les candidats, Le Reste avec sa fine moustache, « La Roche » et sa voix rieuse, séduisent la plupart des résidents. Surtout ceux qui les ont vus à la télé.

A Le Reste : « Vous allez manquer au syndicalisme. »

Avec La Rochefoucauld, c’est un peu plus fréquent : « Je vous ai vue à la télé ! Vous êtes aussi jolie. »

Sophie de la Rochefoucauld lors d’un porte-à-porte (Audrey Cerdan/Rue89)

Dialogue surréaliste avec une habitante de ce HLM, Nivernaise d’origine comme Didier Le Reste :

« La haute aristocratie française, ça fait plaisir. J’adore l’aristocratie, leur façon de vivre, ces grandes fêtes somptueuses que vous organisez… – Ah mais non, ce n’est pas du tout ce que vous imaginez ! Je n’ai pas de château, je ne vis pas dans le XVIe, je n’organise pas de grandes fêtes. »

« Une particule peut être une plus-value »

La dame semble un peu déçue. Didier Le Reste, lui, est ravi :

« Dans la mesure où elle est engagée depuis des années à gauche, c’est un bonheur. Ça veut dire qu’on a beau avoir un nom à particule, ce qui compte, c’est les idées.

Ça peut même être une plus-value pour la gauche. »

Comme son nom ne l’indique pas, la suppléante a grandi dans une famille d’extrême gauche. Son père, le comte Jean-Dominique de La Rochefoucauld, scénariste et réalisateur disparu en 2011, fut membre du Parti communiste. Son père à lui, qui a dilapidé la fortune familiale, l’avait envoyé grandir chez les curés.

Sa mère, la productrice Michelle Bessy Podroznik (un des piliers de « Plus belle la vie »), est fille d’immigrés polonais, communistes et juifs. « Quand je dis aux gens que je suis juive, ils éclatent de rire », s’amuse Sophie en se racontant entre deux gorgées de Coca, dans un resto bobo.

« On s’attarde au nom et aux apparences »

Elle est franche, volubile, drôle, charmeuse – ou juste charmante, peut-être. Résignée :

« On s’attarde toujours au nom et aux apparences. »

Elle a grandi en vendant « Révolution » à la sortie de Duruy, le seul lycée public du très chic VIIe arrondissement de Paris, où ses parents habitaient. Chez eux, dans les toilettes, Ho Chi Minh s’affichait au-dessus du trône.

Sophie de la Rochefoucauld lors d’un porte-à-porte (Audrey Cerdan/Rue89)

Mais avant son père, il n’y avait pas de communistes chez les La Rochefoucauld. Cette maison (un terme réservé aux plus grandes familles aristocratiques), cumule depuis le XIe siècle les titres de noblesse : princes de Marcillac, ducs de La Rochefoucauld, de La Roche-Guyon, d’Estissac, de Liancourt, de Doudeauville, d’Estrées, d’Anville… parmi nombre d’autres titres et fiefs.

Un ancêtre parrain de François Ier

C’est un La Rochefoucauld qui a donné son prénom au roi François Ier, dont il était le parrain. Un autre, François XII (ce genre de lignée additionne aussi les chiffres), réveilla Louis XVI dans la nuit du 14 au 15 juillet 1789, suscitant l’étonnement du roi :

« Mais c’est donc une révolte ? – Non, sire, c’est une révolution. »

Pas moins de six membres de la famille étaient députés aux Etats généraux, représentant la noblesse ou le clergé ; une partie a décidé de rejoindre le Tiers Etat.

Certains ont été victimes des massacres de Septembre. D’autres, guillotinés.

« Mes ancêtres méritaient de perdre la tête »

Quand on rappelle à Sophie de La Rochefoucauld que Jean-Luc Mélenchon, le leader du Front de gauche, compte parmi ses modèles Robespierre et Saint-Just, deux des révolutionnaires les plus enragés contre les aristocrates, elle dit à propos de ses ancêtres :

« S’ils ont perdu la tête, c’est qu’ils le méritaient. Je ne suis pas pour la Terreur, mais cette période était mouvementée, complexe. Une révolution ne se fait pas sans quelques dégâts collatéraux. »

On subodore quelques difficultés relationnelles avec sa famille, côté paternel. Elle n’en rejette pas totalement l’héritage – « le duc de Liancourt a créé les premières bourses pour les étudiants », souligne-t-elle.

Pas d’accord avec l’auteur des « Maximes »

Mais voilà : digne fille de son père, à la fois excellent connaisseur de l’histoire familiale et « grand spécialiste de la Révolution » qui a réalisé un téléfilm inspiré de Robespierre, Sophie détonne dans une maison dont le représentant le plus célèbre, mémorialiste au XVIIe siècle, a écrit dans ses « Maximes » :

« Le travail du corps délivre des peines de l’esprit, et c’est ce qui rend les pauvres heureux. »

Sophie de la Rochefoucauld lors d’un porte-à-porte (Audrey Cerdan/Rue89)

Sa descendante estime, elle, « anormal que plus de 8 millions de gens vivent sous le seuil de pauvreté, soit 900 euros par mois, en majorité des femmes ». Et qu’à l’école de sa fille, dans le XXe arrondissement, « des mômes prennent du pain à la cantine pour le rapporter à la maison ».

Sa famille paternelle, elle la fréquente peu. Il y a bien ce cousin germain « catho de droite », fils d’une tante qui n’avait pas tourné le dos à son frère, le père de Sophie :

« C’est un humaniste. D’ailleurs, il était à deux doigts de voter Mélenchon à la présidentielle. Mais il a choisi Bayrou. »

Au marché : « La Rochefoucauld ? On se demande ce que vous faites là ! »

Les autres, « je les aime bien, mais la vie est courte : j’ai ma famille, mon métier, la politique… »

Proche à la fois de Jean-Luc Mélenchon, de Marie-George Buffet (qui l’a faite entrer en politique en 2005) et de Pierre Laurent, la jolie comédienne est soupçonnée par certains cousins de se servir de son nom « pour réussir ».

Si ses idées ostracisent Sophie de La Rochefoucauld au sein de sa famille paternelle, en dehors, c’est sa particule qui est souvent « stigmatisante ». En politique, comme dans les milieux de la télé ou de la comédie.

Dans la rue, aussi. Un jour qu’elle tractait sur un marché, une femme s’est offusquée :

« La Rochefoucauld ? On se demande bien ce que vous faites là ! »

 
Poster un commentaire

Publié par le mai 28, 2012 dans actualités, femmes, humour

 

La lèpre s’étend en milieu enseignant ? un article édifiant…

On voit bien à quel point il s’agit du même combat puisque l’antisémite Alain Soral recrute sur le thème de l’islamophobie pour le Front National. Ces ignominies racistes deviennent intolérables quand des enfants sont pris en otage.

En effet, pendant ce temps, j’ai mon petit fils dont j’attends qu’il ait quitté son collège marseillais pour dénoncer la torture systématique qu’il a subi de deux enseignants sympathisants ou encarté au Front National. Ils l’ont humilié, sous-noté despuis deux ans, quand François Hollande a été élu, une des enseignantes est entrée dans la classe et le fixant du regard lui et son copain d’origine africaine elle a fait un discours: "Vous avez de la chance d’être dans une école française qui vous éduque gratuitement et surtout une école laïque"… Et au moindre pretexte elle lui met une colle, le dénonce dans le Conseil des profs en disant qu’il est incapable en français. Le brevet blanc vient de faire la preuve de ses capacités réelles en particulier en français avec une des meilleures moyennes de la classe et une dictée où il a eut 4,75 sur 5. . Mais le mal est fait,  il ne veut plus entendre parler du lycée il veut passer par un bac pro et après reprendre une formation d’ingénieur tant il est écoeuré par de tels tortionnaires racistes, et ça je ne pardonne pas… J’attends que le Conseil de classe, les dossiers scolaires soient terminés pour aller au collège et dénoncer des gens pareils.

Danielle Bleitrach

Valérie Laupies (enseignante, candidate FN) : la réalité du terrain a eu raison de mes concepts gauchisants

Posted on 21 mai 2012 by Pierre Cassen – Article du nº 252

Riposte Laïque : Une directrice d’école, en Zep dans la région de Marseille, qui s’affiche ouvertement Front national, n’a-t-elle aucun problème, ni avec sa hiérarchie, ni avec quelques parents d’élèves, ni avec ses collègues, ni avec quelques élèves ?

Valérie Laupies : Je demeure à Tarascon, une commune de 14 000 habitants. Tarascon n’est pas une grande ville, il  est  plus aisé de s’y impliquer en étant reconnue que dans une métropole comme Marseille. J’avais toutefois peur de me révéler « Front national » en 2010 lorsque Jean-Marie Le Pen m’a demandé de figurer sur la liste des candidats aux élections régionales. J’ai vraiment hésité car même JMLP m’avait écrit : « je pourrai comprendre que vous refusiez vu vos fonctions». Et bien je me suis lancée et je ne regrette pas du tout.

Ce qui me donne la force et la sérénité, c’est que je suis  fière de défendrela Franceet les Français. Je continue donc ma vie comme avant et je suis heureuse de pouvoir exprimer l’amour de mon pays à travers ma mission politique et à travers mon métier.

Dans mon travail de directrice d’école et d’enseignante, je me sens finalement plus assurée maintenant qu’avant mon engagement politique. J’ai dû pourtant me défendre ardemment de ma hiérarchie l’année dernière car mon adversaire politique local avait tenté de me discréditer auprès d’elle. Cet épisode a été très éprouvant ; j’en suis sortie victorieuse grâce à des parents d’élèves courageux, reconnaissant la qualité de mon travail, qui m’ont soutenue. En effet, je suis passionnée par mon métier. C’est par conséquent l’intérêt de mon établissement et des enfants que je défends lorsque je suis à l’école ; je n’y fais jamais de politique, cela ne me vient pas à l’esprit. Mes collègues, bien que timorées au départ par le fait qu’elles pourraient être amalgamées à mon étiquette politique, se sont détendues au fur et à mesure du temps appréciant que je ne leur parle jamais de mon engagement. Bien sûr,  quelques parents d’élèves maghrébins ont  « causé dans mon dos » ou ont refusé pendant quelques temps de me saluer, mais c’est la vie sereine de l’école qui a pris le dessus. Leurs enfants sont heureux et travaillent parce que j’ai la foi dans l’institution scolaire ;  je les élève dans l’amour du travail, du mérite, de l’effort et ils me le rendent bien, même si c’est épuisant de marcher  à contre-courant de la pédagogie moderne.

Riposte Laïque : Tu es issue d’une famille de gauche militante, tu es passée par Attac. Quel a été l’événement déclencheur pour que tu adhères au Front national ? Ce choix a-t-il eu des conséquences dans ton environnement amical ou familial ?

Valérie Laupies : J’ai été conditionnée par la gauche jusqu’à l’âge de 40 ans et puis le discours de Jean-Pierre Chevènement sur l’Education, le sens de la responsabilité et la souveraineté nationale, m’a séduite. En effet, mes conditions de vie à Tarascon m’empêchaient de continuer consciemment d’adhérer aux idées de gauche angéliques, moralisatrices. Mon mari a été mis au chômage par des patrons communistes totalement irrespectueux de la valeur humaine, j’ai dû scolariser ma fille en ZEP n’ayant pas le choix et je sais qu’elle a souffert de se retrouver dans la minorité ethnique. De plus, je travaillais dans une école très difficile où je m’épuisais et je désespérais, tellement les insultes et les bagarres envahissaient le quotidien ; n’étant pas directrice à l’époque, je subissais davantage qu’aujourd’hui cette situation. J’ai même été ostracisée dans cet établissement, par de jeunes collègues, car mon mari avait dénoncé le spectacle de fin d’année chanté en arabe.

Par conséquent, c’est bien la réalité qui a eu gain de cause sur mes concepts gauchisants et au final,  c’est Alain Soral qui m’a mise sur la voie en 2007 en me suggérant de voter Front national. En effet,  à cette époque je lui avais confié que j’étais déçue du MRC de Jean-Pierre Chevènement.

Comme je ne me satisfais pas d’être électrice mais que j’ai besoin de m’engager, les conséquences sur mes relations familiales et amicales ont été assez violentes. En effet, les gauchistes ne sont ni tolérants ni démocrates (je le sais, je l’ai été !), aussi  j’ai dû prendre beaucoup de distance avec ma famille. Des amis se sont écartés de moi, pensant sans doute qu’on les considèrerait comme des « fachos » s’ils continuaient à me fréquenter. J’avoue que ces expériences-là m’ont affectée mais elles m’ont aussi permise de reconnaître que « tout ce qui ne tue pas, renforce ». J’ai appris à agir et « être » en mon âme et conscience et non pas à me laisser enfermer par le regard des autres ; qu’est-ce que c’est libérateur !

Riposte Laïque : Tu es actuellement conseillère régionale dans la région Paca, fortement marquée par quelques scandales financiers, notamment en terme de subventions accordées à des associations des quartiers Nord, où est impliquée la socialiste Sylvie Andrieux, mise en examen. Lors de ton mandat, as-tu remarqué des choses étranges, et que penses-tu du fait que cette dernière soit malgré tout présentée par le PS aux prochaines législatives ?

Valérie Laupies : Ce qui est étrange pour nous au Front national mais qui est normal pour l’UMPS, c’est que la politique menée au sein du Conseil régional soit en fait du clientélisme. La corruption et l’immoralité publique qui en découlent ne choquent que ceux qui ont une autre conception de la politique. La nôtre est la défense des intérêts des Français et le développement de la solidarité pour ceux qui contribuent à la construction de la  région  par leur travail, le respect des lois …  etc.

L’exposé des dossiers lors des Assemblées se fait dans une  langue de bois soporifique, si bien que l’on ne peut discerner à brûle pourpoint ce qui est de la corruption de ce qui ne l’est pas.  Sylvie Andrieux se présente aux législatives puisque le système cautionne les manœuvres clientélistes. Elle se blanchit en mettant  en avant la présomption d’innocence et en montrant bien qu’elle n’a aucun sentiment de culpabilité. Vraiment ces élus sont déconnectés de la moralité publique ; l’impunité les renforce dans leurs ambitions personnelles.

Riposte Laïque : Tu te présentes donc aux prochaines législatives, dans la 16ème circonscription des Bouches-du-Rhône, en face Michel Vauzelle. Es-tu prête à un accord de désistement réciproque avec le candidat UMP, pour barrer la route au PS ?

Valérie Laupies : Une vague bleu Marine impressionnante a déferlé au 1er tour de l’élection présidentielle sur la 16e circonscription, où le député sortant Michel Vauzelle espère entamer un nouveau mandat. Marine Le Pen a obtenu quatre points d’avance sur François Hollande et Nicolas Sarkozy.

La vague a si bien inondé le territoire qu’au second tour le report des voix sur l’UMP a été insignifiant. Henri Guaino a-t-il été impressionné à ce point qu’il ne vienne pas finalement se présenter sur la circonscription où il est né ?

Je suis candidate pour le Rassemblement Bleu Marine et je serai au second tour des élections législatives très probablement devant l’UMP représenté par M. Chassain. Alors celui-ci doit d’ores et déjà prendre ses responsabilités. En effet, j’invite tous ceux qui en ont marre de la politique des socialo-communistes à me rejoindre dès le premier tour. La véritable opposition, le vote utile pour barrer la route à la caste gauchiste est bien le Front National.

Riposte Laïque : Comment arrivais-tu à concilier ton mandat de conseillère régionale, ton statut de directrice, et le fait de demeurer enseignante en Zep ? Si tu étais élue députée, envisages-tu sereinement d’arrêter d’enseigner, et cesserais-tu d’être conseillère régionale ?

Valérie Laupies : Comme je suis directrice, je suis déchargée de classe une journée par semaine pour pouvoir assurer le travail administratif de l’école. J’ai choisi la journée du vendredi pour cela car c’est le jour des Assemblées au Conseil régional. Ainsi mes élèves ne subissent pas mes absences puisqu’ils ont leur enseignant remplaçant attitré. Je rattrape l’administratif le samedi ou le mercredi. Je travaille les dossiers et les campagnes électorales les week-ends et durant les vacances scolaires. J’ai une capacité de travail assez grande et je suis plutôt perfectionniste, c’est pourquoi je fais en sorte que personne ne soit lésé par mes choix.

Pour moi, il a été important jusque-là de concilier mes trois fonctions : directrice d’école, enseignante en ZEP, Conseiller régional, car une fonction nourrit ma réflexion pour l’autre. Il est important d’avoir un pied dans la vie civile pour représenter au mieux nos compatriotes. Le fait d’exercer sur un terrain difficile (ma classe cette année est redoutée par tous les remplaçants) me place au cœur des préoccupations de mes concitoyens ; j’ai besoin de les vivre pour les dénoncer et suggérer des solutions.

Si je suis élue députée, je devrai cesser l’enseignement car il est impossible de concilier les deux missions. Je le prendrais comme un appel au devoir et forte de 20 ans d’expérience professionnelle, je pense que je pourrai quitter mon école sereinement. Pourtant, j’aurais un pincement au cœur car, comme je vous l’ai dit, j’aime mon métier, mon école, mes collègues. Toutefois, cela ne signifierait pas que je n’y revienne pas ultérieurement vu que la fonction de député n’est pas un métier et qu’il faut être ré-élue pour y rester.

D’autre part, si la loi avec le nouveau gouvernement est de ne pas cumuler deux mandats, je quitterai le Conseil régional, sinon, je continuerai d’assurer mes deux missions d’élue.

Riposte Laïque : Quel est ton regard d’enseignante du secteur public sur l’école privée ? Reprends-tu à ton compte le slogan « Fonds publics à l’école publique », considérant que l’école privée ne doit pas recevoir d’argent de l’Etat ?

Valérie Laupies : De plus en plus de familles modestes françaises ont recours au collège privé, devant fuir les établissements publics défaillants. Avec ce nouveau gouvernement, l’école publique ne va pas s’améliorer.  « Offrir le privé » à ses enfants quand l’Etat n’assure plus la qualité du public est une solution pour les parents. Encore faut-il que l’école privée ne soit pas trop coûteuse, et pour cela, l’Etat doit la subventionner.

D’autre part, nous devons respecter  le choix des familles qui souhaitent élever leurs enfants dans un cadre d’éducation catholique par exemple ou dans une école ayant une pédagogie très spécifique, à partir du moment où cette éducation ne met pas en péril  la laïcité.

Riposte Laïque : Constates-tu, dans ton école, des phénomènes d’islamisation qui posent problème dans ton quotidien professionnel ?

Valérie Laupies : Les phénomènes d’islamisation sont réels. Les mamans des élèves sont quasiment toutes voilées ; les Maghrébins représentant quasiment 50% de l’effectif de mon école, les entrées et sorties de classe offrent un paysage oriental … A proprement parlé, cette situation n’a pas d’impact négatif sur l’école. Toutefois,  il est de plus en plus difficile de faire dominer nos valeurs et nos codes d’éducation. En tant que directrice, je dois souvent expliquer les règles qui ne sont pas évidentes pour les parents.

D’autre part, les pressions sur le service scolaire municipal pour obtenir de la nourriture hallal à la cantine, existent bel et bien. Les repas sans porc pour les musulmans sont systématiquement proposés  depuis longtemps mais les revendications islamistes se poursuivent donc.

A la période de L’aïd, il est devenu normal que les élèves musulmans soient absents sans autre forme de justification que « fête religieuse », ce qui veut dire que c’est aux enseignants d’adapter leur emploi du temps en fonction de ces journées d’absence.

Propos recueillis par Pierre Cassen

 
Poster un commentaire

Publié par le mai 28, 2012 dans extrême-droite

 

François Hollande dans le collimateur des conspirationnistes

Le conspirationniste Alex Jones commentant l'élection de François Hollande
Illuminati ? Larbin du Bilderberg ? Pantin sioniste ? Marionnette des banksters judéo-maçonniques ? Antéchrist ? Agent d’Eurabia ? La complosphère ne plaisante plus. Elle veut savoir qui est vraiment François Hollande !
Il y a quatre ans, le théoricien du complot Thierry Meyssan faisait de l’élection de Nicolas Sarkozy une opération de la CIA et ce dans un texte ouvertement antisémite.
 Barack Obama a lui aussi fait les frais de cette véritable chasse aux sorcières, les uns dénonçant dans le nouveau président américain une marionnette du "Nouvel Ordre Mondial", des "Illuminati" ou des "Sionistes", d’autres l’accusant d’être un crypto-musulman doublé d’un redoutable "socialiste" ayant juré secrètement la perte des Etats-Unis. L’accession de François Hollande à la présidence de la République suscite – faut-il s’en étonner – le même type de bouffées délirantes.
« Bilderberg a déjà choisi Hollande pour la France » s’alarme le blog du "Citoyen engagé" dès le 27 janvier 2012. Le "Citoyen engagé" ? Un courageux anonyme qui se définit lui-même comme un « citoyen militant patriote français engagé contre l’ordre mondial anglo-saxon sioniste et ultralibéral organisé par la franc-maçonnerie mondiale des Illuminati » (sic). Au moins les choses sont claires. Quant au Bilderberg, il s’agit de ce fameux club élitiste créé il y a près de 60 ans et dont la conférence annuelle fait fantasmer les complotistes, persuadés qu’il est l’un de ces lieux secrets où se font et se défont les gouvernements dans le dos des peuples. Pour le Citoyen engagé, la « campagne présidentielle est une vaste mascarade » : Hollande ayant été « adoubé par le lobby juif mondial », il sortira forcément vainqueur du scrutin ! L’auteur prédit au passage qu’on lui reprochera de verser dans le complotisme et l’antisémitisme. Un vrai prophète décidément!
Il ne faut pourtant pas être grand devin pour parier, fin janvier 2012, sur la victoire du candidat socialiste, à un moment où tous les instituts de sondage donnent Nicolas Sarkozy perdant.  Diffusé sur Agoravox, qui s’affirme résolument comme l’une des plateformes complotistes les plus actives du web, l’article du Citoyen engagé est repris aussi bien sur le site Démocratie Royale (qui entend lutter contre le « mondialisme, la francophobie et le satanisme » et pour le rétablissement d’une monarchie de droit divin en France) que sur celui de Chantal Dupille, alias Eva-R-sistons (dont la signature hante toute la complosphère, d’Alterinfo.net à Egalité & Réconciliation en passant par Oulala.net et Dazibaoueb.com).
Au lendemain du second tour, Alex Jones intervient dans son show télévisé pour commenter les résultats des élections présidentielles françaises : «François Hollande est un autre larbin du Bilderberg» assure l’animateur américain. Il en veut pour preuve un texte signé par son jeune bras droit, Paul Joseph Watson. L’article, bourré d’erreurs factuelles (les socialistes auraient été majoritairement contre le Traité constitutionnel européen de 2005, ce qui est faux, la consultation interne organisée par le PS ayant donné près de 60 % des voix au « oui » ; Lionel Jospin est présenté comme un « ancien président français » ; François Mitterrand, comme un franc-maçon ; etc.) présente le nouveau président français comme « une créature de l’establishment », un « mondialiste convaincu » et « un partisan enthousiaste de la philosophie anti-démocratique et dictatoriale de l’Union européenne ». Hollande se voit reprocher d’avoir fait carrière dans le sillage de Lionel Jospin, qui a commis le péché – capital pour les conspirationnistes – de participer à une réunion du groupe de Bilderberg en 1996. On lui reproche aussi d’avoir pour conseiller Manuel Valls, épinglé pour avoir été – là aussi, crime suprême – franc-maçon et avoir également participé à une réunion du Bilderberg.
François Hollande dans le collimateur des conspirationnistes
Mais c’est surtout le personnage de François Mitterrand, auprès de qui François Hollande a commencé sa carrière politique, qui concentre tous les fantasmes. Citant l’auteur conspirationniste Daniel Estulin, Watson soutient que le Bilderberg aurait joué un rôle déterminant dans la victoire de Mitterrand aux élections présidentielles de 1981. L’ancien président socialiste est même présenté comme « un franc-maçon du 33ème degré qui a fait construire la pyramide du Louvre avec 666 panneaux de verre ». Evidemment, ni l’appartenance de François Mitterrand au « 33ème degré » de la franc-maçonnerie  (le plus élevé du Rite écossais ancien et accepté) ni d’ailleurs à la franc-maçonnerie tout court n’est avérée. Les soi-disant 666 panneaux de verre utilisés pour la pyramide du Louvre (le chiffre 666 renvoie, dans la tradition chrétienne, au chiffre du Diable ) relève, en outre, de la légende urbaine. Un mythe que l’on retrouve en particulier dans le Da Vinci Code, le roman à succès de l’Américain Dan Brown. Et qui nous en dit finalement davantage sur la fiabilité des sources d’Alex Jones et de ses émules que sur Mitterrand, Hollande et les puissances occultes qu’ils sont censés représenter.
Les plateformes de vidéo en ligne ne sont pas en reste. Sur You Tube, on trouve en deux clics de souris une vidéo postée par un partisan de Marine Le Pen. Son titre : « François Hollande illuminati Franc-Maçon au Grand Orient ». Il s’agit en fait d’une intervention du candidat socialiste dans le cadre des « Grands Echanges 2012 », une initiative du Grand Orient de France (GODF) consistant à inviter plusieurs candidats à la présidentielle, de gauche et de droite, à venir évoquer les enjeux de l’élection et leurs visions du monde.
YouTube propose également de visionner une "chronique" du dentiste marseillais Salim Laïbi, alias LLP (pour "Le Libre Penseur"). C’est sur le web que ce compagnon de route d’Alain Soral, Dieudonné et Kémi Séba (il fut le responsable de la branche "Occultisme et Esotérisme" du Mouvement des Damnés de l’Impérialisme ) a gagné ses galons de « résistant au Nouvel Ordre Mondial », qui l’autorisent aujourd’hui à rêver d’un score supérieur à celui de Jacques Cheminade aux prochaines élections législatives (il est candidat dans la 7ème circonscription de Marseille). Qualifiant Manuel Valls de « petit soldat zélé de la franc-maçonnerie » et le PS de « parti "so-sioniste" », Laïbi applique à François Hollande sa grille d’analyse paranoïaque et haineuse. Pour lui, les choses sont claires : « Hollande président, c’est le bankster au pouvoir en France ».
François Hollande dans le collimateur des conspirationnistes
Sur les réseaux sociaux, il faut mentionner la diffusion depuis le mois de février d’un montage représentant Nicolas Sarkozy et François Hollande côte à côte, affublés de symboles censés démontrer leur allégeance à l’Etat d’Israël. « C’est le lobby sioniste judéo-maçonnique qui contrôle le tout » commente sans rire "Art in Depth – Anzar Illustration", le titulaire anonyme du compte Facebook où est apparu le montage pour la première fois et qui a été partagé plusieurs centaines de fois sur différents comptes FB depuis lors. Le graphiste conspirationniste a déjà réalisé des dizaines de montages du même acabit à l’aide de Photoshop. Sa technique, tout comme ses thèmes de prédilection, où se mêlent allégrement complotisme, antisémitisme et négationnisme (ses productions sont classées sous les rubriques suivantes : "New World Order", "Zionist Occupation Government", "Palestine-Gaza", "6 Millions", "September 11"), sont directement inspirés des "œuvres" du graphiste américain David Dees. On retrouve sur son site, ArtinDepth.webs.com, des affiches à la gloire de Kémi Séba ou du Parti Solidaire Français (ex-"Droite Socialiste"), un groupuscule d’ultra-droite fondé par Thomas Werlet.
Le thème du complot maçonnique est également exploité par les réseaux intégristes catholiques. Une vidéo au ton apocalyptique mise en ligne sur le site de l’Institut Civitas fait ainsi alterner les images d’une France communiant dans le stupre, le métissage, l’avortement, l’euthanasie et le blasphème, avec celles de l’équerre et du compas maçonniques. L’association présidée par Alain Escada dénonce dans l’arrivée au pouvoir de la gauche la « destruction programmée des fondements de la civilisation chrétienne et de la patrie française ». Et d’appeler à manifester  contre « une France rouge et laïciste ».
Ce survol de l’antihollandisme conspirationniste ne serait pas tout à fait complet sans évoquer Dreuz.info (qui se définit comme « l’un des seuls sites francophone pro-américain, pro-israélien, et néo-conservateur »), où un montage photo caricature François Hollande en clerc musulman avec la mention « Votez pour l’imam Hollande ». L’image illustre un billet dans lequel Jean-Patrick Grumberg, l’éditeur du site, s’interroge avec gravité : « L’élection de François Hollande aidera-t-elle à accélérer le processus d’Eurabia signé en 1974 par les Européens ? ». Grumberg fait ici référence à une théorie du complot anti-musulmane popularisée par Bat Ye’or et Oriana Fallaci, très en vogue au sein des "nouvelles" extrêmes droites européennes.
 

A quoi servent les stupidités sur les sociétés secrètes qui gouvernent le monde par Danielle Bleitrach

A quoi servent les stupidités sur les sociétés secrètes qui gouvernent le monde par Danielle Bleitrach

Il est vrai que beaucoup de gens ont besoin d’incarner leurs ennemis, la crise systémique d’une société est un mécanisme difficile à aborder et bien des esprits d’évaporent au cours de la démonstration. Il est clair qu’internet ne nous confronte pas toujours à des Einstein, Marx, Kant ou Spinoza et que la stupidité vulgaire de la rumeur ou des plaisanteries de corps de garde servent de toile de fond. Mais quand le mal s’étend on s’interroge.

Quand on a des représentants de la classe dominante d’une telle arrogance est-il besoin de s’inventer des fables?  . Quand on a Marie-Antoinette-madame Lagarde a-t-on vraiment besoin de faire appel des "illuminati" ou le groupe de Bildenberg ?   Est-ce qu’on a besoins d’imaginer des réunions secrètes à la fantomas quand Davos se déroule au vu et au su et quand on a la démonstration d’une  madame Lagarde, une des vedettes des têtes pensantes de la finance, capable de lâcher une remarque aussi méprisante. Est-ce qu’il ne suffit pas de considérer   la manière dont un femme qui gagne 551 700 euros par an dégrévés d’impôts est suffisamment sûre de son impunité pour faire au Guardian cette rémarque qui a fait le tour du monde? Je cite en anglais puisque ce qui a fait semble-t-il la fortune de madame Lagarde et sa parfaite maîtrise de la langue US. « I think more of the little kids from a school in a little village in Niger who get teaching two hours a day, sharing one chair for three of them, and who are very keen to get an education. I have them in my mind all the time. Because I think they need even more help than the people in Athens. [...] As far as Athens is concerned, I also think about all those people who are trying to escape tax all the time. All these people in Greece who are trying to escape tax. […] I think of them equally. And I think they should also help themselves collectively by all paying their tax. Yeah. ». Yeah !

Est-ce qu’on ne se rend pas compte que le capitalisme est arrivé à un tel niveau d’impunité qu’il n’a pas besoin de cacher ses turpitudes ? Plus besoin d’avancer masquer… Il lui suffit de tabler sur l’incapacité de ses victimes à mesurer son caractère destructeur et sur leur bonne volonté à accepter ce qu’on leur raconte.

Au point que si ceux qui se sont indignés légitimement  de l’art d’opposer le petit enfant du Niger au pensionné d’Athènes ont noté que la dame évitait de s’interroger sur les armateurs et Eglise grecque, ils ne sont pas allés plus loin dans l’analyse. Et ce faisant ils sont entrés dans la démonstration du capital: il y aurait  un capital vertueux dans des pays vertueux qui payait ses impôts et un capital corrompu et disons-le sous développé faisant le malheur du peuple. Mais qui a remis  en cause le véritable problème à savoir la logique capitaliste du FMI qui la paye et dont elle n’est que le petit personnel pour que l’accumulation du profit et l’exploitation de la planète reste la règle? L’arrogance est là, dans l’idée que le capital agit pour le bien et que seuls l’Eglise grecque et les armateurs seraient corrompus, donc le peuple grec qui tolère un pareil Etat.  Chacun s’est indigné légitiment devant une telle phrase sans en voir peut-être la logique réelle: opposer les victimes dans une sorte de concurrence à la misère pour mieux continuer à tous les préssurer.

Et c’est là que l’appel à l’irrationnel, les analyses en terme d’obscurs complots sur des bases raciales ne sont pas aussi éloignées qu’il n’y paraît de la sortie de madame Lagarde. Celle-ci ne l’oublions pas est rétribuée pour sa loyauté entière au système capitaliste. En tant que petit personnel du capital elle a beaucoup oeuvré au sein du gouvernement français pour mettre en place le bouclier fiscal et pour nous expliquer que la crise financière n’atteindrait pas l’économie réelle, la santé de celle-ci étant liée à la mise en concurrence. Oui mais tandis qu’elle déclarait que la concurrence devait être la règle elle organisait selon les voeux de Sarkozy les préférences monopolistiques en particulier la manière dont dans le cadre de l’intégration dans l’OTAN Sarkozy recomposait autour de Thales tout le sytème de sécurité et de’ défense ainsi que des télécommunications. on ne comprend rien aux sinistres expéditions en Afghanistan et en Libye si on ne mesure pas à quel point ces partages monopolistiques jouent un rôle essentiel et trés visibles pour peu qu’on se donne la peine de les analyser.

Quand il suffirait dans le même temps de s’intéresser à la manière dont la nouvelle présidence française s’exerce sur une toile de fond de recomposition de l’industrie de l’armement en France et en Europe. Quand le tout puissant Dassault qui a bénéficié du règne précédent se trouve désormais face aux appétits d’EADS et quand on connaît l’intégration des armées européennes dans un OTAN et chacun ayant sa part monopolistique. Je vous conseille de vous renseigner sur Thales, qui a peu à peu regroupé l’avionneur, Thomson, Alcatel et que l’on retrouvé au premier rang de l’affaire des vedette de karachi, de savoir que l’accès de Hollande correspond à un risque de démantélement et de recomposition du système est-il réellement besoin d’aller chercher des "comploteurs" qui se définiraient par un oeil sur une pyramide et seraient issus d’un obscur groupe adepte de la Révolution française ?

Quand comme les Grecs nous sommes menacés dans nos emplois, nos salaires et nos retraites tandis que ces gens là se partagent ostentiblement le gâteau à quoi servent toutes les stupidités sur les sociétés secrètes ? A rien d’autre qu’à créer le complot… à préserver le Capital pour mieux désigner une main  invisible, un satan caché à géométrie variable. Pour les uns cela permet de faire revivre le pacte des sages de sion, le grand complot judéomaçonnique avec les fantasmes négtationnistes financés par l’Iran et pour les autres l’autre grand satan le complots islamiste. Ce qui est inquiétant est à quel point internet devient le lieu de diffusion à l’échelle planétaire de cette manière de transformer le marxisme en débilité intégrale. C’est à se demander si sans complot mais par le jeu de la désinformation il n’a pas été choisi de déconsidérer ce qui restait du communisme et des luttes anti-impérialistes en les saturant jusqu’au plus haut niveau d’analyses dignes des feuilletons des maîtres du crime…

Danielle Bleitrach

 

Hollande a-t-il triomphé au sommet européen ? Le vrai et le faux par danielle Bleitrach

Hollande a-t-il triomphé au sommet européen ?  Le vrai et le faux par danielle Bleitrach

Il est beaucoup question des désaccords entre Angela Merckel et François Hollande, ils existent mais dans le cadre d’un choix commun l’accélération de l’intégration européenne à l’occasion de la dette. Ce choix est collectif et a l’approbation de Mario Draghi, le président de la Banque centrale. Mais quand on nous parle de victoire du président français c’est pour le moins du pipeau. Le fait est que ce qu’a obtenu Hollande est l’inscription d’un pacte de croissance – mais celui-ci n’est assorti d’aucune garantie réelle- pour signer cette intégration sous forme de traité d’union budgétaire. S’il a obtenu que soient discutés les eurobonds ou une forme de mutualisation de la dette, madame Merckel pourtant minoritaire a réussi à différer sine die ce choix en le soumettant dès aujourd’hui au respect de "la règle d’or’, ce qui entache la croissance et de fait pousse vers l’éclatement de la zone euro par sortie successive de ses membres. De fait l’avancée vers l’intégration dans de telles conditions ne résoud rien et pour que le plus intéressant de la volonté manifestée par le gouvernement français à savoir la croissance engendre une "vraie dynamique" il faut une considérable poussée à gauche. Parce qu’en Europe les forces conservatrices restent dominantes et l’Europe, l’union monétaire, continuent à être orientées en faveur des profits. Toute réflexion sur les forces politiques, les recomposition autour d’une xénophobie ou des gouvernements purs instruments technocratique doit partir de là. J’ajouterai pour faire bonne mesure l’attitude du PCF dans cette difficile partie.

Danielle Bleitrach

Même si la question de la sortie de l’euro de la Grèce se pose de plus en plus, ce qui est bien sûr un problème trés grave d’abord pour les banques françaises et allemandes détentrices de la dette et même pour le commerce extérieur de ces deux pays qui ont poussé la Grèce à l’endettement et en ont profité (1), pourrait à terme se traduire par l’éclatement de la zone euro, le choix commun est celui de l’accélération de l’intégration. En étant bien entendu que la Grèce n’est que le maillon le plus faible d’un système général qui a consisté à pousser des pays au déséquilibre commercial compensé comme en espagne par des bulles immobilières et favorisé par l’endettement dans lequel les banques françaises et allemandes poussaient à la roue. L’intégration se fait donc dans un système resté fondamentalement néolibéral, qui n’a jamais fonctionné autrement qu’en faveur des intérêts du capital, dominé par les forces conservatrices et une Allemagne qui ne veut renoncer à rien de sa domination économique et prétend accentuer son poids politique de contrôle.

Un sommet "informel" vient d’avoir lieu dont on nous affirme que Hollande serait sorti vainqueur, c’est vrai si l’on admet que "le pacte de croissance", la relance de l’activité ici comme au G8 n’a pas rencontré d’opposition et de ce point de vue les affirmations de l’ancien gouvernement se sont avérées outrancières. François Hollande avait prévenu c’était la condition pour la signature du "traité d’union budgétaire" condition de l’accélération de l’intégration européenne à laquelle madame Merckel et les autres gouvernements conservateurs tenaient absolument.

Mieux il a réussi a entraîner la majorité des autres pays en faveur de la mutualistation de la dette publique de la zone avec un système d’eurobonds ou euro-obligations ce qui est un choix économique qui consiste à utiliser l’épargne de la zone pour résoudre les problèmes de l’endettement.   Généralement, quand un Etat a besoin de liquidités, il emprunte sur les marchés financiers en émettant une obligation à laquelle peuvent souscrire banques, fonds de pension ou fonds d’investissement. L’Etat emprunte ainsi à des taux dégressifs proportionnels à l’augmentation de la confiance des créanciers en sa capacité à rembourser. C’est pourquoi la Grèce, ou l’Espagne ont les plus grandes difficultés à emprunter à des taux raisonnables. Inversement, l’Allemagne peut emprunter à des taux très compétitifs, voire même proches de zéro(2). Les obligations européennes permettraient de faire face à de telles disparités, en mutualisant les risques grâce à des taux d’intérêt qui serait calculé en fonction des taux des différents Etats participant à l’opération. On comprend que Hollande ait rallié à cette solution des Etats comme l’Espagne, l’Italie et surtout la Grèce.

C’est surtout le moyen de faire face dans l’immédiat aux contradictions fondamentales de la zone euro. Deux contradictions pèsent en effet sur la construction d’une union monétaire, la première est qu’il n’y a aucune institution équivalente au trésor américain et la seconde est l’extraordinaire disparité de rentabilité des obligations lancées par un Etat. Les eurobonds prétendent unifier la rentabilité des obligations qui seraient unifiées. Ce serait l’instrument privilégié de la mutualisation.

Il y a deux problèmes qui n’ont pas été résolus malgré les bulletins de triomphe, le premier est que si la diparité financière entre les obligations des Etats est attenuée au niveau de la spéculation, ce sur quoi elle est fondée à savoir la disparité des productions et du commerce extérieur demeure entier comme demeure entier le rôle de la BCE. La seule vraie réponse est donc une dynamique de croissance industrielle et pour cela peser de tout son poids sur les délocalisations, plan de licenciements massifs qui déferlent et qui ne sont que l’autre versant de la speculation. Personnellement ma sympathie irait vers de vraies nationalisation sans remboursement et vers un contrôle bancaire dans l’attribution des crédits.

Le second problème est l’Allemagne, ce pays est le grand bénéficiaire des déséquilibres commerciaux de la zone euro et de ce point de vue son attachement à cette zone n’a rien de gratuit mais elle craint de devoir faire les frais de tout rééquilibrage. Donc l’Allemagne a freiné des quatre fers et de fait si la majorité des Etats considère avec sympathie les eurobonds, le résiltat réel a été que ceux-ci ne sont pas envisageables dans l’immédiat et que leur application ne pourrait au meilleur des cas intervenir que dans deux ans.

Van Rompuy, qui a été chargé, avec les présidents de la Commission et de l’Eurogroupe, de présenter en juin un rapport identifiant les étapes menant à ce saut fédéral, a précisé que les euro-obligations ne sont qu’un élément parmi d’autres : il a aussi cité une supervision bancaire «plus intégrée» ou «un schéma commun de garantie des dépôts» bancaires. Hollande a ajouté la possibilité de permettre au Mécanisme européen de stabilité (MES) de recapitaliser directement les banques sans passer par l’intermédiaire des Etats, en liaison avec la BCE. «Avec l’arrivée de François Hollande, une autre dynamique s’est mise en place», se réjouit-on à la Commission : «Ce qui ne veut pas dire qu’on aura les obligations européennes demain. Le chemin sera long et ardu.»

Bref, ceux qui prétendent que François Hollande a triomphé sont au meilleur des cas d’incorrigibles optimistes. De ffait madame Merckle pose son éternel préalable, un côntrôle drastique sur l’endettement des brebis gâleuses et les eurobonds ne sont pour elle qu’un lointain horizon quand chacun aura été soumis à ce contrôle et sur l’utilisation des fonds. Bref madame Merckel veut bien poursuivre sur le chemin de la disparité commerciale dont elle bénéficie mais elle veut se faisant pouvoir aussi plus étroitement contrôler les créanciers de ce système. C’est à peu près comme si le principal bénéficiaire du dit système proposait la mise en tutelle de ceux qui ne peuvent plus se passer ni de l’achat de ses produits, ni des prêts de ses banques. Le tout assorti d’un discours moral sur "les frasques" de ces impécunieux.

Il faut bien se rendre compte que tout cela a une incidence directe sur le vie des populations et que de surcroît tous les discours sur le politique, l’extrême-droite en particulier prennent sens à partir de là. De quelle hégémonie, recomposition politique, le capital qui est à l’oeuvre dans ces choix va-t-il avoir besoin pour les imposer aux peuples parce que les diparités commerciales se traduisent pas du chômage et le choix de la règle d’or par des pressions sur les protections sociales et le "pacte de croissance" peut simplement signifier des avantages nouveaux aux secteurs monopolistes complètement imbvriqués dans le fiancier.

Danielle Bleitrach

(1) il faudrait consacrer tout un article non seulement au rôle joué par l’endettement des Etats comme la Grèce dans l’achat du matériel militaire mais de ce qui se trâme en sous main dans ce domaine y compris en France où l’empire de Dassault constitué sous la précédente présidence risque d’être demantelé et reconstitué sur d’autres bases y compris dans un contexte européen de rachat et concentration en guettant les secteurs faibles… EADS (Matra de Lagardère plus allemand et Espagnol) a toute chance d’être bénéficiaire. N’oubliez pas qu’il y a là deux empires de presse autant que de l’armement. Ne jamais isoler les problèmes financiers ou bancaires des problèmes de production et de concentration des monopoles en particulier industrialo-militaire. C’est la principale erreur mais pas la seule de l’analyse du Front de gauche.

(2) mais qui a donc intérêt à emprunter à des taux aussi faibles? justement ceux qui tiennent à préserver leurs fonds et ça peut être y compris des banques auxquelles la BCE a fourni des crédits à des taux zéro et qui au lieu de réinvestir dans l’économie (particuliers et PME) mettent en sécurité ou faibles rendements leurs fonds. Ce qui accroît l’étranglement de l’économie.

 
 

« Les communistes ne doivent pas se mettre à part » Badiou-Zarka

« Les communistes ne doivent pas se mettre à part » Badiou-Zarka

Vendredi 25 mai 2012525/05/Mai/201214:10

Alain Badiou,    philosophe, et Pierre Zarka, ancien directeur de l’Humanité et animateur des Communistes unitaires, ont participé le 15 février 2011 à une conférence, à Montluçon, sur le thème « Un    communisme de nouvelle génération ». Voici l’essentiel de leurs propos, susceptibles d’alimenter les débats – qu’on souhaite aussi contradictoires que nécessaires, et féconds – sur l’avenir et    les nouvelles fondations du communisme.

    Alain Badiou     : Il faut partir du point suivant : communisme est aujourd’hui un mot « difficile–», à cause de la charge historique qu’il supporte. Il a déjà une longue histoire, qui doit être étudiée    de près si nous voulons relancer son usage, dans des conditions politiques renouvelées. Il faut partir des deux étapes foncièrement différentes de son existence et de sa signification [jusqu’à    présent], si l’on veut ouvrir une troisième séquence de son existence, de sa puissance et de sa capacité d’orientation.

A l’époque des révolutions ouvrières, communisme signifiait fondamentalement une orientation générale. Ce n’était pas un programme particulier, ni une organisation particulière. Marx    l’exprimait de façons diverses en présentant le communisme comme une figure d’organisation de la collectivité, qui devait mettre fin à la séparation entre commandement et exécution, entre    domination et dominé, cela au travers de la fin des rapports de classes. Le communisme était l’organisation en commun de la décision. Il était donc lié de manière essentielle à la thématique de    la disparition de tout ce qui incarne la séparation dans la société.

Qu’est-ce qui incarnait la séparation aux yeux de Marx ? C’est ce qu’on peut appeler les « grandes différences » : la différence entre travail manuel et travail intellectuel, celle entre les    villes et les campagnes, celle de statut d’existence entre les hommes et les femmes… les grandes formes de séparation sur lesquelles reposaient l’univers social oppressif. La différence de    classes enveloppait tout cela, ainsi que la différence entre l’Etat et la société civile. Le communisme était ce qui affirmait la possibilité d’une organisation de la collectivité humaine qui    soit par delà le système de ces différences. C’est la raison pour laquelle Marx précise bien dans le Manifeste que les communistes ne constituent pas une fraction séparée du mouvement ouvrier :    [en effet,] on ne peut pas dire qu’il s’agit partout de mettre fin aux séparations, et reconstituer une forme de séparation en concevant que le communisme soit un détachement séparé du mouvement    ouvrier. Marx avait parfaitement vu qu’il y avait là une contradiction. Pour lui, les communistes sont une composante du mouvement ouvrier, ils ne s’en séparent pas. Mais à l’intérieur de ce    mouvement, ils représentent une orientation. Et Marx donne deux exemples : premièrement, les communistes mettent toujours en avant la portée générale du mouvement par rapport aux luttes    particulières ; en second lieu, les communistes sont résolument internationalistes, ils vont au-delà de la séparation entre intérêts nationaux.

Le communisme relève de la lutte de ce qui est en commun contre ce qui est séparé, ce qui implique la lutte de la société civile auto-organisée, en association libre, contre la figure    coercitive de l’Etat. Cette définition du communisme va se lier de façon particulière au mouvement ouvrier général, dans la forme des associations ouvrières et populaires. Marx est très attentif    à ces associations, qui donnent vie et sens à cette orientation générale. Le problème est que cette vision insurrectionnelle, qui vise à faire triompher le commun sur le séparé par la figure    d’une insurrection populaire victorieuse, va donner lieu à toute une série d’échecs dramatiques. Il va y avoir les révolutions des années 30, des années 40 jusqu’à la Commune de Paris : les    associations ouvrières sont impitoyablement écrasées par les forces de l’Etat séparé.

Cela va aboutir à la fin du 19ème siècle au passage progressif à une deuxième orientation : celle qui va mettre en avant la nécessité que l’insurrection soit victorieuse. Elle va être centrée sur    la question des formes d’organisation du prolétariat et des masses populaires, de telle sorte que ne se reproduisent pas les échecs sanglants précédents. On peut appeler cette séquence le    léninisme, au sens le plus général du terme : l’organisation est au poste de commandement pour que la discipline populaire puisse l’emporter sur l’Etat séparé.

Il y a là un infléchissement important : la signification du mot communisme est maintenue, mais l’orientation générale est progressivement subordonnée à la question de l’Etat. Cela va donner deux    branches : la social-démocrate, qui va considérer que l’on peut jouer le jeu des mécanismes de l’Etat séparé pour le socialiser : on cherche à faire entrer l’idée communiste dans le jeu dominant    lui-même, dans l’Etat ; la vision en rupture, qui va tenter de doter les masses populaires d’une organisation suffisamment compacte et militarisée pour pouvoir l’emporter lors des échéances    insurrectionnelles.

Le partage entre ces deux orientations va donner lieu aux oppositions entre le mot socialisme et le mot communisme, entre l’orientation parlementaire et l’orientation bolchévique. Ce qui est    frappant, c’est que l’idée du communisme, qui était foncièrement anti-étatique, qui était même l’idée du dépérissement de l’Etat, s’est vue remplacée par le concept d’un Etat de type nouveau,    Etat qui devait être le résultat d’une insurrection victorieuse, obtenue par une organisation elle-même sévèrement militarisée.

Je voudrais insister sur le fait que cette militarisation, cette discipline de fer imposée aux organisations prolétariennes, ouvrières et populaires, a donné la première victoire    insurrectionnelle dans l’histoire de l’Humanité. Il ne faut pas utiliser le recul de l’histoire pour disqualifier ce qui s’est passé au nom de ce qui a suivi. Lénine a réellement résolu le    problème qui était resté en suspens dans l’ensemble des révolutions ouvrières précédentes. Il a utilisé l’outil qu’il avait forgé pour s’emparer du pouvoir et détruire le pouvoir oppressif    précédent. Mais il s’est avéré que cet outil formidable pour la victoire ouvrière et populaire s’est révélé extraordinairement coercitif, très orienté vers sa propre perpétuation, vers son    maintien, utilisant des méthodes de terreur prolongée. La séparation entre l’Etat et la société civile était maintenue et se perpétuait. Le mot communisme est encore collé à cette deuxième étape,    à la victoire insurrectionnelle et à l’expérience douteuse, et plus que douteuse, contradictoire, absolument contradictoire, qui a été celle des Etats dits socialistes.

La première étape avait été idéologiquement passionnante, elle avait rallié beaucoup de monde, mais elle avait été vaincue et écrasée. La deuxième étape a été capable d’emporter tactiquement des    victoires mais a abandonné progressivement l’idée même qui animait les victoires.

Aujourd’hui, la question est simple, il y a deux [choix] possibles. Le premier est d’abandonner le mot, considérant que communisme n’est pas séparable de la deuxième étape et qu’il est    trop compromis pour le garder. Dans ce cas là, le communisme de nouvelle génération serait à la recherche d’un autre nom. C’est une tentation dont je vais vous dire pourquoi je pense qu’il faut    qu’elle soit rejetée et pourquoi à mon sens il faut garder ce mot, travailler à sa réanimation, nous atteler à sa résurrection.

L’effet patent de l’abandon du mot communisme est que d’autres mots viendraient à la place. Il faut y être attentif. Si vous n’avez pas le mot communisme, quel mot va désigner l’orientation    générale au nom de laquelle vous vous engagez dans le processus d’émancipation de l’Humanité toute entière ? Si on veut maintenir le projet général, quels mots vont se proposer ?

Le mot démocratie est encore plus corrompu que le mot communisme. Ceux qui prétendent opposer la pureté de la démocratie à la corruption du mot communisme ferait bien de regarder de près. Pour    prendre un exemple récent, le président Bush a « apporté la démocratie » en Irak à grand renfort de dévastation du pays et de guerre impérialiste… Le mot démocratie est lié à d’innombrables    circonstances et épisodes douteux. Le colonialisme a légitimé ses crimes au nom du fait qu’il importait la démocratie dans des pays barbares. De manière générale, la politique est un champ dans    lequel il n’existe pas de vocable pur. Au-delà de la conservation de mots tel que démocratie, de mots de la société telle qu’elle est, nous devons conserver un mot qui du point de vue de    l’émancipation générale désigne une rupture. Le mot communisme est compromis, mais je n’en vois pas d’autre qui soit capable avec les arguments historiques et idéologiques suffisants, de le    remplacer.

Le second choix, c’est – en supposant que nous options pour la conservation de communisme – que nous devons travailler à sa réanimation. Nous devons ouvrir la troisième phase, qui ne soit    ni le communisme idéologiquement puissant mais pratiquement vaincu, ni le communisme étatiquement victorieux mais idéologiquement vaincu. Il faut voir comment nous pouvons articuler le communisme    pour que d’un côté il enveloppe les combats politiques effectifs, localisés, diversifiés, qui sont la vie des combats populaires d’aujourd’hui, et que d’un autre côté on ne colle pas tout cela à    des exemples étatiques significatifs, isolés, et à leur tour séparés. Il s’agit de promouvoir un communisme de l’inséparation. Il s’agit de revenir à l’idée que le communisme consiste dans toutes    les situations politiques concrètes à veiller à ce que soit au poste de commandement ce qui est commun.

Depuis une grève localisée jusqu’à une insurrection nationale, on sait très bien dans quel moment et à travers quelle expérience ce qui est au poste de commandement est le commun ou le séparé. On    en a l’expérience. On sait très bien si une Assemblée générale est un lieu de résolution commune ou si elle est insidieusement sous la coupe d’un appareil séparé. Communisme désignera ce    qu’il y a de commun à ces expériences. D’une certaine façon, il s’agit de revenir à la signification de la première étape, mais avec suffisamment d’expérience tirée de la deuxième étape pour    qu’il ne soit pas voué au statut d’idéologie minoritaire et ensanglantée par une répression sans merci. Communisme pourra désigner au niveau mondial la perspective d’une politique    d’émancipation, diversifiée, constituant ses lieux propres dans des conditions différentes, mais partout orientée vers la primauté du commun. Il est d’autant plus nécessaire d’activer une idée de    ce genre que, sinon, les expérimentations politiques localisées resteront elles-mêmes séparées. C’est seulement si elle partage au moins quelque chose de l’orientation communiste, si elles    discutent entre elles à l’intérieur de cette référence, qu’elles peuvent constituer un réseau lui-même victorieux.

Vous connaissez la thèse fondamentale du capitalisme contemporain, selon laquelle le marché mondial a vaincu toute chose. Face à la mondialisation capitaliste, il faudra bien qu’un    internationalisme de type nouveau se mette en place. Cela ne sera pas une fédération de partis communistes comme autrefois, mais ce sera le lieu où on peut discuter des expériences des uns et des    autres à la lumière d’une idée partagée. Si communisme a un sens, c’est de travailler à ce qu’à l’unité oppressive, abstraite et séparée du marché mondial, nous puissions opposer un communisme    planétaire. La troisième étape du communisme ne peut exister qu’en étant réellement internationaliste. La thèse qu’il n’y a un seul monde doit être présente dans chaque lutte    particulière.

      

    Pierre Zarka     : Après avoir passé quarante années dans ce que l’on peut appeler l’appareil du Parti communiste, je considère que les questions que je pose, je les pose car nous n’avons pas beaucoup le choix.    Je les pose à partir du bilan de la situation dans laquelle nous sommes. L’idée d’une nouvelle génération du communisme est à explorer. Je vais dire quelques mots de l’ancienne.

Comment se fait-il que mise à part la Révolution de 1789, aucune révolution n’a tenu durablement ses promesses ? On trouve chez Lénine, chez les communistes français et dans de nombreux partis    communistes la référence à la Révolution française, mais un « détail–» échappe souvent : à côté de l’immense mobilisation populaire, une classe de possédants a pris la place d’une autre classe    de possédants.

Pour nous, aujourd’hui, il ne s’agit pas d’agir pour un changement de propriétaire. Il s’agit d’émancipation des individus, ou se mêle à la fois le « pour soi » et une dimension universelle. Je    suis frappé par le fait que, quand les cheminots se font mettre sur les reins qu’ils paralysent le pays quand ils font grève, aucune organisation syndicale n’ait jamais dit : si lorsqu’une    corporation s’arrête de travailler, cela paralyse le pays, c’est qu’on a rudement besoin d’elle. Et si on a besoin d’elle, ça se paye. Le « pour soi » que j’évoque n’est pas égoïste, c’est un «    pour soi » qui parle du rôle social qu’on joue, et qui est porteur d’universalisme.

J’ai habité durant des années à Saint-Denis, une ville où il y a 40 % d’immigrés. Je sais que je ne serai jamais noir ou arabe, mais je sais que s’il y a à côté de moi des voisins qui subissent    des discriminations, eh bien c’est comme la fission de l’atome : les fondements de la société [actuelle] reposent sur des fragmentations de la société qui ne s’arrêtent jamais. Aujourd’hui, c’est    eux, après ce sera les fonctionnaires, ou les femmes, ou moi. Il ne s’agit pas de construire une solidarité morale, qui renverrait à des connotations de charité, il s’agit de solidarité    physique.

En 1789, dans un texte formidable, Sieyès, un des penseurs de la Révolution, du Bonapartisme et du 18 brumaire, dit à peu près ceci : le peuple n’a aucune existence politique par lui-même, il    n’existe qu’à travers sa représentation. De 1789 à 1795, toute la Convention va travailler sur le type de République nécessaire. Et l’argument massue qui l’emporte, c’est que la démocratie    représentative est le moyen d’arrêter la Révolution. Même Robespierre bascule au bout d’un moment. On aime bien les gens quand ils ne sont pas trop dans la rue. Si on poursuit, durant la    Restauration, Benjamin Constant et François Guizot expliquent que la démocratie représentative est le moyen d’éviter une seconde révolution.

Le communisme a vécu de manière a-critique par rapport à cette réalité. Il y a là quelque chose qui dépasse la critique juste du stalinisme. Marx explique que la dissociation de l’Etat et de la    société civile, c’est l’homme qui est séparé de lui-même et que cela induit un rapport religieux. Nous sommes parfois dans tout le contraire de l’émancipation humaine, même avec les meilleures    intentions du monde.

[Dans la même veine], je suis frappé par les commentaires qui sont aujourd’hui de véritables lapsus à propos de la Tunisie. Un journaliste disait l’autre jour « les manifestations se poursuivent    et le climat délétère continue ». On parle de la nécessité du retour à la normale, car l’époque de Ben Ali était la situation normale.

J’ai été député et je n’ai jamais été aussi malheureux que durant ces années, avec un sentiment très fort que [tout] se passe ailleurs. Et je ne suis pas devenu anarchiste… Marx dit explicitement    qu’il est illusoire pour la classe ouvrière de vouloir prendre la machine de l’Etat telle qu’elle est pour la mettre à son service. Il repose sur des rapports de domination et de mise en    extériorité des citoyens par rapport à l’objet qui devrait les animer. En 1905, Lénine a un véritable lapsus dans Que faire ? : lorsqu’il fonde la nécessité du parti, à quelques pages    d’intervalles, il explique que le socialisme c’est tout le pouvoir à la classe ouvrière et que la conscience nécessaire ne pourra pas venir que de l’extérieur, du parti. Nous avons vécu le 20ème    siècle sur cette logique. Il ne s’agit pas de brocarder telle époque ou telle tentative, mais regardons les effets aujourd’hui. Pour les partis politiques, la politique est une chasse gardée. Et    pour les organisations qui ne sont pas des partis, la politique est faite par les autres.

J

e vais prendre l’exemple du mouvement contre la réforme des retraites. D’un côté, nous avons un responsable syndical qui explique qu’il s’agit d’un mouvement syndical ; de l’autre nous avons les    partis à la gauche du PS qui disent qu’ils sont derrière les syndicats. Mais ce qu’on demande à la politique, ce n’est pas d’être derrière ou devant le mouvement social ! Et même l’expression «    mouvement social » est biaisée. Quand des jeunes se mettent en mouvement contre la réforme des retraites, ils ne pensent pas à leur retraite ; ils veulent choisir leur avenir. On dépasse donc la    question de la revendication, pour parler de la conception de la société. Et c’était tellement vrai qu’un des mots d’ordre des manifestants était « cette société là, on n’en veut pas !».

On dit que c’est un mouvement syndical, on se met derrière les syndicats et on renvoie à 2012. Et à des candidats, c’est-à-dire à quelqu’un d’autre que celui qui se bat. On a vu ce que cela a    donné en 81 et en 97 ! Est-ce qu’on est obligé de répéter les mêmes erreurs, qui ne peuvent qu’aboutir aux mêmes effets ?

En se fixant comme but la prise du pouvoir d’Etat, les partis s’extériorisent de la société, ils se substituent aux intéressés. Et en se substituant aux individus, ils se mettent en écran entre    les individus et ce qui pourrait être leur visée, leur idéal… Les historiens qui ont travaillé sur le christianisme disent qu’il existait d’abord autant de christianismes que de chrétiens. Le    christianisme est devenu au fond un « appareil d’Etat », qui produit la vérité, qui choisit ses fidèles, qui dit qui est fidèle et qui est hérétique.

Le résultat, c’est de l’impuissance. Le thème essentiel lors de l’élection maintenant, c’est le niveau d’abstention. Et l’abstention n’est pas de l’indifférence, c’est de la protestation devant    cette conception. J’ai été élu député en 1978, je faisais 17 000 voix au premier tour sur 80 000 habitants. Le Front de gauche aux élections européennes a fait 7000 voix sur 102 000 habitants.    Ceux qui ne vont pas voter ne sont pas des gens indifférents, ce sont des gens qui disent « je ne veux plus, je ne joue plus ».

Alors, quoi à la place ? Dans communisme, il y a commun, mise en commun, mais j’ai relevé une autre origine. Au 14ème siècle, en Angleterre, lors d’un mouvement, des tisserands ont été    traités de « gens du commun ». Ils ont répondu : « oui, nous sommes les gens du commun et nous voulons faire du communisme ». Est-ce que la conception de la politique ne doit pas reposer    sur les gens du commun ?

Cependant, parler des gens du commun conduit à faire une petite exploration d’ordre psychanalytique : il est [en effet] difficile de dire qu’on veut que les gens soient acteurs et de ne pas    s’intéresser à l’inconscient, à la manière dont ils réagissent, à ce qu’ils sont… au lieu de les considérer seulement au travers de la notion de classe. Lacan dit que quand on aime tout, on    accepte tout. Et donc que la pulsion d’amour toute seule est une véritable catastrophe. Bien sûr, il ne s’agit pas de haïr l’amour, mais qu’il y ait un peu de rage, un peu de colère… sinon, il y    a acceptation de tout.

Qui est le sujet de l’agir politique ? Nous sommes notre solution, nous sommes notre propre mouvement. Avec quels leviers ? Le premier levier, les Tunisiens et les Egyptiens viennent d’en faire    la démonstration, est que quand on se met en mouvement, il y a une sorte de dualité de l’identité. Lorsque les salariés de Total ont menacé de gérer les travaux de raffinerie – avec cette    expression formidable « nous sommes chez nous » – ou lorsqu’en octobre certains ont bloqué la distribution d’essence, mais pas pour les pompiers et les hôpitaux, ils sont devenus des    décideurs. Leur identité n’est plus une identité de victimes mais de décideurs. [De même qu’] on a connu un tournant aux Etats-Unis lorsque cette femme noire, Rosa Parks, décide de rompre avec la    discrimination dans un bus. Elle reste toujours noire, elle est toujours sous l’oppression du racisme, mais elle provoque un tournant dans les évènements.

Nous avons connu une époque où l’image d’Epinal du mouvement social était le leader syndical qui montait sur une table ou son établi, prenait le drapeau rouge, et tout le monde suivait. L’image    d’Epinal d’aujourd’hui est l’assemblée générale. Et quand quelqu’un triche avec l’AG, cela se passe mal. Il y a d’ailleurs des conflits entre les organisations syndicales et l’AG. Il y a une    volonté qui n’est pas une volonté de repli sur soi, qui est une volonté d’individuation : les individus émergent en forgeant le collectif et le collectif n’existe qu’en étant l’assemblée des    individualités. C’est la libre association. Si la politique ne ressemble pas à ça, c’est foutu.

Cela pose une autre question : qu’est-ce qu’on fait de l’élu ? Il y a deux solutions. Ou on continue comme aujourd’hui et l’élu vient dire après coup, quand c’est trop tard, ce qu’il a fait. On    est toujours dans cette séparation de l’individu avec les rouages de l’Etat. Il existe une limite dans les expériences louables de démocratie participative qui existent : c’est l’institution qui    décide du thème, du lieu, de la date, de l’heure, et viennent ceux qui ont déjà des liens étroits avec l’institution, qu’ils soient contents ou mécontents. Je propose la notion d’élu partenaire.    Quand on élit quelqu’un, on ne l’élit pas simplement pour cinq ans, on l’élit pour le revoir, pour définir avec lui ce qu’il doit faire dans l’institution. Il doit devenir un prolongement du    mouvement de masse dans l’hémicycle.

    

    

Peut-on    être communiste sans organisation ?

Alain    Badiou : Il est absurde de    penser que la politique puisse s’inscrire dans la durée sans organisation. La politique est une pratique politique organisée. Toute la question est de savoir ce que veut dire « organisé » et «    organisation ». Quand on parle du parti, on parle du parti en tant que machine destinée à s’emparer du pouvoir d’Etat. Ce n’est pas l’organisation en général qui est le problème mais le rapport    entre l’organisation et l’Etat séparé. On sait très bien que dans toute situation politique, s’il n’y a pas d’organisation, on crée des organisations, des collectifs, des comités… même quand il y    a des assemblées générales. Les gens qui n’ont rien, qui n’ont pas l’armée, la police, l’argent, les experts, à la fin ils n’ont que la discipline. Une grève dure s’il y a une discipline réelle.    L’organisation est une nécessité absolue. La question est de savoir si la discipline doit se faire sur le modèle de l’Etat, [ce qui a été le cas] pendant une longue période    historique.

Pourquoi la révolution d’octobre a t-elle eu une telle audience planétaire, donnant lieu à la création des partis communistes, avec des millions de personnes ? On ne peut pas expliquer cela comme    s’il s’était agi d’une vaste duperie, comme si les peuples étaient une collection de véritables abrutis. Il y a bien eu un immense mouvement populaire. Le problème n’est pas d’entrer dans une    problématique anarchisante, sans organisation. Le problème qui n’a pas été résolu, c’est le problème de l’Etat. En réalité, Marx dit qu’on ne peut pas utiliser l’Etat, s’en servir, qu’il faut    détruire la machine d’Etat ; mais en un certain sens les bolchéviques ont remplacé la machine d’Etat par une autre qui était la fusion de l’Etat et du parti. Qu’est-ce qu’un parti qui peut    fusionner avec l’Etat ? Ce n’est certainement pas un parti qui peut être fidèle à l’idée communiste du dépérissement de l’Etat.

Bien entendu, être communiste sera toujours participer à des figures politiques organisées. Le problème est d’établir une distance par rapport à l’Etat. C’est un problème qui demeure entièrement    présent, aussi bien sous la forme électorale que sous la forme insurrectionnelle. Les opposer aujourd’hui n’a plus tellement de sens. Dans les deux cas, l’appareil [politique] est dressé à se    calquer sur la séparation de l’Etat.

Pierre    Zarka : Nous sommes plusieurs    ici à se penser communiste. Est-on communiste parce qu’on est labellisé par une institution abstraite, au dessus de nous, ou, à partir de nos parcours, approches et sensibilités propres, parce    que nous ressentons le besoin de mutualiser nos apports ? Dans le premier cas, il n’y a qu’une manière d’être communiste. Dans le second cas, nous sommes dans un processus large et touffu. Est-ce    que la vérité est de l’ordre d’une parole unique, comme la parole du Christ, une vérité révélée, ou est-ce que cela se construit au pluriel, avec des heurts et des contradictions ?

Dans la première Internationale, créée à l’initiative de Marx, il n’y avait pas que des partis. Il y avait des organisations syndicales, des formes qui ressemblent à ce qui est devenu associatif,    et même une fanfare. Les communistes ne doivent pas se mettre à part. Ou le communisme irrigue l’ensemble du mouvement de la société, avec des heurts et des contradictions, ou il est le fait    d’une poignée [d’individus] très structurée. Cela peut avoir des avantages par exemple pendant la guerre, [mais] lorsque l’on est non sur des structures qui renvoient à la clandestinité mais sur    le mouvement d’ensemble de la société, cela devient un obstacle terrible.

    

Les    partis communistes, freins ou obstacles à la mise en commun ?

Pierre    Zarka : On peut être les deux    à la fois. L’organisation communiste a été un levier, mais un levier qui n’aime pas trop les surprises. Ce qui caractérise les interventions du Parti communiste, c’est d’avoir un temps de retard    : ce fut le cas lors de la guerre d’Algérie, par rapport au mouvement des femmes pour l’IVG et la contraception. En 68, le programme commun a été dérangé par le mouvement de Mai. A l’époque, les    gens nous reprochaient l’alliance avec le PS. Et nous avons blanchi Mitterrand, et le PS a réussi. En 1995-97, on passe d’un mouvement qui dit « nous sommes la gauche » à la gauche    plurielle. En 2005-2007, après la campagne sur le référendum, l’enjeu n’est plus le mouvement populaire mais un enjeu de représentation : il y a la concurrence et il n’y a plus de place pour le    rassemblement.

Alain    Badiou : On ne peut pas faire    un bilan unilatéral. Cela serait d’ailleurs dangereux car cela irait avec la propagande de l’adversaire, qui propose une vision du 20ème siècle comme un siècle totalitaire. Ce qui est frappant,    c’est que les partis communistes tels qu’ils ont été conçus n’ont été à l’aise vraiment que dans les périodes de guerre. C’est là que tous les succès ont eu lieu. Ces organisations étaient    destinées à la figure insurrectionnelle, militarisée, nécessitant de la discipline. Mais la question du communisme en temps de paix est une question véritablement ouverte.

    

    

Echec    du communisme ?

Alain    Badiou : Il n’y a pas d’échec    du communisme. Je ne considère pas ce qui s’est passé comme nul et non avenu, dépourvu d’intérêt et de leçons encore valables aujourd’hui. Je pense simplement que le problème du 19ème a été le    problème de la création de l’idéologie communiste et de son lien au mouvement ouvrier ; que le problème du 20ème siècle a été la construction de la victoire et la construction d’une autre forme    d’Etat ; que notre problème aujourd’hui est de savoir ce qu’est un mouvement communiste qui ne fusionne pas avec l’Etat, avec le pouvoir.

Un engagement démesuré dans la procédure électorale a des effets délétères sur l’idée communiste elle-même. Je ne vote pas depuis 1968, je n’en fais pas une doctrine, je ne vantardise pas ; mais    je vois ceci : l’engagement dans la procédure électorale prépare toujours d’inéluctables et graves déceptions. Une grande partie des gens votent pour leurs idées, mais le principe de réalité,    celui des nécessités du capitalisme, l’emporte. Et on voit le gouvernement Jospin privatiser à tout va. La répétition de cette mécanique affecte gravement les forces populaires et l’idée    communiste elle-même. Il ne faut pas croire que c’est sans effet négatif et de grande envergure. Il faut se tenir du côté du mouvement. Dans la période récente, les modes d’intervention    institutionnels n’ont pas été positifs, en particulier au nom du fait qu’on ne veut pas que le mouvement de masse porte lui-même les mots d’ordre politique. On veut toujours des marges de    manœuvres pour la prochaine échéance électorale.

Une bonne partie des gens qui manifestaient contre les retraites avaient comme idée fondamentale qu’il s’agissait de se débarrasser de Sarkozy. C’est la vraie subjectivité motrice vivante. Et au    fond, si l’ensemble des appareils avait agi dans ce sens là, on ne sait pas ce qui se serait passé. Au contraire ils ont freiné des quatre fers, quadrillés. Ils ont voulu conserver le mouvement    comme une force virtuelle, une sorte de recours permettant d’améliorer leur donne étatique.

Pierre    Zarka : Le propre d’un    programme est de déposséder les gens, de mettre les gens en position de consommation. Chacun va chercher dans le programme ce qui lui convient. Je ne dis qu’il ne faut rien dire, mais qu’est-ce    qu’on porte comme dynamique ? Quelles possibilités de maitriser collectivement la part collective de ce que nous pouvons porter ? Il faut déconstruire nos expériences et réfléchir sur d’autres    pratiques. Le communisme n’est pas une institution, ni un programme, ni un état.

On ne fera pas plaisir à tout le monde. Peut-être qu’un des problèmes des communistes, c’est qu’à force d’avoir vécu comme un complexe le sang versé par la Révolution, de vouloir être gentil, on    en oublie la colère. Soyons clair, si on défend les retraites, il va falloir que quelqu’un paye et si on ne dit pas qui doit payer, alors on tombe sous la nouvelle démagogie d’une Marine Le Pen,    qui fait du social, qui évoque même le patronat et qui propose en mettant les immigrés en marge de payer ce que les Français ne peuvent plus payer. Si on ne veut pas être entrainé sur cette    pente, on est obligé de revenir à la lutte des classes, et on a besoin de dire qui sont les adversaires.

Je ne souhaite pas la suppression des élections. Mais l’objet de l’élection est-il d’élire un bon gouvernement ou de donner à ceux qui luttent davantage de force ? Pour 2012, tout le monde est    sur le registre des promesses : il va falloir choisir les meilleures promesses ! Il s’agit de porter la nécessité de la subversion en réinjectant deux principes dans la culture politique et    sociale : la mise en cause de tous les rapports d’exploitation, en général – pas seulement du pillage, aussi : l’aliénation, la segmentation des individus, tout ce qui sépare -, et la mise en    cause du rapport au pouvoir d’Etat. Enfin, concernant le comportement des partis, une nouvelle définition de l’organisation collective est à inventer. Est ce que l’organisation se substitue aux    mouvements ? Ou est-elle là pour favoriser les constructions, les expériences, les tâtonnements C’est un débat que nous n’arrivons pas à avoir avec les forces politiques et les forces    sociales.

Alain    Badiou : Quand il y a un    mouvement véritable, on voit toujours que la mentalité des gens est transformée. C’est pour ça que l’idée de programme n’est pas excellente. L’idée de programme suppose que l’on connaît les    demandes des gens alors que c’est là une donnée extrêmement mobile. L’Egyptien d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celui d’il y a seulement trois semaines. La puissance des mouvements historiques    est bien de changer la subjectivité des gens. Il en résulte que l’idée de programme est toujours décalée.

Second point, il faut bien sûr s’alimenter de ce que pense les gens, discuter, alimenter les décisions de l’organisation…, mais ponctuer cela, ou capitaliser, ou ordonner cela en terme de    procédure électorale est en un certain sens contradictoire. La procédure électorale est l’organisation de la séparation de l’Etat, [en même temps qu’il y a séparation entre] l’organisation    politique et les gens du commun. Pour le moment c’est comme ça. Cela n’a pas toujours été comme ça. La participation électorale a une histoire. Si on veut que communisme signifie quelque    chose pour les gens, il faudra premièrement un mode d’interlocution constant et militant avec les gens du commun, qui ne soit pas entièrement ponctué par les échéances dictées par l’Etat, et    deuxièmement il faudra une aptitude à être dans le mouvement sans être bridé par autre chose que le mouvement lui-même. Il me paraît essentiel de dire que les mouvements populaires sont la chance    principale d’une politique d’émancipation.

Ces mouvements sont, dans leur succès et leurs extensions, largement imprévisibles. Les Tunisiens avaient énormément de raison de se révolter depuis trente ans, et pendant trente ans ils ne l’ont    pas fait, et personne n’avait prévu quoi que ce soit. 68 s’est déclenché dans une période de prospérité et de progrès social. A ce moment, on est au moment du tribunal historique des    organisations : ou bien elles serviront à quelque chose, ou bien elles vont de nouveau tenter de remettre tout dans le champ électoral car ce sont les échéances de l’Etat. Je pense qu’une cure de    désétatisation de toute la politique émancipatrice est essentielle aujourd’hui et que nous devons commencer la réhabilitation du communisme par le dépérissement de l’Etat. Cela ne veut pas dire    [qu’il ne faut] « plus d’Etat » et devenir anarchiste, cela veut dire désétatiser l’esprit politique, ne plus être obsédé par la question du pouvoir, être obsédé par la question populaire en tant    que telle. [Il ne faut] jamais préjuger de ce dont les gens sont capables. N’importe quel mouvement montre que les gens s’avèrent capables de choses dont ils ne se savaient pas capables. La    capacité a surgi, éventuellement encouragé par des militants. Le mouvement crée des possibilités. Communisme doit être pour l’instant une doctrine de la subjectivité et du mouvement avant d’être    une subjectivité du programme et de l’Etat. C’est ma conviction.

      

    Pierre Zarka et Alain Badiou,    25 mars 2011

 
 
 
Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 343 autres abonnés