RSS

Archives Mensuelles: mai 2012

un spectre hante le monde : le capitalisme par Danielle Bleitrach

un spectre hante le monde : le capitalisme par Danielle Bleitrach

Je viens d’aller voir Cosmopolis de David Cronenberg. Totalement déconcertant, nous étions quinze dans la salle obscure. A mi-film un couple est parti… La dizaine de jeunes agités qui faisaient grand bruit avant le film paraissaient accablés et stupéfaits mais silencieux. Je les ai retrouvé dehors en train de lire les critiques affichées sous les programmes. je leur ai demandé :"vous cherchez à comprendre?" Ils ont hoché la tête et ils ont tourné les talons dubitatifs toujours aussi accablés parce que les dits critiques n’étaient pas plus clairs… Moi non plus… Mais un film qui fait cet effet à une bande de vitellonis, sans doute venus pour admirer le héros de Twilight, Robert Pattinson, ne peut pas être mauvais.

Arriver à faire de cet homme superbe, provoquant l’hystérie  des adolescentes, le héros névrosé de ce film est un exploit. Il s’agit bel et bien également d’un vampire, éternellement jeune mais l’histoire est capable de larguer en chemin le spectateur le plus attentif. On pourrait résumer ça simplement : Dans un New York au bord de l’explosion, des manifestations monstrueuses bloquent les rues alors que le président des Etats-Unis visite Métropolis.  Au coeur de cette ville dans laquelle on assiste à la chute du capitalisme, Eric Packer (Robert Pattinson), l’incarnation du dit capitalisme de la haute finance, n’a qu’une seule obsession: se faire faire une coupe de cheveux chez son coiffeur à l’autre bout de Manhattan. Mais en fait il s’agit d’aller à la rencontre de son assassin. Ca paraît simple dit comme ça mais en fait le film est conçu pour que tout soit imprévisible, déconcertant et que l’on en sache encore moins à la fin sur les ou le personnage central.

Le fait que le dit héros, figure vivante du capitalisme cybernétique, paraisse constamment branché sur un monde virtuel de chiffres est déjà en soi un mystère que personne ne peut élucider puisqu’il ne sont que deux ou trois à savoir de quoi il est question alors même que tout se désagrège autour d’eux.  le génie golden boy des goldens boys, maitre trader dans l’enfer des traders paraît aussi paumé que nous dans cette megapole nocturne en pleine explosion.  Le but est se faire coiffer mais sa coupe restera comme sa prostate assymétrique… La quête est celle de sa ruine et celle de son assassin, quête entrecoupée de rendez-vous improbables au cours desquels il prête son corps à toutes les manipulations. On connaît l’intérêt de David Cronenberg pour le peintre Francis Bacon. Le bel héros de twilight se fait tater le fondement au cours d’un check up et soulager de sa tension sexuelle par Judith Binoche entre autres, mais personne ne sait exactement quelle est l’origine de la faille dans son identité, par moment des pistes sont suggérées et aussitôt abandonnées au profit de cette route vers le coiffeur puis dans un immeuble sordide où l’attend l’assassin. Au passage après avoir assassiné son garde du corps, il  reçoit une tarte de la part d’un entarteur professionnel joué par Mathieu Almaric. Après cette odyssée nous sommes prêts à apprécier vingt minutes éblouissantes au cours de laquelle il rencontre son assassin et là nous sommes pris dans une autre cohérence celle de la conclusion de cette errance comme dans Ulysse de Joyce. C’est-à-dire une absence de conclusion simplement un cri de l’assassin comparable à celui du christ sur le Golgotha "Pourquoi ne m’avoir pas sauvé?"

Cette immersion dans l’incompréhensible est aussi la richesse du film.  Il y a des dialogues d’une rare intelligence quelque chose de comparable à du Harold Pinter à savoir que nous croisons des individus et des scènes de rues dont personne ne songe à nous dire le pourquoi et le comment de leur rencontre mais l’échange est toujours passionnant. Nous sommes attirés par l’énigme, qui sont-ils? Pourquoi? Les conventions à peine esquissées sautent… Mais le dialogue est l’architecture et  la caméra occupe l’espace, le temps et les corps dans un espace clos comme celui d’une énigme policière, l’intérieur d’une limousine.  Ce défi  correspond à une économie de moyens en langage cinématographique, parfois de simple champ-contrechamps trés classiques.

Une gigantesque limousine qui traverse New York au bord de l’explosion et prend au passage des individus, des femmes avec qui faire l’amour puisque l’épouse se refuse.  Après Freud – a dangerous method- voici Marx… Avec la répétition de l’ouverture du manifeste: "un spectre hante le monde… "crient des clochards venant jeter des rats morts dans un restaurant, "Un spectre hante le monde" écrit dans Brodway un panneau lumineux… Simplement le messianisme des prolétaires sauvant l’humanité  a disparu, ils sont devenus des rats, et le spectre qui hante le monde n’est plus le communisme mais le capitalisme… Un capitalisme vampire, jeune mais hanté par sa propre fin et continuellement en train de se faire examiner et perdant le pouvoir face à un yuan (la chine) incontrôlable…

Toute l’histoire ne tiendrait-elle pas dans ces deux remarques de Warren Buffet, un des hommes les plus riches du monde:

1)« À la Bourse, il y a deux règles fondamentales à respecter. La première est de ne pas perdre, la seconde est de ne jamais oublier la première. »  La grande chute du capitalisme dans un New York en train d’exploser dans la misère et la violence est simplement ce moment incompréhensible où cela ne marche plus et il perd…

2)« Tout va très bien pour les riches dans ce pays, nous n’avons jamais été aussi prospères. C’est une guerre de classes, et c’est ma classe qui est en train de gagner » Parce qu’il n’y a aucune raison d’imaginer que quelqu’un d’autre est en état de gagner…

Danielle Bleitrach

 
Poster un commentaire

Publié par le mai 31, 2012 dans cinema

 

Faut-il partir en guerre en Syrie ? par danielle Bleitrach

Faut-il partir en guerre en Syrie ? par danielle Bleitrach

je vais tenter de résumer en quelques lignes ma position sur la Syrie. Déjà à propos de la Libye j’avais développé une position assez semblable mais j’étais plus convaincue dès le départ d’une intervention imminente de l’OTAN. Non que celle-ci soit totalement exclue mais elle s’avère assez compliquée pour qu’une pression contre ce type d’intervention soit facilitée. En particulier quand François Hollande prend position en faveur de la dite intervention mais avec mandat du Conseil de sécurité, quand Obama tente de convaincre Poutine on ne peut écarter le péril.

Disons-tout de suite qu’un soutien inconditionnel à des régimes autocratiques,  qui ne craignent pas de réprimer la population dans le sang et la torture, me paraît inconcevable.  Certains anti-impérialistes qui adoptent les positions de l’extrême-droite déconsidèrent la cause qu’ils prétendent défendre. Donc il ne s’agit pas sous prétexte de défendre la paix, de refuser les manoeuvres bellicistes, de cautionner les régimes en question qu’il s’agisse de Bachar el Assad et même de l’Iran des mollahs. Ces régimes ne méritent aucun soutien mais cela ne signifie pas que les pays occidentaux et leurs médias qui s’indignent sont en quoi que ce soit légitimes et efficaces pour nous vendre la dite intervention militaire.

Se prononcer contre une intervention militaire n’est en rien porter caution à de tels tyrans, au contraire. Le cas de l’Iran quel que soit le caractère ubuesque et répréssif de ce régime n’est pas comparable à celui de la Syrie. . En Iran, il n’y a pas guerre civile, la protestation démocratique se fait dans un contexte d’unité nationale. Non seulement le procès nucléaire  fait à l’Iran est injustifié mais toute intervention serait contreproductive en recréant l’union nationale autour du régime. Ce n’est pas le cas en Syrie qui est un pays morcelé et qui, au vu du massacre des populations, suscite l’émotion indignée. En revanche ce qui s’est passé en Tchetchenie peut être comparé tant au niveau des  séparatismes que des affrontements entre armée et milices. Ce n’est pas un modèle loin de là.

Donc la révolte d’une grande partie de la population syrienne est légitime alors même que l’affaiblissement de la Syrie fait partie d’une stratégie dirigée contre l’allié de l’Iran et des enjeux sur la région qui sont la toile de fond de révoltes d’une partie de la population.   Donc il s’agit de ne pas soutenir des tyrans mais aussi de ne pas être naif sur ce à quoi viserait une intervention militaire. Il faut mesurer qu’il existe déjà dans ces pays des interventions, des livraisons d’arme y compris par des régimes comme l’Arabie saoudite ou le qatar qui ne sont pas des bouquets de printemps.Ils n’ont pas pour objectif d’intaller des démocraties laïques mais tout au contraire de développer un islamisme qui n’a de modéré que le nom en prétendant de fait élargir leur propre influence dans le bassin méditerranéen.

Tout ces mouvements, appel à la guerre civile en utilisant les légitimes revendications des populations mais aussi la mosaïque de peuples que chaque nation rassemble, se situent dans un contexte marqué par la crise du capitalisme et celle de l’hégémonie des Etats-Unis et de leurs alliés occidentaux.

Il est fini le temps où une expédition coloniale, une intervention de la CIA, mettaient en place des alliés inconditionnels qui bloquaient l’évolution d’un pays et l’ouvraient au pillage. Nous sommes dans le contexte d’une crise avec des peuples qui n’en peuvent plus mais aussi une tendance au développement multipolaire où chacun cherche au niveau régional voir mondial à étendre sa zone d’influence. Toutes les récentes interventions armées de l’OTAN que ce soit en Afghanistan, en Irak ou en Libye ont déclenché une aggravation de la situation pour les peuples.

De surcroît le monde multipolaire se déploie aussi en Russie, en Asie qui surveillent leur propre influence dans une zone énergétique sensible et la Russie et la Chine ne veulent pas céder. Il ne s’agit pas seulement comme on le dit trop souvent de la Russie protégeant son principal client en matière d’armement parce que toutes les puissances représentées au Conseil de Sécurité y compris la France agissent dans le même sens. Nous avons en effet la particularité d’avoir au Conseil de Sécurité des puissances qui jouissent du droit de véto et qui sont dans le même temps les principaux fournisseurs d’arme de la planète à commencer par les Etats-Unis mais aussi la France. Ce qui est surveillé est l’approvisionnement énergétique de la planète. La Chine est particulièrement concernée. L’opération libyenne qui forte d’un mandat de l’ONU devait protéger la population de Benghazi a terminé en changement de gouvernement les a échaudées avec la Russie.

Enfin dernière remarque la manière dont partout les pays occidentaux ont provoqué des dissidences, des séparatismes quitte à utiliser l’argent de la drogue et du trafic d’armement a aussi échaudé la Chine et la Russie. Ces pays ne sont pas les seuls et on peut dire que la majorité des pays ne veulent plus entendre parler d’interventions humanitaires (sic). Le but avoué étant une fois encore l’assassinat de chef d’Etat qui a joui de l’appui et de la reconnaissance internationale jusqu’ici.

Donc nous sommes une fois de plus devant un chaudron du diable qui reflète assez bien la situation trés grave de notre monde capitaliste en crise, le militarisme étant une de ses logiques mais aussi un affaiblissement tel de l’occident que toute intervention pouvant déclencher le pire. Il ne reste plus que la négociation dans le cadre d’une entente internationale qui dépasserait les propagandes bellicistes pour aboutir à des solutions négociées ici comme ailleurs. On nous répondra que pendant ce temps des gens meurent, c’est vrai et on ne peut que souhaiter le renversement d’un tel régime mais toute intervention militaire, la preuve ne cesse d’en être faite, ne peut que déboucher sur pire.

Danielle Bleitrach

 

le résultat desprésidentielles en Egypte ou les inconnus du "printemps arabe" par Danielle Bleitrach

le résultat desprésidentielles en Egypte ou les inconnus du "printemps arabe" par Danielle Bleitrach

je dois dire que le discours que l’on entend ci et là sur le fait que le printemps arabe ne serait qu’une manoeuvre de l’occident me paraît faire partie de cette monomanie complotiste et cette géostratégie pour débiles profonds qui se répand sur internet. Personnellement j’ai toujours défendu l’existence d’un processus reposant sur des exigences démocratiques au sens plein du terme, c’est-à-dire la manière dont des sociétés qui ont été largement bloquées par l’installation d’autocraties soutenues par l’Occident sont aujourd’hui travaillées par la crise du capitalisme à l’échelle de la planète. Loin d’être les révoltes "face book" le printemps arabe en Egypte en particulier a été précédé par des mouvements sociaux devant les difficultés insupportables de la vie quotidienne. la corruption, l’absence de démocratie a pris un aspect trés concret celui d’une humiliation permanente de gens qui n’arrivaient plus à vivre. Que l’Occident en particulier avec l’intervention libyenne ait tenté de recomposer à son profit le processus y compris en sacrifiant d’anciens vassaux est évident et l’installation d’une bourgeoisie conservatrice a paru dominer. Mais nous sommes devant un processus qu’il faut penser sur le long et moyen terme. A ce titre une lecture des éléctions présidentielles egyptiennes présente des enseignements.

Danielle Bleitrach

L’élection présidentielle qui s’est déroulée du 23 au 24 mai présentait la particularité de faire voter pour un président dont les attributions n’étaient pas définies puisque l’Egypte est en plein processus constitutionnel. Le taux de participation peut paraître faible, autour de 50%, mais pour un immense pays comme l’Egypte encore mal habitué et organisé pour les votes ce score est élevé et il est comparable au résultat des législatives de novembre 2011 mars 2012. Il signifie que les Egyptiens tiennent au droit de vote, lui accordent de l’importance même si les résultats témoignent d’une certaine perplexité de l’électorat et de la difficulté d’un choix traduisant les aspirations.

Pour le second tour deux candidats restent en lice, celui des frères musulmans Mahammed Morsi et l’ancien premier ministre de Hosni Moubarak, Ahmed Chafik. Mais avant d’analyser ce que représentent ces deux candidats il faut souligner deux faits importants:  le premier est le coude à coude de cinq candidats (sur douze) et ceux qui seront présents au second tour le seront donc à partir de résultats trés distribués.

Dispersion des voix et montée de candidats de gauche et "révolutionnaire"

Mais la véritable surprise est venue du nassérien de gauche, Hamdin Sabahi, avec environ 4,7 millions de voix. C’est un opposant de longue date au régime de Moubarak et l’un des fondateurs du mouvement Kifaya en 2004, qui s’opposait à un nouveau mandat pour le président Moubarak et il fait partie de ceux qui ont déclanché la révolte de 2011. Très hostile à la normalisation avec Israël, il a régulièrement dénoncé le CSFA et les militaires et s’est déclaré prêt à travailler avec les autres candidats de la révolution, notamment Abdel Moneim Aboul Foutouh, Khaled Ali (« le candidat des ouvriers ») et Bothaina Kamel. Si les deux derniers ont fait de faibles résultats, Aboul Foutouh a obtenu près de 4 millions de voix, il s’agit d’un salafiste dissident qui s’affirme révolutionnaire. Dans la ville d’Alexandrie qui était considéré comme un bastion islamiste, Hamdin Sabahi est arrivé en tête suivi de Aboul Foutouh.

Aboul Foutouh est un ancien dirigeant des Frères musulmans, exclu de l’organisation pour avoir présenté une candidature dissidente à la présidentielle et il se revendiquait comme le porte-voix des jeunes révoltés de la place Tahir et il avait le soutien du principal parti salafiste Al Nour.  Mais il proposait de surmonter les division entre courants religieux et courants attachés à un Etat laïque ce qui lui a probablement coûté des soutiens salafistes. Nous avons donc avec Hamdin Sabahi et Aboul Foutouh une tendance  originale de l’évolution du processus égyptien. La dispersion des voix et ces deux candidatures surtout celle du nassérien font peut-être la preuve que, comme nous l’avons souligné à plusieurs reprises, ce processus est en marche.

Les principales revendications qui sont à la fois économiques et sociales mais aussi qui témoignent d’un désir profond de changement de la jeunesse demeurent même si l’expression politique demeure encore vérouillée entre frères musulmans et tenants de l’ancien régime, de l’armée en particulier.

L’excellent score du candidat nassérien manifeste la véritable volonté d’en finir avec le régime à la fois avec les inégalités sociales, les privatisations et la soumission de L’Egypte par le biais de l’armée trés dépendante des USA aux volontés occidentales symbolisées par l’entente avec Israël. A cet titre l’Etat Israélien aurait tout intérêt à repenser sa place dans un Moyen Orient en ébullition et à renoncer à la politique du pire. Un autre israêl serait possible et même si les forces de gauche qui sont en train de monter s’avèrent hostile à Israël, il serait sans doute encore possible d’envisager d’autres relations en tablant sur des coopérations mais cela n’aura de chance d’exister que s’il y a un changement radical de politique à l’égard des Palestiniens.

les frères musulmans restent en tête mais s’effondrent

La seconde leçon du scrutin est l’effondrement des frères musulmans même si leur candidat est arrivé en tête autour de 25% des suffrages (5,5 millions de voix) talonné non seulement  par Ahmed Chafik (5,2 millions) mais aussi par le candidat de gauche nassérien mais c’est trés loin de leur score aux législatives d’environ 50%. Alain Gresh interprète cette relative désaffection à plusieurs raisons:

" En présentant un candidat à la présidentielle, les Frères sont revenus sur un engagement qu’ils avaient pris au lendemain de la chute de Moubarak et sont donc apparus comme trahissant leurs promesses. Ensuite, les faibles performances de leurs députés au Parlement (dont ils ne sont pas seuls responsables, le Conseil supérieur des forces armées – CSFA – ayant largement contribué à paralyser leur action) ; mais leur volonté de monopoliser l’écriture de la future constitution et leur incapacité à s’entendre avec les autres forces politiques pour la création d’une commission constitutionnelle, ne les a pas servis(…) Enfin, leurs propres divisions ont aussi joué."

Même si les Frères musulmans sont encore arrivés en tête et sont donc présents au second tour on peut s’interroger sur la rapide manière dont l’électorat s’est détourné d’eux ne signifie pas une évolution du processus en cours dans les "révolutions arabes". Il a été noté plusieurs fois le fait que l’électorat s’est trouvé confronté à leur seule présence sur le terrain, ici comme dans une certaine mesure en Tunisie mais visiblement d’autres tendances travaillent la société egyptienne où la Révolution du printemps avait été précédée d’une forte contestation sociale dans le monde ouvrier et les frères musulmans pressés par la concurrence salafiste n’ont ni répondu aux attentes économiques et sociales ni paru aptes à représenter une solution démocratique.

Le retour de l’ancien régime

C’est également sur un fond d’inquiétude économique et sociale, en particulier la baisse du tourisme et l’insécurité que Ahmed Chafik, l’ancien ministre de Hosni Moubarak, est arrivé en seconde position avec environ un quart des suffrages (5,2 millions). Alain Gresh dans son blog en brosse le portrait : "Ancien commandant en chef des forces aériennes, il a été ministre de l’aviation civile entre 2002 et 2011 – où il a acquis une certaine réputation en réformant totalement la compagnie Egyptair (même s’il a été accusé de corruption, notamment par le grand écrivain Alaa Al Aswani). Il avait été nommé premier ministre par l’ancien Raïs quelques jours après le début des manifestations de la place Tahrir. Comment expliquer son score, alors que les felloul (« résidus » de l’ancien régime) n’avaient réussi à faire élire que quelques députés ? D’abord, lors de ce scrutin, il n’existait aucun parti organisé capable de représenter les restes de l’ancien régime (le Parti national démocratique avait été dissous), ce que Chafik a réussi à faire, jouant sur les réseaux de l’ancien pouvoir. Ensuite, il existe une certaine fatigue d’une partie de la population après une transition trop longue, chaotique, qui a eu des conséquences négatives sur l’économie (notamment le tourisme). Enfin, il semble que Chafik a rassemblé une partie importante du vote copte, cette minorité chrétienne étant effrayée par certains discours islamistes et craignant l’hégémonie des Frères musulmans (lire Gamal Essam El-Din, « How did Mubarak’s last PM make it to Egypt’s second round of presidential elections ? », Ahram Online, 26 mai). Pourtant, les coptes ont tout à craindre des militaires et des hommes de l’ancien régime qui manipulent les sentiments religieux pour se maintenir au pouvoir et pour se présenter comme défenseurs des minorités (« Egypte, sanglante répression contre les coptes »).

Mieux que l’autre candidat de l’ancien régime, Amr Moussa (ancien ministre des affaires étrangères et secrétaire général de la Ligue arabe), Chafik a été capable de mobiliser tous ceux à qui la révolution faisait peur – n’hésitant pas, contrairement à Moussa, à prendre ses distances à l’égard de celle-ci (Rana Khazbak et Heba Afify, « In the field of feloul, Shafiq rules », Egypt independent, 26 mai). Moussa a tout de même regroupé environ 2,4 millions de voix."

Les urnes et la rue

Le résultat témoigne d’une impasse pour les forces de gauche en train de monter et qui se sont on l’a vu exprimé au cours de cette présidentielle. Il n’y aura pas de candidat le 16 et le 17 juin pour exprimer réellement la volonté de changement du printemps egyptien même si le candidat des frères musulmans espère rallier les suffrages de ceux qui veulent défendre les acquis de la révolution mais ils sont fermés sur eux-mêmes, incapables d’élargir des alliances et toujours poussés vers l’islamisme… la tentation de l’abstention ou le vote blanc pour éviter que l’on vote à votre place est grande chez les protestataires. Le fait est que la seule conclusion que l’on puisse tirer est que ce qui ne peut s’exprimer dans les urnes a toute chance de se poursuivre dans la rue.

Danielle Bleitrach

 

Étonnantes mystifications de la psychotérapie autoritaire par Jean Claude Maleval

Étonnantes mystifications de la psychotérapie autoritaire par Jean Claude Maleval

Le livre de Jean-Claude Maleval prend son point de départ des épidémies de troubles mentaux engendrées aux USA par les thérapies autoritaires

Une recherche passionnante, qui aide à comprendre le temps présent, alors que les étonnantes mystifications qu’ont connues les USA entre les années 1970 et la fin du siècle, ont perdu leur caractère de conviction populaire.

Quelle logique ordonne le déferlement de croyances qui a vu se multiplier les victimes d’enlèvements par des extra terrestres, celles de sévices subis pendant l’enfance, jusqu’à la propagation de la personnalité multiple, devenue dans la nouvelle édition du manuel de l’American Psychiatric Association, Trouble dissociatif de l’identité?

Coupés de l’histoire de la psychiatrie, les cliniciens se sont désintéressés de l’héritage clinique, abandonnant toute exigence théorique pour appréhender les troubles mentaux. Le grand public, quant à lui, a adhéré très vite aux conceptions évènementielles comme il se précipite aujourd’hui sur les conceptions neurobiologiques ; l’époque s’y prêtait qui voyait aux USA le retour des préoccupations religieuses, du satanisme et des mouvements féministes. Un discours a pris corps qui induisait de nouvelles versions de la souffrance psychique grâce à l’hypnose, privilégiant de fait, la fantasmatique des sévices sexuels et des mauvais traitements.

La faveur qui leur fût accordée exclut de fait la découverte freudienne de l’inconscient.

Elle fût clairement privilégiée par des psychiatres formés à Harvard et des thérapeutes reconnus (J.E Mack, Colin Ross, C.Wilbur etc.).

La rigoureuse démonstration de Jean-Claude Maleval permet de saisir en quoi les pouvoirs de suggestion que contient toute thérapie, peuvent acquérir une telle force de conviction, dés lors que la science y apporte sa caution

. Il est toujours possible de généraliser une hypothèse en s’appuyant sur le suivi du patient. La thérapie devient alors vérification de théories rocambolesques, capables d’expliquer les troubles les plus divers. De nouveaux syndromes sont ainsi nommés qui génèrent des adeptes et exercent leur fascination au nom de la science et de ses thèses. C’est une affaire d’opinion publique mais aussi de publications, de statistiques qui, en généralisant une prédiction, opèrent une universalité. Reste alors à prendre les mesures législatives qui semblent s’imposer au nom du bien public, à repenser les formations. Jusqu’au moment où la mystification, qui ne manque pas d’avoir dans certains cas des effets curatifs, apparaît.

Les thérapeutes dont il est question dans cet ouvrage sont qualifiés d’autoritaires, pour autant qu’ils croient pouvoir modifier la position du sujet

. Ils n’aperçoivent pas que leur démarche suppose d’éliminer l’élément subjectif, toujours gênant au regard des variables étendues et de leur délire de prévision. Le livre fourmille d’exemples où l’on voit l’amnésie, les cauchemars, les troubles somatiques interprétés par le thérapeute comme la preuve qu’un trauma a eu lieu. Le fait de résister à la suggestion, l’absence de preuves, sont déchiffrées comme des informations indiscutables. Elles attestent de la validité du postulat thérapeutique.

En privilégiant l’observation des comportements, leur description, ces méthodes d’hier et d’aujourd’hui s’interdisent de saisir la prolifération des symptômes, leur caractère excessif, mobile, en référence à la théorie freudienne de la libido et de l’inconscient.

Le nouveau mythe est là qui opère sans vergogne des réductions méthodologiques et bride toute créativité dans le domaine de la recherche, au nom d’objectifs thérapeutiques à court terme. Il se passe aujourd’hui de l’hypnose et privilégie, comme le préconise les thérapies cognitivo-comportementales, l’efficacité technique. Le rêve du thérapeute autoritaire est en effet celui de l’homme normal.

Dès lors, avance Jean-Claude Maleval, « La fin justifie les moyens, même les pires », (P.88).

À l’époque des droits de l’homme, on peut penser les thérapeutes réservés à l’égard de la méthode « psyho-électrique rééducative » pour soigner les traumatismes de guerre ; on espère qu’il n’y a plus de partisans du conditionnement skinnerien pour traiter des perversions sexuelles. C’est seulement que le désir de guérir a pris le visage souriant de la bienveillance. On s’interdit les excès d’antan, le choc faradique punitif, mais le behaviourisme est plus que jamais d’actualité. Les bonnes intentions pèsent

toujours sur la méthode qui s’attache à l’observa tion et à la rectification des comportements. Par delà la pathologie, l’étonnante mystification de notre XXème siècle, c’est l’idéologie cognitivo-comportementale qui s’étend à tous les domaines de la vie sociale.

Ses derniers avatars sont à l’oeuvre dans le management, l’éducation et la prise encharge des autistes qui a ses zélateurs : l’incitation à réduire les symptômes par des méthodes d’apprentissage relevant des thérapies cognitivo-comportementales est partout. Elle induit chez l’enseignant, l’éducateur ou le soignant, l’idée que l’échec thérapeutique tient à la mauvaise volonté de l’élève ou du patient.

L’orientation par l’expérience de la cure analytique se passe de comités d’éthique pour limiter ces ravages. L’analyse aide à prendre ses distances d’avec ces mirages, elle dé serre l’étau de l’idéal thérapeutique. Le temps qu’il faut et grâce au transfert, elle permet de supporter le douloureux rapport au savoir qui interdit d’user de la

suggestion. Si le savoir reste, dans les thérapies autoritaires, du côté de l’Autre, la formation par l’expérience de la cure met le x à déchiffrer, du côté du patient. Pas d’application automatique d’un programme, de chiffrage, pas d’études au sens où l’entend la tentation scientiste.

Les thérapies relationnelles se soucient elles aussi de la dimension du transfert. Elles soutiennent une position éthique et un rapport au savoir qui donne place à la causalité psychique

.

Le partage décisif ne passe donc pas, soutient Jean-Claude Maleval entre les formations, les spécificités professionnelles, mais entre ceux qui savent respecter la singularité du sujet, et ceux qui justifient leurs pratiques par une référence à l’efficacité.

«Tant que la psychanalyse sera vivante », conclut l’auteur, « elle ne cessera de déranger ceux qui prônent le management de l’humain au mépris de sa singularité ».

Jacqueline Dhéret

٠

________________________________________________________________________

Retrouver les deux derniers ouvrages de Jean-Claude Maleval

Étonnantes mystifications de la psychothérapie autoritaire (Navarin/Le Champ freudien, mai 2012) et Écoutez les autistes ! (Navarin, avril 2012), sur ECF-Echoppe, en suivant les liens.

 
Poster un commentaire

Publié par le mai 29, 2012 dans psychanalyse

 

Sophie de La Rochefoucauld, l’aristo rouge du Front de gauche

par Augustin Scalbert | Journaliste

Issue d’une famille de ducs et princes vieille de mille ans, cette actrice, candidate aux législatives à Paris, est surtout marquée par l’héritage communiste de ses parents.
Sophie de la Rouchefoucauld, candidate Front de gauche à Paris (Audrey Cerdan/Rue89)

Dans la 15e circonscription de Paris, qui couvre une partie du XXe arrondissement, l’attelage du Front de gauche pour les législatives est garanti « vu à la télé ».

Le candidat, Didier Le Reste, est l’ancien patron de la CGT-Cheminots qu’on voyait au 20h à chaque grève de la SNCF, entre 2000 et 2010.

Sa suppléante, Sophie de La Rochefoucauld, comédienne de 46 ans, est surtout connue du grand public pour ses rôles dans des séries policières, comme « Groupe flag » ou « Les Cordier, juge et flic ».

Alors quand on les accompagne pour un porte-à-porte dans une pimpante résidence HLM de la rue de la Chine, des gens les reconnaissent.

« Vous êtes aussi jolie qu’à la télé »

Pas le premier à répondre, au dernier étage, qui dit « surtout pas ! je suis de droite ». Ni ce sexagénaire à l’accent serbe pour qui « le seul communiste, c’était Marchais ».

On descend l’escalier et les candidats, Le Reste avec sa fine moustache, « La Roche » et sa voix rieuse, séduisent la plupart des résidents. Surtout ceux qui les ont vus à la télé.

A Le Reste : « Vous allez manquer au syndicalisme. »

Avec La Rochefoucauld, c’est un peu plus fréquent : « Je vous ai vue à la télé ! Vous êtes aussi jolie. »

Sophie de la Rochefoucauld lors d’un porte-à-porte (Audrey Cerdan/Rue89)

Dialogue surréaliste avec une habitante de ce HLM, Nivernaise d’origine comme Didier Le Reste :

« La haute aristocratie française, ça fait plaisir. J’adore l’aristocratie, leur façon de vivre, ces grandes fêtes somptueuses que vous organisez… – Ah mais non, ce n’est pas du tout ce que vous imaginez ! Je n’ai pas de château, je ne vis pas dans le XVIe, je n’organise pas de grandes fêtes. »

« Une particule peut être une plus-value »

La dame semble un peu déçue. Didier Le Reste, lui, est ravi :

« Dans la mesure où elle est engagée depuis des années à gauche, c’est un bonheur. Ça veut dire qu’on a beau avoir un nom à particule, ce qui compte, c’est les idées.

Ça peut même être une plus-value pour la gauche. »

Comme son nom ne l’indique pas, la suppléante a grandi dans une famille d’extrême gauche. Son père, le comte Jean-Dominique de La Rochefoucauld, scénariste et réalisateur disparu en 2011, fut membre du Parti communiste. Son père à lui, qui a dilapidé la fortune familiale, l’avait envoyé grandir chez les curés.

Sa mère, la productrice Michelle Bessy Podroznik (un des piliers de « Plus belle la vie »), est fille d’immigrés polonais, communistes et juifs. « Quand je dis aux gens que je suis juive, ils éclatent de rire », s’amuse Sophie en se racontant entre deux gorgées de Coca, dans un resto bobo.

« On s’attarde au nom et aux apparences »

Elle est franche, volubile, drôle, charmeuse – ou juste charmante, peut-être. Résignée :

« On s’attarde toujours au nom et aux apparences. »

Elle a grandi en vendant « Révolution » à la sortie de Duruy, le seul lycée public du très chic VIIe arrondissement de Paris, où ses parents habitaient. Chez eux, dans les toilettes, Ho Chi Minh s’affichait au-dessus du trône.

Sophie de la Rochefoucauld lors d’un porte-à-porte (Audrey Cerdan/Rue89)

Mais avant son père, il n’y avait pas de communistes chez les La Rochefoucauld. Cette maison (un terme réservé aux plus grandes familles aristocratiques), cumule depuis le XIe siècle les titres de noblesse : princes de Marcillac, ducs de La Rochefoucauld, de La Roche-Guyon, d’Estissac, de Liancourt, de Doudeauville, d’Estrées, d’Anville… parmi nombre d’autres titres et fiefs.

Un ancêtre parrain de François Ier

C’est un La Rochefoucauld qui a donné son prénom au roi François Ier, dont il était le parrain. Un autre, François XII (ce genre de lignée additionne aussi les chiffres), réveilla Louis XVI dans la nuit du 14 au 15 juillet 1789, suscitant l’étonnement du roi :

« Mais c’est donc une révolte ? – Non, sire, c’est une révolution. »

Pas moins de six membres de la famille étaient députés aux Etats généraux, représentant la noblesse ou le clergé ; une partie a décidé de rejoindre le Tiers Etat.

Certains ont été victimes des massacres de Septembre. D’autres, guillotinés.

« Mes ancêtres méritaient de perdre la tête »

Quand on rappelle à Sophie de La Rochefoucauld que Jean-Luc Mélenchon, le leader du Front de gauche, compte parmi ses modèles Robespierre et Saint-Just, deux des révolutionnaires les plus enragés contre les aristocrates, elle dit à propos de ses ancêtres :

« S’ils ont perdu la tête, c’est qu’ils le méritaient. Je ne suis pas pour la Terreur, mais cette période était mouvementée, complexe. Une révolution ne se fait pas sans quelques dégâts collatéraux. »

On subodore quelques difficultés relationnelles avec sa famille, côté paternel. Elle n’en rejette pas totalement l’héritage – « le duc de Liancourt a créé les premières bourses pour les étudiants », souligne-t-elle.

Pas d’accord avec l’auteur des « Maximes »

Mais voilà : digne fille de son père, à la fois excellent connaisseur de l’histoire familiale et « grand spécialiste de la Révolution » qui a réalisé un téléfilm inspiré de Robespierre, Sophie détonne dans une maison dont le représentant le plus célèbre, mémorialiste au XVIIe siècle, a écrit dans ses « Maximes » :

« Le travail du corps délivre des peines de l’esprit, et c’est ce qui rend les pauvres heureux. »

Sophie de la Rochefoucauld lors d’un porte-à-porte (Audrey Cerdan/Rue89)

Sa descendante estime, elle, « anormal que plus de 8 millions de gens vivent sous le seuil de pauvreté, soit 900 euros par mois, en majorité des femmes ». Et qu’à l’école de sa fille, dans le XXe arrondissement, « des mômes prennent du pain à la cantine pour le rapporter à la maison ».

Sa famille paternelle, elle la fréquente peu. Il y a bien ce cousin germain « catho de droite », fils d’une tante qui n’avait pas tourné le dos à son frère, le père de Sophie :

« C’est un humaniste. D’ailleurs, il était à deux doigts de voter Mélenchon à la présidentielle. Mais il a choisi Bayrou. »

Au marché : « La Rochefoucauld ? On se demande ce que vous faites là ! »

Les autres, « je les aime bien, mais la vie est courte : j’ai ma famille, mon métier, la politique… »

Proche à la fois de Jean-Luc Mélenchon, de Marie-George Buffet (qui l’a faite entrer en politique en 2005) et de Pierre Laurent, la jolie comédienne est soupçonnée par certains cousins de se servir de son nom « pour réussir ».

Si ses idées ostracisent Sophie de La Rochefoucauld au sein de sa famille paternelle, en dehors, c’est sa particule qui est souvent « stigmatisante ». En politique, comme dans les milieux de la télé ou de la comédie.

Dans la rue, aussi. Un jour qu’elle tractait sur un marché, une femme s’est offusquée :

« La Rochefoucauld ? On se demande bien ce que vous faites là ! »

 
Poster un commentaire

Publié par le mai 28, 2012 dans actualités, femmes, humour

 

La lèpre s’étend en milieu enseignant ? un article édifiant…

On voit bien à quel point il s’agit du même combat puisque l’antisémite Alain Soral recrute sur le thème de l’islamophobie pour le Front National. Ces ignominies racistes deviennent intolérables quand des enfants sont pris en otage.

En effet, pendant ce temps, j’ai mon petit fils dont j’attends qu’il ait quitté son collège marseillais pour dénoncer la torture systématique qu’il a subi de deux enseignants sympathisants ou encarté au Front National. Ils l’ont humilié, sous-noté despuis deux ans, quand François Hollande a été élu, une des enseignantes est entrée dans la classe et le fixant du regard lui et son copain d’origine africaine elle a fait un discours: "Vous avez de la chance d’être dans une école française qui vous éduque gratuitement et surtout une école laïque"… Et au moindre pretexte elle lui met une colle, le dénonce dans le Conseil des profs en disant qu’il est incapable en français. Le brevet blanc vient de faire la preuve de ses capacités réelles en particulier en français avec une des meilleures moyennes de la classe et une dictée où il a eut 4,75 sur 5. . Mais le mal est fait,  il ne veut plus entendre parler du lycée il veut passer par un bac pro et après reprendre une formation d’ingénieur tant il est écoeuré par de tels tortionnaires racistes, et ça je ne pardonne pas… J’attends que le Conseil de classe, les dossiers scolaires soient terminés pour aller au collège et dénoncer des gens pareils.

Danielle Bleitrach

Valérie Laupies (enseignante, candidate FN) : la réalité du terrain a eu raison de mes concepts gauchisants

Posted on 21 mai 2012 by Pierre Cassen – Article du nº 252

Riposte Laïque : Une directrice d’école, en Zep dans la région de Marseille, qui s’affiche ouvertement Front national, n’a-t-elle aucun problème, ni avec sa hiérarchie, ni avec quelques parents d’élèves, ni avec ses collègues, ni avec quelques élèves ?

Valérie Laupies : Je demeure à Tarascon, une commune de 14 000 habitants. Tarascon n’est pas une grande ville, il  est  plus aisé de s’y impliquer en étant reconnue que dans une métropole comme Marseille. J’avais toutefois peur de me révéler « Front national » en 2010 lorsque Jean-Marie Le Pen m’a demandé de figurer sur la liste des candidats aux élections régionales. J’ai vraiment hésité car même JMLP m’avait écrit : « je pourrai comprendre que vous refusiez vu vos fonctions». Et bien je me suis lancée et je ne regrette pas du tout.

Ce qui me donne la force et la sérénité, c’est que je suis  fière de défendrela Franceet les Français. Je continue donc ma vie comme avant et je suis heureuse de pouvoir exprimer l’amour de mon pays à travers ma mission politique et à travers mon métier.

Dans mon travail de directrice d’école et d’enseignante, je me sens finalement plus assurée maintenant qu’avant mon engagement politique. J’ai dû pourtant me défendre ardemment de ma hiérarchie l’année dernière car mon adversaire politique local avait tenté de me discréditer auprès d’elle. Cet épisode a été très éprouvant ; j’en suis sortie victorieuse grâce à des parents d’élèves courageux, reconnaissant la qualité de mon travail, qui m’ont soutenue. En effet, je suis passionnée par mon métier. C’est par conséquent l’intérêt de mon établissement et des enfants que je défends lorsque je suis à l’école ; je n’y fais jamais de politique, cela ne me vient pas à l’esprit. Mes collègues, bien que timorées au départ par le fait qu’elles pourraient être amalgamées à mon étiquette politique, se sont détendues au fur et à mesure du temps appréciant que je ne leur parle jamais de mon engagement. Bien sûr,  quelques parents d’élèves maghrébins ont  « causé dans mon dos » ou ont refusé pendant quelques temps de me saluer, mais c’est la vie sereine de l’école qui a pris le dessus. Leurs enfants sont heureux et travaillent parce que j’ai la foi dans l’institution scolaire ;  je les élève dans l’amour du travail, du mérite, de l’effort et ils me le rendent bien, même si c’est épuisant de marcher  à contre-courant de la pédagogie moderne.

Riposte Laïque : Tu es issue d’une famille de gauche militante, tu es passée par Attac. Quel a été l’événement déclencheur pour que tu adhères au Front national ? Ce choix a-t-il eu des conséquences dans ton environnement amical ou familial ?

Valérie Laupies : J’ai été conditionnée par la gauche jusqu’à l’âge de 40 ans et puis le discours de Jean-Pierre Chevènement sur l’Education, le sens de la responsabilité et la souveraineté nationale, m’a séduite. En effet, mes conditions de vie à Tarascon m’empêchaient de continuer consciemment d’adhérer aux idées de gauche angéliques, moralisatrices. Mon mari a été mis au chômage par des patrons communistes totalement irrespectueux de la valeur humaine, j’ai dû scolariser ma fille en ZEP n’ayant pas le choix et je sais qu’elle a souffert de se retrouver dans la minorité ethnique. De plus, je travaillais dans une école très difficile où je m’épuisais et je désespérais, tellement les insultes et les bagarres envahissaient le quotidien ; n’étant pas directrice à l’époque, je subissais davantage qu’aujourd’hui cette situation. J’ai même été ostracisée dans cet établissement, par de jeunes collègues, car mon mari avait dénoncé le spectacle de fin d’année chanté en arabe.

Par conséquent, c’est bien la réalité qui a eu gain de cause sur mes concepts gauchisants et au final,  c’est Alain Soral qui m’a mise sur la voie en 2007 en me suggérant de voter Front national. En effet,  à cette époque je lui avais confié que j’étais déçue du MRC de Jean-Pierre Chevènement.

Comme je ne me satisfais pas d’être électrice mais que j’ai besoin de m’engager, les conséquences sur mes relations familiales et amicales ont été assez violentes. En effet, les gauchistes ne sont ni tolérants ni démocrates (je le sais, je l’ai été !), aussi  j’ai dû prendre beaucoup de distance avec ma famille. Des amis se sont écartés de moi, pensant sans doute qu’on les considèrerait comme des « fachos » s’ils continuaient à me fréquenter. J’avoue que ces expériences-là m’ont affectée mais elles m’ont aussi permise de reconnaître que « tout ce qui ne tue pas, renforce ». J’ai appris à agir et « être » en mon âme et conscience et non pas à me laisser enfermer par le regard des autres ; qu’est-ce que c’est libérateur !

Riposte Laïque : Tu es actuellement conseillère régionale dans la région Paca, fortement marquée par quelques scandales financiers, notamment en terme de subventions accordées à des associations des quartiers Nord, où est impliquée la socialiste Sylvie Andrieux, mise en examen. Lors de ton mandat, as-tu remarqué des choses étranges, et que penses-tu du fait que cette dernière soit malgré tout présentée par le PS aux prochaines législatives ?

Valérie Laupies : Ce qui est étrange pour nous au Front national mais qui est normal pour l’UMPS, c’est que la politique menée au sein du Conseil régional soit en fait du clientélisme. La corruption et l’immoralité publique qui en découlent ne choquent que ceux qui ont une autre conception de la politique. La nôtre est la défense des intérêts des Français et le développement de la solidarité pour ceux qui contribuent à la construction de la  région  par leur travail, le respect des lois …  etc.

L’exposé des dossiers lors des Assemblées se fait dans une  langue de bois soporifique, si bien que l’on ne peut discerner à brûle pourpoint ce qui est de la corruption de ce qui ne l’est pas.  Sylvie Andrieux se présente aux législatives puisque le système cautionne les manœuvres clientélistes. Elle se blanchit en mettant  en avant la présomption d’innocence et en montrant bien qu’elle n’a aucun sentiment de culpabilité. Vraiment ces élus sont déconnectés de la moralité publique ; l’impunité les renforce dans leurs ambitions personnelles.

Riposte Laïque : Tu te présentes donc aux prochaines législatives, dans la 16ème circonscription des Bouches-du-Rhône, en face Michel Vauzelle. Es-tu prête à un accord de désistement réciproque avec le candidat UMP, pour barrer la route au PS ?

Valérie Laupies : Une vague bleu Marine impressionnante a déferlé au 1er tour de l’élection présidentielle sur la 16e circonscription, où le député sortant Michel Vauzelle espère entamer un nouveau mandat. Marine Le Pen a obtenu quatre points d’avance sur François Hollande et Nicolas Sarkozy.

La vague a si bien inondé le territoire qu’au second tour le report des voix sur l’UMP a été insignifiant. Henri Guaino a-t-il été impressionné à ce point qu’il ne vienne pas finalement se présenter sur la circonscription où il est né ?

Je suis candidate pour le Rassemblement Bleu Marine et je serai au second tour des élections législatives très probablement devant l’UMP représenté par M. Chassain. Alors celui-ci doit d’ores et déjà prendre ses responsabilités. En effet, j’invite tous ceux qui en ont marre de la politique des socialo-communistes à me rejoindre dès le premier tour. La véritable opposition, le vote utile pour barrer la route à la caste gauchiste est bien le Front National.

Riposte Laïque : Comment arrivais-tu à concilier ton mandat de conseillère régionale, ton statut de directrice, et le fait de demeurer enseignante en Zep ? Si tu étais élue députée, envisages-tu sereinement d’arrêter d’enseigner, et cesserais-tu d’être conseillère régionale ?

Valérie Laupies : Comme je suis directrice, je suis déchargée de classe une journée par semaine pour pouvoir assurer le travail administratif de l’école. J’ai choisi la journée du vendredi pour cela car c’est le jour des Assemblées au Conseil régional. Ainsi mes élèves ne subissent pas mes absences puisqu’ils ont leur enseignant remplaçant attitré. Je rattrape l’administratif le samedi ou le mercredi. Je travaille les dossiers et les campagnes électorales les week-ends et durant les vacances scolaires. J’ai une capacité de travail assez grande et je suis plutôt perfectionniste, c’est pourquoi je fais en sorte que personne ne soit lésé par mes choix.

Pour moi, il a été important jusque-là de concilier mes trois fonctions : directrice d’école, enseignante en ZEP, Conseiller régional, car une fonction nourrit ma réflexion pour l’autre. Il est important d’avoir un pied dans la vie civile pour représenter au mieux nos compatriotes. Le fait d’exercer sur un terrain difficile (ma classe cette année est redoutée par tous les remplaçants) me place au cœur des préoccupations de mes concitoyens ; j’ai besoin de les vivre pour les dénoncer et suggérer des solutions.

Si je suis élue députée, je devrai cesser l’enseignement car il est impossible de concilier les deux missions. Je le prendrais comme un appel au devoir et forte de 20 ans d’expérience professionnelle, je pense que je pourrai quitter mon école sereinement. Pourtant, j’aurais un pincement au cœur car, comme je vous l’ai dit, j’aime mon métier, mon école, mes collègues. Toutefois, cela ne signifierait pas que je n’y revienne pas ultérieurement vu que la fonction de député n’est pas un métier et qu’il faut être ré-élue pour y rester.

D’autre part, si la loi avec le nouveau gouvernement est de ne pas cumuler deux mandats, je quitterai le Conseil régional, sinon, je continuerai d’assurer mes deux missions d’élue.

Riposte Laïque : Quel est ton regard d’enseignante du secteur public sur l’école privée ? Reprends-tu à ton compte le slogan « Fonds publics à l’école publique », considérant que l’école privée ne doit pas recevoir d’argent de l’Etat ?

Valérie Laupies : De plus en plus de familles modestes françaises ont recours au collège privé, devant fuir les établissements publics défaillants. Avec ce nouveau gouvernement, l’école publique ne va pas s’améliorer.  « Offrir le privé » à ses enfants quand l’Etat n’assure plus la qualité du public est une solution pour les parents. Encore faut-il que l’école privée ne soit pas trop coûteuse, et pour cela, l’Etat doit la subventionner.

D’autre part, nous devons respecter  le choix des familles qui souhaitent élever leurs enfants dans un cadre d’éducation catholique par exemple ou dans une école ayant une pédagogie très spécifique, à partir du moment où cette éducation ne met pas en péril  la laïcité.

Riposte Laïque : Constates-tu, dans ton école, des phénomènes d’islamisation qui posent problème dans ton quotidien professionnel ?

Valérie Laupies : Les phénomènes d’islamisation sont réels. Les mamans des élèves sont quasiment toutes voilées ; les Maghrébins représentant quasiment 50% de l’effectif de mon école, les entrées et sorties de classe offrent un paysage oriental … A proprement parlé, cette situation n’a pas d’impact négatif sur l’école. Toutefois,  il est de plus en plus difficile de faire dominer nos valeurs et nos codes d’éducation. En tant que directrice, je dois souvent expliquer les règles qui ne sont pas évidentes pour les parents.

D’autre part, les pressions sur le service scolaire municipal pour obtenir de la nourriture hallal à la cantine, existent bel et bien. Les repas sans porc pour les musulmans sont systématiquement proposés  depuis longtemps mais les revendications islamistes se poursuivent donc.

A la période de L’aïd, il est devenu normal que les élèves musulmans soient absents sans autre forme de justification que « fête religieuse », ce qui veut dire que c’est aux enseignants d’adapter leur emploi du temps en fonction de ces journées d’absence.

Propos recueillis par Pierre Cassen

 
Poster un commentaire

Publié par le mai 28, 2012 dans extrême-droite

 

François Hollande dans le collimateur des conspirationnistes

Le conspirationniste Alex Jones commentant l'élection de François Hollande
Illuminati ? Larbin du Bilderberg ? Pantin sioniste ? Marionnette des banksters judéo-maçonniques ? Antéchrist ? Agent d’Eurabia ? La complosphère ne plaisante plus. Elle veut savoir qui est vraiment François Hollande !
Il y a quatre ans, le théoricien du complot Thierry Meyssan faisait de l’élection de Nicolas Sarkozy une opération de la CIA et ce dans un texte ouvertement antisémite.
 Barack Obama a lui aussi fait les frais de cette véritable chasse aux sorcières, les uns dénonçant dans le nouveau président américain une marionnette du "Nouvel Ordre Mondial", des "Illuminati" ou des "Sionistes", d’autres l’accusant d’être un crypto-musulman doublé d’un redoutable "socialiste" ayant juré secrètement la perte des Etats-Unis. L’accession de François Hollande à la présidence de la République suscite – faut-il s’en étonner – le même type de bouffées délirantes.
« Bilderberg a déjà choisi Hollande pour la France » s’alarme le blog du "Citoyen engagé" dès le 27 janvier 2012. Le "Citoyen engagé" ? Un courageux anonyme qui se définit lui-même comme un « citoyen militant patriote français engagé contre l’ordre mondial anglo-saxon sioniste et ultralibéral organisé par la franc-maçonnerie mondiale des Illuminati » (sic). Au moins les choses sont claires. Quant au Bilderberg, il s’agit de ce fameux club élitiste créé il y a près de 60 ans et dont la conférence annuelle fait fantasmer les complotistes, persuadés qu’il est l’un de ces lieux secrets où se font et se défont les gouvernements dans le dos des peuples. Pour le Citoyen engagé, la « campagne présidentielle est une vaste mascarade » : Hollande ayant été « adoubé par le lobby juif mondial », il sortira forcément vainqueur du scrutin ! L’auteur prédit au passage qu’on lui reprochera de verser dans le complotisme et l’antisémitisme. Un vrai prophète décidément!
Il ne faut pourtant pas être grand devin pour parier, fin janvier 2012, sur la victoire du candidat socialiste, à un moment où tous les instituts de sondage donnent Nicolas Sarkozy perdant.  Diffusé sur Agoravox, qui s’affirme résolument comme l’une des plateformes complotistes les plus actives du web, l’article du Citoyen engagé est repris aussi bien sur le site Démocratie Royale (qui entend lutter contre le « mondialisme, la francophobie et le satanisme » et pour le rétablissement d’une monarchie de droit divin en France) que sur celui de Chantal Dupille, alias Eva-R-sistons (dont la signature hante toute la complosphère, d’Alterinfo.net à Egalité & Réconciliation en passant par Oulala.net et Dazibaoueb.com).
Au lendemain du second tour, Alex Jones intervient dans son show télévisé pour commenter les résultats des élections présidentielles françaises : «François Hollande est un autre larbin du Bilderberg» assure l’animateur américain. Il en veut pour preuve un texte signé par son jeune bras droit, Paul Joseph Watson. L’article, bourré d’erreurs factuelles (les socialistes auraient été majoritairement contre le Traité constitutionnel européen de 2005, ce qui est faux, la consultation interne organisée par le PS ayant donné près de 60 % des voix au « oui » ; Lionel Jospin est présenté comme un « ancien président français » ; François Mitterrand, comme un franc-maçon ; etc.) présente le nouveau président français comme « une créature de l’establishment », un « mondialiste convaincu » et « un partisan enthousiaste de la philosophie anti-démocratique et dictatoriale de l’Union européenne ». Hollande se voit reprocher d’avoir fait carrière dans le sillage de Lionel Jospin, qui a commis le péché – capital pour les conspirationnistes – de participer à une réunion du groupe de Bilderberg en 1996. On lui reproche aussi d’avoir pour conseiller Manuel Valls, épinglé pour avoir été – là aussi, crime suprême – franc-maçon et avoir également participé à une réunion du Bilderberg.
François Hollande dans le collimateur des conspirationnistes
Mais c’est surtout le personnage de François Mitterrand, auprès de qui François Hollande a commencé sa carrière politique, qui concentre tous les fantasmes. Citant l’auteur conspirationniste Daniel Estulin, Watson soutient que le Bilderberg aurait joué un rôle déterminant dans la victoire de Mitterrand aux élections présidentielles de 1981. L’ancien président socialiste est même présenté comme « un franc-maçon du 33ème degré qui a fait construire la pyramide du Louvre avec 666 panneaux de verre ». Evidemment, ni l’appartenance de François Mitterrand au « 33ème degré » de la franc-maçonnerie  (le plus élevé du Rite écossais ancien et accepté) ni d’ailleurs à la franc-maçonnerie tout court n’est avérée. Les soi-disant 666 panneaux de verre utilisés pour la pyramide du Louvre (le chiffre 666 renvoie, dans la tradition chrétienne, au chiffre du Diable ) relève, en outre, de la légende urbaine. Un mythe que l’on retrouve en particulier dans le Da Vinci Code, le roman à succès de l’Américain Dan Brown. Et qui nous en dit finalement davantage sur la fiabilité des sources d’Alex Jones et de ses émules que sur Mitterrand, Hollande et les puissances occultes qu’ils sont censés représenter.
Les plateformes de vidéo en ligne ne sont pas en reste. Sur You Tube, on trouve en deux clics de souris une vidéo postée par un partisan de Marine Le Pen. Son titre : « François Hollande illuminati Franc-Maçon au Grand Orient ». Il s’agit en fait d’une intervention du candidat socialiste dans le cadre des « Grands Echanges 2012 », une initiative du Grand Orient de France (GODF) consistant à inviter plusieurs candidats à la présidentielle, de gauche et de droite, à venir évoquer les enjeux de l’élection et leurs visions du monde.
YouTube propose également de visionner une "chronique" du dentiste marseillais Salim Laïbi, alias LLP (pour "Le Libre Penseur"). C’est sur le web que ce compagnon de route d’Alain Soral, Dieudonné et Kémi Séba (il fut le responsable de la branche "Occultisme et Esotérisme" du Mouvement des Damnés de l’Impérialisme ) a gagné ses galons de « résistant au Nouvel Ordre Mondial », qui l’autorisent aujourd’hui à rêver d’un score supérieur à celui de Jacques Cheminade aux prochaines élections législatives (il est candidat dans la 7ème circonscription de Marseille). Qualifiant Manuel Valls de « petit soldat zélé de la franc-maçonnerie » et le PS de « parti "so-sioniste" », Laïbi applique à François Hollande sa grille d’analyse paranoïaque et haineuse. Pour lui, les choses sont claires : « Hollande président, c’est le bankster au pouvoir en France ».
François Hollande dans le collimateur des conspirationnistes
Sur les réseaux sociaux, il faut mentionner la diffusion depuis le mois de février d’un montage représentant Nicolas Sarkozy et François Hollande côte à côte, affublés de symboles censés démontrer leur allégeance à l’Etat d’Israël. « C’est le lobby sioniste judéo-maçonnique qui contrôle le tout » commente sans rire "Art in Depth – Anzar Illustration", le titulaire anonyme du compte Facebook où est apparu le montage pour la première fois et qui a été partagé plusieurs centaines de fois sur différents comptes FB depuis lors. Le graphiste conspirationniste a déjà réalisé des dizaines de montages du même acabit à l’aide de Photoshop. Sa technique, tout comme ses thèmes de prédilection, où se mêlent allégrement complotisme, antisémitisme et négationnisme (ses productions sont classées sous les rubriques suivantes : "New World Order", "Zionist Occupation Government", "Palestine-Gaza", "6 Millions", "September 11"), sont directement inspirés des "œuvres" du graphiste américain David Dees. On retrouve sur son site, ArtinDepth.webs.com, des affiches à la gloire de Kémi Séba ou du Parti Solidaire Français (ex-"Droite Socialiste"), un groupuscule d’ultra-droite fondé par Thomas Werlet.
Le thème du complot maçonnique est également exploité par les réseaux intégristes catholiques. Une vidéo au ton apocalyptique mise en ligne sur le site de l’Institut Civitas fait ainsi alterner les images d’une France communiant dans le stupre, le métissage, l’avortement, l’euthanasie et le blasphème, avec celles de l’équerre et du compas maçonniques. L’association présidée par Alain Escada dénonce dans l’arrivée au pouvoir de la gauche la « destruction programmée des fondements de la civilisation chrétienne et de la patrie française ». Et d’appeler à manifester  contre « une France rouge et laïciste ».
Ce survol de l’antihollandisme conspirationniste ne serait pas tout à fait complet sans évoquer Dreuz.info (qui se définit comme « l’un des seuls sites francophone pro-américain, pro-israélien, et néo-conservateur »), où un montage photo caricature François Hollande en clerc musulman avec la mention « Votez pour l’imam Hollande ». L’image illustre un billet dans lequel Jean-Patrick Grumberg, l’éditeur du site, s’interroge avec gravité : « L’élection de François Hollande aidera-t-elle à accélérer le processus d’Eurabia signé en 1974 par les Européens ? ». Grumberg fait ici référence à une théorie du complot anti-musulmane popularisée par Bat Ye’or et Oriana Fallaci, très en vogue au sein des "nouvelles" extrêmes droites européennes.
 
 
Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 350 autres abonnés