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Archives Mensuelles: avril 2012

lettre ouvert aux miens, tous les miens, par danielle Bleitrach

lettre ouvert aux miens, tous les miens, par danielle Bleitrach

j’ai quelque chose à vous dire  à vous mes deux histoires inextricablement unies dans mes engagements: d’abord à ce vieux peuple, issu de dieu sait où et qui, dieu sait pourquoi, serait né disent les archéologues d’une révolte d’esclaves dans le pays de Canaan et depuis cultive son étrangeté. Il m’exaspère souvent mais le fait est que je ne puis m’en détacher, ce peuple juif s’est obstiné seul contre tous dans une espèce de psychose monothéiste. Une voix dans le désert que lui seul entendait et qui le menaçait des pires châtiments et face auquel il demeurait partagé entre révolte et obéissance, au point de prendre le nom d’Israël: fort contre dieu. Pourquoi conserver cette étrange obsession si ce n’est par aspiration à l’unité d’un monde réconcilié et toujours aiguillonné par la violence de ses prophètes face à l’égoïsme des possédants.

Donc je voudrais vous dire d’arrêter de feindre d’oublier que ceux qui sont allés avec vous en camp de concentration étaient les communistes, que c’est l’armée rouge qui vous a sauvé de l’extermination, puisque vous voulez faire de la shoah votre mythe fondateur alors que les morts n’ont qu’un seul héritier, l’humanité toute entière, n’oubliez pas ceux qui ont donné leur vie et généreusement pour être à vos côtés contre Hitler et ne trafiquez pas l’histoire pour inventer que vous futes également des victimes du stalinisme et de l’hitlérisme en créant un signe d’égalité entre les uns et les autres. Ce négationnisme de vos liens avec le communisme est en train de vous mener loin trés loin jusqu’à vous détourner de la gauche dans son ensemble et accepter de glisser vers l’extrême-droite en suivant la haine que l’on veut vous inculquer celle des arabes et des immigrés. Que la caricature qui veut faire de François Hollande un ennemi des juifs sous pretexte qu’il serait l’otage de melenchon qui ne l’est pas plus, sous prétexte que ce dernier serait lié aux communistes transformés en antisémites dangereux est une ânerie sans nom.

C’est toute la gauche dont l’on veut vous détourner par cette comédie indigne, cette instrumentalisation de votre mémoire, non seulement celle immédiate mais  de ce que d’une manière un peu bizarre on désigne comme votre "élection". Soit vous vous considérez comme désigné pour vous mêmes et vous perdez toute raison d’être, soit vous avez reçu un bien plus précieux qui n’est ni l’or, ni le pouvoir mais LE LIVRE, celui qui donne un destin à l’humanité. Ce destin ne peut être que sa libération de ce qui l’enchaîne, le détourne de la connaissance, la vraie prière pour Spinoza, pour Einstein et pour tous ceux qui sont animés de cette passion ancestrale. Le communisme, la gauche, il est vrai, naissent de vous mais aussi d’une rupture avec toutes les synagogues, toutes les servitudes volontaire, de la dénonciation de l’illusion religieuse. Mais ce faisant est-il étranger à cette étonnante caractéristique des juifs qui fait que l’on peut être juif et athée et qu’en affrontant l’antisémitisme, ce pilier de tous les conservatismes, ce juif athée se retrouve malgré lui déterminé par cette chaîne ancestrale millénaire. Vous savez bien que cela dépasse les discours chauvins sur l’amour des siens et les plus lucides d’entre nous l’ont dit et constaté, il ne s’agit pas d’une micro identité narcissique , un pseudo amour du même, il s’agit de l’appartenance à une expérience qui nous conduit vers la gauche, vers le refus de l’enfermement et de la haine de l’autre comme base de la communauté. Nous avons trop longtemps servi de bouc émissaire à cet amour là des communautés repliées sur elles mêmes pour ne pas la refuser. le ghetto est le lieu de l’oppression puis celui de l’anéantissement et il nous faut affirmer avec Rosa Luxembourg qu’il ne reste plus dans nos coeurs la moindre place pour le ghetto.

Nous les juifs avons toujours été les sentinelles de tous les racismes, nous étions les premiers à sentir le vent mauvais pour nous et pour les autres, nous avons été contraints à fuir et nous savons ce qu’est une immigration, la lutte pour survivre dans une terre hostile, le mépris l’humiliation, parce que si l’antisémitisme nous invente tous riches et puissants, il n’en est rien, nous avons fui misérables, humiliés et les tziganes furent nos compagnons d’infortune. je vois avec tristesse, douleur, cette solidarité se rompre, la haine être entretenue entre nous au point que dans cette funeste campagne électorale dans laquelle la droite s’est complètement déplacée sur le terrain de l’extrême-droite on vous invite par haine des arabes, des immigrants, à vous ranger à  côtés de vos ennemis de toujours qui n’ont pas changé croyez le bien. Désormais  à partir de là on ne se contente plus de dénoncer l’espérance communiste mais c’est toute la gauche y compris la social démocratie que l’on tend à vous désigner comme votre ennemi. Alors que l’extrême-droite est excusée, banalisée et que la droite qui en revendique toutes les tares y compris les références les plus nauséabondes est désigné comme votre rempart..

Et cela ne se passe pas qu’en france, c’est toute l’Europe qui est balayée avec la crise, ferons-nous des échéances françaises l’occasion d’un retournement de tendance ? Ou accepterons-nous d’entrer dans les pires aventures ? Avec le risque de divisions et qui comme tout replis identitaire ne peut conduire qu’à la mort.

Tout cela au nom d’un conflit au Moyen-orient que nous connaissons mal et dont nous subissons les contrecoups. On nous invite à nous ranger derrière non pas la survie d’un Etat, d’une nation, mais bien une adhésion sans condition à une politique qu’une partie importante des citoyens israéliens eux-mêmes combattent, on nous interdit d’oeuvrer pour la paix et pour le dialogue. Là encore la mort risque d’être au rendez-vous parce que la seule vraie force d’israêl a été la solidarité qui s’était batie autour de lui et celle-ci à force d’être instrumentalisée de manière partisane a contrario de tous ceux qui l’entourent risque fort d’être anéantie.

Qu’en est-il des communistes ? De la gauche ? Nous les communistes, si vous voulez mon avis, nous juifs vous avons beaucoup donné en héritage et j’y reviendrai mais je crains que nous vous ayons donné certains aspects négatifs de l’illusion religieuse, le dogme hors lequel point de salut et je crois que tout a commencé à foirer avec la division entre Staline et Trotsky, je suis convaincue que l’un ne vallait pas mieux que l’autre mais déjà la politique, le dogme était utilisé comme ralliement des factions. cela ne s’est pas amélioré avec la querelle sino-soviétique et alors que l’humanité entière aspirait à sa libération, vous avez joué aux querelles doctrinales jusqu’à l’échec. Il serait temps un jour de penser la politique autrement, de ne rien perdre de la politique comme espérance à l’émancipation humaine mais enfin en suivant Marx et Spinoza nous invitant sur le plan politique à fuire toute les synagogues, même celle des gauchistes antisémites. Communistes, chaque fois que vous êtes affaiblis vous avez la double tentation, celle de l’abandon de la lutte, le choix des compromis mais aussi le gauchisme, l’aventurisme, le sectarisme et le dogme. C’est-à-dire la fin en même temps que celle d’une gauche qui se couperait du peuple par compromission perpétuelle et même la victoire électorale immédiate peut déboucher sur la pire des réactions en cas de déception…

Nous sommes chacuns à notre manière confrontés aux mêmes problèmes, celui de notre incapacité à nous dépasser pour affronter les périls et à alors à nous enfermer dans une caricature de nous même…

La création de l’Etat d’Israël fut peut-être une erreur, quelque chose en moi ne cesse de le penser, mais n’oubliez pas que le premier pays à reconnaître ISraël fut l’Union Soviétique. J’entends dire que ce fut par antisémitisme, je ne le crois pas. J’ai des souvenirs enfantins de cette époque et je sais combien la solidarité était forte entre les communistes et les juifs, elles était née dans les camps. je me souviens que l’Exodus ce bateau qui marqua la volonté des rescapés des camps à avoir une patrie qu’ils croyaient offerte enfin, fut aidé par les pêcheurs communistes de Sète… Alors je vous le dis parce que je suis restée une communiste internationaliste avec une mémoire historique je ne peux plus supporter quand je vois des communistes en proie au gauchisme flirter avec l’extrême-droite et des juifs déshonorer l’histoire de 2000 ans de martyre au point de se renier et de devenir raciste, préférant les leurs à leur voisin et leur voisin à l’humanité ce qui est exactement la position d’un Le pen.

Les communistes doivent aider à la paix, dénoncer les guerres "préventives"quel que soit celui qui les préconise, dénoncer les interventions impérialistes qui ne sont que désastres pour les peuples et accroissement des haines, pour cela il doit retrouver l’analyse de l’impérialisme et le rôle économique des concurrences intermonopolistes et refuser de les ethniciser de quelque manière que ce soit, ni manifester la moindre tolérance à des dictatures qui exploitent leurs peuples. Ils doivent rassembler et chercher ce qui unit contre l’exploitation et la guerre.

Enfin je veux m’adresser aux miens les Français parce que je suis Française d’abord même si je déteste le côté franchouillard et le pétainisme , j’aime ce pays entêté, généreux, insupportable, ce pays plein de contradictions, ce pays colonialiste et pourtant rebelle, ce pays si beau et si divers qui change à chaque tournant de la route.  .

Mon cher pays traverse une crise abominable et cette élection spectacle nous masque encore l’assaut que va subir tout ce que nous avons construit en matière de protection sociale et de solidarité intergénérationnelle. Ceux qui ont accepté, selon le mot de Marc Bloch, l’étrange défaite par peur du Front populaire, ceux qui ont été plus loin que le leur demandait l’occupant nazi auront toujours la même tactique: diviser pour régner, nous donner en pâture plus faible que nous puisque les puissants et les exploiteurs par là sont mis hors de notre portée.   Et nous les juifs français dans quels camp allons-nous nous ranger ? Allons- nous écouter ceux qui nous invitent au nom d’un conflit au Moyen-Orient à collaborer à cette mauvaise action contre notre pays, contre nous mêmes?

Soyons Français c’est ce que nous connaissons le mieux, Israël est pour certains d’entre nous un patrie mythique dont nous mystifions les enjeux réels parce que nous les ignorons, comme nous communistes avons mythifié l’Union Soviétique. Et à ce titre au lieu d’appuyer ceux qui là-bas mènent un combat pour la justice sociale et la paix nous nous transformons en inconditionnels de ceux qu’ici nous repousserions, la logique devient alors qu’ici nous adoptions jusqu’à l’absurde ce qui nous est pourtant étranger et que nous divisions les juifs eux-mêmes en excluant ceux qui protestent devant la dérive. En tant que Français allons nous accepter  cette médiocrité, cette droitisation de ce que nous sommes, allons nous vous enfermer dans la petitesse et l’étroitesse de ceux que notre grande révolution a toujours combattu, cette grande révolution qui grâce à l’Abbé grégoire, à des hommes comme Robespierre a fait de nous des citoyens ce que nous ne fûmes qu’avec la plus grande difficulté et parfois jamais ailleurs.

A Tous, les juifs, les communistes et tous les Français, je demande: A Le pen qui vous dit avec ce faux gros bon sens qui recouvre le crime: j’aime plus ma fille que ma nièce, plus ma nièce que ma voisine, plus ma voisine qu’une étrangère, etc… Les lumières initiées par Montesquieu ont répondu : " "Si je savais quelque chose qui me fût utile et qui fût préjudiciable à ma famille, je la rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose d’utile à ma famille et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l’oublier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie et qui fût préjudiciable à l’Europe, ou bien qui fut utile à l’Europe et préjudiciable au genre humain, je la regarderais comme un crime.

C’est non seulement la seule position juste sur le plan humain mais la seule réaliste parce que l’autre conduit à toujours plus d’hostilité les uns envers les autres, elle affaiblit nos résistance à ce qui nous opprime et nous interdit toute démocratie puisque nous n’acceptons plus que le même et que la démocratie, le pouvoir par et pour le peuple, passe par l’acceptation de la diversité des situations et des points de vue. je le dis sans emphase ce qui se joue est la survie de l’humanité ceux qui ne seront pas capables de se situer à ce niveau sont condamnés à disparaître… A tous le choix s’impose: l’Humanité, La LOI ou la tribu…

Que se mêlent les eaux qui nous ont tous conduits là pour refuser la duperie, le simulacre dans lequel on veut nous enfermer.

Danielle bleitrach

 
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Publié par le avril 30, 2012 dans mon journal

 

journée de la déportation: le film d’Alain Resnais…

je viens de vivre un choc, sur face book j’ai rencontré un juif, il était le seul de son espèce heureusement qui défendait le Front national et prétendait comme un con qu’il ne pouvait pas y avoir 18% de fasciste, le fond était pour lui qu’un parti qui s’attaquait aux arabes ne pouvait pas être foncièrement mauvais. Ce malade qui sévit partout dans tous les débats des juifs progressistes en particulier m’a attaqué sur le même texte qui m’a vallu une video de Soral. Je n’arrive pas à comprendre comment des gens peuvent penser comme ça… un jour comme celui-là, à vomir… Danielle Bleitrach

uit et brouillardAlain Resnais – 1955 (Partie 1) – Vidéo Dailymotion

http://www.dailymotion.com/…/xduirv_nuit-et-brouillard-al28 juin 2010 – 20 min

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Nuit et Brouillard est une commande du Comité d’histoire de la Deuxième Guerre  mondiale, un organisme

 
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Publié par le avril 29, 2012 dans histoire

 

VOYAGE MADRILÈNE EN PÉRIODE D’ÉLECTION par Vincent Edin

VOYAGE MADRILÈNE EN PÉRIODE D’ÉLECTION  par Vincent Edin

Sensation étrange de partir, j’allais dire de déserter, la veille d’un scrutin aussi important. Ca ne m’est jamais arrivé, d’ailleurs. Une obligation professionnelle de l’amoureuse servait de prétexte et zou nous voilà à Madrid la veille du premier tour de la présidentielle dans un pays qui s’en tamponne comme les poules des oscillations de la mode. Bien sûr, ma procuration et celle de l’amoureuse ont été laissées à des personnes de confiance, mais tout de même. Etrange.

La première surprise à Madrid, c’est la différence qui vous saute aux yeux entre le discours anxiogène et apocalyptique des marchés, repris la bouche en coeur par tous les médias avec une telle capacité amplificatrice que l’on en vient presque à résumer l’Espagne à un seul mot : crise. Je sais bien que la réalité est plus complexe que ce que je vois, les phénomènes de gentrification font que les plus fortunés se retrouvent dans les grandes villes d’où les plus modestes s’éloignent inexorablement. Mais quand même, quelle liesse et quelle joie dans toutes les rues, tout le temps, des terrasses de café pleines, des bars à tapas bondés… Par ailleurs, il y a infiniment moins de SDF dans les rues qu’à Paris, ni dans les rues, ni dans le métro, ça en devient suspect pour un pays à 20% de chômage, 45% pour les jeunes.

Ceci mène à penser à une autre victoire du libéralisme : la consommation. Crise il y a en Espagne sans doute, mais pas au point d’avoir détourné les Espagnols de leurs aspirations à consommer. J’avais entendu un jour un chroniqueur mondain (je crois que c’est Ariel Wizman) avoir une fulgurance et s’exclamer "l’injustice aujourd’hui c’est que tout le monde peut avoir accès superflu quand le nécéssaire et le vital deviennent hors de portée", celle-là était fort bien sentie. Dans les bars, on voit des gens lookés, avec leurs paquets du corte ingles et leur maillot du real de Madrid à 70 euros, envoyant des messages à leurs amis par Iphone pour voir dans quelle boîte de nuit aller. Mais, le soir, quand ils vont se coucher, c’est souvent chez leurs propres parents à un âge où cela devient suspect. Et quand leurs dents les font souffrir d’avoir abusé des churros et des saloperies de vodka red bull, ils rechignent à aller voir un dentiste de peur de ne pouvoir payer la bien nommée douloureuse… Tant que ce ressort consumériste sera là, puissant, écrasant, surplombant, alors l’alternance démocratique aura lieu entre vrais conservateurs et socialistes libéraux. Une Française vivant à Madrid depuis un an nous confirme l’impression : la pauvreté est moins visible qu’en France et il y a plus de solidarité familiale. Pour autant, on sent malgré tout que cela pourrait imploser dans quelques années, les enfants de 30 ans pouvant difficilement faire des enfants à leur tour tout en vivant chez leurs parents. Idem pour tous ceux qui ont été mis au chômage depuis 2008, (nombre qui a presque triplé) : ils ne pourront pas éternellement reproduire des formations, des erasmus et autres. C’est plutôt en 2015 que l’Espagne pourrait commencer à nous inquiéter, ce d’autant qu’avec des indemnités chômages très faibles, l’implosion pourrait vraiment être violente. Passons pour l’heure.

A Madrid, il n’y a pas qu’une cohorte de bars, il y a des musées aussi. Pas n’importe lesquels. En premier lieu, nous n’y tenions plus, nous nous ruâmes au Prado. Surprise, les chefs d’oeuvre que l’on y trouve sont des chefs d’oeuvre. Me revient en mémoire ma première rencontre avec la Joconde et un sentiment de profonde déception. Alors, avant d’aller voir les Ménines de Velasquez, j’en menais pas large. Mais quelle merveille ! Quelle merveille d’humanité ou d’inhumanité (chez l’infante ou la naine), d’intelligence, de jeux de lumière, faire rentrer autant de talent en 3×3 mètres. On ressort et c’est un festival, triptyques de Bosch, Caravage, Goya et une annonciation de Fra Angelico à vous faire douter de l’existence de l’athéïsme. Exit le Prado, ne pas se presser, Thyssen attendra le lendemain. Thyssen, quelle collection ! Des Juan Gris, Leger, Kandinsky. Un léger sentiment de trop plein en abordant 10 Sisley après une interminable salle Renaissance, Tiepolo, Tintoret et Ribera… Comme après un bon dîner avec trop de mélanges, on en sort ballonné. Pour finir, le musée de la Reine Sofia. On y trouve notamment une oeuvre qui est bien plus qu’une œuvre : Guernica. En ce lendemain de 6,4 millions de votes pour le Pen, l’oeuvre avait une résonance particulière, la noirceur du tableau, le regard désespéré des chevaux et des femmes. Heureusement pour moi, deux salles pleines de Miro et ces couleurs chaudes me redonnaient du baume au coeur.

Les musées fermant à 19h, il faut bien aller dans les bars. Coup de bol, nous arrivâmes un soir de classico. Ce n’est plus du football, un Barça/Real capital pour l’attribution du titre de champion. C’est de la religion urbaine. Pardon pour les superlatifs, mais avec l’affluence devant tous les bars, c’est bien quelques centaines, voir quelques milliers de spectateurs citadins que nous croisons avant de trouver prophétiquement deux places de libres dans une taverne pour regarder la fin du spectacle. Nous verrons deux des trois derniers buts du match, un pour chaque équipe. Fait étrange, chaque but fut accompagné de la même énorme escouade de décibels. La foule applaudissait le football. Impensable en France où la partialité s’érige en juge de paix.

Dans les bars on boit, pour presque rien des verres de vino tinto et on mange. Une amie nous glissait sous le sceau de la confidence (son nom ne sera pas révélé) qu’elle avait pris 8 kilos en 8 mois. Comme je la comprends. Chorizos, croquette au fromage, au jambon, risotto, croquette de veau, légumes frits. Chez ces cochons tout est bon ! Rien n’est vert en revanche, mon royaume pour une salade en rentrant en France (ou peut être un tartare salade/frites…) ! Et puis, en face du musée de la Reine Sofia, les Madrilènes ont eu la bonne idée de mettre un Burger King, celui-là même que nous voulons tant à Paris : ha qui n’a pas mangé seul ses double bacon cheese burger à un carrefour pétardant de moteurs ne connaît goutte à la poésie urbaine…

S’il n’y avait eu ces résultats électoraux qui salissaient le goût des tapas dominicaux et laissaient sur la langue un sentiment âpre, ce week-end madrilène confinait à la perfection.

VINCENT EDIN (2012) est co-auteur de Chronique de la discrimination ordinaire

ne chronique de Vincent EDIN http://www.culture-chronique.com/chronique.htm?chroniqueid=550&typeid=4

 

Sarkozy-Kadhafi: la preuve du financement Par Fabrice Arfi et Karl Laske

Sarkozy-Kadhafi: la preuve du financement Par Fabrice Arfi et Karl Laske
Arturo UI par Brecht
Sarkozy-Kadhafi: la preuve du financement
28 avril 2012 |    Par Fabrice Arfi et Karl Laske

Le régime de Mouammar Kadhafi a bien décidé de financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Mediapart a retrouvé un document officiel libyen qui le prouve. Cette note issue des archives des services secrets a été rédigée il y a plus de cinq ans. L’en-tête et le blason vert de la Jamahiriya préimprimés s’effacent d’ailleurs légèrement. Ce document, avec d’autres, a échappé aux destructions de l’offensive militaire occidentale. D’anciens hauts responsables du pays, aujourd’hui dans la clandestinité, ont accepté de le communiquer à Mediapart ces tout derniers jours.

La note signée Moussa Koussa. Cliquez sur l'image pour l'agrandir.La note signée Moussa Koussa. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

La traduction intégrale du document est à lire sous l’onglet "Prolonger" de cet article

Dès 2006, le régime libyen avait choisi « d’appuyer la campagne électorale» de Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2007, et ce pour un « montant de cinquante millions d’euros » : c’est ce qu’indique en toutes lettres cette note datée du 10 décembre 2006, signée par Moussa Koussa, l’ancien chef des services de renseignements extérieurs de la Libye.

Un accord « sur le montant et les modes de versement » aurait été validé quelques mois plus tôt par Brice Hortefeux, alors ministre délégué aux collectivités locales, en présence de l’homme d’affaires Ziad Takieddine, qui a introduit dès 2005 en Libye les proches du ministre de l’intérieur, notamment Claude Guéant, et Nicolas Sarkozy lui-même. Le directeur de cabinet de Mouammar Kadhafi, Bachir Saleh, alors à la tête du Libyan African Portfolio (LAP, soit l’un des fonds d’investissement financier du régime libyen), aurait de son côté été chargé de superviser les paiements.

MM. Kadhafi et SarkozyMM. Kadhafi et Sarkozy© Reuters

« Mon client n’était pas présent à la réunion indiquée dans le document, nous a indiqué Me Samia Maktouf, l’avocate de M. Takieddine. En revanche, il pense que ce document est crédible, vu la date et les personnes qui apparaissent dans ce document outre lui-même. »

« Ce document prouve qu’on est en présence d’une affaire d’Etat, que ces 50 millions d’euros aient été versés ou non, a lui-même commenté M. Takieddine, rencontré par Mediapart vendredi 27 avril. L’enquête sera difficile parce que beaucoup d’intervenants sont morts pendant la guerre en Libye, mais c’est déjà important de rendre public ce document ». Cette réponse de Ziad Takieddine – malgré son hostilité exprimée de multiples fois à notre égard – est celle d’un acteur clé de la lune de miel franco-libyenne, qui a secrètement conseillé Claude Guéant jusqu’à la veille de la guerre, comme en attestent de nombreuses notes publiées par Mediapart.

L’une d’entre elles, rédigée le 6 septembre 2005 par Ziad Takieddine et adressée à Claude Guéant, affirmait ainsi que certains pourparlers franco-libyens devaient « revêtir un caractère secret ». « L’autre avantage : plus d’aise pour évoquer l’autre sujet important, de la manière la plus directe…», précisait le document, mystérieusement.

L’élément nouveau que nous publions aujourd’hui vient désormais confirmer les accusations portées par les principaux dirigeants libyens eux-mêmes peu avant le déclenchement de la guerre sous l’impulsion de la France, en mars 2011. Mouammar Kadhafi, son fils Saïf al-Islam et un ancien chef des services secrets, Abdallah Senoussi, avaient en effet tous trois affirmé publiquement détenir des preuves d’un financement occulte du président français. La découverte de la note de M. Koussa exige désormais que s’engagent des investigations officielles – qu’elles soient judiciaires, policières ou parlementaires – sur cet épisode sombre et occulte des relations franco-libyennes.

La face cachée de l’arrivée de Nicolas Sarkozy sur la scène libyenne, en 2005, puis en 2007, apparaissait déjà en filigrane dans le dossier des ventes d’armes à l’Arabie Saoudite et au Pakistan instruit par les juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire, en particulier à travers l’activité de lobbying déployée par M. Takieddine en faveur de l’ancien ministre de l’intérieur auprès de Tripoli. Or l’enquête entre leurs mains vient d’être élargie par un réquisitoire supplétif, le 5 avril dernier, à tous les faits de blanchiment présumés apparus jusqu’à ce jour.

Les investigations visent l’intermédiaire, mais aussi plusieurs proches du chef de l’Etat, Thierry Gaubert, Brice Hortefeux, Nicolas Bazire ou encore plus indirectement Jean-François Copé. Echappée des secrets de la dictature déchue, la note décisive que nous reproduisons ci-dessus –  et dont la traduction intégrale est sous l’onglet Prolonger — vient en outre confirmer les propos de l’ancien médecin de M. Takieddine, qui avait suivi alors les déplacements de l’homme d’affaires, notamment en Libye, et avait rapporté des projets de financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy par la Libye.

Selon des connaisseurs du régime libyen à qui nous l’avons soumis, ce document, dont le signataire et le destinataire appartenaient au premier cercle de Kadhafi, est conforme, jusque dans son style, aux habitudes bureaucratiques du régime. Outre celle du calendrier grégorien, la deuxième date qui y figure conforte son authenticité: elle n’est pas celle du calendrier musulman habituel, mais de celui imposé par le dictateur, qui part de l’année du décès du prophète Mahomet, l’an 632.

 
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Publié par le avril 28, 2012 dans politique

 

Les questions migratoires et la droitisation des élites françaises par Souley Hassane

Les questions migratoires et la droitisation des élites françaises par Souley Hassane

Les élites françaises désignent dans ce texte tous les acteurs qui font l’opinion dans les médias, la politique, la recherche ou toute autre production intellectuelle. Ces hommes et femmes structurent l’opinion française sur les migrations ; ils structurent aussi le comportement des hommes ordinaires qui restituent leur pensée, dans le cercle familial, amical et les sphères de pouvoir. Ces intellectuels médiatiques, politiques, anciens et nouveaux réactionnaires, de la droite néoconservatrice et de l’extrême-droite fasciste, de la gauche caviar à la gauche halal, tous sont inscrits dans un processus identique de redéfinition de l’autre, l’immigré, celui-là même qui n’est pas français de souche. Celui-là même qui est défini par son étrangeté, une étrangeté transmissible à ses fils et petits-fils. En dissertant depuis dix ans sur notre étrangeté, ces intellectuels accompagnent le passage de nation française à l’ethnie française. Une espèce monolithique, monoculturelle et monocolore. En effet, le marqueur emblématique de la droitisation des élites françaises est la transformation du corps social en un « corps ethnique ». En une décennie (septembre 2001-septembre 2011), « l’ethnie française » est en lutte contre des ethnies barbares, noires et arabes notamment.

 par Souley Hassane – Dimanche 15 avril 2012

Philosophe et historien, chercheur à l’Université de Poitiers. Ces centres d’intérêts sont aujourd’hui les médias des minorités, les migrations internationales, les diasporas africaines, la géopolitique de l’Afrique, les pratiques contemporaines de l’islam en Afrique. Trois choses lui tiennent à cœur: la liberté d’expression, le respect des droits humains et des relations justes entre le Nord et le Sud de la planète.

Les élites françaises désignent dans ce texte tous les acteurs qui font l’opinion dans les médias, la politique, la recherche ou toute autre production intellectuelle. Ces hommes et femmes structurent l’opinion française sur les migrations ; ils structurent aussi le comportement des hommes ordinaires qui restituent leur pensée, dans le cercle familial, amical et les sphères de pouvoir. Ces intellectuels médiatiques, politiques, anciens et nouveaux réactionnaires, de la droite néoconservatrice et de l’extrême-droite fasciste, de la gauche caviar à la gauche halal, tous sont inscrits dans un processus identique de redéfinition de l’autre, l’immigré, celui-là même qui n’est pas français de souche. Celui-là même qui est défini par son étrangeté, une étrangeté transmissible à ses fils et petits-fils. En dissertant depuis dix ans sur notre étrangeté, ces intellectuels accompagnent le passage de nation française à l’ethnie française. Une espèce monolithique, monoculturelle et monocolore. En effet, le marqueur emblématique de la droitisation des élites françaises est la transformation du corps social en un « corps ethnique ». En une décennie (septembre 2001-septembre 2011), « l’ethnie française » est en lutte contre des ethnies barbares, noires et arabes notamment.

E

n cette veille d’élection présidentielle, ce texte pourrait vous accompagner dans l’isoloir. Il est volontairement didactique et récapitule à travers la saga de Sarko et Cie, l’état pitoyable des élites et décrit le processus de leur extrême-droitisation, ses ancrages, ses difficultés et ses désastres sur les personnes « issues » de l’immigration. Par conséquent, l’objet de cette contribution porte donc, sur les rapports des élites françaises aux populations dites immigrées devenues « Black de France », « Noirs de France », « afroeuropéens », Nord-africains, « Beurs », Maghrébins, ou plus essentialisant, « immigrés » ou Français « issues » de l’immigration. J’interroge de manière critique le regard des élites politiques et médiatiques sur des Français d’autres origines, cultures et croyances.

Je poursuis, également, mon interprétation phénoménologique de la discrimination et tente de comprendre les ressorts et les implications idéologiques et économiques de la résurgence de la xénophobie. L’Europe et la France sont confrontées à une crise identitaire, éthique et morale conjuguée d’une crise économique. Et l’étranger (même de nationalité française) devient le réceptacle d’une haine distillée dans des discours qui ne scandalisent plus personne. Ces discours se diffusent dans la société française, l’ethnicisent, la tribalisent et finalement la replient sur elle-même. Néanmoins, la France tribalisée et binaire crie mordicus son métissage, son vivre ensemble, ses valeurs « universelles » dont les modalités de l’évocation sonnent comme un aveu d’impuissance d’accepter l’autre, l’immigré, le Noir et l’Arabe et le Musulman. La diversité faite de Noirs et d’Arabes pose problème à la France et le nouveau visage du racisme se lit aujourd’hui dans la presse, les discours politiques et les gloses intellectuelles. Comme, il y a plus de 50 ans avec les juifs[1], la stigmatisation redevient une ressource politique[2] manipulée principalement à des fins de politique locale, de conquête et de conservation du pouvoir.

Les événements du 11 septembre 2001 ont libéré une énergie islamophobe et xénophobe planétaire avec des déclinaisons locales, nationales et régionales. Les élites françaises sont ainsi confrontées à un double dilemme, celui de la diversité d’une France mélangée, mixte, entremêlée, métisse et celui de la démolition des fondements humanistes d’une société des droits de l’homme et du respect de la dignité humaine. Dès lors, la quête de la « pureté ethnique » actuelle des élites conduit la France à l’impasse, et de ce fait, justifie en partie ses angoisses, ses peurs voire même sa surconsommation d’antidépresseurs.

1. Le contexte post-11 septembre : de l’islamophobie planétaire à la xénophobie nationale

Ces évènements dramatiques ont libéré trois formes d’énergies négatives. La première fait de la violence, la seule « règle de droit » des puissants face aux pays faibles. Désormais, chaque puissance occidentale donne libre cours à ses visées sur des pays protégés par la loi internationale. La deuxième énergie négative se déchaîne contre toutes les forces de progrès qui tentent de s’opposer au nouvel ordre mondial, à une société civile mondiale qui s’appuie sur le droit international et l’éthique humaniste pour s’opposer à la « guerre des civilisations » d’Huntington, à la théorie de l’« axe du bien et du mal » et à la « croisade » de Georges Bush et de ses amis néoconservateurs. La troisième est une énergie de l’indifférence face à des événements jadis scandaleux et la naissance d’une compassion à géométrie variable sous la menace de guerre, d’embargo, d’invasion et de spoliations.

L’Irak est aujourd’hui un pays détruit, humilié et dont les richesses sont spoliées. Au fond, c’était cela l’objectif de la guerre : ses mensonges et ses millions de vies non occidentales tuées. Cette énergie négative fait encore des ravages et l’avènement de Barack Obama n’a pas engendré de miracles. Il n’a pas non plus soldé les contentieux des States avec le monde, l’Islam et les Musulmans. Au demeurant, jamais le monde n’a connu une décennie aussi chaotique que celle qui s’achève. Cette décennie a consacré une vision binaire du monde : les bons et les méchants, le mal et le bien, les civilisés et les barbares, les envahis et les envahisseurs, les maudits et les saints etc. D’un point de vue philosophique et éthique, c’est le règne de la doxa, de la subjectivité, la médiocrité, des préjugés, des mensonges et de l’ignorance comme les outils d’un populisme du désastre. Les relations internationales entament des cycles de régressions successives. La France aussi a eu son « Irak » : la Libye. Mercenaires, barbouzes et rebelles libyens soutenus par la France et l’OTAN ont re-tribalisé la société. Le désastre est hors de France. Donc il n’existe pas. Les vies autres ne comptent pas, sauf lorsqu’elles sont évoquées par la télé, les journaux dominants et les intellectuels du sérail. La réalité nouvelle est celle voulue et délimitée par les dominants et leurs machines à écraser les aspirations des autres peuples, à les assujettir au nom de la démocratie et de la protection de civils innocents. Et ça marche.

Les « nouveaux réactionnaires »[3] et autres « islamophobes »[4] sont arrivés comme un mauvais cépage, mais aussi comme les artisans de la restriction des libertés individuelles et collectives. Depuis une décennie, la France est travaillée au corps par les idées racistes de très grande intensité et xénophobes d’anciennes et de nouvelles générations.

Quand je suis arrivé en France en 2000, on ne parlait que du Front National et ses virées meurtrières, ses propos antisémites sur les Juifs et les Arabes. Beaucoup plus sur les Juifs d’ailleurs, du meurtre de Ibrahim Ali le Comorien de Marseille, par les colleurs d’affiche du FN. En dix ans, le discours anti-juif a été mis en veille forcée à cause de l’activisme de la minorité nationale juive et d’Israël. L’énergie des antisémites s’est redéployée contre d’autres minorités dont les pays d’origines sont faibles.

Cela coïncidait aussi avec le basculement à droite de la communauté juive américaine, celle-là même qui a longtemps servi de levier, par ses activistes et ses intellectuels, à tirer sur les prédateurs des droits humains. Ce basculement a privé les autres minorités notamment noires d’un soutien théorique et de relais politiques construits par une histoire comparable des souffrances, des pogroms et des apartheids de la société occidentale. Les conflits israélo-palestiniens et le 11 septembre ont détruit ces acquis et plongé des minorités solidaires dans une sorte de concurrence victimaire.

Je me souviens encore des larmes d’Olivier Besancenot chez Ardisson, en 2003, lorsque Roger Cukierman président du CRIF a traité l’extrême gauche d’antisémite. Besancenot n’est pas un antisémite et, l’antisionisme n’est pas l’antisémitisme. Ses larmes traduisent cependant l’offensive d’intellectuels conservateurs contre la frange rebelle et anti-système de la classe politique, pour freiner ses ardeurs pro-palestiniennes et son internationalisme. Les guerres de Bush ( père et fils), les violations des droits élémentaires dans le conflits israélo-palestinien et l’émergence d’Al-qaida ont sapé les relations « évidentes » entre les opprimés Juifs, Noirs et Arabes ouvrant ainsi une saison de divorces, de relations factices et de revirements.

Le divorce idéologique des intellectuels juifs progressistes avec la gauche et les minorités noires et arabes a brisé les barrières de protection des autres minorités. Les voix sentinelles juives qui alertent l’Occident sur ses dérives sont remplacées par les alarmes de détresse et les crimes de guerres des humanitaires à Bagdad, à Gaza et au Darfour. Désormais, le Noir, l’Arabe, le Rrom, le syndicaliste, l’ouvrier, le défenseur des droits de l’homme devenaient, comme aux temps des totalitarismes, des ennemis du nouvel ordre idéologique, religieux et politique. Cela a réveillé avec force les fondamentalismes religieux, l’intolérance, l’esprit de croisade contre les Musulmans, la haine des Arabes et la xénophobie. Quant à l’antisémitisme, il est mis en veilleuse. Cependant, le potentiel antisémite de la société occidentale reste intact et peut toujours ressurgir contre la communauté juive. Le débat sur le Casher et le Halal est un exemple emblématique. Globalement, aujourd’hui, il est plus facile d’être ouvertement islamophobe qu’antisémite même si la « bête » antisémite somnole toujours dans la société occidentale.

C’est  peut-être une autre leçon de la décennie qui s’achève. Et le 11 septembre a donné une sorte « permis de faire » des déclarations publiques d’islamophobie, de xénophobie sous la perception essentialisante des « Musulmans » comme responsables  de cette tragédie.

Les discours sur la délinquance, la régulation de l’immigration, les banlieues, la sécurité, l’identité nationale ne sont que les sous-produits idéologiques du 11 septembre  qui  amplifieront  la stigmatisation sociétale des Noirs, des Arabes et des Musulmans. Comme dans le cas des juifs à la veille de la seconde guerre mondiale le racisme et la xénophobie  se serviront de la culture des pays d’origine, de la couleur de la peau, de la barbe, des yeux, du voile, du visage, du sexe, de la famille, des rites religieux, des lieux de cultes pour construire de nouvelles modalités d’exclusion et de stigmatisation. Et l’immigré (Arabe, Noir, Musulman etc.) devient l’ « ennemi intérieur » comme les juifs à la veille de la déportation.

De cette ambiance malsaine et maladive, la société dominante n’en a cure : elle n’est pas touchée directement par la xénophobie. Et toute la stratégie des élites de France consiste à ne pas toucher  à la France « tribale » blanche. De fait,  elle  est hors  des effets négatifs de cette stigmatisation et traiterait, par moment, Arabes et Noirs de paranoïaques face aux discriminations. Il faudra un jour mesurer l’impact psychologique de cette situation sur les enfants, les adolescents, les hommes et les femmes immigrées et descendants d’immigrés.

Le directeur du magazine Le Point, Claude Imbert tenait des propos racistes d’anthologie, le vendredi 24 octobre 2003, sur la chaîne de télévision LCI: « Il faut être honnête. Moi, je suis un peu islamophobe. Cela ne me gêne pas de le dire. (…) J’ai le droit, je ne suis pas le seul dans ce pays à penser que l’islam – je dis bien l’islam, je ne parle même pas des islamistes – en tant que religion apporte une débilité d’archaïsmes divers, apporte une manière de considérer la femme, de déclasser régulièrement la femme » et « en plus un souci de supplanter la loi des Etats par la loi du Coran, qui en effet me rend islamophobe»[5].  L’idée  qui fait de l’islamophobie un « droit » et de l’islam une religion « débile et archaïque »  est désormais établie dans la société française. En dix ans, de gauche à droite, j’ai entendu politiques, philosophes et journalistes, prononcer ces mots de diverses manières. L’Imbert  pense aux anticléricaux d’une part et  aux anti-arabes. Et quelque part, on finit par avouer qu’Imbert a simplement verbalisé la pensée de milliers de personnes « innocentes ». Cette revendication d’islamophobie assumée comprend tous les termes de la guerre de civilisations[6] d’Huntington et la théorie de l’axe du mal. Les cultures débiles contre les cultures normales,  et les modernes contre les archaïques. Cette thèse ouvre le champ d’une régression théorique, idéologique et philosophique en France, mais surtout déclenche un racisme sociétal, une stigmatisation récurrente de l’Islam et des Musulmans. Et chacun se met à traquer ici et là la bête islamiste (ou islamique) et ce jusqu’au ridicule. Et des débats insipides  aux problématiques racistes  sur l’identité nationale sont organisés.

La décennie a montré jusqu’où des élites peuvent tomber  bas. Mais elle aura aussi été celle du malaise des hommes et des femmes progressistes qui continuent de croire qu’un autre monde est possible. La campagne électorale actuelle a atteint le summum  de ses usages racistes et xénophobes. Des journalistes et intellectuels en ont même  fait un produit marchand, un style de vie et une « valeur médiatique » sûre garantie par l’impunité totale.

2.  La xénophobie et l’impunité comme ressources politique des élites

La situation de la France paraît un peu étrange. On connaît les thèses du parti raciste et antisémite de Jean-Marie Le Pen[7]. Sa haine des Arabes, des musulmans, des immigrés et des juifs est notoire. C’est la matrice de son idéologie politique et de sa longévité dans l’arène politique française. Il était quasiment le seul sur le créneau de la xénophobie et du racisme. Mais, en 2002, il crée la surprise en arrivant au second tour de l’élection présidentielle, imposant à tous de voter pour Jacques Chirac, l’homme de droite. C’est à ce moment que prend forme idéologiquement le projet politique sarkozyste[8] : reprendre « intelligemment » les idées de Le Pen pour conquérir le pouvoir. Sarkozy s’inspire des méthodes des néoconservateurs américains auxquels il emprunte les réformes sécuritaires et la vision belliciste. Sa mécanique politique, économique et idéologique combine des idées de l’extrême-droite française et celles des néoconservateurs américains. Un mélange « intelligent » des idées de Le Pen et des conservateurs néo-pentecôtistes américains[9]. La diabolisation de l’islam, partie centrale de cette idéologie néoconservatrice, a eu un effet désastreux dans la conscience des masses occidentales. Pour ces derniers, c’est le signal explicite de la nouvelle croisade qui commence sur le chemin de Bagdad, passe par Kandahar, s’arrête en Libye et bientôt en Syrie[10].  Avec toujours les mêmes arguments : sauver les peuples arabes et musulmans « sauvages » « archaïques » et surement « débiles » (Imbert)  avec main basse sur leurs ressources.

Dans cette « croisade », les élites du sérail donnèrent, depuis dix ans, le pire exemple. L’opinion française finit par s’approprier d’un racisme public devenu, finalement, un racisme d’Etat dans un pays qui prétend être la patrie des droits de l’homme et des libertés. Parce que pays de la Révolution française de 1789, de mai 1968 et de la solidarité avec le Tiers-monde. Ce pays qui a accueilli les républicains espagnols, des communistes, les islamistes iraniens, les opposants irakiens, des dissidents chinois et soviétiques. Ce pays accueillit Kateb Yacine l’écrivain, Cesare Battisti et l’Ayatollah Khomeiny. Le pays accueillit Polonais, Hongrois, Argentins, Chiliens, Arabes et Africains fuyant les persécutions. Le France qui donna régulièrement, des décennies durant, des leçons de droits de l’homme à l’Europe et au monde. La France tourne, peu à peu, le dos à cette culture fondée sur l’humanisme universel. La décennie qui s’achève est celle de l’inversion politique et sociale des idéaux fondateurs de la France. Les mouvements progressistes d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine sont stupéfaits face à cette régression des valeurs d’une  France qui se droitise sous nos yeux.

Le procès des libertés, du tiers-mondisme et des droits de l’homme[11] est un pas en arrière symbolique de cette période de régression et de dépression des élites. Le procès de la solidarité, de la fraternité et de l’humanisme implique un procès des pauvres et des classes populaires dominées,  devient ensuite celui des services sociaux, de l’assistance sociale et même de l’aide humanitaire. La France entame, ainsi, son projet de société néoconservateur. Ce projet politique, intellectuel, médiatique et économique marque est le marqueur d’une régression identitaire.  Une régression qui se formule dans des mots et des politiques contre  quelques minorités bien choisies.

En 2005, le thème de la délinquance et de l’insécurité refait surface come si la France n’en jamais connue. La banlieue menacerait la France de sa délinquance et son banditisme. « Les voyous vont disparaître, je mettrai les effectifs qu’il faut, mais on nettoiera la Cité des 4000 ». « Le terme "nettoyer au Kärcher" est le terme qui s’impose, parce qu’il faut nettoyer cela ». En octobre de la même année, à Argenteuil, il re-attaque les jeunes des banlieues en les traitant de racailles : « Vous en avez assez de cette bande de racailles ? Eh bien on va vous en débarrasser ». L’opinion publique « applaudit» un ministre qui protégerait  la France de ses[12] banlieues. Il inaugure une ère de surveillance sécuritaire malgré des lois qui protègent les libertés individuelles et collectives. En avril 2006, il reprend les mots de Jean-Marie Le Pen pour stigmatiser les  Français « issues » de l’immigration : « S’il y en a que cela gêne d’être en France, qu’il ne se gêne pas pour quitter un pays qu’ils n’aiment pas ». Plus on évolue, plus la convocation de ce registre immonde prend forme, se stylise et se virilise pour ainsi dire. Le candidat produit même un « charme scénique » tant sa théâtralisation du discours  séduit les médias et une partie du peuple. Cette situation diffusera un consensus « mou » dans la société sur ces propos xénophobes à venir.[13]   La société devient alors « confusément » sarkozyste.

En juin 2006, il traite de la mémoire coloniale en ces termes : « Ceux qui au lieu de se donner du mal pour gagner leur vie préfèrent chercher dans les replis de l’histoire une dette imaginaire que la France aurait contractée à leur égard et qu’à leurs yeux elle n’aurait pas réglée, ceux qui préfèrent attiser la surenchère des mémoires pour exiger une compensation que personne ne leur doit plutôt que de chercher à s’intégrer par l’effort et par le travail, ceux qui n’aiment pas la France, ceux qui exigent tout d’elle sans rien vouloir lui donner je leur dis qu’ils ne sont pas obligés de rester sur le territoire national. ». Il n’épuisera pas les thèmes binaires du « respect de la France » et de la « loyauté » des Français d’origine étrangère et de redéfinir  ce que « être français », lui « issu » de l’immigration hongroise. Le candidat Sarkozy aux sommets des sondages ressort déjà un nouveau thème : la polygamie et l’excision.

En février 2007, il martèle : « Et quand on aime la France, on la respecte. On respecte ses règles, c’est-à-dire qu’on n’est pas polygame, on ne pratique pas l’excision sur ses filles, on n’égorge pas le mouton dans son appartement et respecte les règles républicaines ». Ces thèmes émergents visent spécifiquement les Français d’origine africaine. Sarkozy exhume et assume, une fois encore, les thèses racistes locales de la « France pure ». L’étranger défiguré devient ainsi l’ennemi de la France pure et blanche.

En annonçant, en 2007, la création du « Ministère de l’immigration et de l’identité nationale », il comble les électeurs FN. L’appropriation et l’instrumentalisation de cette thématique ségrégationniste, contribuera à faire couler le parti de Le Pen, qui demandait à maintes reprises de choisir « l’original » (lui) et de rejeter la « copie » (Sarkozy). L’afflux des anciens membres de l’extrême-droite vers l’UMP contraint le Front National à la faillite, à vendre son siège emblématique pour rembourser les dettes de campagne électorale. Preuve que le discours xénophobe à une fonction électorale qui marche. Et Sarkozy l’utilise mieux que les autres. La xénophobie dans ses discours se structurera autour des Africains et des Arabes et elle s’affinera, s’enrichira et parfois se complexifiera  par un usage croisé de stéréotypes et de variables de la stigmatisation.[14]

Le débat sur la Burqa, les minarets suisses et sur l’identité nationale a été lancé par lui entraînant certains socialistes. Ainsi, l’ancien socialiste et ancien ministre de l’intérieur Eric Besson écrivait : « La famille musulmane est polygame et endogame; elle repose sur la loi du clan, et donne ses femmes aux cousins; elle suppose l’enfermement des filles et le choix contraint »[15].

Nicolas Sarkozy dans Le Monde du 08/12/2009  le surclasse en écrivant que : « Les peuples d’Europe sont accueillants, sont tolérants, c’est dans leur nature et dans leur culture. Mais ils ne veulent pas que leur cadre de vie, leur mode de pensée et de relations sociales soient dénaturés". "Dans notre pays, où la civilisation chrétienne a laissé une trace aussi profonde (…) tout ce qui pourrait apparaître comme un défi lancé à cet héritage et à ces valeurs condamnerait à l’échec l’instauration si nécessaire d’un islam de France. » [16]

Néanmoins, le « président des riches »[17],  sait tenir sa langue face aux riches arabes et musulmans : c’est  peut-être de la realpolik. Sont respectés, princes arabes et musulmans, violant gravement les droits humains élémentaires.

J’ai retenu deux citations devant le prince Alwalid Bin Talal Ben Abdulaziz Al Saoud de la  république très démocratique d’Arabie Saoudite, neveu du roi Abdallah posant la première pierre de la salle des arts de l’islam  du Louvre. Sarkozy était inspiré sans doute par la générosité du prince qui a offert 20 millions d’euros au Louvre ( qu’il aurait dû mettre dans l’amélioration des conditions  de vie de son peuple): « La France est l’amie des pays arabes» (…) «L’islam a porté l’une des plus anciennes et plus prestigieuses civilisations dans le monde» et cette exposition est «l’occasion pour les Français et tous les visiteurs du Louvre de voir que l’islam, c’est le progrès, la science, la finesse, la modernité. (…) Le fanatisme au nom de l’islam est un dévoiement de l’islam», a-t-il dit. «Tuer au nom de l’islam, c’est bafouer l’islam» et «ne pas respecter les droits de la femme au nom de l’islam, c’est bafouer l’islam».[18]Pour l’argent saoudien, la tonalité des propos est à la fois prédicative et publicitaire, en tous les cas, élogieuse et conciliante. Ces élites du sérail manquent de courage devant les riches et l’argent des riches  prédateurs du tiers-monde. Le président français a eu le même comportement devant l’Emir du Qatar, en Arabie Saoudite et devant le président libyen Mouammar Kadhafi. Il a finit par lui faire la guerre et Kadhafi en est mort. Ben Ali et Moubarak étaient traités avec plus d’égard que leurs victimes.  Les ryads de Marrakech et les vacances payées par nos dictateurs valaient, souvent,  plus que la vie du peuple gémissant de misère et emmuré dans ses sanglots. Ceux-là ont de moins en moins d’alliés en France et dans le monde. Le peuple n’a eu d’autre choix que de s’immoler en Tunisie pour être entendu. Aux musulmans de France, il sort le poing et aux princes arabes et musulmans, il tend la main et glorifie l’islam et la culture arabe. Il aurait fallu que le respect dû aux princes arabes soit le même pour  les Musulmans et Arabes de France.

Les peuples africains en savent quelque chose sans autres formes de dessins. Entre les mallettes et les « jembés » remplis d’euros importés d’Afrique à destination des politiques français, il n’y a pas l’once d’une xénophobie. Les élites françaises adorent nos dictateurs  parce qu’on peut les « dépouiller » en les prenant pour des débiles. En leur proférant,  des  « cher  papa » comme le faisait le vieux  Robert Bourgi, un autre immigré plein d’initiatives. Lorsque le journaliste Pascal Sevran écrit dans son livre Privilèges des jonquilles que « la bite des Noirs est responsable de la misère en Afrique »,  on s’attendait que les élites de France s’en mêlent. Rien.  Lorsque Sarkozy démontre, à Dakar que « l’homme africain n’est pas suffisamment entré dans l’histoire »[19], l’Afrique crie sa rage et son incompréhension mais élites du sérail ne bougent pas.

Dans une interview au journal Haaretz, Alain Finkielkraut a affirmé que cette équipe est « black-black-black ». En un mot : l’équipe de France est trop noire. Le feu président du Conseil régional du Languedoc-Roussillon, Georges Frêche  a dit propos des Noirs de l’équipe de France dans le journal Midi Libre du 16 novembre 2006 : «Dans cette équipe, il y a neuf Blacks sur onze. La normalité serait qu’il y en ait trois ou quatre. Ce serait le reflet de la société. Mais là, s’il y en a autant, c’est parce que les Blancs sont nuls. J’ai honte pour ce pays. Bientôt, il y aura onze Blacks (…) C’est comme dans d’autres secteurs : ça me peine que, pour bâtir, on soit obligé de faire venir des Estoniens, des Lituaniens, des Polonais, des Marocains, des Algériens, des Tunisiens etc. Il y a un certain nombre de gens qui ne participent pas à l’effort national (… ). J’ai honte pour les Français de souche blanche. Avoir une équipe de neuf Noirs sur onze, ça veut dire qu’une grande majorité de Français ne pratiquent plus le football à ce niveau [...]».[20]

Chacun va de sa petite formule xénophobe et je ne compte plus les attaques négrophobes ou xénophobes d’hommes intelligents. Il ne faut surtout pas penser  les rééduquer. Ce n’est pas un  problème pédagogique. La ministre de la Santé et des Sports a traité les membres de l’équipe de France de « caïds » durant la dernière coupe du monde en Afrique du Sud. La banlieue comme référent structurante et essentialisant devient un lieu commun chez les politiques, leurs amis journalistes et leurs intellectuels. Selon Ivan Rioufol, journaliste sur RTL, dans l’émission « On refait le monde » du 15/07/2009 « La crise des banlieues est une crise ethnique, religieuse, culturelle… »[21]  On a déjà entendu ces thèses lors des émeutes des banlieues de 2005. Le philosophe français d’origine polonaise, Alain Finkielkraut disait exactement la même chose en 2005. L’académicienne française d’origine russe, Hélène Carrère d’Encausse y a même vu l’effet de la « polygamie ».  Et ce sont toujours des « fils et filles  d’immigrés » qui portent l’attaque en premier. On peut parler d’une véritable fixation sur le Noir comme la nouvelle figure du délinquant errant et menaçant. L’attaque des populations antillaises s’inscrit dans la même logique. Elle est complémentaire à l’attaque des Noirs dans leur ensemble. Une fois encore, il y a un déni d’histoire et de mémoire dans la mécanique de ces discours xénophobes, tolérés, épars, indépendants et dont on voudrait nous imposer qu’ils n’ont aucun liens entre eux. Christophe Barbier, directeur de la rédaction de L’Express écrivait le 18/02/2009 : « Aux Français des tropiques qui veulent travailler à l’antillaise et consommer à la métropolitaine, rappelons qu’il faut labourer la terre arable pour qu’elle lève d’autres moissons que celles du songe et que, hors de la France, les Antilles seraient au mieux une usine à touristes américains, au pire un paradis fiscal rongé par la mafia, ou un Haïti bis ravagé par des "tontons macoutes"(…)»[22]. L’insupportable devint peu à peu la norme des élites décomplexées face au racisme. Le parfumeur Jean-Paul Guerlain a déclaré sur la télévision publique France 2, le vendredi 15 octobre 2010 : « Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin…. ». Deux ans après ces propos, il n’a écopé que  de 6000 euros d’amende, en mars 2012.

L’alliance militante avec la société dominante se fait attendre. Elle est morte en vérité. Les « communautés noires » de France attendaient que les élites politiques, intellectuelles et médiatiques réagissent avec une indignation spontanée, rapide et automatique que lorsque des actes antisémites sont posés.  Car les racistes haïssent Juifs, Noirs et Arabes. Cette saison d’indifférence illustre une normalisation progressive du racisme anti-noir, anti-arabe et antimusulman en France.  Ce consensus et ce silence face au racisme et à la xénophobie concerne bien des hommes et femmes de gauche, de droite, de centre, des humanistes et même des défenseurs des droits de l’homme. Pour le coup, Nicolas Sarkozy et sa droite ne sont pas seuls et ne peuvent être tenus responsables de l’inaction de l’opposition politique, de la presse et des intellectuels. Bref, cette « solidarité impossible »  me semble plus inquiétante que le silence calculé de politiciens indignés sélectivement et électoralement.

En 2011, le printemps arabe nous surprend et n’enchante guère les élites françaises. On ne l’a pas attendu et son esthétique gène tout le monde. Les élites  du sérail français n’avaient  jamais prévu qu’une révolution serait faite par des filles voilées et des hommes barbus, des islamistes et des laïcs tous ensemble pour renverser la dictature. Le printemps arabe gêne les élites françaises parce qu’il est « arabe » c’est-à-dire provenant de quelque chose rendu exécrable en France.  Sans oublier l’amitié de certaines personnalités et intellectuels avec des dictateurs comme Ben Ali et Hosni Moubarak. Les Arabes ont mené pourtant leur Révolution sans la tutelle paternaliste des élites françaises de tout bord prêtes à donner des leçons.  Sans leurs logosabondant sur les mouvements sociaux.  Sans leurs prévisions médiocres sur des sujets  appréhendés à partir des préjugés sur les arabes de France. Qu’à cela ne tienne, il y eu plein d’expositions sur le printemps arabe. Ça, elles savent le faire. Le climat xénophobe entretenu depuis une décennie expliquait en partie le manque d’emballement des élites. Le « dégage » Moubarak concerne en vérité toutes les élites oppressives.

En  mars 2012, la France est encore en campagne : les immigrés redeviennent à nouveau un thème central des élections. Claude Guéant parle de « supériorité des civilisations » et François Fillon d’archaïsme du Casher et du Halal. Mais très vite, ils fendent en excuses pour les Juifs et seulement collatéralement pour les Musulmans. C’est un moment édifiant de l’hypocrisie politique et du double langage raciste et xénophobe. Mais, en vérité, cela montrait que l’antisémitisme est latent dans la société et celui-ci peut ressurgir à tout moment.

On comprend alors que la droitisation de la société française tient de plusieurs cocktails d’idées dont l’antisémitisme, l’anti-arabisme, l’anticléricalisme épidermique, la xénophobie, le racisme, la négrophobie etc. C’est en fait une contre-révolution française qui détruit tous les acquis des idées humanistes et donne une dimension messianique à des entreprises liberticides et réactionnaires. La France et ses élites sont bloquées là. La France est tombée très bas. Il faut l’aider.

En finir avec la dépression militante

La France traverse une crise des élites qui se « droitisent » en développant un racisme et une xénophobie anti-immigrés faciles et impunis. Les populations visées n’ont pas de moyens de défense contre les porteurs des idéologies racistes. La solidarité avec eux devient de plus en plus périlleuse. Mais celle-ci reste nécessaire.  Cette situation couvre de honte plus d’un Français. La France que j’ai découverte en 2000 était plus combative et encore plus généreuse.

J’ai plusieurs fois participé à des marches de protestation où les Arabes et les Noirs sont minoritaires et d’autres où ils sont majoritaires. Avec eux, quelques irréductibles anticapitalistes, les indécrottables anarchistes et quelques allumés qui en veulent à la France et au monde. Le sentiment de solidarité et de camaraderie était très fort. Nous finissons souvent devant un plat de couscous plein de légumes où les couleurs des mains et des doigts est celle que j’aurai voulu voir sur le drapeau français. Quelques fois, dans un resto miteux où nous refaisons le monde sans se poser la question mortelle réservée aux immigrés : « T’es d’où ? ». J’ai ressenti alors, comme Claude Mckay dans le Marseille des années 30, que la vie est là où est encore la chaleur humaine à l’image de ses doigt bariolés qui plongent et replongent dans une gamelle de couscous.

Il y a eu des jours plus heureux comme ces marches contre la guerre de Bush en 2001 à Marseille: on voyait du tout dans la rue. Des vieux, des jeunes, des Noirs, des Blancs, et  de tout. On chantait l’internationale, lisait des formules anarchistes, des versets de Coran, des psaumes communistes ou d’autres formules galvanisantes. Certains marcheurs étaient ingénieux. J’avais  suivi caméra  au poing un enseignant à vélo, en perruque, en sandales, en chemise, en culotte,  avec un gros panneau sur lequel est écrit : « Stop Bush » « Non à la Guerre ». C’était un personnage qui vous donne la pêche dans ce combat contre le nouvel ordre mondial. Il y avait des voiles, des perruques, des filles  en jean, des garçons en basket et des bébés dans leurs poussettes. Sur ces poussettes étaient accrochées des messages d’espérance et de lutte. C’était comme cela que  je voyais la France. Il y avait beaucoup d’enseignants comme d’habitude et je me disais : on est tous pareil. Le plus intéressant dans ces moments c’est que les gens parlent avec leur cœur et chacun avait une joie de militer, de lutter et une raison de combattre l’injustice. J’avais l’impression de n’avoir jamais été autre part que dans l’énergie de ces cortèges.  J’ai souvent des larmes et de la chair de poule quand j’évoque ces instants  de communion,  lorsque la marée humaine multicolore inonde les artères de la ville pendant des heures. Je me sens apaisé.  J’ai vu de jeunes de toutes les couleurs en transe militante au vu de cette foule de détermination sur la Cannebière. On pensait qu’on pouvait changer le monde entier avec ça. Et à chaque fois, que j’y pense je suis rempli d’une joie immense.

Après, ont succédés des jours tristes comme cette marche devant le siège de l’Union européenne à Bruxelles sur la situation au Togo où nous étions 5 : le désert. Avec nous, un  drapeau et notre foi. Un vide désespérant. On a fini devant un plat de riz, à maudire l’Afrique et ses dictateurs, l’Europe et ses dirigeants hypocrites. Et partout, le désert  gagne la militance. La vie devient dure. Et depuis lors, je ne revois, dans mes marches, meetings et événements récréatifs que les mêmes visages brulés par l’asphalte.  Les mêmes irréductibles impuissants mais généreux éternels et à l’infini. J’avais la conviction qu’ils me défendraient avec la même énergie que je le ferais pour eux. Les mêmes irréductibles que je retrouve parfois dans des coins intimistes avec la même dégaine, la même chemise de combat portant une effigie dégarnie du « che » et un chech troué et décoloré : prêts à marcher et à se battre pour la veuve et l’orphelin. Parmi eux, certains n’ont plus de vie de famille pour cause de « militance durable ». Ces gens-là font honneur à la France et m’ont donné envie de chanter la Marseillaise !

En une décennie,  j’assistais en fait  à l’amenuisement de l’espace de la générosité, de la lutte, du combat et de la tolérance. L’espace  de la marche fait peur aujourd’hui : ses caméras et ses immeubles restaurés,  ses commerces de consommation sans raison.  Des lieux où on entend des bruits de cadys, des chuchotements et des « remerciements » des caissières exténuées et payées au SMIC. La rue est devenue un espace de l’indifférence, du silence et quelques fois de la violence gratuite.

Nous souffrons tous  d’une dépression militante causée par cette décennie de revirements et de contradictions. Cette décennie est celle de la déception et de l’égoïsme : la protection du confort personnel et familial et tant pis pour les migrants, les ouvriers et  les gueux. Une décennie de déception et d’impuissance où  le migrant est devenu synonyme d’Arabes, de  Noirs, de Musulmans, de Sans-papiers, de femmes voilées, de mangeurs de halal, des intégristes, des  islamistes, des Burqa, des étrangers, des voyous, des délinquants, des débiles et des archaïques. C’est la décennie des amalgames qui rendent débiles et inintelligents nos amis les plus avertis. Une décennie qui porte l’empreinte d’un désastre et dont les élites droitisées portent une grande responsabilité.  Je reste optimiste que c’est de ces errances et de nos souffrances que l’humanisme sera  réinventé. Le désir de sa réinvention doit être plus fort que nos égoïsmes et notre confort personnel. Il faudra alors accepter de se battre contre la droite dans les idées, dans la vie et dans  les urnes.

Notes

[1] Ralph, Schor: L’antisémitisme en France dans l’entre-deux-guerres : Prélude à Vichy, Editions Complexe, 2005.

[2]Noiriel, Gérard  : Immigration, antisémitisme et racisme en France : XIXe-XXe siècle : :Discours publics, humiliations privées, Hachette Littératures, 2009.

[3] Geisser, Vincent : La Nouvelle islamophobie, La Découverte, Paris, 2003.

[4] Lindenberg, Daniel : Le Rappel à l’ordre : Enquête sur les nouveaux réactionnaires, Seuil, Paris, 2002.

[5] « Claude Imbert, islamophobe déclaré, http://www.acrimed.org/article1315.html(26/10/ 2003).

[6] Huntington p. Samuel : Le choc des civilisations, Odile Jacob, Paris, 2000.

[7]Lindon, Mathieu : Le Procès de Jean-Marie Lepen, Editions P.O.L., Paris, 1998.

[8] Ariès, Paul : Misère du sarkosisme, cette droite qui n’aime pas la France, éd. Parangon, 2005.

[9] Noir, Victor : Nicolas Sarkozy ou le destin de Brutus, Éditions Denoël, Paris, 2005.

[10] Frachon, Alain, & Vernet, Daniel : L’Amérique messianique : Les Guerres des néo-conservateurs, Seuil, Paris, 2004.

[11] Lindenberg, Daniel : Le procès des Lumières : Essai sur la mondialisation des idées, Seuil, 2009.

[12] Barbier, Christophe : La Saga Sarkozy, éd. L’Express, Paris, 2007.

[13]  Mamère, Noël : Sarkozy, mode d’emploi, éd. Ramsay, Paris 2006.

[14] Porquet, Jean-Luc :  Le Petit Démagogue, éd. La Découverte, Paris, 2007.

Collectif : Sarkozy vu d’ailleurs, numéro spécial de La Vie des Idées, Seuil, Paris, 2007.

[17] Pinçon-Charlot, Monique Pinçon, Michel : Le président des riches : Enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy, Zones, 2010.

[19] Makhily Gassama : L’Afrique répond à Sarkozy : Contre le discours de Dakar , Philippe Rey, 2009.

[22]  Yve Jego est l’ancien ministre chargé des Territoire français de  l’Outre-Mer.http://www.lexpress.fr/actualite/politique/creolitude_741794.html (13/10/2010).

 

La droite m’effraie, la gauche m’inquiète !

 Le Monde.fr | 27.04.2012
Par Dominique de Villepin, ancien premier ministre

L'ancien Premier Ministre et candidat à l'élection présidentielle, Dominique de Villepin, évoquant le mythe de Sisyphe, pousse une cheminée ayant appartenue à la comédienne Sarah Bernhardt. le 29 février, dans son cabinet d'avocats à Paris. ?Se posant en pourfendeur du système, il feint ainsi d'abattre les murs et bouleverser ainsi l'ordre politique établi.
L’ancien Premier Ministre et candidat à l’élection présidentielle, Dominique de Villepin, évoquant le mythe de Sisyphe, pousse une cheminée ayant appartenue à la comédienne Sarah Bernhardt. le 29 février, dans son cabinet d’avocats à Paris. ?Se posant en pourfendeur du système, il feint ainsi d’abattre les murs et bouleverser ainsi l’ordre politique établi. | Olivier Laban-Mattei / Neus pour Le Monde

La campagne du premier tour a été indigente. Celle du second devient indigne. L’instrumentalisation de faits divers. l’improvisation de bien des propositions, le débauchage sans vergogne de voix extrémistes, tiennent aujourd’hui lieu de débat. Les lignes rouges républicaines sont franchies une à une.

Je veux le dire aujourd’hui avec gravité. C’est une route sans retour. La dérive électoraliste qui s’est engagée est un processus incontrôlable et sans fin. Une concession en entraînera toujours une autre. Un gage à l’extrémisme toujours un plus grand encore. Une digue rompue en fera céder une autre. Halte au feu !

Je ne peux cautionner cette dérive.

Le combat contre la logique des idées simples, de la peur et de la force, c’est l’engagement de toute ma vie politique au nom d’une certaine idée de la France. C’est la même spirale qui a entraîné la guerre en Irak et qui nourrit l’islamisme au nom du choc des civilisations. C’est la même spirale qui entraîne le Proche-Orient  vers un désespoir toujours plus profond. La division n’a pas de fin. La haine n’a pas de fond. C’est cette conviction qui avait conduit Jacques Chirac à tracer des limites claires entre la droite républicaine et l’extrême droite. C’est cette conviction qui m’a conduit, cinq ans durant, à alerter contre les risques de dérive, de stigmatisation et de division.

Je ne supporte pas l’hystérie générale qui s’est emparée de l’élection dans laquelle le peuple français est pris en otage par six millions d’électeurs en colère. Aujourd’hui, tout se passe comme s’il n’y avait en France que des électeurs du Front national. Comme s’il n’y avait pas d’autres questions que le halal, l’immigration légale, les horaires de piscines municipales. La compétitivité, l’éducation, l’agriculture, l’innovation : disparues. L’Europe, le chômage, les déficits sociaux, la délinquance ? Lus jusqu’à l’absurde à travers les lunettes déformantes et rétrécissantes du FN. Les responsables politiques ne cessent de se laisser creuser l’écart entre le discours et les actes, nourrissant la rage et le désenchantement. Le FN n’est que le produit dérivé de ce mensonge généralisé.

C’est mon devoir de responsable politique d’assumer aujourd’hui l’exigence de mon héritage gaulliste en disant le poison mortel qui menace la droite : celui du reniement de ses valeurs, celui du sacrifice de ce qui fait notre identité. C’est mon devoir vis-à-vis des électeurs de la majorité qui, comme moi, s’interrogent, doutent du bien-fondé d’une telle politique, mais qui veulent croire que dans cette majorité il y a des hommes et des femmes dont la conscience reste en éveil et qui ne cesseront de se dresser pour que l’intérêt général prévale, pour que la dignité de notre pays l’emporte.

Ne nous abîmons pas. Chacun de nous doit prendre ses responsabilités pour faire revenir notre monde politique à la raison et retrouver un chemin d’espérance, de réconciliation et de refondation. A la force et à la peur, nous ne pouvons, citoyens libres, qu’opposer le droit, la raison et l’humanité.

La véritable réponse à cette dérive, ce sera de reconstruire un avenir pour notre pays.

Aujourd’hui, c’est vrai, la droite m’effraie, mais la gauche m’inquiète. Le 6 mai, quoi qu’il arrive, sera la victoire d’un homme, mais pas la victoire de la France. Tout sera à faire. Tout sera à réinventer. Nous aurons une tâche formidable devant nous: la réconciliation des Français.

Aucun des deux projets ne sera à même d’apporter les réponses nécessaires à une crise d’une gravité exceptionnelle. Alors faisons vivre deux exigences.

La première exigence, c’est de regarder plus loin que cette élection pour affronter les grands défis à venir. Notre réponse au chômage, au déclin industriel, au défi énergétique, notre réorientation vers une économie de la connaissance par une éducation nationale plus juste et plus efficace, notre place en Europe, nous ne les trouverons pas dans l’idéologie. La clé de ces urgences, c’est le rassemblement, c’est l’action, c’est le sens du devoir.

La deuxième exigence c’est, au-delà du bulletin de vote, au-delà du choix d’un nom, d’assumer jour après jour notre citoyenneté, avec vigilance et responsabilité face à tous les grands choix de notre nation.

Mon rôle n’est pas de dire pour qui voter, car chacun doit prendre ses responsabilités. Les citoyens ne sont ni des moutons ni des enfants turbulents. Le 6 mai, que chacun vote en pensant à la France et à ce qu’elle a toujours porté de meilleur, à ses valeurs de respect, de dignité et d’humanisme, parce que, en conscience, il faut bien choisir.

Et le 7 mai, tout restera à faire, il faudra se rassembler pour agir. C’est dans cette ligne que je m’engagerai dans la voie du redressement de notre pays.

Dominique de Villepin, ancien premier ministre

Commentaires de Danielle Bleitrach

le texte de dominique de Villepin est digne de son intervention à l’ONU pour refuser l’aventure criminelle en Irak. Et ce n’est sans doute pas un hasard si sa plume retrouve de la grandeur historique quand elle s’alimente à cette source là. Parce que je ne cesse de le répéter: tant que l’on prétendra ignorer la grande question de la guerre et de la paix et le rôle joué par le belicisme à ce stade du capitalisme on s’enfermera dans la courte vue et la politique spéctacle.

Je ne sais la part qu’il y a dans ce discours d’ambitions déçues et de haines personnelles mais le fait qu’il en appelle à la responsabilité de chacun, là où il se trouve pour tenter de faire que la politique soit enfin une manière d’accorder les paroles aux actes pour faire face à ce qui nous menace. Je n’ai jamais été de droite, donc sans mépriser les valeurs qu’il énonce c’est à ma propre source que je dois alimenter ma réflexion et mon action si celle-ci demeure possible: j’appartiens à cette partie de la gauche que l’on dit révolutionnaire et qui a été jusqu’à ce jour communiste. Cette crise du politique s’étend à toutes les familles de pensée et les communistes ont leur propre deshérence, celle où ce parti en perdant son socle, son utilité, est en train de ne plus être que d’avoir été, il s’efface…

Nous sommes en effet, comme Villepin le décrit,  entrés dans le temps de la politique spectacle, celle où l’électoralisme autorise toutes les dérives. Ce temps est celui de la fin de la parabole historique du parti communiste sans que rien ne vienne encore le remplacer alors que le capitalisme en est plus que jamais à ce stade impérialiste destructeur et sénile. on le sent parce que le parti communiste posait clairement les enjeux les plus importants, incitant les autres partis à y répondre parce qu’il était la masse, la classe ouvrière, et au-delà le peuple, la nation qui répondait au nom de Robespierre et de ce fait nul ne pouvait ignorer cette interpellation et le gaullisme en naissait.

Nous sommes dans le temps nouveau, celui où un parti communiste  n’a plus de rôle à jouer  dans les zones périphériques dites rurales, en fait ouvrières frappées par la crise et les délocalisation, ou encore dans ces zones rurales de surexploitation d’une main d’oeuvre agricole d’origine immigrée. Ces zones là sont en deshérence, abandonnées par les partis autant que par les services publics avec un tissu d’entreprises qui ferment. Abandonnées comme le sont les grands ensemble où le reflexe du vote utile joue à plein pour le PS. Quand a disparu toute la structuration du communisme municipal et des cellules et cette disparition n’est pas seulement le fruit de la fatalité, elle a été un choix que j’ai combattu en vain. le PCF se trouve tiré non seulement par le PS mais comme toute la société française vers l’extrême-droite dont je ne cesse de répéter qu’elle est à la fois un repoussoir mais toujours plus un éclaireur… Alors que jadis ce rôle de repoussoir pour les uns mais aussi éclaireur pour la nation était joué par les communistes…

Résultat est-ce que la plus élementaire des lucidités ne devrait pas nous faire constater que le PCF et ce qu’il représentait d’utile à la société française est mort et enterré ?

C’est pour cela que l’enjeu essentiel n’est pas le second tour des présidentielles, même s’il y a urgence à battre sarkozy, mais bien les législatives. D’abord parce que la droite décrite par Villepin aura commencé sa débâcle et nouera toutes les alliances dans son sauve qui peut… Ensuite parce que nous ne devons pas nous faire d’illusion l’élection de François Hollande, les déceptions qu’engendreront ses actions risquent de déboucher sur pire encore.

Est-ce que le PCF prenant appui sur les acquis de la campagne de Melenchon, l’audience accordé à ce spectacle, le retour à l’affirmation de quelques valeurs, saura retisser les liens avec les couches populaires, recréer une organisation de lutte et de solidarité. je l’ignore.

Si ce pari là était perdu et bien  resterait-il autre chose à faire qu’à adopter la logique vers laquelle nous sommes poussés depuis de nombreuses annés: le retour à l’avant congrès de Tours dans un parti socialiste qui lui-même n’a plus rien à voir avec le vieux parti ouvrier d’antan? C’est néanmoins vers de vote là que se tournent les masses, ce qui reste de la classe ouvrière, les employés qui refusent l’extrême-droite et cherchent d’ultimes protections ? Où être, où agir pour résister, pour offrir une perspective politique, une protection immédiate ?

En politique, les illusions sur l’état de la société sont mortifères et je voudrais que chacun mesure bien vers quoi nous allons et qui pour moi est une sorte de danse macabre, une hysterisation du politique comme le dit Villepin qui empreint cette terrible campagne électorale. Parce que le politique est totalement incapable de mettre en accord les paroles et les actes et que tout se joue dans une image que l’on vend plus ou moins bien, alors que la seule question qui compte pour un communiste aujourd’hui devrait être : "quel moyen me reste-t-il pour favoriser l’intervention populaire?" Avoir un grand nombre d’élus PCF peut faire partie de cela ou être simplement une participation au cirque politique ordinaire. Au point où nous en sommes la seule possibilité demeure d’abord de battre Sarkozy ensuite de voter PCF et à partir de là savoir que rien ne sera résolu.

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le avril 28, 2012 dans actualités

 

A propos des religions d’amour, la vision de Freud par danielle Bleitrach

Voici un extrait du livre que je consacre à Fritz lang et bertholt Brecht et qui devrait être terminé cet été… Si je le publie c’est qu’à la suite d’une discussion sur l’intervention du président du CRIF, suivie d’une intervention tout aussi extraordinaire des catholiques trés pratiquants en faveur de Nicolas Sarkozy, je faisais remarquer à des amis facebook que bientôt les calotins de toutes catégories pourraient envoyer des envois groupés. Et qu’il était tout de même rassurant de voir à quel point tous ces braves gens en oubliant quelques détails comme l’inquisition ou les pogromes du vendredi saint contre "le peuple déicide" s’entendaient sur le fond: la défense de l’ordre capitaliste… Une amie fit alors allusion à la religion d’amour et je fis part de la position de ce mécréant de Freud (il obligeait sa fiancée à manger du cochon) sur les "religions d’amour"….

Extrait de mon livre :

Peut-être le sarcastique commentaire de Freud quand il fait état du « narcissisme des petites différences », cette soif de micro-identités balkanique qui prétend lier « par l’amour » un nombre important de personnes « à condition qu’il en subsiste d’autres destinées à être les cibles des manifestations de l’agressivité (…) Le peuple juif partout dispersé s’est ainsi acquis de remarquables mérites auprès des cultures de ses hôtes ; malheureusement tous les massacres de Juifs durant le Moyen Âge n’ont pas suffi à rendre cette époque plus et plus sûre pour leurs contemporains chrétiens [1]».

Et Freud commente à se moquant le message d’amour chrétien qui ne pouvait déboucher que sur l’intolérance. [2] Le nazisme est aussi un message d’amour du Führer à son peuple, une invitation au nom de la communauté à surmonter les divisions de la lutte des classes, auquel le peuple répond comme un enfant qui cherche l’amour du père en acceptant de devenir criminel, torturer jusqu’à l’anéantissement les Juifs bouc-émissaires de cette quête d’amour éperdue, aller asservir d’autres peuples qui comme les Tchèques ou les Slaves auraient vocation à être esclaves.

Puisque j’en suis à parler de Freud et du judaïsme, je voudrais vous citer la lettre qu’il envoya à Zweig (Arnold) à son retour d’un voyage en Palestine, on sent qu’il est à la fois faciné et exaspéré.

"Ce pays à la fois tragique et enthousiasmant… doit vous être apparu bien curieux. Pensez qu’aucun progrès n’est lié au lambeau de terre de notre mère-patrie, aucune découverte ni invention… La Palestine n’a rien formé que des religions, des extravagances sacrées, des essais présomptueux de dompter le monde des apparences extérieurs par le monde intérieur du désir, et nous sortons de là (bien que l’un d’entre nous (Zweig) se croît aussi allemand et l’autre (freud)non), nos ancêtres ont habité là-bas un demi millenaire, peut-être un millénaire entier… et il impossible de dire ce que nous avons emmené en héritage, dans le sang et dans les nerfs… de notre séjour dans ce pays. Oh, la vie pourrait être très  intéressante si on en savait et comprenait davantage".


[1] Rien n’est moins rassurant à ce titre que l’enfermement d’un peuple dans un ghetto du Moyen-Orient, en butte inévitablement à l’hostilité de ses voisin. Un peuple ayant à sa tête des dirigeants qui tentent de fonder une identité et une légitimité sur un martyre millénaire, le tout dans le contexte  désormais d’un antisémitisme qui nie la Shoah, quand elle n’est pas attribuée au titre de leurs « vices » fondamentaux…  Quand l’impérialisme a fait d’eux leur plateforme avancée et que l’anti-impérialisme est en train de fonder une unité sur la haine du Juif.

[2] Il est tout aussi sceptique à l’égard du communisme qui sous prétexte d’en finir avec l’agressivité prétend supprimer un puissant dérivatif à la pulsion de mort avec la propriété. Sigmund Freud, Malaise dans la civilisation in anthropologie de la guerre, ouvertures bilingues, Fayard, 2010 p. 185-186

 
 
 
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